‹ Dictionnaire d'ascétisme (volume 3)Chapitre 140 sur 186 · MAI · texte numérisé non relu

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la grâce qui pourrait les conduire à la nerfeciion.

2" L'oraison ordinaire n'est que pour les imparfaits, et l'extraordinaire est essentielle h la perfection. « La méditation, dit l'auteur, consiste dans ces cas discursifs qui sont faciles à distinraer les uns des antres. Cette composition d actes discursifs est propre à rexercice de Vamour intéressé,.. Il y a un état de contemplation si haute et si parfaite, qu'il devient habituel; en sorte que, toutes les fois qu'une Ame se met en oraison, son oraison est contemplative et non discursive : alors elle n'a plus besoin de revenir à la méditation, ni à ses actes méthodiques (206). » Ces propositions, prises h la lettre, sont difficiles a concilier avec les 22' et 23' articles d'issjr, qui enseignent que la perfection ne consiste pas dans les oraisons extraordinaires. Mais il est certain que Fénelon n'attachait pas à ses expressions le sens rigoureux qui les a fait condamner. « La contemplation, dit-il dans son Instruc^ tion pastorale^ est un exercice du puramour, mais non pas le seul exercice. L'amour nnr s'exerce aussi dans les actes des vertus oistinctes. De plus, j'ai dit qu'une Ame pleme du plus pur amour, pour obéir h son directeur qui voudrait l'éprouver, devait être aussi contente de méditer comme les commençants, que de contempler comme les chérûtûns (207). » La méditation même peut être quelquefois un vrai exercice de Tamour te plus désintéressé. Tous les fidèles sont appelés à la perfection, mais ils ne sont pas tous appelés aux mêmes exercices et aux mêmes pratiques particulières du plus parfait amour (208).

Nous avons fait entrer à dessein» dans cette analyse du livre des Maximes^ toutes les propositions condamnées, par le bref d'Innocent Xll, afin de mettre plus à portée de connaître les principaux motifs de^ ce décret. Le Pape y déclare « qu'après avoir pris l'avis de plusieurs cardinaux et docteurs en théologie, dans plusieurs congrégations tenues à cet effet en sa présence, désirant,, autant quil lui est donné d'en haut» prêtrenir les périls qui pourraient menacer le irour peau du Seigneur, dont le soin lui a été confié par le Pasteur éternel, de son propre mouvement et de sa science, certaine, après une mûre délibération et par la plénitude de l'autorité apostoHquo, il conoauMie et réprouve le livre susdit, en Quelque lieu et quelque langue qu'il ait été imprimé, ba qu*il puisse 1 être par la suite, d'autant que,

(205) Instruction paator, du 15 sepL 1G97, n» t. — Rep. à la déçlar., n* 40, Œuvres de Fénelon^ tome IV, p. ICI, 430. etc. — Seconde lettre contre la eenr sure des docteurs, i2« propos., lome IX. — Les prm' c pales propositions justifiées, prop. 5, lome VIIL

(S06) 15« ei ii)* propos, condamnées par loiia-

cetit xn.

(207) Maximes des Saints, p. 177.

(208) Inst. past. duA5 sept. 1697, n« 16. — Rép. à la déclar., n» 58. — Œuvres de Fénelon^ t im. IV, p. 213 el 4^4. — Les principales propos, justifiées, propos. 50 ei 31, lome Vl!l.

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IVASCfiTISME.

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parla lecture cl l'usage Je co livro, les fidèles pourraient ôlrc insensiblcmciU induits dans des erreurs déjà condamnées par TKglise catholique; et eu outre, comme contenant des propositions qui, soit dans le sens des paroles, tel au'il se présente d'abord , soit eu égard & la liaison des principes, sont respectivement scandaleuses et téméraires, malsonnanics, offensives des oreilles pieuses, pernicieuses dans la pratique, et môme erronées (209). » Le bref raj)porte ensuite 23 pro|K)sitions extraites du livre des Maxitnesy et que le Pape juge à propos de condamner expressément.

La plupart de ces propositions se rapportent ouvertement aux deux premières erreurs dont on a parlé. Les autres, quelque répréhensibles qu'elles soient, ne paraissent avoir aucune liaison avec los premières, ni avec le système général du livre condamné (210); ce sont des inexactitudes dont les meilleures intentions ne préservent pas toujours les auteurs , même les plus instruits. « On peut dire de ces dernières profwsitions, selon la remarque du P. d'Avrigny (Sil), fiu'ellcs servent è démontrer «lu^'on ne voulait Sàiro nulle grâce 5 tout ce

2ui pouvait être tant soit peu ambigu, ou quivoque, ou susceptible d'un mauvais sens (212).

A cet enseignement public et à cette doctrine constante de l'Eglise, qui condamne loutes les formes du quiétisme, dit encore M. l'abbé Gosseliu, opposera-t-on la préférence que Jésus-Christ lui-môme donne à la contemplation sur lAction, en prenait ouvertement la défense de Marie contre Marthe, sa sœur, qui lui reprochait de quitter les occupations extérieures pour écouter la parole de Dieu? Marie, dit Jésus-Christ, a clioisi la meilleure part, qui ne lui sera point ôtée (213). Rien de plus faible que cette diflicullé. Il est vrai que, dans cette occasion, Jésus-Christ représente la contemplation comme étant par elle-môme plus excellente que l'action; et i! est certain, en olTet, que la contemplation est plus excellente, soit à raison de son objet, puisqu'elle s'occupe de Dieu et des choses divines, soit à raison de ses effets, puisqu'elle tend Il unir de plus en plus l'homme avec Dieu. Mais, de ce (fue la contemplation est, par elle-m6me,plus excellente que l'action, s'ensuit-il que tous les hommes, sans distinction, doivent donner plus de temps à la coïk-

(209) Bref (V Innocent XII contre le livre des Maxlmesy Œuvres de Fénelon^ iuiiic IX, p. 1G4. On irouvcra quelques fliflcrciices eiilre la iraduclioii donnée ici du texte latin, et celle que le cardinal de Banssel a suivie dans VHisloire de t'éneton^ tonte II,

Î>. 2i8 et 304. Ces différences regank^nt prineipaeinentJiueli|uc8 expressions que M. Gosselin croit exprimer plus t*xacienient le sens du texte iatin.

U^O) Cette observation regarde en particulier les -^ropos. 3, 13, 15, l(î et 2i.

(ill) Ù'Avrigny^ Mémoires Ckronol, looie IV, f 2 Diars 1699.

(il 2) GossELi?!. Ilhloire littéraire de Fénelon; Analyse de la controverse du quiéHsine; quîétisnic uiiii^ du iivr« dus Maximes» — Cet expose est bien

templation qu'b Taclion, ou que le genre do vie ro plus parfait soit celui où la contemplation a plus de part que l'action? Jamais ces conséquences n'ont été tirées par Jésus- Christ ni par son Eglise. Bien plus, c'est une doctrine constante dans le christianisme que la vie coutemniativc n'est point celle du commun des fidèles; que ce genre de vie suppose, dans ceux qui l'embrassent, une vocation spéciale, et que loin d'ôlre le plus parfait des états, il est bien au-dessous do ta vie apostolique et du ministère ecclésiastique destinés aux exercices du zèle (214).

^C'est ce que l'Ecriture suppose clairement en plusieurs endroits où elle autorise expressément l'exen-ico de divers états cousacrés à la vie active (215) , et représente môme la vie des apôtres et des ministres de l'Eglise, comme le genre de vie le plus excellent et le plus glorieusement couronné dans le ciel (216).

C'est d'après ces princi{)es que, dans totis les temps, on a souvent tiré des religieux de leur monastère pour les appliquer at|x fonctions du ministère ecclésiastique, ei même pour les élever è l'épiscopat (217), tandis qu'on a permis difGcilement aux prêtres et aux évéques de quitter les fooctionsdu saint ministère nour rentrer dausia solitude. Conformément a ces principes, le Pape Innocent m s*oppo^a fortement au désir d'un saint évèque qui,arrivéàunâgetrès-avancé, demandait avec instance la permission de quitter son siège {x^uv consacrer le reste de ses jours h la solitude. La réponse du Papo à cet évèque est d'aulant plus digne dat< tenlion qu'elle a été depuis insérée dans le eorps du droit, pour servir de règle Qii cette matière. « 11 est vrai, lui dit le Pape, que vous avez beaucou|) travaillé et vaillamment combattu jusqu'ici ; mais pour obtenir la couronne de justice qui vous est préparée, il faut achever courageusement votre course. Et ne croyez pas que Marthe, en se livrant aux occupations extérieures , i^it choisi une loauvaisc part, le Sauveur ayant félicité Marie d'avoir choisi la meilleure part, qui ne lui sera point ôtée; car, bien que celle-ci soit plus sûre, celle-là est plus avantageuse, c'est pourquoi on permet plus facilement à un moine de monter à la prélature qu'à un prélat de devenir moine (218). »

Opposera-t-on enfin à la doctrine constante de i Eglise celle de plusieurs auteurs mysû-* ques, qui, sous le nom de contemplation

supérieur, pour Inexactitude et la prorondeur tkéologii|ue, à celui qu*a donné M. UaitheU^my-Saiut-lli- [aire.

(^13) Luc, X, 41, Pour TexplicntiCHi de ce passage,

(iUJ ItoDRiceEZ, Perf. chrét.^ tome 111. Traité de ta fin de la compagnie de Jésus. CItap. 11.-^ Summa S. Thom£, 2^, quaest. 182.

(215) Luc. ui, 10, 15, — I Cor. Vlh 17, 20, et alitu passim.

r2l6) Damd, xu. 5. — Eccli. xxin, 5. -^ Mallft. V, 19.

(217) TnoMÀSSiN, Ancienne et nàutelle disctpUiti, tome !•% liv. m, ciiap. 15, etc. — De Hébicourt, Abrégé du même ouvrage^ v* partie, diap. 24.

(218) Décret, Uv. i, Tit. 9. •

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DI€T10NNA1R£

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passive et cl*état [)assif, font consister dans une sorte de passiveté la perfection de Toraison et de la vie chrétienne? Mais quand il serait vrai que plusieurs auteurs mjsti* ques ne s^ sont pas exprimés sur cette matière avec assez d'exactitude, qu'en pourrait-on conclure contre le christianisme en général, ou contre la doctrine de TEglise en particulier? Qui ne sait que la doctrine chrétienne se connaît par renseignement

Î>ublic et solennel de l'Eglise, et non par le angage de quelques particuliers? Ce principe, reconnu de tous les théologiens, en matière de dogme, doit s'appliquer surtout & la théologie mystique, dans laquelle le langage du sentiment est souvent substitué h la précision rigoureuse du langage de l'école.

An reste, en nous exprimant ainsi, nous sommes bien éloignés de condamner, comme inexact , le langage ordinaire des auteurs mystiques sur Ta contemplation passive et sur Tétai passif. II est vrai que ces pieux auteurs font consister dans une sorte de passiveté la perfection de Toraison et de la Yie chrétienne; mais il ne faut que lire attentivement leurs écrits, pour voir la différence essentielle qui existe entre la passiveté des bous auteurs spirituels et celle des faux mystiques. C«lle-ci exclut de certains états d'oraison et de perfection plusieurs actes commandés de Dieu, et essen- }iels à la véritable piété. Celle-là n'est que 'état d^une Ame parfaitement abandonnée aux mouvements de la çrAce, et habituellement exempte de l'activité inquiète et désordonnée, par laquelle une &mo imparfaite contrarie souvent rapération divine. Ainsi, la passiveté des bons auteurs mystiques n*exclut pas toute espèce d'action, mais seulement certains actes imparfaits. Ce n'est qu'une pleine et entière coopération aux mouvements de la grftce. En ce sens, plus une &me est passive, plus elle est active et agissante pour tout ce que Dieu lui demande. G est ce que Fénelon explique avec beaucoup de précision et d'exactitude dans plusieurs de ses ouvrages (âl9).

MEDITATION ou Obaison mkntalb, $a naturCf ion utilité^ sa nécessité pour la perfection.—La seconde espèce de prière (Voir ce mot) esi Toraison mentale ou la méditation; c'est-h-dire Vexercice des trois puissances de VâmCf de la mémoire^ de inintelligence et de la isolante. Dans cet exercice, Thomme 1" se

})ropose à lui-même, par l'intermédiaire do a mémoire^ quelque mystère, quelque histoire ou quelque vérité surnaturelle ; 2* par Vintelligencef il considère sérieusement et intimement ce qui iiii est présenté par la mémoire ; il en pèse et en discutoj les circonstances, l'objet et la fin; 3" par la volonté^ il en tire des sentiments affectueux et d'utiles résolutions pour l'amélioration de sa conduite; entin, il conclut par des entretiens avdc Dieu, avec la sainte Vierge ou les

saints, leur demandant le pardon de ses péchés et la grâce d*eiécuter ses bonnes résolutions; les louant et leur rendant giAce des bienfaits qu'il en a reçus, et terminant par une prière vocale, comme le Paier^ l'^re, etc. Cette manière de prier par la méditation, quant à la substance, sauf la variété des méthodes, est certainement en usage depuis les temps les plus reculés. L'Eglise a constamment recommandé, outre la prière vocale, l'oraison mentale, comme meilleure et conduisant plus sûrement à la perfection. Aussi retrouvons-nous Toraison mentale dans TEcriture et la tradition. Et en effet,

1^ L'Ecriture sainte l'indique par ces } aroles : // a disposé des élévations dans son cœur. Or cet homme heureux, qui tire son secours duSeimeur (Ps. lxxxhi, 6), nonpar la prière vocale, mais en disposant dans son cœur des élévations^ ne s'élève point ainsi à Dieu sur les ailes du raisonnement, mais bien sur celles de la méditation.

2" Les saints Pères parlent aussi de Toraison mentale et la comprennent comme nous. Saint Augustin ou un autre Père, postérieur h Boëce (De sp. et an.^ c. 32), a dit : « L'âme qui se considère par Tesprit et la raison sélève vers Dieu par la méditation et la contemplation. Car la méditation est une recbercne studieuse de la vérité cachée. > Saint Bernard, ou un autre pieux personnage (De scal, claustr.), dit également: « La méditation est une studieuse action de Tesprit, qui recherche, sous la conduite de sa Sropre raison, la notion d'une vérité cachée. » aint Thomas (3-2, q. 88, a. 2j s'exprime aussi en ces termes: « L'homme, par la méditation, conçoit qu*il se livre à une occupation divine, a laquelle le conduit une double considération, » à savoir, celle delà bonté divine et de notre propre faiblesse, et cela par des opérations intellectuelles qui affectent diversement la volonté. Ce n'est donc pas seulement un acte de la volonté, c'est encore un acte et une opération de Tintelli^ence, qui constituent essentiellement Toraison mentale et la méditation.

Voraison mentale est três-ùtilé et cftm puissant secours pour vivre chrétiennement. On le prouve 1" par TEcriture sainte. Dieu donne des préceptes à son pettple, et après avoir recommandé principalement leprécepte de l'amour do Dieu, il ajoute: Et vous les méditerez. (Deut. vi, 7.) Ayez soin de le méditer jour et nuit^ afin que vous observiez et que vous faisiez tout ce qui y est écrit. (Jos. 1, 8 ) Il est dit encore, en parlant du juste: // met toute son affection dans la loi du Sei-

Îneur et il la médite iour et nuit. ( Ps. i, 2. ) ^avid fut très-assidu a cette^ pratique, comme le montrent plusieurs versets du Ps. cxvm, et particulièrement le verset 92': Si je n'avais fait ma méditation de votre loîf f aurais, il y a longtemps^ succombé da$is mon humiliation. — Heursux Vhomme qui demeure appliqué à la sagesse , qui s* exerce

(219) GosiELW. HUlQire littéraire de Fénelon; ii* parlie, art. 3,(2 et 5, art. 482, n''* 160, 178,

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^ASCETISME.

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à pratiquer la justice, et qui pense et repense à cet œil de Dieu qui vottiout. [Eccli. xiv, 22.) Souttnez-'VouSy dans toutes vos actions, de vos fins dernières, et vous ne pécherez ja^ nmis. (Eccli. vu, M. ) Je méditerai comme la eolombt. (isa. xxxvuiy Ifc.) Nous voyons <Je même, dansie Nouveau Testament: Marie conservait toutes ces paroles, les comparant^ c'est à-ilire les contemplant dans soncaur. (Luc* II, 19.) Or, une seule chose est néces^ saire: Marie a choisi la meilleure part. {Luc. X, k2.) Méditez ces choses, soyez^en toujours occupé, afin que votre avancement soit connu de tous. [I Tim. iv, 15.) Pensez donc en vous-mémtà celui qui ajouffert une si grande contradiction des pécheurs qui se sont élevés contre lui. (Hebr. xii, 3.) Ajoutons à cela l'exemple des apôtres et ae la sainte Vierge persévérant unanimement dans Foraison (Act. i, ik); Texemple de Jésus-Cbrist luimômoy livré è cette môme oraisou mentale. ( Luc. VI, 12; IX, 28. Matth. xxvi, 36.)

2* Par les saints Pères. Saint Ambroise dit {in Ps. cxviiiyS9): « Exerçons-nous donc sans relâche è la méditation, exerçons-nous avant le combat, afin d*ètre toujours prêts à combattre. » « H importe è Tâme, dit saint Léon (serm. 8 De jejun.), de s'affranchir des passions corporelles, afin de pouvoir va-

3uer à la divine sagesse dans le sanctuaire e Tesprit, alors qu'ay^"^ étouffé le bruit des soucis terrestres, elle se réjouit dans les saintes méditationset les éiernelles délices. » Saint Augustin dit, dans VExposition du Ps. cxLviii : « La méditation de notre vie présente doit consisior dans la louange de Dieu... Celui qui n*a que de bonnes pensées ne peut faire de mauvaises actions. » Saint Prospers*exprimeainsi (serm.2i8Ae medU.):

« Que le fidèle, quand il en a le loisir, mé* dite sur les grandeurs de Dieu, et qu'il cherche ainsi une matière et un encouragement pour les bonnes œuvres. » Saint Bernard dit è son tour (K i De consec.^ c. 7): « La méditation d*abord purifie sa source même, c'est-è-dire Tesprit dont elle émane ; ensuite elle règle les affections, dirige les actes, corrige les excès, réforme les mœurs, honore et gouverne la vie , enfin elle procure la science* des choses divines et humaines. » « La méditation, dit sainte Thérèse (Ftaper/*., c. 16), est l'origine de toutes les vertus et la chose essentielle à la vie de tout Chrétien.» 3" Par Irs théologiens. Saint Thomas <2-2., q. 83, a. 2; ad. 2) dit: « La charité se nourrit parla dévotion, de même que l'amitié s'entretient et s'augmente par l'exercice et la méditation des œuvres d'amitié. » Saint Booaventure {Spec. discipl.^ c« 12): « La méditation provoque et forme au goût de la prière. » Hugues de Saint-Victor ( De modo orandif e« 1): « La sainte méditation est tellement nécessaire à la prière^ que celle-ci ne peut être tout à fait parfaite, si elle n'est accompagnée ou précédée de la méditation. » Saint Antontn (p. iv Summ.^ t. X, c. 5): « Aucun de nous, quelles que soient ses occupations, ne doit négliger de consacrer quelque temps à la méditation^

c'est-à-dire à la considération des choses divines.» Gerson (7A. myst., cons. 11):

« A défaut do la voix et en l'absenre de tout livre, que la méditation soit pour vous un livre secret, une prédication silencieuse: autrement, prenez garde qu'à force de tou-

J 'ours apprendre, vous ne parveniez jamais lia sagesse. »— -Tous les ascètes tiennent le même langage.

4''La raison de tout cela, c'est que jamais la prière vocale ne peut être attentive ou dévote , si la méditation ne la précède ou ne l'accompagne. D*un autre côté, sans la méditation , on parvient difiicilement h la pratique des vertus de fôi , d*espérance , de charité , de religion , etc., et à la fuite du vice , comme l'expérience le prouve. En effet , puisque tous les Chrétiens ont la même foi, pourquoi ne vivent-ils pas tons conformr^mentàcette foi même? Pourquoi s'en trouvet-il unsi grand nombre qui sont païers parles mœurs , et si peu qui prouvent leur roi par leurs œuvres? C'est parce qu'ils ne méditent

i'amais attentivement les vériiés de la foi. Pourquoi, même parmi ceux qui prient beaucoup, en voit-on un si grand nombre manquer à l'accomplissement de la loi, et quand I occasion s'en présente , tomber dans le gouffre des passions ? C'est parce qu'ils négligent de faire de sérieuses méditations. Nous voyons des pécheurs invétérés devenir d'autres hommes par le seul usage des Exercices spirituels de saint Ignace; et pour peu qu'ils continuent chaque jour cette méditation des choses divines, on les voit [persévérer heureusement dans le bien. C'est à le fruit excellent de la méditation.

L'oraison mentale nous est-elle prescrite? C'est un point sur lequel les théologiens ne s'accordent pas. Il est certain toutefois quo la méditation n'est pas absolununt nécessaire au salut. Jésus-Christ, interrogé sur ce qu'il fallait faire pour posséder la vie éternelle, répondit : Observez tes commandedéments. C'est là l'opinion de Suarez , do Théophile Reynaud et de Hurtado. Ce dernier traite de téméraire une proposition par laquelle personne ne saurait être sauvé, à moins de consacrer chaque jour quelque temps à l'oraison ^mentale. C'est aussi une erreur que cette opinion des illuminés, que l'oratf on mentale nous est wreserite de pré' ceptedivinfà tel point qu elle su ffit à tout. On ne trouve nulle part de précepte universel de l'oraison mentale, et quant au précepte naturel et divin de prier Dieu , on y satisfait également par la prière vocale et parla prière mentale, à moins que par m\ vœu ou quelque obligation spéciale , on no soit tenu à l'oraison mentale. Néanmoins la méditation peut être nécessaire secondairement , comme disent les théologiens , quand il s*agit d'arriver è la perfection , surtout pour les religieux , ainsi que l'affirme Hurtado. Saint Thomas , au témoignage de Gas^ tillo ( Hisi. ord. Prœd.^ I. m, c. 37 ), avait tant de zèle pour cet exercice, qu'il regardait commo impossible de vivre et de progresser, dans une communauté, sans 1a

MED

DiCTIOMNÀlRE

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méditation, et il disait qu*un religieux* sans i*oraison • est un soldat qui va sans armes au combat* Saint Bonaventure dit aussi : « Assurément un religieux qui ne pratique pas assidûment Toraison , nonseulement est malheureux et inutile , mais encore aux yeux de Dieu porte une Âme morte dans un corps vivant. » ( De perf. vit., c. 5. ) Il fauf en dire autant du prêtre. Comment , sans la méditation , pourra-t-il mener une vie chaste et angélique ? Comment récitera-t-il avec dévotion Toilice divin? Comment pourra-t-il offrir, avec le respect qu*il lui doit, le redoutable sacrincede Taule]?Sll n*est rempli de l'esprit de Jésus-Christ par la méditation» comment gouvernera-t-il avec tendresse le troupeau de Jésus-Christ? Cf^fnmeut le prélat répondra-t-il à sa position, qui Toblige non-seulement de tondre h la perfection, mais d'être parfait? « Les deux fonctions du pontife , dit un concile , sont d'étudier, h l'école du Seigneur^par la lecture de TEcriture sainle et par de fréquentes méditations, aGn d'instruire le peuple qui lui est confié. » Aussi Gerson fait entendre de justes plaintes : « Pourquoi , hélas I si peu qui s'adonnent à la contemplation, même parmi les savants ecclésiastiques et les religieux, bien plus, parmi les théologiens? On peut à peine rester seul avec soi-même et méditer quelque temps en soi-même. » ( Th. my^t.^ cons. 2. )

Nous pouvons conclure de ces considérations : 1** Que la prière mentale est un secours puissant et universel pour vivre cbrétiennement , et sans lequel il est rare et difficile de persévérer sûrement. Cela suffit pour en faire un moyen de salut secondairement oo moralement nécessaire. 2'' Bien que cette nécessité de l'oraison mentale n'oblige pas ceux qui n'y sont pas spécialement appelés, surtout tes laïques séculiers qui aspirent à la commune perfection chrétienne, qui ne peuvent guère prier que de vive voix et à qui d'ailleurs la prière vocale étant suffisante, la fréquente oraison mentale ne doit être proposée qu'avec la plus sage discrétion; cependant cette exception en leur faveur n'est pas absolue ; ils doivent au moins , sur tes ailes de la prière vocale , élever leur esprit à Dieu , ce qui est en quelque sorte une prière à la fois vocale et mentale ; d'ailleurs ils ne peuvent guère se disposer à la contrition et a la sainte communion y sans quelques réflexions mentales et une certaino méditation. Assurément, c'est souvent une excuse frivole de dire que Toraison mentale doit être exclusivement réservée aux savants et aux religieux, et que les ignorants, les ouvriers et les femmes en sont tout è fait dispensés. Car tous ceux qui jouissent de leur raison sont capables d'oraison mentale. Si un Chrétien croit devoir s'occuper avant tout du salut de son âme , s'il s'etiorce de remplir exactcrment tous les préceptes divins , et si dans ce but il implore humblement la grâce do Dieu , il fera une bonne oraison mentale. Les gens du siècle montrent souvent tai^t

d'intelligence dans les choses delà terre, afin d'obtenir un gain temporel : pourquoi n'en agissent-ils pas de même dans ce qui concerne le salut de leur âme ? Donnez-moi une âme simple, qui ait plus de souci des choses spirituelles que des choses tempo* relies, et elle sera bientôt en état de prati< quer l'oraison mentale. Certes il faut re-^ gretter que les prédicateurs, les curés et les confesseurs n'exercent pas pius fré-^

Suemment sur cette matière le peuple des dèles , même dès leur jeunesse : ils gagneraient à la perfection chrétienne un bien plus grand nombre d*âmes.

Lorsqu'un prudent confesseur voit quel-* qu*un détester le péché mortel et disposé à faire des progrès dans l'amour divin , ou bien rencontre un de ces pécheurs , qui ayant sa volonté pl.mgée dans un bourbier, dont il ne peut se délivrer qu'en réfléchissant sur lui-même, paraît mamtenant agité par le souvenir de ses iniquités passées, ii do'ii le dispenser à bien faire l'oraison mentale. Et pour 7 arriver, il doit reconnaître d'à-» bord si le pénitent est instruit ou ignorant; dans ce dernier cas, il doit lui imposer seulement, le matin et le soir, quand tout est calme dans sa demeure , ou môme dans le cours de sq^ travaux , quand on ne (^eut trouver d'autre temps, il doit lui imposer d'élever de temps en temps son esjirit vers Dieu, et de méditer les vérités de la foi, telles que nos fins dernières ou la passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Il ne doit pas se prêter facilement aux excuses de. ceux qui voudraient se dispenser de ce de^ voir; car tout fidèle peut pratiquer lui-même cet exercice en tout temps et en tout lieu. Mais si le pénitent ne manque pas d'ins* truction, il^oit lui apprendre à se servir de quelque livre , propre à lui donner facile* ment l'habitude de la méditation , ce que fit sainte Thérèse pendant quelques années, comme elle le raconte elle-même. Il doit l'avertir de choisir la matière qui inspire à son âme le plus de dévotion); et une fois

Ju'il se sentira vivement ému et touché^ e rester longtemps sur ce sujet; après la lecture, que l'âme s'exerce soit à produire des actes de volonté^ Cummo d*humilité , d'actions de grâces , de contrition , de foi \ d'espérance , de charité , etc.; soit à faire à Dieu des demandes ^ surtout celle de son amour et de la persévérance finale ; soit enfin à exécuter de bonnes résolutions; car pour que la méditation soit fructueuse, il est nécessaire que Tâme se propose de mettre h exécution les projets que 4a méditation lui a suggérés. Personne^ dit saint François de Sales , ne doit finir l'oraison sans avoir pris quelque résolution particulière, comme de eomger certains défauts, et de pratiquer eer^ taines vertus où Cou se reconnut plus faible. . C'est ainsi que Toraison mentale ou la méditation doit être insinuée par le confesseur, non-seulement aux âmes timorées, mais encore aux pécheurs ; car c'est souvent h défaut de cette méditation qu'ils retournent, à leur vomissement. U doit encore leur de*

DASCETISHE..

MED

mander compte de la manière dont ils font cette méditation, et leur imposer TobligatioQ de s*accuser avant tout d'y avoir manqué, quand cela leur arrive. En agissant ainsi, le confesseur rendra d'éminents services aux Ames, et remplira ses fonctions en bon et Adèle di$penrateur des mystères de Dieu. C'est surtout après les missions qu'il est utile d'inspirer ce salutaire exercice aux fidèles; car c'est alors qu'ils y sont le mieux disposés.

La méditation est d'un puissant secours pour obtenir la perfection chrétienne. On le prouve:

V Par l'Ecriture sainte : Mon cœur s'est échauffé au dedans de moi : et tandis que je méditais f un feu s'y e»t embrasé.lPs. xxxviii,^.] 11 s'agit ici de ce feu dont Jésus-Chiisl disait : je suis venu apporter le feu sur la terrée et que désiré-je^ sinon Cfuil s'allume? {Luc. XII, 49.) C'est encore le feu dont il est écrit : Le feu ne dit jamais : Cest assez. [Prov. XXX, 16.) Que celui donc, oui, dans la voie de Dieu, désire brûler du leu de la charité, en laquelle et avec laauelle se trouve toute perfection, s'attache de plus en plus à la méditation.

2° Par les saints Pères. « Comme le matin, dit saint Grégoire (I. xxy Mor.^ c. 7), est la

1)rcmière partie du jour, chaque fidèle doit I ce moment laisser de côté toutes les pensées de la vie présente, pour réfléchir aux roovens de rallumer en lui le feu de la charité, qui depuis longtemps est près de s'éteindre. »

« Vous donc, prêtre de Dieu, dit saint Bonaveoture (De prof, relig,^ c. 69), lorsque vous apercevez que la nuit, par négligence, vous avez laissé le feu se ralentir sur rautel de \ votre cœur, empressez-vous le matin, c'est-à-dire aussitôt que la lumière vous éclaire, de le ranimer par le bois de l'oraison. »

3" En voici les raisons, l"" Notre Ame vit de toute parole qui procède de la bouche de Dieu [Matth. iv, 4J, c'est-à-dire qui est révélée de Dieu. Mais cette parole ne peut nourrir l'âme, si la méditation, comme une sorte de mastication, ne lui fait subir auparavant plusieurs préparations. Eu effet, dit saint Grégoire, « quiconque ne repasse pas dans sa mémoire le bien qu'il a lu ou entendu dire, et ne se livre pas à de saintes réflexions, doit nécessairement avoir de mauvaises pensées, j» 2* il faut croire aux mystères de Dieu tant en spéculation qu'en

firalique, bien qu'ils soient voilés par une umière obscure de la foi. Cependant, pour faire de plus en plus des progrès vers la perfection, nous devons scruter humblement ces mystères, et les contempler dans une attentive méditation. C'est là ce qui distingue le commun des (idùles du ceux qui aspirent à la perfection ou qui sont déjà parfaits. C'est à ces derniers qu'il est dit : Scrutez les Ecritures. [Joan, v, 39.) Et c'est ainsi qu'agissaient ceux qui reçurent ta parole avec Beaucoup d'ardeur ^ examinant tous les jours les Ecritures, (.4cr. xvir, 11.) Les

témoignages de votre loi sont admirables, dit David ; c'est pourquoi mon âme en a recherché la connaissance avec soin. {Ps, civiii, 129.) Aussi dit saint Grégoire :« Il en est qui aiment Dieu, au point de se mépriser euxmômes, et de se ravir intérieurement pour y trouver Dieu. Et comme Dieu n'est pas à la surface, ils s'appliquent à la méditation, ils examinent à fond leurs propres pensées,' ils font des lectures, et enûn ne cessent de chercher Dieu par tous les moyens possibles... Arrivé à cet état, l'homme brûle de désirs, et, comptant pour rien ce qu'il possède, porte toujours plus haut ses i égards. » [Canote, c. 1.) Saint Bernard résume ainsi les avantages de la méditation (C. 7 De medit.) : « C'est elle qui limite ce qui est confus, qui rassemble ce qui est épais, qui scrute les choses secrètes, qui recherche la vérité, qui examine les objets vraisemblables, qui explore les choses feintes ou far-, dées. C'est elle qui arrête à l'avance ce qu'il faut faire, qui rappelle ce qui a été fait, de' manière à ne rien laisser aans l'esprit qui ait besoin de réforme ou d'amélioration. C'est elle qui dans la prospérité prévoit lo malheur, et qui fait oublier celui-ci. » 3* Enfin dans la méditation l'homme est parfaitement disposé à recevoir les grâces actuelles, qui consistent dans une lumière surnaturelle de l'intelligence et dans une sainte impulsion surnaturelle de la volonté; car il correspond aux connaissances infuses par les connaissances acquises, et aux affections par les sentiments affectueux; il entend Dieu qui lui parle, et s'entretient délicieusement avec lui. Donc c'est par la méditation qu'il faut tendre à la perfection.

Tous ceux qui aspirent à la perfection doivent donc s'appliquer à la méditation, surtout les religieux et les ecclésiastiques, qui sont tenus de tendre à une perfection

I)lus grande que les séculiers. Qu'ils ne se aisseut pas détourner d'un exercice aussi utile par les devoirs de leur état. S'ils le veulent, le temps ne leur manquera jamais. Quelqu'un pouvait-il être plus occupé que le Souveiain Pontife Eugène III? et cependant saint Bernard lui prouve, dans ses qua^' tre livres sur la méditation, qu'il doit avant tout, à certaines heures, se livrer à l'oraison,* et il dit, entre autres choses : « Souvenezvous, je ne dis pas toujours, je ne dis pat souvent, mais de temps en temps, de vous recueillir en vous-même : après avoir été à tant d'autres, sovez un peu atissi à vousmême. » (L. I, c. i.) Parmi les princes môme, tels que David, Salomon , etc., qui fut jamais plus écrasé d'affaires que I empereur Charies-Quint? Et cependant, outre les heures canoni(]ues qu'il récitait tous les jours, il [Kissait trois quarts d'heure chaque matin à prier à genoux, comme l'atteste Surio. {Chron. ad ann. 1558.) Parmi les personnages adonnés à l'élude, le docteur angélique saint Thomas, et le docteur séraphique saint '* Donaventure,et tant d'autres jusqu'à ce jour, ont toujours trouvé un temps suffisant pour la méditation. « Je vous conjure, lecteur,

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conclut Corneille de la Pierre (C. 8 Deui.^ q. 4), je vous conjure, par votre salut et par te salut des autres, d*en faire vous-môuie l*expérience et la pratique, surtout si vous fttes ecclésiastique ou théologien. Habituezvous et apprenez à méditer chaque jour, soit sur la courte durée de la vie, soit sur Totre mort, soit sur le jugement ou Téternité, sur la passion de Jésus^Chrisl ou des saints; et è retirer de cette médiUition des résolutions efài.aces, comme do morlilîerei ce jour voire orgueil, voire colère, voire g )urinandise, etc. ; de vous exercer à Thuuiilité,à la charité, à la patience.» — Foj/. (es mots: Lecture spirituelle. Méditation des

FINS DER^IlÈnESy PRÉSENCE DE DiEU.

Hais il no suflit point d*étal)lir la nature^ les avantages et la nécessiié de Voraison^ au moins, pour marcher dans les voies de la perfeclion chrétienne. Il est important, pour rendre Toraison plus pratique et plus facile, d*indiquer la méthode si souvent recommandée par les maîtres de la vie spirituelle. Cette methoda, généralement suivie, nVst point sans doute indispensable, mais exces^ sivement utile, pour retirer tous les fruits possibles d*un si saint exercice. — Yoy. le

mot HÉTBODB D*0RAIS0If.

Pratique. — I. Le directeur qui veut conduire une flme è la perfection chréti( nne doit nécessairement ramener h consacrer, chaque jour, quelque temps h la considération de quelque vérité de la foi. Il pourra bien, par ses saintes exhortations, arracher du cœur de son pénitent quelque défaut ou quelque mauvaise habitude; mais ses paroles ne sufllront point pour lui inspirer le fréquent et presque continuel exercice des vertus et de la mortiOcation, ce qui cepen* dant e3t d'une si grande nécessité pour acquérir la perfection. Car cet exercice continuel ne peut êtrv5 soutenu que par une grande crainte et un vif amour de Dieu; or cette crainte et cet amour prendront difficilement de profondes racines dans le cœur, sans le secours de la méditation des choses saintes. Nous ne disons pas qu'il faJIe conseiller i*usage delà méditation aux ouvriers, aux gens de la campagne, qui du matin au soir se livrent à un travail manuel, et qui n*ont ni le moyen ni le temps do s'appliquer è cette louable pratique. Nous disons seulement qu'il faut y auiencr ceux qui, pourvu qu'ils le veuillent, peuvent, sans trop de aifflculté, consacrer quelque partie du jour à de saintes considérations: et, en particulier les personnes de mœurs pures, chez lesquelles la grftce divine les trouvant bien préparées, a coutume de produire d*heureux etfets et d'immenses progrès dans la vertu; comme encore certaines autres personnes à qui Dieu inspire, è Toccasion d'une mission, ou d*un sermon, ou d'une confession générale, une douleur plus vive de leurs péchés et une résolution ferme de changer de vie. Car la grAce de Dieu , entretenue, nourrie par la méditation, achèvera Tœuvre déjà commencée en ces Ames : mais on doit la conseiller surioat aux religieux et

aux ecclésiastiques, puisque, déj& consacrés spécialement au service de Dréu, ils sont tenus, plus que les autres, de s'appliquera la perfection , et, dans ce but, s exercei à la méditation fréquente, qui, selon Texpression de saint Jean Chrysostome, est la base et la racine de toute vertu (De orando Deum. lib. I.)

II. Le directeur doit veiller à ce qne ses pénitents qui ont une fois commencé h pra-> tiquer la méditnlion, ne viennent à l'omettre sous quelque léger prétexte, et moins encore à raison des distractions, des ennuis, des aridités et dus tentations qu'ils éprouvent pendant ce temps d'entretien avec Dieu ; car si sur ce point ils se laissent vaincre une ou deux lois par le démon , ils s'exposent au grand danger d'en venir jusqu'à renoncer pour toujours à ce pieux exercice,

III. Il faut, quant à l'objet des méditations, que le directeur ait soin de l'approprier, de le proportionnera l'état de chacun. Pourceux qui commencent et sont encore dans la voie purgative, les sujets qui leur conviennent sont ceux qui sont plus propres à inspirer une sainte crainte de Dieu et une vivi* douleur de leurs péchés, par exemple, la méditation de la mort, du jugement, de l'enfer, de l'éternité, de la honte du péché , et autres semblables ; pour ceux qui S(mt en progrès, qui sont déjà dans la voie illuminative , il convient de leur donner des sujets de méditation qui traitent de la vie et de la mort du divin Rédeinteur, pour les exciter do plus en plus à IV mour de la vertu ; enfin aux parfaits, qui sont parvenus à la voie unitive, il faut surtout des sujets de méditation qui traitent des perfections et des attributs de Dieu, comme étant plus propres à exciter en eux les flammes du saint amour qui les unit à Dieu. Cet ordre que nous indiquons n'ein-

Eèche pas cependant que l'on ne puisse, ien plus,queron ne doive quelquefois s*d|> pliquer à des méditations propres à un autre état que le sien, et particulièrement aux considérations sur la vie et sur la mort de Jésus-Christ , dont personne ne doit jamais s'abstenir entièrement, en quelque état que l'on soit.

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