‹ Dictionnaire d'ascétisme (volume 3)Chapitre 130 sur 186 · EA · texte numérisé non relu

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MCnONMAIRE

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la grâce. Martyrius voirait avec admiration son disciple avancer de jour en jour dans les voies du salut.

Après la mort de Martyrius, arrivée en 560, le saint, conformément au conseil que son directeur lui avait donné, résolut d'embrasser la vie des anachorètes. 11 se retira donc dans l'ermitage de Thole, situé dans la plaine qui est au bas du mont Sinaï. Sa cellule était environ à deux lieues de l'église (183). 11 y allait les samedis et les dimanches pour entendre l'office et pour communier avec les moines et les anachorètes du désert. Il évitait toute singularité, la regardant comme une production de la vaine gloire. De là vint qu'il mangeait indifféremment de tout ce qui n'était pas interdit aui moines d'Egypte, observant seulement de se renfermer dans les bornes d'une exacte sobriété. La prière était sa plus douce et sa principale occupation ; toujours animé d'une ferveur extraordinaire, il ne perdait jamais de vue la présence de Dieu. Ses pensées, ses

Îaroles et ses actions se rapportaient toutes Taccomplissement de la volonté du Seigneur. C'est ainsi gu*il réduisait en pratique ce qu'il a depuis si fort recommande à tous les Chrétiens (184). Il acquit par l'exercice habituel de la contemplation une parfaite pureté de cœur et une très-grande facilité de voir Dieu en tout. 11 donnait un temps considérable à la lecture des livres sacrés et des ouvrages des saints Pères ; ce qui le rendit lui-môme un des plus savants docteurs de l'Eglise. Mais il cachait ses rares talents et les grâces singulières dont son Ame était enrichie, dans la crainte de perdre le précieux trésor ie l'humilité. H savait combien le poison de la vaine gloire est subtil, et que, sans une extrême vigilance de notre part, il s'attache è nos meilleures actions, et pous en dérobe tout le prix.

Quoique Jean vécût dans son ermitage en vrai solitaire, il ne s'y croyait point encore assez éloigné du commerce des hommes. Il se Gt une grotte dans un rocher du voisinage, pour s'y renfermer au moins de temps en temps. Lorsqu'il y était, il se livrait avec une ferveur plus qu'humaine à tous les exercices de la contemplation. Il était pénétré d'une charité si ardente et d'une si vive componction, qu'un torrent de larmes coulait presque sans cesse de ses yeux. La vue des misères inséparables de cette vie lui arrachait des soupirs et de< gémissements, qui frappaient l'air avec autant de force que pourraient faire les cris de ceux que Ton coupe avec le fer, ou qui souffrent la peine du feu. Il eût bien voulu vivre toujours seul et entièrement inconnu aux yeux du monde; mais l'éclat de sa sainteté perça malgré lui. On venait le consulter comme un maître dépositaire de la science du salut, et il ne put refuser à un

(185) Il parait que c'élail Tégllse de la sainte vjerge. que I empereur Jusiinicii avaîl fait bàllr sur le mont Sinaî pour Fusage des moines (Voyez Pr<h' tope, \. X De jBdif. Juuin.).

solitaire, nommé Moyse, de le prendre sous sa conduite.

Le serviteur de Dieu avait un taient extraordinaire pour guérir les maladies de l'Ame. Un moine, nommé Isaac, que de violentes tentations de la chair avaient presque jeté dans le désespoir, en fit une heureuse épreuve, il alla trouver le saint, auquel il découvrit, encore plus par ses larmes que

Ear ses paroles, toute la violence des coraats qu'il avait à soutenir. Mon fils, lui dit Jean Climaque, ayez recours h Dieu par la prière. Aussitôt ils se prosternèrent tous deux à terre pour implorer le secours du cfel, et depuis ce temps-là Isaac ne fut plus inquiété par l'esprit impur. Plusieurs autres personnes s'adressèrent aussi à Jean Climaque dans leurs besoins spirituels, et ils ne le firent jamais inutilement.

Qui croirait que le saint dût avoir des ennemis? Il en eut ce[)endant dans la personne de quelques solitaires. Ils l'accusèreot de perdre son tem{)s h de vains discours, dans la vue do s'attirer l'estime des hommes; l'accusation était certainenent une calomniai mais le saint la regarda comme un avis charitable qu'on lui donnait : il se condamna à un rigoureux silence, et passa près d'un an sans parler à qui que ce fût. Ses ennemis, désarmés par^sa modestie et son humilité, reconnurent la fausseté de iie qu'ils avaient avancé. Us se réunirent aux autres moines pour le conjurer de ne pas enfouir le talent que Dieu lui avait donné, en privant du secours de ses lumières ceux qui venaient le' consulter. Jean romi^it le silence avec cette humilité qui le lui avait fait garder, et continua d'instruire ceux qui s adressaient à lui. On parla de toutes parts de sa sagesse et de son expérience consommée, on le regardait comme un autre Moïse à qui Diou communiquait une partie de son esprit. Peu de temps après, c'est-à-dire en 600, notre saint fut élu d'une voix unanime abbé du mont Sinaï, et supérieur-général de tous les moines et de tous les anachorètes du pays. Il avait alors soixante-quinze ans; et il en avait passé près de soixante dans la solitude. A peine était-il éfevé à cette di^ gnité, qu'il survint une çrande sécheresse

3 ne la famine suivit de prés. Les habitants e la Palestine et de l'Arabie s'adressèrent à lui, comme à un autre Elie, pour implorer le secours de son intercession auprès de Dieu. Jean, touché du malheur de ces pauvres peuples, se mit en prières, et leur obtint ou ciel une pluie abondante qui rendit la fertilité à leurs terres. Il reçut vers le même temps une lettre de saint Grégoire le Grand, qui pour lors était assis sur la chaire de saint Pierre. Ce saint Pape lui écrivit pour se recommander à ses prières, et lui apprendre qu'il lui envoyait dé l'argent et de quoi meubler l'hôpital fondé pour les pèlerins à quelquô distance du mont Sinaï {iiS}.

(484) Grad. 27, n. 67.

(185) Salni Greo., c. If, ép. 1 , 1. Il, ep. 16, I»me 11, p. 1091,

an

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D'ASCETISME.

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Le bieDbeureux Jean, abbé de Raitbe »

monastère situé auprès de la mer Rouçe, conçut le projet de perpétuer dans tous Tes siècles le îruitaue produisaient les institutions du saint. Il le conjura donc de donner un recueil de règles dont Tobserration pût conduire les flmes ferventes à la perfection chrétienne. Le saint représenta que l'entre* prise était au-dessus des forces d'un pécheur tel que lui| mais il se rendit enfm à ce qu'on exigeait de sa part, sans toutefois se flatter d'avoir réussi. « J'ai fait, disait-il, ce qui a dépendu de moi, dans la crainte de secouer le joug de l'obéissance, que je regarde comme la mère de toutes les vertus. Je n'ose croire que Tai produit quelque chose d'utile. Semblable à un peintre novice, je n'ai fait que tracer une ébauche grossière. Il n'y a ou un maître aussi consommé que vous ^l'abbé de Raithe), qui puisse mettre la dernière main à cet ouvrage. » Telle fut l'origine de l'ex* cellent livre intitulé Climax ou VEchelle^ parce que l'ftme y est conduite de degrés en degrés jusqu'à la plus sublime perfection.

Ce livre est écrit en forme d'aphorismes ou de sentences qui offrent un ^rand sens en peu de mots; le style en est simple, mais sans bassesse; concis, mais sans obscurité. On y trouve une onction admirable, et un certain ton d'humilité çui gagne la confiance du lecteur. Hais ce qui fait le principal mérite de cet ouvrage, c'est la noblesse et l'élévation des sentiments qui sont jointes à une description parfaite de toutes les vertus. L'auteur ne se borne pas au détail des préceptes : il les rend sensibles par des exemples, et entre ces exemples» il choisit

{)articu!ièrement ceux où éclate l'amour de 'obéissance et de la pénitence (186). Nous allons en rapporter quelques-uns.

11 y avait en Egypte un monastère de trois cent trente moines que le saint ayait visité. Un citoyen d'Alexandrie, nommé Isidore, vint se présenter à la porte pour y être reçu. « Mon père, dit-il à Tabbé, je suis dans vos mains ce qu'est le fer dans celles du forgeron. Je vous ordonne, répondit l'abbé, de vous tenir à la porte^ et de vous jeter aux pieds de tous ceux que vous verrez, en leur disant : Ayez la charité de prier pour moi, parce que mon Ame est attaquée d'une lèpre dangereuse. » Sept ans se passèrent de la sorte. Saint Jean Climaque, ayant vu Isidore, lui demanda quels avaient été ses sentiments pendant une si longue épreuve. « La première année, lui dit-il, je me suis regardé comme un esclave condamné pour ses péchés, et j'ai soutenu de rudes combats; la sconde, j'ai été tranquille et plein de confiance en la bonté de Dieu. » Il ajouta que dans la troisième année il avait souffert les humiliations avec joie. Ce saint pénitent acquit un tel degré de vertu, que l'abbé du monastère résolut non-seulement de le recevoir, mais même de le faire ordonner prêtre. Isidore, qui par humilité

(186) Gra<l 4 et 5.

voulait rester dans son état, demanda quelque délai, et mourut sept jours après.

Saint Jean Climaque fut encore singulièrement frappé de la vertu du cuisinier du môme monastère. Comme il le voyait toujours recueilli et baigné de larmes au milieu de ses occupations, qui n'offraient rien que de terrestre, il lui demanda de quel moyen il se servait pour entretenir ainsi sou Ame dans le recueillement et la componction. « Quand je sers les moines, répondit le bon religieux, je m'imagine servir non des hommes, mais Dieu lui-même dans la personne de ses serviteurs, et la vue de ce feu que j'ai sans cesse devant les yeux me rappelle ces flammes qui brûleront éternellement les pécheurs. »

Le saint, après avoir donné une description fort touchante du monastère des péni* tents, appelé la Prisofif lequel était à un mille de celui dont nous venons de parler, raconte le trait suivant de Jean Sabaïte. c Un solitaire ( c'est Jean Sabaïte qui parle de lui-même en troisième personne ), un solitaire, se voyant traité dans son monas« tère avec une sorte de respect, jugea qu'il courait risque do n'y pas expier ses péchés. 11 en sortit donc avec la permission de son supérieur, et se retira dans un monastère du Pont. Trois ans après, il vit en songe un billet où toutes ses dettes étaient écrites ; elles se montaient è cent livres d'or, et il n'en avait payé que dix. Pauvre Antiochus, se disait-il souvent à lui-même, tu as de grandes dettes à acquitter. Lorsqu'il eût passé treize années dans la pratique des humiliations et de la pénitence, il eut une seconde vision qui lui représenta toutes ses dettes eO*acées. »

Un autre solitaire, qui avait vécu dans une grande négligence de ses devoirs, fut attaqué d'une violente maladie. Il perdit connaissance, et on crut pendant une heure qu'il était mort. Hais, étant revenu à lui, il mura la porte de sa cellule, et y vécut douze ans en reclus. Il pleurait sans cesse, et ne s'occupait que de la méditation de la mort. Lorsqu'il fut près d'expirer, en entra pour lui donner du secours; mais on ne put tirer de lui que ces paroles : « Celui qui a continuellement la mort devant les yeux ne péchera jamais. »

Outre VEchelle sainte^ nous avons encore une lettre de saint Jean Climaque au bienheureux abbé de Raithe. 11 y est parlé dés devoirs d'un véritable pasteur, dont les principaux sont d'être chaste de corps et d'esprit; de travailler sans relAche à la sanctification des Ames ; de corriger ceux qui s'écartent du droit chemin, et de les porter à remplir fidèlement les obligations de leur état; d'être ferme et plein de vigueur, de manière toutefois que la sévérité soit tempérée par la douceur; de compatir à la faiblesse humaine, en s'accommodant aux divers caractères, afin de gagner tout le monde i Jésus-Christ. « De toutes les offrandes qu'OQ

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Eeul faire à Dieu, dit le saiat, la plus agréa- !e à ses yeux est sans contredit celle des âmes sanctifiées par la pénitence et la charité. »

Il y atait quatre ans que saint Jean Climaque gouvernait les moines du mont Sinaï. Il eût bien voulu quitter une charge qu*il n'avait acceptée qu'en tremblant et qu'il regardait comme un fardeau redoutable. Il méditait le projet de se démettre, et il n'attendait plus que l'occasion de l'effectuer. Enfln elle se présenta quelque temps avant sa mort. Rendu è lui-même, il se li- Tra avec une nouvelle ferveur à la prière et .à la contemplation. 11 mourut dans son ermitage de Tholc, le 30 mars 605, à l'âge de quatre-vingts ans. L'abbé Georges, son successeur, qui avait demandé à Dieu la grâce de n'être point séparé de son père spirituel, le suivit dans le ciel quelques jours après (187).

1 Saint Jean Glimaque est bien énergique

Suand il parle de rexcelience et des effets e la charité. « Une mère, dit-il (188), prend moins de plaisir à tenir entre ses bras un en&nt chéri qu'elle nourrit de son lait, que n'en prend celui qu'on peut nommer un véritable enfant de la charité, à être toujours uni à Dieu, et comme entre les bras de ce Père céleste.... La charité (189) en réduit

. quelques-uns à être presque tout hors d'eux-

r mêmes. Elle en couvre d'autres de lumière, et les remplit d'une telle joie, qu'ils ne peuvent s'empêcher de s'écrier : J'ai mis mon espérance en DieUf il est venu à mon secours; el ma chair f auparaicant toute desséchée^ a repris

. 9on ancienne vigueur. (Ps.xwu.) Celte joie qu'ils ont dans le cœur rejaillit sur leur visage, et lorsque Dieu les a unis et pour ainsi dire incorporés avec sa charité, il fait paraître sur leur extérieur, comme dans un miroir, l'éclat el la sérénité de leur âme. Ainsi Moïse, ayul été jugé digne de voir Dieu, fut tout environné de sa gloire. » Saint Jean Glimaque faisait la prière suivante pour demander la charité : « Mon Dieu, je ne prétends rien sur la terre, sinon de vous être uni si fortement par la prière, que' je ne puisse jamais être séparé

. de vous ; que les autres désirent la richesse et la gloire, moi je ne désire que de vous •être inséparablement uni, et de mettre en vous seul toute l'espérance de mon bonheur

* et de mon repos. »

! J£AN DE Capistran (Saint) , disciple de saint Bernardin de Sienne, et Frère Mineur comme lui, naquit en 1585, et mourut en

grand nombre d'écrits, et, entre autres, Le miroir des clercs, Alexandre Vlll le canonisa en 1690.

JEAN DE LA CROIX (Saint). --Saint Jean d'Yepez, plus connu sous le nom de Jban

DICTIONNÂIKE. JEA tW

DE LA Croix, né à Fontibère, près d'Avila , bourg de la vieille Castille, prit l'habit de Carme au couvent de Médiua-del-Campo, et lia une étroite amitié avec sainte Thérèse. 11 vint avec elle à Valiadolid, où il quitta l'habit qu'il portait pour prendre celui de Carme-Décbaussé. Après avoir travaillé] à la réforme de pijusieurs couvent§, il fut envoyé à Avila, pour être confesseur des Carmélitesi et j^our les porter à se réformer. Les religieux: d0 cet Wdre le firent enlever et mener àiMMei où ils le renfermèrent dans un cachot. Ujr demeura neuf mois, et en fut tiré par le crédit de sainte Thérèse; mais les supérieurs de la réforme» .lui voulaient qu'on abandonnât la conduite des Carmélites, lui suscitèrent de nouvelles affaires 11 mourut dans le couvent d'DbédaJe f 4 décembre 1591 1 âgé de k9 ans. 11 a laisrt des livres . de spiritualité en espaguol, et traduits en italien et en latin, intitulés : £x montée du Mont-Carmel; — La nuit obsçwre de l'âme; — La flamme vive de tamour; — Le cantique du divin amour. Ces oavrag^s sont écrits d'un style obscur et, pour ainfi dixe, mystérieux. On y trouve les principes de mysticité incompréhensible à beaucoup de personnes. « L auteur, dit un savant théologien, explique les opérations du Saint- Esprit dans les impressions surnaturelles, et tous les degrés de l'union divine dans la prière. On ne peut décrire les communications secrètes d'une flme dans cet état, et il n'y a que ceux qui les ont éprouvées qui soient capables de s'en former une idée* C'est pour ces personnes que le saint a écrit les ouvrages dont nous parlons. Ils leur seront sans doute utiles ; mais ils pourraient devenir nuisibles à ceux qui ne sont pas dans le même cas, et qui sont facilement les dupes de leur imagination, ils le deviendraient surtout aux enthousiastes qui abusent de ce qu'ils n'entendent pas nour étaver leurs illusions. » Le P. Berthier, uans ses Réflexions spirituelles^ a consacré quinze lettres à l'explication des œuvres de saint Jean de la Croix; il prétend y trouver trois choses : « 1' Une logique des plus précises ; 2* un esprit éclairé des lumières divines; 3* un don d'instruction qui ne se dément nulle part. » Nous venons de voir que tout le monde n'en porte pas un jugement si favorable. Tout ce que l'on peut dire, c'est que la science des voies intérieures est la plus difficile, la plus profonde de toutes et la plus admirable, comme dit le Prophète; qu'il est dillicilo de la réduire en règle, et, quand on y parviendrait, 6terail-on à Dieu la puissance des exceptions? Mirabilis facta est scientia tua ex me, confortala esl^ et nonpotero ad eam. {Voy» Armelle, Catherine de

SlEJNNE, FÉNÉLON, GuTON , RUSBBOCK, TlU-

LAiRE, etc.) Le p. Maillard, Jésuite, a traduit eu français les œuvres de saint Jean de la Croix, Paris 1691. Après y avoir feit

(187] Nous avons plusieurs commentaires grecs sur V Echelle de saint Jean Glimaque. Voir le P. MontrÀVGON; Bibl. CuitL^ pages 505, 306.

(i88) Grad. 30, n. 12.

(189) Grad. 30, n. 14.

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D'ÂSGETISWB.

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divers retranchements, le P. flonorô de Sainte-Marie et le P. Dosithée de Safut- A>exis^ religieux da même ordre* ont donné la Vie de ce saint. Celle du P. Dosithée a été imprimée à Paris en 1727, en 2 vol. in-i*. Collet a écrit aussi la Vie de ce saint, Paris, 1769, in-12. On trouve dans son livre, intitulera Nuii obscure j une description admirable des angoisses que cet état fait éprouver. Elles sont coDOues plus ou moins des imes contemplativea. Celte épreuve u coutume de précéder la conuDunication des grâces snéciales que Dieu leur accorde. Ce mt par la que saint Jean de la Croix, au milieu de mille tentations, des calomnies, des scrupules et de toutes sortes de peines intérieures, parvint à cette pureté d'esprit, à ce renoncement à toutes les affections terrestres, à cette entière conformité è la volonté de Dieu, qui est fondée sur la destruction de la volonté propre, à la patience la plus héroïque et h la plus courageuse persévérance. La Montée du ciel traite à peu près le môme sujet que l'ouvrage précédent.

VExposition des ccmtiques et la Vive flamme d'amour expliquent tous les degrés d'union de l'Ame avec Dieu par l'oraison.

JEAN DE Jésus-Marie, Carme- Déchaussé du diocèse d'Osma en Espagne, naquit en 1564, passa par toutes les charges de son ordre, et mourut Je 28 mai 1615, avec la réputation d'un religieux plein de mérite et de vertus. Saint François de Sales, Bellarmin, Bossuet en ont parlé avec éloge. On a de lui : /h'sctp/tna c/aK«^ra/t>, Cologne, 1650, k vol. in-fol. Ils renferment des commentaires sur l'Ecriture saiute, et un grand nombre d'ouvrages ascétiques. Sa Vie et sas Lettres spirituelles ont été publiées à Rome, IGi^O, par Isidore de Saint-Joseph, Carme de Douai, qui devint définiteur général de sou ordre en 1656.

JEANNE (Françoise FEEMIOT DE CHAN- TAL) (Sainte), naquit à Dijon en 1572. Elle fut mariée à Christophe de Rabutin, baron de Chantai. Ayant eu le malheur de perdre son mari, tué à la chasse, elle fit vœu de ne point se remarier, quoiqu'elle n'eût alors que vingt-huit ans. Elle vécut, comme une femme qui n'était plus dans le monde, que

four Dieu et ses enfants. Ayant connu saint rançois de Saies, en 16(M^, elle se mil entièrement sous sa conduite. Ce saint évoque ne tarda pas de lui communiquer son projet -pour l'établissement, de la Visitation. Elle entra dans ses vues, et en jeta les premiers fondements, à Annecy, en 1610. Le reste de sa vie fut employé à fonder de nouveaux monastères, et à les édifier par ses vertus et par son zèle. Elle mourut à Moulins, en 1641, et fut canonisée par Clément Xlll. On a d'elle des Lettres spirituelles^ 1660, in-(^% Marsollier a écrit sa rie, 2 vol. in-12.

JÉRÔME (Saint) naquit à Stridon, sur les confins de la Dalmatio et de la Pannonie, vers l'an 340. Il étudia les belles-lettres à Itome et y fit des progrès rapides, ainsi que dans l'éloquence. Il auitta le monde pour se renfermer daoa un désert. Étant venu à An*

tioche, il fut élevé au sacerdoce par Paulin, éyt>que de cette ville. Le désir d*entendre l'illustre saint Grégoire de Naziance le coiirduisit à Coustantinople, en 381. Il se rendit l'année suivante à Rome, où le Pape Damase le chai^ea de répondre, en sou nom, aux consultations des évéques sur l'Ecriture et sur la morale. De Rome, il se retira à Bethléem, et s y appliqua à la conduite des monastères que sainte Paule y avait fait bâtir, à la traduction des divines Ecritures et à la conversion des hérétiques. Ce ^rand docteur, aussi distingué par sa sainteté éminente que })ar la profondeur de sa science* mourut en 420, dans sa quatre-vingtième année. Ses œuvres ascétiques sont: l'L'iTwtoire des Pères du désert^ in-fol. — 2' Des Commentaires sur plusieurs livres de TAncien et du Nouveau Testament. — 3** Des Lettres, qui contiennent les vies de quelques saints solitaires, des instructions morales, etc. — 4* On Martyrologej in-fôl.

JESUS (Saint nom de). Son exceUettcCf sa vertu f confréries et indulgences. La plupart des auteurs ascétiques reconnaissent le culte et l'invocation fréquente du saint nom de Jésus. Ils se fondent sur son excellence et sur sa vertu. V Son excellence. Le mot Jésus signifie Sauveur. Les Juifs, ne furent point étonnés d'entendre appeler le divin Enfant d*un nom qu'avaient déjà porté plusieurs avant lui, comme Josué, fils de Hun, et Jésus, fils de Sirach, comme celuif appelé Jésus, dont parle Josèphe, qui prédit la ruine entière de Jérusalem et de sa nation. Maia^ dans ceux-ci, le nom de Jésus ne fut qu'une simple dénomination, une ombre sans réar lité, ou tout au plus il ne désignait que lie libérateur d'une nation particuUère, la déli* vrance de quelques calamités temporelles. II n'en a pas été ainsi de notre divin Rédempteur. « Mon Jésus, dit saint Bernard, ne porte pas un nom vide f)t stérile; ce n'est pas seulement l'ombre d'où grand nom, mais la vérité. » Il est vraiment, par excellence, notre grand, notre uniaue Sauveur^ puisqu'il nous a délivrés du péché cl de ce déluge de maux, de cet abîme de misères dans lequel il nous avait plongés , puisqu'il a acquis pour nous tous les biens, toutes les richesses de la grâce, avec l'assurance de la gloire et de la lélicité éternelle.

Quel autre nom pouvait être plus glorieux pour Jésus-Christ et plus attrayant pour nous? Il nous a sauvés; et comment? en s'humiliant jusqu'à la mort de la croix, prodige d'anéantissement que Dieu son Père a récompensé, en le plaçant dans le ciel au sommet de la gloire ; en sorte qu'au nom de Jésus, tout genou doit fléchir, au ciel, sur la terre et dans les enfers, et que toute langue doit confesser que Jésus-Christ Notre-Sieigneur est dans la gloire de Dieu le Père.

Ce nom adorable nous représente le Dieu homme, Dieu de Dieu, d'une sainteté, d'une sagesse, d'une puissance et d'une bonté infinies : fait homme pour nous sauver, montrant au monde les marques de son tendre amour pour pous, dans les sacrés

JBS

DICTIONNAIKE

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vestiges de ses souffrances, et dans les cicatrices de ses plaies; déployant dans sa personne tous les charmes de la grûce et de la ▼ertu.

Toutes les autres qualités du Christ dérivent de celle de Sauveur ou en font partie. Ce nom glorieux nous rappelle donc encore et nous remet devant les yeux son zèle, sa charité, son admirable sollicitude pour notre salut; sa douceur, sa commisération, avec toutes ses autres vertus; enfin les tourments qu'il a endurés, les ignominies qu'il a essuyées pour nous racheter, les mystères et les miracles qu'il a opérés, tout ce qu'il afait, tout ce q^u'il nous a prodigué de faveurs et de bienfaits; nous trouvons tout cela dans Jésus.

2* Sa vertu. La foi, l'espérance, la charité, la pureté et les autres vertus des saints, avec tous les dons spirituels, toute la beauté, toute la gloire qui en relèvent l'éclat, sont les fruits précieux de la venue du Sauveur. // n'est point d'autre nom donné aux hommes sous le cte/, par qui nous puissions opérer notre salut. C'est de sa plénitude que nous recevons tout dans l'ordre de la grâce; c'est à lui seul et à la victoire qu'il a rem-

{>ortée sur ses ennemis, que nous devons es armes et la force qui nous font triompher des nôtres. Ce nom sacré doit donc nous inspirer sans cesse la vénération et l'amour, nous servir d'hymne et de cantique pour rendre sans cesse gloire è Dieu, nous remplir de I'oie et de consolation. Avec le nom de ^ésus, prononcé par un pieux mouvement du cœur, avec foi et avec amour, nous sommes tout-puissants. Combien de fois, au nom de Jésus, les serviteurs de Dieu ont-ils commandé à la nature, guéri les malades, ressuscité les morts, opéré toutes sortes de miracles I Comment saint Pierre guérii-il le boiteux assis à la porte du Temple ? En lui disant : Au nomjMJésus de Nazareth^ levezvous et marche^SÊèsi par la vertu du nom de Jésus que le^pssanccs de ténèbres ont été désarmées et confondues dans toute l'étendue de leur empire. C'est à la louange du nom de Jésus qu'il faut chanter avec David : Célébrez le nom du Seigneur, du levant au couchant. Chez tous les peuples et dans toutes les contrées de l'Univers, on entend retentir le nom de Jésus. « O nom, s'écrie saint Bernard, di^ne de tous nos hommages I son odeur, pleine de suavité, est venue d'abord du haut des cieux se reposer sur la Judée, d'où elle s'est répandue ensuite sur toute la terre. L'Eglise, dans tous les pays du monde, chante avec transport : Votre nom. Seigneur, est une huile répandue, dont le parfuma rempli non-seulement Je ciel et la terre, mais les enfers môme, Quoique d'une manière bien différente. |Aussi toutes les créatures sont-elles invitées à célébrer sans cesse et à répéter & Tenvi : Votre nom, Seigneur, est une huile réipandue. »

Le nom de Jésus est la terreur des déjmons : ils tremblent autant de fois qu'ils iffqttndent prononcer dévotement; non pas

que les V'Iabes raatérérielles dont il est composé aient eu elles-mêmes aucune vertu, aucun charme; mais ils ne peuvent soutenir la présence et le pouvoir de celui h qui il appartient, lorsqu'on l'invoque avec une sainte contiance. Les malins esprits ne l'entendent point sans rendre les armes; c'est pour eux un coup do tonnerre qui les force d'adorer leur vainqueur. Aussi n'a-l-il fallu souvent que le nomd^féius pour les chasser de ceux qu'ils possédaieiit corporellement, ou les repousserillDB lèurê attaques. C'était ainsi que les ^mnôniatiucs ordinairement étaient délivrés ttafts les premiers siècles du christianisme, comme nous l'apprenons des Pères de l'Eglise et des autres écrivains de leur temps. « Quelque démon que ce soit, dit saint Justin, qui s'est emparé du corps d'un Chrétien, au seul nom de Jésus-Christ est mis en fuite, et celui qu'il opprimait est mis en liberté. » Dans une seconde apologie de la religion, qu'il présentait au sénat de Rome : «Jésus-Christ, dit-il, est appelé ainsi, parce qu'il est oint; nom dont la signitication est toute mystérieuse, comme le mot Dieu, qui n'est pas un pour nous, mais l'expression de quelque chose incompréhensible unie en lui à la nature humaine. Jésus a tout ensemble le nom et la qualité de Sauveur; car, il s'est fait homme selon la volonté éternelle du Père, pour le salut des hommes qui croient en lui, et pour renverser la puissance des démons, comme vous pouvez vous en convaincre par tout ce qui se passe sous vos yeux. Ne voit-on pas partout dans le monde, et n'a-t-on pas vu jusque dans Rome môme, des hommes possédés du malin esprit, guéris et délivrés Sar la seule invocation du nom de Jésus? i'a-t-on pas vu les démons vaincus et chassés à la voix des simples Chrétiens, lorsqu'ils leur ordonnaient hardiment, au nom de Jésus, de sortir du corps qu'ils possédaient? Et cela, après que tous les magiciens et les enchanteurs avaient épuisé leur art pour les secourir? (Saint Just., apol. 2 ad sen.. u« 5, p. 172.) »

Julien l'Apostat, selon le témoignage de saint Grégoire de Nazianze, fit une loi qui défendait d'appeler les Chrétiens autrement que Galiléens, parce qu'il regardait leur premier nom comme un titre d'honneur, si ce n'était peut-être, ajoute-t-il , qu'à l'exemple des démons, il ne craignait trop le nom de Jésus. Le même Père écrivant à un païen nommé Ntedteius, lui dit : « Estil étonnant que Jésiis-Christ ait tant de pouvoir, après ce qui m'est arrivé et m'arrive encore souvent à moi-même qui crois en lui. J'ai à peine prononcé son nom, quand je suis attaqué, que le malin esprit s échappe avec grand fracas, et poussant des cris de ra^e, publie malgré lui le pouvoir du Dieu immortel ; ce que j'ai éprouvé aussi souvent en formant la figure de la croix, non-seulement sur les choses ou les personnes dont le démon s'était mis en possession, mais dans l'air. Le signe de la croix tout seul est coom&d l'étenoard du Tout-

DASGETISME.

JES

Puissant, dont il ne peut soutenir ras(>ect. % — ïerUillien, écrivain du second siède, disait hardiment» dans la célèbre apologie qu'il adressa aux gouverneurs des provinces : « Si vous trouvez un Chrétien auquel on vient de présenter un démoniaque, qui, ayant invoqué sur lui le saint nom de Jésus, ne le mette pas en fuite, qu'il soit mis à mort sur-le-champ, nous y consentons. » Les Chrétiens donnaient alors de tels détis aux païeiif avee taiH d'assurance, que jamais ni aucun iteteurs oracles, ni les esprits malins, dan^ la personne de ceux qu'ils possédaient, ne iwist.iient à la parole tonte seule du nom de Jésus, ni au signe de la croix, tant l'un el l'autre avaient <le pouvoir el de vertu; pouvoir qui se fait encore sentir aujourd'hui contre les attaques du démon sur lea &mes. Sainte Thérèse, entre plusieurs autres, atteste, d'après une expérience continuelle, que dans les tentations, l'humble invocation du saint nom de Jésus par les mérites du bois sacré de la <;roix et de son précieux sang, est un gage infaillible de la victoire.

Ce nom adorable est encore l'aiguillon le plus puissant pour nous faire pratiquer toutes les vertus 4 il nous en inspire l'amour elles sentiments, soit par le modèle achevé qu'il nous remet devant les yeux, soit par les grâces qu^il nous obtient du Dieu Sau-

honorons et supplions tout

réveiller en eux] les senliments de félialé et d'amour qu'ils ont voués à Taimable Sauveur de leurs âmes, fait homnne pour les racheter. C'est pour nous qu'il a voulu reposer dans une crèche, qu'il a pleuré, quMl a été circoncis, qu'il a été chargé de calomnies et rassasié d'opprobres : qu il a reçu des soufflets, ou'il a été battu de verges, qu'il a été crucifié. C'est pour consommer l'iBUvre de notre justification qu'il est ressuscité des morts, qu'il est monté dans sa gloire, et qu'il est assis h la droite de son Père« Les saints ne pouvaient jamais satisfaire la soif qu'ils avaient de prononcer et de répéter ce nom de vie, et de l'adorer avec les sentiments de piété les plus tendres, tant ils brûlaient d'amour pour lui. Saint Augustin nous apprend que, môme avant sa conversion, il prenait beaucoup de plaisir à lire un livre de Cicéron, que nous n'avons plus, nommé Horiensius, parce qu'il y trouvait d'^excellentes leçons sur l'amour et la recherche de la sasesse ; mais il ajoute qu'une seule chose lui déplaisait dans cet ouvrage, c'était de n'y point Iroliver le nom de Jésus : « Car ce nom, Seigneur, ajoute-l-il, ce nom si doux qu'a porté votre Fis bien-aimé, par votre grande mi sérîcorde, mon cœur, encore tendre, l'avait sucé avec le lait que je prenais sur le soin de ma mère; il y est toujours resté profondément imprimé, et tout livre où il n'est pas

veur que nous

à la fois lorsque nous le prononçons. £n écrit, quelque savant, Quelque élégant, *ou

effet, le rappeler pieusement à notre mé- même Quelque instructii qu'il soit, ne peut

moire, c'est nous retracer Timage et l'idée me satisfaire entièrement, »

du cœur le plus humble et le plus doux, le plus charitable et le plus tendre qui soit jamais sorti des mains du Créateur ; c'est nous représenter le plus pur et le plus saint, le plus chaste et le plus compatissant de tous les hommes , un Homme-Dieu, la sainteté même, la source de toutes les grâces et de toutes les vertus. Penser à Jésus, c'est penser tout à la fois au Dieu infiniment grand, qui, en nous donnant la sainteté de sa vie pour modèle, nous donne en même temps les lumières, les grâces et les secours nécessaires pour l'imiter et le copier, soit dans nos pensées et nos affections, soit dans nos paroles et nos œuvres. « Dès que j'entends nommer Jésus, ajoute saint Bernard, il n'est point de bonne pensée qui ne me vienne à l'esprit. »

La conséquence qui suit de tout ce qu*on vient de diret e*est que nous ne devons jamais prononcer le divin nom de Jésus, sans produire dMs notre cœur quelque sentiment, d'adoration et quelque mouvement, d'amour; sans ressentir en même temps un désir ardent, et sans former une sincèi'e résolution d'imiter celui qu'il nous rappelle.

Si le nom adorable de Jésus est une armure spirituelle, il est aussi une sourceintarissable de délices el de consolations pour ceux qui aiment ardemment Jésus- Christ. Il ne faut que le son qu'il rend à leurs oreilles, pour remplir leur cœur d'une sainte joie, et

DiGTIONN. d'ASCÉTISDIK. I.

Saint Aeirède, dans la préface qu'il a mise à la tête do son ouvrage de YAmitié spirir tuelle^ dit que, lorsqu'il eut goûté une fois les douceurs du nom de Jésus, l'éloquence de Cicéron, qui avait toujours fait ses délices, lui devint tout h fait insipide, |)arco qu'il ne trouvait que fadeur partout où il ne trouvait point ce nom incMÎtiarable, ou du moins quelque chose quil^Mippelât à son esprit. Saint Jérôme remïi^e que saint Paul répète souvent le nom de Jésus, notre divin Rédempteur, dans ses EpUres^ nonseulement où il est inutile pour l'intelligence et la perfection des pensées et des sentiments qu'il veut exprimer, mais où il est même quelquefois plus propre è embarrasser le discours qu'à l'éclaircir. Comme il ne pouvait assez se nourrir ni se rassasier du nom de celui qu'il aimait uniquement, il en était si plein qu'il le plaçait sans besoin, ou même hors de propos, tant on surabonde quand on [aile de ce qu'on cime C'est, ajoute le saint docteur, ce due peut reconnaître par lui-même tout lecteur attentif, sans qu'il soit nécessaire d'en produire ici quelques exemptes.

Saint Bonaventure raconte, dans la Vie de saint François, que ce séraphin de la terre, tout brûlant d'amour, récitait les psaumes avec une dévotion ravissante, et que jamais' il ne rencontrait le nom de Dieu sans faire paraître, dans l'accent de sa voix et les traits de son visage, quelque chose de l'océan de

JES

yiCTIONNAIRC

lis

joie et d*amoiir Uans lequci nagûâit son cœur. Un jour il persuada à ses frères de recueillir et de mettre dans un lieu décent tout papier écrit qu*i) trouverait par terre, de peur que le nom de Dieu ne s v trouvât et ne fAt foulé aux pieds. Quand il prononçait le saint nom de Jésus, ou qu*ii Tenlendait prononcer, il sentail son Ame tressaillir, et il en était si affecté' au dehors, qu'on eût dit à le voir, ou qu'il entendait une douce mélodie, ou qu'il savourait quelque mets délicieux.

Saint François de Sales, écrivant à une pieuse veuve, commence ainsi sa lettre : c Je suis tellement pressé, que je n'ai le loisir de vous écrire, sinon le ^rand mot do notre salut, Jésu$l Oui, puissions-nous au moins une fois prononcer ce nom sacré de notre cœur. Ohl quel baume il répandroit dans toutes les puissances de notre esprit 1 Que nous serions heureux de n'avoir en l'entendement que Jésus, en la mémoire que Jésus, en la volonté que Jésus; que Jésus eu rimaginationl Jésus seroit partout en nous, et nous partout en Jésus. Essayons-en ; prononçons-le souvent, comme nous pourrons; que si, pour le présent, ce n*est qu'en bégayant, à la Qn néanmoins nous pourrons le bien prononcer. Mais qu'est-ce que le bien prononcer ce sacré nom? Hélas! je ne le sçay pas; mais je sçay seulement que pour le bien exprimer il faut avoir une langue toute de feu. »

Saint Paulin, dans une de ses lettres, dit« avec autant d*élégance que de piété : « 0 Dieu! ô Christ 1 vous êtes tout suavité, tout amour; vous ne pouvez nous remplir, ni nous rassassier; vous avez beau vous communiquer sans mesure, vous n'en êtes que plus altéré du désir de vous communiquer de nouveau, et jamais votre amour n'est satisfait, j» Saint fiernard, au sermon XV*, sur le Cantique des canligues^ ne parle pas avec moins de piété ni d'onction. « Je prends mon modèle, dit-il, dans son humanité , et le secours dont j*ai besoin dans sa divinité. De l'un et l'autre je me fais un remède au-dessus de tous ceux que peut inventer l'art des hommes. Ce remède, ô mon Ame 1 c'est dans le nom de Jésus gu'il est renfermé , comme dans un précieux vase; et il n'est point de plaie, point de contagion, quelque maligne qu'elle soit, dont il n'opère la parfaite guérison. Porte-le donc toujours dans le sein; qu'il soit toujours dans ta main, en sorte qu il gouverne toutes tes pensées, tous tes désirs, toutes tes œuvres.» Comparant,aumémeendroit,lenom deJésùsàrhuilequ'ontiredufruit de l'olivier, voici la manière fugénieuse dont il s'exprime. « L'huile a la propriété d'éclairer, de nourrir, de fortifier et d'adoucir; or est-il rien au monde qui éclaireJ'Ame et la fortifie, qui calme les douleurs, qui adoucisse les plaies.

Sut soulage les peines comme le nom de Jésus? e sentez-vous pas vos forces renaître toutes les fois que vous le rappelez à votre esprit? Quellëjoieilrépanddansl AmelQuellevigueur il communique à tous les sens ! Quel courage

il donne i la vertu! Tout mets qui n'es! ixiint détrempé dans cette bui le toute céleste, est sec et aride; toute nourriture qui n'est point assaisonnée de ce sel mystérieux est insipide. Un livre où je ne trouve point le nom de Jésus me dégoûte; une conversaiiou, un exercice où je n'entends pas nommer le nom de Jésus me déplaît. Jésus est un miel à ma bouche, un concert à mes oreilles, un charme à mon cœur. Tous les remèdes» je les trouve dans Jésus. Quelqu'un de nous est-il plongé dans l'affliction, que Jésus pénètre dans son sein, et que de là il vienne reposer dans sa bouche; à la lumière de ce nom» tous les nuages se dissiperont aussitôt, nt à la Icmpète succédera un calme parfait. »

La dévotion au saint nom de Jésus es( un fruit et un signe de notre amour pour lui; on peut même la regarder comme une mar* que de prédestination. Les saints nous sont représentés le portant dans le ciel écrit sur le front, pour témoigner que tout co qu'ils sont, tout ce qu'ils possèdentdans le royaume de Dieu, ils le doivent è Jésus. La blancheur de leur robe, l'éclat de leur couronne, les rayons de gloire qui les environnent, leur joie, leur immortalité sont pulant de doas de sa bonté et de son amour. Et voilé ce quH publient solennellement les enseignes majestueuses qu'ils déploient à la face de toute l'armée céleste; comme s'ils criaient à haute voix que tous leurs mérîtes» toutes leu rs vertus sont ses triomphes et ses vicloi res

C'est une coutume ancienne de TEglisr, qui a comme passé en loi, de témoigntr le respect dû au saint nom de Jésus, lorsque nous l'entendons prononcer, par une. inclination de tôte. Cette loi se trouve conGrnn'e par un décret du concile général de Ljdiu inséré dans le corps du droit canon. Dn grand nombre de protestants l'observent en Angleterre, soit dans le culte public, soit dans /»liisieurs antres circonstances; et plusieurs des prélats et des théologiens les plus savants ont -prouvé, contre les calvinisles rigides, que c'était un acte de religion salutaire et conforme au précepte que Dieu nous a fuit d'honorer le nom sacrd de son Fils.

Au XIV' siècle, un concile d'Avignon et un autre de Béziers , accordèrent une indulgence de dix jours è ceux (]ui dans un sincère repentir de leurs péchés inclineraient pieusement la tète en prononçant le saint nom de Jésus. Le Pape Sixte-Quint en ac* corde une de vingt jours pour tous les Qdèles en général qui observeront la même pratique. Il n*est point de ûdèle adorateur de Jésus crucifié qui ne soit saisi d'horreur lorsqu'il entend profaner son saint nom, c'est-à-dire lorsqu'on le fait servir en sa présence à dos exclamations sacrilèges, à d*horribles serments, à des discours impies, h des exécrations, des imprécations, des blasphèmes. Pouvons-nous être témoins de ces abominations sans sentir s*allumer audedans de nous le zèle le plus ardent de glorifier le saint nom de Jésus, en lui offrant dans un esprit de componctiou, tous les

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