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de crevasses^ par lesquelles Veau a pu pénétrer à nmérieur y ont dâ se produire alors ^ et que par ces mêmes crev€Lsses est sortie aussi la matière fluide du noyau de la terre. (P. 15!2.} En cherchant , dit-iU à se représenter Vétat du gjobe terrestre sous Vinfluence des eaux du déluge universel^ on ne peut s*empécher de remarquer quil n'a pour ainsi dire été que le rétablissement momentané de Vétat originel du globe^ que la terre s'est trouvée ensevelie^ comme au temps de la création dans le même liquide qui la recouvrait alors. (P. 153.)
Quoi qull en soit de toutes les suppositions auxquelles on peut se livrer dans le vaste champ des chimères» élançons-nous avec Tocéan déchaîné sur les continents, mais ne nous flattons pas de le suivre, fi Son impulsion, en quittant ses bassins, a dû, dit U. Chauhard, se trouver d'abord égale à doux fois la vitesse d*un boulet de canon. » (P. 190.) Ainsi, il aura fait le tour du globe en vingt-q[uatre heures. Vous figurez-vous celte formidable impétuosité des mers volant à la surface du globe avec la rapidité de plus de six lieues par minute ?£t Tarche, monsieur Tabbé» ne tremblez-vous point pour son sort au moment où elle sera rencontrée ffSLV cette épouvantable masse liquide qui passe avec la rapidité d'une flëcneTCn miracle, direz- vous, à ajouter à tant d'autres. A la bonne heure I Mais M. Chaubard vous répond que la Bible gardant le silence à ce sujets nous ne pouvons affirmer ni que c^en sott un, fit que ce n'en soit pas un. (P. 195.)
Mais cette course impétueuse doit avoir un terme. M. Chaubard veut bien permet- Ire à rOcéan défaire une ou deux fois le tour du globe (P. 196), mais enfin, il faut (j[u'il s'arrête; autrement, que voulez-vous laire avec ce furieux qui court plus vite que le vent? Or, M. Chaubard a beaucoup, a énormément de besogne h faire faire à l'Océan. S*il allait toujours ainsi bride abattue à travers champs, il ne pourrait jamais bAtir avec son secours le petit édifice des terrains sédimcntaires, transitaires, secondaires et tertiaires, de six mille mètres de puissance seulement.
Nous le montrerons à l'œuvre dans une prochaine lettre.
Lettre huitième.
Monsieur l'abbé ,
M. Chaubard veut former, moyennant le secours de l'Océan , la série des terrains sédimentaires : il lui faut pour cela d'abord des matériaux , et il lui en faut une masse considérable, car ces terrains n'ont pas moins de six mille mètres de puissance. Où les prendra-t-il? Il n'a que du granit, il ne
(68) Nous ne parlons ici qne de la décomposition du granit par les agents atmosphériqaes dans les conditions ordinaires, les seuls oont parle M. Chaii* bard lai-ménie, et non de la désagrégation produKe en certains lieux par un dégagement de gaz acide aarboniqoc, comme on le remarque dans quelques
s'est formé que cela lors du premier cataclysme. Pour se procurer ces matériaux indispensables , M. Chaubard suppose que les rocnes de la formation primitive se décomposent sous rinfluencedes agents atmosphériques bien plus facilement que les roches des strates. (Page 149.) Cette assertion est tout à fait contraire à 1 expérience. La désagrégation des roches cranitiques ne se fait qu'avec une extrême lenteur, en sorte que poui' rérosion de certains blocs de granit arrondis comme on en voit en différents rieux, tous les géologues s'accordent à admettre un laps oe temps immense. On peut, sur ce point, d'ailleurs, en appeler à l'expérience vulgaire des habitants des pays granitiques (08).
Cependant M Chaubard prétend que les matières primitives étaient presque partout à découvert avant le déluge. (P. 150.) Tant pis alors pour son idée théorique. Pour ma part, j'ai meilleure opinion du monde antédiluvien, et je ne puis croire qu'il ait été inférieur, sous le rapport de sa constitution géognosique, au monde actuel. Préoccupé de cette prétendue facilité de décomposition des granits, notre auteur s'écrie : « Quelle prodigieuse quantité de débris une aussi prompte dégradation n'a-t-elle pas .dû accumuler sur la surface du globe pendant la longue suite de siècles qui s'est écoulée entre la formation primitive et la formation de transition? » (Ibid.) Cette longue série de siècles se réduit après tout à seize cents ans environ. L'obélisque granitique de Luqsor est depuis bientôt trois mille ans exposé à toute l'action des agents atmosphériques ; il ne parait pas avoir fourni jusqu*ici un continrent bien considérable aux stratifications qui s'étendent à son pied.
Soyons généreux ; accordons à M. Chaubard qu'H y avait bien avant le déluge tous les détritus dont il a besoin pour former les strates actuels. Voici donc 1 Océan qui s'élance sur cette surface terrestre avec une vitesse égale au double de celle d'un boulet de canon (p. 199); que va-t-i4 se passer? Tous les éléments dont nous venons de parler auront été lavés ^ dit M. Chaubard, délayés et emportés par la mer^ lorsque^ avec la violence dont parle F histoire^ elle s'est précipitée sur la terre pour la recouvrir. (P. 152. j
Il est sûr que ce serait une terrible chose que la mer se ruant sur les continents avec une impétuosité semblable à celle qu*on lui accorde ici. Mais rassurons-nous, cette vitesse incroyable est tout à fait chimérique. Supposez que la terre vint à s'arrêter sur son axe, et supposez aussi que l'Océan ne s'arrêtât pas avec elle, double supposition parfaitement gratuite , les eaux ne se précipiteraient 'point sur la surface des continents avec la rapidité du mouvement de la terre
Ce ne sont là que des exceptions et des cas parti* cuHcrs.
DicTi0!f!f. VE Cosmogonie ht de Paléontologie.
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DfCTlONNAinE DE COSHOGOME
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sur son aie» |»arce qu elles ne seraient nullement dans les conditions où se trouve notre planète dans Tespacc. En effet, celle-ci tourne dans le Tide eu elle n*éprouve aucune résistance, et rOcéan aurait à vaincre la résistance du frottement contre la surface inégale du sol , celle des chaînes de collines et de montagnes, peut -être celle de Tair (à moins que Tatmosphère no «le soit mise à courir de compagnie avec l'Océan, ce que M. Chauhard ne dit pas). Il y a lieu de croire que l'Océan n*eût point fait une ou deux fois , comme le dit notre auteur, le tour du globe. i'iT) toute hypothèse , on ne peut pas admettre <ju il ait emporté avec lui les terrains, quels qu'ils fussent, qui recouvraient les formations granitiques , et ils devaient être considérables, puisque tous les strates actuels en seraient formés. Une aussi énorme masse d'eau devait comprimer le sol, fécraser de son poids, l'aplanir; mais Tentratner, l'emporter, c'est contraire à ce que nous connnaissons des effets des grandes masses d'eau. Ainsi nos grèves, loin d'être sillonnées, creusées , dévastées par les eaux de la mer, sont , au contraire, durcies et rendues si compactes, bien qu'elles ne supportent souvent pas plus de quarante pieds d'eau, qu'un cheval qui les parcourt au galop, y marque à peine l'empreinte de ses pieds.
Mais M. Chaubard ne peut pas convenir que les choses se soient passées de la sorte ; car alors pas de couches superposées , pas de stratiQcations, et toute la longue série de tc^rains sédimentaires lui échappe. Accor- 'J( ns-lui donc que tout ce prodigieux amas a éléments siliceux^ argileux ^ calcaires , de carbone^'de cailloux de toute sorte^ les sables j tes coquillages , les polypiers , les végétaux et les cadavns noyés des hôtes de la terre sont tenus en solution ou en suspension (p. 154) dans les eaux de la mer qui recouvre les continents. Supposons aussi que ce mouvement violent de la mer se ralentit , et voyons ce gui va se passer.
M. Ciiaubard s'occupe d'abord des terrains de transition.
Que fon se représente^ dit-il, Fénorme masse des eaux réunies de la mer et de V atmosphère répandues sur la surface entière du globe ^ tenant en solution ou en suspension tout ce prodigieux amas d'éléments dont nous avons parlé plus haut. Aussitôt que le mouvement qui a transporlé cette immensité de liquide sur la surface entière du globe aura commencé à se ralentir, tous ces matériaux de transport se seront déposés en suivant les lois de la gravitation, (p. 154.) A la bonne heure, mais alors nul moyen de se rendre compte de ces alternats si nombreux que Ion remarque dans le croupe de transition, du redoublement si fréquent des termes du dépôt dans lequel on compte , pour la seule formation carbonifère, plus de quatre-vingts
(68*) n y a des couches qui ont des centaines de lieues dVteaduc on tous sens et qui sont composas des memes matériaux fossiles^ comment, après ['ciTroyable |M>uIeversement qui a eu lieu, concevoir dans les
couches de houille (Belgique). Aussi M. Chaubard joue avec TOcéan comme il a fait avec le globe, pour amener les mers sur les continents. Ce ne sont dans la masse aqueuse que déplacements du liquide, balancement^:, oscillations, ondulations, mouvements de toutes sortes.
En effet , dit notre auteur, se déposait-il encore du sable en un fteu, pendant quil commençait dans le voisinage à se déposer dis calcairCj une ondulation remplaçait te liquide déposant le sable par du liauide déposant le carbonate de chaux , puis te retour de Veau rétablissant les choses au premier étage , le sable se déposait au-dessus du calcaire et ainsi de suite pour chaque ondulation^ iusqu'à ce que le sable ait été épuisé dans ce tieu. Alors le calcaire s'est trouvé jouer le rôle principal , et tout le reste s*est trouvé svUfor^ donné. Mais pendant qu*il se déposait , la précipitation ayant lieu dans le voisinage plus promptement 9 soit parce que Fabondance du carbonate de chaux y était moindre , soit pour toute autre cause ^ il commençait là à se déposer de l'argile ^ et les ondulations de F eau remplaçant alternativement celle qui déposait le calcaire f par celle déposant Fargile et vice versa , il se formait des alternats de calcaire et d'argile. Enfin ^ le carbonate de chaux s' étant presque entièrement déposé ^ Fargile a dâ se déposer seule en alternant avec le reste du carbonate de chaux que les ondulations de Feau ramenaient sur les lieux. Pendant cette opération , i7 a pu arriver que des molécules aargile ou de carbonate de chaux se soient accrochées à des molécules de sable et aient produit des alternances dans le sable. Il est aussi possible que des molécules de calcaire aient accroché des molécules d'argile. (P. 157.)
Nous le demandons, est-il rien d'arbitraire comme tous ces déplacements des eaux, ici tenant une certaine matière en suspension, là, chargées d'une matière différente, plus loin formant un dépôt d'une troisième nature, etc., etc.? Est-ce ainsi que se comporterait une immense masse de liquide comme celle que l'on suppose ici , et peut-on adrikettre un instant qu'il, se formerait des strates réguliers, nombreux , suivant un ordre jamais interverti , comme ceux que les investigations de la science ont étudiés sur tous les points du globe? Quoi ! au milieu de l'épouvantable chaos dans lequel sont confondus tous les matériaux qui recouvraient les roches granitiques et qui ont été emffortésavecune violence inimaginable, ces matériaux vont se trier, se séparer, s'arranger de manière qu'il y aura ici du carl>onate de chaux sur une vaste étendue , là de Targile , plus loin du sable, ailleurs du sabio et de l'argile, dans un autre endroit de fargile et du calcaire, etc., et toujours en n4pi>e souvent immense (68*), et cela dans une longue série d^alternats successifs? Est-ce
eaux la présence de ces matériaux de même Datnra sur une étendue aussi considérable, et comment expliquer, par des ondulations, leur succession avec des matières d'une nature différente, elles aussi cona :
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ET DE PALEONTOLOGIE.
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ainsi que nous voyons les choses se passer dans les grandes inondations, qui peuvent nous donner une idée de celle du déluge? Toutes les matières arrachées par les eaux ne sont-elles jpas mêlées, confondues, accumulées, jamais disposées par couches? Tout ne dénote-t-tl pas dans le dépôt non une stratification régulière , mais un bouleversement, une conîusion^de tous les éléments entraînés ?
N'est-il pàs évident d'ailleurs que tous ces mouvements oscillatoires, s*ils avaient pu former Quelque chose de semblable h une couche, l'auraient entraînée et détruite un instant après par une oscillation contraire? ou plutôt chaque ondulation n'était-eUe pas un obstacle à toute formation , puisque dans son mouvement elle devait emporter les matériaux, au lieu de leur permettre de se déposer?
Mais ces eaux^auxquelles on suppose une profondeur de sept ou huit mille mètres (p. 166) n'ont pu éprouver qu'à la surface les oscillations, les mouvements ondulatoires auxquels on a recours ici pour la formation des terrains sédimentaires. Tout le monde sait que l'agitation des eaux dans les plus violentes tempêtes ne se communique pas au-dessous d une profondeur de quelques brasses. Est-ce dans cet étroit espace qu'il faut placer l'immense quantité des matériaux qui ont formé les strates? Évidemment M. Cbaubard ne pourrait l'admettre.
Ils étaient donc répandus à tous les étages. Mais alors tous ces balancements du liquide dont vous avez besoin deviennent inutiles; ils ne peuvent absolument rien produire de ce que vous voulez leur faire opérer. Tout re qu il est possible d'accorder ici, c'est que les matériaux en suspension à tous les degrés de profondeur se seront précipités au fond du liquide dans la plus complète confusion,
Earce qu'ils se seront trouves dans une semlable confusion mêlés à toute la masse aqueuse. Loin d'avoir des précipités homogènes comme le sont ceux que présentent les bancs géologiques, vous ne pouvez obtenir qu'un mélange, une accumulation confuse ae toutes les. substances divisées par Teau ; rien de semblable à des précipitations successives et d'une seule matière tenue en suspension dans l'eau pendant un certain intervalle, comme on le remarque pour les formations sédimentaires.
Tout atteste que les dépôts dont se composent les couches se sont produits graduelleluent, avec calme et lenteur. On trouve, par exemple, dans ces couches, une foule de coquillages qui ont conservé leurs pointes les plus fines, leurs arêtes les plus délicates. Comment concilier cette conservation avec Taclion si violente qu'on attribue aux flots diluviens ?
En terminant cette lettre, je ne puis mieux faire , monsieur l'abbé , que de vous rappeler
posées de subsuDces homogènes, qui viennent alterner un grand nombre de fois avec les premières*? Celle seule difitculé anéantit la théorie de M. de Chaubard.
deux objections emffruntées au savantautêur des Annotations géologiques à ta Genèse f publiées par M. Migne.
« Il existe une foule de bancs redres^ ses qui furent préalablement horizontaux , comme le prouve le parallélisme de leurs faces , et c'est de ces redressements que se composent les montagnes, où se montrent à nu les terrains primitifs. Or, si la stratification de ces bancs est due au déluge, leur redressement serait l'œuvre de révolutions postérieures; et ces révolutiens seraient énormes, nombreuses, et d'époques diiférentes. Or, il n'y a de ces révolutions aucune trace dans l'histoire post-diluvienne.
« Il existe souvent dans les vallées formées par les bancs redressés, qui constituent les montagnes, des bancs horizontaux qui contiennent des fossiles, et qui, étant supérieurs aux premiers, sont d'une formation plus récente. Donc on ne peut attribuer au déluge les deux systèmes à la fois ; ou bien il faut admettre que pendant le jpeu de mois que les eaux diluviennes couvrirent la terre elles firent ce que ne fait pas la mer elle-même depuis tant de siècles; c'est-à dire qu'elles pénétrèrent dans les roches dures, qu'elles les attaquèrent à plus de 1,000 pieds de profondeur, puis réduisirent ces roches à l'état de limon, puis les laissèrent se précipiter ; que ces dépôts eurent le temps de se durcir sous l'eau; puis que d'énormes explosions brisèrent ces couches et les redressèrent, puis encore que d'autres dépôts se formèrent à plusieurs reprises dans les vallées formées par les redressements! Nous ne pensons pas qu'il faille discuter sérieusement de telles conséquences (69). »
Vous avez sans doute, monsieur l'abbé, des réponses péremptoires à toutes ces difficultés; ayez la bonté de les publier; vous êtes sûr d'intéresser bien des lecteurs, entre autres l'auteur précité des Annotations et votre très-humble serviteur.
Lettre neuvième.
Monsieur l'abbé.
Si je ne m'abuse étrangement, si je sais un peu où en est la science aujourdliui, si j'ai compris sur quel terr^i^in se trouvent transportés en ce moment les travaux apolo-
f;étiques et Texégèse biblique, je pense gue es observations que je vous ai soumises dans mes dernières lettres, sur la question du déluge mosaïque, ne sont point sans valeur, et que les difficultés auxquelles est sujette l'opinion de M. Chaubard ont qyelque gravité, et doivent être résolues, si vous
fersistez à soutenir que sa géologie est iblique^ c'est-à-dire pense et enseigne cotnme pensait et enseignait Moïse. Cependant, quand vous aurez annjlhUi mes précédentes lettres, il vous restera encore une autre série d*ob«
(69) Annotationn géologi^uet & la Genèse^ dans le Courê'eemplet d'Ecriture sainfe, publié par M. l'abbé IliCMB, t. 111, coL iGOi. 1005.
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DIGTiONMAiRE DE COSMOGONIE
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jections auxquelles il vous faudra répondre, et dont nous allons aborder quelques-unes aujourd'hui. Armez-vous donc de patience, Monsieur, et soyez un peu touché des embarras que j'éprouve, pour ma part, dans la théorie diluvienne que nous examinons.
Nous avons dit que M. Chaubard s'occupait d'abord de la formation des terrains de transition qui se terminent en groupe carbonifère inclusivement. Cette grande formation se serait opérée, selon lui, pendant les cinq mois que l'Océan a séjourné sur les continents, après la destruction de son bassin. On s'imaginerait d'abord tout naturellement que la série entière des terrains sédimentaires, si elle avait pu se former par l'action des eaux diluviennes, aurait dû s'opérer pendant ces cent cinquante jours. Il n'a pas convenu à notre auteur d'adO]»ter cette idée.
Selon la Genèse^ Dieu envoya un souffle sur la terre, et les eaux diminuèrent^ et les sources de Vabime et les cataractes du ciel furent fermées j et les pluies du ciel furent arrêtées^ etc. M. Chaubard traduit hanliment Clausi sunt fontes abyssi par ces mots : IHmmense capacité du bassin des mers fut rétablie. Lorsqu'après cinq mois de reposa dtt-il (p. 200), la terre recommence à tourner sur son axcy tout se rétablit comme auparavant ^ c'est-à-dire que le globe reprend la forme de sphéroïde aplati sur les pôleSy et que hs proéminences^ alternant avec des enfoncements dans lesquels la mer se retire de nouareati, reparaissent pour former des continents.
Vous êtes sans doute émerveillé de ce 5ans-facon théorique, qui arrête et fait tourner si a point sur son axe notre docile planète, pour Ja plus grande commodité du système de M. Chaubard. Nous avons déjà dit ce qu'il fallait en penser; mais nous n'avons pas tout dit. Ainsi , par exemple , nous au<^ rions pu prier M. Cnaubard de démontrer que la forme sphéroïdale que prend le gloire, en vertu de la force centrifuge, doit entraîner la formation, à sa surface, de proéminences alternant avec des enfoncements. En effet, que le globe terrestre prenne une forme régulièrement sphérique ou seulement sphéroïdale, il nous semble que l'alternance des enfoncements et des proéminences ne peut pas plus être expliquée dans un cas que dans Tautre. Puisque M. Chaubard suppose aux matières q^ui composent notre planète une telle élasticité, qu'elles s'arrangent en sphéroïde ou en sphère, suivant que la terre tourne ou s'arrête sur son axe, il n'y a pas plus de raison pour aflmeitre des entoncements et des proéminences que dans le sphéroïde et dans la sphère. I-a forme sphéroïdale est déterminée par la force cenlrifuse, comme la sphère est déterminée par la force centripète, et la première ne doit pas plus permettre l'existence de ces proéminences et de ces enfoncements alternatifs dans une masse qui peut céder à loute son influence que la seconde ne le permet dans la sphère. Ainsi notre théoricien n'a
le
as de meilleures raisons pour faire rentrer es mers dans leur bassin qu'il n'en a eu pour les en faire sortir.
Accordons-lui cependant toutes ces impossibilités; et, puisque nous l'avons laissé amener l'Océan sur les continents, permettons-lui de l'en retirer.
Lorsque la mer, dit M. Chaubard, après avoir déposé les terrains de transition, s'est retirée dans ses bassins, elle n'était pas sans doute épuisée : elle tenait encore en suspension des silicates d'alumine, de magnésie, du fer, du carbonate de chaux. (P. 286.) Et en quelle quantité? On en peut juger par la puissance des terrains secondaires et tertiaires. Ainsi, cinq mois n'ont point suffi à l'Océan pour déposer sur son tond les matières qu'il tenait en suspension dans ses eaux ; cela paraît singulier. Pourquoi et comment ces matières, qui sont, suivant l'auteur (p. 288), les mêmes que celles oui composent les terrains transitaires, ont-elles échappé au dépôt de ces derniers terrains?... Nous sommes trop curieux. £h bien! n'insistons pas, et arrivons à cette nouvelle formation.
Que Fon se représente, dit M. Chaubard (p. 290), la mer se mettant en mouvement et envahissant de nouveau les continents par des marées de plus de 200 mètres d'élévation^ tenant en suspension tous les éléments minéralogiques dont nous venons de parler^ voilurant tous ces matériaux de transport ; on va les voir se déposer absolument de la même manière qu'ils se montrent dans les dépôts secondaires.
Et M. Chaubard, s'emparant de ces eaux et de ces marées de plus de 200 mètres d'élévation, les fait manœuvrer à plaisirt les fait aller et revenir, les mène, les ramèno, les promène, leur fait exécuter mille ca|jricieux mouvements, dont le résultat définitif» suivant lui, est la formation des terrains secondaires. Or, savez-vous comment sont composés ces terrains? Des trois termes, sable, calcaire, argile, reproduits périodi-
3uemenl plus de cinq fois, du propre aveu e l'auteur (p. 224.) ; c'est-à-dire qu'il v a au moins cinq dépôts successifs, formés cnacun de trois couches distinctes : la première de sable, la seconde de calcaire, la troisième d'argile. Je n'ai point à examiner si cctto division des terrains secondaires est exacte ; mais, quant à leur formation par le procédé employé par notre géologue, elle est de tout point insoutenable, ainsi que nous l'avons démontré pour les terrains de transition, et une pareille théorie est directement opposée au principe qui domine aujourd'hui toute la science. Ce principe, qui ne doit plus être ignoré de personne, c'est que les mêmes causes qui agissent encore à la surface du globe ont produit tous les terrains sédiment air es. Ce principe, unanimement admis aujourd'hui par les géologues de tous les pays^ a tué sans retour la théorie des invasions de la mer. Prenez -en votre parti, monsieur l'abbé, et ne vous flattez point de la faire revivre
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ET DE PALBONTOLOGIE.
il paràUy dit M. Chaiibard, que la formation de chaque dépôt secondaire et tertiaire (et il y m a au moins cinq ou six^ comme mous temons de le voir) a été précédée ttune amtuiêiùn du globe^ dont fun des effets a dû être de casser ta croûte solide de son envehppe^ de la souleter^ et de vomir à sa surface la WÊOiiêre fluide qui a formé le noyau des moniaants^ telles que les Pyrénées^ les Apennins^ les Alpes, etc. (P. 255.)
C^est commode de cesser la croûte du gfobe aatant de fois qu'il est nécessaire de se tirer des diffieultés dens lesquelles nous jette à chaque pas un système erroné; mais, quand on se met si à 1 aise arec les lois qui régissent le monde, et qu*on manie à son gré ^t rOcéan et le globe lui-même, il fiiudrait prendre garde, en voulant éviter un emtMrras, de tomber dans un autre. La matière qui sortait par la croûte cassée du «Jobe était fluide, et les matériaux qu'elle soûlerait, c'est-à-dire les terrains de transition et les terrains secondaires et tertiaires qui se formaient, devaient être eux-mêmes dans un état de mollesse et de grande inconsistance. Comment donc cette matière fluide et ces terrains, qui ne devaient être qu'un immense amas de vase, ont-ils pu fn^rmer des montagnes où le granit a partout éts arêtes tranchantes, et dont les flancs sont composés de lits ou de bancs de pierre redressés sous un si petit angle? Je parle d embarras, je me trom|ie : il vlj a point d'embarras pour M. Cbaubard. Ainsi il a litmvé un moyen de remédier à Tincobérence des matériaux des terrains sédimenlaires soulevés au moment de leur formation.
Si Fan s'imaginait, dit -il, que les eaux dans lesquelles se sont formés les terrains de transition ne différaient en rien de Feau des mers actuelles, on commettrait une erreur trH-grave; car les eaux des mers actuelles nom point la propriété de former des pierres durée, telles que les roches de grès, de quartz, de caicaire,ete., pendant que celles du déluge mmitersel avaient incontestablement (incontesfaiblement !) toutes les qualités requises pour lee produire. (P. 152, 2H8, 301} £t d'où leur était venue cette propriété? Ne vous rappelez-vous pas que, lorsque la formation de transition a commencé à se déposer, le globe est entré en convulsion, que la croûte s'est cassée, qu'il s'est fait une multitude de crevasses? Eh bien ! il est sorti par là de la silice, de la magnésie à l'état élémentaire, des agents sulfureux, etc. [Ibid,), et voilà fustement ce qui fait,., que nous avons des pierres calcaires de toutes sortes, des grès, da marlire, etc. On pourrait faire, il est vrai, je ne sais combien a observations là-dessus. Mais, franchement, est-ce la peine? De pareilles inventions ^nt bien innocentes.
Enfin tous les géolo^es reconnaissent dans les terrains de stratification des formations^ les unes marines, caractérisées par «i<^ oébris organiques marins ; les autres fluvîatdes ou terrestres, renfermant des dél'iis or^ganiques se rap[)ortanl à ceux dos <4ff.*rents animaux oui vivent dans nos ri-
vières et dans nos lacs. Partout on voit les couches marines s'enchaîner aux fluviales et réciproquement.. M'est-ce pas là un phénomène qui exclut formellement l'idée des invasions de la mer? Et ce qui prouve encore, pour le dire en passant, que toutes les parties qui composent les couches ont été apportées pour ninsi dire grain à grain [lar une cause lente, uniforme, tranquille, c'est qu'on trouve des ossements de grands animaux couverts de coquilles adhérentes et qui s'y sont dévelop|»ées.
Encore quelques petites observations auxquelles je vous saurai bon gré de répondre.
1* Vous connaissez. Monsieur, la formation qu'on appelle nouveau gris rouge, et vous savez qu'elle vient immédiatement après la formation houillère; qu'elle est, par conséquent, la première des terrains secondaires. Eh bien, l'on a trouvé dans plusieurs carrières creusées dans ce grès (comté de Dumfiries, en Ecosse), des empreintes de pieds d'animaux si bien marquées qu'on distingue parfaitement l'empreinte même des ongles. On ne les a pas seulement trouvées dans une couche, mais dans plusieurs couches successives. Sur une seule table enlevée à cette localité, on voit vingt-qcitre empreintes de pieds qui se suivent et forment une trace régulière dans laquelle l'empreinte de chaque pied se répète six fois. Une autre de ces traces a de vingt à trente pieds de longueur. Près de Hildburghausen« en Saxe, on a trouvé, dans les mêmes couches de grès, les empreintes de pieds et de pas de certains quadrupèdes. Dans la vième formation, on a découvert en cinq endroits diflerents (vallée de Connecticut, Etats-Unis) des empreintes de plusieu^^s espèces d'oiseaux parfaitement distinctes. Ces empreintes se succèdent régulièrement et constituent la trace d'un animal dans l'acte de marcher ou de courir, les pieds droit et gauche se montrant toujours a leurs places respectives. Elles sont souvent multipliées, d'autres fois elles se croisent, ou il y a retour sur elles-mêmes. — Expliquer la possibilité de pareilles empreintes sous une mer universeUe de sept à huit mille mètres de pnifondeur.
2* Mo'ise fait une description topographi-
3 ne du paradis terrestre ; il en désigne les euves; il en fait remarquer les mines d'or et de pierres précieuses, et donnent les noms des lieux que ces fleuves arrosent, noms qui tirent leur étymologie des enfants de Noé. — Expliquer comment se sont formés, sous les eaux diluviennes, les terrains stratifiés des pays mentionnés piar Moïse sans que ces fleuves, antérieurs au déluge, aient été détruits ou dérangés.
3* Les poissons deau douce, dit M. Chaubard (p. 30^], ont dû se trouver dans une position fort étrange et fort critique! (Je lu
mètres de liquide sur le dos, et de l'eau limoneuse et salée encore !). Les rivages étaient
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DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
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bien di/ffrents^ bien plus éloignés (iï n'y en avait point 1); la fluctuation^ ta tourmente; bien plut grandes (assurémenll). Tout cela a dà les dérouter^ les rendre le jouet des flots. (Pauvres botes !} Il est donc fort peu probable qu'il en ait échappé quelqu'un à la destruction. — Nous dire comment il s'en trouve encore tant d'espèces dans nos eaux douces.
4** Il y a des végétaux à la surface des^ continents et des lies actuels. On en connaît eu moins 50,000 espèces, et on présume qu'il en existe au moins le double. — Expliquer comment se sont conservées les plantes sur une pilanète où les terrains qui les portaient ont été emportés depuis lem^plus profonde base, délayés ^ tenus en suspension ip. 160) dans un océan universel de sept à huit mille mètres de profondeur, puis déposés, banc par banc, dans une longue série de couches qui ont ensemble plusieurs lieues d'épaisseur moyenne.
5' Vu un pareil état de choses, c'est-àdire, vu l'état vaseux et limoneux d'un sol récemment pétri et remanié à une profondeur de sept à huit mille mètres, et vu la destruction de tonte plante et de tout animal à la surface du globe, dire ce que sont devenus, en débarquant sur celle terre, Noé et son immense cargaison.
6* Enfin, expliquer d'une manière édifiante pour le lecteur, les paroles suivantes de M. Chaubard parlant du déluge : Ecartons^ rejetons donc enfin de la science cette qualification fallacieuse de miracle^ que rien
ve justifie La science ne se fonde qve sur
des certitudes et repousse les croyances d'Aobitude, oui, comme celle-^ij manquent desanc» tion et ae fondement. (P. 194.) Sans avoir fait un travail d'Hercule, comme vous le dites, je crois oue j'ai franchi les colonnes du héros mythologique. Au moins , monsieur Inbbé, j'attendrai que vous m'ayez démontré le contraire pour continuer celte discussion et aborder les arguments que me fournirait la paléontologie,
Quant au troisième cataclysme, qui aurait eu lieu lorsque Josué arrêta le soleil, il me l>arait inutile de nous en occuper (70). En effet, quel nue soit celui de nous deux qui restera noyé dans le cataclysme mosaïque, la cause est gagnée pour celui qui sumagéra. Afin donc que le lecteur puisse décider entre nous, ayez la bonté de nous envoyer an peu moins de vers latins ou français, et \m peu plus d'arguments géologiques en faveur de votre thèse
Agréez, monsieur l'ahbé, l'hommage de mes sentiments bien respectueux.
M. l'abbé B. persistant à soutenir que les anciens philosophes avaient admis la création exnihilo^ nous lui adressâmes la lettre ^uivante.
Monsieur l'abbé ,
Ma quatrième lettre , dites-vous , vous a fait subir le mart^ire de Sisyphe^ et c'était fait
do vous y si , au milieu de vos tortures , les païens fj^' étaient venus tout à coup à votre secours. Eh bien I je vous en avertis , s'il ne vous vient point d'ailleurs de secours plus efficace, je crains fort que vous uo restiez condamné à rouler éternellement votre rocher. C'est qu'en effet • Monsieur, avec vos pauvres païens, vous n'êtes j^as seulement on dehors de la question, mais encore tout à fait à c6té de la vérité.
Je pourrais me dispenser de rerenir avec vous sur cette questiim de V éternité de la matière , si inopportunément ramenée dans TOtre lettre. En effet, que les philosoulios païens aient admis ou non l'éternité de la matière, je ne vois pas que votre rocher en doive peser moins d'un seul atome. Mais vous êtes bien aise de trouver l'occasion de citer force latin, prose et vers, et de vous envelopper des nuages d'une érudition indigeste pour échapper à l'évidence des raisons au'on vous allègue. C'est ainsi qu'au désert 1 autruche aux abois croit se dérober à la poursuite du chasseur en cachant sa tête clans le sable. Mais prenez garde, la foudre s'engendre dans les nuages, et, nouvel Ixion, vous pourriez bien y être transpercé de ses traits. De toutes les manières, votre position devient critique.
Quoi qu'il en soit , je persiste à soutenir que les philosophes païens , même les plus notables, n'ont pas admis la création au sens mosaïque , la création ex nihilo , et qu'ils ont regardé la matière comme éternelle.
Vous qui avez appris tant de choses des muses et des philosophes de l'antiquité, ne vous ont-ils jamais entretenu de ce qu'on nomme Yhyloisme? Le dieu des philosophes païens était créateWy coaune le potier est créateur du vase qu'il façonne, comme l'horloger est créateur du enronomètre dont il fabrique et dispose les pièces : le premier a son argile, le second son métaL Le dieu de Platon a de même fabriqué, disposé , harmonie le monde, mais il ne l'a pas créé de rien, il 1'^ façonné avec une matière préexistante et éternelle.
Vous prétendez que je calomnie au moins les plus notables de ces anciens penseurs, et vous nommez Platon, Aristote, etc. Etendez le bras. Monsieur, et saisissez dans votre bibliothèque le premier livre qui se présentera, il vous répondra comme moi. Lisez le Timée de Platon ; lisez les Etudes sur la Théo^ dicée de Platon et d Aristote, par J. Simon ; lisez les Etudes sur le Timée de Platon , par H. Martin ; lisez Y Essai sur la Métaphysique d' Aristote, par Ravaisson, etc., etc.
Si ces noms ne vous conviennent paSf interrogez de savants ecclésiastiques , auteurs d'ouvrages qui sont entre les mains de tout le monde : professeurs de théologie, d'Ecriture sainte, de philosophie, préilicateurs renommés ; adressez-vous au premier venu.
Ecoutez M. l'abbé Glaire , qui vous a déjà donné une leçon d'exégèse biblique : Le^^ Hébreux sont le seulp^ifU de C^tiçti^ié
(70) Ce préicndu iroisième cataclysme sera réfuté à Tarlidc Dcbuetne.
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ET DE PALfiaMTOLOGIE.
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jmi aii cm à la création proprement dite. Toutes les nations de la terre ont supposé g»e le monde est éternel, que^Dieu est Véme de funirersj que les âmes humaines en sont une portion^ et par une conséquence inétitable^ que le monde n*ii pas été tiré du néants c'est-à-dire créé de rien. (Les livres saints vengés^ 1. 1*', p. 13.) £t plus loin, parlant des In liens, des Perses, des Phéniciens, des Baiijloniens, des Egyptiens, il ajoute : Jamais amtun de ces peuples ne s'est éfevé jusqu'à ridée d'un Dieu créateur^ on fie la trouve nulle part dans les mythes et les philosophêmes des pnsples païens. {Ibid. p. 91.)
Ecoutez M. Bautain : Tout en regardant la matière comme étemelle^ la plupart des philosophes anciens , Platon entre autres , la croyaient cependant subordonnée à Fesprit intâligent qui détail la façonner, la mettre en eturrcj et ils trouvaient même dans sa résistance à la main du Créateur la cause première du mal et du désordre qui se montre dans le monde. (Psychologie expérimentale , t. 1", p. 143.)
Econtez le savant auteur des Eludes critiques sur le rationalisme contemporain , M. 1 alitié de Valroger : Bien supérieur au dieu d'Anaxaaore et au dieu de Platon^ le Dieu de la Bible ne travaille pas sur une matiire étemelle , ^nécessaire , indépendante, qui résiste à sa sagesse ; t7 ne demeure pas, comme te dieu d'Aristote, renfermé en lui-même, indifférent aux êtres éphémères qui passent et se succèdent dans la série sans fin des générations. (Etudes critiques sur le rationalisme contemporain, p. 231.)
Ecoatez un célèbre penseur italien, Tabbé V. Gioberti ; entre vingt passages je ne cite a 'je celui-ci : Un des plus anciens égarements ae la philosophie, c'est, sans doute, d'avoir abandonné le dogme de la création ; c'est là te qui enleva au merveilleux génie d'Aristote et ae Platon le bonheur de recueillir le vrai tout entier; c'est là ce qui influa d'une manière si funeste sur toutes les parties de leur doctrine, en leur faisant admettre l'absurde et rétrograde hypothèse de Vétemité de la matière, (introduction à F étude de la philoso^ phie, i. II, p. 92.)
Voolez*TOiis entendre un orateur sacré, pour qui ce n'a pas été peu de gloire d'avoir été jugé digne de succéder aux Ravignan et aux Laeonuire dans la chaire de Notre-Dame ; vous avez nommé Texact et brillant abbé Plantier : 5i divergents sur la Trinité, Platon tt Jésus-Christ s'entendront-iU mieux sur la rréaiionf Eh! peu davantage. Jésus-Christ proclameune création rigoureuse^ c'est-à-dire la fécondation du néant , et Platon suppose V existence dCune matière étemelle. Dieu, dCaprès lui, ne la nroduitpas, il la façonne: et ainsi celui qu'it appelle le père de la nature et rarckiteete suprême, n'est plus, selon le mot de Bossuct, qu'un artisan vulgaire, péirissasU, comme te potier, une argile dont il nesS pas Fauteur, et montrant plus d^adresse qu'il ne témoigne de puissance. (Troisième ronférence : Le christianisme est-il le résultat du progrès ? p. 69.)
Voulez-vous en celte matière Tautorité du plus beau nom de la littérature moderne, écoutez Chateaubriand : Platon prétendait que la divinité avait arrangé le monde, mais qu'elle n'avait pu le créer Aristote raisonnait comme Platon sur Forigine de Funivers.... Zenon êoutenail que le monée s'arrangea par sa propre énergie.. ; que Dieu, la matière, la fatalité, ne font qu'un.... Selon la philosophie dCEpicure, Funivers existe de toute éternité. Après F exposition de ces cosmogonies philosophiques, il serait inutile de parler de celles des poètes.... Dans ces diverses cosmogonies, on est placé entre des contes d'enfants et des abstractions de philosophes ; si Fon était obligé de choisir, mieux vaudrait encore se décider pour les premiers. (Génie du christianisme, liv. ni, chap. 1.)
Est-ce assez comme cela? Voulez- vous que je remplisse vingt colonnes de citations semblables? A quoi bon? Au lieu d'unir votre voix à celle de cette noble phalange de savants distingués, vous aimez mieux répéter tout seul à l'écart : Platon, le divin Platon! on le juge mal, on le traduit mal, on le comprend mal quand on dit quil n'admettait pas la création. Dans votre enthousiasme ir« réfléchi, peu s'en faut que vous ne disiez avec M. Cousin : Platon est un Père de FEglise. (Fragments philosophiques , t. 1", p. 230.) Eh I monsieur l'abbé , prenez, donc garne; c'est vous-même, vous tout seul qui te comprenez mal. Personne ne dit qu'il n'admettait pas la création, mais tout le monde nie contre vous que ce fAt une création ex nihilo. Le dieu de Platon arrangea la matière ; avec la matière préexistante il fabriqua l'univers, mais il ne créa pas la matière : encore une fois , il la regardait comme étemelle. Comprenez-vous enfin?
«Oui, Platon rayonne dans l'histoire, comme un astre magnifique. C'est une âme noblement sereine; et dans ces écrits, «on respire un calme solennel, comme celui do l'Océan qui re[K)se ; c'est un écrivain merveilleux. Et lui qui proscrivait de sa république tous les arts d imagination , leur fait d'honorables excuses, en se parant, dans son langage des plus éblouissantes fleurs que la po&ie fasse éclore. C'est un philosophe étonnant, supérieur à Pythagore, émule au moins du fameux fils de Sophronisque ; il plongea, dans la conscience de l'homme et ressence de Dieu, des regards tour à. tour profonds et sublimes; et quand il enseignait au bord des flots, le rocher sûr lequel il était assis n'était pas seulement une chaire pittoresque d'où il dominait la brillante mer d'Ionie , c'était un piéJestal du haut duquel il commandait l'antiquité profane. Mais s'il fut un génie, il ne fut pas un prophète; dans aucun de ses Dialogues ne se rencontrent les préludes des révélations évan^éliques. Incarnation, Trinité, création, soin de rattacher tous ces doçmes à la sanctificiition du monde, voilà Je résumé de ce que Jésus-Christ doit être un jour; voilà aussi tout autant de choses dont le disciple de Socrate ne présente pas un vestige ; et sj quatre siècles après sa mort il
avait pa revenir sur le cap autrefois dépositaire et témoin de ses leçons ; si, du haut du 8unium» son orabre avait pu contempler le docteur ensanglanté du Calvaire, au heu de fe saluer pour son commentateur, il se fAt étonné d'y voir un contradicteur, ou, pour le moins, un maître, et n*eût pas manqué de lui dire à travers les espaces : « Non, 6 sage des sages, je ne îns pas ton précurseur, et tu n'es pas mon héritier ; tu t'inspires de toi* mdmel» (M. l'abbé Plantier^ Conférence citée, p. 71 .)
Malgré votre prédilection pour les ïambes et les heiamètres païens , dont vous aimez tant à diaprer vos lettres , en guise d'arguments géologiques, vous conviendrez, j'espère, monsieur Tabbé, que les religieux échos de nos chaires catholiques redisent de bien nobles pensées exprimées dans un bien harmonieux langage.
Agréez, monsieur l'abbé, etc.
M. l'abbé B. avait été scandalisé, en lisant nos Lettres sur le déluge^ de ce que nous n'avions pas admis la nécessité de son uniyersalité. Nous lui répondîmes par la lettre luivantOr
Scriplane mot eatpu loqui de pane lanqaam de KMo.
(Sw Aua., Epiêt, ad P(mtbmm,ui»)
Monsieur l'abbé.
Je suis voïtairien, parce que j'ai dit qu'on pouvait admettre la non universalité du déluge, au sujet de laquelle l'Eglise n'a jamais rien déflni. Ainsi l'illustre Bénédictin, Mabil- Ion, étmt voltairien. Le savant abbé Maupied, l'auteur de l'article Déluge, dans YEncydopédie catholique, est voltairien. M. l'abbé Glaire , doyen et professeur d'Ecriture sainte & la Faculté de théologie de Paris, est voltairien. Voilà des voltairiensqui ont passé jusqu'ici pour d'assez tons catholiques. Je ne Yons cite ni Vossius, ni Deluc, m la plupart des critiques d'Allemagne et d'Anfleterre, tels que Boue, Sedgwick, Conyeare, etc.
EcoHitez M. l'abbé Glaire. Après avoir rapporté les -raisons pour et contre l'universalité du déluge, il conclut ainsi : Quant à nous, nous le dirons franchement^ la diffi-^ culte nous semble augmenter à mesure eue nous étudions davantage la question. A la vérité, les expressions dont s*est servi Moïse semblent indiquer un cataclysme absolument universel. Cependant, comme d'un côté ces mêmes expressions sont susceptibles d'éprouver une certaine restriction dans leur sens ; que de Vautre il y aurait, à las prendre dans toute retendue de leur acception, des difficultés oui paraissent insolubles, et qu'enfin le but de la justice divine se trouve complètement rempli par un déluge qui détruit toute la race humaine et inonde la plus grande partie du globe, il ne paraît pas entièrement démontré que le récit de la Genèse doive, par la seule force des paroles du texte sacré, s'entendre nécessairement d'un cataclysme qui aurait
couvert de ses eaux absolument toute la surface de la terre.
Et plus loin il ajoute -.Dans le cas où Von ne trouverait aucun autre moyen de résoudre certaines difficultés (car il ne faut pas se dissimuler qu il en existe de réelles, et que les réponses qu'on y oppose ordinairement ne sont nullement satisfaisantes): dans ce cas, disons-nofês, on pourrait légitimement recourir au sentin^nt contraire, ^i fournit des solutions incontestables, mats inadmissibles dans l'hypothèse' de Vuniversalité absolue du déluge. (Les livres saints vengés , t. i*% p. 275 et 280.)
Voilà ce qu'enseignent, dans leur chaire des professeurs de théologie , et ce qu'ils publient dans leurs livres. Cela dérange la moralité d*un cataclysme universel sans restriction;... comme si cette moralité ne consistait pas dans le châtiment infligé à tous les hommes existant alors, et nullement dans l'universalité du cataclysme, si elle ne fut pas nécessaire, comme on peut le présur mer. Au reste, tâchez de vous entendre avec les docteurs de Sorbonue.
Non ttoitrum tater vos iantas eMnponere lites.
Tout le mal, tout le scandale vient sans doute de ce que M. l'abbé Glaire n'a point encorejfai/ la découverte de la géologie biblique, qui pense et enseigne comme Motse.\o\\h ce qu'on peut dire pour atténuer ses tort* SI est certain que son livre est Tantipode de celui de M. Cbaubard. Je vous engage beaucoup à lui faire part de votre découverte,, pour qu'il puisse refondre son ouvrage à la prochaine édition; car, Je le répète, cet ouvrage s'écarte énormément^ de celui dont vous avez embrassé les opinions. Quant à moi, qui avais feit la susdite découverte, probablement avant vous, je .suis tout à £jit inexcusable. Vous l'avez bieacompris. Aussi voyant que \e catholicisme ne m*anatbématisait pas, vous m'avez fait lancer l'anathème par un païen. Ce n'est pas heureusement tout à fait la même chose pour moi ; pour vous, c'est toujours une petite satisfaction. Toutefois, je vais essayer de vous l'enlever, comme tout le reste.
Après avoir cité les deux vers hyporboli-
Îues d'Ovide, vous dites triomphalement : e crois qu'ici les muses en savent plus que M. Jehan. J'appelle en cause nos quarante mille lecteurs ; qu'ils prononcent: leur décision me trouvera soumis, incliné. C'est bien du monde et bien de l'humilité 1
Vous m'avez mis en goût de citations de vers latins; je cite donc encore, et je vous dis sur le chalumeau du poète de Mantoue :
Nun^uam hodie efugies; veniam quoeuiique vocari». Audiat hœc tautum vel qui venit..
Je prétends donc que les muses dont vous citez le divin langage ne disent pas tout à fait ce que vous leur faites dire. Vous seraient-elles devenues moins indulgentes el vous auraient-elles ûté Tinteiligence de leur raticinium? Ces démons sont capables de toutes sortes de malice. En effet, de quel
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ET DE PALEONTOLOGIE.
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déluge parlent-elles, par la bouche d'un ae leurs favoris? De celui de Deucalion, évi-, demment. Or, le déluge de Deucalion^ dit Aristotc (De weieor.^ fib. i, cap. i2), n'affecia que la Grice^ telle partie^ enlre aulres^ au on appelait Hellade^ et fut occasionné par Ut inondations considérables qui eurent lieu durant un hiver pluvieux.
Les déluges de Deucalîon et d'OgygèSy dans rUistoire grecque^ dit M. Chaubard, ne sont qu*un seuf cataclysme 9 et l'un et Vautre ne peuvent être qu'un déluge partiel différent de celui de Noé. Il est impossible de se refuser à admettre cette conclusion ^ dis qu'on examine soigneusement les détails qui y sont relatifs. Si on y a consu maladroitement des traits qui se rapportent évidemment au déluge de Noé^ c'est tout à fait mal à propos ^ car tous les autres détails annoncent un déluge partiel. D^ailleurs le déluge de Noé est antérieur à celui de Deucalion de plus de huit cents ans. (P. 430.)
Vous le voyez, Monsieur, vous jouez de malheur. Après vous Être lîeurté à gauche I outre la Sorbonne, vous allez vous heurter à droite contre M. Chaubard lui-même. Re-
G' tteriez-vous le déluge de Deucalion , dont . Chaubard a tant l>esoin pour la formation de certains terrains que vousconnai5sez?Décidezvous pourtant Ou vous rapportez au déluge mosaïque la description du déluge thessalien »ar Ovide, et vous êtes en contradiction avec e poète, avec M. Chaubard et avec Thistoire, ou vous reconnaissez que ceite description ne doit se rapporter qu au déluge partiel de Deucalion, et vos deux vers, cilés en faveur de l'universalité du déluge, feront sourire ces profiines habitantes de la double colline: car ces vers ne sont plus alors qu'une exag ration poétiaue familière à tous les poêles et plus particulièrement à Fauteur des Métamorphoses.
Vous avez de nombreuses objections contre le déluge partiel. Pour échantillon^ vous m'adressez celie*ci, comme une des plus fortes, probablement : « Comment s'est-il fait ici et pas là? Miracle I » Il s'est fait ici et pas M, comme celui de Deucalion, par exemple, s'est fait en Thessalie et non en Beauce; comme tant d'autres grandes inondations se sontfaitesdansun pa^setpasdansun autre.Si vous voulez quiil y ait là miràcle.je ne m'y oj)pose pas : n'étant point du tout de ces Messieurs les érudits dont vous parlez et qui ne veulent l>oint de miracles. M. Chaubard, lui, n'en veut pas, à propos du déluge : Ecartons^ rejetons donc enfin de la science^ dit-il, cette qualification fallacieuse de miracle que rien ne justifie. La science repousse les croyances d'habitude^ qui^ comme celle-ci^ manquent de sanction et de fondement. (P. 191 .j
Perraettéz-moi une petite digression à roccasion de ce singulier passage du livre que vous défendez, vous avez découvert la géologie biblique de M. Chaubard ; n'auriezvous point aussi par hasard fait la découverte d'un autre ouvrage du même auteur, intitulé : L'Univers expliqué par la révélation. Cjglui-là est bien autrement curieux que le
premier. £b voici quelques propositions qui sont pour moi, entre mille autres, de véritables logogriphes dont je vous prie de me donner le mot, si vous l'avez.
« Sous le point de vue de la mobilité pendant l'action. Dieu a le mouvement inGni; or, dans le cas du mouvement inGni, le mobile étant )3artout en même temps, il s'ensuit que Dieu agissant est par tous les points de l'immensité de l'espace en même temps. H suit encore de là que Jésus-Christ étant Dieu et homme tout ensemble , son Aumanité est partout en même temps avec sa divinité y conséquence rigoureuse et incontestable, quelque mystérieux que puisse être le fait. » (Page 48.)
Voilà pour la théologie. Voici pour la science :
« La lune n'est point, comme on le dit, une sorte oie miroir; sa lumière n'est point une lumière empruntée au soleil. C'est, au contraire, une lumière bleue et non un rouge-orangé comme celle du soleil, une lumière dénotant un foyer ou un astre électro-négatif. }f (Page 424.)
Je me hâte de redescendre dans notre monde sublunaire, car je me perdrais immanquablement dans celui-là.
Vous ne trouvez pas de difficultés à la réunion de tous les animaux dans l'arche. Ni moi non plus. Dieu intervenant. Mais si vous rejetez le miracle avec M. Chaubard , j'éprouve quelque embarras.
Quant aux poissons, ceux d'eau douce, par exemple, tout en admettant ce que savent si bien le plus petit pécheur^ le plus simple agriculteur^ je n'en suis pas moins un peu embarrassé. Car, veuillez bien le remarquer. Monsieur, il s'agit ici d'un sol emporté^ suivant M. Chaubard, rcmamV, dé' layé dans une mer universelle et salée de sept à huit mille mètres de profondeur, puis déposé couche par couche dans une épaisseur moyenne de sept à huit mille mètres aussi. 11 y a peu de pêcheurs, peu d'agriculteurs qui aient fait cette expérience sur le frai des poissons d'eau douce. Voilà pourquoi je conserve toujours quelque doute sur leur conservation par le moyen que vous indiquez.
Vous êtes, monsieur l'abbé, d'une modestie qui vous honore infiniment; vous estimez votre science géologique zéro tout juste. Après cela, vraiment on n'a plus le couragede combattre vos illusions théoriques sur ceci ou sur cela. Mais alors il serait bon d'associer la prudence à la modestie, et de ne |:as vous hâter de proclamer Yinsuffisance scientifique de tel ou tel ouvrago a|JOlogétique, ou l'orthodoxie exclusivement biblique de tel ou tel autre.
Croyez-moi, Monsieur, ne vous portez pas défenseur si zélé, si exclusif, d'un livre ni d'un homme, quel qu'il soit, surtout quand il s'agit de problèmes si élevés, de queslior/s 9\ difficiles, se rattachant à nos livres saints et à la révélation. Kn cette matière, tel é.Hfice qui paratt solide, inébranlable aujourd'hui , s'écroulera demain. Dans cer-
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DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE
CIIA
limes réglonsde la scieoce, nous ne pouvons obtenir auc du provisoire, aue du probable, rien d*aDSo1u, rien de dénnitif. Marchons donc pas à pas et tout doucement sur ce terrain ; il y a des précipices autour de nous; ne ]*oublions pas, et craignons d*y mettre lo pied.
De toutcei^i , je conclus, monsieur Tabbé, que vous n'avez point eu raison de crier : Triomphe pour le système de M, Chaubard I ni d'affirmer que je suis noyé^ bien noyé dans mon partiel déluge, 'ie vous ai donné des noms trop vénérables, des autorités trop imposantes, pour que vous ne reveniez pas u'i peu sur un arrêt porté sans doute ab irato. Quant à vous personnellement, je vous conseille de vous réfugier promptement dans l'arche; car le flot monte, monte, monte.... S'il allait être universel!....
Quoi qu'il arrive, vous me trouverez toujours empressé à vous tendre lamain^ comme vous vous empresseriez vous-même sans doute de me jeter une planche^ si vous me voyiez sur le point de faire naufrage.
C'est avec ces sentiments que j'ai l'honneur d'être, monsieur l'abbé, votre bien resnectueux et tout dévoué serviteur.