‹ Dictionnaire d'ascétisme (volume 3)Chapitre 138 sur 186 · PASSIVE · texte numérisé non relu

PASSIVE

MARIÉ ALACOQUB. — Voy. Cobur m Jésus

MARIE DE L'INCARNATION, célèbre religieuse ursuline, nommée Marie Guyert^ naquit à Tours en 1599. Après la mort de son mari , elle entra , âgée de trente-deux ans, chez tes Drsulines de Tours , où elle composa, pour l'instruction des novices, un très-bon livre intitulé : YEcole chrétienne. Appelée par la gr&ce à la conversion des filles du Canada, elle passa à Québec en 1639, et y établit un couvent de son ordre, qu'elle gouverna avec beaucoup de prudence et de sagesse. Elle y mourut en 1672. Outre son Ecole chrétienne f elle a laissé un volume in-&>'' de Retraites et de Lettres spiri' tuelles. Dom Claude-Martin, son fils, a publié sa Vie. Tous les écrits de cette religieuse respirent cette onction sublime que Ton ne trouve que dans les saints.

MARIN (Michel -Ange), religieux minime, naquit à Marseille en 1697, d'une famille noble, originaire de Gènes, et fut quatre fois provincial de son ordre. Fixé dès sa jeunesse à Avignon, il s'y livra avec succès a la chaire et à la direction. C'est aussi dans cette ville qu'il fit imprimer différents ouvrages, qui lui firent une réputation distinguée parmi les écrivains ascétiques. Il mourut le 3 avril 1767. On a de lui : 1» Conduite de la Smur Violet^ décédée en odeur de sainteté à Avignon, in-12 ; — «• Adélaïde de Vitzburif ou m pieuse Pensionnaire^ in-lSI ; — * 8- La Parfaite religieuse , in-lS ; — f Yirginicj ou la Vierge chrétienne, 2 vol. in-12 ; — 5' la Vie des solitaires d'Orient, 9 vol. in-12 ; — 6" Théodule ou YEnfant de béné-

opiDions des manichéens, ZiucerU, Beiindulgeneet des manich, et de leur ctnnparaison avec VEgUse ca^ tholique. (Bévue théoiog, de Tubingust ann* 1841, p. 574-602.)

MÂR

MâS

diction ; — î* Farfalla ou la Comédienne convertie^ in-12;— 8** Agnès de Saint-Amour^ ou la Fervente novice^ 2 vol. in-12; — 9* Angélique ou la Religieuse selon le cœur de Dteu, ^ vol. in-12: — 10° la Marquise de los Valientes^ ou ta Dame chrétienne^ 2 vol. in-12; — iV Retraite pour un jour de chaque mois^ 2 v0l. iD-12; — Lettres spirituelles^ 2 vol. in-12, 1769.

MARIN ( Jean )» né à Ocana, en Espagne) Tau 165&, se fit Jésuite en 167J, passa une grande partie de sa vie à expliquer l'Ecri* ture sainte et à enseigner la théologie, et mourut à Madrid le 20 juin 1725. Il est auteur d'un grand nombre d'ouvrages ascé* tiques et tbéologiques , peu connus en France.

MARINIS .( Léonard de \ célèbre Domw nicain, d'une noble famille de Gènes, na*

Îuit :dans Tîle de Chio, en 1509. Le Pape uios III l'envoya nonce en Espagne, où il devint archevêque de Lanciano. Il parut avec éclat au concile de Trente, et ce fut lui qui dressa les articles qui concernent le sacrifice de la messe, dans la xxir session. Ses vertus et ses mérites lui valurent l'amitié de saint Charles Borromée. 11 mourut évêque d'Albe en 1573. Les Barnabites lui doivent leurs Constitutions. Il travailla, par ordre du concile de Trente , avec d'autres évoques, à dresser le Catechismus ad paro^ chos^ Rome, 1506, in "foi., et à rédiger le Bréviaire et le Missel romain,

MARNE ( Jean-Baptiste de), né à Douai le 26 novembre 1699, se fit Jésuite en 1716, et mourut à Liège en 1756. On a de lui : là Vie de saint Jean Népomucène^ Paris, 17^1, in-12

MARTEL (Gabriel), Jésuite, né au Puy, le ik avrirl 1680, remplit avec succès les différents emplois de sa Compagnie jusqu'à sa mort, arrivée le H février 1756. Il est connu par deux ouvrages ascétiques : I* Le Chrétien dirigé dans les exercices d^une re^ traite spirituelle^ 2 vol. in-12;— 2** Exercice de la préparation à la morty 1725, in-12.

MARTIN (Dom Claude), Bénédictin de la congrégation deSaint-Maur, naquit à Tours, en 1619, d'une mère pieuse, qui se fit Ursuline sous le nom do Marie de V Incarnation. (Voir ce mot.) Héritier dos vertus de sa pieuse mère, il se consacra à Dieu de bonne heure et devint supérieur du monastère des Blancs*Manteaux à Paris, où il demeura soixante ans. Il mourut en odeur de sainteté, en 1696, dans Tabbaye de Marmoutier, dont >l était prieur. On a de lui, outre la Vie de «a mère, plusieurs ouvrages de piété : V Méditations chrétiennes y 1669, Paris, 2 vol. in-4- ; — 2" £a pratique de la règle de Saint- BenoU, 1677, in-4.*. Sa Vie a été écrite par dom Martène; Tours, 1697, in-8'.

MARTIM DE DuME, originaire de Pannonîe se rendit si habile dans les sciences, gu'au jugement de saint Grégoire de Tours, il surpassait tous ceux de son siècle* Au retour d'un pèlerinage en Palestine, il vint en Espagne travailler & la conversion des Suèyes ariens. Il fonda plusieurs monastères et

continua la direction de celui de Dume, près de Brague. Il mourut saintement le 20 mars 580.

Il a toujours été regardé comme une dès plus brillantes lumières d'Espagne et comme un des plus beaux modèles de la vie monastique

Les écrits de saint Martin de Dûme sont : 1" une collection de quatre-vingt-quatre canons. Elle est adressée à Nitiginx, évêqué de Lugo et divisée en deux parties dont la

f crémière regarde les évèaues et les clercs ; a seconde, les laïques (V. Bibî. can. de Juslel Paris, 1661 ). — 2* Formule d'une vie honnête, ou traité des quatre vertus cardinales. ( Voy. Spicilége du Père d'Acherj.) — S"* Un livre intutilé Les Mœursy tissu de maximes morales propres h former h la vertu. — ' k'* Un recueil de sentences des solitaires de l'Egypte. (Voy. Appendice de Rosweîde.) Sur tous ces écrits de saint Martin de Dume, consulter les Œuvres du cardinal d'A-* guerre.

MARTINEAU ( Isaac), Jésuite d'Angers, né en 164'0, mort en 1720, professa dans son ordre, et y occupa les premières places. Il fut appelé à la cour, et choisi pour être le confesseur du duc de Bourgogne, quMI assista de ses conseils pendant sa vie et à la mort. On a de lui : 1** Les psaumes delà pénitence avec des réflexions^ in-12; — 2:* Méditations pour une retraite, in-i2 ; — 3* Les vertus au duc de Bourgogne, in-4>, 1712.

MARULLE (Marc), né à SpaIatro,eQ Dal- Kiatie> florissait dans le xn' siècle. On a de lui un traité De religiose vivrai institutioneper exempla,

MASSALIENS, nom d'anciens faux roys^ tiques, tiré d'un mot hébreu qui signifie prière, parce qu'ils croyaient que l'on doit prier continuellement et que la prière peut tenir liea de tout autre moyen de salut. Plusieurs ordres ennemis du travail embrassèrent cette» erreur au IV* siècle, et yen ajoutèrent plusieurs autres. Ils prétendaient que la prière seule, même à ^exclusion du baptême, avait la vertu de chasser pour toujours le malin esprit; qu'alors le Saint-Esprit descendait dans Tâme et y donnait des marques sensibles de sa présence, par des illuminations, par le don de prophétie, etc., qu'il n'y avait plus besoin de travail et de bonnes œuvres. Ils furent condamnés à Ephèse en W5, et les empereurs portèrent des édits contre eux.

MASSON ( Innocent le ), Chartreux, né à Noyon, en 1628, fut élu général en 1«75, et lit rebâtir la grande Chartreuse, qui avait été presque entièrement réduite en dendres. Il se fit un nom par sa vertu et pak' ses livres de piété. Son meilleur ouvragé est sa nouvelle collection des Statuts des Chartreux, avec dés. notes savantes. Il avait donné, ei 1683, {'Explication de quelques endroits des statuts de l'ordre des ChartreuXfMi-k'.Ce religieux mourut en 1703, à soixatite- seize ans, après avoir été pendant tout^^w vie ennemi zélé des disciples de Janséniu^^ qui ne l'ont pas épargné dans leurs écrits, et

mu

D^ASCETISIIE

VAX

Pont traité do mauvais théologien, de faux mystique, etc. Ces attaques sont une gloire |K)ur lui.

MASSON (Antoine)» religieux minime, mort à Vincennes, en 1700, dans un Age fivancé, s*acquit un nom dans son ordre par sa piété, par son savoir et par ses ouvrages. Il est auteur d*un Traité des moT" queê de la prédentinationf et de quelciues autres livres de piété« nourris de ITcriture sainte et des Pères,

MASSOULIÉ (Antonin), né à Toulouse, en 1632, se fit Dominicain en 1647, et passa

Far presque toutes les charges de son ordre. I mourut h Rome, en 1706, honoré des regrets et de Testime des savants. Son principal ouvrage est Divus Thomas suiinterpret. Il réfuta aussi les quiétistes dans des écrits publiés in-12, 1699 et 1703.

MATERNITÉ DIVINE. — Voy. Privilège DE Marie.

MAUDEN (David de), théologien, né à Anvers, en 1575, fut curé de Sainte-Marie à Bruxelles. Il mourut dans cette ville en 16S^1. Il, est auteur d*une Vie deTobie, intitulée : Le miroir de la vie morale; Anvers, 1631, în-fol.

MAUDUIT (Michel), prêtre de TOratoire, né à Vire, en Normandie, mort à Paris en 1709, âgé de soixante-quinze ans, se consacra à la chaire et aux missions. Il est auteur de MédiêaêionspouruneretraileecclisiastiqUededir joursj in-lS, et de plusieurs autres ouvrages sur la religion et l'Ecriture saiute. Le Père Mauduit avait la candeur d*un savant attaché è son cabinet, et les mœurs d*un saint prêtre.

MACGRAS (Jean -François), Parisien, prêtre de la doctrine chrétienne, enseigna avec succès les humanités dans les collèges de sa congrégation. Les chaires de Paris retentirent ensuite de son éloquence. Il mourut en 1726, à quarante-quatre ans. On a de lui : 1** Institutions chrétiennes, pour faire un saint usaae des afflictions^ deux volumes in-12. — 2" Instruction chrétienne sur les dangers du luxe. — 3* Les Vies des deux TobiSf de sainte Monique et de sainte Geneviève^ avec des réflexions à l'usage des familles et des écoles chrétiennes. Les ouvrages du Père Maugras respirent. partout une piété teudre et éclairée, et un ton admirable de douceur et de simplicité.

MAUPERTUY ( Jean-Baptiste Drouet de ), né à Paris en 1656, d*une famille noble du Berry, fit ses études au collège de Louis le Grand. Il s'appliqua d*abord a la poésie et à Téloquence; il suivit ensuite la carrière du barreau, qu'il quitta bientôt : les fleurs d'une littérature légère et frivole lui avaient fait perdre le goût des fruits de la jurisprudence. A l'âge d'environ quarante ans, il renonça- subitement au monde, et après une retraite de deux ans, il prit l'habit ecclésiastique en 1692, passa cinq ans dans un séminaire, %e retira ensuite dans Tabbayo de Sept-i?onts, et cinq ans après dans unes solitude du Berry. Entin il se retira à Saint-Germain-en-Laye, cl y mourut en 1730. On a

Dictions. d'Ascêtishb. I.

de lui un très-grand nombre de traductions françaises : 1* du I" livre des Institutions de Lactance, in-12 ; — ** du Traité de la Providence et du Timothée de Salvicn, deux volumes in-12; — 3* des Actes des Martyrs de Dom Ruinart; — k" de la Pratique dfs exercices spirituels de saint Ignace^ in-12.

— On a en outre plusieurs livres ascétiques de sa composition : V Les sentiments d'un Chrétien touché d'un véritable amour de Dieu;

— 2" Prières pour le temps de raffliction et des calamités publiques ^ in-12; — 3^ De la vénération rendue aux reliques des saints^ in-12; — 4* Le commerce dangereux entre les deux sexes ^ in-12; — 5* La femme faible^ ou les dangers d'un commerce fréquent et assidu avec les hommes, in-12; etc., etc.

MAXIME (Saint), abbé et confesseur dans le vu' siècle, était de Constantinople, d'une famille noble et ancienne. II s'éleva avec zèle contre les monothélites, qui le persécutèrent avec une violence inouïe. Il mourut dans les fers, en 662, des tourments qu'on lui fit endurer. Il nous reste de lui plusieurs ouvrages recueillis en deux volumes in-folio, Paris, 1675, ot l'on trouve des Commentaires allégoriques sur plusieurs livres de l'Ecriture sainte; et des Traitée de th(^ologie, de morale et do piété.

MAXIMES DES SAINTS (Le lIvrk des).

— Le livre des Maximes des saints occupe une trop large place dons l'histoire du mysticisme moderne, pour que nous n'en parlions point dans un ouvrage destiné surtout h bien préciser toute la doctrine catholique sur ces abstraites matières. La condamnation, par l'Eglise, de cet écrit fameux , dont l'auteur ne faillit que par excès d'amour de Z>ieu, selon la belle expression du Pape, fera mieux connaître gue toutes les dissertations possibles, les limites sévères dans lesquelles se circonscrit le mysticisme orthodoxe.

Aussi l'anal vserons-nous, moins pour fairo une étude bibliographique d'un livre condamné, que pour mieux assigner ces bornes du mysticisme catholique toujours si voisines de celles de l'erreur. — Fénelon , avec ce génie si perçant qui effrayait son infatigable adversaire, Féiielon, avec son cœur si pur,-S'est égaré dans les sentiers de l'amour divin; combien n'est-il donc point facile do tomber comme luil Heureuse faute quand elle se rachète, comme la sienne, par une héroïque réparation.

On sait comment, et h quelle époque, fut publié le livre des Maximes des saints. Bossuet s'était occupé avec ardeur d'étudier à fond tous les auteurs mystiques qui avaient parlé ou traité do rétat d'oraison , et cela , afin d'arrêter les abus qui commençaient à s'introduire à la faveur des doctrines ravivées de Molinos. (Foy. (îuyon. J Fénelon , prié d'iippreuver ce livre, s'y reiusa, ou du moins, ne donna que des réponses vagues et dilatoires. (Lettre du 2^ mai 1696.) Mais, tout en refusant, il sentit qu'il allait s'engager dan? une controverse délicate, et qu'il devait , en présence d'un si redoutable antagoniste , mellre à l'abri les intérêts de

MAX

DICTMNNAIRE

MAX

vn

sn tranquillité et ceux de sa propre réputation. Ce fut h la suite de ces préoccupations qu'il publia son livre des Maximes dei saints, (Yoy. Fénblon.) On connaît les orages suscités t la condamnation qui en fut le tonne ; voici maintenant Tanalyse succincte t!es erreurs qu'il renfermait :

a Toutes les erreurs, dit M. l'abbé Gosse- Un y que renferme le livre des Maximes , peuvent, au jugement de Bossuet (191), se réduire à quatre principales. 1** il y a dans celte vie un état habituel de pur amour, dans lequel le désir du salut éternel n*a plus lieu. ^ Dans les dernières épreuves de la vie intérieure, une Ame peut être persuadée d'une persuasion invincible et réfléchie qu'elle est justement réprouvée de Dieu, et, dans cette persuasion, raireà Dieu le sacrifice absolu de son bonheur éternel. S*" Dans l'état du pur amour, l'Ame est in- ^liOTérente pour sa propre perfection et pour bs pratiques d«3 vertu, k" Les Ames contem- ()latives perdent, en certains états, la vue distincte, sensible et réfléchie de Jésus-Christ.»

La première de ces erreurs que Ton peut déjà remarc^uer parmi les notions préliminaires du livre des Maximes ^ est encore énoncée dans le second article où Fénelon enseigne que « dans l'état de la vie contem*

plative ou nnilive » on perd tout motif

intéressé de crainte et d'espérance. » Ces propositions, prises dans leur sens naturel et rigoureux , font entendre qu'il y a en cf^tte vie un état habituel de pur amour, dans lequel le désir de la récompense et la crainte des chÂtiments n'ont plus de part ; ce qui exclut de l'état de la perfection les actes d'espérance et le désir clu salut. Il est certain, au contraire, et Fénelon lui-même avait reconnu comme un point de foi catholique, dans le cinquième article d'Issy , que « tout Chrétien , en tout état , quoique non à tout moment, est obligé de vouloir, <lésiror et demander explicitement son salut éternel. » A la vérité, dans l'étal de la plus haute perfection, le désir de la béatitude est ordinairement commandé par la charité, c'est-à-dire par le pur zèle de la gloire de Di(U] ; cl l'on sait, par les explicfdtions de Fénelon , qu'il n'a jamais prétendu enseigner autre chose : mais il est toujours vrai que, dans cet état, on ne cesse pas de désirer la récompense étornclle ; d où il suit que la proposition du livre d<'S Maximes est fausse, dans le sens naturel qu'elle présente.

Pour justiQer celte proposition, si souvent répétée dans son livre (192), et qu'on peut regarder comme l'abrégé do sa doctrine, Tauteur observa depuis, que par l'intérêt l^ropre dont les parfaits sont exempts , il n'entendait pas l'attachement surnaturel aux dons de Dieu, mais un attachement

(191) Avertissement sur les écrits contre le livre de» Mdximes, n« i, OËuvrea lome XXVfll, p. 315.

(19^) Voir les propos, i, 2, 4, 5, 6, 7, 18, 19, 20 et 25, condtiiniiées par Innocenl XII.

(195) Instruction pastorale du 25 sept, 1697, n'« 3. 21. eic. On peul voir aussi les éclaircissements en forme de qncslions, adressés ^ Bossnci vers le mois

mercenaire fondé sur l'amour naturel de soimôme , et qui fait qu'on ne désire pas le salut par le pur zèle de la gloire de Dieu« mais aussi par un amour naturel de notre propre excellence et de notre bien particulier. « Plus vous lirez ce livre , disait-il , dan9 une de ses apologies, plus vous verrez que tout son système dépend du terme d'intérêt propre. Si ce terme n'est point expliqué dansle livre, c'est quenous avons sup posé que tout le monde le prendrait comme nous pour signifier un attachement mercenaire aux dons de Dieu, par un amour naturel de soi-même. Nous avons supposé ce sens comme établi par tous les meilleurs auteurs de la vie spirituelle» qui ont écrit en français , ou dont les écrits ont été traduits en notre langue Si vous prenez le

texte du livre dans le sens que nous venons d'expliquer, vous en trouverez toute la suite simple et naturelle ; si , au contraire, vous vouliez lui donner des sens plus étendus, il faudrait faire une violence continuelle h la suite du texte, et nous imputer, presque dans toutes les pages, les plus extrava^ntes contradictions (193). » Cette explication prouve incontestablement la pureté iles intentions de l'auteur ; mais rien ne saurait justifier le texte de son livre , qui sous le nom d'intérêt propre, donne quelquefois h entendre l'attachement même surnaturel aux dons de Dieu et à la récompense éternelle. Tel est en particulier le sens naturel du mot d'intérêt propre, dans le passage cité plus haut , à Toccasion du cinquième état d'amour (194) , et qui contient la première proposition condamnée par Innocent XII.

Après avoir dit dans ce passage qu'il y a en cette vie un état habituel de pur amour sans aucun mélange du motif de I intérêt propre, Fénelon ajoute aussitôt : Ni la crainte des châtiments, ni le désir des récompenses n'ont plus de part à cet amour, c'est-à-dire à cet état d'amour, comme on l'a déjà observé d'après l'auteur lui-même. Il ne se borne donc pas à exclure de cet état le désir mercenaire des récompenses,mais en général et sans distinction , le désir des récompenses, et, par conséquent , l'attachement même surnaturel aux récompenses éternelles.

La seconde erreur est enseignée dans le neuvième article , qui traite de la résignation <i'une âme parfaite parmi les grandes épreuves de la vie int('>rieure. Il est constant, dit l'auteur, que tous les sacrifices que les âmes désintéressées font d^ordinaire sur leur béatitude éternelle sont conditionnels: On dit : Mon Dieu, si, par impossible, vous vouliez me condamner aux peines éternelles de l'enfer, sans perdre votre amour» je ne voiis en aimerais pas moins. Mais ce sa

ée Juin id^l.-^ Réponse à la déelar., n»* 11, i% 15, 14, 15, 16, tome IV des CEuvres de Féneloo. — Première leUre à M. de Paris; Tome Y drs Œuvres de Fénelon» — Première lettre à Bossuet comn les divers écrits ou Mémoires, etc. ; loni. VI. ({9A) Explication des Maximes ^ p. 10.^

UkX

D'ASCETISME.

Page 1