COA
Monsieur Tabbé,
Noas le répétons, nous no sommes point du nombre des gens habiles qui se tiennent sur leurs gardes, dont parle M. Chaubard. Nous n*ayons point assez de perspicacité pour découvrir dans le 11' verset du chapitre VII de la Genèse toutes les choses mer^ vcilleuses qu'il j[ a trouvées. C'est, selon nous, traiter la Bible et la science comme Wal ter Scott, par exemple, a traité l'histoire. C'est faire du roman géolo^co-bibliquo, comme le célèbre écossais fait du roman historique ; en un mot, c'est féver. Réfuter tout cela, c'est combattre des ombres.
Notre géologue veut que la terre se ioit arrêtée sur son axe pendant les cina mois du déluge; c'est une aflirmation dénuée de toute preuve : quod gratis afftrmtUuVj gratis negatur, dit l'école. Cette hypothèse nous parait de la même force que celle de Whislon qui attribue le déluse à la queue d'une comète arrêtée dans I atmosphère de notre globe.
Mais quand même nous admettrions ce renversement des lois astronomiques et physiques du monde, quand nous arrêterions notre planète sur son axe, est-il sûr que l'Océan se déverserait sur les continents I Comment démontrer que la terre s'arrêtant, la mer ne s'arrêterait pas de même? La mer tie se meut dans l'espace que parce ({u'elle fait partie de la terre; arrêter celle-ci, c'est donc arrêter l'Océan. Les lois de l'hydrosta^ tique ne peuvent être invoquées ici, la grandeur du phénomène le plaçant en dehors de nos expériences et des lois qui régissent les liquides dans les conditions ordinaires. Un liquide placé à la surface d'une roue qui tournerait avec une rapidité égale à deux fois la vitesse d'un boulet de canon, comme est celle de la terre sous l'équateur, se maintiendrait-il à la surface de cette roue ? Ne s'échapperait-il pas par la tangente ? Cependant les mers sont emportées par un pareil mouvement sous l'équateur, sans que leur pesanteur diffère d'une manière bien notable de c^Ue des eaux qui avoisinent les pèles , où le mouvement est presque nul (67). Et ce ne sont pas seulement les eaux des mers qui sont ainsi emportées i^ar ce mouvement diurne de plus de six lieues par minute , mais encore l'océan aérien, lequel est d'une densité incomparablement moindre.
Environnés par mille causes qui modifient les mouvements que nous imprimons, nous nous habituons à regarder ces causes comme inséparables du mouvement, et c'est pour nos jugements une source d'erreurs.
M. Chaubard ne se contente |vis de sus<» pendre le mouvement de rotation delà terre; il veut encore que de là soit résultée la destruction du bassin des mers, et voici comment cela serait arrivé. Après s'être
(67) La force centrifuge, sous Téquateur, est à peu près le 289* de la gravité au pôle. Si la rotation terretlre devenait tou( à coup 17 fois plus rapide, les corps iraient sans poids sous léquateur; par
arrêtée sur son axe de rotation, la terre, h cause de sa liquidité intérieure, aurait repris sa forme originelle (c'est-à^ire, régulière-' ment sphérique] en se dilatant vers les pèles et se contractant sur Téquateur. Par M, ditil, les inégalités du globe terrestre^ c'esMdire les proéminences alternant avec des enfoncements qui n étaient que des effets résultant de la forme perduti disparaissent: alors lu mer n'a plus de bassin: elle se répand de tous côtés sur les continents. fP. 198.)
Il n'y a pas seulement une énorme invrai->> semblance contre une pareille théorie, mais il y a toutes les objections que Ton peut fiiire contre la fluidité intérieure du ([lobe et dont nous avons déjà présenté les principales que nous ne répéterons pas ici. {Voyez Feu gbhtral.) M. ChaubardT joue avec le globe comme il ferait avec une balle en caoutchouc ; il l'étend, il l'étiré, il le comprime ou le resserre suivant les fantaisies de son imagination. Ainsi en supposant ces contractions et dilatations qu il prétend s'être opérées dans notre planète par la cessa tion ou la reprise du mouvement de rotation, il ne prend |ias garde que la croûte terrestre est solide et que le granit parait en composer la base dans toute sa périphérie. On peut bien admettre qu'k longine lors-
2ue tous les éléments qui le composent taient à l'état liquide, le globe mis en mou^ yement sur son axe avec la rapidité que Ton connaît^ se soit aplati aux pôles, renflé à l'équateur. Mais lorsque la croûte a été soli«* difiée, comme nous la voyons aujourd'hui, rien ne prouve que notre planète pourrait être ramenée à la forme d'une sphère régu*^ Hère par la suspension du mouvement diurne. Tout porte à croire au contraire qu'elle conserverait à peu près sa forme actuelle, ou qu'au moins la modification dont on parle, ne pourrait s'opérer sans déchire'^ meuts dans 1 enveloppe solide et d'une si mince épaisseur» suivant H. Chaubard^ et sans ouvrit par conséquent des abîmes où rOcéan irait se perdre, ou bien du fond des* quels jailliraient d'effroyables masses delà matière fluide intérieure.
En raisonnant toujours dans les idées théoriques de notre auteur, c'est-^-dire en admettant qu'au-dessous d'une mince enveloppe, notre planète n'est qu'une immense masse fluide, ne serait-on pas en droit de supposer encore que non->seulement l'Océan de la surface, mais aussi celui de l'intérieur du globe aurait dû continuer de se mouvoir d'occident en orient au moment où la tem; s'arrêta, qu'il en serait résulté des chocs épouvantables contre la pellicule qui le re» couvre, laquelle aurait été brisée de toutes parts et entraînée dans cette immense masse de fluide intérieur et extérieur, qui se seraient ainsi mêlés et confondus, et auraient amené le chaos.
M. Chaubard reconnaît qu'une multitude
une vitesse plus grande encore, les corps s'y éc|iap-
Eeratent de la terre à la manière de Teau et du aa-* le qui se sont altacbés à la roue d'une voiture e« mouvement.
ET D£ PALEONTOLOGIE.