‹ Dictionnaire d'ascétisme (volume 3)Chapitre 139 sur 186 · MAI · texte numérisé non relu

MAI

criGcc ne peut èlre obsoiu dans l'élat ordinaire. Il n'y a que dans le cas de dernières épreuves ou ce sacriGce devient , en quelque manière, absolu. Alors une ftme peut être invineiblemeDl persuadée d*une persuasion réfléchie , et qui n*est pas le fond intime de la conscience , qu'elle est justement réprouvée de Dieu. C'est ainsi que saint François de Sales se trouva dans réglise de Saint£tienne*des-Grès... Alors r&iQe, divisée d'avec elle-même, eipire sur la croix avec Jésus-Christ » en disant : Mon Dieu , pourquoi m'arez-vous abandonnée?

Dans cette impression involontaire de désespoir, elle fait le sacrifice absolu de son inlcrét propre pour l'éternité , parce que le cas impossible lui parait possible et actuellement réel dans le trouble et l'obscurcissement où elle se trouve (195).

On Toitquei'auteurdistiDgueici deux sortes de sacrifices, l'un abêolUf Vauire conditionnel. Dans son intention , le sacrifice condiiionntl seul a pour objet la béatitude éternelle; et il etft certain (196), que JBossuet admettait cet'e première espèce de sacrifice, formellement autorisée par le 33' article dlssy. Quant au sacrifice absolu, qui a lieu dans le cas des dernières épreuves, Fénelon ne croyait pas qu'.l eût précisément pour objet la béatitude éternelle, mais seulement 1 amour intéressé ou mercenaire de la béatitude. Selon cette explication, la béatitude éternelle n'est f>as Tobjet direct et iaomédiat du saprifice absolu; elle n'en est que l'objet indirect, en ce sens que l'âme persuadée dans la partie inférieure, c'est-à-dire dans l'imagination,

Î|u'elle est justement réprouvée de Dieu, ait le sacribce absolu de son intérêt propre, c'est-à-dire de tout attachement naturel et mercenaire à la béatitude, de toutes les douceurs et consolations sensibles que l'amour naturel de nous-mêmes nous porte à y chercher. « Si l'on entendait par intérêt, dit Fé«elon, le souverain bien, le sacrifice absolu de l'intérêt serait un acte de vrai désesi>oir et le comble de l'impiété. Hais quand on n'entend par intérêt propre que 1 affection mercenaire qui vient d'un amour naturel de nous-mêmes , il s'ensuit clairement que ce sacrifice absolu, ou asquiesceraent simple, ne peut jamais tomber que sur le contentement de cet amour naturel, dans lequel consiste la propriété dos êmes qui sont encore mercenaires. Pour cet attachement mercenaire, ou cette propriété, que tous les saints, anciens et nouveaux, nous

(I9S) Propeg, 8, 9, 10, H, i% lé, condamnées par liinocenl XII.

(itfO) Art. 1,|4, n»SI.

(197) Inêirucl. pa$L du 15 upL 1G97, n» 10. «-* Réponu à la déclaration n^^ 21 et suiv. 47 et suiv. — CEuvreê de Féhelon, lom. IV, p. 198, 36i, 445, et suiv. — Première lettre à M. de Partit n* partie, tome V. — Seconde lettre à Bouuet mr la réponu à 4 lettrei^ i'« partie, etc., tome Yl. — Lettre à Fabbé de Chanlerac^ du 4 février 1698.

{[9è)Expli€atîon deê Maximes, un. \^. p. 121 et 125; Inst. pa$t. du 15 êepî. 1697, n<» 15. p. 211. Il ctfi à remarquer que dan» les principes mêmes de b.

dépeignent comme une imperfection qu*ii faut diminuer en nous tous les jours, le sacrifice en peut être absolu, quoique celui du salut ne doive jamais l'être. On peut sacrifier à Dieu, sans réserve, une imperfection^ et consentir à la perte d'une coiuQlatiqn toute naturelle, quoiqu'on ne puisse jamais^ consentir à la perte des biens promis. Alors' une Ame ne fait que vouloir persévérer dans; l'amour divin, malgré la privation de tous les appuis sensibles dont I amour naturel et mercenaire voudrait se soutenir (197). »' Voilà ce Que Fénelon croyait avoir suffisamment expliqué dans son livre, mais expliqué d'une manière équivoque, et trop éloignée de la précision théologique, plus nécessaire que jamais à l'époque où il écrivait. Comment, en effet, peut-on dire que l'espérance demeure véritablement dans une Ame, avec la persuasion invincible et réfiéchie de sa juste réprot>ation, surtout si l'on fait attention que les réflexions appartiennent è la partie supérieure de l'Ame, comme l'autour lé suppose avec le plus grand nombre des théologiens et des auteurs mystiques (A98j ? La troisième erreur est exprimée dans plusieurs endroits, où Fauteur emploie des expressions propres h faire entendre qu*uno Ame parfaite est indifférente pour son avancement spirituel. « Dans l'état passif, dit-il, on' exerce toutes les vertus dislinctes sans penser qu'elles sont vertus, on ne pense en chaque moment qu'à faire ce que Dieu veut, et l'amour jaloux fait tout ensemble qu'on né veut plus être vertueux que pour soi, et qu'on ne l'est jamais tant que quand on n'est plus attaché à titre. On peut aire en ce sens que l'Ame passive ne veut plus même de l'amour, en tant qu'il est sa perfection et son bonheur^ mais seulement en tant qu'il e^t ce que Dieu veut de nous (199).» La même er^ reur est enseignée dans ces paroles du tô"" article : « Les saints mystiques ont exclu do Tétat des Ames transformées les pratiques do vertu (200). » Fénelon, à la vérité, en s'ex-

[>rimant amsi, voulait dire seulement quu es {mrfaits ne cherchent point dans la pratique de la vertu leur propre consolation, mais uniquement la gloire ae Dieu. 11 prétendait encore exclure, de l'état des parfaits, la gêne et la contrainte qui porte quelquefois une Ame à suivre péniblement certaines formules pour produire les actes de différentes vertus. Toutefois les propositions 3u'on vient de citer ont été justement conamnées, comme attribuant aux saints mys-

François de Sales, qui attribae certaines réflexions, à la partie Inférieure de TAme, on ne peut pas dira que le désespoir réfléchi soli un acte de ceUe partie inférieure, puisque les réflexions qui portent une IflM au désespoir ne sont pas fondées sur Fexpérience itesaeaa» mais sur des idées purement Intelleciuelles.

(199) Propos. i$. 19 el 29, condamnées par Innocent Xil.

(2<K)) Maximei,Prop. 21 . Fénelon explique les propositions qu*on vient de citer, dans sa repoHse a la déclaration, n« 25, etc.

DlCTiONNAHiE

Enfin la quatrième erreur est dans le 28' article » où fauteur

tiqups une dor^lrîno propre *à autoriser la ])aresse et la nonchalance dans la pratique du bien.

énoncée enseigne

Sue « les âmes contemplatives sont privées e la vue distincte» sensible et réfléchie de Jésus-Christ, en deux temps différents... 1° dans la ferveur naissante de leur contemplation..., ^ dans les dernières épreuves (JK)1). » En parlant ainsi, Fénelon ne prétendait nullement enseigner qu*une Ame peut ôtre privée par étal de la vue distincte de Jésus-Christ, mais seulement qu'elle peut en être privée en certains moments, par un attrait particulier qui la porte vers d autres objets (202). Cette doctrine est celle de Bossuet lui-même dans son Instruction sur hs états Soraison^ où il enseigne expressément « ((Q*un6 âme, attirée par un instinct particulier à contempler Dieu comme Dieu, peut bien, durant ces moments^ ne penser ni h la sainte humanité de Jésus-Christ, ni aux persannes divines, ni à certains attributs particuliers, parce qu'elle sortirait de Taltrait

Ïrésent^et mettrait obstacle à la grâce (203). » lais les expressions du livre dos Maximes étaient réprébensibles en ce qu'elles insinuaient Texclusion permanente de ces objets divins, non*seulement pendant certains moments de l*oraison, mais encore pendant toute la durée de certains états de la vie intérieure. *^

l'our comprendre dans celte analyse toutes les propositions du livre des Maximes con* damnées par Innocent Xll, il faut ajouter deux autres erreurs à celles qui sont déjà exposées.

1* Tous les fidèles ne sont pas également ap|>elés à la perfection, et n'ont pas la grâce

3ui pourrait les y conduire. « Quoique la octrine du pur amour, dit Fénelon, fût la pure et simple perfection de TEvançile marquée dans toute la tradition, les anciens pasteurs ne proposaient d'ordinaire, au commun des justes, que les pratiques de l'amour intéressé, proportionnées à leur grâce (204^). » Par ces paroles, Fénelon ne voulait qu'annoncer la doctrine contenue dans le dV* article d'Issy, « que les commençants et les parfaits doivent èlre conduits, chacun selon sa voie» par des règles différentes, et que les derniers entendent plus hautement et plus à fond les vérités cnrétiennes (205). » Mais les expressions du livre des Maximes^ prises à la rigueur, insinuaient que tous n'ont pas

(201) Propos. i7, condamnée par le bref dlnnoccnt Xll.

(202) In$L past. du \^ sept. 1097 n» 18. — Réponse à la déclaration f n^* SO et suiv. — Œuvres de Fénelon, lorne IV, p. 216. 59f , elc •— Troisième lettre à M, de Paris, n<» 8, lorne V. — Troisième lettre à Bossuel contre ses divers écùts ou Mémoires^ H* paciie, n» 171, loine VL

(205) Instructions sur les états d^Oraison, liv. n, n« 24, lorae XXVII, p. 113.

(204) 3« Cl 22* propositions condamnées par Inno* cent Xll.

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