‹ Dictionnaire d'ascétisme (volume 3)Chapitre 127 sur 186 · Dis-moi qui tu hantes, et je te dirai qui · texte numérisé non relu

Dis-moi qui tu hantes, et je te dirai qui

D'ASCETISIIE.

tu es. Si vous Yous occupoz d*Arriver à la perfecUon , vous vous occupez aussi de la prière; mais si vous recherchez vos aises» vous serez semblable au reste des enfants du siècle.

24. Approchez-vous souvent de la sainte table, avec la permission du directeur , et en réunissant toutes les dispositions requises, si vous désirez atteindre rapidement è une perfection sublime.

25. Une sainteté subite consiste plus souvent dans la dévotion que dans la charité.

26. Celuiqui se traite avec rigueur dans la pénitence et dans la mortification est d'ordinaire traitéde Dieu avecdélicesdansl'oraison.

^27. Celui qui» dans Toraison mentale, désire faire des progrès, doit ouvrir son Ame à son père spirituel.

II . Arcanes de la voie Uluminaiive.— PQuelques personnes, dans Toraison mentale, ressentent en elles-mêmes d*eilraordinaires modifications corporelles. Ainsi, les unes ont le visage couvert d*une vive rougeur; d'autres, la figure pâle et décolorée ; chez les unes, le cœur bat avec force; chez les autres, les tempes éprouvent des pulsations très-vives. On en voit enfin dont les muscles se détendent, dont les membres sont comme brisés de coups, et dont le corps entier est en proie à une prostration générale. En voici la raison : notre Ame, dans l'état d'union avec le corps, produit des actes vitaux et spirituels , d'intellisence et d'amour, avec un retour vers Tes objets de l'imagination et sous la dépendance des organes du cœur et du cerveau. Comment s'opèrent tous ces phénomènes, c'est -aux philosophes à répondre. Quoi qu'il en soit , si cette action intellectuelle est vive et persévérante sur le cerveau, elle modifie et fatigue cet organe et y provoque des pulsations précipitées.- Si 1 amour divin occupe le cœur, il le dilate, le fait tressaillir > et fait refluer le sang avec abondance vers les autres parties du corps. De là cette rougeur au visage; et si le sang s'enflamme, le corfjs est tout brûlant et éprouve parfois une agitation fébrile. S'il s'attaque aux humeurs bilieuses, il les décompose et les fait affluer au visage, qui se couvre d'une pAleur frappante. De même aussi, la contraction des nerfs arrête le cours du fluide nerveux , et rend lesmembres comme engourdis et brisés.

11% Les femmes, même avec moins de sainteté que les hommes, sont ordinairement favorisées de Dieu, de jouissances et de délices célestes plus grandes, soit à cause de la tendresse, de la douceur et de l'amabilité de leur caractère, qualités qui se prêtent mieux , au moins d une manière occasionnelle, aux délices de l'esprit; soit à cause de leur faiblesse, qui leur rend nécessaire ce véhicule des saintes faveurs , pour accfuérir la force nécessaire k supporter les peines innombrables qui se rencontrent dans la vie spirituelle; soit enfin à cause de la 0*ande propension de Dieu à honorer ceux qu il aime ; or les femmes étant privées du sacerdoce, de la prédication évangélique et

des autres faveurs du même genre. Dieu a voulu, en compensation, leur accoraer cette grAce spéciale.

III*. Quelques personnes, absorbées intérieurement dans la méditation la plus profonde, n'en donnent aucune marque extérieure. C'est qu'une telle oraison dépend d'un principe infus, auquel ne participent que peu ou point les sens extérieurs, et dont l'essence tout entière consiste dans l'intelligence et la volonté.

IV*. Un grand nombre de saints vivent au milieu do continuelles persécutions, accablés de maladies et d'infirmités, parce que la sainteté est une sorte de droit.d'afnesse et de minorât que notre Seigneur Jésus a institué aans sa passion et qiril a voulu attachera sa croix; de sorte, qu'être saint et être crucifié, c'est ordinairement la mémo chose, avec cette différence qu'il a laissé la croix des infirmités aux saints de la solitude, pour réserver celle des persécutions à ceux qui suivent la vie mixte, è part quelques exceptions d'un et d*autre côté, et quoique assurément la croix des tentations soit commune à tous.

V*. Quelques-uns de ceux qui , dans leur jeunesse, ont pratiqué la pénitence et l'abstinence, deviennent, dans un Age plus avancé, gourmands et impatients ; car lé caractère difficile est un tribut que la nature paie h la vieillesse. La gourmandise est en quelque sorte un subside nécessaire réclamé parla mauvaise santé, et l'impatience résulte de la tendance des vieillards k s'emporter facilement contre les folies de la jeu-* aesse.

VI*. Ceux qui excellent dans la mortification et la pénitence jouissent, dans Toraison mentale, de plus de délices spirituelles que les autres, parce que la mortification est une sorte de dernière disposition A laquelle, moralement parlant, le Seigneur a attaché l'oraisou mentale comme forme subséquente; d'où il résulte que plus la mortification est grande, plus a de force et d'efficacité l'oraison mentale qui la suit.

VU*. Il y a dans la vie spirituelle de nombreux périls provenant ae l'absence d'un maître qui puisse nous assister de ses enseignements et de ses conseils ; car c'est une science pratique hérissée do difficultés sans nombre, de doutes , de tentations , de combnts, de mystères et de sublimités spirituelles ; et comme les arts mécaniques s*apprennent difiicilement sans mattre, de même la perfection de Toraison et de la vie spirituelle peut difllcilement s'obtenir sans maître, et même, d après certaines personnes, c'est presque impossible sans un miracle.

Yllr. Ceux qui ont peu de confiance dans leur père spirituel et qui ne lui dévoilent pas complètement leur conscience comni^ ils le doivent, marchent par des sentier» perdus, et ont plus de vices cachés que de vertus secrètes, soit par défaut d^huœîlité et par excès de présomption en eux-méines ; soie parce (jue c*est une marque de perversité et de malice,, de ne vouloir pas décott*

lU.

DlCTIONNAïaE

vrir ses infirmités au médecin spirituel, pour ne pas élre obligé de se soumettre au traitement qu*ii prescrirait; soit encore parce que ces personnes ont liabituellement peu de conscience et ne s*inquiètent nullement de progresser dans la vie spirituelle ; soit enfin parce que le démon s efforce de les détourner d*une telle confiance et qu*ii les trouve ainsi bien disposées à commettre quelque crime. En effet, toute dissimulation artificieuse dans la vie spirituelle dénote une grande perversité, d'autant plus que la vertu rejette toute malice et toute ruse, et aime à se revêtir d'une pure et franche simplicité.

ILLUMINÉS. — Nom d'une secte ae faux mystiques qui parurent eu Espagne vers l'an 1575, et que les Espagnols appelaient il{tfm6rado5.Leurs chefs étaient Jean de WiU ialpando, originaire de Ténériffe, et une Carmélite appelée Catherine de Jésusi Un grand nombre de leurs disciples furent mis à l'inquisition et punis de mort à Cordoue ; les autres abjurèrent leurs erreurs.

Les principales erreurs que l'on reproche à ces Illumines étaient que, par le moyen de l'oraison sublime à laquelle ils parvenaient, ils entraient dans un état si parfait, qu'ils n'avaient plus besoin de l'usage des sacrements ni des bonnes œuvres; qu'ils pou* valent môme se laisser aller aux actions les plus infâmes sans pécher. Molinos et ses disciples, quelques temps après, suivirent les mômes principes.

Cette secte fut renouvelée en France en itikf et les Guérinets , disciples de Pierre Guérin, se joignirent h eux : mais Louis XllI les fit poursuivre si vivement, qu'ils furent détruits entièrement en peu de temps. Us prétendaient que Dieu avait révélé è l'un d'entre eux, nommé Frère Antoine Bocquet, une pratique de foi et de vie suréminente, inconnue jusqu'alors dans toute la Chrétienté ; qu'avec celte méthode on pouvait parvenir en peu de temps au même deêré de perfection que les saints et la bieneureuse Vierge, qui, selon eux, n'avaient eu qu'une vertu commune. Ils joutaient que, par cette voie , l'on arrivait & une telle union avec Dieu, que toutes les actions des hommes étaient déifiées; que, quand on était parvenu è cette union, il fallait laisser agir Dieu seul en nous sans produire aucun acte. Us sotiten&ient que tous les docteurs de l'iiiglise avaient ignoré ce que c'est que la dévotion ; que saint Pierre , homme simple, n'avait rien entendu à la spiritualité, non plus que saint Paul; que toute l'Église était dans les ténèbres et dans Tignorance sur la vraie pratique du Credo. Us disaient

Îu'il nous est permis de faire tout ce que icte la conscience , que Dieu n'aime rien que lui-même ; qu*ii fallait que dans dix ans leur doctrine fût reçue par tout le monde et qu'alors on n'aurait plus besoin de prêtres, de religieux, de curés, d*évéques, ni d'autres supérieurs ecclésiastiques.

Illummés avignonnais, — Pernety, Bénédictin, abbé de Burkol, bibliothécaire du roi

de Prusse ; le comte de Grabianka, staroste polonais; Brumore, frère du chimiste Guyton-Morveau; Mérinval, qui avait une place dans la finance, et quelques autres, s'étaient réunis à Berlin pour s occuper de sciences occultes. Cherchant les secrets de l'avenir dans la combinaison des nombres, ils ne faisaient rien sans consulter la sainte cabale^ car c'est ainsi qu'ils appelaient l'art illusoire d'obtenir du ciel des réponses aui questions qu'on lui adressait. Quelques, années avant la Révolution, ils crurent qu'une voix suma» turelie, émanée de la puissance divine, leur enjoignait de partir pour Avignon. Grabianka et Pernety acquirent dans cette ville une sorte de crédit, et fondèrent une secte dMIuminés qui eut beaucoup de partisans, là et ailleurs.

Sous le nom du Père Pani, Dominicain, commissaire du saint-oflîce, on publia, à Rome, en 1791, un recueil de pièces (oucernant cette société. Le P. Pani dit que, depuis quelques années, Avignon a vu naître une secte qui se prétend destinée par le ciel à réformer le monde, en établissant un nouveau peuple de Dieu. Les membres, sans exception d'âge ni de sexe, sont distingués, non par leurs noms, mais par un chiffre. Les chefs, résidant à Avignon, sont consacrés avec un rite suiierstitieux. Us se disent très-attachés à la religion catholique ; mais ils prétendent être assistés des anges, avoir des songes et des inspirations pour interpréter la Bible. Celui qui préside aux oiiératiôns cabalistiques se nomme patriarche ou pontife. U y a aussi un roi destiné à gouveriier ce nouveau peuple de Dieu. Ottavio Capelli, successivement domestique et jardi* nier, correspondant avec ces illuminés, (.retendait avoir des réponses de Tarcbange Raphaël et avoir composé un rite pour Ta réception des membres. Llnquisition lui a fait son procès» et l'a condamné à subir sept ans de détention. La même sentence poursuit cette société, comme, attribuant faussement des apparitions angéliques, suspectes d'hérésie; elle défend de s'y agréger, d'en faire l'éloge, et ordonne de dénoncer ses adhérents aux tribunaux ecclésiastiques.

Pernety, né à Roanne en 1716, mortèi Valence en 1801, a traduit du latin, de Swedenborg, les Merveilles du ciel et de l'enfer. Les swedenborgistes s'étaient flattés d'avoir des co-religionnaires à Avignon; mais cette espérance s'évanouit en apprenant que les illuminés avignonnais adoraient la sainte Vierge^ dont ïh faisaient une quatrième (>ersonne, ajout«^e à la Trinité. Cette erreur n'était pas nouvelle, car les coUyridiens attribuaient la divinité à la sainte Vierge, et lui offraient des sacrifices. KIotzius parle d'un certain Borr, qui prétendait que la sainte Vierge était Dieu, que le Saint-Esprit s'était incarné dans le sein de sainte Anne, que la sainte Vierge, contenue avec Jésus-Christ dans l'Eucharistie, devait, par conséquent» être adorée comme lui : ce Borr ou Borri fut brûlé en effigie à Rome, et ses écrits le furent en réalité, le 2 janvier 1661.

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D^ASCETISME.

Les illuminés OTfçnonnais renouTelaîent aussi, dil-on, les opinions des millénaires; on les a même accusés d'admettre la communauté des femmes; mais la clandestinité de leurs assemblées a pu favoriser une telle imputation, sans être une preuve qu'elle fût fondée.

Pemetj étant mort, la société, qui, en 1787, était d'une centaine d'indiridus, se Ironra réduite , en 180^, k six ou sept. De ce nombre était Beaufort, auteur d'une traduction avec commentaires du psaumefarturgai. Il 7 soutient que l'arche d'alliance, la manne, la verge (rAaron, cachées dans un coin de la Judée, reparaîtront un jour, lorsque les Juifs rentreront dans le sein de TEfflise.

ILLUSION. ( Voyez Discbrh embht des bs- PUITS. ) — Parmi les bons et les mauvais esprits, on distingue un esprit très-dangereui, qui est l'esprit d'illusion. L'illusion €$i une erreur commiee dans les choies spiri^ îuelles. Penser d'abord, et réussir ensuite à se persuader qu'une chose mauvaise est bonne, voilà une illusion et une déception de soi-même.

De même qu'un espnt bon (ou une inspiration ) peut être mauvais en quelque point, et uTi esprit mauvais t)on en quelque point, ainsi il i>eut y avoir des œuvres d'illusion sur un point, et bonnes sur d'autres ; ce qui arrive lorsque nos couvres, étant ainsi mêlées de bien et de mal, nous les jugeons entièrement bonnes, par la suite de la séduction que nous avons exercée sur nous-inêmes. Ge que nous faisons de mal par fk«gililé ou par malice ne peut donc porter le caractère de l'illusion ; car il faut être persuadé que l'on fait bien lorsqu'on fait mal, et que cette conviction existe par notre faute, par notre volontaire séduction. Il faut aussi distinguer l'illusion de la suggestion. Gelle-d n'est que le commencement d'une illusion; l'illusiOQ n'existe que lorsque l'intelligence et la volonté ont consenti pleinement à la séduction.

Combien y a- t-il de sortes d'illusion? fille est seulement matérielle lorsqu'elle résulte d'une ignorance invincible, ignorance qu'on n'était pas tenu de combattre, ou qu'on était dans l'impuissance de combattre ; ou formelle, mais légèrement coupable, soit à raison de la légèreté de la matière, soit 4 raison de l'imparfait consentement ; ou bien gravement coupable, parce qu'il y a gravité de matière et plein consentement. On peut supposer aue quelauefois la gravité de matière peut devenir aouteuse, et à divers degrés; ou difficilement douteuse, de manière a ce que les docteurs eux-mêmes aient peine à décider; ou bien c'est un doute facile à lever, ce qui donne à l'illusion un mauvais caractère, surtout lorsqu'elle entraîne l'agent dans des erreurs oi^ il est retenu avec obstination et erreur crasse, et cela dans les choses contre la foi et les mœurs. C'est de là que sont sorties les erreurs des illuminés et des quiétistes.

Les justes mêmes sont sujets k des illu- 9ions« -r Non-seulement les justes, mais en-

core les parfaits sont sujets à des illusions en matière légère, et surtout k des illusions matérielles. Jugez-en par ces textes de la sainte Kcriture. Vous y lisez (Sap. ix) : Quel honune peut savoir le conseil de Diêu T Les pensées des hommes sont timides et tnirerlaines par précisions. Notre eorps^ qui se cor» rompt f aggrave notre âme^ et cette demeure terrestre accable le sens qui embrasse beau» coup de pensées. Qui connaîtra votre senSf [6 mon Dieul) si vous ne donne* la sagesse et si vous n'envoyex votre esprit d'en haUt^ et si vous ne corrige» ainsi les voix de ceux qui sont sur la terre^ et si les hommes n'appren» nent ce qui vous est agréable? — Aux Kom. VII : Je sais le pouvoir de faire le bien^ je no trouve pas ce/ut de le faire. Car je ne fais pas le bien que je veuXf mais je fais le mol que je ne veux pas. Si donc je fais ce que je ne veux paSf ce n est pas moi qui le fais^ mais le péché ^ qui habite en moi. — Ps. xxxvu : Ires entrailles sont remplies d'illusions. Nous devons donc conclure que les justes et les parfaits sont sujets aux illusions, puisque les pensées des justes sont timides, que leurs prévoyances sont incertaines, que leur corps aggrave TAme. déprime le sens, est une occasion de péché pour le juste, et que David luirmême gémissait de ses illusions. Ainsi {iAeg.in) un saint prophète est sé'iuit par un autre prophète. Ainsi encore le prophète Nathan fut dans l'illusion eu annonçant que David édifierait le temple.

« Soyons dans la tnstesse, dit saint Augustin, tant que nous .demeurerons au milieu des illusions. Elles sont telles qu'on ne peut les raconter, car quelle est l'ime qui n'en est pas le jouet? » Nous lisons dMis Cassien que le démon avoua à l'abbé Jean au*il l'avait poussé à des jeûnes indiscrets. Saint Bernard dit aussi que souvent ce dé« mon engage quelques serviteurs de Dieu à faire des jeûnes singuliers, qui scandalisent les autres, non qu ils aiment ces jeûnes, mais parce qu'ils courent après la nouveauté.

La raison nous dit les mêmes choses. Aucun juste, aucune parfait, excepté la sainte Vierge, n'a élé exempt de l'excitation et 4e l'atteinte du péché au moins véniel. L'excitation au péché trouble la droite raison par ses mouvements désordonnés et ouvre ainsi la porte aux illusions.

Un mol des illuminés. Les illuminés sont une espèce d'hommes qui sont particulièrement adonnés à l'oraison, aux contemplations élevées; qui se préoccupent de ravissements et qui pensent eu qirouver, d'itluminations et de miracles. Ils semblent &e revêtir de tout ce qu'il y a de plus éclatant dans la vie spirituelle; mais, le plus souvent, ces choses ne touvrent que de grands |;éche. et quelquefois des crimes. Us réduisent la meilleure partie de la vie spirituelle à des illusions fantastiques, rêves d'un esprit malade. Plusieurs u'entre eux ont commencé pendant un temps à pratiquer Us solides vertus, mais lorsqu'ils arrivèrent à être saturés du vin de la forte oraison, a goûter

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DlCTIOriMAKKE

avec trop d'abondauce les douceurs spirituelles, ils s*évanouirent dans leurs pensées; ot, dans leur orgueil , ils sont tombés en pensant qu'ils étaient arrivés au sommet de la sainteté. Et comme Dieu abandonne surle-champ les orgueilleux» le démon s'en empare. Il augmente encore le goût qu'ils ont pour l'oraison, la retraite et la contemplation, il corrompt leur intention , leur fait chercher leur consolation dans les bonnes œuvres extérieures; ensuite il les sature de fausses révélations, de fausses doctrines, et il les précipite ainsi peu à peu dans des péchés mortels, de telle sorte qu'ils finissent par être extérieurement hypocrites et intérieurement hérétiques. Ainsi devinrent, après beaucoup d'ennuis, les béguins et les bei^inés condamnés par Clément V ; ainsi Molina et ses disciples (Koy. Illuminas*)

Les justes doivent singulièrement craindre et éviter les illusions; et les parfaits ou ceux qui se croient fels, doivent redoubler de crainte de tomber dans des illusions, soit matérielles, soit formelles, et gravement coupables ils doivent redouter ces paroles du Proverbe : Il y a une voie qui paraU droiie à rhomme^ moû elle aboulii à la morl. Et cellcb de Job : Jecraignaii sûr loule$ mes esuvreSf sachant que vous n'épargnez point h coupable. — Ps. xvjii : qui connaît toutes les ignorances? purifieM'moi de mes péchée cochés. — Jérém. xvii : Jfon cœur est dépravé^ et inscrutable; qui le connaîtra? — Ps.lxxiy. Quand mon temps sera venu^ je jugerai les injustices. — Càrinth. , /, iv : Je ne me sens rien sur la conscieneCfnuHs pour cela je ne suis pvs justifié. — ^ilc(. des ap. : Vous passez pour être vivantjmaisvous étesmort.... Vous dites: Je suis riche et dans ^abondance: et vous ne voyez pas que vous êtes dénué et misérable et

Siuvre et aveugle et nu. Or si un Job, un avid, un Paul craignent l'illusion, que ne doivent pas craindre parmi nous ceux mêmes qui se croient justes?

Le directeur spirituel doit avertir ceux qu*il dirige de quelle prudence ils doivent user daas toutes leurs œuvres, pour ne pas tomber dans l'illusion ; or, avec quelle diligence ils doivent examiner la matière de leurs actions pour s'assurer si elle est bonne à tous égards, ou si elle est mauvaise dans quelque partie, si la tin est droite ou sincère , si elle est entachée de- quelque passion, qui prend la couleur de la vertu. Après l'action il faut que le directeur engage les spirituels :. à examiner comment ils lx)nt accomplie. ': Si quelque délaut s'est glissé dans le fond ' ou dans les circonstances, afin de devenir .' par là plus défiants à l'avenir, car si on n'arrachait ces défauts dès le début, ils grossiraient, et, à force d'illusions, ils corrompraient les actions tout entières. Voici comment Cornélius à Lapide commente ces paroles du Cantique des cantiques : Capite nobis vulpes parvutas , quœ demoliuntur vi- 9am. Les renards, dit-il, sont les mauvaises suggestions que le démon, la chair et le monde nous présentent sous la forme du bien, pour conduire notre Ame au mal. Car Satan,

se transformant en ange de lumière, pallie le vice sous la forme de la vertu. C'est pourquoi il faut repousser ces suggestions, et les arracher pendant Qu'elles sont encore fai* blés, pendant que l'erreur n'est pas encore enracinée et qu elle peut être arrachée, et ne

Cas attendre qu'on ne puisse plus en venir à ouU

Sources des illusions. — Nous allons exposer les diverses causes d'où procèdent les illusions.

Dbl première est la négligence dans les chosesdivines ; uon-seulementles consciences larges, mais celles qui sont médiocrement timorées, négligent souvent d'apprendre les choses qu'elles doivent connaître et faire, et qu'elles ne peuvent omettre sans péché. Do là naissentf selon la mesure de Tignorancp, des péchés plus ou moins grands, des illusions plus ou moins coupables et dangereuses. Telles sont les ignorances dont parle l'Apôtre (/ Cor. xiv) : Celui qui ignore sera

3'jnoré: et celle qu'entend Jésus -Christ ans la parabole des deux serviteurs , où il est dit que celui qui aura connu la volonté de son maître et ne l'aura pas accomplie sera beaucoup puni, et celui qui aura mal feit

Sar ignorance sera moins puni. Sur quoi 'héophilacte remarque, « que beaucoup conviennent de ceci, que celui qui connaît la volonté de Dieu et ne l'accomplit pas soit puni ; mais celui qui ne la connaît pas, disent-ils, comment serait-il puni? C'est, répond-il, parce qu'ayant pu connaître cette sainte volonté, il ne l'a point voulu par paresse, et ainsi il est lui-même la cause de son ignorance, et il est juste que la fiiute soit punie dans sa cause. Craignons, donc, mes frères, ■ etc.

Pour éviter cette cause d'illusions, écou* tons ce que nous dit Louis Du Pont : qu'il importe beaucoup de ne pas résister aux inspirations de Dieu, clairement connues pour yeoit de lui, et de résister vivement et promptement aux suggestions du démon. Car en agissant ainsi, Dieu ne permet pas qu'on soit trompé, au moins de notre faute. Car toute ignorance coupable doit reposer sur quelque malice de notre part.

Il faut user de beaucoup de i>récautions et craindre d'une crainte salutaire et prudente, en évitant deux excès : Tua d'avoir une crainte exagérée qui soit entachée de défiance de la bonté de Dieu, qui supplée toujours à notre faiblesse quand nous nous reposons en lui ; l'autre, celui d'une trop {;rande sécurité ; car celui qui ne craint point ne se prépare poinu, et celui qui n^est point préparé périt dans l'occasion.

La seconde cause est le défaut d'intention pure. 11 existe des consciences médiocrement vertueuses, qui toutefois à leur propre jugement sont parfaites. Elles pensent posséder les dons excellents de Dieu, faire de grandes choses [)our lui, et toutefois leur intention n'est point pure : il y a de l'orgueil, des intehtions charnelles, ou des retours humains dans les plus nobles actions; on cherche sa gloire et non celle de Dieu, non

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son bon vouloir, mais son propte penchant» et ils encourent la menace de ce verset de l*EvangiieVSi votre œil est mauvais, tout vôtre cœur sera ténébreux. Richard de saint Victor dit à ce propos : « L'orgueil est caché au fond de voire cœur, mais Dieu le voit* car il voit les choses cachées; c*est pourquoi il relire sa grftce ou la diminue: et les chutes sont imminentes. »

Concluons encore de là que Ton peut goûter les douceurs de la dévotion et des faveurs spirituelles, mais qu'il faut prendre garde de s'y reposer et se hâter de reporter son intention à Dieu pour qui doivent être toutes nos actions et non pour nous. Les faveurs spirituelles sont une tentation, et poussent à Tillusion. Il faut faire comme saint Vincent Ferrier qui voyait Tamourpropre aller et venir dans son cœur, mais qui ne lui permettait pas de s'y fixer.

La troisième «cause est la précipitation. Cette précipitation et absence de conseil ne nuisent pas seulement aux consciences relâchées, en corrompant la pureté d'intention vers la fin, mais encore aui consciences imparfaitement adonnées à la vertu, en les trompant sur le choix des moyens pour arriver au vrai but. H faut avoir recours spécialement à Tuo des dons du Saint-Esprit, le don de conseil, afin de prévenir toutes les surprises auxauelles nous sommes siyets dans Taccom plissement de notre devoir, et au sein môme des bonnes œuvres.

La quatrième cause est de ne point consulter son prochain. Souvent Dieu nous inspire de faire quelque bonne œuvre ou quelque sainte entreprise, mais il ne nous inspire pas en détail les moyens à prendre pour réussir. Alors nous devons nous adresser à des personnes compétentes et pleines de Tesprit de Dieu pour suppléer à ce qui manque à nos lumières dans les doutes que nous avons, et pour assurer le succès. C est ainsi que Dieu inspira h Paul de revenir à la bonne voie, mais le renvoya à Ananie pour être instruit de toutes les circonstances de sa nouvelle vie.

La cinc|uième cause est de ramener à son stns leè inspirations de Dieu, et même les choses révélées. C'est ainsi que Satan aurait veulu tromper Jésus-Christ en loi faisant entendre ces paroles :J*at ordonné à mes dnges de vous garder^ etc. , dans un sens qui allait à tenter Dieu, et è inspirer de l'orgueil. Il est important de ne point s'écarter du sens donné par l'Ëglise h l'Ecriture sainte, et par là tradition, autrement on risque de tomber dj^ns l'illusion ou l'hérésie.

Louis Du Pont fait sur celte matière une belle réflexion : Il dit que, quand il s'agit d'Ecriture sainte et de choses révélées, il ne faut pas précisément y adhérer, parce que notre raison saisit les raisons de croire et ^ d'acquiescer rationnellement à ce qui est ' enseigné ; mais l'admettre, parce qu'il est révèle, parce que noire raison peut nous tromper quelquefois, et que la parole de Dieu , acceptée même contre notre sens , ne nous trompera jamais ; et il ajoute qu'il ne

DiCTIONIf. n'ASGÉTlSHE. L

faut pas croire tiu démon môme quand il a raison. En effet , il s'empare de nous au« jourd*hui par la raison , demain ce sera par l'erreur.

La sixième cause est de désirer les choses extraordinaires. H vaut mieux et il est beau-

coupplussûrdedésireretdesuivre les choses ordinaires que celles qui sortent du train commun de la vie régulière ; car l'esprit d'illusion est un esprit excentrique , un esprit ami des choses singulières. Les devoirs ordinaires du genre de vie qu'on a choisi , les actions communes, qui, lorsqu'elles sont bien faites, peuvent nous élever si haut dans la perfection , lui sont fastidieuses et dégoûtantes. Il lui faut de Téclat, tendre au roartvr, aspirer à faire un jour des miracles , a faire parler de sa haute sainteté. Leur faibiBBse môme ne les empoche pas d'aspirer aux grands effets, et ces personnes s'appliquent à elles-mêmes ces paroles:

Vouê 4Mvex caché ce$ choies quûb sages et aux prudents fCê vous les avez révélées aux pe^ tits.

Ce qui est extraordinaire dans les saints doit être admiré et non imité. Voilé une maxime sanctionnée par l'expérience. « H faut louer Dieu , dit Louis Du Pont , de ce qu'il a tiré sa gloire de certaines actions héroïques et extraordinaires accomplies par les saints , mais il faut se donner de garde de suivre l'esprit tentateur qui nous pousse à être les singes des safnts dans les grandes choses, lorsc^ue nous n'avons pas encore appris è être irréprochables et bien dans les plus petites. »

Voilà les causes et les racines de nos illusions. Il faut y faire une attention d'autant plus grande , qu'une ignorance coupable des choses qu'on doit savoir n'excuse jamais de l'illusion et de ses suites.//! marchent comme des aveugles , dit Isaie , parce qu'ils pèchent contre Dieu, Et saint Paul reprend ceux qui ont du zèle , mais non selon la science.

Il y a donc des impies criminellement ignorants et en pleine sécurité pour euxmêmes, mais Dieu les menace, parce que leur aveuglement est volontaire. D'où il suit qu'avec une intention droite , actuellement du moins , on peut avoir du zèle pour plaire à Dieu et n'être pas à Tabri du péché» si ce zèle n'est pas selon les règles de la loi et do la vraie science. Là reviennent les exemples de Saiil, de David, de l'ange Laodicée, des philosophes païens dont saint Paul a dit : Leur cœur insensé s'est obscurci. « Il y aura un temps, dit saint Chrysostome, où rignorance n'aura pas son pardon. » — « L'ignorance, dit saint Thomas, est excusée de faute quand elle a fait commettre une faute qui n'a pas une faute pour principe f mais si l'ignorance commence par une faute, rignorance, n'excuse plus. »

Il y a quelques péchés plus subtils et cachés, où tombent ceux qui s'efforcent de servir Dieu; on peut les méconnaître par négligence et pour cela même ils sont trèsdangereux ; ce sont : 1* l'orteil spirituel , uar lequel on estime trop intérieurement

ses bonnes œuvres et soi-même; 2* une trop grande contiance dans ses propres forces ; 3" une curiosité téméraire dans les choses divines.

Remidei contre Vignorance.^ Le premier est de consulter les docieurs , ses directeurs , les prélats , de lire les livres que nous savons contenir la vraie science , et si par hasard ees sources nous manquent quelquefois, il faut consulter la droite raison. Personne, dit saint AuKUStin, ne doit tenter Dieu en agissant dans Te doute, tandis qu*il a un conseil à prendre quelque part ; et ce conseil, il faut le chercher avec ardeur, et se donner du souci pour découvrir la vérité qui nous manque.

Le second remède est de purger sa conscience en évitant les péchés à venir et en effaçant les passés , en domptaÀt les passions , en suivant les divines inspirations. Il fout enfin s*eierceraux vertus , particulièrement à l'amour de Dieu , qui décimvre les ignorances et en fait éviter les périls. <

Le troisième remède est Texamen quotidien de sa conscience selon ces paroles {P$aL Lxtvi ) : Je médUais chaque fiuit avec mon cœur.... « Plus je m'examine avec soin , disait saint Bernard , plus je découvre de défauts dans les plis de mou cœur.» C'est donc une sainte et utile pratique de s'examiner chaque jour.

Quatrième remède : L'oraison , tant l'oraison de méditation que celle de demande.

Puisque les forces de la nature abandonnée à elle-même ne suffisent pas pour nous conduire , ayons recours aux forces supplémentaires de la grâce. Qui connaît toutes sesigno' remcesj dit le Propnète royal? Purifiex-moi de meêignorancei... Ne vou$ souvenez point de mes iqnorances. Et saint Jacques nous dit : Si qu^qu*un de vous a besoin âe sagesse , ou'tï la demande à DieUf qui en donne à tous 00011damment.

Nous devons en conséquence avoir une crainte continuelle des illusions et des ignorances, éviter soigneusement celles qu'il dépend de nous de ne point encourir, et

3ui seraient coupables dès lors , et demaner pardon à Dieu des autres. «Commençons par étudier avec soin les choses qui sont nécessaires au salut, car l'ignorance , dit saint Isidore, est la mère des erreurs, la nourrice des vices; par Tignorance le péché prévaut; l'ignorant ne sent point le délit ni ses conséquences. Le sage examine tout : il juge entre le bien et le mal. C'est un bien souverain de savoir ce qu'il faut éviter, une souveraine misère de ne savoir le but auquel il faut tendre. Aimez donc la sagesse , et elle vous visitera ; approchez-vous d'elle, et elle viendra à vous ; soyez son serviteur, et elle, vous instruira. »

. Illusions spéciales du spiritueL — Nous avons quelques observations parficulières à faire i ceux qui se livrent à I oraison.

Si une oraison longue et recueillie, fûtelle dévote jusqu'aux larmes, accompagnée de faveurs et de grÂces, si d'ailleurs elle n'a pas les sentiments de pénitence, les

tristesses et les douleurs de la mortification, elle ne persévérera pas : car elle est ou un privilège, ou un miracle, ou une illusion.

L'oraison gui est un obstacle au devoir est une illusion ; l'oraison qui ne sait pas quitter Dieu pour Di(*u , et subvenir a la charité fraternelle obligatoire, qui préfère la pénitenôe à l'obéissance, est une démence ou une illusion.

L'oraison qui n'extirpe pas les vices est une illusion.

L'oraison môme, accompagnée de visions et de ravissements, si elle n'est fondée sur les vertus morales de l'humilité, de la patience, de l'obéissance, est une illusion.

Se persuader que la vie spirituelle, où sa partie principale consiste en prières vocales» dans le mouvement des lèvres, dans des gestes affectés, dans certaines altitudes extérieures, c'est une illusion.

Celui qui prend son sens propre pour le sens de Dieu, et croit que toutes ses inspirations intérieures sont des inspirations de Dieu, est dans l'illusion.

L'oraison, qui éloigne quelqu*un des occupations commandées par sa vocation et son état, est une illusion, d'où.H suit que personne n'est plus sujet aux illusions que ceux qui se livrent à de longues méditations et oraisons, et particulièrement ceux qui'*j goûtent de grandes consolations. On peut voir à l'article oraison de quelle importance elle est dans la vie spirituelle, quel rôle de premier ordre elle joue dans l'affaire de la sanctification, mais pour cela faut-il pallier ses dangers? Les lemmes, les personnes d*une intelligence légère, d'une imagination vive et ardente, les jeunes gens aux idées paradoxales, doivent se regarder comme trèssujets aux illusions. Quelquefois la solitude prolongée engendre là mélancolie ou l'esprit de singularité, et peut aussi ouvrir la voie des illusions.

Effets des illi^ionsp — Le premier est de rendre les spirituels trop attachés à leur volonté propre, sévères dans leurs jugements, s'opposant aisément à l'avis de leurs directeurs ou de leurs supérieurs , mettant facilement de côté les décisions des Pères de la vie spirituelle. Dieu alors leur lâche la main, et ils tombent dans une foule de pé« chés secrets.

Le second est l'aveuglement spirituel qui prend le mal pour le bien : ce qui précipite dan3 le péché.

Le troisième est une fausse estime de soimême et une grande confiance en soi-même, ce qui engendre l'orgueil et précipite daus l'illuminisme.

Le quatrième est d'être friand de louanges mondaines et par suite de se faire de fiiux amis qui puissent caresser votre vanité et occuper les imaginations de votre mérite.

Règles pour corriger les esprits viciés. — La première est que le père spirituel étudie avec attention le caractère de son pénitent ou de son disciple, et, s'il connaît bien le caractère de son génie, il connaîtra par ià l'esprit qui le dirige. S'il a un gSnie para-

lU.

D'ASCETISME.

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doial et faux» il sera imprudent, importun ei DDTaleur. S*il est rusé et malin, son esprit sera insidieux mdme dans le bien» il sera tortueux et mystérieux. S*il est délicat et. minutieux, il aimera les petites commodités de la sensualité, etc. Enfin Tesprit est fméril dans les jeunes gens, paradoxal dans es insensés, faible et sans fond dans les femmes, lent daps les grossiers, et quoique Tesprit surnaturel élève et perfectionne la nature, cependant il ne parvient (wresque Jamais è corriger entièrement Tespril de la nature; il reste toujours du vieil homme.

La seconde règle est que le mattre de la vie spirituelle ooserve les manières naturelles de son dirigé dans les actions ordinaires de la vie matérielle, dans les repas, les conversations, la joie, la promenade, etc. ; surtout dans les moments de récréation, où Tâme se relâche et se montre à nu telle qu*elle est, et où Ton discerne Tespritquidirige chacun.

La troisième est rinstruction. Il faut que le père spirituel éclaire Tignorance de ceux quil dirige par son instruction, qu'il réprime ses excès et ses imprudences* Il est plus liicile de corriger les intentions vicieuses que les penchants pervers de la nature. La matière est délicate et pleine d*épines, mais avec de Tattention, le secours de son expérience el de ses lumières acquises, le père spirituel peut porter la lumière dans les recoins ténébreux et redresser les tortuosités de la nature comme un habile médecin avec d'ingénieux appareils.

La quatrième est de s*exercer à l'humilité, si le maître de la vie spirituelle remarque que celui qu'il dirige aime l'action, le bruit, les acclamations, la célébrité, qu'il soit visité {)our sa réputation de sainteté, quand même il serait favorisé des plus hautes faveurs spirituelles, il doit plaindre cet bomme, lui conseiller la solitude, le silence, la mortification ; lui découvrir son c6té faible et ses péchés, afin de corriger iiar rbumilité ce qui est infecté par la vanité.

La cinquième règle est que le mattre de la vie spirituelle enseigne à son disciple que la sainteté ne consiste pas dans les ravissements, les visions (*t le don des larmes, mais dans une grande charité envers Dieu et envers le prochain, dans Thumilité au milieu des mépris, dans la patience au travail, Tobéissance aux supérieurs. Si les faveurs et douceurs de la dévotion ne reposent sur ces vertus, il y a illusion.

La sixième est dUncuhiuer sans relAche cette pensée que la sainteté peut exister sans aucune faveur extraordinaire, et que les douceurs peuvent exister sans la sainteté, et qu'il ne faut s*attacher par conséquent qu*au¥ vertus solides sans désirer autre chose.

Le démon même peut quelquefois faire senrir certains attraits dans les bonnes œuvres, afin d'exciter la gourmandise spirituelle et d'exploiter. ensuite des intentions

peu droites, et pousser insensiblement au mal.

La septième règle est que le disciple ne soit pas loué en face par son maître ou^ par son directeur. ; .

IMITATION DE J.-C. (NécBSsrré de l').

— Un dés meilleurs moyens de faire de ra-

fides progrès dans la voie de la perfection voir Perfection) , c'est VimiicUion de JéâUi^ Chriiif qui, pendant sa vie, s*est offert à nous comme un divin modèle.

1* L'Écriture sainte nous le prouve en maint endroit. Le Seigneur, parlant à Moïse du Tabernacle, figure de Jésus- Christ, lui dit t'Ayez $oin de faire ioui êelon le modHe

?at ^ouê en a été montré iur la montagne. Bebr. vni, 5.) Je êui$ la vofe, la vérité et la f>ie. (Joam. xiv, 6.) Celuircieêt monFilêbien' aintéf éeouêex-le. (Luc.^ ix. 35. ) Apprenez de moiâu$ie êuiidoux et kumbledecaur. (Matth. xitj^ J Vous m'appelez Mattre et Seigneur^ €iwmb diUê èten, car je le iui$. {Joan.^ xni, 13.} Car ctUM fn'i/ a eonnui par ea preecienee^ il les a auiii prédatinéê pour être conformée à Vimage de $on Filé. {Rom. viii, 29.)

3" Joignons au témoignage de l'Écriture sainte celui des SS. Pères. « Mon bien^imé , toutes les actions, toutes les jfiaroles de notre Sauveur Jésus-Christ, doivent nous servir de règle pour le culte de la piété ei la pratiquedelavertu.Ilarevêtu la nature humaine afin de nous dépeindre en lui, comme sur un tableau, la vertu et la piété véritables : c'est un modèle qu'il nous met devant les yeux à tous indistinctement, hommes ou femmes, afin que nous l'imitions chacun dans la mesure de nos forces. » (Saint BasiLB, Coiul. Ifofi., c. S.) « Toute sa vie sur la terre, dans la nature humaine qu'il a dai« gnée prendre, a été pour nous une école de mœurs. » (Saint Aoeosnic, L.de vera relig.^ G. 16.) Le même saint dit eucore : « L'homme,

Eour arriver à la béatitude, devait suivre »ieu, mais il ne pouvait le voir ; Dieu s'est donc fait bomme afin qu'il pût suivre Celui qu'il pouvait voir et au'il devait suivre. » (L. VII De Trinit.^ c. Z.)9i Attirez-moi à votre êuite, dit l'é^iouse à son Seigneur : elle veut ainsi pouvoir marcher sur ses traces afin de s'efforcer d'imiter sa vertu et de suivre les règles de vie et de conduite qu'il lui a données. » (Saint Bernahd, serm. 21, m Cant.) Le livre de Vlmitation de Jéêuê-ikrist est consacré tout entier è l'exposition de cette vérité. On peut consulter encore à ce sujet, Blosius (ilfar</ar.5ptr.), Thauler et Rusbrocbius.

3* La raison nous en fournit à son tour une démonstration convaincante. Jésus- Christ est venu dans le monde comme le ilôt des rois {Apoc. xix , 16) , notre chef et notre législateur, qui devait terrasser Lucifer, et combattre avec les armes de la pauvreté et de l'humilité contre les honneurs, les richesses et les plaisirs. Il a donc voulu commander aux Chrétiens comme à ses troupes, et leur donner lui-même rex.emple docQcp'ils avaient à faire ; soit parce que» sans ci divin exemple, ils perdraient bien-

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DlCTIOi>INAlRE

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tôt courage; soil ()arce quo, sans lui, serait diminuée J'eflicacilé de la rédemption, efficacité pour laquelle notre coopération est nécessaire ; soit eoGn parce que, sans lui, les enseignements du Christ n'auraient pas cette force d'impulsion qui résulte de Tattrait de ^exemple.

La foi catholique, dans le symbole des apôtres, nous enseigne à croire en Jésu$^ Chriiif ion Filiunique (de Dieu le Père) notre Seigneur^ qui a été conçu du Saint-Esprit et est né de la Vierge Marie. Nous croyons encore que Jésus-Christ, depuis sa conception et sa naissance jusqu'à sa passion , a vécu de la manière que nous le racontent les

Siuatre saints évangélistes. « Pour que le ruit salutaire de cette vie puisse rejaillir jusqu'à nous , dit le Catéchisme romain {De epnb. ) , nous devons sans cesse arrêter et fixer notre mémoire et notre esprit sur cette

f)ensée, que c'est Dieu qui a pris la ( ' 'homme ; au'il s'est fait homme par dige auquel notre esprit ne peut atteidSre , bien loin que notre bouche puisse en donner l'explication; qu'il s'est fait homme enfln dans le but de nous régénérer comme enfants de Dieu. Après cette attentive considération, nous devons croire et adorer avec foi et humilité tous les mystères que contient cet article ; nous devons surtout prendre garde de vouloir les scruter et les pénétrer, car notre buriosité nous serait presque toujours fatale Le curé doit s'appliquer à graver profondément dans le cœur et l'esprit des fidèles ces mystères, qui sont, une partie essentielle do notre dogme ; d'abord afin, par le souvenir d'un si grand bienfait, de leur inspirer des sentiments de reconnaissance envers Dieu, leur Créateur; ensuite afin de leur proposer à imiter ce ](podèl.e d'une humilité si rare et si précieuse. » Canisius nous donne aussi cet avis dans son Cathéchisme : « Il faut fuir avec soin l'erreur de ceux qui ne confessent Jésus- Christ Que d'une manière en quelque sorte incomplète, en ne le reconnaissant que comme le Médiateur et le Rédempteur en qui nous devons croire, et non comme le modèle de toutes les vertus que nous devons imiter. « {De symb., § 10.)

Puisque Jésus-Christ, pendant sa vie, s'est offert à nous comme noire modèle, nous devons.donc l'imiter, autant qu'il est possible à notre faiblesse , aidée des secours de la grAce. On le prouve :

. 1*" Par. l'Ecriture sainte : Jevous ai donné Vexemplcy afin que ce que fai fait à votre égards vous le fassiez aussi. {Joan. xiii, 15 ) Le Seigneur a dit à Pierre : Suivez-moi (Joan, xxj, 19), et à tous les disciples : Vous qui m'avez suivi. {Uatth. xix, 28.) À't gue/quun veut marcher à ma suite , qu'il fasse abnégation de lui-même ^ qu'il porte sa croix et qu'il me suive. {Matth. xvi, ^k.) Celui qui diiquil demeure en Jésus-Christ , doit marcher lui-même comme Jésus-Christ a marché. {J Joan. II, 6.) Revétez'Vous de ffolre-Seigneur Jésus-Christ. {Rom. xiii, I4.)l&8ft revêtir de Jésus-Christ, dit saint Thomas, c'est

imiter Jésus-Christ : car de môme que l'homme est enveloppé de vêtements et parait sous sa couleur, de même dans celui qui imite Jésus-Christ, on voit paraître les œuvres de Jésus-Christ. ]» (Lect. 3.)

2" Par les saints Pères : « Jésus-Christ a pris notre corps uniquement pour que doiis pussions l'imiter dans notre conduite autant qu'il est possible. » (Saint Basilb.^ Const. Mon.) « Si quelqu'un prend le nom de Jésus-Christ sans exprimer ni reproduire, par sa conduite, toutes les vertus que ce nom raopelle , il se rare d'un faux nom. » (Saint URÉGOIBE de Ntsse, Ep. ad Mormon.) « Aimons donc Jésus-Christ et demeurons en lui..» (Saint Augustin, 1. vu De Trin.^ C.3.J « Qui est sans péché? s'écrie saint Ambroise, c'est, non celui qui marche dans n'importe quelle voie , mais celui qui s'avance à la suite de Jésus -Christ.» ( InPs. CYVin, serm. 1.) a Je vous en conjure, je vous en supplie, mes frères, ne rendez pas inutile ce précieux exemple qui vous a été donné : conformez -y votre conduite. » (Serm. 1 DeNat.)

S*" Par la raison. Si c'est un glorieux mé* rite, chez les hommes, de suivre le roi, de régler son caractère et ses habitudes sur les siennes, soit en gouvernant avec justice pendant la paix, soit en combattant coura-

f censément et en mourant pour lui pendant a guerre, que faudra*t-il faire pour Jésus- Christ notre roi? D'ailleurs tous les Chrétiens ont été enrôlés dans la milice de Jésus- Christ par le sacrement du baptême, en renonçant à Satan , avec toutes ses pompes et toutes ses œuvres . et dans le sacrement de confirmation, en s engageant à combattre ouvertement pour Jésus-Christ contre ses ennemis et contre les nôtres ; serment qu'ils ne peuvent violer en cessant de marcher sous la conduite de Jésus-Christ, sans la plus noire perfidie. Enfin, contre l'erreur des pélagiens , il est cert&in que nous avons reçu de Jésus-Christ, non-seulement la grâce extérieure de son incarnation, par laquelle il est devenu notre modèle, nonseulement les grâces instrumentales, sacramentelles des sacrements , mais encore les grÂces intérieures des vertus , des dons et iïes secours qui raniment notre force.

(Trid., sess* vi, c. 10.) Donc, puisque Jésus- Christ, notre chef, donne à ses soldats la force de combattre avec lui, nous pouvons et nous devons l'imiter et vaincre avec lui.

Aucune excuse ne peut nous dispenser de l'obligation d'imiter Jésus-Christ. En efibt : 1" Il nous est ordonné ou conseillé d'imiter Jésus-Christ, non pas tous au même degré, mais selon notre faiblesse et notre condition, en aspirant toujours à une perfection jpius élevée. 2* Nous combattons sous un chef qui nous.fournit non-seulement les armes, mais encore l'esprit, le courage et la force. 3* Notre chef vient de lui-même en aide à l'insuffisance de notre faiblesse. k* Il nous est ordonné de rechercher non ce qu'il y a de grand, mais ce qu'il y a de

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D^ASCETISME.

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plus humble dans le monde ; d'aimer non les richesses, les honneurs et les royaumes du monde, ce qui serait impossible à la plupart, mais la pauvretéi rbumilité et l'obéissance, ce qui est facile à tous les hommes. Pour imiter dans notre conduite le diyin modèle quenous a tracé Jésus-Christ, il nous faut absolument nous exercer souvent à la méditation dt sa rie. On le prouve, 1* par TEcriture sainte: Considérez et faites (Exod. ii\r^iO); écoutez4e{Luc. ix, 35), non-seulement des oreilles, mais au fond de votre cœur où il vous parle dans la méditation. La vie étemelle consiste à reconnaître fue 90US êtes le seul Dieu véritable^ ainsi que Jésus-Christ que vous avez envoyé. {Jottn. XVII, 3.) Or comment reconnaître la divinité de Jésus-Christ, sinon par une sérieuse méditation de sa vie. Citons aussi Texemple de Marie, au moment de Tadoration des pasteurs : Or Marie conservait toutes ces paro-^ ieSf les repassant dans son cœur. (Luc. ii, 19.) Sa mère conservait toutes ces choses dans son cœur, (/frid., 51.) 11 est dit de sainte Madeleine : Se tenant assise aux pieds de Jésus^ elle écoutait sa parole. {Luc. x, 39.) Je suis la porte^ dit Jésus-Christ; si quelqu'un entre

?)ar moi il sera sauvé; il entrera et il sortira. Joan. X, 9.) Ce que saint Thomas expflique ainsi: «Les saints entreront pourcontcmpler la divinité du Christ, et sortiront pour considérer son humanité. ]» (Lect. 2.)

2'Par les saints Pères: « Etudiez , je vous en prie, et méditez chaque jour les paroles de votre Créateur. » (Saint GbfooiRB, 1. iv Aegr., ep. 40.) « Bon Jésus] s*écrie saint Anselme, que vous êtes doux dans le-cœur de celui qui vous médite et qui vous chérit! El certainement je ne sais, parce quejo ne

Suis le comprendre, poun^uoi vous êtes eaueottp plus doux dans le cœur de celui qui vous chérit à cause de vofre incarnation que comme élant le Verbe divin; à cause de votre humilité que de votre sublimité. » (Med. 12.) « Que Tœuvre la plus importante et la plus précieuse, Tœ'uvre de notre rédemption, ne sorte jamais du souvenir de ceux qui ont été rachetés. Dans cette œuvre, il est deux points dont je vous recommande surtout la considération.... Ces deux points sont le mode et le fruit. Le mode est l'anéantissement de Dieu. ; le fruit est la descente en nos Ames de ée Dieu, qui les remplit. Cette méditation est une source de sainte espérance , un foyer ardent de souverain amour; tous deux sont nécessaires pour avancer dans la perfection. » (Saint Bbruabd, serm. 11 in Cant.) Sainte Tnérèse se plaint vivement d'être, à la suite de certaines lectures, tombée dans ce préjugé, qu'elle devait s'appliquer à détourner son esprit de rbumanilé Je Jésus^Christ, pour s'attacher è la Contemplation de sa divinité. Et elle s'écrie : « O Seigneur de mon âme et mon unique bien! ô Jésus-ChristcruciQélNon, je ne puis. me rappeler cette dangereuse opinion dans laquelle je suis tombée, sans être cruellement tourmentée par la pensée d'avoir commis contre VOUS) quoique par igio-

rance, une inr&me trahison. » (Ft7., c. 22.) Et dans son livre intitulé ;lo Château intérieur, elle conclut en ces termes : « Je crois qu'il reste surobondammentl prouvé qu'une Ame, même élevée à un haut degré de spiritualité, ne doit jamais comprendre qu'il fàiUe fuir les choses sensibles jusqu'à s imaginer qu'il puisse y avoir domcaage dans la méditation de la sainte humanité de Jésqs- Christ. » (Mans. 6, c. 7.) filosius dit aussi « qu'on ne peut se faire une idée de l'utilité d'une pieuse et fréquente méditation ou lecture de la vie de Notre-Seigneur Jésus- Christ. » {Proœm. ad vit. spirit.) Il confirnïe ses paroles par l'exemple de sainte Mechtilde, et cite sur ce point l'opinion de^Thauler et de Rusbrochius, qui appelaient la vie de Jésus-Christ un livre et un miroir, objet pour nous d'une méditation continuelle.

^^^ la raison. La méditation de la vie d^flÉUS -Christ donne de la ferveur à notre for^i^ifle nous fait croire que notre salut ■dépend de lui et de s^s mérites, puisque le salut n'est en aucun autre^ et que c'est son exemple qui nous pousse à nous appliquer le irutt de la rédemption. C'est par cette foi que \qs pécheurs cessent de redouter la justice divine, « et renaissent à l'espérance, par la considération de la miséricorde de Dieu : ils ont confiance que Jésus-Christ leur rendra Dieu propice, et ils commencent à l'armer comme hi source de toute justice. » (Trid., sess. vi, c. 6.) Il faut donc méditer souvent la vie do Jésus-Christ pour arriver à, la foi, à l'espérance , à la charité et à son imitation; et il le faut d'autant plus que cette vie nous offre le modèle de toutes^es vertus.

Ce n'est pas seulment dans sa vie, c'est surtout Itou sa passion que Jésus-Christ s'est offert^ à nous comme un modèle à imi-* ter. Ainsi l'enseignent, 1** la sainte Eciriture : O vous tousy qui passez par le chemin, consi^ itérez et voyez s il est une douleur comparable à la mienne. {Thren. i, 12.) Lorsque je serai élevé de terre, f attirerai tout à moi ; il disait ces paroles pour indiauer ainsi de auelle mort il devait mourir. (Joan. xii, 32.) 'Jetant les yeux sur Jésus, fauteur et le consommateur de la foi, qui, dans la vue de la joie qui lui était proposée, a souffert la croix. (Hebr. xii, 2.) Jésus-Christ a souffert pour nous, vous laissant un exemple^ afin que votu marchiez sur ses traces. (J Fetr. xi, 21.)

2* Les saints Pères. « Quand mémo nons n'aurions aucune récompense è espérer, son exemple seul suffirait pour nous exciter & tout souffrir, i» (Saint Jeas CaRTsesTOve, Hom. 28 ad Hebr.) « Aux yeux des hommes la croix était le genre de mort le plusinfAme. Jésus-Christ a été crucifié.... Voilà l'enseignement naturel digne dé toute foi pour les Chrétiens les moins intelligents, et purifié de toute erreur pour les Chrétiens éclairés. » (Saint Augustin, L. de vera relig., e. 16;) « Ma philosophie intérieure la plus sublime, c'est de connaître Jésus, et Jésus «crucifié.» (Saint Bernard, serm. k3 in Cant.) C'est pourquoi Blosius conclut avec raison que.

MCnONUIBE

c quand même ions les livres de ranirers Yiendraient à être anéanlîSy la vie et la passion de Jésns^hrislsofliraient abondamment aux Cbrétiens pour Tétode de tonte vertu el de toute vériM. » (CaneUnt. anim.^ p. i, e. 10, 11.)

Saint Thomas en donne la raison :

« 1* C'est parce que, par la passion de Jésus- Christ, rbomme connaît tout l*amour oue Dieu lui porte, et cette connaissance lui fait aimer Dieu, en qui consiste la perfection du salut de rbumanité ; 2* parce que par elle il nous a donné l'exemple de Tobéissance, de lliumilité, de la constance, de la justice, enfin de toutes les vertus nécessaires au salut de rhomme; 3* parce qu'elle a rendu plus obligatoire pour l'homme la nécessité de se conserver exempt de tout péché, en lui rappelant que c'est par le sang du Christ qu'il a été racheté du péché ; ^* PM^ Que ia mort sur la croix de Jésus-Chrwrfidt homme a montré à l'homme juste qnl ne doit redouter aucun genre de mort. » (uip«, q. 46, a. 3.)

L'Eglise catholique croit, avec le quatrième article du symbole, que Jésus-Christ, Fils unique de Dieu, comme Dieu, et de la bienheureuse Vierge Marie, comme Dieu fait homme, à la fin de sa très-sainte vie, a êouffert $ouê Ponce PiUUe^ a M crufieii^ têt mort et a été emevelL Nous croyons aussi, avec la même foi, que toutes les circonstances de cet article sont racontées par les quatre saints évangélistes , désignées d'à- Yance par les prophètes, et défendues d'une manière invincible par les conciles et les saints Pères, contre les tentatives sacriléses et audacieuses des infidèles et des hérétiques. Le Catéchisme romain dit à propos de cet article :'« Cette seule passion nous présente les exemples les plus éclatants de toutes les vertus; car elle nous montre tant de patience, d'humililé,decharitéineflable, etc., que nous pouvons dire qu'en ce seul jour de sa passion, notre Sauveur nous a fait découvrir en lui toutes les qualités et toutes les vertus qu'il n'avait pu nous recommander dans tout le temps de sa prédication.... Plût à Dieu que ces mystères fussent toujours présents à notre esprit, et que nous apprissions à souffrir, à mourir et à être ensevelis avec le Seigneur 1 »

L'enfer a enfanté mille. erreurs contre cette vérité catholique, et il est arrivé ce que disait l'Apôtre : Noue préckom Jésut-Chritt crucifUf qui eêt un $eanaale aux Juifs et qui parait une folie aux gentils: mais qui est la force de Dieu et la soj/esse de Dieu pour ceux qui sont appelés soit Juifs^ soit gentils. {I Cor. I, 33 et 24.) Les pnncipaux hérétiques sur ce point sont : 1* les ariens , qui nièrent la divinité de Jésus-Christ et privèrent ainsi sa passion de la partie principale du mystère ; 3" les nestoriens, qui, supposant en Jésus-Christ deux personnes moralement unies, n'attribuaient le mystère de la passioi) qu*à ia seule personne humaine; 3" les eutvcniens, qui ne reconnaissaient qu'une salue nature en Jésus-Cbrist, transforioaient

aa nature humaine en nature divine, eC concluaient ainsi avec les théopatites et les monophysites, que Jésus-Christ avait souffert dans sa divinité ; 4* les apotlinaristes» qui niaieiU l'Ame du Christ, ou refiosaient 4 son Ame toute volonté, ne reconnaissant à sa place ^ue la seule divinité; 5* les mooothélites, qui ne reconnaissaient en Jésus-Christ qu'une seule volonté, la volonté divine : ce

3 ni détruit l'intégrité du mystère auguste e la passion ; car la passion n'est jien sans l'Ame et sans ses actes, par lesquels elle puisse, en elle-même et dans le corps, sentir, souffrir et mériter ; 6* les phantasiastes, tela que les manichéens, qui n'admettaient dans le Christ qu'un corps Caotastique, ou céleste, ou élémentaire, et non un corps humain el véritablement passible ; ou

Ïue les basiliens, qui prétendaient que le hrist n'avait pas été crucifié, et que Simon le Cyrénéen l'avait été à sa place. Nous croyons devoir ici consigner auel-

Îues remarques sur la passion de Jesushrist : 1* Jésus4]hrist , Notre - Seieneur, d'après la volonté de son Père, a préféré la mori sur la croix à tout autre genre de supplice, afin que, comme le dit l^çlise, le démon^ qui avait vaincu par le frets , fût vaincu par le bois. ( Préface de la sainte Croix.) Cijétan, entre autres raisons de cette préférence, donne celle-ci : « 11 a choisi la mort sur la croix, afin de pouvoir, jusqu'au dernier moment, faire un libre usa^e de ses quatre sens, et de pouvoir souffrir par la vue, l'ouïe, l'odorat et le ^At, toutes sortes de maux et d'ignominies. » 2* Selon Suarez , « dans la passion de Jésus-Christ il ne faut rien imaçiner trop légèrement , qui n'ait été raconte par les évangélistes, ou qui ne puisse, d'après leurs récils et l'interprétation que les saints Pères en ont donnée, être regardé comme très-probable; sans cela il y aurait témérité et grand dan-

f;er d'erreur. » (T. II, in m p. d. 33, s. i.) I ne faut donc pas s'imaginerque Dieu, de lui-même et indépendamment de causes secondaires, ait par une sorte de miracle laissé Jésus-Christ souffrir quelques passions extraordinaires. Il ne faut pas s'imaginer que Dieu ait permis au démon de tourmenter Jésus-Christ de lui-même, à son gré et indépendamment des hommes. Bien que ces deux choses aient pu arriver, elles n'étaient ni nécessaires ni utiles à notre rédemption; c'est pour cela encore que Jésus-Cbrist n'a pas cru devoir donner prise sur lui à la maladie et aux infirmités corporelles, comme la lèpre, etc. Quant aux révélations particulières sur le nombre des coups de fouet et des blessures que Jésus- Christ reçut dans sa passion, si elles ont une certaine autorité, si elles peuvent se concilier entre elles, si elles ne contredisent pas les règles de la foi, il ne faut pas les mépriser , ni les regarder comme tout à fait indignes de notre croyance, surtout si nous considérons les expressions des prophètes, si nous nous rappelons que les bourreaux du Seigneur ont aépassé toute

ud

D^ASCETISME.

mesure; de sorte qu*il nV a rien d*étrange à chercher le secours d une force miraculeuse dans la contemplation de quelqu'une iies parties de la passion, comme dans la sueur de sang, daoa la flagellation, dans le couronnement d*épines, etc. Saint Thomas prouve arec certitude (m p., q. 46, a. 5} que Jésus-Christ a enduré toutes les souffrances, non pas en espèce, ni comme résultant d'une cause intrinsèque, mais selon le genre «tprorenant d'une cause extrinsèque, c'està-aire de tout le genre humain, et dans tous les biens où l'homme peut souffrir, dans les biens du corps, de la réputation et de la fortune. 3* Le même saint- docteur enseigne (art. 6.) que la douleur de la passion du Christ, soit intérieure, soit eitérieure, surpasse toutes les douleurs de la vie présente. Il le prouve soit par la considération de la douleur tant extérieure, provenant de toutes les souffrances que nous venons de dire et du supplice de la croix, qu'intérieure, par suite des péchés de tout le genre bumain, dont il s^était chargé, et surtout des Juifs, et à cause de la perte de la vie ; soit par la considération de la sensibilité du

Eatient ; car son corps, merveilleux et parut ouvrage du Saint-Esprit, était très-sensible, surtout dans le sens du tact ; quant à son Ame, elle ressentait toutes causes de tristesse avec la plus grande vivacité ; soit par la considération de la pureté de sa tristesse et de sa douleur ; car Dieu ne voulut dans sa faiblese corporelle le secours d'aucune consolation sensible comme en ont eu souvent les saints martvrs et ceux qui souffraient pour Jésus-Cnrist ; soit par la considération de la fin en vue de laquelle Jésus-Christ a voulu souffrir : C'esi pour cehf dit-il , qu'il a enduré des souffranceâ proportionnéeê à la grandeur du résuUal qu'il en devait obUnir» 4* Saint Thomas enseigne encore (ii, art. 2.) que chacun des mentes de Jésus-Christ, aepuis le premier jusqu'au dernier instant de sa vie, a été d'une valeur plus que suffisante (K)ur la rédemption du genre humain ; mais que l'application de ces mérites, soit de la part du Cnrist qui les offre, soit de celle de Dieu qui les accepte, n'a pu se faire aue par la passion et la mort sur la croix, afin ne reconnaître toute Tétendue de sa charité, de mieux sentir toute la gravité de nos fautes, de plus dignement apprécier la grâce et la rémission du péché, de découvrir enfin les exemple^ de vertus que nous a donnés le Seigneur.

La plus grande difficulté consiste à concilier la vision béatifique avec la souffrance dans Jésus-Christ. On peut dire que la béatitude de l'âme seule subsiste en même temps que les douleurs; car le plaisir provient de la vision de Dieu, tandis que la douleur naît des blessures du corps. Ou bien l'union de l'âme avec le Verbe produit le

f)laisir souverain, et l'union de l'âme avec e corps produit fa douleur souveraine, quand le corps est lésé, en vertu des lois de cette union. Ou encore, le Christ a restreint dans la partie supérieure de Tâmc la joie

émanant de la vision béatifique, et ne Va pas laissée se répandre dans la partie inférieure, afin de pouvoir par la douleur accomplir l'œuvre de notre salut; c'est ainsi qu'il a empêché la gloire de l'âme de se répandre dans le corps. En un mot, c'est un mystère. Or, Jésus-Christ, par sa science béatifique, a connu ce que les bienheureux voient et peuvent voir dans le ciel. Par sa science infuse, il a connu tous les objets naturels et libres, par leurs propres idées, et les objets surnaturels par les idées infuiee. Enfin, par sa science expérimentale il a connu tout ce qu'il a successivement compris ou éprouvé en lui-même par les diverses opérations de l'esprit ou des sens externes.

Nous devons donc imiter dans notre conduite les exemples que Jésus-Christ nous propose dans sa passion; ainsi l'enseignent : 1** l'Ecriture sainte : Afin que noue marekione êur $e$ tracée. (I Petr. ii, 21. ) Pensez donc en eouê'méme à celui qui a souffert une ei grande contradiction ae la part aee pécheurs contre /ut, afin que vous ne vous découragiez

Îoini et que votu ne tombiez point dans Vaattement ; car vous n'avez point encore résisté jusqu'à répandre votre sang en combattant contre le péché. ( Hebr. xii, 3, 4. )

2* Les saints Pères nous y exhortent : « Dieu nous montre la mort de Jésus-Christ comme un arbre sur lequel il veut que nous soyons entés, afin que notre racine, puisant le suc de la racine de cet arbre, produise des rameaux de justice et porte des fruits de vie. » ( ORiciNB, 1. v. in c. vi ad Rom. ) « Imiter Jésus-Christ dans sa passion et dans sa mort, voilà la souveraine et parfaite religion, la religieuse perfection; voilà la règle et le modèle de la perfection de toute vie et de toute vertu. Que la passion du Sauveur soit donc la règle de notre conduite. Réjouissons-nous d'autant plus que nous sommes plus conformes à Jésus-Lhrist; affligeonsnous d^autant plus que nous nous écartons 8 lus de ce modèle et de celte règle. » ( Saint ORAVBNTURE, p. I, Slimul. amor.f c. k.)

3* En voici la raison : Selon le dogme catholique, les mérites de la passion de Jésus- Christ ne suffisent pas pour le salut, si nous n'v joignons nos propres mérites, semblables à ceux de la passion de Jésus- Christ, et eyant la vertu de nous les appliquer. En euet, selon le concile de Trente : « Personne ne doit se glorifier de ce qu'il n'a uniquement que la foi, dans la pensée que par la foi seule il deviendra héritier et obtiendra l'héritage de Dieu, sans qu'il soit besoin de souffrir avec Jésus-Christ pour partager sa gloire. » ( Sess. vi, c. 11. ) Nous devons donc nous enorcer de nous approprier les mérites de Jésus-Christ, en les imitant ; autrement, de même que la négation d'un antécédent serait une erreur spéculative, de même le refus de s'y conformer serait une erreur pratique qui nous ferait perdre le salut.

Suivons donc notre Chef et notre Roi, qui, dans son enfance, nous, gouverne d'une

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manière (cndre et eafânliiic, reraplissaDt ces paroles du prophète : Le petit enfant les menacera (Isa, XI, 6); dans sa jeunesse nous dirige par l'exemple de ses labeurs» laqt dans sa vie privée que dans sa prédication, de ses sueurs, de la soif, de la faim, de ta

ÎauYpelé et des mille souffrances qu'il a eu endurer, selon ces paroles : Je suis pauvre et je vis dans les peines depuis ma jeunesse (p5. LxxxYii, 16) ; enfm, dans sa passion et dans sa mort, nous fortifie et nous prépare au combat par ses blessures, par son sang et par sa croix : // a porté sur son épaule la marque de sa principauté. ( Isa, ix, 6. } C'est ce qui fait dire è saint Jean Chr^^sostome : Nous ne redoutons point la cruauté Sun tyran impicy quand nous marchons sur les traces de notre bon roi. { Hom. de crue. ) Suivons notre Pasteur, qui ne se contente

Sas de chercher avec empressement la breis égarée* et après l'avoir trouvée par de fatigantes recherches, de la charger sur ses épaules, mais qui, pour la mettre a Tabri de la dent des loups, n'a pas hésité h donner sa Tie pour ses brebis; car t7 a été conduit à la mort comme une brebis qu'on va égorger ^ et il n'a pas ouvert la bouche, comme Vagneau qui est muet devant celui qui le tond. ( Isa. LUI, 7. ) « Certes, dit saint Grégoire, il a fait ce qu'il a prêché, il a accompli les ordres qu'il a donnés. Le bon Pasteur a donné sa vie pour ses brebis.... Il nous a montré par le mépris de la mort la voie que nous devons suivre. » ( Hom. 1* m Evang. ) Suivons Jésus-Christ s'offrant lui-même pour nous comme une hostie sanglante sur l'autel de la croix, et allons vers /uf , en sortant du camp et en pariant rignominie de sa croix. ( Eebr. xiii, 13. ) Offrons à Dieu nos corps^ comme une hostie vivante^ sainte et agréaole à ses yeuXf pour lui rendre un culte raison^ nable. {Rom. xii, 1.) Enfin, disons avec saint Bernard : «J'ai aeux faibles biens, Seigneur, mon corps et mon âme; puissé-je vous les offrir dignement en sacrifice de louange 1... Le Seigneur ne veut pas ma mort, et je ne lui offrirai pas volontiers ma vie! C'est là l'hostie d'expiation, l'hostie agréable à Dieu, l'hostie vivante. » ( Serm. 8 De purif. )

Pour imiter dans notre conduite la passion de Jésus-Christ, nous devons la considérer par de fréquentes méditations ; on le prouve :

1* Par i'Ëcriture sainte : Puis donc que Jésus^hrist a souffert dans sa chair, armezvous de cette pensée. ( / Petr. iv, 1. )

2* Par }es saints Pères. « Considérez par la lumière intérieure les blessures de Jésus attaché à la croix, les cicatrices de Jésus ressuscitant, le sang de Jésus mourant*... Rappelez-vous tous ces précieux mystères et pesez-les dans la balance de la charité.... Que celui qui pour vous a été cloué sur la croix, soit aussi cloué dans tout votre eœur. » ( Saint Augustin, L. du s. virgin.^ c. 54. ) Saint Anselme insiste sur la nécessité de méditer la passion de Jésus-Christ \ Si vous roulez être sauvé, dit saint Thomas,'

portez vos regards sur le visage de Jésus- Christ. ( L. I in c. 1 Hebr. ) Saint Laurent Justinien considère la méditation de Jésus- Christ comme un livre écrit au dedans et au dehors, exposé aux yeux de tous, afin que tous puissent le lire. {Agon. Christi, c. 20. ) a Conservez soigneusement cachée dans l écrin de votre cœur, dit Blosius, la suave passion du Christ, comme une perle d'un très-^rand prix, et arrôtez-y souvent votre esprit avec reconnaissance. » ( Conclav. an,, p. i, c. 10, ii*7.) « Sainte Gertrude dit avoir appris de Dieu que si l'on se livre à l'oraison ou à la lecture spirituelle sur la passion du Seigneur, c'est un exercice infiniment plus méritoire que tous les autres. » ( L. m Div. inspir., c. h2. ) Louis Du Pont en donne l'explication : « Les autres exercices, comme jeûner, etc., q[ui sont des œuvres extérieures, quand ils sont pris séparément, n'ont pas autant d*efficacité pour purifier le cœur du vice, l'enrichir de vérités et de vertus» et le perfectionner par les affections embrasées de l'amour divin, que la méditation attentive et profonde de la passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ. » ( IV p. Médit. )

3** Par la raison. La passion et la mort do Jésus-Christ contiennent le grand mystère de notre rédemption, qui nous est proposé par la foi, afin de nous exciter à l'imitation du Christ, et de nous faire obtenir par elle tous les fruits qui y sont attachés. Nous devons donc, afin de pouvoir l'imiter, méditer sérieusement et souvent cette passion ; car sans cette méditation, point de foi vive,

Ï)oint do ferme et solide imitation. D'aileurs Jésus-Christ lui-même a institué le sacrifice non sanglant de la messe et le trèssaint sacrement de TËucharistie, surtout dans l'Intention de nous rappeler sans cesse le souvenir de sa passion et du sacrifice sanglant qu'il a offert sur la croix : ce qu'il nous a recommandé par ces paroles : Faites ceci en mémoire de moi. (Luc. xxii, 19. )

Presque tons les auteurs ascétiques»

Ludolpne, Blosius, Louis Palma, Thomas de Jésus, Godinez, etc., ont traité abondamment la passion de Jésus-Christ, sous forme d'histoire, de méditations ou de traités. Pour que cette imitation soit pratiquement fructueuse, outre les vertus qu'elle nous propose è imiter, il faut en tirer les affeclions suivantes : V Une affection de compassion, ûe douleur et de larmes, afin de ne pas être au nombre de ceux h gui le Seigneur adresse ces paroles : J'aiatlenau quequeiqu'un s^attristât avec moi, mais nul ne l'a fait ; que quelqu'un me consolât , mais je nai trouvé personne (ps. Lxvin, 21]; mais plutôt parmi ceux dont il est dit : Ils jetteront les yeux sur moi qu'ils ont percé, et ils pleureront avec larmes et avec soupirs, comme on pleure un fils unique ; ils seront pénétras de douleur comme on Vest à la mort d'un fils aîné. {Zach. XII, 10.) « Si vous ne ressentez pas la douleur de la tête, dit saint Bonaventure, comment ne faites- vous qu'un avec elle? Et comme on doit plus compatir aux maux

D'ASCËTISMC.

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que souffre la téie qu*à ceux des autres membres, do môme, et sans comparaison»

devons-nous plus compâlir à vos souffrances» ô Seigneur Jésus, qu*a celles d*un fils chéri, d*ùn ami, môme qu'à nos propres souffrances. » (P.i,5a'mu/. dtv. amor.j c. % k.) En étes-YOus détourné par la dureté de votre cœur, écoutez Blosius : « Celui qui possède un cœur tendre, doit compatir aux souffrances que le Seit^neur, son Dieu, a endurées pour lui. Mais s'il a le cœur dur, il doit lui offrir sa dureté et s*en humilier. Bien souvent Dieu préfère le désir de la compassion à la compassion elle-même. »

(Instit. ipir.9 c. 6.)

2" Une affection de douleur de nos pi'chés; car JésM-Christ est mort pour nos vécMs, (/ Cor. xv, 3.) « Reconnais donc, d nomme, dit saint Bernard, combien sont grandes les blessures qui ont rendu nécessaires les blessures du Seigneur Jé$us-4^hi$t« Si elles ne conduisaient pas h la mort, et à la mort éternelle, est-ce que le Fils de Dieu mourrait pour les guérir ? Rougissez, mes frères bien-aimés , rougissez d*aYoir tant de négligence pour votre propre passion, qui a été, de la part de Tauguste majesté divine robjetd*une si grande compassion. » (Serm. 3 in Nat. DomJ)

3* Une affection d*admiration étonnée^ comme celle dont fut frappé Isaïe, quand il s'écrie, à la prévision des maux que Jésus-Christ devait souffrir :Qtft a cru à notre parole? et à qui le bras du Seigneur a-t-il été révélé? {Isa. lui, i.) Sortez, filles de 5ion, dit Tauteur du Cantique des cantiques, et venez voir le roi Salomon^ avec le diadème dont sa mire Va couronné le jour de sa noce, le jour où son cmur a été comblé de joie., {Cant. m, 11.) C'est aussi Taffection qui fait dire à saint Léon : <t Aucune de ces œuvres de Dieu, qui excitent à un si haut point l'admiration des hommes, ne réjouit et ne surpasse la contemplation do notre esprit comme la passion du Sauveur. Toutes le^ fois que nous arrêtons notre pensée sur sa toutO'puissance, qu'il possède avec le Père» égale et d'essence identique, nous admirons plus en Dieu l'humilité que la puis- SàrnSe, et nous comprenons plus difficilement l'anéantissement de la majesté divine 3ue l'élévation et la grandeur de la forme 'esclave qu'il avait revêtue, n (Serm. 11 De Pass.)

IMITATION DE JESUS-CHRIST (Livre i>B 1'} — C*est, a dit Fontenelle, le plus beau livre qui soit sorti de la main des hommes, puisque TEvangile n'en vient pas. 11 n'est point de livre, en effet, qui, comme celui-ci, puisse convenir à tous Tes âges, à tous les sexes, h tous les états, à toutes les conditions. Le religieux n'a point de règle plus parfaite, l'homme du monde de conseiller plus sage; I heureux du siècle y trouve de sûrs préservatifs contre les écueils de ta prospérité, l'affligé de suaves maximes qui le consolent et lui rendent la résignation plus facile; l'àme pieuse y alimente sa fbrveur» l'Âme tiède y ranime ses forces, TAme

pécheresse y puise des motifs ()e repentir et d'espérance ; le savant admire ce livre malgré la simf)licité et l'incorrcelion du style; l'ignorant s'y instruit malgré la profondeur et Télévation dos pensées ; tous les hommes, quels qu'ils soient, aiment h res* pirer le parfum de p.iété qu*il exhale , et, comme l'avait éprouvé saint Ignace de Loyola, à quelque page que Ton ouvre ce précieux manuel, on est sûr d'y rencontrer quelaue maxime propre aux besoins Krésents (le l'Âme; c'est comme Tesprit de îeu qui parle à chacun le langage qui lui convient. Quoiqu'un assez grand nombre d'hommes, éminents en piété comme en science, aient écrit sur des matières spirituelles et nous aient laissé de nombreux traités de perfection chrétienne, rienjusqu'ix^i n'a nu démentir le jugement de Fontenelle; limitation est et sera longtemps encore un livre à part, un livre inimitable. Nulle part, en effet, on ne trouve une doctrine plus sublime et plus consolante. L'idée au il nous donne de la justice et de la honte de Dieu nous inspire tour à tour une crainte salutaire et une confiance sans bornes. L'onction sainte qui accompagne les leçons de morale qu'il renferme pénètre avec elle jusqu'au fond de notre Ame et les lui fait goûter. Sa noble simplicité étonne, et semble révéler. Quelque chose de céleste. Approprié à tous les Ages comme à toutes les conditions, il nous présente le tableau fidèle dncœurhi^main, de ses contradictions, de ses faiblesses; il sonde toutes nos plaies» et en même temps nous offre le remède qui doit leur être appliqué ; il abat notre orgueil par la considération de nos misères, relève notre courage par l'appAt de la récompense ; dans tous nos combioits, dans toutes nos souffrances, il nous montre pour modèle celui qui a été brisé pour nos péchés, et qui nous cric : Il a fallu que le Christ souffrit, et qu'il entrât ainsi dans sa gloire... Vous tous qui gémissez sous le poids du travail, venez à moi et je vous soulagerai. C'est ainsi que, rouvrant notre Ame à l'espérance, yimilation nous apprend à supporter la

feine, et h dédaigner le plaisir qui passe, gravir sans nous plaindre l'étroit sentier do la viedout elle nous indique tous les écueils. On ne la lit jamais sans en retirer des fruits abondants, sans éprouver le besoin de so convertir ou de devenir meilleur. Un seul passage, un seul mot de ce livre précieux porte quelquefois dans TAmeune lumière vive qui la ranime, la fortifie, et dissipe toutes les craintes dont elle était agitée. La Harpe, dans sa conversion, nous en offre un exemple frappant. Victime des calamités qui pesèrent sur la France à l'époque de la révolution, jeté dans une prison, seul, en présence de la mort qu'il attendait tous les jours, il avait lu les Psaumes, l'Ëvangile, et ses yeux s'étaient ouverts aux vérités de la foi : quarante années d'égarement . l'épouvantaient. La religion persécutée et proscrite ne pouvait l'entourer de ses consolations, ses ministres ne montaient plus

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sur réchafaad que pour mourir. Il élaîl consterné» aballu, et n'avait retrouvé Dieu que pour le craindre. Dans sa douleur, il prend VlmUaiian qu*il avait sur sa table» il rouvre au hasard, pour chercher la réponse à ses tristes pensées» et tombe sur ces paroles : Me rotct» mon jUs^ je viene à VQUS^ parce que vou$ m*avez invoqué.

€ Je n*en lus pas davantage» dit-il ; Firopression subite que j'éprouvai est au-dessus de toute expression» et il ne m*est pas plus possible de la rendre que de ToubUer. Je tombai la (ace contre terre» baigné de larmes» étouffé de sanglots» jetant des cris et des paroles entrecoupées. Je sentais mon cœur soulagé et dilaté» mais en même temps comme prêt à se fendre. Assailli d'une foule d'idées et de sentiments, je pleurai assez longtemps» sans qu'il me reste d'autre souvenir de cette situation, si ce n'est que c'est» sans aucune comparaison, ce que mon cœur a jamais seoH de plus violent et de plus délicieux» et que ces mots : Me votct» mon fUs^ ne cessaient de retentir dans mon Ame» et d'en ébranler puissamment toutes les facultés. »

On a bien essayé d'établir une sorte de parallèle entre Vlmiiaiiôn et le Combat spirituel du P. Scupoli. Quelque parfait que soit le second de ces ouvrages» tout le monde p'eut s'est prononcé avec raison pour le premier. Voici sur ces deux livres» l'opinion d'un judicieux écrivain : « L'un, dit-il» conduit à la vertu» par la théorie des guerres et des combats» qui constituent la vie du Chrétien sur la terre ; l'autre» par la contemplation du plus excellent modèle et les leçons du plus grand maître. L'un est plus raisonné» plus méthodique; Tautre» par une impression lumineuse et rapide» prévient l'effet de tous les raisonnements et de toutes les méthodes. L'un tient plus du travail et de l'art; l'autre est l'ouvraçe du cœur, de l'onction et de la lumière de Dieu» dont les mouvements ne connaissent ni règles ni calculs. L'auteur de l'un a peut-être plus réfléchi ; l'autre a plus senti. ]» Les personnages les plus saints» comme les plus doctes, ont été unanimes dans la vénération pour ce livre» observe M. de Grégory. Gonzaiès atteste que saint Ignace était habitué k lire tous les jours le livre de Vlmitation de Ji$ut'Chri$t de la manière suivante : le matin» il en lisait un chapitre d'après l'ordre établi dans Touvrage» et» dans la journée» un chapitre pris au hasard» où il trouvait toujours» disait*il» quelque maxime» quelque sentiment propre k consoler son Ame et è satisfaire ses désirs. Il s'était tellement familiarisé avec cette lecture» que toutes ses pensées» toutes %^% acffbns devinrent conformes aux préceptes de l'auteur de Vlmitation de Jésus-Christ Al portait toujours avec lui Ce pirécieux livre» à la lecture duquel il animait tous ses disciples et ses amis. — Ce que nous venons de dire est pleinement contirmé par les historiens Orlardin (iiv. v» c. 5} et Ribadneira (liv. i» c. 13) dans la Yie de saint Ignace; nous rapporterons ce que ce dernier dit : « Ignace avait une grande habitude .de lire Thomas

A' Kempis, sur Tiraitatlon de Jésils-Christ; il se complaisait toujours dans cette lecture» de sorte que l'on peut avancer que la vie du saint fondateur fut une parfaite et constante imitation des maximes et doctrines renfermées dans ce précieux livre d'or. » D'après cela» et suivant les conseils donnés par saint Ignace, dans son livre des Exercices spirituels^ on ne doit pas s'étonner que dans toutes les chambres des Jésuites on trouve le volume de * Vlmitation de Jésùs-Christ. Enfin le Jésuite Georges May r» le premier qui ait traduit Vlmitation en grec» dans une lettre k Claude d'Aqua Viva» supérieur général de son ordre» démontre que le traité par lui traduit fut toujours très-vénéré depuis saint Ignace, qui le lisait tous les jours» et ce livre précieux fut apporté par les missionnaires chez toutes les nations» traduit dans leurs langues.— Louis de Grenade, dans son excellente traduction de Vlmitation eu langue espagnole» pense que ce livre est au-dessus de toute célébrité et de tout éloge, tellement que» après avoir entendu ce qu'on peut dire à sa louange» on est obligé de s'écrier avec la reine de Saba: Major est sapientia et opéra tua, quam nimor quemaudivi!

Il dit ensuite au lecteur : « Faites-en l'ex* périence; touchez et coûtez; vous apprécierez la force dos paroles» et vous mangerez la manne céleste» dans laquelle vous reconnattrez tous les goûts les plus délicieux que les bons Israélites goûtèrent jadis dans le désert. » 11 démontre plus loin que ce livre est un remède contre toutes les maladies de l'Ame» et il n'hésite pointa nous dire qu'on reconnaît dans la publication de ce traité une très-grande providence de Dieu; car» avec peu de mots» mais remplis d'une sagesse sublime» il nous indique et nous apprend beauix>up de choses très-propres h émouvoir le cœur de l'homme. Enfin il nous avertit qu'ii a fait imprimer le livre de Vlmitation en petU format» pour que tout le monde puisse aisément le porter, et consulter fréquemment ce bon et fidèle compagnon de voyage dans notre vie passagère» ce consolateur dans les adversités» ce conseiller dans les doutes. «Vous y trouverez» dit-il» là ma* nière de prier utilement» et une règle pQur vivre saintement et mourir dans la grAcede Dieu. Prenez donc avec vous ce bon ami» portez-le toujours h côté de vous; aorès ravoir lu» lisez-le encore et le relisez; il ne vous déplaira pas» croyez-moi» c^r même» après dix lectures» il vous plaira encore» et dans les mêmes paroles vous trouverez toujours quelque nouvelle chose à apprendre ; vous reconnaîtrez de pins en plus cette nature de l'Esprit divin qui est inépuisable. Recevez» 6 lecteur» avec reconnaissance» le don que je vous fais. Il vient de la bonté de Dieu» servez-vous-en bien.»

Saint Charles Borromée» archevêque de Milan, mort en i58i» disait» en parlant de ce précieux traité de morale : « que le livre de Vlmitation était le livre des livres» le consolateur de riiorame dans- ce monde.» —

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Sainl François de Sales, évoque de Genève, mort à Ljon en 165â, ce prélat si doux, si tolérant envers les autres, et si sévère pour lui-même, au témoignage de l*év6que de Beiley (Pierre Camus) liv. ix, sect. 21, après avoir médité le livre de Vlmitaiion de Jésui" ChrUt et Touvrage de Laurent Scupoli, in* titulé le Combat êpirituel^ se serait expliqué ainsi : « Ces deux traités ont été composés

f)ar deux auteurs vraiment inspirés par 'esprit de Dieu, et qqoiqu*ils présentent un titre différent, on peut dire de cnacun d*egx : Non est inventuitimilU illi. » ÇEccH. xliv 90. } Ce sont là les paroles du saint évèuue qui a fait plusieurs autres éloges du livre de Vlmitatton dans ses entretiens spirituels. — Le savant cardinal Barpnius, en parlant de ce traité de morale, affirme qu'on ne peut le lire sans en tirer journellemeni quelque avantage. — Fabius Justinien, évèque d'Hadria (au liv. ii, part, i. De $aera concione)f disait souvent que Topuscule do Vhnitation ne peut être lu sans un avantage spirituel par celui qui est bien attaché à Dieu. — Le cardinal Bellarmin, aussi distingué par sa piété que paf son savoir, dans les ouvrages de controverse, parle de Vlmitation^ et nous atteste que, depuis sa jeunesse jusqu'à un flçe très-avancé, car il est mort à soixantedix-neuf ans, il a touiours lu et relu ce traité, et qu'il n'a cessé d'y trouver quelque chose d'utile et de nouveau.

Le bienheureux Alexandre Sauli, Barna« bitO; évèque de Pavie, par la lecture de ce livre soulageait et récréait son esprit fatigué par les affaires de l'épiscopat et de son ordre. — Jean Vauduille , évèque de Tournay en Flandre, était si passionné pour la lecture de Vlmitationj il avait cet ouvrage en telle estime, que, toutes les fois qu'il voulait le lire, il prononçait ces seuls mots : Downex-moi le livre: on comprenait de suite qu'il voulait Vlmitation dont il faisait sa lecture habituelle. —- Thomas ftforus, le glorieux athlète de la foi en Angleterre, décapité en 1S35 pour avoir refuse de reconnaître Henri VIII comme chef de l'Eglise anglicane, disait souvent qu'avec le livre de Vimitation de Jéiuê-Chriêt on aurait très-bien pourvu à la félicité publique de la Grande-Bretagne, si les Anglais 1 eussent toujours lu et pratiqué.

Nous passons sous silence les éloges que tant d'autres personnages illustres tant en sainteté qu'en scienceont faits de notre livre. Bemarguons cependant que Pie IV, et le saint Pontife Pie V, de la famille Ghisiéri, d'Alexandrie en Piémont, ont conservé une

Sraude estime pour Vimitation. C'est encore e ce livre que saint Philippe de Néri, on 157i, a tiré sa règle de conduite, règle véritablement très-douce, qui servit de modèle et de guide aux Pères de l'Oratoire, car le lien de la charité est le seul qui les retient unis en parfaite harmonie dans leur congrégation. Knfin le révérend Père Henri Soroa- Jius, de la Compagnie de Jésus, dans une lettre à Léonard BetténiuSi abbé du monas-

tère do Saiiit-Tradon, s'exprime ainsi :

« Quelle vénération a méritée le livre do Vlmitation^ livre qui s'est frajré un chemin

f)artout I Je rapporterai ici, lyouto-t-il, uu ait qui paraîtrait incroyable s'il n'était pas confirme par le témoignage d'un auteur respectable. Un Père jésuite ayant été à Alser il y a dix-huit ans, pour la rédemption des esclaves, le roi, qui jadis avait été Chrétien, le mena voirsa bibliothèque qui était remplie de différents ouvrages; entre autres livres il lui montra celui de Vlmitation traduit en langue turque, et lui dit qu'il faisait plus de cas de ce livre que de tous ceux de Mahomet. »

Mais le livre de Vlmitation, observe M. de Grégory, ouvrage aussi pieux que touchant, aussi humble que consolant, traité qui ne respire que paix, que charité, qu'abandon et humilité, remarquable surtout par la noblesse et l'élévation des sentiments, n'est f>as moins célèbre par lesdisputes auxquelles e nom de son auteur a donné lieu, d«*puis les premières éditions, qui, dès U70, furent publiées ep Allemagne par Zainer, avec des caractères stéréotypés, jusqu'à nos jours. En effet, ce livre fut depuis lors la pomme de discorde entre différentes corporations religieuses, notamment entre les Bénédictins et les chanoines réguliers de Saint-Augustin, entre les Flamands, les Français, et plus tard les Italiens. Avant même I invention de rimprimerie, on avait déjà des doutes sur le vrai nom de Tauteur de ce pieux traité, eoaune le fait observer le savant bibliographe Mercier, abbé de Saint-Léger, dans sa dissertation publiée en 1775. Les imprimeurs du XV* siècle trouvèrent des manuscrits avec le nom de saint Bernard, ou avec son portrait dans la lettre initiale; alors on lui attribua le livre dans plusieurs éditions. —Il est certain qu'à cette première époque de rinvention de l'imprimerie, l'empresse*ment pour publier les manuscrits fut si grand. Qu'on n'y regarda pas de si près pour choisir les ouvrages, ni pour critiquer ceux déjà publiés, dont on voulait seulement multiplier les éditions par la presse, comme l'académie de Munich nous le fait observer. Il est résulté de là, que, si une erreur écrite a pu tromper quelques personnes, une erreur imprimée en a trompé des milliers.

C'est ainsi qu'un manuscrit d'Anvers qui finit par ces mots : Terminé et accompli Van du Seigneur lUl , par le$ mains de fi-ère Thomas A'Kempis dans le couvent de Sainte- Agnès f pris de la ville de Zwollj a donné lieu à une série d'éditions qui parurent en Alleuyigne, depuis l'année \Vl% éditions dans lesquelles Thomas, né à Kempen, en 1380, décédé chanoine régulier de l'ordre de Saint- Augustin, au monastère de Sainte-Agnèi^, près de Zwoll, le 25 juillet U71, fut depuis, grâce au zèle du Père Roswelde et de ses confrères, proclamé comme le véritable auteur de Vlmitation ; tandis (|ue la sous-* cription littérale montre clairement au'il n'avait fait que le copier, comme bien d autres livresj notamment en UIV, un Missçl,

WCTIOXÎÏAIUE

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el en 1439, une Bible qui porte la mâme souscription.

L*houneur do la Frnncç fut plus tard éveillé par Tapparilion dfs manuscrits qu'on venait ae trouver, avec les noms de Johannis Ges ou do Joh. Gers, En H60, des copistes, oui ignoraient Texistenco, au xiii* siècle, du Bénédictin Jean Gersen, au monastère de Verceil, ont corrigé et écrit en toutes lettres le nom alors célèbre de A/ogistri Johannis GersoUy interprétant ainsi ces abréviations. Dès lors on commença à imprimer, en 1474, à Louvain, et postérieurement à Venise, h Paris, à Barcelone el ailleurs, le livre de VlmiliUion sous le nom de Jean (îersoi, qualifié chancelier de Paris. Cette qualification de chancelier de Paris, donnée 5 Jean Cliarlier, surnommé Jarson,

t)uis Gerson, d*un iiameau du diocèse de leims, où il était né en 13(13, fournit bientôt, aurès que la cause de saint Bernard fut abandonnée, une preuve contre Tbomas A'Kempis, et lui ôta toute la gloire d*ôtre Tauteur de ce précieux traité de morale. Plus tard, vers le milieu du xvr siècle, Tempressement de tout imprimer sans critique s*élant modéré, on apporta une attention plus calme et plus scrupuleuse aux manuscrits qui portaient le nom inconnu de Joh. Ges ou Gers, et môme de Gerscn ; on comraença de plus en plus h douter que A'Kempis ou Gerson en fussent les auteurs.

Entin, un heureux hasard fil découvrir, en 16049 h Arone, ville située sur le lac Majeur, un très-ancien manuscrit ; on y lisait, en tète et à la fin de chaque livre, le nom de Abbatis Johannis Gersen, et non pas Gerson^ encore moins celui de chancelier de Paris, mais avec le titre û'abbé, dignité qui no fut jamais accordée, même par flatterie, au chancelier de Paris; car le titre û'abbé, jusqu'au xvii' siècle, appartenait proprement aux supérieurs qui avaient le gouvernement d'un monastère de Bénédictins, les seuls qui eussent l'usage de la mitre, do Tanneau et de la crosse, et qui pussent conférer la tonsure et les ordres mineurs h leurs relij^ieux. — Dans ses Considérations, feu J.-B. lience allègue que le titre d'abbé était aussi donné, en 1405, à Gerson de Paris, « en sa

aualité de commendataire de la cure de aint-Jean en Grève, dont l'église cloîtrée étaitune dépendance du monastère de Saint- Nicaise de Meulent. ]» Sans disserter ici, d'après le droit canonique, sur Torigine abusive du titre iVabbatis commendatarii, nous )iNOuvons dire qu'il est prouvé en fdit que ce titre ne fut jamais accordé h Gerson dans les actes de l'Université, ni employé par lui dans la signature des sessions aux conciles de Pise, en 1409, et de Constance, en 1415. Cette qualification d*a66a^tf Johannis Ger^ sen ou Gessem, qui se trouVcen cinq endroits divers, dans les planches des fac-similé rapportées par Gence, et mal exécutées sur le manuscrit d*Arone, que l'on conserve soi- Kueusement à Turin, à la bibliothèque de TAthénée royal, réveilla l,es anciens doutes sur le véritable auteur de Vlmitalion de

Jésus-Christ; on almndonna Gerson, et les Bénédictins se déclarèrent pour leur confrère, l'abbé Jean Gerson, tandis que les chanoines ré?nlif»rs persistèrent en faveur de Thomas A'Kempis. — On .procéda d'abord à des recherches dans les différents monastères, pour connaître .^i un abbé avait existé avec le nom dt^ Jean Gersen; et pondant ces recherches , l'abbé bénédictin Constantin Cajélani, secrétaire des lettres latines sous Paul V, publia avec élégance et exactitude, h Home et à Paris, en 1616, le même manuscrit trouvé h Arone. Bientôt de graves contestations s'élevèrent de part et d^utre. Des défenses en faveur de Thomas A*Kempis furent publiées par Rosweide, par Bollanoas et par le chanoine Fronteau; tandis que Cajétani, le respectable carde des sceaux de France,* Michel de Marillac, le savant Bezold et le docte Val^rave, les Bénédictins Mezlero, Quatremaire> Launoy et autres com^ battirent pour (lersen.

On est redevable è Augustin délia Cbiesa, évèque de Saluces, qui publia, en 1645, l'histoire des abbés des monastères bénédictins du Piémont*, d''avoir placé dans la liste chronologique des abbés du monastère de Saint-Etienne, dit de la citadelle, à Verceil, Johannes Gersen, de l'année 1220 à 1240: ce aui avait été constaté auparavant par Modena, chanoine de la cathédrale, et nar Rossotli, biographe piémontais. Une plus récente attestation fut donnée par le chevalier Jacques Durandi, Vercellais, président delà Chambre des comptes à Turin, décédé en 1817, lequel déclarait au président, comte Napione, et à ses autres collègues de l'Académie de Turin, que lorsqu'il s'occupait de rhistoire politique de Verceil, il avait lu ui» ancien parchemin, contenant la chronologie des abbes bénédictins de la citadelle, et que parmi eux se trouvait» à la date de lâo, Johannes Gersen.

Les histoires des auteurs piémontais que nous venons de citer ne furent pas consultées par les étrangers, à quatre cents lieues et plus dq dislance; on peut même croire qu'ils ne les connaissaient pas. On se réfutait par des écrits injurieux, sans égard ï la décision de la sacrée congrégation deUoine, en 1639; on poussa les choses jusqu'à s'attaquer de faussaire devant le parlement de Paris, en 1652, et la môme question, dit le chanoine Weigl, fut aussi débattue en Allemagne.

Le sage archevêque François de Uarlay songea, en 1671, à convoq^uer dans son palais les notabilités littéraires de Paris en congrès scientifique, afin de déterminer l'époque h laquelle le traité de Vlmitation a été composé, et pour décider sur l'auteur. A ceUe tin, douze manuscrits furent préseiv* tés, tirés d'Allemagne, d'Italie et autres (lays. Mais les savants en paléographie ne donnèrent leur jugement que sur deux-, propres à trancher la question. 1** Ils déclarèrent le manuscrit de 1«41, apporté d'Anvers, rempli de fautes et digne d'un copiste ; 2* le manuscrit de Padolironc lui fut reconnu antérieur au moins de deux cents ans et plus, d*après

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