ARTICLE TROISIÈME
Rapport entre les végétaux des régions diverses à chaque époque,
11 est naturel de se demander si, à chaque époque géologique, les mêmes espèces, genres et familles, existaient simultanément et uniformément en tous pays, ou s'il y avait comme à présent des formes de plantes spéciales à certaines régions, des groupes naturels limités à de petites étendues de pays, et d'autres répandus au contraire sur des espaces immenses.
Pour répondre à ces questions, il faudrait d'abord que les géologues fussent bien certains que les couches semblables ou analogues, situées dans des pays très-distants, ont constitué aux mêmes époques la surface.de notre glooe. La circonstance que certaines couches de mûme nature sont superposées semblablement, en Amérique et en Europe par exemple, est bien une probabilité qu'elles
ont été formées en même temps et do la mèine manière. Quand elles contiennent les mêmes espèces fossiles, les géologues en tirent une nouvelle preuve d'identité ; mais le naturaliste qui se demande au contraire ai les espèces étaient semblables dans des couches contemporaines ou successives , ne peut pas employer ce genre de preuve sans tourner dans un cercle vicieux.
Une autre difficulté résulte de ce que les fossiles végétaux ont été examinés dans un petit nombre de pays seulement, et d'une manière encore très-incomplète. Ainsi, on ne peut rien conclure, quant à la distribution géographique, des plantes du terrain de transition, puisque l'on ne connaît que quatorze espèces de cette époque, dont treize recueillies en Europe et une seule dans l'Amérique septentrionale. Il faut évidemment ne com-^ parer sous ce point de vue que les époques dont on connaît beaucoup d^espèces recueiU lies dans des pays éloignés.
Les deux cent cinquante-huit espèces de la formation houillière énumérées parld.Àd. Brongniart soht intéressantes à comparer sous ce point de vue, parce qu'elles ont été recueillies en Europe, dans l'Amérique septentrionale ,* la Nouvelle-Hollande et Tlnde.
En jetant un coup d'oeil sur le tableau de M. Ad.Brongniart et sur la flore fossile d'An»*
tleterre, on voit aussitôt que les mines de ouille de divers points de l'Europe, nolam ment de Saint-Etienne, du nord de l'Angleterre, de Belgique et de Bohême, ont très^ sauvent offert les mêmes espèces fossiles. Ceci n'a rien de surprenant, puisque les flo* res actuelles de tous ces pays sont extrêmement semblables. Mais ce qui est digne de remarque» c'est que sur vingt-trois espèces des mines de houille de l'Amérique septentrionale, quatorze ont aussi été trouvées en Europe. Une telle proportion, certaineraenl plus forte que dans les plantes actuelles de ces deux régions , atteste une similitude bh* sez grande. Ces deux parties du monde né' taient peut-être pas séparées à cette époque, ou bien il existait des îles interméaiaire^. Sur trois espèces de la Nouvelle^Hollande, une a été aussi trouvée dans la mine de houille de Rajmahl dans l'Indè. De cette dernière origine, M. Ad. Brongniart ne connaissait, en 1828, que deux espèces, dont Tune (fov^ère) est l'espèce comnaune avec la Nouvelle-Hollande, et l'autre constitue un genre de palmier très-distinct.
Ces faits semblent attester pour cette époque une plus grande uniformité de végétation k la surface de la terre, que pour l'éjjOque où nous vivons. Non -seulement i»l"sieurs espèces croissaient indifféremm^n' dans des pays très-éloignés , mais encore les proportions des grandes classes étaient asse? uniformes. Ainsi, les œthéogames ffougères lycopodiacées, etc.) dominaient égalemci' en Europe, en Amérique et en Australie. Partout elles constituaient environ les deui tieis des espèces.
Comme aujourd'hui , les espèces phanérogames avaient en moyenne une habiiatiof
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ET DE PALEONTOLOGIE.
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moins étendae que les cryptogames^ car sur neuf phanérogames d'Amérique, quatre ( ou hk pour 100) étaient communes avec l'Europe, tindis que sur quatorze cryptogames, il y en avait onze (soit 78 pour lOO).
Les formations suiTantes, jusqu*au calcaire jurassique, offrent un trop petit nombre d^es* pèces de localités différentes pour que Ton puisse en tirer quelque comparaison de ce genre. Dans le terrain jurassique examiné en Allemagne et en France , il est remarquable combien peu des mêmes espèces ont été découyertes en plusieurs localités. Sur cin* cHunten^tMine espèces énumérées par H. Ad. Brongniart, je n'en vois que deux qui soient indiquées à la fois dans deux de ces pays. 11 eu est de même pour les formations subsécpentes ; d'oil Ton peut conclure gue, depuis 1 époque de la bouille, la diversité des régions contemporaines a été extrêmement sensible.
AmnCLB QCATRièXB.
Rapports entre les végétaux d époques et de périodes successives.
Un bit important domine l'histoire des ▼éffétaux fossiles, c'est que la même espèce a été rarement trouvée f d^une manière certaine^ éamê deux formations différentes^ et jamais dans deux formations ^parées par une ou plusieurs autres.
11 parait que les révolutions du globe, qui ont fait changer subitement, \ diverses époques, la nature du sol, ont détruit toutes ou presque toutes les espèces végétales, et qu'après chaque bouleversement de ce genre de nouvelles espèces ont vécu au-dessus du terrain des anciennes.Bans toute l'épaisseur d une même couche, on trouve peu de variatioDS de la même espèce, et rien n'indique des modifications graduelles déformes, par lesquelles les espèces auraient passé insensiblement d'une formation ou époque h une autre.
Entre les espèces végétales de deux formations successives, il y a souvent des rapports assez frappants. Elles se classent à peu près dans les mêmes genres ou dans les mêmes familles, et la proportion des espèces de chaque grande classe est peu différente. Quelquefois on a trouvé la même espèce dans deux formations superposées et analogues, mais ce sont des cas bien rares. Le Prodrome de M. Ad. Brongniart contient trois espèces communes au terrain de transition et à la iiouille, quatre communes au lias et au calcaire jurassique, une au calcaire jurassique et à la craie. Ce sont les seuls cas connus d*ane manière certaine, et c'est toujours entre des couches subséquentes assez analogues.
De temps en temps on trouve une formation recouverte par une couche d'une nature toute différente, qui d'ordinaire contient un très-i>etit nombre d*êtres organisés ayant véca dans de Teau salée ; puis, au-dessus de cette couche, commencent d'autres formations très-ditrérentes, où Ja proportion des mandes clas5;es de vé(;étaux nest plus la
même, et où les espèces ne sont jamais semblables à celles qui ont précédé. M.Ad.Brongniart est parti de ces faits remarquables pour grouper toutes les formations en quatre grandes périodes. Pendant la durée de chacune de ces périodes , la végétation n a
f>résenté que des changements graduels et imités. Certaines espèces en ont remplacé d'autres analogues, d'une manière plus ou moins brusque, plus ou moins complète. Au contraire, d une période à l'autre le passage a été extrêmement sensible sous tous les points de vue : les genres sont rarement les mêmes, la proportion numérique des classes est trèsKiifférente, les espèces ne sont jamais identiques.
Ces quatre périodes répondent k quatre grandes catégories de terrains que plusieurs géolo^es admettent déjà par d autres considérations.
La première période, depuis les premiers terrains de transition jusqu'à la fin du dépêt de houille, est caractérisée par l'énorme proportion des cryptogames, surtout de ces espèces de fougères, équisétacées et lycopodiacées arborescentes, dont nous pouvons à peine trouver des analogues aujourd'hui, et seulementdans les climats les plus chauds. L'Océan a recouvert cette végétation remarquable, puisque dans le calcaire pénéen on trouve à peine quelques espèces, qui toutes sont mannes.
La deuxième période offre une végétation spéciale mal connue. Au çrès bigarré, qui contenait un peu plus de phanérogames que de cryptogames, toutes fort dififerentes de celles de la première période, a succédé une longue inondation salée (terrain conchylien).
Avec la troisième période commence le règne des cycadées, de cette foimille anomale que les botanistes ont rejetée alternativement d'une classe à l'autre, et oui paraît en définitive former une division aes dicotylédones, voisine des cryptogames. Elle constitue à elle seule la sioitié des végétaux de cette période; les vraies cryptogames ne forment d'abord que le tiers, puis jusqu'à la moitié de l'ensemble des espèces; enfin Ta mer détruit de nouveau cette végétation extraordinaire. L'épaisseur de la couche de craie montre que ce' e submersion a duré bien des siècles.
Enfin la quatrième période, dans laquelle rentre notre époque, est caractérisée par la prédominance des phanérogames sur les cryptogames, et des dicotvlédones parmi les phanérogames. Une inondation salee, suivie de trois d'eau douce, ont bouleversé quatre fois pendant cette période la surface du globe, et détruit à quatre reprises les esp^s végétales, avant l'apparition de celles qui existent aujourd'hui. La proportion des dicotylédones est toujours restée considérable; c'est le trait caractéristique du développe ment actuel du règne végétal, depuis la formation de la craie.
Le tableau suivant présente le résumé de la végétation des quatre nériodes. Il es|
Dicnosm. de Cosmogoivik ei db pALioNTOLOcn.
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WCTlONiNAlRE DE COSMOGONIE
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fondé sur ceux du Prodrome de M. Ad. Brouguiart, en plaçant dans les dicotylédones les genres stigmaria et sigillariaf suivant l'opirion de M. Lindley, et en ramenant les six classes admises par Fauteur aux quatre admises par de Candolle (343)
péTHxJe. period. péri'td. périod
CAYPTOGAIIÊS.
Âmphigames, ^théognmes,