‹ Dictionnaire d'ascétisme (volume 3)Chapitre 131 sur 186 · EU · texte numérisé non relu

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hommages extérieurs et intérieurs qui sont en notre pouvoir?

Pour réparer les- outrages que fait à Dieu la conturae impie de jurer par le saint nom de Dieu et deiésus. Pie IV érigea une pieuse confrérie gui a été confirmée par saint Pie V et Crl)ain Vlll, et favorisée d'une indulgence plénière pour la fête de la Circoncis sion avec une de cent jours, autant de fois qu'onempèrheraitdeiSsiireun serment téméraire ou de prononcer un blasphème^ Chaque membre est obligé de faire la correction fraternelle à celui qu*ii a entendu jurer témérairement, et les confrères doivent se saluer lors- 3u'ilsse rencontrent par ces paroles : Louange Dieu ou Louange à Jésus; cette pratique est récompensée d'une indulgence à toute personne de la confrérie qui, en quelque temps que ce soit, use de cette sorte de salut, ou y •répond en disant Amen, Cette indulgence s'est étendue ensuite à tous les fidèles; car en 1587, Sixte-Quint accorda trente jours à quiconque en saluerait un autre avec ces paroles en latin ou en langue vulgaire : « Jésus-Christ soit loué, Laudetur Jésus Chri^ ttus^ B ainsi qu'à ceux qui répondraient a Ainsi soit-il, Amen^ » ou « Pour toujours, semper; » ou enliii « Peudunt tous les siècles, m sœcula. » Il y a une indulgence de vingt cinq jours pour ceux qui prononceront avec respect et dévotion le nom de Jésus ou de Marie, avec une indulgence plénière à l'article de Ja mort, en faveur de ceux qui, ayant eu t'habitude de se saluer comme on vient de dire, invoquent pieusement Jésus dans leur cœur, s'ils ne sont pas en état de le faire des lèvres. Enfin il y a une indulgence de trois cents jours pour avoir récité avec dévotion les litanies du saint nom de Jésus, et deux cents pour celles de la bienheureuse Vierge Marie. Ces indulgences ont été renouvelées i^r Benoit XIII en 1728.

J£SI}S-CHRIST(Imitatioiide) Yoy. ImitA- TiOfr.

JKUNE. — Néceexiié. — La mortification, non-seulement des passions , mais aussi des sens, est non pas un simple conseil, mais un précepte positif de la loi évangéllque. Sans cette pratique essentielle il ne peut y avoir de salut. Jésus-Christ ne s*est pas contenté de nous en donner l'exemple; il nous en a intimé le commandement. Il a porté sa croix, et nous a ordonné de porter la nôtre i sa suite. Il nous fait répéter par son Apôtre que si nous voulons être glorifiés avec lui, il faut avoir souffert avec lui. Il nous déclare, par le prince de ses apôtres, qu'en souffrant pour nous, il s'est fait notre modèle, afin que nous suivions ses traces. La route qu'il a suivie sur la terre, voilà la seule qui puisse nous conduire au terme où il nous a précédés, où il nous attend, où il nous appelle, où il nous attire. Prétendre être les disciples d'un Dieu né dans la crèche et mort sur la croix, en vivant dans la mollesse et dans les plaisirs, est une illusion. Vouloir obtenir ses récompenses, en violant an de ses principaux commandements, est «ne absurdité. Imaginer de devenir saint

en restant immorlifié, est une contradiction.

Mais cette loi de la mortification, tout absolue qu^elle est en' elle-même, n'est pas entièrement précise dans son application. Les circonstances où elle oblige, les manières de l'observer, ne sont pas toujours nettement fixées; et cette indéjterminaiion fournirait à la sensualité des prétextes de ne jamais remplir ce devoir stric^, mais pénible. Pour obvier à ce dangereux inconvénient, rEgliso astreint ses enfants & des jeûnes réguliers, dont elle (ixe les temps, et dont efle règle le mode. La mortification est un moyen général et nécessaire d'arriver au ciel; le jeûne est un moyen nécessaire et particulier de pratiquer la mortification. L'Evangile ordonne de se mortifier pour se sauver; l'Eglise enjoint de jeûner pour se mortifier.

Quand nous disons que l'Eglise prescrit le jeûne, nous n^entendons pas que ce soit une loi nouvelle qu'elle ait portée. Le jeûne» bien plus ancien que le christianisme, a ton* jours existé dans la vraie religion. 11 est, dit saint Basile, contemporain de Thumapité; et le premier précepte positif que Dieu ait donné à l'homme encore dans le paradis terrestre, a été un précepte d'abstinence. Lorsqu'il accorde à Noé de se nourrir de toutes les viandes, il lui interdit l'usage du sang. En dictant au peuple qu'il s'est choisi les lois qui le régiront, il détermine les animaux qu'il lui permet démanger, et ceux dont il ordonne de s'abstenir. Suivez Tbistoire de cette natioû qui seule couserve le culte du vrai Dieu, vous verrez ses plus grands personnages l'honorer par le jeûne: David jeûner jusqu'à s'affaiblir ; Judith jeûner tous les jours, excepté ceux des fêtes ; Esther ne pas se plaire aux festins du roi son époux, et refuser de se souiller du vin des libations; Néhémie joindre de longs jeûnes à ses larmes abondantes et à ses ferventes

f)rières. Vous verrez la nation entière, dans es occasions importantes, implorer le Sei* ^ncur par ses jeûnes, et avoir même des leûnes fixés pour rappeler ses anciens événements et en mériter d'heureux

Ainsi, le jeûne que l'Eglise nous prescrit, n'est que la continuation de celui qui a été constamment pratiqué par les fidèles adorateurs du Seigneur. En renouvelant le précepte, elle ne fait que le déterminer d'une manière plus précise. Elle le fait consister en deux choses : à ne prendre dans la journée qu'une seule réfection, et à s'abs enir dans cet unique repas de certaines nourritures. Ces deux parties du précepte ne sont [»as unies entre elles essentiellement et par eur nature. On peut pratiquer l'abstinence, sans jeûner, et c'est ce que nous observons, d'après un autre commandement de l'Eglise, les deux derniers jours de chaque semaiue; réciproquement il est impossible de se réduire è l'unique repas, en y prenant indis- Hnctenaent toutes sortes de nourritures : c'est ce Que pratiquent ceux qui s'imposebt h eux-mêmes, ou a qui sont imposés en par^

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ticulier des jeûnes pour l*cspiatioD de leurs péchés. Ainsi celui qui, pour des cau«es fégilimes, est dispensé de Tundecesdeui points de la loi, n*est pas pour cela exempt de l'autre. Mais ces deux pratiques distinctes sont réunies par l'Eglise dans lo» jeûnes généraux qu'elle prescrit. Elle impose la double obligation, et de ne prendre par jour qu'un seul repas réel, et de s'y abstenir de la chair des animaux qui vivent sur la terre ou dans l'air. Elle interdit de plus dans le carême l'usage des œufs et du laitage, à Tnoins qu'il ne soit permis par l'autorité ecclésiastique. Telle est l'étendue de sou commandement.

Les païens, dans presque tous les pays du monde, ont reconnu une vertu dans la pratique du jeûne, et l'ont mise au rang des œuvres de religion, notion qui leur est venue, comme beaucoup d'autres, des mains de ceux qui ont connu les patriarches. Saint Jérôme confond l'hérétique Jovinien, qui n'attribuait nul mérite et nulle vertu au jeûne, par l'exemple des anciens prêtres égyptiens qui, pour éteindre l'amour des plaisirs sensuels, et pour mettre leur raison en garde contre les vapeurs de l'iutempérance, s'abstenaient de chair, d'œufs, de lait et de vin. Rarement ils mangeaient du pain, parce que, dans cette contrée, il chargeait plus l'estomac et l'indisposait plus que le riz et les légumes assaisonnés avec de l'huile, et lorsqu'ils en faisaient usage, ils prenaient en même temps de l'hysope, dont i'amertume en accélérait la digestion. (S. HiER05iYMUs, adt\ Jovin.f 1. ii, t. IV, p. -lOoJ) Le même Père nous apprend que, dans la Perse, les mages étant divisés en trois clas- 5:^«; ceux de la première, qui surpassaient les autres on savoir et en éloquence, ne prenaient jamais d'autre nourriture que de la farine et des légumes ; que dans l'Inde, les gymnosophistesp les brachmanes et les saumiens ou sermanesy ne vivaient que des fruits des arbres qui croissaient sur les bords du Gange, avec du riz et de la farine apprêtée ; qu'en Crète , les prêtres de Jupiter s'abstenaient de chair et de tout ce qui était préparé au feu; et les prêtres d'Eleusine ou Cérès, dans la Grèce, s'abstenaient de chair et de certains fruits que portaient les arbres du pays, (/btd.) Saint Léon nous assure que les idolâtres avaient leurs jours 'le jeûne,

Îu'ils gardaient religieusement. (Serm. TJ e jejun. Pentec.y ch. 2, tom. L p. 331.) Les ])rêlres des idoles, en quelques endroits, n'offraient des sacriûces qu'aj>rès s'y être f)réparés par le jeûne et la continence. (Voyez Alex, ab Alexandro, 1. 1, c. 17.} Tcrtullicn rapporte oue les païens jeûnaient avant de consulter les oracles (L. de anima, c. W;, et qu'ils imitaient quelquefois la xérophagie (les Chrétiens. {Ibid,} Avant le sacrifice qu'on offrait à Gérés, personne ne prenait rien jusqu'au coucher du soleil, et, dans ces jours, tous s'abstenaient de vin et gardaient la continence. (Saint Cyril. Alex., adv. Ju/.,1. vi, c. 19, p. 250.) Ceux qui étaient initiés dans les mystères de la déesse Isis se préparaient^

à la cérémonie par l'abstinence de chair et devin pendant dix jours. (Jcli Aif., in If ûopog. inler Opéra b. Cyrilli, t. I, p. 250.) Quelquefois Julien l'Apostat se l>ornail à manger des légumes dans ses repas, par un motif de religion. (Ibid.) En certains jours de fête, les femmes athéniennes etégyptien-» nés jeûnaient et couchaient sur la dure. (Voyez Joseph. Laurent, De Prand* et Cen. vet,^ c. 22, apud Gronov. ,fp. 3k9ySurle$ jeûnes des anciens idolâtres; voyez aussi Sal*- MASius, tn5o/afiufit,p. 150; Julius Scaligbr, Poetie. , 1. 1, c. 9^, De cereal. ludis, etc.) Les mahométans turcs et perses, et les soixante^ dix sectes qui divisent le mahométisnie dans rOrient, observent strictement le jeûne du neuvième mois arabe, appelé Ramadan, qui tombe quelquefois en été, quelquefois aa printemps, et passe successivement d'une saison à une autre, en des années différen-» tes, parce qu'ils comptent selon le cours de la tune, sans intercalation,etque leurs mois sont alternativement do vingt-neuf è trenlt^ jours. Personne n'est dispensé de ce jeûne, ni femmes, ni soldats, ni laboureurs, ni voyageurs, ni artisans, ni pauvres, ni riches; le sultan lui-même jeûne comme les aatres. Les malades qui ne peuvent jeûner dans ce mois sont obligés de Je faire dans un autre» lorsqu'ils sont rétablis, ou autant de jours qu'ils ont manqué de le faire au temps prescrit. Leur jeûne consiste à ne rien prendre, c'est-à-dire qu'ils ne mangent ni ne Doivent» et ne peuvent même se laver le visage, de-

t)uis le lever du soleil jusqu'à son coucher. - .es plus parfaits commencent leur jeûne à minuit (Chardin, Voyage de Perse, tome Vil, p. 8^7; tome 11, p. 162 ; Busrec, LegaU turcic»9 ep. 3, p. 252.) Les Juifs anciens et modernes ont toujours regardé le jeûne comme une pratique pieuse et une œuvre de religion (Voyez Basnage, Hist. des Juifs, 1. vif, c. 18, art. 4), sentimenl imprimé si profondément dans l'esprit des hommes de tous les siècles et de toutes les nations, que la plupart des sectes infidèles ou hérétiques ont mis le jeûne au rang des pratiques qui font partie essentielle de la religion, jusqu'à corrompre superslitieusemenl ce qu'ils ont re* connu, par une tradition générale descendue des patriarches, être un moyen de satisfaire à la justice divine, ou d'expier ses péchés, et un hommage rendu à la Divinité. Leurs pratiques superstitieuses différaient beaucoup cependant des blasphèmes de ceux qui s'abstenaient de certains aliments comme mauvais en eux-mêmes, et comme Touvragu d'un mauvais principe ou du démon, toutes les créatures étant bonnes de leur nature, et l'ouvrage du vrai Dieu. La distinction des deux principes ou des deux dieux, l'un bon et l'autre mauvais, était l'erreur fondamentale d'une sorte de secte nombreuse de philosophes établie en Orient, erreur si ancienne dans la Perse et dans l'Inde, qu'lsaac Vossius (L. de idololalria, 1. 1, c .1) la regarde comme le premier pas vers l'idolâtrie par où les hommes ont apostasie et abandonné le culte du vrai Dieu. {Voir Vossas , Jllcmi-

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OASCfiTISME.

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chaiêfnuê on/t Manichœum^ et les auteurs qu'il cite, p. 201.) L'opinion ta plus corninune*^est^ 5 la vérité, que le genre butnain 4 commencé d'ôtre idolAtre en adorant le Sioleil, la lune et les étoiles, appelés l'armée des deux, ou d'abord les ançes, comme pense L^lerc;.ensuite les étoiles, puis les nommes qui s'étaient fait un grand nom, ou dont la mémoire leur étaitcbère. Il est cependant certain que la doctrine des deux principes était fort ancienne dans quelques systèmes de la philosophie orientale, cl fort différente de celle que professaient les sec-» tes des philosophes connues dans la Grèce, attribuée communément à Zorostrate, l'au^ teur de la philosophie chaldaïque et per* sane. {Voyez la Philosophie orientale do StiàNLEY, 1. II, c. 6; et VIndex philologique sur YHist. philos, orientale^ par Jean Le* CLERC.) Ce fut la première origine de ces notions impies et superstitieuses t)ue certains aliments sont mauvais do leur nature, q.uoique d^autres soient tombés dans la môme erreur par des principes différents, mais aussi superstitieux, et que plusieurs sectes modernes d'Indiens idolâtres, à l'exemple de leurs ancêtres, s'abstiennent de toute sorte de chair, sur le principe de la transmigration des Ames humaines dans les. botes; quelques-unes de la chair seulement de certaines bêtes qu'elles regardent comme consacrées à leurs fansses divinités. Dans l'empire du Mogol et ailleurs,. cette superstition est portée à un tel excès d'extravagance parmi quelques sectes d'Indiens, que si tel' ou tel animal a touché quelques-uns d'entre eux, ou a été jeté sur lui par malice, tout le monde le fuit comme un homme souillé, et le livre pour être mis en esclavage, etc. Les hérésies des trois, premiers siècles étaient souvent un mélange d'opinions nou-^ vellcs et des superstitions de la philosopliieorientale. Les gnostiques de plusieurs classes différentes commencèrfîut à troubler l'Eglise sous le règne d'Adrien, selon les témoignages de saint Clément d'Alexandrie (Strom., 1. VII, c. 17, p. 898, 899;); leurs er-^ reurs avaient commencé d'éclore beaucoup |)lus tôt, comme il paraît dans la première Kpllre de saint Jean (xi, 18), dans la première à Timothée (vi, 10), et celle aux Coloss. (il, 8J ; mais elles furent comme étouffées |)ar la prédication des apôtres, tant qu'ils vécurent. (Voy. Thomas Jttioius, Z)e hceresiarchis œvi apostoliçi et proximi ; ïil- LEMo:fX, etc.) Plusieurs de ces gnostiaues cnsoignaient la doctrine des démons, dont parle saint Paul, et défendaient aux hommes de se macier, comme de s'abstenir des viandes et de plusieurs autres choses qu'ils disaient mauvaises de leur nature. (/ Jtm. IV, 3.) Sians les Ages postérieurs, ces blasphèmes se reproduisaient chez les narconites, les manichéens, les pauiianisles, etc. Saint Pa,ul condamne cette absLiiionce superstitieuse> à cause du motif qui l'avait inspirée;, mais non l'abstinence qui se pratique en rue de mortifier sa chair, de faire péniteoce et d*obéir à l'Eglise^ au pai (^ueU

que autre motif louable et religfeur; d'ailleurs lorsque le môme A|>ôtre dît (/ Cor, X, 35) : Mangez de tout ce aui s$ vend au marché^ sans vous in fermer a où il vient ^ par inquiétude de conscience, il parle évidemment de toutes les choses qui avaient pu être offertes aux idoles, et gu'il était permis de manger dès qu'on n'avait nul scrupule à ce sujet, et qu'on ne le faisait pas dans un esprit de su[)er$tition. Lorsque Jésus-Christ a dit (Matth. xv, 11), que rien de ce gui entre dans la bouche ne souille rhomme, il entoiut que, dans les aliments que nous (uenons, il n'y a pas de souillure qui se communiquer l'Ame et qui la corrompe ; mais il ne veut pas que nous appliquions ces paroles aux jeûnes commandes par Dieu et son Eglise; jeûnes dont la transgression souille et blesse l'âme, non qu'il y ait corruption dans les aliments qui nous sont interdits, maisparc(i

Îue nous violons le précepte de l'obéissance, insi, dans l'ancienne loi, un juif se serait souillé eu mangeant du sang et de la chair de porc; ainsi nos premiers pères se souillé'^ rent-ils dans le paradis tecrestre, en mangeant le fruit qui leur avait été défendu.

Fausle le manichéen en appela au jeûne de TEglise catholique* pour justiOer l^bstinence superstitieuse de certaines viandes ou nourritures « comme mauvaises^ en elles«> mêmes, que prescrivaient les lois de sa secte. «Vous garderie carême, disait-il, vous, vous abstenez de vin et de chair sans tomber dans la superstition. » A quoi saint Au- Sustin répondait que , s'abstenir ainsi pour ompter la chair et pour le bien spirituel de sou âme, était un devoir imposé par l'Eglise. catholique; mais que, s'interdire tel ou tel aliment, dans la persuasion qu'ils étaient impurs et non l'ouvrage de Dieu, c'était i?. doctrine des esprits de mensonge. (L. x\x Contra^Faustum, ch. 3 et 5.)

Avantages.fi^ fruits du jeûne. — Nous son> mes tous pécheurs,^ tous par conséquent obligés à faire pénitence, vertu essentielle au christianisme ; or, le jeûne est une partie de cette dette que nous avons cotitractée envers la justice divine; c'est la doctrine de l'Ancien et du Nouveau Testament, celle detous les saints, et la tradition constante de l'Eglise ; c'est encore un moyen nécessaire pour soumettre notre chair, surmonter nos. inclinations déréglées et subjaj^uer nos passif)ns; c'est un préservatif contre la rechute; c'est un sacrifice par lequel nous faisons de • nos corps une hostie vivante; c'est entin uno voie sûre pour nous dégager des liens qui nous attachent au monde, et acquérir U goût de la vie intérieure. « Jeûnez, dit saint Basile, parce que vous avez péphé; jeûnez encore pour ne plus pécher. Le jeûne vous acquittera envers Dieu pour les péchés que vous aurez commis, et vous rendra victorieux des attaques de l'ennemi, qui vous tentera pour vous en faire commettre de nouveaux. » C'est l'intempérance qui, avec l'orgueil et la désobéissance, a précipité nos premiers |)ères et toute leur postérité dans l'abîme du péché, cau^e fatale des maux

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sans nombre so;is lesquels nous gémissons. Il a plu à Dieu de nous préparer, dans sa miséricorde, un excellent remède à ce vice dans la sainte pratique du jeûne, et de nous en faire un ci>ât>m.ent volontaire qui pût satisf/iîre, au ii>oins en partie, à sa justice outragée. Jésus-Christ, étant vrai Dieu et vrai homme ^ prédestiné par son Père à la rédemption du genre humain, a pu seul lui faire une digne réparation pour le moindre péché. Par ses mérites et ses soulTrances, dont la plus petite a éiéd*une valeur infmie» il a satisfait surabondamment pour tous ceux du monde entier. Mais, pour que le fruit de ses saiisiaclions pût être appliqué à nos âmesy en réfmratiai de nos crimes, il exige de nous cette condition, que nous nous condamnions nous-mêmes h subir quelque peine qui en soit la punition^ et qu*en portant ses mortifications dans nos corps, nous devenions ses copies vivantes. Il fout, comme le répète souvent saint Augustin, que le péché soit puni^ ou en ce monde par des châtiments de notre choix, ou par des vengeances bien plus sévères que nous fera subir la justice divine en Tautre. La contrition, si elle ej^t sincère, renferme essentiellement la résolution de faire une pénitence satisfac-» toire qui ait quelque proportion avec nos péchés^ en nous imposant nous-mêmes quelque pénitence volontaire. Le pardon du péché n'en est pas moins un don tout gratuit de la miséricorde divine,' parce que, ni nos propres œuvres» ni même celles du monde entier, ne peuvent jamais satisfaire pour un seul péché, quelque léger qu'on le suppose, séparées de la grâce du Sauveur. C*est uniquement par la pure bonté divine, avec les mérites infinis du sacrifice de Jésus-Christ, iK)tre Sauveur, que notre pénitence, avec toutes ses conditions, peut nous conduire à ce bonheur; conditions qui sont elles-mêmes un don de cette bonté toute gratuite et un fruit de la grâce de Jésus-Christ. Prétendre olitenir par d'autres voies la rémission de nos péchés, ce serait vouloir Timpossible, dit saint Augustin, parce que ce serait vou- !loir renverser les lois et les décrets immuables de la justice divine.

Un pécheur , sainement pénétré de componction et de repentir de ses péchés, doit donc s'armer d'indignation contre lui-même, punir sa chair criminelle de ses propres mains, et exécuter sur sa personne quelquesunes des rigueurs que mérite le péché, s'il veut désarmer le bras de Dieu; sans cela il ne peut échappera ses coups, soit dans cette vie, soit au jour terrible de sa colère. 11 ne faut qu'ouvrir les saintes Ecritures pour se convaincre de la vérité de cette doctrine, par les exemples frappants qu'on y trouve en grand nombre. Les Ninivile» avaient prOfvoqué le ciel contre eux , le bras de Dieu était près de renverser leur ville et de les écraser, lorsqu'à la prédication de Jonas ils rentrèrent en eux-mêmes. Comment le désarment-ils? En se condamnante un jeûne rigoureux qu'ils observent a vecla plus grande fidélités lis poussent vers le oiel do grandi» cris de

douleur et oe regret, et Dieu, touché, fléchi par leurs œuvres, satisfait de les voir sortir de leurs voies criminelles, oublie toutes leurs abominations, et retire son bras sans en avoir frappé un seul. Dieu exhortait-il à la pénitence son peuple par la bouche de ses prophètes : Revenez à moi de tout votre cceur^ disait-il, dans lejeûne^ dans les géinissementê et dans les larmes, David , et après lui, les saints pénitents de l'ancienne loi , eurent tous recours à Dieu par le jeûne et la prière. La nation juive avait-elle irrité la colère de Dieu, |)0ur l'apaiser, elle joignait toujottrs 1« jeûne aux autres œuvres de pénitence. Saint Jean -Baptiste, le modèle et le grand apôtre de la pénitence, envoyé au monde pour le préparer à la venue du Réderiipteur» passe sa vie da'ns le jeûne et dans la prière. a La pénitence sans le jeûne, dit saint Basile, est vaine et infructueuse. Voulons* nous satisfaire à la justice divine, offrons-lui des jeûnes et des larmes. » Serions-nous assez aveugles pour nous croire exempts de péchés ou entièrement purifiés de ceox que nous avons commis? Toute notre vie, au contraire, ne nous accuse-t-ellepas au tribunal de notre conscience, et n avons-nous pas des iniquités sans nombre à expierî Péchés de malice , de fragilité , de commission, d'omission, de négligence, d'ignorance; péchés de pensée , de parole , d'action , qui ont souillé notre esprit et toutes les facultés de notre âme, nos sens et tous les organes, et tous les membres de notre corps ; péchés contre tous les commandements peut-être, et contre les obligations de notre état; péchés contre Dieu, contre le prochain^ contre nous-mêmes ; péchés secrets, péchés publics, péchés de scandale, péchés person« nels et péchés d'autrui dont nous avons été les complices ou Toccasion volontaire; péchés auxquels nous ne pensons jamais, parce que l'habitude de les commettre et l'affection que nous y avons nous les fait dissimuler a nous-mêmes, tant nous nous laissons séduire à nos passions , mais que Dieu saura bien révéler au dernier jour. Péchés enfin que nous avons multipliés à l'infini, depuis que nous avons commencé & connaître Dieu, et qui surpassent le nombre des cheveux de notre tête. Quelle pénitence avons-nous faite toutefois jusqu'ici, et quelle pénitence faisons-nous encore? Hélas 1 si nous comparons nos faibles efforts avec les maximes de l'Evangile, avec fa rigueur des saints canons , la doctrine des Pères de l'Eglise, la vie et les austérités des saints pénitents de tous les siècles , combien nous nous trouverons loin de nos devoirs? Combien nous aurons lieude trembler pournotre sort éternel , si nous considérons sérieusement notre lâcheté et l'indulgence avec laquelle nous nous traitons? Avons-nous même jamais commencé la pénitence qui nous est si expressément commandée par la loi de Dieu, et sans laquelle Nôtre-Sei-« gneur nous déclare que nous périrons iôusf Nous marchdiié sur lé Bord de l'éternité ; chd(;iue jour nous vôp)ns dé nqs proches,. dft

D'ASCETISME.

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nos amis , de nos concitoyens surpris par la mort» et tomber, lorsqu'ils s'y attendaient le moins, dans cet abtme. Notre tour viendra bientôt, et, sortis une fois de cette terre que nous habitons, c'est sans retour et pour toujours. Dès lors plus de temps pour faire pénitence. Hâtons-nous donc de satisfaire à la justice diTine pendant que nous sommes dans la voie. Cest une chose horrible^ dit KApôtre, que de tomber entre les mains du Dieu vivant t avant d^avoir apaisé sa colère et regagne' ses miséricordes par de dignes fruits de pénitence.

Quand nous n'aurions pas de péchés à eipier par le jeûne, dont Jésus-Chris! et son Eglise nous ont fait un précepte, ce serait toujours un moyen nécessaire pour nous fortifier contre les tentations et les dangers qui nous exposent conlinuellement à pécher. L'homme a été créé dans la justice; mais, nar la désobéissance de notre premier père, la chair avec ses concupiscences, qui étaient parfaitement soumises à l'esprit ^vant sa chute, s'est tellement révoltée contre lui, les puissances de notre âme se sont tellement affaiblies, que, déchus des prérogatives de la justice originelle, nous sommes devenus des esclaves de nos sens. De là celle guerre continuelle de l'hommo contre Thomuie ; sans cesse en bulle aux attaques de cette partie sensuelle de nousmêmes, que saint Paul appelle la loi de ses membres, it est devenu son propre ennemi, et de tous les enùemis, le phis dangereux. De là cette vérité prononcée par I Apôtre saint Jacques : Chacun est tenté par sa pro-^ pre concupiscence^ qui l'emporte et l'entraîne dans le mal; et ensuite^ quand la concupiscence a conçu^ elle enfante le péché. Celle loi, ou celle révolte de la chair, se forlilie à proportion de la facilité avec laquelle on cède à ses mouvements , jusqu'à rendre la victoire de nos habitudes vicieuses, une fois contractées, si difficile, que, scion TEcriture, on n'en peut venir à bout qu'en se faisant violence à soi-même, qu'en crucitinnt cette même chair avec ses désirs et ses penchants déréglés. Or, ce désordre étant la suite de l'intempérance du premier homme. Dieu nous a prescrit la vertu contraire à ce vice, comme une partie nécessaire du remède dont dépend notre guérison, et comme un moyen auquel il a attaché les grâces victorieuses qui nous font triompher de nos ennemis. C'est donc pour nous une obligation de pratiquer la tempérance, de mettre un frein à nos inclinations, c'est-à-dire de ne rien accorder à celles qui sont mauvaises ou dangereuses ; et il est bon même de nous refuser souvent à celles dont Tobjet est permis et innocent, de peur de leur laisser prendre trop d'empire sur nous. C'est pourquoi le précepte de la sobriété nous est si fortement recommandé dans les livres saints, et représenté comme faisant partie de cette armure spirituelle sans laqualle notre perte éternelle devient inévitable.

Saint Paul prend ici pour exemple la disx^yline séyère et l'abMinence rigoureuse

3 n'observaient autrefois les athlètes qui, ans les jeux de la lutte ou de la course, aspiraient aux prix. Combien plus, dit-il , devons-nous user sobrement de toutes choses^ pour courir avec succès dans la carrière des vertus chrétiennes^ et gagner la couronne incorruptible? Loin qu'il se crut dispensé, par les pénibles et longs travaux de son apostolat, de combattre et de souffrir continuellement, il ajoutait : Pour moi, je cours, et ce n*est pas au hasard ; je combats, et ce n'est pas en Vair que je combats: mais je traite rudement mon^ corps ^ et je le réduis en servitude^ de peur qu'ayant précM aux autres^ je ne sois moi-même un réprouvé. Quoique favorisé des grâces les plus extraordinaires, quoique confirmé dans toutes les. vertus,

Suoique épuisé de travaux et de souffrances, désespérait de remporter la victoire sur ses ennemis invisibles, s'il ne leur opposait les rigueurs de l'abstinence et du jeûne. L'ennemi du salut nous poursuit de toutes parts, et jamais il ne nous donne ni trêve hi repos. Si quelquefois il parait endormi, c'est pour exciter contre nous la plus violente tempête, au moment où nous y pensons le moins. Si nous traitons trop bien noire chair, c'est un ennemi domestique que nous armons contre nous-mêmes. Ce/iit,ditrEsprit-Saint, qui nourrira délicatement son serviteur dès son enfance^ le verra ensuite se révolter contre lui, El encore, si vous contentez votre âme dans ses désirs déréglés^ die vous rendra le jouet et la joie de vos ennemis.

Les pécheurs d'habitude se plaignent de leurs passions et de leur extrême difficulté è s'en rendre maîtres, mais comment ne voient-ils pas que ce qu'ils appellent un malheur est un crime qui fait leur condamnation? Qu'opposent-iis aux fureurs de leurs ennemis? Ce genre de démon^ dit Notre-Soigneur, ne se repousse que par la prière et le jeûne. Et quelle a été la conduite de ce divin modèle? Tout invulnérable qu*il était, avant de se mesurer* pour ainsi dire, avec le tentateur, il se prépare au combat en consacrant quarante jours au jeûne le plus rigoureux, et à une prière continuelle; voulant nous apprendre par là comment nous devions nous-mêmes nous mettre en défense contre les assauts de notre ennemi. 11 n'avait *pas besoin pour sa personne d'un jeûne si austère. Tous ses sens, toutes ses facu'lés obéis'saient parfaitement à la souveraine raison, et à la sainte volonté de son Père; mais il s'est soumis à celte grande pénitence, pour relever notre courage, et pour sanctifier nos ieûnes par le mérite des siens; c'est ainsi que, comme notre chef, il répand la propre vertu de sa pénitence dans tous ceux qu'il connaît pour ses membres. Plein de compassion pour nos misères spirituelles , nonseulement il nous a procuré ces puissants secours au prix de son incarnalion adora* ble, de ses souffrances et de sa mort ; mais, voyant notre répugnance et notre lâcheté à les mettre en œuvre, pour les guérir, il a voulu boire lui-même le calice jusqu'à 1& lie. Pouvait-il mieux nouseogagerartccepter d»

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sa luafn, comme Tunique remède à nos ijiaux? Qiielles actions de grâces ne lui de-^ vons-nous pas pour un tel excès de bonté ? Kl combien devons-nous nous confondre d*avoirsipeu fait iusqu*ici, soit pour la réparation de nos péchés, soit pour soumettre la chair à Tesprit l Quoil notre médecin se condamne lui-même au traitement le plus sévère, parce au'il le faut ainsi pour notre ^uérison; il pleure, il s*afflige pour nous; *i nous, malades, languissants jusqu*à ne pouvoir plus recouvrer la santé par les remèdes et les secours humains, nous cherchons à nous réjouir, au milieu des dangers et des misères qui nous environnent ! Loin de eémir et de pleurer avec notre charitable médecin, dous ne pensons qu'à satisfaire nos inclinations déréglées I Conduite bien étrange et bien insensée 1 L'exemple de Jésus-Christ, notre Rédempteur, notre Roi et notre D.eu, son tendre amour, son extrême commisération pour nous, n'auront pas assez de pouvoir sur notre cœur, pour nous faire accepter avec empn'ssement la coupe amère qu il ne se contente pas de nous présenter» après l'avoir préparée de sa main miséricordieuse, mais qu il a voulu lui-même goûter le premier 1 Pour regagner la santé du corps» nous avons bien le courage de nous soumettre aux ordonnances les plus rigoureuses, nous avalons tout ce qu'il y a de plus capable de nous provoquer au vomissement, nous endurons le fer et le feu. Ne souffrirons-nous donc rien pour rappeler nos âmes à la vie de la grâce, et les établir dans Theureux état de gloire et d'immortalité pour lequel Dieu les a créées à son image ? Ne ferons-nous rien pour Jésus-Christ après que Jésus-Christ a tant fait et tant souffert pour nous ?

Avec les armes spirituelles que nous offre ce Dieu de bonté, les saints ont triomphé de leur chair, du monde et du démon. C'est à la pratique du jeûne qu'ils doivent les victoires dont ils recueillent les fruits dans le ciel. C'est le jeûne, joint à la prière, qui, dans tous les temps» a donné aux justes la force de marcher constamment dans les voies de l'innocence et de la vertu; à des milliers de pénitents, celle de se relever parfaitement de leurs chutes, et de rompre entièrement les liens qui en faisaient autant d'esclaves du prince du monde, pour rentrer en grâce avec Dieu et redevenir ses enl'auts bien-aimes. Saint Jean-Baptiste, ce modèle parfait d'innocence, avait été sanctifié dès le sein de sa mère; par un don extraordinaire du ciel, toutes les vertus avaient jeté des racines si profondes dans sou âme dès l'enfance ; il avait acquis un empire si absolu sur ses sens,que, selon la pensée hardie de saint Grégoire de Nazianze, il sentait aussi peu les révoltes ds? la chair que s'il eût été un pur esprit. Toute sa vie cependant fu,t un jeûne continuel , et le jeûne le plus austère. Sa nourriture, dans le désert, n'était qu'un peu de miel sauvage, avec quelques sauterelles desséchées quil trouvait le long des collines Où il habitait» et» lorsqu'il se montra pour

disposer les peuples, par la pénitence, & Javéncment du Messie, Jésus-Christ dit de lui qu'il était venu ne mangeant ni ne buvant; car la nourriture qu'il donnait à son corps était si peu de chose, et d'une qualité si grossière, qu'à peine pouvait-on l'appeler une nourriture. Il en était ainsi de son vêtement fait de gros poil de chameau. Sans logement, pour se garantir des injures de l'air, il n'avait pour lit que la terre nue. Tant qu'il vécut dans le désert, il n'eut point d'autre occupation que la contemplation et la prière ; c'est-à-dire que, dans son corps mortel, il menait sur terre une vie toute angélique et toute céleste. Mais pourquoi, avec tant de sainteté et d'innocence, fait-il donc une pénitence si dure et si continuelle? Pour conserver le trésor de son cœur, la grâce et la charité ; pour fortiûer son âme contre les dangers de faire naufrage ; pour faire de sa vie entière un hommage et un sacrifice perpétuel au Dieu de toute sainteté; pour ncgiis apprendre enfin quelle doit être la nôtre, et ce que c'est que faire pénitence. Ce qu'il prêchait avec toute la force de sa voix animée de Tesprit de Dieu, il le prêchait bien plus éloquemmenl encore par ses exemples; prédication sublime, toute muette qu'elle était. Il n'en est pas de plus propre pour nous faire rentrer en nous-mêmes, et nous inspirer les plus sérieuses réflexions; car si celui qui jouit d'une sainteté parfaite, devons-nous dire ici, avait besoin d'un traitement si sévère», quel doit donc être celui de l'homme ma^ lade? Si un des plus grands saints que le ciel ait donné à la terre, châtie son corps si rigoureusement, que fera le pécheur qui, par de longues habitudes du mal» vit dans l'esclavage de ses passions et de ses sens^ Tous les saints ont embrassé la pénitence avec ardeur, et nous la redouterions, nous».

aui peut-être avons vécu presque toujours ans le péché, et nous la fuirions comme lo plus grand des mauxl

Le jeûne est un remède nécessaire pour recouvrer et conserver la santé de J'âme ; mais ce n'est pas le seul avantage gue nous eu retirons ; nous devons le considérer comme une pratique qui sanctifie nos corps et les consacre au Seigneur. C!est proprement par la prière que nous lui faisons hommage de nos âmes; c'est par la tempérance et le jeûne que nous lui sacrifions et dévouons nos corps: nous lui devons non-seulement nos cœurs, mais encore tout ce que nous sommes et tout ce que nous avons. Puisque nous tenons tout de lui, il est juste que nous reconnaissions son domaine universel et absolu sur nous, ^i%v l'odrande de tout ce qui fait partie de nous-mêmes, qu'il n'y ait rien en nous qui ne soit au service de sa souveraine majesté. De là cette belle exhortation de l'Apôtre: Je vous conjure^ mes frères^ par la divine miséricorde^ d'offrir vos corps à DieUf comme une hostie vivante, sainte et agreable à ses yeux^ pour lui rendre le culte raisonnable que tous lui devez, H appelle ce sacrifice un culte raisonnable» pour nous fiôrt

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DASCËXISMK^

Toir combien il surpasse les sacrifices charnels des animaux qu* on immolait à Dieu dans le temple des Juifs; combien, par conséquent, il doit être pur et parfait. Nos corps sont devenus, par le grand mystère de fincarnalion, membres deJésusChrisletles temples vivantsduSaint-Esprit. Quel soin ne de vonsnous pas avoir de les purifier et de les orner de toutes les vertus? Si nous avons eu le malheur d*en faire des instruments d'iniquité, il faut nons présenter à lui comme des victimes que nous lui avions dérobées, comme des morts ressuscites, destinés à le glorlQer sur la terre par une vie sainte et irréprochable, en attendant que nous ayons le bonheur de le gloritier dans son royaume éternel; et voilà ce que nous ne pouvons faire, selon la doctrine de Jésus^hrlst notre maître , qu*en lavant nos âmes dans les larmes de la pénitence, (]u*en crucifiant le vieil homme, qu*en détruisant en nous le corps du péché , qu'en mortifiant nos membres qui sont sur la Jerre, et en les mortifiant aussi longtemps que nous sommes exposés à retomber dans l'esclavage du démon et sous Tempirede notre chair; car i\ n'est pas d'autre voie de sanctifier nos corps et de les rendre digues d'èlre offerts à Dieu comme au« tant de vaisseaux, qui, tout fragiles qu'ils sont ici-bas, seront un jour transformes en gloire.

Jusque dans l'état d'innocence, nos premiers parents, tandis qu'ils consacraient leurs &mes à Dieu par la prière, en reçurent ordre de lui faire, par l'abstinence, un sacrifice continuel de leurs corps; leseul commandement positif qu'il leur imposa dans le paradis fut de ne point manger du fruit de l'arbre qu'il leur désigna; circonstance d'où gt.-Auibroise, St.-Basile, St.-Jérôme, St.- Chrysoslome et autres Pères de TËglise ont pris sujet de relever le mérite et la vertu du jeûne, en observant que c'était la plus ancienne et la première des lois positives que Pieu eût adressée aux hommes. Mais cette loi est devenue beaucoup plus étendue et plus nécessaire depuis que le péché a perverti notre nature, puisque Dieu en a fait un remède à nos maux; il nous promet qu'il aura la propriété, non-seulement de guérir les plaies du péché et de fortifier notre faiblesse, mais encore de nous obtenir et tous les secours de sa grâce dans celte vio, et la gloire éternelle. Si vous jeûnez dans le se^ crety dit Notre-Seigneur, votre Père^ qui voit tout ce qui est caché dans les ténèbres^ vous récompensera au grand jour. Satnson et Samuel lurent le fruit des jeûnes de leur mère; Sara dut à ses jeûnes de se voir délivrée du démon. Quels merveilleux efi'ëtsdu pouvoir du ieûne, dans Daniel, dans Judith, dans Estnerl La prière et les jeûnes étaient l'hommage et le service continuel qu'ofiVait au Seigneur dans le temple cette sainte veuve dont saint-Luc fait l'éloge dans 1 Evangile. C'est par le jeûne enfin que tant de saints ermites, dans les déserts, devinrent la terreur de l'enler, et un spectacle digne des . complaisances de Dieu et de ses anges.

Le jeûne a surtout la vertu de dégager nos cœurs des choses de la terre, des liens, de nos passions, et de nos attaches aux créatures. L'intempérance appesaniit l'âme, lui met comme des entraves oui l'empêchent de marcher dans la voie du salut, la rend toute terrestre, toute charnelle, toute animale; la jette dans une telle stupidité qu'elle devient presque incapable d'aucune fonction spirituelle; le jeûne, au contraire, débarrasse ses affections, lui donne des ailes pour prendre son essor au-dessus des cho-^ ses de la terre, la dispose merveilleusement è recevoir le don d'oraison et de contemplation. Moïse et Elle se préparentaux entretiens qu'ils eurent avec Dieu par un jeûne de quarante jours. Ce fut après un jeûne de trois semaines que D^eu révéla à Daniel les plus profonds mystères» Ce fut par lu jeûne que les Macaire, les Antoine, les Pacôme parvinrent à cet esprit de prière et kcette union continuelle avec Dieu, qui en*fit des anges terrestres.

Tous les saints ont été remarquables par leur attachement et leur assiduité au jeûne ;: plusieurs l'ont pratiqué toute leur vie, et àun tel degré de rigueur et d'austérité, qu'eJlu semblait ôtre un miracle continuel; ils ne mettaient d'autres bornes à leurs mortifications, que celles d'un besoin indispensable; aujourd'hui une vie si pénitente passerait pour indiscrétion; mais c'était prudence, el la prudence de l'Es^irit-Saint. Ce n'est pas toutefois un modèle à pro})Oser au commun des Chrétiens, et rien, à la vérité, ne serait plus blâmable ni plus dangereux, que de prétendre marcher dans les mêmes voies, sans avoir des marques certaines d'une inspiration extraordinaif e, sans prendre conseil des hommes les plus éclairés, et sans avoir fait auparavant de longues épreuves de ses forces ; car il en est très-peu aujourd'hui qui soient capables d'imiter les vies des anciens solitaires; mais aii moins leur ferveur doit-elle nous couvrir de confusion et imposer silence à notre délicatesse, lorsque des mortifications qui en méritent à peine le nom excitent nos plaintes et nos murmures. Nous ne pouvons ignorei que, selon les maximes de la sagesse éternelle et les oracles de l'Espril saint, tout ce que nous entreprenons dans l'ordre du salut ne peut que tomber en ruine, s'il n'a pour fondement l'humilité et l'abnégation de nousmêmes. Comme il faut que le grain jeté en terre meure avant que de porter son fruit, de même il- est nécessaire que nous mourions à nous-mêmes, c'est-à-dire que nous réprimions nos sens et notre volonté, que nous sachions régner sur nous-mêmes et sur nos passions, avant de porter les fruits des véritables vertus. Ce ne seront que des feuilles ou de mauvais fruits, tant que nos bonnes œuvres seront flétries par le souflle empoisonné de l'amour-propre, de la vanité et de la recherche de iious-mêmes. Aussi tous les vrais serviteurs de Dieu, dans Tancienne comme dans la nouvelle alliance, ont été à la poursdite de la vertu par la praticiuû

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a^sidae et la sévérité de leurs jeûnes, quoique (oujour.4 réglée par la s «gesse et la discrétio ; de (à Tempire qu*ils avaient sur leur chair; et la facilité avec laquelle ils s'adonnaient à la prière et à la contemplation. Nous avons vu plus haut <jue Jésus* Christ annonça à ses disciples qu'ils jeûneraient régulièrement, lorsqu'il ne serait plus 4ivec eux sur la terre. Les disciples de saint Jean étaient connus pour rigides observa-» teurs du jeûne. Les récbabiles qui héritèrent de leur forme de vie du vertueux Jonadab, un de leurs patriarches, sous le règne de Jéhu, «^t qui^ pour in sainteté de leurs mœurs, firent admis au rang des portiers du temple, et des chantres des divins cantiques, sous l'inspection de la tribu de Lévi, s'abstenaient constamment de l'usage du vin. On na peut guère douter que plusieurs autres sociétés de Juifs consacrés parliculièreiueut au service de Dieu, et connus généralement sous le nom (VAsiidéens^ ne fussent dislin* gués par leur abstinence. Les Nazaréens faisaient vœu, les uns pour quelque temps limité, les autres pour toute leur vie, de ne boire jamais ni vin ni rien de ce qui enivre. Les pharisiens , sans jeûner rigoureusement, n'auraient pu avoir les dehors imposants de sainteté qu'ils affectaient. Je jeûne deux fois la semaine^ disait Tim d'en^* (re eux, enflé de la verlu dont il n'avait que ]^s apparences. Bans tous les siècles, les serviteurs de Dieu ont fait du jeûne une de leurs œuvres principales, surtout dans les temps de Tannée plus spécialement consacrés à la prière et à la pénitence, croyant ne ffouvoir offrir à Dieu de ferventes priereSf si id jeûne ne les accompagnait. Quand les Juîf« eurent été défaits par les Philistins, en punition de leurs péchés, Samuel leur im-* posa un jeûne, pour apaiser le Seigneur irrita oonire eux. David Jeûna, lorsque l'enfant qu'il avait eu de Belbsabée tomba dans la maladie dont il mourut. JThumiliais mon âme par le jeûne^ dit- il, en parlant de sa pénitence, et ailleurs, lorsqu'il était persécuté: Je me iuiê cjouveri d'un sac en jeûnant^ e$ fai pris un cilice pour mon vêtement; et encore : Mes genoux sont affaiblis par le jeûne. Le saint roi Josaphat eut recours, •dans les dangers où il se trouva, au jeûne •et à la prière. Esdras, dans les jours de pénitence, usa du môme moyen d'apaiser le Seigneur. Ce fut par le jeûne et la pénitence que l'impie Achab détourna les coups de la tolère divine. Ce fut par le jeûne et la prière que Néhémie obtint de Dieu le prompt rétablissement^des Juifs après leur cnplivité. €e fut par le jeûne que Judith et les Juifs de Béthulie se rendirent le ciel favorable contre l'armée d*Holopherne. Esther, dans tes jours de pénitence et d'affliction, où «Ile s'occupait du salut du peuple saint, humiliait son corps par le jeûne ; et afin d'attirer les bénédictions du Seigneur sur les vœux et sur les efforts qu'elle faisait en faveur de ses frères, elle lui offrait avec ses propres jeûnes ceux de Siis servantes et de Kardocbée* Tobie, par ses jeûues, ses au-

mûnes et ses prières, mérita une assistance' miraculeuse du ciel ; de là, la parole de l'ange Raphaël : « La prière, le jeûne et l'aumône valent mieux que tous les trésors. » Dieu, par ses prophètes dans la loi ancienne, par ses apôtres sous la loi nouvelle, et par la bouche même de son Fils, non content de nous recommander le jeûne avec instance, nous maraue les conditions nécessaires pour le sanctiner et le rendre agréable à ses yeux. La vie des apôtres et des premiers Chrétiens était comme un jeûne perpétuel. Nous voyons dans les EpUres de saint Paul qu'il jeûnait souvent^ et qu'il exhortait les fidèles à l'imiter dans ses travaux, ses veilles et sqs jeûnes.

L'Ejglise n'a même pas cru indigne d'elle , en faisant cette institution, de faire entrer dans ses motifs le salut corporel de s^s enfants. Comme rien n'est meilleur pour conserver la santé , qu'une grande çobriété , souvent il arrive que le jeûne devient le remède le plus efficace pour la rétablir; c'est par le jeune habituel que la plupart des Pères du désert, dont la vie austère nous étonne et nous effraie , conservaient une santé vigoureuse, et prolongeaient leur vie pendant un siècle entier, jusque dans les climats brûlants où la vie humaine est ordinairement plus courte .que dans les pays plus tempérés et plus froids. Saint Paul , premier ermite, a vécu cent treize ans; saint Antoine, cent cinq; saint Euthymius, quatre vingt-quinze; les deux saints Macaire, saint Papbnuce, saint Sabas et saint Jean d'Egypte, près de cent ans ; saint Arsène, cent vinçt ; saint Jean le Silentiaire, cent quatre; saint Théodose, abbé, cent cinq, Jacques, ermite de la Perse, dont parle Théodoret, cent quatre, etc. Josèphe |nous apprend que les esséniens étaient remarquables par leur longue vie (car un grand nombre vivaient cent ans ); et qu'ils en étaient redevables à la simplicité et à la sobriété de leur régime. Du pam et une sorte de bouillie ou de gruau faisaient toute leur nourriture. Il en était ainsi des anciens philosophes , Démocrite , Hippocrate, etc.

Les maladies qui nous arrivent le plus * fréquemment sont occasionnées par une trop grande réplétion de l'estomac , qui surchargeant les facultés animales , empêche le libre exercice de leurs fonctions ; ou par les aualités vicieuses du sang, par les sucs mal igérés et mal cuits, effet ordinaire de quelques excès; par les propriétés malignes de la nourriture qui , oppressant les organes de la digestion, et engendrant de funestes ob.4tructions , ou d'autres dérangements dans la partie du corps la plus délicate , minent sourdement ia constitution la plus robuste, et la rendent incapable d'user efficacement des remèdes; ce qu'on remarque souvent dans les maladies d*épuisement , plus difficiles à guérir que toutes les autres; car il s'agit alors de rétablir ce qui est perdu ou tout usé , c'est à dire d'en venir quelquefois . à une sorte de nouvelle création : au moina

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est-ce iHte entreprise toujours plus difficile « une œuvrA bien plus longue et plus tente que de dé'ivrer le corps de ce qui est nuisible, et le purger des humeurs étrangères. Le remède à tous ces maux est certaine* ment Tahstinonc^y Tubage des mots farineuiy préférablemenl à la chair des animaut ; car, quoique celle ci forlIHe davantage, lorsqu'elle est prise avec modération, ses sels produi«« sent aisément les obstructions, et fonnenl des sucs grossiers d'où natt dans le sang un principe et un vice scorbutique, que Boerhaave appelle avec raison une légion de maux tous également dangereux. Quoique les végétaux farineux trop verts, et qui n'ont pas assez de fermeté» le poisson, la chair salée ou fumée , les eaux mauvaises à boire , un sol humide et voisin de quelques eaux stagnantes» une vie sédentaire enfin, soient des causes fréquentes de scorbut , il faut re« marquer rependant que notre avidité pour la chair des animaux contribue à nous faire contracter cette maladie, beaucoup plus que le défaut de salubrité dans lair que nous respirons. Or il est constant par Texpérience que le meilleur moyen de la guérir et de s'en préserver, c'est Tusage des végétaux les plus sains, surtout les anti- scorbutiques, et dans le printemps « lorsque les herbes sont fraîches et d'un suc pnr.(royez HALLERfVAii^swiETEif sur Boerhaave, etc.) Il faut cependant en excepter les salades froides et les végétaux pour les faibles tempéraments, parce que ces sortes de plantes ont les fibres trop fortes pour être broyées let digérées sans une action vigoureuse et un jeu pénible de l'estomac. Le docteur Arbulhnot ob<ierve très-judicieusement que quoique la régularité dans l'heure des repas, une grande tempérance dans la quantité et l'usage des aliments les plus simples , soient la principale chose à recommander pour la santé du corps, il vaut mieux cependant se permettre une latitude et une variété raisonnable , que de s'assujettir trop servilement«à un réçme toujours uniforme, ce qui pourrait faire tellement dominer certaines humeurs» ou gêner le tempérament , que la plus petite variation lui deviendrait fCmeste : Témoin l'exemple qui se trouve dans les Expirienceê .philoiophiques d'un ecclésiastique d'Angleterre, qui, étant asthmatique, n'avait» depuis plusieurs années « rien bu que de cbaud, mais qui» dans un voyage, ayant bu un verre de bière froide, fut saisi d'un mal violent qui l'emporta au bout de quelques heures. Boerhaave remarque que la meilleure nourriture est la plus farineuse» comme le froment, le riz» le maïs ou blé de Turquie , pourvu nu'il soit d'uue bonne espèce et bien mûr. Il met au même rang » les panades qui se font avec du pain bouilli» au moins trempé dans l'eau» dans du gruau, du bouilloo léger etc. ; du lait » pourvu qu'il ne se caille pas sur l'estomac» comme il arrive souvent. Dans quelques cantons de l'Irlande , on voit beaucoup d'habitants qui ne vivent presque aue de pommes de terre , et mangent du pain très-rarement » jouir d'une

parfaite santé et avoir un tempérament robuste. Dans les Indes, parmi Fesjf^eupies qui ne se nourrissent jamais de chair »oeux

S[ui ne vivent qoe de riz sont minces et aibles de domplexion , mais fort sains » ont les organes et le sentiment plus vif que les autres peuple^ , comme le rapporte M.

Grosse dans son Histoire. La différence du tempérament 6ous indique souvent le choix que noua devons faire eifi particulier ^s aliments qui nous conviennent le mieux»

sans nous y astreindre trop scrupuleusement; mais en généra}» et dans toutes les situations de la vie, la tempérance est la meilleure de toutes les précautions* L'eau est le premier de tous les digestifs, et un excellent véhicule des sucs nourriciers que nous tirons de nos aliments , parce qu'elle est tout ensemble le fluide le plus pur et le dissolvant de sà nature le plus actif. Cest la boisson la plus ordinaire de la plus nombreuse partie du genre humain, cependant la grande partie des pefits insectes dont elle est remplie » en été, (^eul quelguêfois être dangereuse, à moins qu'ils n'aient été détruits par le feu» en la faisant bouillir. Son extrême fluidité est mortelle aux hjrdropiques dont les fibres sont relâchées ; inconvénient auquel on remédie heureusement en Angleterre, en la mêlant d'une médiocre quantité de bière faible. Il y a dii-huit siècles que César y trouva établi rusag;e de cette boisson. La bière forte, par sa viscosité» retarde la circulation du sang^etc; le vin , sefon l'opinion universelle ^«st de tous les cordiaux naturels» le plus agréable» quand il est devenu boisson ; mais ce n'est proprement pas nn digestif. Les héros de l'antiquité les plus vaillants et les plus robustes ne buvaient que de l'eau, il serait aisé de faire voir la vérité de tout ce qu'on avance ici, par l'expérience de tous les siècles , et par le témoi^age dos philosophes et des médecins anciens et modernes les

f)lus expérimentés. Le docteur Corchi , oéèbre médecin de Florencf", en Italie , dans son ouvrage intitulé ; Du régime de Pytha^ gore , ou manière de se novrrtr des végétauxselon les principes de Pythagore^ montre gua ce grand philosophe a recueilli et transmis à la postérité les préceptes qu'il a jugés les plus propres à nous faire jouir de la tranquillité de l'esprit et de la santé du corps. Il ne mangeait que deux fois le jour, selon la coutume générale de son temps ; au m/«tin , prenant seulement alors du pain en petite qjantité , et à souper, qui était un re- Eas fort modéré. Il n'accordait pas d'autre oisson que de l'eau» défendait en général, de manger de la chair; mais il mangeait et accordait aux autres» ï>ourvu que Tusage^ n'en fût pas fréquent, certaines viandes, légères, comme poulardes, chair de chevreau , de veau » de ieune cochon de lait \. il interdisait tes œius et même les fèves ^ quoique farineuses» parce que c'est un ali-^ ment venteux. Il était défendu d'en user aux

Erêlres de Jupiter et de Cérès» chez les irecs et chez les Romains. Aristote les qon^

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damne comme généralement très-malsainst et de nature k causer des coliques , ce qui élait plus ordinaire dans ces climats éloignés que dans les nôtres. Cocchi observe q le les fèves et autres graines vieilles et bien sè;hos sont très-nuisibles , à moins qu*e]les ne soipnt mises en poudre infusée dans du lv)iiillon ou autre liquide. Le même phi4osophe recommande beauconp les autres vé-*. gétaux , ainsi que le Lail et le miel. Tous les médecins conviennent utrun régime exact , comme cdui-ciyesi préférable à tous les remèdes , et qu'en général , ceux qui savent l'observer, préviennent beaucoup de maladies. Au contraire , un grand usage de la chair est pernicieux h la santé comme ta démontre Plutarque (De valetudine); Ma-, crobe (xvii. Salumal. c. b>7), et plusieurs autres anciens. A la vérité » ceux qui passent leur vie à des travaux du corps rudes et pénibles, ont besoin d*une nourriture forte et abondante » et ils la digèrent plus aisément que les hommes de lettres qui travaillent uniquement de l'esprit. Il faut aussi plus d*aliment$ dans les pays froids que dans les climats chauds. Les jeunes personnes 9 comme celles qui ont un faible tempérament , ne doivent pas jeûner trop longtemps, mais il faut Qu'elles prennent une nourriture très- modérée, et Qu'elles usent d'aliments simples, amis de leur estomac, sans y mettre beaucoup de variété. Cette méthode, loin de nuire à leur santé , leur conservera ta vigueur du corps et de l'esprit ^ préservera les maladies auxQuelles on 8*eipDse par le défiiut de sobriété, guérira môme celles qui auront été contractées , et qui n'auront pu céder à lout Vart des re-^ mèdes.

Nous en avons un exemple dans Louis Cornaro, noble Vénitien, qui joignait à un grand esprit des connaissances fort éten* dues. A l'âge de trente ans, il se trouva réduit par ses intempérances è une santé si épuisée, c'est-à-dire è une telle complication de maux, à des douleurs d'estomac si fréquentes , accompagnées souvent de douleurs de côté, à une fièvre et une altération si continuelles qu'il essaya de toutes sortes de remèdes, et consulta tons les plus habiles médecins pendant l'espace de cinq ans, sans trouver le moindre soulagement. Arrivé à sa quarantième année, et voyant les médecins désespérer de sa vie, il prit le

Earlide tenter ce que produirait l'abstinence, 'expérience lui eut bientôt appris la fausseté de ce proverbe des gourmands': Que tout ce qui platt au goût est bon et nourrissant ; car il avaitbeau aimer les meilleurs vins frais, lesmelons,leslaituestoutescrues, le poisson, la viande de porc, les saucisses, les gâteaux, la croûte de pâté et d'autres choses semblables, tous ces aliments lui étaient fort nuisibles. Il y renonça donc , se borna uniquement h ceux qui convenaient le mieux à son tempérament, et il en usa encore avec tant de modération, qu*il demeurait toujours au-dessous de son appétit. Il en vint à ne prendre que douze onces de nourriture par

jour. Avec ce régime, il fut en peu de temps si parfaitement guéri de tout ce qu'il souffrait , que son rétablissement parut- aux médecins une sorte de miracle. A force de continuer, il réussit à recouvrer toute la^ . vigueur et toute la santé qu'il avait perdues depuis tant d'années. En butte à toutessortes de vexations de la part de quelques ennemis qui lui suscitèrent un procès contre toute

t'ustice, il soutint cette épreuve jusqu'au »out. Quelques-uns de sesamis, au contraire, dépositaires et compagnons de ses peines, en ressentirent un chagrin auquel ils succombèrent enfm, après avoir lutté quelque temps contre la maladie de langueur et de consomption.. Chose étonnante, tout le far* deau pesait sur lui principalement, et cependant sa santé n'en fut point altérée; ce qu'il attribua à la bonté: naturelle de son tempérament qui, délivré une fois des humeurs vicieuses que son corps avait contractées, reprit de lui-imAme ses premières forces, et triompha des impressions de la mélancolie, que ses amis ne purent vaincre. A l'âge de seixante-dix ans, sa voiture ayant versé, il fut blessé grièvement à la tête et dans tout le corps, jusque là qu'il eut un bras et une jambe disloqués. Les médecins, qui ne lui donnèrent que troisou quatre jours de vie. opinèrent pour la saignée et la purgation ; it s'y opposa, déclarant que son genre de vie sobre et modéré le dispensait de recourir à ces remèdes; il voulut seulement qu'on lut remit le bras et la jambe, et qu'on oignit d'huile tout son corps, ce qui le guérit entièrement, et vérifia le proverbe italien 'v « Mange beaucoup qui mange peu, mais à propos ; mangere ptu, qm mancho mangia ; » et encore: « Ce qui reste sur le plat profile plus que ce qui entre dans le corps ; fa piu pro quel* che si lascia sut tondo , che quet che si met nel ventre. » Cornaro dans sa soixante-<|uinzième année, se laissant vaincre aux instances de ses amis , ajouta deux onces par jour à sa nourriture ordinaire, lls.jugeaient celte addition nécessaire è son grand âge. 11 prenait donc chaque jour seize onces d'aliments pesés dans la balance, qui consistaient partie en pain et bouilton , patie en œufs ou un peu de chair. Au lieu de quatorze onces de boisson, il en prenait seize. Ce prétendu soulagement lui devint funeste. En dix jours de temps, quoiqu'il eût conservé j*usque là toute sa gaieté naturelle, il tomba dans une mélancolie qui le rendit insunporlable aux autres et à luimême : le douzième iour, il fut saisi d'une douleur de cAté, et deux jours après, atta-^ que d'une fièvre qu'il garda jusqu'au vingtcinquième; il n'en fut guéri encore que par son premier régime. Dès lors il revint à douze onces de nourriture et è quatorze de boisson. C'est lui-même qui nous apprei^l

3u'à la faveur de cette règle, dont il se t ensuite une loi invariable, il vécut toujours, depuis celte époque, dans une parfaite liberté d'esprit, et sans aucune douleur dans le corps. A quatre-vinfft-lrois ans, il montait aisément à cheval, sans avoir

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besoin û'aucun secours pouk* s*appujrer, ni de marchepied. On ne le voyait jamais effrayé, ni de ia hauteur des étages dans les Biaisons, ni de celle des collines dans les campagnes; il montrait toujo^irs une humeur é^nle et enjouée, se plaisait dans la con»versation des hommes de lettres, lisait et écrivait beaucoup ; vivant tantôt à Padoue où il possédait une grande maison et de beaux jardins ; tantôt à ^luelqu'une de ses maisons de campagne. Ses heures d*amusement étaient employées à des [)lans d'architecture, à peindre, à faire des pièces de musique, à Fagriculiure, à faire dessécher des marais, à construire des églises, et à y rassembler les personnes pieuses pour y faire honorer Dieu par la prière. Bans sa quatre-vingtrcinquiètne année, il coranosa une comédie pleine de feu et de traits a'es^ prit. Il fit aussi un Trailésur la tempérance^ où il fait son histoire. H avait alors onze petits-Qls, tous jouissant d*une parfaite santé, enfants de m^m'e père et de même mère. Tant qu'il vécut , il continua d'avoir un bon sommeil, et conserva avec toutes ses iacul tés spirituelles ia môme vigueur de corps ; car toute Sa vieillesse se passa sans aucune maladie, jusqu'à celle qui l'enleva à Padoue en 1S55, et qui fut de très-courte durée, comme presque sans douleur. Sa mort fut si paisible , et il la reçut avec tant^ de calme, tant de sérénité, étant plus que 'centenaire, que loin d'a'voir rien d'effrayant, elle ne parut rien autre chose qu'un doax passage à l'immortalité. (Yoy. sonou^* vrage sur la tempérance, traduit en latin par Lessius, et le récit que fait de sa vie Deïhol; Hist., t. XXXVlll ; Justinianï et Bembi, liist. venit,, etc.) Son épouse, qiui n'était p.is moins âgée que lui, lui survécut.

Léonard Lessius, savant jésuite, avait été, dans sa jeunesse, abandonné par les médecins, tant il dépérissait de jour en jour et donnait peu d'espoir de se rétablir; mais nyant pris pour modèle, du moins en quelque-degré, la sobriété de Cornaro, et suivant avec exactitude le régime toujours égal de sa communauté, il reprit tellement ses forces, et peu à peu devint si vigoureux (i*esnrit et de corps v qu'il vécut sôixanteneuians. 11 mourut à Louvain en 1623; on a de lui un ouvrage sur le moyen de conserver sa santé et do vivre longtempsi dans lequel il fait voir que la tempérance est la mère de la santé, et garantit de beaucoup d'indispositions et d'infirmités qui naissent de la plénitude d'humeurs ou de mauvaises digestions; outre qu'elle rend les meurtrissures et autres accidents extérieurs moins dangereux, adoucit les maladies incurables, diminue les souffrances qui précèdent la mort, modère les passions, maintient la bonne disposition du corps et des sens, mais plus encore la vigueur de l'esprit et de la mémoire. Elle est enfin le fondement et la base de la v^rtu, comme l'observe Cassien. (Lit). V De Gastrimargia , c. 1^ et 17.) Aussi tous les sflfints qui ont travaillé à construire

la tour spirituelle de la perfection éVangéliw que ont commencé par devenir sobres.

{Vvyez Lessius De valetudmertuenda; Ale- GAMBE, De scripioribus in Mocietatisin 1^$^ sio.) Il en coûte d'abord pour contracter Khii* bilude de cette vertu et pour surmonter l'habitude contraire; mais celle ci est-elle une fois vaincue, on est bien récompensé de ses efforts par le plaisir qu'on goûte h se trouver maître de ses sens, et par les fruits incomparables qu'on en retire. Noh-seulemeht la tempérance conserve la santé et rend le besoin d^appelerles médecins fort rare; mais la f>lupart des indispositions, surtout celles qui viennent de replétion, se guérissent par le jeûne, de tous les moyens de décharger la nature et de les soulager, le plus facile et le plus naturel. La nature toute seule est capable de réparer les forces qu'elle a perdues, et de rétablir l'usage des facultés corporelles. L'art des médecins sert uniquement è lever dés obstacles qui empêchent Texercice de ses fonctions, et retardent la guérison du malade. Ordinairement jeûner un ou deux jours équivaut h une médecine, et ^érit d*une manière tout à la fois plus salutaire et plus efficace. Entre beaucoup de personnes d'une vie très-réglée que j'ai connues, j'en ai vu un grand nombre, surtout dans les couvents, parvenir à une grande vieillessCiSans avoir jamais eu besoin du secours des apothicaires et des médecins. Elles s'étaient fait une loi, quand elles se sentaient indisposées, de s'abstenir Ile leur nourrrinire ordinaire un ou deux jours, et même plus, jusqu'à ce qu'elles eussent recouvré leur premier état. Si quelquefois les austérités ont épuisé de bous tempéraments, il faut on cnercher la cause ou dans des jeûnes oxcessife, ou dans des circonstances particulières, comine une roUovaise nourriture, un changement trop subit de la manière de se gouverner, rbumiditédu lieu qu'on aura habité (chose toujours dangereuse), trop peu de

{précautions dans le passage du ch/iud au roid,etc. C'est dans les communautés régulières ce qu*on remarque le plus souvent à regard des personnes qui, nées avec une constitution vigoureuse, parviennent è une grande vieillesse, sans perdre rien ou pres-^ que rien de leur ardeur et de leur vivacité naturelle.

On sait combien était austère la vie des ermites de l'Egypte et de la Palestine. Quelques-uns se coutentaient d'une petite quantité de fruits, d'herbes ou de légumes; d'autres d'un peu de pain. L'abbé Moïse, après 'avoir mûrement pesé les différentes règles monastiques, soit en elles-mêmest soit dans l'expérience qu'on en avait faite, donna la préférence è celle qui accordait è chacun par jour deux biscuits ou deux petits * gâteaux; ce qui, pris ensemble, faisait îi' peine une livre, poids de douze onces, sans aucun assaisonnement, ni autre nôurriturei. ^ et qui pinçait le repas h nône, .c'est-à-dire à trois hoûrés;.et aux jours de jeûne, àu' coucher du soleil. (Foy ex Cassien^ Institut. f c. 19y 21, etc.) Que la diète soit un rèinlâe

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