‹ Dictionnaire d'ascétisme (volume 3)Chapitre 128 sur 186 · IM · texte numérisé non relu

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D^ASCETISME.

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les câraclèros diplomatiques qu*il présentait, sans cependant prendre garde à la date do 1414» qu*on trouve a la dernière page de ce précieux manuscrit de la bibliothèque royale, n'' 1556. —Cette décision n*ayant ni satisfait ni apaisé les parties, alors les Bénédictins obtinrent de Rome, en 1674, le Codex silurtanu^, manuscrit qui porte le nom de Jean Gersen, et qui fut produit dans une seconde conférence. Les p;!léographcs, appelés au monastère de Saint-Germain des Prés, décla* rèr^nt que récriture et les autres signes devaient faire remonter son antiquité à plus de deux cents ans.

Enfin, par Tactivité de Dom Mabillon, on obtintd*Arone le manuscrit longtemps refuséi ainsi que deux autres très-precieux, apportés de Parme et de la ville de Bobbio, en 1687 ; ces trois manuscrits, portant le nom de Jean Gersen, furent soumis à un nouveau congrès, composé de dix-neuf savants de Paris, et ils qécidèrent que les manuscrits d*Arone et de Bobbio étaient les plus anciens, antérieurs de trois cents ans, ainsi de Tannée 1387 au moins: ce que Mabillon déclara aussi dans son Muséum lialicum^ publié en 1687, à Paris.

La cause de Thumble abbé bénédictin Gersen devait triompher, h la suite de (rois congrès qui lui avaient été favorables ; mais le duC'teur Dupin, après avoir signé le proeès-vert)al de 1687, changea d'avis, el, en 1698, publia un écrit en faveur de Jean Gerson, chancelier de TUniversité. Les disputes recommencèrent entre les kempistes et lesgersénistes; et, pendant le xvm* siècle, deux auteurs seulement, Tabbé Andry et Ponsampieri, ont écrit pour Gerson, et plusieurs autres restèrent dans le doute h Té-

f;ard de Tauteur. — Les horreurs d'une révoution sans exemple dans Thistoire parvinrent à ensanglanter la noble France; les factions et les guerres firent abandonner les bonnes éludes; les lycées et universités devinrent déserts, et les discussions sur Tauteur de Vlmitatiatif après les notes de Godescard et de Mercier de Saint-Lé^r, publiées en 1788, à la veille de l'horrible catastrophe, furent abandonnées.

Il était réservé au siècle présent, après que l'ordre, la religion et les lois forent rétablis par la main de fer de Napoléon, de

E^uvoirs occuper de discussions historiques. n 1808, un savant de l'Académie des sciences de Turin, Galléani Napionc, décoré de la Légion d'honneur, fut le premier è jeter le gant sur la question du véritable auteur de Vlmilation. Un autre Italien, l'abbé Can* celiieri, de Rome, en 1809, s'associa au premier pour démontrer que le moine Jean Gersen, abbé de Saint-Etienne à Verceil, en était le véritable auteur. Perspnne, pas même eu Flandre ni en Allemagne, no songeait au bon Thomas A'Kempis; et tandis aue le noble vicomte de Chateaubriand, ans son Génie du chrùiianisme^ en 1809, parlait du livre de limitation comme d'une espèce do phénomène du xin* siècle, Lambinet inséra» dans le Journal des Curés du

22 août, h Paris, ses remarques sur plusieurs éditions latines de limitation^ auxquelles, dans le même journal, Jean-Baptiste Gence répondit de suite, en engageant une nouvelle dispute. En 1810, le môme Gence, après avbir publié eri septembre, dans le même journal, une notice sur le caractère des éditions ou traductions françaises les plus remarquables dti l'Imitation de Jésus- Christ^ eut connaissance d'une nouvelle dissertation de Napiooe, lue h l'Académie de Turin, et publiée en 1811, sur le manuscrit d'Arone. Alors, profitant des lumières de son ami Alex. Barbier, bibliothécaire de l'empereur, et de sa Dissertation sur soixante tra-* duetions françaises deV Imitation j publiée en 1812, à Paris, Gence ajouta, à la suite (page 215), des Considérations sur la question refative à hauteur de /'Imitation, et sur les discussions qui. la reproduiêmi.

L'écrivain français altaoua rudement Napione et Cancellieri, et| s emparant des anciennes allégations des défenseurs de Kempis, non-seulement il nia l'existence d'un in* dividu portant le nom de Jean Gersen, de ce fantôme, prétendu abbé de Verceil, inventé pour le substituer h Jean Gerson, chancelier, mais, de plus, il méprisa Tautorité des anciens historiens Modéna, Beliini, Cusano, de l'évéque Ferrero, Corbelli, du Bénédictin Rossolti, et de l'évéque délia Chiesa , et autres autorités en laveur de l'abbé Gersen. Enfin, il conclut par dire que seulome!it trois manuscrits portent la désignation de Gersen, et que ce n'est qu'une corruption du nom de Gerson ; il promit alors une édition latine de l'/mtVation avec des variantes, et l'indication textuelle deis passages de l'Ecriture, pour laquelle il profita d'un travail que le pieux et savant Larcher lui avait abandonné.

M« de Grégory raconte ensuite comment, en 1825, il découvrit h la bibliothèque royale le fameux Codex Cavensis (manuscrit de La Cave), ceux de Bpbbfo et de Parme dont on ignorait l'existence depuis 1790, époque de la suppression des Bénédictins. Mais une nouvelle découverte devait fixer irrévocablement son opinion en faveur de Gersen : « La révolution des trois mémo-* râbles journées de juillet 1830 allait, dit-il, nous détourner de nos études historiques, lorsque la Providence nous mit en main un manuscrit aue nous avons acheté et appelé Codex de aavoeatis sœeuli xiii ; cette heureuse et importante découverte fut faite le k août suivant, chez M. Téchener , libraire de Paris.

« Ce précieux manuscrit, soumis bientôt à l'observation de savants experts en paléographie, fut jugé le plus ancien connu et le [)lus correct. Ces déclarations suffirent pour nous encourager à de nouvelles recherches ayant pour but de constater l'époque approximative de l'existence du Codex de ad'voeatiSf lequel, par actes judiciaires, fût ensuite prouvé être antérieure l'an 13(^9; ce qui résulte, par preuves légales, du Diarium Jbsephi de aavocatis.

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MCnONNAIRE

«lléfaittrès-ifD()ortantde publi<;r de suite le leite de ce précieux maiiuscritf avec des notes et avec les variâmes de plus anciens manuscrilsd'ii/iolio, de£a Cata^ de Bobbio et de Padolirone. Nous layous fait en rédi-

Seant une prébco historique apfiujrée des ocuments et des avis des savants experts déjà cités. — Une première édition è cent exemplaires, porte le titre de Codex de advocaiii iœculi xiii, de imilaiione ChriHi ei conlemptu mundi omniumque ejus vanitatum libri IV, fidelUer expreaus cum notis ei roriii lecttonibuSf curarUe equUe G. de Gregoryf J, U, doctore^ prœside honorario in suprema regia curia Àquarum-Sexliarum^ edilio princeps. LuMiœ^ mdcccxxxiii. Exeudebant Firmin Didot fratree ; vol. {^rand in-S**, avec une déilicace aux illustres biblio- [ihiles. — Après le tirage de cent exemplaires sur un grand papier vélin, avec cinq planches reprodnisanl des fae-êimile et lancienne orthographe du texte, qui fut par nous corrigé et soigné, nous avons fait un second tirage selon Torthographe moderne , avec ce titre : De imUatione Christi et comiemftu mundi omniumque ejus vanitatum libri IV. Codex de advoeatie sœeuli xiii, editio iecunda^ cum notiê et variii lectionibus ; curante eauite G. de Gregory ; J. V. doctore^ prœside honorario in iuprema regia euria Aquarum-Sextiarum. Paruiii, typie frairum Ftrmin Didot^ régie et regii instituti typo^ grapho ; 1833, v. tfi-8*.

« Nos deux éditions furent accueillies avec intérêt par la république des lellres. Mais quelque critique incr&Jule s'avisa d'attaquer le procès-verbal dressé en la ville de Biella, le 25 nov. 1831, et confirmée Paide de nouvelles preuves, le 31 janvier 18^ par le notaire royal Ignace Dionisio et par Tabbé comte Gustave Avogrado de Valdengo, assisté de plusieurs témoins qui ont signé les actes légalisés par le préfet du tribunal et par son greffier. Il résulte de ces actes que « le manuscrit deAdeocatis appartenait, en 1349, à Joseph de Advocatis de Valdengo, qui le donna, le 15 février, jourde dimanche, à son frère Vincent, domicilié à Cérione, village près de Biella, à l'occasion d'un partage de famille entre les deux frères. » Cette attac^ue injurieuse contre des fonctionnaires publics, qui n'avaient aucun intérêt à cacher la vérité, nous obligea à demander par lettre Mùfac-^imile de rarticle de ce précieux journ 1 de famille, sous la date du 15 février 1349, conservé dans lesarchivesdu comte Avogrado, seigneur de Valdengo, de Cérione, etc. « Ce fac-similé nous fut envoyé de Biella le 17 juillet 1832, par le chanoine Morra, vicaire capilulaire et trésorier de la cathédrale. L*église de Biella ayant obtenu, le 30 septembre 1833, un nouvel évêque dans la personne du savant théologien Losana yean-Pierre), ancien délégué apostolique d Alep, nous lui demandâmes, par lettre du 2* mai 1835, un autre certificat. Le respectable évoque daigna nous l'accorder, et poussa la complaisance jusqu'à nous transcrire l'extrait du même journal, qui appar-

tient h la famille Avogrado et qui concorde avec l'acte de Dionisio, notaire royal à Biella.

« Notre intention, dàk manifestée dans les* préfaces latines des éditions de 1833, était de donner, dans les d^nx langues, italienne et française, des traductions textuelles et littérales du Codex de advocatiê. Nonobstant les souffrances que nous occasionnait une longue et dangereuse maladie, nous avons, en décembre 1835, fait paraître simultanément les traductions, en deux vol. in-18 de 400 pages chacune, imprimées avec élégance par les frères Firmin Didot* — Nous les avons dédiées aux dames chrétiennes, chargées spécialement de Tédueetion de leurs enfants, après avoir montré que la lecture de cet ouvrage rend lliomme plus |iaisible dans sa liunille et plus prudent en société; que cette lecture a été recommandée par une feiçme non moins illustre en sainteté qu'en littérature, la bienheureuse Hosanne Audreassi, reliffieuse dominicaine, née à Mantoue en 1449.

c Enfin, non content d*avoir rempli notre

firomesse, d'avoir propagé ainsi en trois angues différentes la lecture du meillear des livres ascétiques, nous avons encore transcrit à la dernière page le certificat du respectable évêque de Bidiat certificat daté du 1" octobre 18%, signé de sa propre main, et contresigné par le chancelier Maggia. »

Après toutes ces preuves authentiaoes et les documents publiés, H. Onésime Leroy, en 1837, prétendit avoir trouvé & Valencienne un manuscrit portant le texte prt^ tif frmnçaU de FImUation de Je$u$-Ckriei. Cette trouvaille sans preuve fit beaueoup de bruit; I^Académie française proposa, pour 1838, l'éloge du chancelier Jean Gerson, et accorda deux prix aux lauréats, MM. Dopré et Faugères. Alors se sont élevées de nouvelles discussions, auxquelles ont pris part le chanoine Weigl, dans sa Polyglotte^ et M. Noihac pour Gersen, Bénédictin, tandis que MM. MontCBilcoc, Leroy, Michelet et Oéraudviennentde# publier leurs arguments pour Gerson, chancelier.

Nous n'analyserons point les lonss arguments uueM.de Grégory tire de sa découverte ; qu'il nous suffise de citer le compte-rendu donné par Y Ami de la Religion (12 novembre 1833) : c On sait, dit-il, que M. Gence refuse également à Kempis et à Gersen la gloire d'avoir composé Vlmitation : il donne ce livre à Gerson. M. de Grégory, de Verceil, président honoraire à la Cour royale d*Aix, avait déjà traité cette question dans son Histoire de la Littérature de Yerceil^ en 4 vol. in-4% imprimés à Turin de 1819 à 1824. Depuis, il avait paru de lui un Mimoire sur le véritable a^eur de rimiMion^ revu et publié par Laniuinais, 1827, in-12. Aujourdhui, M. de Grésory se présente avec de nouvelles armes qtrii regarde comme décisives. Il a découvert un manuscrit iusqu'ici inconnu des savants. Le 4 aoûTt 1830, il a acheté à Paris, du libraire Téchener, un manuscrit sur parchemin , contenant les

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quatre livres de Vlmitalion, el que Téchener avait acheté h Metz du libraire LéTÎ. Comment Lévi avait-il ce manuscrit ? C'est ce qu*on n*a pu véritier. Mais on voit, par différentes notes, que ce manuscrit avait appartenu à la famille Avogrado, de Verceil, et qu*il était depuis longtemps dans cette Tamille. Dans une esjpèce de journal de la famille Avogrado, if est parlé, sous Pan 1349, d*un manuscrit de Vlmitationf qu'un Avogrado (en latin de Advocaiii) tenait de longue main de ses ancêtres, et dont il faisait présent à un de ses frères. Ceci trancherait la queêtion ; car si llmiiation existait en 1349, et qu'un manuscrit de ce livre exislAt de ianguê maim dans une famille, il est évident qoe l'oarraçe ne peut être de Gerson, qui ne naquit qu'en t383, ou d'A' Kempis,qùi ne naquit qu*en 1380. Gersen était du siècle précédent et était abbé de Saint-£tienne, de Verceil,de 1220 à 1240. M. de Grégory a fait examiner son manuscrit par plusieurs savants franj^ais et étrangers, qui, au caractère de Técnture, ont cru reconnaître qu'il était de la fin du xiu* siècle ou du commencement du xiv*. C'est l'opinion de MM. Nodier, Marcel, Buchon et Artaud, et de dix littérateurs italiens ou allemands. M. de Grégory a joint leurs témoignages à sa préface. »

Il ne s'en lient pas là, et, à l'exemple de M. Gence, 11 donne une description des manuscrits de Vlmitatian. D'abord, il examine les manuscrits du xy' siècle, sans nom d*auteur. Le premier est son manuscrit Avogrado, qui est en petits caractères, avec beaucoup d'abréviations. MM. Lépine, Guérard , Audiffret, et autres gardes des manuscrits de la Bibliothèque du roi, ayant comparé, le 9 août 1830, le manuscrit Avoçrado avec ceux de la Cava, de Bobbio, de Brescia, de Mantoue et autres qui avaient été rapportés d'Italie par Mabillon en 1686, et avec le fameux manuscrit de Gerardmont, décrit dans l'acte de 1671, et assigné a l'an 1400, ont estimé que ce manuscrit leur était antérieur. M. de Grégory passe en re* vue trente manuscrits du xy' siècle, sans nom d'auteur. Il cite quatre éditions du même siècle, également sans nom d'auteur» trois manuscrits etseptédltionsquiattribuent l'ouvrage à saint Bernard, neuT manuscrits et huit éditions qui l'attribuent à Thomas A'Kempis; cinq manuscrits et douze éditions qui le donnent à Gerson, et quinze manuscrits qui portent le nom de Genem^ ou Gersenf ou Gereem. De cet examen, M. de Grégory conclut que plusieurs manuscrits, dont l'authenticité n'est pas douteuse, ne portent aucun nom d'auteur ; qu'aucun ma* nuscrit ne porte le nom d'A'ftempis avant 1441, et aucun celui de Gerson avant 1460.

Le savant auteur ne manque pas de tirer avantage de l'examen de treize manuscrits fait en 1671, à Paris, par plusieurs savants, et de l'examen que d'autres savants firent en 1687 des manuscrits d'Arone, de Parme et de Bobbio.

M de Grégory donne ensuite le texte de

VimUation d'après le manuscrit Avogrèdo.

Il indique soigneusement les variantes des principaux manuscrits et des éditions les plus connues. Ce trayait paraît fait en conscience et par un homme qui a bien étudié VlmUaiion^ et qui a fait de très-grandes recherches sur le texte de cet incomparable ouvrage. Il faut parcourir l'édition pour se faire une idée de ce travail. L'éditeur cite les passages de rEcrilure auxquels l'auteur de VJmitation fait allusion. Enfin, il ne néglige rien pour éclaircir le texte, et compare les préceptes qu'on y trouve avec ceux de la règle de Saint-Benoit. Tout cela fait le sujet d'un grand nombre de notes , qui sont en latin comme le texte.

L'éditeur avait publié une première édi* tion ayec l'ancienne orthographe, mais' à cent exemplaires seulemeolf et pour satisfaire la curiosité des bibliophiles. Celle-ci est plus soignée et jplus pArgée des fautes qui appartiennent au xifi* siècle. A la fin, on trouve une liste des locutions d'un latin fieo correct, et qui se trouvent dans le manuscrit Avogrado. Ce manuscrit a été offert par M. de Grégory au chapitre de la cathédrale de Verceil, pour être conservé dans ses archives. Il est de forme carrée, de caractère gothique nouveau et rond, presque sans ratures. Il parait avoir été écrit par une plume de fer ou d'argent. L'éditeur fait di^ férentes remarques sur le caractère de l'écriture, sur la ponctuation, sur l'orthoeraphe, sur les abréviations, sur les corrections qui se trouvent en marse. II trouve dans tout cela des preuves de rantiquité du manuscrit. Six gravures offrent le portrait de l'abbé Gersen, trois epécimen du manuscrit Avogrado, un spécmen du manuscrit d'Arone, et des tpéeimen de quatre autres célèbres manuscrits. {Ami de ta Religion.) Malgré toutes ces raisons , les partisans du chancelier Gerson ne se tiennent pas pour battus. Au xy' siècle, disent-ilS| et même au commencement du xvi*, on qo connaissait généralement d'autre auteur de l'/mtiaiion que Jean Gerson, chancelier de TUniyersité de Paris. Les premières éditions parurent sous son nom, et ce nom se lisait sur presque tous les manuscrits , à moins qu'ils ne fussent anonymes. L'ouvrage entier,ou du moins quelques livres, était presque toujours eu compagnie d'autres opuscules du même auteur. Au rapport de L.

Gonzalès et de N. Orlaudini, saint Ignace de L-oyola ne désignait ce traité que sous le nom du livre de Gerson, LibetlusGer^onii^ Cependant, comme le catalogua des ouvrages du chancelier, donné par son fi ère, le prieur des Célestins, ne faisait aucune mention de VimUation de Jésui-Chrietf du moins sous ce titre, on conclut de ce silence qu'il fallait attribuer Touvrage à d'autres auteurs^ — Déjà, en 1488, avait paru è Toulouse une édition française, avec ce titre : Cy comance le Hure trie éalutaire la Tmiiation Jhesu Christ et mesprisement de ee monde, premièrement composé en laêin par sainct B\rnardf ou par aultre dévote personne, at^

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DICTIONNAIUE

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Iribuià maislre Jehan Gênons chancelier de Paris , et aprèi translaté en français en la cité de Thofose. Ici saint Bernard est soupçonné d*6tre lautcur deVImitation; mais, outre qu*il était peu probable qu*un ouvrage .de ce Père, et surtout un ouvrage de ce genre* fût resté inconnu pendant près de trois siècles, il suffifiait de lire quelques pages de sts écrits pour s*assurer que l'/mttation n*est pas de son style. Saint Bernard ne fut donc pas un concurrent sérieux» et l'édition précitée fut la seule qui |K)rtAt son nom. Un manuscrit du xv* siècle, trouvé a Lonvain, et contenant les quatre livres de \ Imitation^ se terminait par cette formule : Finiluset completus per manus fratris Thomœ AKempii^ anno IHl. Cette découverte parut lever tous les doutes; on connaissait la date certaine et iq véritable auteur du précieux opuscule. Il aTAÎl été terminé en IM^l, et composé parTbbiùs A*Kemnis, chanoine régulier de Mont ftiinte-Agnes , près de Swbll. D'ailleurs, Ahs le xv* siècle, deux éditions avaient paru sous son nom, Tune en français, à Paris, en 149à,etrautreea latin, à Nuremberg, Tannée suivante.

Hais voici que de toutes parts surgissent des manuscrits offrant d'autres noms ; la bibliothè* que des Jésuites d*Arone, entre autres, présente un'autoçrapbo du xni* siècle, où l'on trouve en tète de chaque livre le nom d'un abl)é Jean Gërsen ou Gessen, gue l*oii dit abbé de Saint-Eticnae ou de Saint-André de Verr ceil. Voilà donc Thomas A'Kempis dépos* sédé, puisque le livre qu'on lui attribue existait deux cents ans avant lui; ce livre n*est plus l'œuvre d'un chanoine régulier, maïs d'un religieux bénédictin ; il ne vient plus d'Allemagîie, mais d*ltaiie. De là une vive polémique à laquelle prirent part, du côté de Thomas A'Kempis, les Jésuites Uosweide et Hezer, le savant G. Naudé, les chanoines réguliers Frbnteau, Amorl et Frova, ce dernier de Vorceil.; du côté do Jean Gersen, le docteur Jean de Launoy, les Bénédictins Cajétan, Valgrave. Quatremaires et Mabillon ; de là aussi des injures, puis un procès judiciaire, terminé par un arrêt du 12 fréyrier 1652, qui défendait d'imprimer à l'avenir Vlmitation sous un autre nom que celui de Thomas "A'Kempis. Le temps n'a sanctionné ni l'arrôt do la cour, ni les ar-

Î juments des deux partis, coutinuent les lersohistes, et le nom de Jean Gerson, trop longtemps écarté, ost revenu enfin revendiquer sqs droits. Quoique les Allemands d'une part, et les Italiens de l'autre, aient cru remarquer leur idiome respectif à travers le texte latin de l'ouvrage qu'ils se disputaient, on Qnit par reconnaître que les nombreux gallicismes parsemés dans ce texte indiquaient exclusivement une origine française. On sentit de plus que là formule qui termine le manuscrit de Louvain accusait moins un auteur qu^un copiste ; ce que rendait plus que promable le genre d'occupation habituelle du bon chanoine de Mont Sainte-Agnès, qui avait signalé son talent calligraphique en copiant.

pour son couvent ou pour d'autres maisons^ jdusieurs ouvrages, tels que la Bible, des livres de chant, des missels, des 0))uscules de saint Bernard, etc., d'autres Pères, tous revêtus de semblables formules. La formule susdite ne prouvait donc pas plus dans uq cas que dans un autre, et le nom de Thomas, écrit sur le texte de IHl, ne témoignait pas plus un auteur du livre que les iioms de G. de GOitingen, do Conrad Obersperg, d*Etienne Purchkard, de Louis du Mont, etc., trouvés sur d'autres Imitations manuscrites, ne témoignaient pour ceux qui les avaient copiées. £n(iu les témoignages que l'on invoquait en faveur du chanoine allemand étaient reconnus apocryphes ou tout au plus fondés sur des ouî-dire. Quant à Jean jGersen» avant de le faire fauteur de Clmitaiian^ il eût fallu constater son existence. Ce personnage, dit du xin* siècle., contemporain et ami de saint François d*Assise et de saint Bonaventure, était demeuré inconnu jusqu'au XVII* siècle, même dans le pays ou on lui donnait une prélature; le Catafoguedes abbés de Verceil ne contenait aucun nom semblable, et la première fois qu*on le voyait apparaître sur quelques listes, c*étaità ré()oque des débats en question. D'ailleurs, au jugement des plus habiles paléoçrapbest et notamment du P. Zaccaria, le manuscrit d'Arone, loin d'avoir rantîquïté qu'on lui supposait, ne remonte pas môme au temps de Gersen. Tout ()orte à croire que cet auteur n'a jamais existé que dans l'iniaginaiion de ses partisans, et que son nom n'est autre que celui de Gerson défiguré. En vain» au commencement de ce siècle, MM. Napione et Cancellieri ont essayé de ressusciter le prétendu abbé de Verceil; en vain, le pré-sidônt de Grégory, sur la foi d'un manuscrit dont il aimait à reculer l'antiquité, a publié plusieurs brochures pour soutenir les droits de cet auteur imaginaire; tous les efforts sont restés inutiles, et Jean Gersen est retombé plus que jamais dans son néant. Ces deux prétendants une fois écartés, le chancelier de Paris devait nécessairement reparaître. Déjà il avait pour lui le témoignage des éditions antiques, et ceux non moins respectables de Sainte-Beuve et de Bossuet, de G. Labbé, de E. Dupin, et d'autres savants; d'autres preuves (levaient encore militer pour lui. Dans le volumineux index du Vatican, où se trouve l'indication de tous les livres contenus dans la bibliothèuue des monastères d'Italie avant le xvu' siècle, on voit que do li70 à 1600 il n'y a presque pas d'années où il n'ait paru une ou Plusieurs éditions latines ou italiennes de I Imitation sous le nom de Jean Gerson,

Îu'il en existe très-peu sous le nom de homas A'Kempis, et seulement à tiartir de la moitié du xvi* siècle; enGn qu'il ne s'eii trouve aucune sous le nom de Jean Gersen« Les difficultés tirées du silence du catalogue écrit par le prieur des Célestins, ou de la qualité de religieux réclamée pour Tanteur par certains passages du troisième livre, n existent plus depuis que l'on sait que le

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liCre primitif ;du pieux ouvrage n'était pas: De imUatione ChristU mais bien, Consolaiiones inlernœ, on plutôt, en français, de rifUemelle consolatiofij et que les passages applicables aux seuls moines sont des additions qui ne se trouvent pas dans le texte original. M. Gence, dans ses Considérations sur l'auteur de l'Imitation^ imprimées à la suite de la Dissertation de Barbier sur les traductions françaises du même ouvrage, a clairement établi les droits de notre compatriote, et démoDtré que V Imitation est.une gloire de plus ^oui appartient à la France. Enfin M. QnAiÊU)Q6 uroy a trouvé, il y a quelques anoéeài àtàê Ja bibliothèque de Valencieonet» qd manuscrit authentique portant le titre d^hUmMe conê9kUion ; et propre à dissiper tous les doutet'^iiii pourraient subsister encore. Voici ce ^me dit de cette découverte M. Leroy lui-même, dans une lettre à M. de Lamartine : « Ce manuscrit inappréciable contient : 1** le texte primitif de VlmitatioUf composé d*abord en français par Gerson pour ses sœurs, et copié par ordre du bon duc de Bourgogne; 2** deux discours semi-politiques sur Ta passion de Jésus-Christ, prononcés à Paris par le mémo Gerson; Tannée où les confrères de la passion représentaient le grand drame, dont la bibliothèque de Valenciennes nous offre aussi le texte manuscrit, comme pour rapprocher ce que Téloquence et la poésie française ont eu de remarquable dans le XV* siècle. » Ainsi parlent les défenseurs de Gerson réfutés plus haut par M. Grégory.

Quant aux partisans de Thomas A'Kempis, les plus célèbres sont Kosweide, Jésuite d'Utrechl, mort à Anvers en 1679, et Ëusèbe Amort, de Bavière, chanoine régulier de Saiut-Au^ustin, décédé en 1775. — Le premier attira tous ses confrères, qui prirent fait et cause pour lui et soutinrent son opinion. Le second devait avoir absolument pour partisan tout Tordre des Chanoines réguliers, qui non-seulemeut ont écrit des Tolumes, mais encore ont intenté et soutenu plusieurs procès contre les Bénédictins, Ils ont de plus agi pour faire inscrire sur toutes les premières éditions du livre de Vlmitalion de Jésus-Christ^ surtout en Allemagne, le nom de leur confrère A'Kempis, de préférence aux autres. Les Chanoines réguliers s'appuient, comme on Tadéià vu, sur le manuscrit d*Anvers, dans lequel on lit: Fini et achevé V<m du Seianeur iikif par les f nains du frère Thomas A'Kempis^ du couvent duMont-Saint'Agnisprès de ZewolL On devait déduire de ces mots que Thomas A'Kempis avait été le copiste du manuscrit, et non Tauteur du livre de V Imitation f comme le docte président de Marillac Ta justement décidé, et avec lui le savant Valgrave et le critique Mariano. Ce dernier ayant trouvé les trois premiers livres de Vlmttation confondus dans plusieurs manuscrits sans suivre Tordre des chapitres , écrivit alors dans le journal de Rome, en 1668, que Thomas A'Kempis en avait été le compilateur et jamais Tauteur.

DiCTionN. d'Asgétismx. L

Nous n'entrerons pas en lice avec le P. Mariano pour combattre son hypolhèse, mais nous ajouterons que Gcnee , dans ses Cor^d^'ations de 1812, a prouvé jusqu'à Tévidenceque Thomas ne fut pas compilateur, mais simple copiste, et auo c'est seulement lors de Tinveution de l'imprimerie, €omme Tacadémiede Munich nousTafGrme»

que , d'après le manuscrit de lUl, les édi lions se sont multipliées jusqu'au nombro de soixante-dix-neuf sous le nom de Thomas A'Kempis, surtout en Allemagne, où l'opinion était fortement établie en sa faveur. Une dernière preuve que Kempis ne fut que le copiste d'un ancien manuscrit de Vlmttation, nous la déduisons des erreurs d'orthographe , des barbarismes , même des solécismes qu'on lit dans son manuscrit de 14&1, fautes qu'on ne trouve pas dans l'extrait qu'il a composé de la fi9^jà$ sainte Lidwint sur celle du frère minew Brugman, Hollandais. On ne trouve pas même une phrase conforme au traité de Ylmitation dans le livre' De vera compunctione cordis , composé par A'Kempis , comme Erbard Ta fait remarquer.

Si la simple signature du manuscrit per manus peut être favorable 5 A'Kempis pour le présumer auteur de Vlmilation , on ne peut s'empêcher aussi de reconnaître pour auteurs de Vlmilation de Jésus-Christ les copistes des manuscrits suivants : Codex Gerardi Montis , finitus per Ludov. de Monte. — Codex Augustanus I ^ finitus per Geor-giumde Gotlingen^ etc., etc.

Ce que nous avons allégué de Toecupation journalière de Thomas A'Kempis est confirmé par le Dictionnaire universel , où il est dit que ce chanoine passait son temps à copier de vieux manuscrits. En preuve, on y cite le manuscrit d'un premier missel de Tan 141& , Per me fratrum Thomam Kernpem;de plus, la célèbre Bible déjà menir tionnée , qui fut terminée en li39 ; et Ton y ajoute que le même Thomas atteste avoir copié plusieurs livres de chant, cantuales : d'où Ton tire la conséquence très-juste que le traité de V Imitation de Jésus-Chnst n'a pas été composé par A'Kempis , car Tauteur de ce traité voulait rester ignoré , et la signature du manuscrit de l&4i , en supposant qu'elle est celle de l'autographe , serait en contradiction avec la volonté même de Tauteur. V^^Vv

Charles Butler , évèque anglais en 1736 , croit tirer un argument décisif en faveur d'A 'Kempis , de ce qui est dit au chapitre 25, livre i de T/mtto/ton ,« d'un homme qui flottait souvent entre la crainte et Tespérance. » Cet article n'est pas applicable à A'Kempis , dont la ferveur pour la règle était exemplaire , mais bien aux novices bénédictins, comme le mattre l'explique, en leur rappelant pourquoi ils sont venus au monastère et ont quitté le siècle.

Toutes les inductions en faveur d'A'Kem« pis , qiTAmort a déduites, soit delà conformité du style , soit des idiotismes qu'il porti^ au nombre de quatre cents» soit d# l|i

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DIGTIOMNAIRE.

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