UTILITÉ DES ORDRES RELIGIEUX
La grande variété, que nous avons remarquée dans les ordres religieux, n'a pas pour premier fondement la variété des goûts de la nature humaine ; le vrai motif qui a donné naissance à tant d'instituts si divers, c'est la variété des besoins de l'Église ; et l'on a dit avec vérité que, pour savoir le nombre des instituts religieux, il fallait compter le nombre des misères humaines à soulager, soit de Tesprit, soit du corps.
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Après Jo motif général de se consacrer entièrement k Dieu , un des plus durables, des plus nobles, des plus saints, qui eicila le zèle d'un plus grand nombr* de saintes âmes, c'est celui de la propagation de la foi, de la conversion des infidèles et des hérétiques : et il faut dire h la louange des communautés d'hommes, qu'il y en à Irès-peu qui n'aient participé h celle gloire de la propagation de l'Évaugile. Lorsque l'Eglise était menacée par le croissant , non-seulement elle a trouvé en elle assez d'énergie pour soutenir les guerres gigantesques des croisades, mais des religieux militaires se sont créés, à point nommé, afin de mettre une force régulière et permanente au service de l'Église contre ses terribles ennemis, qui étaient aussi les plus dangereux ennemis de la civilisation.
Quand on entendit des plaintes lointaines de captifs chrétiens qui gémissaient dans les prisons des mahométans, et qui couraient le danger de perdre la foi, on vit se fonder les ordres admirables de la rédemption des captifs.
S'il y avait quelques lieux, dans l'univers, oii les voyageurs, oïl de pieux pèlerins couraient quelque péril, on y voyait s'établir un couvent d'hospitaliers, qui étaient la providence des voyageurs.
Si certains religieux se sont faits mendiants, c'était surtout pour partager la honte du mendiant involontaire et l'adoucir en la partageant.
Des religieux et religieuses se sont trouvés tout prêts pour servir les malades dans les hôpitaux, pour recueillir les enfants trouvés, les filles perdues, les filles du repentir; pour donner l'instruction gratuitement aux enfants indigents, pour aller servir, h la suite des missionnaires, de l'autre côté des mers, les malades et les ignorants. Chaque infirmité morale et chaque infirmité corporelle a eu un moine ou une religieuse a sou service, c'est-à-dire un ange de consolation ; et, chose remarquable, non-seulement des sjdcoups ont été organisés pour les besoins que l'on n'avait jamais eu la pensée de secourir, mais lorsqu'ils ont eu une concurrence purement civile ou philanthropique, c'est pour constater la déci^ve victoire du génie chrétien.
Les bienfaits que les ordres religieux ont versée sur le monae sont infinis. Ils ont été un des bras de la religion. On peut voir à notre article : Moines^ MonaslireSf etc., une esquisse des bienfaits divers dont la religion, l'humanité, les lettres» les sciences* la civilisation tout entière, leur sont redevables.
Nous supposons ici ces choses connues, et nous supposons aussi qu'on a une idée approximative du nombre de ces Ames courageuses qui se sont enrôlées dans les légions d'avant-garde du peuple chrétien, marchant comme une armée immense & travers le désert de cette vie, sous la conduite non plus de Moïse, mais du Messie, vers la véritable terre promise. Si du temps de saint Antoine et peu après il fallait compter p^ar cent mille les habitants du désert, que sera-ce lorsque les enfants du grand Basile, du grand Augustin, du grand patriarche Benoit, peupleront la terre et sembleront, à eux seujs, avoir hérité des bénédictions données autrefois à Abraham pour sa postérité ?
Que sera-ce lorsque plus tard encore s'adjoindront les enfants de saint Frangois,. do saint Dominique et ceux de saint Ignace, en qui Dieu semble avoir suscité un courage égal à la grandeur de l'hérésie qu'ils ont eue à combattre.
Ces légions infinies d'ascètes, de vierges et de moines^ légions innombrables comme celles de saint Jean dans ses visions, diversifiées selon nos besoins et toujours à leur poste ; et cependant, dans cette diversité fondée sur la diversité môme des misères de l'humanité, marchant sans cesse, comme un seul homme, sous un seul commandement, sous un seul chef. N'est-ce point un vrai prodige dans l'ordre moral ? Une parole, une seule parole tombée des. lèvres du saint vieillard qui habite le Vatican fait voler commQ un éclairées forts bataillons d'un bout de l'univers à l'autre, là où les appelle de nouveaux besoins de l'Église affligée ou de l'humanité souffrante.
Toîlà le plus beau spectacle qu'on puisse avoir en ce monde ; et en parlant ainsi je n'oublie pas le sacerdoce chrétien, puisqu'il est lui-même compris dans ce merveilleux tableau^
Nous venons de contempler le combat visible de ces milices saintes» avec les puissances ennemies de ce monde ; mais combien serait dîus ravissant le travail invisible de ^ce&
IM DICTIONNAIRE D*ASCETISMC. 110
âmes se répsndani oootiottelIemeDt deyant le trône de Diea en amour» en adorations^ en alitions de grAces el en amendes honorables pour les péchés des homipes.
DieUf en créant le monde» en formant des êtres inlelllgenls» a droit à leurs hommages et k le^r culte : si ce but qu'il s'est proposé cessait un seul instant d'ôlre rempli» Dieu manquerait de motif pour conserrer le monde davantage» et le temps des rengeances serait arrivé. Mais heureusement pour le salut de la société» à côté des crimes du siècle il y a les prières de la solitude; à côté des plaisirs criminels» il y a les pénitences et les macérations qui s'unissent à l'hostie vivante et sans tache qui s'offre pour la rémission des péchés. Saus doute il y a dans le monde chaque jour» et qui pourra assez en pleurer! des millions de crimes qui se commettent; mais il y a aussi des millions de victimes s'offrent à Dieu pour le salut de leurs frères» et qui à'immolent sur la croix de Jésus-^hrist pour expier et leurs fautes et celles du monde corrompu. Le jour a ses saintes occupations» ta nuit a ses saintes veilles. L'adoration» la pénitence et l'expiation sont perpétuelles comme l'offense. Malgré les péchés commis» l'Eglise est encore rassemblée des saints. Le nombre des saints est encore innombrable dans le sanctuaire» dans les clottres, dans les solitudes, dans le monde lui-même» où tant de personnes vivent en union avec Dieu avec d'autant plus dô mérite qu'il leur faut plus de courage pour résister à ses séductions.
Le philosophe superBciel pour qui les intérêts de l'humanité sont bornés par l'horizon de la vie présente ne comprend pas les intérêts d'un ordre plus élevé... 11 n'apprécie les monastères que parle bien social et terrestre qu'ils ont produit, que par la part qu'ils ont prise à Tavancement de la civilisation. Mais nous» catholiques et hommes de foi, nous jugeons les choses différemment. Nous sommes loin» bien loin de mépriser ce qui senties intérêts de ce monde; nous savons que chaque homme doit payer sa dette terrestre par son travail en passant ici-bas ; mais cela ne nous fait pas oublier que les droits de Dieu passent avant ceux des hommes et ceux de la civilisation» et bien loin que ces intérêts soient au fond incompatibles» nous croyons que l'on ne sert jamais mieux les intérêts de la terre que lorsqu'on est en paix avec le ciel ; car tous les succès durables sont dans les mains de cette Providence qu'on y adore et qui n'oublie jamais ce qu'on fait pour^elle.
il suffirait» pour faire un éloge complet des ordres religieux» et en même temps pour en faire Thistoire abrégée» de rapporter la série des grands noms qu'ils fournissent. Le plus grand nombre des saints dont s'honore le christianisme» l'état monastiqne les revendique. Parmi les noms glorieux que fournit l'histoire voilft les plus beaux ;., la gloire la plus pure est sans doute la plus sainte.
Si saint Antoine» saint Hilarion» saint Pacôme» etc.» ont été les patriarches de la vie monastique» saint Basile» saint Augustin et saint Benott en ont été les législateurs. Nous ne voulons pas donner un sens exagéré à ce mot de législateurs. Nous l'avons vu d^ft» la législation fondamentale des ordres religieux se trouve dans l'Evangile et son application dans la vie de lésus-Christ.
Toutes les constitutions monastiques n'ajoutent è ce qui se trouve dans l'Evangile et dans la vie de Jésus^Christ que quelques règlements spéciaux qui déterminent le temps et la manière du travail et de la' prière» par le bon ordre et la discipline de la vie de communauté.'Sous ce point de vue on peut dire que toutes les règles de religions ont beaucoup pjus de ressemblance que de différence : elles sont les mêmes. Les similitudes sont dans le fond» dans les choses essentielles : les différences à la superficie ou dans quelque but spécial que poursuivent les différents ordres dans leurs occupations exié* rieufes et dans leurs rapports avec le prochain.
Malgré ces réserves cependant il reste encore une grande part de gioire à saint Basile» & saint Augustin et à saint Benoît. Ces grands homines avaient prévu presque toutes les difTicultés de détail et y avaient remédié. Leur^ travaux ont fourni la matière de toutes les fondations postérieures.
A la suite de ces grands fondateurs d'ordres, quelle série d'hommes extraordinaires par la sainteté de leur vie et le parfum de bons exemples qu'ils ont laissé» par les ouvra* ces qu'ils ont écrits» où respire l'esprit de Dieu ? {Voy. le Catalogue à la fin du t. IL)
Saint M^rliu» Cassien, saint Vincent de Lérins, soint Colomban» le Vénérable Bède»sainl
Ml DISCOURS PRELUiiNAlRE. f2i
Boùiface, ap6lre de rAllemagne, Alcuin» saint François d'Assise, saint Dominique, samt Bonareniure, saint Thomas, l'auteur de l'/mrtarioii, saint Ignace, sainte Thérèse, saint François de Sales, voilà de quoi glorifier Tordre monastique, et tous ces noms sont des étoiles brillantes qui forment le centre de grandes et magnifiques constellations qui peuplent le ciel et que personnes ne peut compter, tant elles sont nombreuses aussi bien que variées dans leur éclat.