‹ Dictionnaire d'ascétisme (volume 3)Chapitre 141 sur 186 · IV. Pour ce qui est de régler le temps · texte numérisé non relu

IV. Pour ce qui est de régler le temps

3ue les pénitents doivent consacrer à la méitation, le directeur a surtout, à cet égard, besoin de faire attention à deux choses : premièrement aux occupations qui retiennent le pénitent ; secondement à la nature de son esprit. Si nous jetons les yeux sur les exemples que les saints nous ont donnés à cet égard, nous verrons qu'ils ne se sont point lassés dans leur ardeur pour To* raison intérieure. Saint Bernard, toujours debout, passait les jours et lesnuits dans la méditation et la contemplation des choses célestes, au point qu'à force de rester dans la même position, ses jami>e8 s'enflaient, et qu'il ne pouvait plus se tenir sur ses

Sieds. Saint Jérôme rapporte, dans la Via e saint Paul, premier aaàvborètè, qu'il était

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D^àSCETISME.

lelleinent appliqué à Toraisoû iolérieurei que même après sa mort son corps parais* snit encore plongé dans la contemplatiOD des choses célestes; car saint Antoine» Je trouvant les mains et les yeux leyés au ciel» crut d'abord qa*il n'était pas mort, mais seulement qu*une profonde contemplation dans laq[uelle i\ était absorbé le privait de Tusage ob ses sens. Ces exemples, et mille autres dont rbistoire ecclésiastique est remplie, prouvent évidemment que la me* sure dont les saints se servaient dans l'oraison intérieure était sans aucune mesure; et en cela il n'y avait de leur part que sagesse, puisque d'un côté ils ne manquaient à aucun des devoirs de leur étal, et que do l'autre ils entretenaient ainsi constamment dans leur cœur une piété, une ferveur toujours ardente. Cependant s'il s'agit de tout le monde en général, il est nécessaire d'établir et de suivre une rè^le pour le temps à consacrer à la méditation, aGii d'éviter également le trop et le trop peu. Or celte règle doit surtout être en rapport avec les devoirs de chacun ; c'est-èndire, que la mé*» ditation de chaque Jour doit être, eu égard au temps, telle, quelle n'empêche point de s'acquitter de ses devoirs, ni de ses occupations; qu'elle ne fatigue point trop la tête, et n'affaiblisse point trop les forces du corps, en un mot, quelle ne nuise point à la santé. Secondement l'oraison doit être proportionnée aux forces de l'esprit : c'està-dire qu'il faut la prolonger, tant que l'es- Ïirit conserve sa vigueur et sa ferveur; et a terminer, lorsque l'esprit ne peut plus la continuer sans ennui. Telle est la doctrine de saint Thomas. (2-2, q. 83, art. ik.) Mais comme il peut arriver facilement

3ue quelques-uns, trompés par la froideur e leur esprit, s'imaginent ne poinjt avoir Iqs dispositions nécessaires pour continuer la roéditaXian, quoiqu'ils pussent la* prolonger avec beaucoup de fruit; et qued'ajuitres, animés par un excès d'ardeur, la proloneent plus que ne le permettent les forces de Teur corps et les devoirs propres de leur état, ajoutons à la règle générale que nous venons de donner, une règle plus particulière, à savoir, que chacun consacre chaque jour au moins une demi-heure à la méditation, sans qu'aucune aridité puisse en faire rien retrancher { bien que 1 on puisse la continuer, ou même la réitérer (supposé toujours que la santé ou le devoir n'en soulfre Cas), lorsqu'on sent un souflSe plus favorale de la grftce, comme le faisaient saint Bernardin de Sienne et plusieurs autres, qui s'étaient proposé de faire chaque jour une heure de méaitation, sans que rieo pdl les en détourner. Cependant, à !*égard des personnes libres de toute affaire et qui s'appli- 3uent k la vie purement contemplative, le irecteur pourra agir plus largement et leur accorder plus de temps pour l'oraison intérieure, comme étant l'exercice le plus convenable h l'état de' leur Ame.

V. Le temps le plus propre i la considération des vérités éternellesi c'est le malin, le

soir et le milieu de la nuit. David désigne pour la prière ces trois moments du jour : Je me levais^ dit-il, au milieu de la nuit pour chanter vos louanges {Ps. xyiii]; le malin je médiiais sur vous {Ps. lxu): je Jetais vers vous les mains pour le sacrifice du soir. {Ps. cxL.) Mais si l'on ne veut vaquer à la méditation qu'une fois par jour, le temps le plus Crepre sera, sans aucun doute, le matin : d'uord, parce que, après le repos du sommeil, nous sommes plus libres et plus projires aux opérations de rflme; ensuite, parce qu'alors Tesprit est moins distrait par les choses terrestres; enfin« parce que, en commençant le jour par la considération des vérités éternelles, nous nous armons et nous fortlQons contre les pièges et les combats de tout le jour. D'ailleurs saint Jean Climaque disait : « Donnez au Seigneur les prémices d.e votre journée, car elle sera tout entière pour celui

S lui l'aura le premier. » {Scala^ grad. 26.) U il ajoute qu'une personne d'un esprit rcr marquable avait coutume de dire : « Par le matin, je connais quel sera pour moi le reste du jour. » Si l'on désirait se livrer deux fois chaque jour au saint exercice de la méditation, le temps le plus favorable pour la seconde fois sera le soir, à moins cependant qu'on eût le courage d'interrompre son sommeil et de se lever la nuit.

VI. Si le pénitent commence à éprouver, au temps de la méditation, des consolations spirituelles, que le confesseur sache le diriger avec prudence, dans la crainte que ces sentiments de piété, au lieu d'être utiles & l'esprit, ne lui deviennent au contraire nuisibles. Dieu donne aux Ames, surtout au commencement, ces consolations sensibles, pour les animer par le à la pratique des vertus solides. Mais beaucoup en abusent et changent le remède en poison : ils s'attachent à ces douceurs et ils se livrent k l'oraison, non plus dans le désir de plaire à Dieu, mais dans l'espoir de ces consolations spirituelles qu'ils ont coutume d'éprouver. Aussi, dès que ces consolations cessent, on les voit tomber dans l'inquiétude, dans |a tristesse, dans la défiance et dans un déplorable abattement. On en rencontre d'autres qui font consister dans ces sentiments, dans ces douceurs, toute la vie spirituelle, au point que, s'ils se sentent remplis de ces tendres consolations, ils croient qu'ils ont fait beaucoup de progrès, et que s'ils s'en voient privés, ils s'imaginent avoir tout perdu. C est pourquoi, que le directeur s'attache à prévenir ces tftcheux résultats, si nuisibles à l'avancement dans la perfection ; et s'il s'aper- Soit que son disciple éprouve des douceurs, es consolations et des sentiments de piété fervente, qu'il ail soin de bien lui inculquer cette vérité : à savoir, que la perfection ne consiste pas dans cette douceur do sentiments, mais plutôt dans la mortification intérieure et extérieure et dans l'exercice pratique des vertus solides; et que s'il les nésUge, il sora d'autant plus coupable devant Dieu, qu'il en avait reçu une plus grande abondance de faveurs. Qu'il Itii dise que ces

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mouvements, ces atlrails de sensibilité sont des signes de la faiblesse d*une âme, puisqu'ils sont ordinairement le partage des commençants, de ceui qui ne sont encore que des enfants dans les voies spirituelles. Qu'il lui rappelle gue ces consolations ne dureront pas toujours, et que bientôt elles se changeront en ténèbres et en aridités, et cela dans le dessein de les lui faire prévoir, aGn qu'il s'y prépare, et ne tombe pas dans la tristesse ou dans l'abatti^mcnt, lorsque viendra le temps des sécheresses. En outre que le directeur s'applique h obtenir de ces Ames, que, dans ces temps de prospérités et de faveurs, elles paraissent en présence do Dieu avec une extrême modestie et un profond respect. Car souvent cette prospérité de Tesprit est la mère d*une conhance imprudente qui inspire trop d'empressement et comme de la hardiesse dans les rapports àvec Dieu. Il faut prendre garde encore que le pénitent emporté par un excès de ferveur ne se livre sans modération aucune aux oraisons, aux veilles, aux jeûnes et aux œuvres de pénitence; sinon, la tête se fatiguera, la poitrine souffrira, la santé et les forces du corps s'altéreront profondement, comme il arrive souvent, et non sans un grave inconvénient pour la vie spirituelle, puisque l'OD ne peut plus, faute de force, continuer sa course. Que l'on exige donc des pénitents qu'ils s'ouvrent enlièremeut et se laissent conduire en toutes choses.

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