‹ Dictionnaire d'ascétisme (volume 2)Chapitre 43 sur 216 · HIO · texte numérisé non relu

HIO

io.toa i.soo

tu

fSM) €eoleg9 ef Enalané and Walet., p. 555.

(287) Le nombre délivres soulevées, multiplié par

km hauteur évaluée en pieds et divisé par le nombre

Ile baisseaox de houille, de M livres chacun, qui

emplovés, donne ce qu^on appelle Tefiel

idmif) d'ooe machine h vapeur, et sert de point

pour en estimer b puissance.

D<*a~prés M. Tador, dans son Mémoire sur Cefet

tUe éee wuàclnnet à vapeur^ ces machines ont reçu

un petit nombre d^années un pcrfectionnc-

sl rapide, que tandis qu*à une époi|ue déjà re*

^tbe rc*ft«t d'uue machine à vapeur atmosphérique

sans nécessiié aujr rouées fndleSy ei noue nûus laissons aller à penser que les maîMaux grossiers ^uiconelituenl Ventelojtpe terrestre uni -été distribués de celte ntanière dan$ des vues (tnliliié peut tes êtres qut decaieni en peupler fa surface.

Examinons succinctement (Quelle est Vinfluence du charbon minéral sur la condition actuelle de Tespèfce htimainei Voici comment M. I. F. W; Herschol met en relief la puis* sanee mdeanique de la houille dans son admirable Discours sur Céludê de la philoso^ phi e naturelle; 1831, pa^c 59.

Totif nos mécaniciens modernes savent qu'un boisseau de houille, brûlé dans des conditions favoreAles^ suffit pour soulever 'tO millions de livres à la hauteur f un pied: tel est Ceffei moyen d'une machine qui jfouc^ tionne actuellement dans le comté de Corn»

fr'isr^f^n^oii de-Chamouny jusqtidu Mont* Blanc est considérée avec raiêon comme Tenfrepri^ la plus taboriense que puisse exécu" ter en deux jours un homme robuste; il eût et^fjlj pour soulever cet^omme du pied de (à inantagne à son sommeil dé ta conwustion de deux livf es dé houille^ "" > L6 pouvoir que rbômme tirer de l'emploi du charbon minéral peut s'estimer par les résultats (287) cfue donne une livre ou toute

autre quantité donnée de booille^ brûlée

pouvait s*aslinter par 'S/NIOs.OOO de litres iTeauae^ Véss à la haulear d*«n- pîad par la oottbasiioii'd'ou hoifiseau de bouille., une macfakie deruiémfoeif'. cdiistnûie a Wheal-Towan. dans le coaité da Com^ wait, en élèverait ^7,000,000 de livres pour la mena dépense ; ou, quVn d*autres termes , rÊipériencè nous à appris à tirer aotaAt de puissance (Ton seiil boisseau de hoitîHe que Ton en poii\*ait tirer daQ.4 IVirigine de dtt->sept boîsseant. Ainsi le pouvoir quVxeree Tbonmie sur le «o&ile SDaiériel par renn ploi de la houille dans les machines h vapeur est devenu dis-sept liais plus grand qo*à Tépoque oè eea machines furent inventées, ci il s'est accru* seuie«> nient dans ses quarante dernières années, jusqo*a« triple cmiron de ce qu^il était auparavant.

Il y a dans les mines de Forvey-Consols, dans le comté de CornvraH, ene machine dont M. Taylor t^lirac reffct dans les clrc6nstances ordinaires à iM>,000,00Ode Hvres et qui a été faite pour pouvoir soulever 97,000,000 de livres i un pfed de hauteur par la combustion d'un seul boisseau de cliarbon.

En faciliunt le dessèchement des mines, ces amé^ liorations ont exercé une influenoe immense sur rextraclion des métaux qui, sans ce secours, ffnsseiil dememées ensevelis dans des profondeurs oà ja^ mais nous n'eussions pu pénétrer* Dea mines qo.^ Ion avait abandonnées par suite de PimpDasibililé où Ton était de les épuiser ont été léouverles; d*a»trcs ont été creusées ; et Thomme s^est vu vis en possession de trésors minéraux qui, sans le secours lie ces machines, fussent toujours demeurés Mn de sa portée. .

il est résulté de ocs progrés eut ont été faits dans remploi de U bouille comme pnncipede force mécanique, et par suite eomme priaeipe de richesse, que des travaux de mines d'une giaude importance ont été poussés jusqtt*à des protondemrs dont on n'avait pas enewe d'exemple* A Wheai-Aiiraham;pareftem pie, on a creusé jusqu'à 940 brasses (environ 4^95^pieds français) ; à Dolaoatb, josqn*â S25 bni»ses ; H dans les Cotuolidated mines de Garennap, ^msjfol's iiK) brasses (environ 1,630 pieds). Ces dernieref

COU

DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE

COU

dans une machine à vapeur ; car la quantité d'eau qu*une machine peut soulever à une hauteur donnée, ou le nombre de boisseaux de blé qu*etle peut réduire en farine, ou, en un mot, le travail qu'elle peut exécuter, quelle qu'en soit la nature, est en proportion exacte avec la puissance qui la met en mouvement. Comme le travail des mines ne peut se continuer qu'en descendant chaque année à des profondeurs plus grandes, les difficultés de l'extraction des métaux vont s'accroissant d'année eu année; et Thomme n'en pourrait venir à bout, s'il n'avait entre ses mains la puissance que lui donnent la houille et les machines à vapeur, pour épuiser l'eau qui envahit ses travaux a mesure qu'il les exécute ; et il lui serait impossible de trouver ailleurs que dans la houille le combustible nécessaire pour mettre ces machines en mouvement.

Ce n'est pas seulement par la valeur pécuniaire des métaux qui sont ainsi extraits du sein de la terre que l'on peut estimer de quelle importance est la houille pour l'espèce humaine, car cette substance tire une nouvelle et bien plus grande importance da r61e qu'elle joue dans les opérations de la mécanique et des arts, et de la part qui lui revient dans les résultats que ces opérations produisent.

On a c^ilculé qu'en Angleterre environ quinze mille macnines à vapeur sont journellement en jeu, et Ton assure que l'une de celles du Corcwall est d'une force de mille chevaux (i88), la force d'un cheval, d'après M. Watt, égalant cinq fois et demie celle d'un homme : et si nous supposons que la force moyenne de chaque machine soit de vingtcinq chevaux, nous verrons que chez nous la puissance de la vapeur équivaut à celle d'environ deux millions d'hommes. Si l'on considère que cette force est en grande partie appliquée à mettre des machines en mouvement, et qoe l'ensemble du travail exécuté par les machines en Angleterre a été estime égal à celui que pourraient fournir immédiatement trois ou quatre cent millions d'hommes, on sera «tupéfait en voyant combien la houille, le fer et la vapeur ont d'influence sur les destinées et sur la fortune de Tespèee humaine. — « Elle s'est emparée des fleuves, dit M. Webster, et le batelier

mines n'emploient pas jounielleinent moins de 2,500 personnes.

Dans les Con$olidated minet^ Tactlon de neuf machines à vapeur, dont i(uatre sont les ptos grandes que Ton ait encore jamat6 faites, puisqu elles ont un cylindre de 90 pooees (anglais), eitraient, suivant la saison, de trente à quarante mmdsd*eau par minute, d'nne profondeur moyenne d'environ 250 brasses. On a estimé que le produit annud de ces mines s*éléve à aO;000 tonnes de minerai, qui produisent 2,000 tonnes de cuivre fin, ce qui est plus que le septième de œ qu'en produit toute TAngleterre. Les niveaux on galeries de ces mines ont dans le sens borixontat une étendue d'environ quarante-trois milles.

D'après M. Taylor, les machines ài vapeur qui fonctionnent actuetlement pour iedessèchement des mines du oomié de Gornwal ont ensemlile une force d'enfiron 44.000 cbevausi, un bois^teau de houille pou-

f^eut se reposer sur ses rames ; elle est^sur es routes élevées, et nous l'y voyons s'exercer au voiturage par terre ; elle est au tond des mines, à mille pieds plus bas q^ue la surface de la terre (et il aurait pu dire à 1,800 pieds). Nous la retrouvons également dans les moulins et les ateliers de l'industrie. Elle rame, pompe, creuse, charrie, traîne, soulève, forge, nie, tisse, imprime. ■ Nous ne manquerions pas de laits qui prouveraient que la houille est pour l'es-

f^èce humaine une base sur laquelle repose 'accroissement de la pojpulation, des richesses et du pouvoir, ainsi que le perfectionnement de presque tous les arts qui fournissent à ses besoins et à son bien-être. Et si reculées que soient les périodes pendant lesquelles se sont rassemblés ces éléments do tant de bienfaits pour les époques futures, il nous est permis d^aflirmer qu'indépendamment du but immédiat qu'ils ont rempli, soit à Fépoque où ils furentl déposés dans les entrailles de la terre, soit depuis, il entra un souci providentiel de nos besoins futurs dans l'ordonnance de ce plan, qui, après tant de siècles écoulés, les a si merveilleusement disposés pour le bien de l'espèce humaine.

COUCHES SËDIUBNTAIRES. — D'après l'étude des couches sédimentaires de toutes les époques géologiques, et la manière dont les fossiles y sont renfermés , on reconn&tti par le parallélisme de ces couches, et par celui des lits de fossiles qui y sont disséui* néSf qu elles ont été déposées sous les eaui. Lorsqu'on veut comparer ces couches terrestres à ce qui se passe maintenant dans la nature , au sein des mers et sur les continents, on acquiert bientôt la conTiction que des circonstances analogues ont dû présider à leur mode de dép6t, et ont donné, dans les mêmes conditions , des résultats identiques. Il reste ainsi démontré pour l'observateur, que les causes naturelles encore en action ont toujours existé, et que, pour avoir l'explication satisfaisante de tous les phénomènes passés , il devient indispensable d*6tudier les phénomènes actuels.

L'heureuse pensée de recourir aux causes agissant maintenant, pour expliquer laïormation des couches terrestres, appartient tout entière à M. Constant PréTOSt, qui, le

vaut exécuter le travail de 16 chevaux,

(288) Quand un ingénieur dit d^unenaachiiie qu'elle est de 25 chevaux, c^est une manière d*iiidiquer qu'elle eiécute le travail que ferait ce nombre de chevaux constamment en action ; mais si l^on suppose qu'un cheval nt doive travaiUer qoe 8 heures sur 24, ce serait 75 chevaux an moins qu'il faudrait pour produire l'effet d*une pareille ma* chine.

La plus grande machine de Cornwal peut atteindre dans son maximum d'action une puissance égala à odle qu'auraient 300 à 550 chevaux ; et il faudrait par conséquent 1,000 chevaux poarnrodnirele^ènie' effet constant que l'on en obtient. Crest dans ce *sen

Sue l'on a dit qull eiistalt une machine delà torce e i,000 chevaux : mais ce mode d*évnlaatloD de la farce n'est pas celui que l'on emploie

COU

COU

ss

premier, rétablit dans son système géologi-

Se, La science doit encore à M. Lyell le yeloppemeot de ce système i appuyé de nombreuses recherches aussi savantes qu'in* génieoses; mais, comme il fallait un séjour (rès-prolongé sur les c6tes de toutes les mers » pour obtenir des données certain nes« et que ce mode d'observation n*est pas à la disposition de tout le monde , on s est le plus souvent contenté, dans ces systèmes, dlnterpréter par l'étiide des couches terrestrès la manière dont les choses doivent se passer aujourd'hui au sein des mers et sur les continents. Nous avons suivi une marche contraire. Dégagé de toute idée préconçue , nous avons voulu compléter la somme des faits acquis par des recherches spéicales, prolongées, exécutées sur différents points de rOcéan , d«is le seul but de scruter les laits actuels destinés à nous donner , sans hypothèse aucune, la valeur relative des divers agents qui concourent à la formation des couches sédimentaires.

L'époque actuelle offre des continents et des mers ; il s*y forme donc simultanément des $édimeni$ marins et des sédiments fluvioterrestres. Ces deux séries , bien qu'offrant le synchronisme le plus complet, et se confonoani souvent, mentent néanmoins d'être étudiées chacune à part. Nous commencerons par les sédiments marins, qui jouent un rôle immense à la surface du globe, et qui expliquent plus particulièrement la nature des étages géologiques les plus répandus.

AftT, V'. — Des siniifEiiTS marins.

Noos appelons ainsi toutes les particules terrestres, minérales ou autres qui, abstraction Caite de leur dimension ou de leur provenance, se trouvent actuellement dans la mer et sur ses riv/iges. Si nous parcourons rapidement les côtes de France, par exemple, nous voyons, sans descendre au-dessous du balancement des marées, ces sédiments changer de nature suivant les lieux, et of^ frir à la fois toutes les modifications. Les cOtes de la Normandie, depuis Ahbeville Jusqu'au Havre, montrent des falaises au pied desquelles sont des cailloux siliceux , et parfois du sable. Les côtes du Calvados présentent par intervalles, depuis Uonfleur jusqu'à Dives, un mélange de cailloux siliceux et calcaires, des sables, et quelquefois de la boue. En marchant à l'ouest , des sables remplissent les baies; et la côte, lorsqu'elle est bordée de falaises, se couvre de galets de diverses natures , suivant la composition de ces mêmes falaises. Presque toate la cAte de Bretagne présente des cailloux granitiques ou des anses sablonneuses; la Vendée olire, dans la baie de Bourgnenf, près de Beauvoir, des attérissemeuts vaseux ooDsidérables, puis des dunes et quelques roches granitiques jusqu'au golfe de Luçon, où de nouveaux dépôts vaseux couvrent une immense surface. Les côtes de la Charente-Inférieure sont couvertes par endroits, soit de galets calcaires, formant ces cordons LiHoraux si bien décrits par M. Elle de Beau-

mont (La Rochelle, Chàtelailion), soit d'anses vaseuses (les Trois Canons, Marennes), soit de dunes comme à la Tremblade ; puis au sud de l'embouchure de la Gironde, les sables recommencent jusqu*à Bayonne* C'en est assez, nous le croyons , pour démontrer ce que nous avons avancé, et prouver le synchronisme de toutes ces matières de sédiments différentes.

S L — Provenance des sédiments marins.

Les sédiments marins actuels se forment de trois manières différentes : par le transport des particules terrestres, par l'usure des côtes , par les corps organisés , leui usure et leur décomposition.

Les sédiments apportés par les affluents terrestres ont été regardés comme étant, pour ainsi dire, les seuls dans les circonstances actuelles. Sans nier leur importance réelle, nous espérons prouver que des sédiments considérables se déposent aussi sur les côtes où il n'existe aucun afOuent, comme celles du Chili, de la Bolivie et du Pérou ; mais ayant l'intention de traiter séparément des phénomènes terrestres, nous renvoyons ceux-ci à leur article spécial. Il nous suffira de constater maintenant la valeur des sédiments qu'ils apportent. Les rivières de France, qui débouchent dans l'Océan, sont loin d'en fournir également, et même, la somme de leurs produits de ce genre n'est pas toujours en rapport avec leur importance et le volume de leurs eaux. Toutes les petites rivières, la Somme, la Dive, l'Orne, la Vilaine, la Sèvre, la Charente, etc., charrient à peine, lors des grandes pluies, quelques sédiments fins en suspension dans leurs eaux. La Seine même donne aussi d<es sédiments fins et très-peu de sable. Il n'y a donc que la Gironde et la Loire, et surtout la dernière, qui fournissent à la fois des sédiments Uns et du sable en abondance. Néanmoins, si nous considérons que les côtes firançaises du l'Océan présentent une surface de plus de 1,800 kilomètres, en contact avec la force du la vague, tandis que deux fleuves seulement donnent, sur ce circuit, des sédiments terrestres, il sera facile déjuger qu'en évaluant au quart de l'ensemble la valeur de leur apport annuel dans les océans du monde entier, on sera peut-être encore bien au-dessus de la vérité. On en est surtout persuadé, lorsqu'on voit que, sur 115 degrés, ou ll,500*kilometres de côtes battues par la vague, rAmérique méridionale, sur l'océan Atlantique, n'offre qoe trois fleuves, la Plata, l'Amazone et l'Orénoque, qui donnent des sédiments; et que, sur la côte opposée du grand Océan, 80 degrés ou 8,000 kilomètres d'extension, n'ont Îue deux rivièfes, le Rio de Guayaquil et le io Biobio, qui, réunis, ne donnent pas annuellement autant de sédiments que la Seine. On en sera d'autant plus persuadé,

aue sur ces côtes, depuis Coquimbo jusqu'à uayaquil, il ne pleutjamais,etquecependat4 il s'y trouve des sédiments considérables. Les sédiments formés par Cusure des cotes iont, dans l'état actuel , les plus conûdéra-

DICtlONNAmÈ DK iX)SltOG0Nt£

COU

hïesj et peuvent 4tre représentéspar les dit seizièmes de t*ensemble fourni à TOcéaii dans ie ooars d'une année. Lorsqu'on a yéeu sur les eôtes de quelque partie du monde <|iie eesoitytm peut se convaincre de l'action incessante de la rague, augmentée dans les ^os temps* suf le littoral maritime, bordé de falaises sablonneuses, calcaires, crayeux ses 011 argileuses. Les etforts impuissants du génie de Thomme pour s'en garantir à Bayonne, ^ Noirmoutiers , en sont une preuve ; d'ailleurs^ il suffit de voir les cAtes avant et après une tempête, poUr se faire une juste idée de cette action et des im«* menses changements qu elle opère, en .enlevant une surface considérable de sédiments soit au-dessus, soit au-dessous du niveau moven du balancement des marées.

Si pour nous éclairer k cet égard nou5^ narcourons epoore les bords de l'Océan, sur le 'JUtoral de: la France i nous verrons» par. eiempJe^ qu'à Texception de quelques golfes profonds, très^reatreuits dans leur extension çùseformenUctuellementdesattérissements»

comme .aux environs de Beauvoir (Loire* Inférieure), daiis le golfe de Lucon (Veadée), h Brounge (Cbarente4nférieure% etc,, p^esc^ue toutes les c6ïes subissent, au êôntrairef 1 action, destructive de la boule.

Cette action s'exercede diverses u^anières» suivant ladi^csition du littoral. Lorsqu'une o6te à mec basse, montre à découvert des bancs argileux, calcaires, ou sablonneux, la houle, à chaque marée, lave, délayé et enlève les sédiments, comme on le voit sur les cAtes des départements du Pas^Je*Ca]ais, de la Somtno, de la Seine^^Inférieure, du Calvados,, de la Vendée et- de la Charente-Inférieure. Les bains calcaires de ChAtelaillon, delà pointe de la Baleine à l'Ile de Ré, de la pointe de Chassiron à l'Ile d'Oléron (Cba« rente-Inférieure), du Calvados, depuis Hon^ fleur jusqu'à Port-en«Bessin, qui montrent à liasse mec une étendue d'un à trois kilomè* très, en présentent surtout des exemples, remarquables.

Lorsque des falaises bordent la . côte , la mer, en sappant incessamment le pied, ronge la roche, et les couches ne tardent pas à surplomber. Elles s'él)Oulent ensuite en parties fragmentaires, et la houle recommence à laver, à triturer, et à enlevei* les parties, plus fines. Son action continuelle fait dis-^ paraître peu h peu le produit de Téboulement, et elle vient de nouveau battre la c6te en brèche. Les hautes falaises de craie et de calcaire argileux du cap Blanc-Nez, près de Boulogne (Pas-de-Calaisj, les côtes crayeuses de la Sbmme, de la Seine-Inférieure, depuis Abbeville jusqu'au HAvre; les côtes crayeuses, argileuses et calcaires dif Calvados; les côles de grès, de calcaire ou d'argile de la. Charente-Inférieure en donnent partout des exemples.

On voit aussi les deux actions s'exercer en même temps sur beaucoup des mêmes côtes qui offrent à la fois des bancs prolon-

Eés sous la mer et des. falaises perpendiculires sur le rivage.

. Un troisième mode d'action qui s'exerça en tous lieux est l'usure eonlinueUe de tout ce qui, sur un rivage, se trouve dans la zone du balancement des marées. Quiconque a pu entendre, sur la côte 4e la Normanaie, depuis Abbeville jusqu'au HA vre , le bruit que font les galets de silex, lorsqu'ils sont remués par une forte houle» se rendra compta de cette action incessante. Les cailloux de silex, malgré leur dureté, s'usent encore assez promptement ; ce qui dontie la mesure pour des galets calcaires ou de toute autre nature d'une moindre densité. La mise eu mouvement par les eaux de toutes les ma^ tières sédimentaires de ce niveau tend à en diminuer constamment le volume par le frottement ; si, en effet, nous reconnaissons cette action sur nos côtes, relativement trèstranquilles , on jugera de ce que la houle pourra produire sur certain littoral, comme celui, des lies de tous les océans, du Chili, du Pérou, de la Pàtagouie» où la meri inces* samment en furie, déferle toujours avec force contre ses limites naturelles.

Les côtes granitiques ou de grès anciens de$ départements de la Manche» des CôteS'» du-Nord, du Finistère, du Morbihan, sont loin de donner des résultats aussi considé* râbles que les côles calcaires ; mais la décomposition de ces roches et l'action conti^ quelle de la vague, ne laissent nas cependant de fournir une bonne part ae détritus. Les côtes bardées de dunes de sable, paraissent souvent être à l'abri de Taction de la houle, mais il n'eu est pas ainsi; car presque toujours il existe, sous ces dunes, des roenes ou des terres qui découvrent à basse mer et sont constamment en butte à la houle» comme sur la côte de Vendée, sur les côtes extérieures des lies de Noirmoutiers, de Bé, d^Oléron» etc., etc.

On pourrait, pour quelques points des côtes, obtenir des données certauies relativement au cubage des matières enlevées annuellement par la vague, en mesurant, au delà d'un édifice , la distance qtii le sé« pare du rivage , et prenant l'année suivante la différencie. Les falaises argilo-calcaires de CliAtelaillon (Charente-Inférieure) nous en ont offert une preuve. La ville de ce nom ICasiellum allioniM l j ^\aii bitie, et, suivant les documents historiques, y existait encore en 1780. Aujourd'hui on trouve, à plus de deux kilomètres en mer, lors des basses marées, des débris de constructions qui té* moignent seuls de l'existence de la ville de ChAtelaillon. Un fort , bâti sur cette même falaise sous le règne de Napoléon, et qui, en i82SL. se trouvait encore à plus de deux cents mètres du rivage, était, en octobre 1846, a aK)itié tombé avec la falaise qui le supportait. On voit qu'en calculant la hauteur moyenne de cette ialaise longue d'un kilo-^ mètre , et dont les points les plus élevés ool de 15 à 18 mètres , il serait facile d'avoir la somme des sédiments fournis sur ce poioL Les falaises de grès friable , de la Patasonia qui , sur [des degrés de longueur, s*éleve&t à plus de 100 mètres, donnent encore une

COU

ET DE PALEONTOLOGIE.

cor

SCI

allératioo plus rapide. Ces diverses preuves suffiront |ieut-é(re pour établir la somme réelle des sédiments enlevés par Vusure des côles.

Les êédimenis que forment les corps orga* misés 9 leur décomposition et leur usure , bien qu'ils ne soient pas les plus considérables , puisque bous n*évaluons leur produit qu*à un huitième de Tensemble, n'en méritent pis moins toute notre attention. Les corps organisés forment à eux seuls quelques-unes desilesMadréporiquesde TarcbipeldesAmis, dans le grand Océan > les récifs des Antilles de la côte occidentale d'Afrique et même les récifs souvent ignorés des zoologistes mais bien connus des ingénieurs t^dro graphes de la marine, qui, sur aucique points delà côte de Normandie (Calvados), en dehors de la pointe de la Baleine (lie de Rbé ), et de la pointe de Cbasseron (lie d'Oléron ;, offrent aassez grandes étendues fousmarines. Les corps organisés en nature montrent encore, suivant les importants travaux de ces ingénieurs, que les fonds M)us-marlns Jes plus communs sur tous les atterrages du monde, sont, sans contredit, formés de bancs de coquilles plus ou moins brisées. Du resie, lorsqu'on examine la composition du sable de certains rivages, comme ceux des ties GallopagoSf et de tout Tarchipel des Amis, dans le grand Océan, on reconnaît qn*il n'est absolument composé que de fragmcDts de coquilles et de coraux. L'importance de cette nature de sédiment est donc bien constatée et non équivoque, à Tépoque actuelle, comme elle Ta été aux époques

4in5i que nous le dirons , en traitant particulièrement de la manière d'être des animaux, dans les couches sédimentaires , les parties solides de ces animaux, une fois séparées des parties charnues, forment des sédiments et sont soumises aux mêmes altérations et à la même usure que les fragments de roches enlevés aux falaises. Elles se décomposent de même par faction mécanirjuc de la vague, et forment les sédiments qui se mêlent aux autres de même densité, de même nature.

En résumé, prenant approximativement !e ehittre seize pour Tensembledes sédimeuts marins, nous trouvons que ce nombre se compose des provenances suivantes :

Séfineots foomis par les aflloeats terrestres. I Séiiiiieots foomis par Tutare des eôtesi iO

Sédinents fournis par les corps org:iDisés« S

Toul. 16

D*après ce que nous venons de dire, les

sédiments , selon leur provenance, sont de

diTerses compositions et de densité très-diffé-

reotes. Ils se composent, en effet, à la fois,

surlacôtede tous les continent^ :decailloux,

de galets siliceux et calcaires de toutes les

dimensions , de gros sable , de sable fin , de

sable vaseux et de vase. Nous allons main-

lenant nous occuper de leur répartition, suî-

tant lenr volume, leur densité » et la force

motrice qui les déplace.

Diction, de Cosmogo^vie et de Paléontologie.

I II —De la répartition naturelle des i/f/imtnts dans les mers.

L'action passive et générale des sédimrnts. dés qu'ils sont soumis au moindre mouvement, est essentiellement de se tasser et de niveler. En effet, leur propre poids, aussitôt quils se répandent dans 1 élément aqueux, toujours d*une moindre densité, ou lorsqu'ils sont portés par Tagitation des milieux qui les environnent, les force à descendre sur une pente. Dès lors, selon leur nature cl leur densité, les sédiments se déposent d». différentes manières, suivant la conht^uration des côtes, la pente plus ou moins rapide de celles-ci, et laction des courants sous-ina^ rins.

Sur une côt'i en penlé rapide^ vers une mer profonde , comme on a pu l'observer à Ténérifi'e, au Chili, au Pérou, et sur quel ques points de la Méditerranée, ces sédiments se déposent en raison de leur densité. Quelquefois, les anses présentent du sable, sous lorme de dunes, aundessus des marées; mais les lieux battus de la vague offrent toujours, au niveau de ces marées, près des lieux où ils ont été enlevés au littoral , des cailloux plus ou moins ^ros, ou du ^os sable, qui se continuent jusqu*aux limites inférieures du balancement des eaux. Lorsqu'on sonde ou qu'on drague au-dessous de ce niveau , on voit la grosseur des sédiments diminuer graduellement, à mesure qu'on descend, et les sables sont remplacés^ dans les grandes profondeurs de ces mers, par \ds

fmrties les plus tenues et les restes organisés es plus légers. La drague et la sonde ont toujours donné de 60 à 100 mèlres, à Ténériffe, comme sur toutes les côtes profondes du Chili et du Pérou ^ des sédiments trèsfins, remplis de foraminifères, et M. Duperrez dit avoir toujours trouvé de 50 à 60 kilomètres au large, dans la Méditerranée, un fond de boue et de sédiments très-fins , ce qui prouverait la généralisation du fait. Alors les sédiments qui se déposent sur un plan incliné forment toujours des couches parallèles de moins en moins inclinées, jusquViu fond des mers où elles deviennent sans doute horizontales.

Les courants, qui exercent une action si puissante dans les atterrages peu profonds sur la répartition des sédiments, et partout, sur la répartition des êtres à l'état de vie, n*en ont absolument aucune, quant aux sédiments des côtes abruptes, comme celles du Chili et du Pérou ; car, vu la pente r.*»pideet le peu de largeur de la bande sé< imentaire située dans la limite de Faction d.^ ces courants, cette action ne saurait amrui^r aucun changement important. Ils ne paraissent pas non plus atteindre les grandes profondeurs de VOcéan, et en aucune manière ils ne sauraient transporter des sédiments d'un continent à l'autre, lorsque ceuxci sont séparés par de grandes profondeurs. On le conçoit, li faudrait qu'a vaut de passer o'un côté à l*autre ils comblassent Finter-* valle en le nivelant.

cou

D1CT10N>'AIR£ DE cOSMOGOfOE

COU

Kl

Sur une tète iriê^laie et trèS'proiofi;:ée sous les eaux de la mer, s*il ny a pas de foorants, les choses se passent comme sur une côte abrupte; seBiemerit chaque nature de séliment prend une bien plus grande extension. On troure également toujours les parties les plus léj^ères au-dessous du balancement des eaux, et dans les grandes profondeurs. M.d*Orbigny Kaobservé sur les côtes de France et de Patagonie.

Vaeiion des courants côtiers et sous-ma- '^ns est immense sur les côtes plates ou en pente très-faible, ainsi que dans les détroits dont on connaît le fond, comme dans la Manche, snr les côtes de la Bretagne et sur celles du golfe de Gascogne.

On peut comparer, quant à leurs résultats identiques, l'action mécanique des courants sur la distribution des sédiments, à la même •action produite par la vague et par le balancement des marées, sur les côtes tranquilles. J>e même elle sert à séparer les sédiments suivant leur nature, et à les transporter dans des lieux différents.

Par la seule action des courants sous-marins, les cailloux, vu leur densité, restent toujours près du lieu où ils sont enlevés, •ou sont trans]iortés à peu de distance. Lorsqu'on les suit sur le littoral de la France, on arrive à cette conclusion. Dans tous les cas, restant près de la côte sur .le lieu agité , ils ne sont presque jamais transportés au large. Sur tonte la côte des départements de la Seine Inférieure et de la Somme, les cailloux sont formés de silex enlevés à la craie 4iles falaises; à Trouville (Calvados), ce sont des (çalets calcaires oolitîques ou non, qui proviennent des falaises. En Bretagne, ce sont des cailloux de roches cristallines, etc.

Le groê sabUj qui dans le balancement des marées reste au-dessous des cailloux, n'est pas trop lourd pour être transporté par les courants ; aussi le trouve-t-on j^rtout où les courants ont une forte action. Des sondages 0|)érés en dehors et près du cap Ilorn, à Textrémité sud de TAmérique méridionale, où se rencontre un des plus forts courants, ont donné du gros sable. Le banc de Terre- Neuve, où passe un courant sous-marin rapide, offre partout du sable de même nature ; il en est de même du fond de la Manche et des côtes , jusqu'à 30 kilomètres au large, des lies de Noirmuutiers, de Ré et u'Olérou.

Presque tous les bancs de sable qu'on observe à basse nier, sur toutes les côtes où il y a des courants, sont formés de gros sable et de coquilles. Sont dans le même cas les bancs sous-marins que les courants forment sur certaines côtes ou près de l'embouchure dos rivières. Lorsqu'on examine la manière dont les sédiments se déposent sur ces bancs, on voit qu'ils forment une partie horizonlaie, ou légèrement inclinée ou côté d'amont, tandis que l'extrémité d'aval est ordinairement une pente rapide et figure ce que le^ marins désignent sous le nom d'accoredu banc. •C est lu que les sédiments sont déposés sur ,ua plan incliné comme les sédiments des

côtes fortement déclives. Ces couches inclinées, au milieu des couches horizontales* qu'on trouve quelquefois dans les étages géologiques se déposent toujours sur l'extrémité d aval d'un banc.

Le êoble fin^ transporté avec plus de facilité par les courants , se dé])ose ordinairement dans les lieux où l'action de ceux-ci est moins violente, et y forme des couches horizontales. C'est ce sable qui se prolonge si loin sous les eaux, sur les côtes plates de rOcéan et de la Méditerranée, et qui se dépose sur les points moins agités, comme en dedans des lies de Noirmoutiers, de M et d'Oléron, et dans une grande partie de la Hanche. On le trouve dans tout Tintervalle compris entre les fies Malouines et la cèle de Patagonie, et en dehors de toutes \e^ côtes du Brésil, jusqu'à une grande dislance au large.

Dunet. — Une nartie de ces sables, jetés par la vague sur les côtes droites, peu inclinées et non bordées de falaises, est ensuite, lorsqu'ils sèchent dans l'intervalle des marées, transportée par les vents vers la Iterre et forme ces amas considérables de sahle qu'on nomme dunes. Ces dunes couvrent quelquefois de grandes surfaces décotes, comme on peut le voir sur quelques points du littoral de la France, notamment sur les côtes de la Vendée, en dehors des lies do Noirmoutiers, de Ré et d'Oléron, sur la côte de la Trembîade (Charente-Inférieure), et SUT toute la côte des départements de la Gironde et des Landes, depuis la Teste jusqu à Bayonne. On les voit aussi sur les côtes du désert de Sahara en Afrique, sur les côtes do la Patagonie septentrionale, de la Plata, etc. Les dunes ont quelquefois une grande importance, et envahissent tellement les côtes, qu'elles forcent d'abandonner des villages, comme on l'a vu aux Zéloux^ fie de Noirmoutiers, à Saint- Palais, près de Boyan (Charente-Inférieure). Il ne se forme do dunes que sur les points où le naourement des eaux est assez violent, qai\ soit déterminé par les courants ou par la vague. Jfroais, par exemple, il n'existe de dunes ni de cordon littoral sur les côtes tranquilles, quelle que soit leur nature. Les lies d'Oléron, de Ré et de Noirmoutiers en sont une f)reuve. Bordées de dunes du côté exposé k a lame du large, elles n*en ont point du côté opposé. Il faut toujours, pour qu'il existe des dunes sur une côte, d'abord qu elle soit agitée, puis, que sa pente soit trèsfaible et prolongée au loin sous les eaux. Sans ces conditions, le sable n*en forme pas.

Les sédiments vaseux les plus fins , les plus légers, sont déposés au sein des mers tranquilles, dans les grandes profondeurs. Lorsque les courants agissent. Il n^en est pas toujours ainsi. Une partie des sédiments lins sont sans doute encore transportés au-dessous des limites de leur action ; mais une grande portion se dépose cYi même temps sur la côte, lorsque le permettent la tranquillité des eaux et la configuration du litto-

cet)

ET DE PALEONTOLOGIE.

COU

rai. Partout où là côte est constamment battue de la vague ou soumise à l'action immédiate des courants, elle n'offre jamais que des sédiments sablonneux, débarrassés de toutes les particules vaseuses , comme on peut le TOir sur la côte extérieure des Iles de Noirmoutiers» de Ré et d'Oléron, et sur toutes les autres côtes du monde. Pour que les sédiments vaseux se déposent sur une côte maritime^ au niveau des hautes marées, il est nécessaire qu'ils se trouvent garantis, soit constamment, soit momentanément, de Faction immédiate des courants et des vents, tout en étant dans le voisinage même de ceux-ci. En effet, dans les circonstances actuelles, il fautdes courants pour apporter ces sédiments vaseux en suspension dans les eaux, oCi ils ne pourraient se former; et d'un autre côté, pour qu'ils restent sur le littoral, il faut des golfes profonds, abrités, des côtes garanties par des ties, où le man-

Îue d'agitation des eaux leur permette de se époser.

La vérité de cette assertion est démontrée par l'étude des lieux. Tandis que les côtes extérieures de l'Ile de Noirmoutiers, de l'Ile de Ré, de l'Ile d'Oléron, constamment en butte à l'action de la vague et des courants, sont couvertes de sables bien lavés dans toutes leurs parties, les côtes intérieures de ces uiAmes îles, garanties en même temps de la boule et des courants, forment annuellement des atterrissements considérables de sédiments vaseux, où sont établis des marais salants, les principaux revenus industriels de la contrée. Si nous avons le^ deux genres de dépôts sur le littoral des lies séparées à peine par une langue de terre, nous les retrouvons encore sur une multitude de points du continent, chaque fois que la côte forme un golfe profond. On en voit des exemples sur c[ueiques parties de la Bretagne, a Beauvoir, dans la baie de Bourg-Neuf (Loire-Inférieure), sur la côte de Brouage (Charente-Inférieure); mais le point le plus remarquable, sous ce rapport, est le golfe de Luçon ou de l'Aieuillon, aux confins des déparlements de la Vendée et de la Charente- Inférieure.

Dans ce golfe tranquille, les dépôts vaseux sont si considérables, que tous les ans le continent s'accroît d'au moins une dizaine de mètres, sur toute la circonférence du Rolfe. Il en résulte que l'Ile de la Dive, jadis isolée, est maintenant à une grande distance dans les terres, et que le golfe tend à se combler entièrement. La seule rivière qui y dét>ouche est la Sèvre. Lorsqu'on l'étudié, on voit que, par son peu de pente, elle apporte à peine des sédiments à la mer; d'ailleurs, I analyse de ces dépôts vaseux du Solfe (appetfe terre de Brie)^ qu'a fait faire L Fleuriau de Bellevue, a donné une proportion considérable de silice, tandis que le cours de la Sèvre et les côtes voisines du golfe ne sont bordés que de terrains calcai- , res. Il est, dès lors, démontré que ces dépôts vaseux ont été apportés par les courants et proviennent très-probablement de l'usure

des côles de Bretagne, que les courants apportent sur la côte de la Vendée.

La l)aie de San-Blas, et ia Bahia-Blanca, sur les côtes de la Patagonie septentrionale; Je golfe de Rio de Janeiro (Brésil) ; la baie de Mexillones, sur la côte de Bolivia; le fond des ports d'Alexandrie, de Brest, de Toulon, nous en offrent encore des exemples.

En résumé, nous voyons actuellement se former en même temps

V Au-dessus du niveau des marées, des dunes de sable non stratifiées sur les côtes plates, agitées ou en butte aux courants;

2" Au niveau supérieur des marées, des couches horizontales de vase dans les golfes, sur les points abrités de la vague ou des courants; des sables ou des cordons littoraux de galets, sur les côtes agitées;

3' Au niveau du balancement des marées, des dépôts de vase en couches horizontales, sur les points très-tranquilles; des dépôts de sable fin, sur d'autres lieux légèrement asités; du gros sable, des cailloux, partout ou la vague et les courants se font sentir avec force ;

4* Enfin, au-dessous du balancement des marées, les sédiments forment des bancs de

5' ros sable, dans les lits de courants, et ses épôts sont d'autant plus fins que la tranquillité est plus grande, en descendant dans les profondeurs de l'Océan. Les bancs formés sous l'influence des courants offrent quelquefois des couches inclinées; les sédiments fins forment des couche^ horizontales.

^ III. — Des perturbations naturelles dans les dépôts de sédiments.

Nous appelons perturbations naturelles ^ tout ce qui, dans les causes physiques actuelles, peut interrompre momentanéqient Tordre naturel des dépôts sédimentaires ; comme les marées, les changements de vent, de courants, les tempêtes , les raz de marées, etc.

S'il n'y avait pas de perturbations, les dépôts sous-marins seraient toujours de même nature sur le même point; leur épaisseur deviendrait considérable, sans qu'ils présentassent de couches distinctes , et alors on ne pourrait définir la formation des couches alternes, si communes dans tous les étages géologiques ; mais la nature actuelle vient encore nous expliquer comment, au milieu de dépôts de même Age , il peut y avoir des coucnes, des lits de différentes compositions et renfermant souvent les animaux distincts, comme on le voit dans les couches terrestres.

Lorsque les marées ordinaires amènent des courants contraires, comme sur la côte de Dieppe, dans la Manche, où les courants du flux vont au sud-est, tandis que les courants de reflux vont au nord -ouest; entre l'Ile d'Oléron et la terre ferme, où ils spnt diri-

(;és au sud à la mer montante, et au nord è a mer descendante, on conçoit déjà que les molécules transportées subissent une perturbation périodique susceptib)'^ H*infliiAiusé

COU

DICTîONNAlUM DE C05M0G0MIE

cor

^ur la nature des bancs qu'elles forment , en les divisant par de petits lits distincts et d*égale épaisseur. En effet, si les molécules sont charriées six heures de suite dans une «direction, et six heures dans une autre, il peut arriver, de ces deux côtés opposés, des matières de nature différente qui concourent à former de petites couches distinctes uniformes. A rinstant où, périodiquement, le courant change de direction, il doit encore, entre ces couches apportées par des courants opposés, se marquer un instant de rej|K)s, ou une plus grande perturbation sensible sur la nature de ces mêmes C/Ouches.

Les marées de êyzygiee^ seules qui, périodiquement, tous les quinze jours, descendent et montent beaucoup plus que les autres, remuent plus profondément les sédiments déposés dans la mer et sur le rivage. I-ieur action doit encore apporter une certaine différence dans la nature et Tépaisseur des couches, de manière à les diviser par lits plus puissants ou plus minces, mais également distants les uns des autres.

Les changements de veni ont encore une puissante action sur les dépôts sédimentaires, lors même qu'il fait beau temps. En 18iS^6, les vents de l'est, du sud-est et du nord-est ont eu une plus longue durée que d'habitude. Le littoral de La Rochelle, qui en était abrité et se trouvait alors plus tranquille, a été couvert partout, sur les galets de la Côte, sur les sables et mémo sur tous les parcs à huîtres des communes de Nieul, de Marsilly, etc., d'une épaisse couche de sédiments vaseux. Ces dépôts sont restés tout l'été, et n'ont été enlevés qu'au mois d'octobre, lorsque les premiers coups de vent sud-ouest sont venus laver la côte. Comme la houle suit la direction des vents, on conçoit combien elle doit remuer le sable et le transporter, tantôt d'un côté, tantôt de l'autre. Si nous avons vu des vases se répandre partout sur les galets, sur les sables des côtes de la Charente-Inférieure, nous avons vu aussi, bien souvent, sur les mêmes côtes et partout ailleurs, une couche lie sable recouvrir de la vase. On la reconnaissait facilement à ce qu'on enfonçait quand on voulait y marcher. Il n'est pas un habitant du littoral qui ne sache que tel banc de roche est recouvert de sable, lorsque le vent vient d'une ""égion déterminée, tandis qa*il en est libre par un vent contraire. Les couches argileuses de Villers, les ban:',s de calcaires oe Luc (Calvados]), de Chàtillon (Charente-Inférieure), de Vissant (Pas-de- Calais), qui, suivant les vents, sont ou non cachées par le sable, prouvent l'influence de cet agent sur le transport des sédiments. Les baigneurs parisiens en ont fait, en 1850, à Trouville, une expérience peu agréable, la plage, remarquable par son sable fin, ayant été dénudée par des vents d'est qui n'y ont laissé que des çalets,

La côte de Valparaiso (Chili) offre un exemple curieux de l'effet sous-marin des yenls. Le port est formé par le cap de Caromiïfero, qui le garantit des vents et des cou-

rants régnant toujours dans ui direrlion d\i su'i au nord. Alors, la rade de Valparaiso est tranquille ; son fond, par une assez grandu

f>rofondeur, est formée de sédiments fins cl es eaux y sont pures et limpides. Lorsque, vers le mois de mars, presque tous les aus, le vent tourne à l'ouest ou au nord-ouest, le port n'est plus abrité, la houle devient

f>lus forte, remue le fond sur le mouillage ; 'eau est chargée de particules terreuses en mouvement, qui ne se déposent que lorsque le retour du vent vers le sud ramène la tranquillité. Nécessairement, pendant celle agitation, lescoquilles et lessédiments lesphis pesants restent au fond et se tassent; les autres molécules en mouvement ne se déposent que lorsque la période de repo3 recommence, se séparant alors en raison de leur densité. On conçoit que, suivant la longueur des intermittences entre les coups de vent, suivant la force du vent même, du mouvement qu'il imprime à l'élément aqueux, suivant enfin l'épaisseur des sédiments remués, il se forme, dans ces dépôts sous-marins, des lits aUernatifs de coquilles et de sédiments plus fins, comme ou le remarque si souvent dans les couches terrestres. Quani les coups de vent sont périodiques, el pour ainsi dire annuels, comme au Chili, aux Antilles et sur beaucoup d'autres points du monde, on concevra qu'il peut s'y former des couches successives, en quelque sorlo d'égale épaisseur et se succédant régulièrement.

Des tempêtes. — Si , dans l'étude des causes naturelles de perturbation , nous voyons le changement de courant déterminé par la marée ou par le vent, produire des effets aussi marqués, nous pourrons juger delà valeur des perturbations apportées par uq coup de vent, par une tempête ou par unraz de marée, qui remuent, avec plus de force et plus profondément, les sédiments déposés.

Dans une tempête, la somme des sédiments côtiers se trouve considérablement augmentée par la violence avec laquelle la vague frappe la côte ; ce qui suffirait pour apporter, dans les dépôts des couches séJimcnlaires, une différence appréciable ; mais il est une autre action plus forte produite par la tempête, et analogue à ce oui a élé observé à Valparaiso par Te seul effet d'un changement de direction dans les vents régnants. Si, dans les temps calmes, latein'e sale de la mer que détermine la limite du mouvement des eaux, occupe, par exemple, un demi-kilomètre, on est étonné de la voir, pendant une tempête, quadrupler de largeur. Ce fait démontre que tous les sédiments sont alors remués d'une manière extraordinaire; et la force d'action est telle , eu niveau de la marée, qu*elle démolit \es constructions les plus solides que l'homme puisse lui opposer. Alors la perturbation sous-marine diffère suivant la direction des vents; néanmoins, son effet général est de remuer les sédiments à une profondeur proportionnée à son intensité. Dès queTaoi-

COU

ET DE PALEONTOLOGIE.

COU

laliou se ralenlit , ks sédiments les plus vesanrs restent en place; les autres se déposent après, suivant leur pesanteur, jusqu'à re que les phénomènes naturels reprennent leur cours. Il se fait encore un changement h cet instant ; les courants propres à Ja côte niièyent ce que la tempête avait placé sur leur passage, et les sédiments vont reprentire fa place qu'ils occupent ordinairement dans la période de repos.

Résumé. — Les perturbations naturelles , qu'elles soient occasionnées par les marais, par les changements de courants , par les coups de vent ou par les tempêtes', tendent, t-omme on le voit , à interrompre l'ordre régulier des dépôts de sédiments et à les diviser par couches distinctes ; à placer, par exemple , des sables sur les sédiments vaseux ou des sédiments vaseux sur les sables, h les diviser par lits , en changeant la nature rainéralogique ahernalive des couches qui se succèdent. Ce résultat est très-important; car il nous explique ce caractère des lits séparés, si marqué dans les couches sédimentaires de tous les âges géologiques; et nous prouve , par la superposition de ces couches, par leur nature, par leurs lits, qu'elles se sont déposées en des circouslances absolument identiques aux circonstances naturelles^ qui présidîent aujourd'hui à la formation des couches sédimentaires actuelles.

i IV, — De. la dislribution des animaux morts dans les couches sédimentaires marines.

Maintenant que nous avons cherché à défiuir la manière dont se forment et se déposent dans la mer les sédiments actuels, nous allons chercher également, suivant leur nature et leur densité, ce que deviennent les corps organisés , dans les diverses circonstances Signalées. A priori, Ton doit croire •|u'ils se déposent en des lieux différents; et, pour le prouver, nous n'avons qu'à étuiiicr les animaux flottants séparément des ntiimaux ou des parties animales qui ne flotlent pas.

Des animaux flottants, — Tous les mammifères, les oiseaux, les reptiles, les poissons qui meurent dans la mer, certains mollusques, tels que les céphalopode» , les aplysies et autres, dont la masse charnue est plus volumineuse et plus pesante que lour coquille, ainsi que les animaux de même nature transportés par les fleuves, tnni destinés à flotter. £n effet , dès l'instant que la décomposition organique se manifesle, il se dégage des gaz qui gonflent toutes tours parties « les rendent plus légers, et les f'int remontera la surface des eaux. Tout le uioniie connaît cette circonstance sur laquelle nous croirons inutile d'insister.

H'autres parties organiques des êtres, fx>mme la coquille remplie de lozes aériennes des nautiluSf des spirula et ue la seiche !:^eptn) , ne jieuvent , môme lorsqu'elles sont M»l».irées (le l'animal, faire aulremont que lie lloîler, puisque les loges ou le$ divisions

dont elles sont formées, n'ont pas de communication entre elles et que toutes sont remplies d'air.

On peut se demander où ces corps , tant qu'ils flotteront, pourront se déposer? Descendront-ils, comme on l'a cru quelquefois, jusqu'au fond des mers? Non; leur nature flottante s'y oppose de toutes les manières; ils seront donc infailliblement jetés sur le rivage. Il résulte de ce fait actuel qu'on peut vérifier tous les jours sur le littoral, que les mammifères , les oiseaux , les reptiles , les poissons entiers, ainsi que les coquilles flottantes des céphalopodes , n'ont pu , dans aucune circonslance , se déposer en pleine mer, et qu'elles ont dû nécessairement, lorsqu'elles flottaient encore, être jetées sur le littoral et seulement au niveau des hautes mers.

Les animaux entiers, «'1/5 sont poussés sur une côte rocailleuse, se désorganisent promptement par l'action de la vague. Les parties charnues sont séparées des parties osseuses , et ces différentes parties rentrent, suivant leur densité, dans les sédiments de diverses natures.

S*ils sont jetés sur une côte sablonneuse, ils se conservent quelquefois avec les diverses ))arties du squelette peu éloignées les unes des autres , si toutefois ces dernières sont recouvertes tout de suite par d'autres, sédiments, tandis que, le plus souvent, les parties se Séparent et viennent encore fç^r,« merdes sédiments qui se dispersenti,,d'a):rèii leur nature.

Si les animaux entiers sont, à\h eontraire,. portés par les courants vers un golfe tran* quille, comme celui deTAiguillon, par exem pie, ils se déuosent sur des sédiments Ans qui les enveloppent avant que les os ne soient dispersés , et dès lors, non-seulement ils restent avec toutes leurs parties osseuses placées dans leurs rapports réciproques , mais encore ils peuvent, quelquefois, laisser l'empreinte des parties charnues

On a obtenu, dans ce même golfe, la

fireuve que les corps, en apparence les plus ugaces et de la décomposition la plus prompte, pourraient encore imprimer des traces de leur existence sur les sédiments Ans des plages tranquilles et vaseuses. En été, un grand nombre d'acalèphes des genres cyanea et rhizostoma sont jetés sur les côtes. Ceux qui entrent dans ce golfe, avec les dernières très-hautes marées d'une époque de syzygies ou d'équinoxe, sont abandonnés sur la vase molle, où leur pesanteur spécifique imprime sa place et forme une em* ])reinto. Si la marée, pendant les mortes eaux, n'atteint pas le .:eu où l'acalèphe est déposé, il se décompose d'abord, se fond entièrement, en laissant, en creux sur la vase, l'empreinte bien distincte de toutes ses parties. Pendant douze, quelquefois vingt-quatre jours d'intervalle et même beaucoup plus, la marée suivante n'est pas aussi forte que la première; et si elle n est pas poussée par le vent, ta vase exposée ^ l'air se dessèche au solei! , en con*'"

COU

DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE

COU

toutes les empreintes de sa surface, comiutr les pas des animaux riverains, les acalèphes ou tout autre objet. Lorsque la marée courre enQn ces plages de vase, en apportant de nouveaux sédiments, elle passe à Ja surface durcie, sans détruire les empreintes, et revêt le tout d'une nouvelle couche ; mais, comme les points en creux sont disposés de manière à recevoir les sédiments les plus lourds, ils sont presque toujours remplis de parties sableuses des plus fines , tandis que les derniers sédiments laissés sur le rivage sont ordinairement les plus légers; ce qui forme des couches en plaquettes. 11 résulte évidemment de ce mode de dépôt

aue, si les plages vaseuses de rAiguilton evenaieitt fossiles, elles pourraient conserver, entre les couches, non-seulement les animaux entiers de toutes les natures, tels que mammifères, oiseaux, reptiles, poissons, crustacés, insectes» moUusques, les empreintes des animaux gélatineux, tels que les acalèphes, mais encore les empreinles physiologiques des pas d'animaux qui y ont marché, et môme jusqu'aux fortes gouttes de pluie» dont nous avons souvent observé les traces sur la vase sèche. On voit que celte plage tranquille nous explique, à Ja fois, le mode de conservation des parties animales les plus fs^iles à se décomposer, et nous indique comment ont pu se conserver, jusqu'à nos jours,- les empreintes physiolo^ ç'ques et les empreintes physiques oui ont tant étonné les géologues, lorsqu'ils les ont découvertes dans les couches terrestres.

Pour l^s coquiltes. flottantes^ comme les naïUiiuSf les spirula^ les sepia^ elles ont beaucoup plus de chances de conservation. En effet,, connaissant la fragilité de la co-

3uille de la spirula^ on a été très-étonné en ti;ouver un nombre considérable d'en^ tières et de brisées, jetées pèle-môlu sur tes cailloux de la plage agitée de l'île de Ténériffe. Ce fait actuel, appliqué aux coquilles des nombreux céphalopodes renfermés dans les couches terrestres» nous prouve qu'elles ont pu. se conserver sur Ipute espèce de rivage. On conçoit, cependant,, qu'elles doivent être d'autant plus intactes qu'elles ont été déposées sur des côtes formées dQ sédi-> roents plus fins, moins agités ; et les plages vaseuses sont encore les plus propres à cette conservation, ce qu'on remarque, en effet,, dans les couphes sédimentaires du globe. Ce fait actuel peut donner la certitude que les coquilles flpttantes des céphalopodes n'on^ pu se déposer e^ grand nombre dans les couches que sur le littoral, au niveau des hautes marées. C'est peut-être un des plus importants dans son application; car il pourra nous donner les moyens de retrou-. ver, dans ces couches, les anciennes lignes littorales de toutes les époques géologiques qui se sont succédé depuis la première ani'^. malisation de la surface terrestre.

V. est pourtant des circonstances où les fociuilles flottantes peuvent perdre leur propriété; c'est lorsque, par exemple, formé de («cties calcaires et cornées, le siphon qui

traverse toutes les loges aériennes, s'altère* par le séjour prolonge dans les eaux, de manière à y laisser pénétrer rélémenl aqucui. Une fracture occasionnée par un choc peut produire le même effet ; mais alors on ne trouvera que de rares coquilles isolées, et jamais on n'en rencontrera sur le même point un nombre considérable.

Si une coquille a cessé de flotter, lorsque l'air s'échappe de ses loges, on conçoit qu'il en sera de même pour ranimai flottant. En effet, pendant la durée de la putréfaction, s'il n'est pas jeté sur quelque côte, ce qui suppose une mer dépourvue de vents, et

3u il ait, au sein des eaux, le temps de so ésorganiser, soit par les morsures des autres animaux voraces qui peuvent l'entamer, soit par le seul fait de la désorganisation, les diverses parties se séparent et tombent les unes après les autres où elles se trouvent; c'est-à-dire près ou loin des côtes, ces circonstances suffisent pour expliquer la présence des coquilles flottantes isolées et des quelques ossements d'animaui vertébrés, dans les sédiments déposés au fond des mers; mais alors il doit être presque impossible qu'un animal s'y trouve entier; tandis que tout porte à croire que les parties osseuses y tombent séparées les unes des autres.

Des animaux non flottants. — Nous avons dit que les animaux flottants, lorsqu'ils sont décomposés, se désorganisent et que leurs parties séparées subissent le même mode de répartition que les sédiments ordinaires. Voyons maintenant ce que deviennent les animaux qui ne flottent jamais, lors même qu'ils sont entiers. De ce nombre sont presque tous les crustacés, les échinodermes,' et sans exception, tous les moUusques k co^ quille et les polvpiers.

Dans les phénomènes actuels, il est des circonstances où, sans le concours d'aucune perturbation, des animaux peuvent être enveloppés de sédiments, dans leur posilion normale d'existence. Les coquilles bivalves qui vivent profondément enfoncées, sans pouvoir changer de lieu, comme les solen^ les hvignons^ les mya^ sont dans ce cas. Si elles meurent de vieillesse en place, et que les sédiments ne soient pas remués, elles y restent enfouies et peuvent devenir fossiles dans celte position. C'est, en effet, ce qu'on a vu au - dessus de Marans , près de l'Ile d'Elle (Vendée), lorsqu'on a creusé, en 1837, un nouveau lit è la rivière de Vendée. Bien que ce point soit aujourd'hui à plus de seize kilomètres de la mer, il nous a montré, dans fa tranchée un nombre considérable de (ari- ^non5, dans leur position normale, tels qu'ils vivent sur le littoral voisin, dans le golfe d'Aiguillon. On peut reconnaître les coquilles en place, enveloppées de cette manière, à leur position respective dans les couches. D'abord elles sont presque toutes de même taille; et, comme elles meurent les unes après les autres, dans les sédiments qui s augmentent toujours , elles y sont disséminées à diverses hauteurs, ainsi qu'on le

COtl

ET DE PALEONTOLOGIE.

COU

roit souvent pour certaines pholadomya^ dans les couches fossilifères.

Les coquilles bivalves peuvent Être enveloppées dans des sédiments, et périr fortuitement dans leur position normale, par la seule perturbation qu^apportent une tempête, un coup de vent, ou seulement la durée du vent, dans une seule direction. On observe plusieurs exemples de ce genre sur le littoral de la France.

Un coup de vent avait, depuis plusieurs années, couvert d*une couche épaisse de sédiments tout rintervalle compris entre le rocher du Cob et le village du Viel , fie de Noirmoutiers (Vendée), et anéanti simultanément toutes les nombreuses huttres, les solens et les autres coquillages de cette côte, que les habitants avaient coutume d'v trouver. Le même agent devait nous le dévoiler. En effet, dans un gros temps, les vents enlevèrent de nouveau les sédiments ; et alors, nous observâmes, au môme niveau, dans leur position normale verticale, un nombre considérable de solens et d'autres bivalves, dont la coquille venait saillir à la surface du sol.

Les animaux non flottants sont souvent enlevés de leur habitation ordinaire parles perturbations naturelles, comme les coups de vent, les tempêtes. Les coquilles et les crustacés, blessés par le choc de la lame, sont alors enlevés des rochers et transportés au loin. Alors aussi, les coquilles enfoncées dans le sable, dans la vase, telles que les bivalves {venus ^ tellina^ etc.], les natica et autres gastéropodes des sables, sont ramenés à la surface et poussés avec violence sur la o^te, ou forment des amas, entre les bancs de sable. Les animaux qui ne sont pas trop blessés tâchent, lorsque le mouvement cesse, de regagner leur élément naturel ; mais le plus grand nombre des corps ftous-marins enlevés de cette manière périssent et subissent, en raison de leur pesanteur, les mêmes lois de distribution que les sédiments.

Les coquilles lourdes , les coraux, qu'ils noient entraînés par les courants, ou poussés par la vague, suivent la même répartition que les cailloux; ils sont rarement transportes au large, et restent plus particulièrement soit près des rivages, soit sur le lieu où ils ont vécu. Lorsqu ils sont jetés à la côte, ils subissent la même usure que les ra if toux, et se trouvent pêle-mêle avec les cailloux et les ossements, sans former de lits horizontaux bien marqués.

Les coquilles plus légères, les coraux de petite dimension, suivent les sédiments de même pesanteur, et vont généralement former des bancs avec les sables, ou sont jetés sur la côte. Ils se conservent d'autant mieux qu*ils sont moins roulés, ou qu'ils sont plus promçtement soustraits à l'action désorganisatrice de Tair et de l'eau. Les coquilles exposées k l'air sur le rivage, se décomposent assez promptement; leur couleur, leur é'pidermc nisparaissent; elles pt*rdent ensuite des condiCb de leur le^t, et Gniseent

par se détruire entièrement, dans un laps de temps assez court. Celles qui restent exposées à l'action de l'eau s'anéantissent encore, même sans subir de frottement. Il n'y a que les coquilles enveloppées de sédiments qui se conservent actuellement, comme se sont conservés , dans les temps

[>assés, les êtres de toutes les époques géoogiques.

Les animaux, ou leurs restes solides les plus légers, sont aussi transportés avec les sédiments de même densité. Ils vont se dé-

f>oser dans les profondeurs des mers, sur es fonds tranquilles et sur les côtes des golfes. Dans les profondeurs des mers, ils seront A l'abri des causes naturelles fortuites; sur les foi'ids tranquilles, ils pourront, quelle que soit leur fragilité, se conserver intacts pour l'avenir, comme nous l'avons vu pour les animaux .flottants, jetés dans un golfe couvert de sédiments.

Comme les coquilles et les coraux sont, en général, un peu plus lourds que le sable,* ou tout au moins d'un volume différent, transportés par les courants, ils forment, leplus souvent, ces bancs sous-marins, siconnus des navigateurs et des ingénieurs hydrographes, et qui couvrent les côtes de presque tous les atterrages du monde. Les coquilles sont alors placées par les eaux dans la position la plus favorable à l'équilibre de l'ensemble, ce qui fait distinguer, dans les couches fossiles, ces bancs soÛ5marins des lits de coquilles jetés sur la côte, par la vague, où règne le plus grand désordre.

Les perturbations naturelles tendent éga<^ lement, comme nous Tavons vu, à les séparer par assises, par lits horizontaux distincte, en les laissant au-dessous des sédiments plus légers; ainsi, toute espèce de mouvement sous-marin occasionné» soit par les courants, soit par les perturbations naturelles, tend toujours à séparer les corps suivant leur nature, comme on le voit si souvent dans les couches terrestres.

Il est cependant deux circonstances où les corps organisés et les coquilles de toute dimension , pourront se trouver ensemble l'une déterminée par le mouvement, l'autre produite par la tranquillité des eaux.

Le mouvement des eaux amène à la fois, sur toutes les côtes, des animaux et leurs restes solides, quelles que soient d'ailleurs leurs dimensions. En effet , les ossements d'un mamm itère se trouvent près des plus

(grosses coquilles, ou entourés des coquilles es plus légères, ainsi qu'on peut Tobservcr au niveau de la vague, sur les côtes de toutes les natures, de galets , de sable et même de sédiments vaseux. Aux parties usées et roulées par 'es eaux, et à l'espèce de désordro qui règne parmi cet assemblage, relativement à la position respective des corps, par rapport à leur forme, on peut de suite reconnattrc qu'ils ont été poussés par une force active qui les a placés , souvent dans une position contraire à l'équilibre des parties; et ce caractère fera toujours distyiguer um

COU

DICTiONNUftE D£ COSMOGONIE

COU

côte sous Faction de la vague , du lond d*une mer tranquille , oii les êtres prennent invariablement la position que leur assigne rigoureusement Téquilibre de Tensemble, à moins qu'ils ne restent dans leur position normale d*ex]stence.

La tranquillité des eaux» avons-nous dit, peut également laisser, près les uns des autres, des restes organises de urande dimension, et les parties les plus légères. Voici dans quelles circonstances. Quand une grosse coquille d'un poids déterminé vit sur des sédiments assez fins et y meurt, si faction du courant, assez forte sur ce point, pour transporter des sédiments fins, ne Test pas assez pour déplacer la coquille, elle restera nécessairement au milieu des corps organisés les plus petits. La réunion sera d'autant plus variée et d'autant plus disparate, que la tranquillité est plus grande; car alors, tous les animaux non susceptibles de flotter par la putréfaction , tels que les crustacés, les oursins, les astéries même, demeureront sur la place où ils sont morts, et se conserveront intacts , comme on le voif, par exemple, dans la craie blanche do Paris 5 mais en ce cas, tous ces corps seront non roulés, et dans une position relative à Téquilibrede leurs formes respectives, ou dans leur position normale d'existence.

En nous résumant sur la manière dont les animaux entiers, ou les diverses parties d'un animal mort, ont pu se soustraire à Faction désorganisatrice des agents eité- •*ieurs, nous verrons que leur conservation iépend essentiellement, et dans toutes les «ireoqstances, des milieux qui les environnent, à Tinstant où ils cessent d'exister. Les eaux servant de conducteur pour le transport des sédiments, sont les milieux les plus favorables; aussi trouve-t-on que la presque totalité des corps organisés fossiles se sont conservés sous l'action immédiate de cet important agent, et qu'ils sont renfermés au sein des couches géologiques, lians les roches sédiraentaires. Nous verrons encore que, suivant leur nature flottante ou non flottante, suivant leur mode de conservalion, ils peuvent, dans les couches géologiques , faire parfaitement reconnaître sous quelles influences ils ont dû se déposer sur le littoral, au niveau et au-dessous des marées, ou dans les orofondeurs des mers.

i V. — De la répartition geographime et isotherme des êtres marins.

Après avoir étudié la répartition, dans es merSf des ôtres inanimés, morts, qui, comme des corps inertes, vont où les poussent les divers a ^ents, voyons ce que les habitudes, la manière de vivre des animaux marins pourront nous ofl'rir de particulier et de spécial, d'après leur milieu d'existence, leurs nécessités vitales, etc.

L'étuda de la distribution géographique des animaux est d'une immense importance en paléontologie, puisque, procédant du connu h l'inconnu» elle est destinée à nous T^ivrfJer, jjar les lois qui {^résident aujour-

dhui, à la distribution géographique et isotherme des êtres vivants , ce aui s'est manifesté aux diverses époques de î'aniraalisation de notre globe. C'est, en eflet, dans cette distribution géographique, que la paléontologie générale doit puiser des renseignements sur les conditions d'existence des espèces perdues. Sans cette connaissance préalable, toutes les comparaisons qu'on pourrait faire , toutes les déductions qu'on pourrait tirer, n'étant pas appuyées sur dès laits positifs, incontestables, l'édifice pécherait par la base et croulerait infailliblement. Des recherches positives à cet égard peuvent seules expliquer la formation, surtout des couches cies terrains tertiaires. On a sans doute écrit beaucoup de théories sur les dér pots tertiaires les plus rapprochés de nous, et dès lors dans les conditions actuelles; mais si Ton veut arriver à des solutions réellement satisfaisantes, la marche positive de la science exige qu'on remplace cfcs sup-^ positions, souvent hasardées, par le résultai de l'observation immédiate

Comme les animaux marins ont des habitudes très-difl'érentes, qui influent sur leur mode de distribution , nous les diviserons en deux séries, selon qu'ils vivent seulement au milieu des mers, et sont pélagiens; ou qu'ils restent sur le littoral, et sont esscn* tiellement côtiers.

Nous avons appelé anitnQxix pélagiens^ tous ceux que leurs habitudes retienuent constamment au large, dans les océans, et qui ne s'approchent des côtes que par des causes fortuites. De ce nombre sont beaucoup de poissons, de mollusques céphalopodes et et ptéropodes. Les études spéciales q^ui ont été faites à leur égard ont démontre que, malgré le nombre des espèces qui passent indifféremment d'un océan à l'autre, plus des deux tiers du nombre des espèces de chaque océan lui sont spéciales. Ces nombres prouvent que des limites fixes d'habi-» tation existent encore pour des animaux que leur puissance de locomotion, leurs mœurs pélagiennes devraient répartir à la fois au sein de toutes les mers , si le cap Horn d'un côté, le cap de Bonne-Espérance de l'autre, n*étaient pas dans une position méridionale, tout à fait en dehors de la zone torryJe qu'l^abitent presque toutes les espèces, et no leur opposaient des barrières infranchissables,

Pour arriver à reconnaître si la température influe sur \à répartition des céphalopodes connus, on les a divisés en trois zones: pour ia zone chaude 78 espèces, pour la zone tempérée 35, et pour ia zone froide 7. Celte ditférence dans ks résultats a prouvé que l'unité de température osl, plus que les autres agents, la véritable base deladislribution géographique des animaux des hautes mers. On peut ajouter qu*on les trouve d'autant plus variés dans leurs formes, d'autant plus nombreux en espèces, qu*on s*ap» proche davantage des régions chaudes.

Ce qui précède démontre que chaque mer et rhaïuo région de température \\^

COU

ET DE PALEONTOLOGIE.

COC

mers peut aroir ses espèces particnlièrcs, et (lis lors influer sur !a nature actuelle des espèces qui s*y déposent. En effet, les céphalopodes, les pteropodes qui meurent au sein des eaux, et dont les restes tombent dans la mer, doivent nécessairement, sui- Tant cette répartition, donner en même temps, dans chaque mer ou dans chaque rél^ion des mers, un ensemble d'espèces diflérentes et qu'on pourrait regarder, pour les faunes perdues de l'époque tertiaire, comme appartenant à une époque géologique distincte.

Les animaux edtien sont, pour nous, ceux qui vivent constamment sur le littoral, et que leurs habitudes attachent plus particu^ lièrement au sol sous-marin, quelle qu'en soit la nature. Néanmoins les animaux côtiers ne vivent pas indifféremment partout; et les recherches qui ont été faites pour déconrrlr les lois qui président à leur distrilutioQ sur les côtes ont prouvé que quatre genres d'influences a^^issent simultanément ou se Jurement sur cette répartition : les rcuranis, la température^ la configuration^ l'i nature des côtes, et le nireau de prof oniirur sp/ciat à C habitat ion de chaque espèce. Nous examinerons chacune de ces influences en particulier.

Les courants. — On a beaucoup exagéré rimportance des courants dans les caufes gr'olo^ques, en leur attribuant des effets qu'ils n'ont pas, et qu'ils ne peuvent avoir. On a supposé, par exemple, que si l'isthme i]fr Panama se rompait, des courants pourraient amener sur nos côtes des animaux marins de l'Amérique. Si l'isthme de Panama se rompait, qu'arriverait-il? Les animaux pélagiens et quelques animaux côtiers lies deux mers se mélangeraient» sur le littoral voisin, sous l'action de ce nouvel azcnt, et constitueraient une faune com- V'.exe; mais la grande quantité d'espèces ilentiques prouverait toujours leur conlemporanéité, sans amener d'autre changement. En supposant même que ce couran I ortât directement de l'Amérique sur l'Europe, il ne pourrait tout au plus charrier «fue des restes flottants non décomposables dans Teau, tels que les bois et les graines ; i-ar, pour au'il pût entraîner des êtres sous ^ marins, tels oue des coquilles non flottantîntes, il fouarait que toute la profondeur (;»?s mers comprise dans l'intervalle fût comblée et nivelée, sans cela les sédiments transportés resteraient en roule et s'arrêteraient où la profondeur de l'action des courants cesse oe se bire sentir. Comme on le voit sur nos côtes, les courants n'ont d'action que sur le littoral, et seulement dans leurs [»arties les moins profondes. Cette action ne ffC-at, en aucune manière, avoir d'influence <i'un continent à Tautre, lorsqu'une mer i:rr»fonde les sépare.

Dans les circonstances actuelles, quelle <iue soit la force des courants, la profondeur r.'unc mer est, pour les animaux côtiers, ir:e barrière aussi infranchissable que les ;.;; iTj^lc^ lignes continentales. L'action pas-

sive de ces profondeurs est de séf^arer, de cantonner les êtres marins des côtes, et d'en former des faunes distinctes et pourtant contemporaines. La faune marine tropicale des côtes d'Afrique diffère autant de la faune des côtes de l'Amérique, placée sous la même température, que les deux faunes côtières de l'Amérique Méridionale propres au Grand Océan et à l'Océan Atlantique, que sépare tout le continent américain. La faune des fies Gallopagos diffère entièrement de la faune du continent américain voisin. La faune des îles Sandwich et des autres îles océaniennes est également particulière.

On ne trouve généralement les mêmes êtres que lorsqu'il j a identité de température, et une cote non interrompue sur laquelle ils ont pu se pronager au loin. Plus on avance dans les recnerches géographiques comj arées et positives, et plus cette loi vient se confirmer. Nous insistons sur ce fait qui peut recevoir une application importante en paléontologie.

Il se passe, néanmoins, sur toutes les côtes très-étendues en latitude, des phénomènes déterminés par les courants : nous allons chercher à les définir.

En retraçant ici les résultats obtenus sur une large échelle par des recherches relatives aux mollusques côtiers de l'Amérique Méridionale, nous dirons qne, d'après la carte du Mouvement des eaux à la surface de la mer^ que M. Buperrej a publiée en 1831, on reconnaît qu'un immense courant, parti des régions polaires du Grand Océan comprises entre le 135' et le 165' degré de longitude occidentale, et se dirigeant au sud-est, vient se heurter contre le littoral de TAméri- Que Méridionale, à la hauteur de l'archipel ue Cliiloé, où il se sépare en deux bras. Le

f>lLS considérable suit, du sud au nord, le ittoral de l'Amérique jusqu'à quelques degrés au sud de léquateur. où il tourne a l'ouest, dans la direction des lies de la So* ciélé. Le second bras suit, au contraire, vers le sud ; une petite partie {lasse k l'est, par le détroit de Magellan ; l'autre bras, dirigé de l'ouest à l'est, va doubler le cap Horn, d*où il se divise encore. Un bras se rend aux lies Malouines, tandis que l'autre * en faisant des remous, rejoint les eaux qui ont passé par le détroit de Magellan, pour suivre au nord le littoral de la Patagonie, de la Plata et du Brésil. On voit donc que les courants généraux se heurtent et se séparent sur lea régions froides de l'extrémité méridionale de l'Amérique, et longent parallèlement, eh marchant vers le nord, les deux côtes de ce continent.

Par leur action continuelle dans une même direction, les courants généraux ten-s dent h répandre, sur tous les points du littoral où ils passent, les animaux côtiepa qui peuvent supporter une grapde diffé-i rence de température. Ils neutenl aussi, en transportant des eaux iroides vers des points où^a zone de latitude devait donner une lemjïérature élevée, changer tout à fait la rature des faunes. Le si^horaria Lesscnii^

tOU

DICTIONNAIRE DE COSMOGOfnE

COU

Îui suif, en effet, à la fois, les deux cotes e TAroériciue» depuis leur point de départ, sur toute 1 extension des courants, en est une preuve. Dans TOcéan Atlantique, huit espèces suivent les courants généraux des côtes de la Patagonie jusqu'aux Antilles , où, sur rimmense étendue de soixante-dix degrés en latitude, neuf en parcourent seulement vingt, de la Pata^onie aux limites tropicales. Dans le Grand Océan, dix-neuf espèces habitent, sons cette influence, vingtdeux degrés tn latitude, en traversant plusieurs zones de chaleur différente, tandis qu'elles cessent d'exister aux dernières limites septentrionales de ces mêmes cou* rants, comme on le voit pour la faune du Callao.

Une preuve incontestao^e de celte action des courants se trouve dans la limite d'habitation des êtres côtiers qu'ils transportent. Far rapport à la latitude. Les courants de Océan Atlantique perdent, au 34* degré, leur force continuelle ; aussi la faune tropicale commence-t-elle à paraître au 23' degré, et la faune des régions tempérées ne montre plus, au delà, que quelques espèces plus inaifîérentes à la température.

Les courants du Grand Océan conservent, au contraire, la même force jusqu'au delà du i2' degré de latitude, en portant avec violence, du sud au nord, des eaux froides sur tout leur passage. Il en résulte que les espèces de mollusques côtiers des régions tempérées j sont transportées jusqu'à douze degrés en dedans du tropique du Capricorne, comme on le voit au Callao, port de Lima. On doit donc attribuer aux courants généraux cette influence d'inégale valeur qui entraînent les mollusques côtiers des régions froides et tempérées, d'un côté, jusqu'à neuf degrés seulement en dedans des tropiques, et de l'autre jusqu'à la fin de la zone équatoriale de l'hémisphère opposé.

Si l'action incessante des courants a, le plus souvent, pour effet d'étendre les limites des faunes côtières, il lui est, au contraire, quelquefois réservé de les limiter.

On doit, par exemple, à l'action combinée des courants et de la température, la séparation de toutes les espèces des deux faunes parallèles de TAmérique méridionale, l'une propre au Grand Océan, l'autre à l'Océan Atlantique. Ce sont évidemment ces courants glacés du Grand Océan, venant du pôle et contournant reilrémité du c^n Horn , qui, en passant dans l'Océan Atlantique, séparent nettement les deux faunes américaines si distinctes.

Le fait le plus important est, sans contredit, celui qui a été observé entre le Callao et Peyta (Pérou). En effet, tant que les courants généraux suivent, du sud au nord, les côtes du Grand Océan, ils refroidissent tel* lement les eaux qui les baignent, que les mollusques des réij;ions froides et tempérées sont portés jusqu à neuf degrés en dedans du tropique du capricorne; mais dans les

J garages compris entre le Callao et Pe.yta, à 'instant oti les courants tournent brusque-

ment à l'ouest et al>andonaeni les côtes américaines, la température reprend immédiatement son influence, et 1 on trouve tout de suite une faune toute fait différente, propre aux régions chaudes.

En résumant ces résultats opposés les uns aux autres, on voit que si, par la continuité de leur action, les courants tendent à répandre les mollusaues côtiers en dehors de leurs limites naturelles de latitude, ainsi qu'on le voit sur les deux côtes de l'Amérique méridionale, lorsqu'ils doublent un cap avancé vers le pôle, comme le cap Horn, ou encore, lorsqu'ils abandonnent brusquement les côtes, dans des régions chaudes, comme ils le font au nord du Callao, on leur doit, au contraire, l'isolement et le cantonneraent des faunes locales.

De la température. — Les observations sur les mollusques côtiers de l'Amérique méridionale ont prouvé, de plus, que la pointe très-prononcée vers le pôle qui, sur ce continent, sépare nettement l'Océan Atlantique du Grand Océan, sert de barrière naturelle de température entre les faunes de mollusques côtiers propres à chacun d'eux. On voit, par exemple, que sur Wx cent vingt-huit espèces de mollusques côtiers de l'Amérique méridionale, une seule est commune aux deux Océans, tandis que toutes les autres sont, au contraire, spéciales soit au Grand Océan, soit à l'Océan Atlan* tique. Néanmoins ces résultats inattendus se compliquent évidemment des influences ducs aux courants généraux ; car la température n'aurait pas, à elle seule, une aussi puissante action. En effet, le plus ordinairement, ces deux causes se contrarient ; mais dans cette circonstance, par une exception remarquable, elles agissent simultanément aux régions les plus méridionales, en séparant plus nettement encore les faunes côtières des deux Océans.

Si, dans quelques cas, les courants gé* néraux tendent a répandre les êtres côtiers sur tout leur cours, la température, au contraire, cantonne les espèces dans des limites plus ou moins restreintes suivant les variations de température qu'elles peu* vent supporter.

On en a la preuve par le nombre des mollusques propres aux différents points de la côte aes deux Océans soumis a l'action incessante des courants, et plus positivement encore par le nombre élevé des espèces propres aux deux points extrêmes de la distance baignée parles courants, puisque, dans le Grand Océan, les espèces propres aux régions tempérées sont le double, et que les espèces des régions chaudes sont près de la moitié des espèces voyageuses; que, dans l'Océan Atlantique, les espèces propres aux régions tempérées et chaudes sont quatre fois plus nombreuses que les espèites communes aux deux régions à la fois.

Le plus remarquable enfin, se trouve surtout dans la différence subite qu'on re marque entre la composition des faunes

cou

ET DE PALÉONTOLOGIE

COU

locales de V^yta^ ef de celles des parties situées aa Sud. £d effet» dès gue I action iucessanle des courants ne se fait plus sentir, la température reprend aussitôt toute son iirfluence, et Ton Toit paraître une bone différente et spéciale aux régions chaudes.

En nous résumant, les faits nombreux i]ui précèdent montrent que, malgré Tactien directe des courants Faction passive de la chaleur se manifeste partout d*une manière très-marquée, par le cantonnement des espèces entre des limites de latitude plus ou moins restreintes, des deux cdtés de l'Amérique méridionale.

. La eonfifuruiion d'un littoral n'agit pas moins puissamment. Tout le monde a remarqué cette pointe étroite qui, s'avançant de la zone torride vers le pôle, jusqu'au 55* degré de latitude sud, sépare l'Océan Atlantique du Grand Océan, en traçant, entre l'une et l'autre mer, une limite des mieux marquées. Tout le monde a pu remarquer encore cette chaîne imposante des Cordillères, <iui court, du sud au nord , parallèlement au littoral du Grand Océan, et présente, sur les côtes de son Tersant, occidental, les pentes les plus abruptes, tandis que son versant oriental s'abaisse lentement vers l'Océan Atlantique, et forme, sur toutes les régions méridionales, des côtes basses étendues au loin dans la mer.

On a déjà TU le résultat de la forme du continent, suri la séparation des deux fau-^ nés distinctes. Nous allons maintenant déduire les effets généraux de la seule configuration orograpnique.

Le rapport du nombre des genres spéciaux ou communs aux deux mers démontre cette influence, puisque la moitié de l'ensemble ne se trouve que dans l'un des Océans.

Genres qai se trouvent des deox côtés de

rAjiiéri<|ae à la fois 55

Gaves qai se troinreat d*OB teiii côté. . 55

Sur ce nombre Genres exisfant sur la céte amencaine

ém Grand Océan 89

Genres qui manquent dans le Grand

Océan et qui se trouvent de Tautre côté il Genres distant sur la côte américaine de

Xkéan Atlantique 76

Genres qui manquent dans TOoéan AUan-

Uone et se trouvent de Tautre côté . . S4

1 est (Sicile de se convaincre, par Té* tode des mœurs des mollusques, que les geores qui dominent dans le Grand Océan rîTent principalement sur les rochers, tandis que ceux de TOcéan Atlantique, qui manquent au versant occidental, habitent seulement les fonds de sable ou de sable vaseux. Il est, dès lors, certain aue la différence de configuration orograpnique du littoral des deux Océans qui baignent J*Amérique méridionale, exerce, par les conditions d'existence plus ou moins f<&vorâbles qu'elle offre aux mollusques cdtiers, suirant leurs genres, une immense

influence sur la eomiiosition zoologiqvs des fiiunes qui les habitent.

Résumé.^ Avant de terminer l'exposé des résultats généraux, nous dirons que, de l'ensemble des trois genres d'influences combinées, les courants, la température et la configuration des côtes, on peut conclure avec certitude que tout en dé{>endant de ces trois ordres de faits, les lois qui président à la distribution géographique des mollusques câtiers, peuvent se réduire à deux actions contraires :

1* L'une, celle des courants qui dans certaines circonstances, tendent à répandre partout où ils passent sur une même côte, les espèces indilférenles à la température.

2" L'autre, plus générale, dépendant encore des courants, de la température et de la configuration orographique qui tendent, au contraire, à restreindre ou à cantonner les êtres entre des limites plus ou moins larges, bien que sur la côte d'uu même continent.

L'étude de tous les laits généraux qm nous venons de déduire de la distribution géographique des mollusques côliers, nons amène naturellement aux conclusions sui vantes immédiatement applicables aux faunes paléoutologiques des terrains tertiaires, mais des terrains tertiaires seulement; car, dans les faunes antérieures, l'action du cantonnement, déterminée par la latitude, était plus ou moins neutralisée par la chaleur propre au globe terrestre :

1* Deux mers voisines, communiquant entre elles, mais séparées seulement par un cap avancé vers le pôle, peuvent avoir des faunes côlières distinctes.

2* Il peut exister, en même temps, par la seule action de la température dans le même océan et sur le même continent, des bunes eôtières distinctes, suivant les diverses zb^ nés de latitude.

3r Sous la même zone de température, sur des côtes voisines d'un même continent, les courants peuvent déterminer des faunes eôtières particulières.

k* Une faune, distincte de la faune côlièro du continent le plus voisin, peut exister sur un archipel, lorsqu il en est séparé par une mer profonde.

5' Des faunes eôtières distinctes, ou du moins très*différentes entre elles, peuvent se montrer sur des côtes voisines, par la seule action de la configuration orogra^ phique.

6* Lorsqu'on trouve les mêmes espèces sur une immense étendue de latitude, dans un même bassin, les courants en seront la cause.

7* Les espèces identiques entre deux bassins voisins annoncent des communica* tions directes entre eux.

Maintenant si^ prenant les choses sur une échelle plus restreinte et choisissant des lieux que tout le monde ici peut visiter» nous parcourons encore les côtes de France, sous lo rapport de Tinfluenrc que peut

cou

DlCTiONXÂlRK: DC COSMOGONIE

COU

eiercer la ndture du lilloral sur la composition des faunes qui les habitent, nous serons frappés de ces différences, en comparant des points placés souvent h quelques kilomètres seulement les uns des autres.

Les côtes de France bornées de rochers^ comme celles de beaucoup de points de la , Seine-Inférieure, du Calyados, de la Breta- ' l^ne, (les départements de la Vendée et de la Charcnle-InférJeure, nous offrent, ex- 4'lusivement parmi les mollusques, les genres : littorinay purpura, murex^ irochus^ aplysia^ patella^ pholas^ peiricola^ saxicava; des êvhinusy des comatula; des serpula^ des yrap$, parmi les crustacés, etc., etc.

Les fonds et les baies de sable pur des m{^uK^s côtes, surtout de la Vendée, de la 'iironiie et des Landes, ne montrent pas un seul des genres cités, mais bien les genres na^r^a, cassis^ fusuSf chenopus, scalaria^ uatica, cardium, teUinà^ donax, arcopagia\ patidora, mactra^ solen^ etc., etc.

Les fonds vaseux ou de sable vaseux de CCS mêmes côlcf, ou du golfe de l'Aiguillon (Vemlée), par exemple, montrent des piludestrina, des lavignons, des lyonsia^ et quelques espèces particulières de telUna, ce mya^ de cardium^ etc.

La différence de composition des faunes locales, suivant la nature des lieux, estf arfnitcment tranchée. Tels genres se trouvent toujours sur les rochers, tels autres sur les places sablonneuses ou sur les vases; et chaque nature de cAte montre ses animaux spéciaux, qui no se voient ailleurs que loriquils y ont été poussés par la vague ou par les courants; fait si connu des pêcheurs, qu'ils vont toujours sur des lieux différents, suivant la nature de pêche qu'ils désirent faire.

Sur nos côtes et sur d'autres côtes chaudes, les récifs de coraux, les lies madréporigues ont également leur faune spéciale, souvent distincte, dans son ensemble, des faunes côtières voisin**». Cette faune, comme cello de certaines parties des Antilles et d s I es Océaniennes, est caractérisée nonseulement par ses nombreux polypiers, mais encore f ar des genres particuliers de mollusques fixes et d'i^chinodermes, tels que les ihamay \esspondyluSj les cidaris, etc.

Niveau d'habitation des mollusques côtiers. — Il est encore une cause qui peut influer sur la composition d'un ensemble de faune locale : la zone d'habitation spéciale à chaque eq>èce en particulier, sur chaque nature de côte. En parcourant le littoral ♦lo la France, on s'en convaincra, au premier coup d'œil qu'on jettera autour de soi, t>ur les êtres qui s'y trouvent.

Au niveau des fortes marées de syzygies, c'est-àHlire une hauteur baignée seule* aient par les fortes marées, on trouvera, sur les côtes rocailleuses, les littorina rudis et lamarchiiydespalelles, parmi les mollusi|ues, les graps, les ligies parmi les crustacés ; fcur les côtes vaseuses, les diverses e'^i»èce«i de pçMestrina, et des faii(jnon$.

Au niveau du balancement des marées ordinaires, c'est-à-dire de manière à être baignés par toutes les marées et mis à sec assez souvent, se voient, . sur les côtes rocailleuses, les littorina littorea et neritotdes, des trochus, des murex, des purpura, des aplysia, le mitylus edulis, des petricola, le pecten varius, des saxicava, des pholas, des venus, des serpula, des echinus, une foule de crustacés. Sur les côtes sablonneuses vivent des nassa^ des sealaria, des natica, le cardium edule, Vostrea edulis, des tellina, des donax, des pandora , des maetra, des solen , des lutraria , etc. Sur des côtes vaseuses, se trouvent en abondance certaines tellines, des lyonsia, la niya arenaria, etc

Au-dessous du balancement des marées, à des niveaux différents de profondeur, vivent encore des êtres particuliers, les uns peu au-dessous des autres, jusqu'^ de grandes profondeurs, et tous divisés suivant la nature de sol.

Sur un sol rocailleux on trouve, surtout à de grandes profondeurs, des mollusques brachiopodes, tels que des terebratula , des» megatktris, des terebratulina, des crania^ des thecidea, beaucoup de comatula, d'echinus, de bryozoaires pierreux et des polypiers flexibles, appartenant aux animaux rayonnes. C'est surtout dans cette zone quo les êtres cités prennent un plus grand développement et sont plus abondants.

s^ur les côtes saoïonneuses, ou de sable vaseux, vivent des nassa particuliers, quelques trochus, Yacteon fasciaius, le ventis dionœ, des pecten, le janira gigantea^ le nucula margaritacea, etc., etc.

En nous résumant sur l'action passive de la nature des côtes maritimes et des zones difi'érentes de profondeur, suivant ces côtes* où vivent les animaux, on voit que, de ees deux causes combinées ou séparées, naissent (les différences constantes très-marquées dans la composition des faunes locales souvent très-voisines les unes des autres. Nous ferons remarquer que ces deux genres d'influences Dntdû avoir la même importance à toutes les époques de l'animalisation du globe, et qu'il convient delà faire entrer daus l'étude comparative, des étages, afin de ne pas prendre pour des époques distinctes dans les couches, des différences de faunes qui ne sont dues qu'à la zone de profondeur, à la nature du sol où l'on trouve les espèces qu'elles renferment. Dans ce caSt on trouvera toujours quelques espèces identiques qui résoudront la question ; car nous avons vu que le moindre mouvement, qu*il soit déterminé par la vague ou par les cou « rants, tend, au contraire, à tout mêler, sui* vaut la densité; et, dès lors, il parait irop<ts* sible que quelques individus de chaquo zone, de chaque nature de côte, ne soieut pas mélangés, sur quelques points des'cou* rhes sédiraentairos d'un môme parage.

COU

ET DE PALÉONTOLOGIE

CUU

Ait. II. — Dis sédiiie!«ts terrbstabs et

LUyiO-TERRESTBES.

Nous désignons ainsi les particules ter^ rejsi^ et autres, de toutes natures et de toutes dimensions, qui, séparées des couches ou df^s roches, se trouvent actuellement ré-

C Dilues à la surface terrestre des continents, terre régétale qui recouvre le sol sur une p^aniie étendue, les tourbes, les vases des marais fangeux, les parties désagrégées des roches de toute composition qui comblent les lacs, les vallées, sont pour nous des sédiments aussi bien que les cailloux, les galets roulés jiar les torrents et par les fleuves. Une simple promenade dans la campagne suffira souvent pour convaincre Tobservateur le moins exercé que des sédiments de nature très-variée couvrent à la fois les diverses régions d*un continent.

S L — Formation des êédiments terrestres.

Ils se forment, comme une partie des sédiments marins, par l'usure des couches ou des roches de toute nature, qui composent récorce terrestre. Les agents sont : dans les régions boréales et australes du globe, la gelée et les pluies; dans les régions chaudes, les pluies seulement.

Les gel/es ont une très-forte action désorganisatrice sur les différentes roches, action d autant plus puissante que la roche et plus poreose et qu elle laisse plus facilement pénétrer l'eau. Cet effet de la gelée est si connu, qu*il n'est pas un carrier des environs de Paris qui ne cherche à s'en garantir, en coQTrant de paille, durant l'hiver, les blocs extraits des carrières. La gelée fendille la sorfaice de manière à en désagréger les différentes parties qui se divisent alors, soit en feuillets parallèles pour les roches sédimentaires, soit en calottes de diverses épaisseurs, pour les roches granitiques ; et cette épaisseur est toujours déterminée par l'intensité de la gelée, par la dureté des roches et par leur nature minéralogique. Quelques roches sédimentaires, par exemple, les calcaires grossiers des environs de Paris, certains calcaires marneux des terrains jurassiques et crétacés, donnent, tous les ans, une quantité assez considérable de sédiments. D'autres roches en fournissent trèsuea ; néanmoins on peut dire que, malgré lear dureté, toutes les roches donnent tonjonrs par (Reloues parties exposées à l'air, prise à 1 action désorganisatrice de la gelée, Jorsqull s'v mêle des pluies alternatives. Dttns le cas où, comme sur le versant occidental des Andes Boliviennes comprises entre les là* et 25* d^rés de latitude sud, il ne pleut jamais, les gelées n'ont aucune action ae désor^nisation ; aussi les roches restent-elles intactes ou en fragments anguleux produits par les tremblements de terre.

Ijes pluies sont donc indispensables pour que la gelée ait une action désorganisatrice sur les roches. Elles sont encore les moyens n^éeaniques propres à transporter les sédixcents dé<agrégA$; et, dans quelques cas.

leur action seu e peut produire des sédiments. L'action de la pluie sur les parties désagrégées, facile à concevoir, humecte d'ahorl, délaye ensuite et entraîne avec elle les parties plus ténues de ces détritus. A mesure que la masse d'eau s'augmente sur les pentes , elle acquiert de la puissance, de la force. La goutte d'eau qui, au sommet d'une montage, n'eAtralne que la plus mince particule terreuse, emporte sur son passage, lorsqu'elle est réunie à beaucoup d'autres, d'abord des graviers, puis des cailloux; et, bientôt accrue, devient torrent et balaye devant elle tout ce qui s oppose à sa marche impétueuse. L'action combinée de la pluie etde la gelée tend au nivellement. Désagrégées par cet agent, les particules de toute dimension sont transportées par la pluie des parties élevées vers les vallées et vers les plaines.

La seule action des eaux produit souvent le même effet de désagrégation des roches, suivant la nature des roches même et la dis^ position des lieux.

La nature de la roc^e donne plus ou moins de prise à l'action des eaux. Telle roche argileuse, ou argilo-calcaire, comme les marnes du lias des coteaux de Semur (Côtcd'Or), d'Avallon (Yonne), de Saint-Amand (Cher), des Hautes et des Basses-Alpes, absorbe d'abord la pluie jusqu'à une assez Eande profondeur ; puis se ramollit, se déje même; et les particules en sont entraînées par les eaux vers les points placés à un niveau inférieur.

La disposition des lieux influe sur la quantité des sédiments enlevés ; car, on conçidit que des terrains presque horizontaux peuvent s'humecter et se délayer comme les coteaux ; mais, tandis que sur une surface plane, ces parties délayées restent , pour ainsi dire, en place, elles sont transportées au loin sur un penchant de montagne. Les torrents creusent partout de profonds ravins et entraînent d'autant plus de matériaux auc la pente est plus rapide, que les coucties sont pins meubles. Dans les coudes où l'eau vient battre avec force, il se forme des escarpements qui, minés par les eanx, s'abtment les uns après les autres. En certains cas, lorsque les courants des torrents ou des rivières viennent battre lepieJ des coteaux et y former des falaises, ifs produisent des effets analo^es aux eaux de la mer dans les mêmes circonstances, ainsi qu'on le voit aux Roches-Noires, sur les bordsde la Marne, près de Saint-Dizier (Haute-Marne), sur la rive droite de la Garonne, au-dessus et audessous de Bordeaux, et sur des points isolés et restreints des bords de presque toutes les rivières du monde. On conçoit facilement que les causes qui, comme les orales et les trombes, concourent à augmenter momentanément le volume et la violence des eaux, doivent également enlever une plus grande quantité de sédiments sur tous les points où leur action se fait sentir.

Dans une comparaison rigoureuse des faits actuels avec les faits oui se sont uasté^

COU

DICTIONNAIRE DE COSMOGONIE

COU

sn

aux différentes époques g(?olo.;iques, il ne gérait pas juste défaire entrer, par exemple, la France ou les autres pays trè^-peuplés du monde; (.ar, là une cause qui tient esseuliellement de l'homme vient augmenter considérablement la somme des sédiments enlevés» ou susceptibles d'être enlevés par les eaux pluviales. Pour qu'on puisse comparer deux choses, il faut qu'elles soient absolument dans les mômes conditions ; et ce n'est pas ici le cas. En effet, la comparaison de la nature actuelle avec la nature passée n'est admissible qu'à condition de prendre le sol vierge cl non le sol cultivé.

5ttr un sol vierge^ où la main de Thomme n'a rien changé, on voit que la terre est couverte d'une végétation active. Le sommet des montagnes, les coteaux, les plaines, tout est revêtu de plantes. L'arbre dont les rameaux s'élèvent vers les deux, l'humble fougère, la graminée ou la mousse en tapissent toutes les parties et les garantissent de l'action immédiate de la pluie. La eoulte d'eau qui tombe est re^ue par les feuilles, et ne touche la terre qu après avoir pénétré lentement à travers un réseau serré de branches ou de feuillages. Son action n'a

f)lu$ de force; elle n'entraîne rien; et» dans es pays les plus escarpés du monde, on s'est étonné de trouver, pendant la pluie, les eaux des torrents à peine souillées de quelques particules terreuses. Ce (^ue nous avons observé si souvent, dit dOrbigny« dans les forêts vierges du Brésil, sur les plaines du centre de l'Amérique méridio-: nale et sur le$ montagnes aoruptes du versant oriental des Andes Boliviennes, nous ne l'avons pas retrouvé, sans quelque plaisir, sur de petits points isolés des Pyrénées et des Alpes; au Pont d'Espagne, près de Cauterets (Hautes-Pyrénées), par exemple, ot sur les coteaux du lac de Brientz, dans rOberland, où l*lK>mme a respecté quelques Umbeaux de la nature terrestre.

Sur un sol cukité comme celui de France^ où l'homme a tout fait pour enlever les

Riantes et les arbres naturels au sol, et pour ) couvrir de guérets, la terre est partout dans les conditions les plus favorables à 1 enlèvement des sédiments, puisqu'elle n'est pas seulement dépourvue oe plantes préservatrices, mais que le labour la rend encore meuble à sa surface. Les eaux y ont une prise immense, pour le transport des molécules terreuses; et l'agriculteur, qui n'est pas assez prévoyant pour se garantir par des moyens artificiels de l'action destructive delà pluie, voit Yhuntus diminuer tous les ans et son sol se dénuder peu à peu. En parcourant les montagnes des environs de Tuchant (Aude), dans les Corbières, les sommités des montagnes et des collines de la Provence, toutes les montagnes des Hautes et des Basses-Alpes, etc., on s'étonne de trouver, à la place des antiques forêts de chênes dont ces montagnes jadis étaient couvertes, des rocher^ nus où les chèvres trouvent à peine à brouter* çà et là, quelques plantes Ubougries. Il est donc certain que le défri-

chement a laissé emporter, depuis quelques années, par les eaux pluviales, des terres

3ui nourrissaient de belles forêts respectés urant une longue suite de siècles.

Cette rapide comparaison d'un sol vierge avec un sol cultivé nous montre que si le premier peut nous donner la valeur réelle des faits passés relativement aux sédiments terrestres, il n'en est pas ainsi du dernier, dont les conditions cfu moment tiennent évidemment à l'influence des travaux de l'homme. Il ne serait donc pas juste de prendre le dernier pour exemple, pas plus qu'il n'est rationnel de demander aux sédiments transportés parles fleuves actuels de France, l'explication des phénomènes antérieurs à notre époque. Toutes les déductions qu'on tirerait aussi des alluvions du Mississipi, ou des autres rivières de l'Amérique septentrionale, seraient nécessairement exagérées. A l'instant où tous les affluents de ces tleuves se couvrent d'agriculteurs qui commencent par abattre les arbres , mettre le feu à la campagne et défricher, sans s'occuper beaucoup de se ménager des ressources à venir, il est tout simple gu'une surface considérable de terrains jadis préservés, soit exposée à l'action immédiate des eaux pluviales. Nous resterons peut-être encore au-dessous de la vérité, en calculant à dix pour un la somme des sédiments aue ces fleuves doivent transporter aujourdhui, comparée à ce au'ils donnaient avant que l'homme agriculteur eût remué la surface du sol.

S U. —- De la répartition des sédiments

terrestres.

L'action générale des eaux pluviales sur les sédiments terrestres est la même que l'action déterminée par les eaux de la mer; elle tend à tout niveler.

On désigne ordinairement, sous le nom propre d'allucion , tous les dépôts de sédi*> raents terrestres, afin de spécifier leur mode de formation , et de les distinguer des sédiments marins particulièrement formés des couches sous-marines, plus nettement stratifiées.

Les alluvions terrestres se déposent en différents lieux, suivant leur nature et suivant la configuration du sol. Comme elles tendent toujours à niveler le sol, elles sont naturellement transportées des parties éle* vées vers les vallées, vers les plaines. , Si les alluvions tombent dans une pression sans issue, dans un lac circonscrit de montagne, par exemple, elles s'y déposent comme dans une mer tranquille; les sédiments pe* sants, les cailloux restent près de l'embouchure des torrents qui les ont transportés, et en général ils se divisent suivant leur densité, la configuration du sol et les limites de mouvement des eaux. Les graviers restent sur les plages inclinées ; les anses, les golfes peuvent encore recevoir des sédiments lins; mais la plus grande partie de eeux-ci se rendent au fond du lac, au-dessous de l'action des vagues, et forment des couches horizontales qui pourront être de diverses

cou

ET Afi PALEONTOLOGIE.

Page 1