‹ Dictionnaire d'ascétisme (volume 3)Chapitre 143 sur 186 · HEM · texte numérisé non relu

HEM

de son âme ic aemandont. Qiril mcUo une conflance profonde et inaltérable en la bonté divine, qui ne Tabandonnera jamais, s*ii no Tabandonne le premier ; et que pour cette fui, il sepersuacfe intimement que Dieu, bien qib*il le prive du sentiment de sa présence qui lui avait été accordé d*abord, le soutient cependant en secret, le protège, le secoure, et le regarde d*un œil vraiment paternel. Du reste » le directeur doit remarquer ici que r&me qui se trouve en état d'aridité par suite des deux autres sources dont nous avons parlé, doit également produire les mômes actes d*bumilité, de conformité et de confiance en Dieu : car , lorsque cette stérilité spirituelle a sa source dans nos propres défauts ou dans les attaques du démon, Dieu permet cette aridité pour punir l'âme, ou pour la purifier; et alors elle a besoin de s'exercer à Thumilité et à la soumission envers Dieu. Que le directeur soit encore bien convaincu que les actes de vertu produitey dans Tétat de sécheresse sont bien plus agréables à Dieu et d*un bien plus grand prix à ses yeui, qu'ils ne le sont dans les temps de ferveur et de douceur spirituelles; puisque, dans ce dernier cas, la grâce sen-isible les rend plus faciles et y fait trouver de Tattrait; et que, dans Tautre, ils naissent avec effort et sont le résultat du seul amour pur et désintéressé.

MÉLANCOLIE. --[Voy. Méthode d'oraison.) Voy. Tempérament.

MEMOIRE. — (Mortification de la) — ^ La mémoire est une faculté de Tâme par la* cjuelle nous pouvons rappeler è l'esprit les idées des choses qu*il a autrefois perçues. La mémoire, dans ce rappel des idées autrefois perçues, est puissamment aidée par Vimaginationf qui est uue faculté de l'âme, reproduisant les images des choses perçues antérieurement par les sens, leur donnant une vie nouvelle pour les percevoir de nouveau, malgré leur absence; ces perceptions reproduites s'appellent images^ apparences ou visions. Les idées de l'imagination, non plus ^ue celles de la mémoire, ne se reproduisent pas toujours avec la même énergie. Si les anciennes images des choses reviennent à l'esprit de manière que nous reconnaissions les avoir antérieurement observées, nous disons alors que nous nous les rappelons : c*est pourquoi, bien que l'imagination, la mémoire et la réminiscence, soient dos facultés réellement distinctes, elles ont entre elles une certaine relation, une connexion- telle, que presque toujours elles produisent leurs effets en même temps et avec une égale spontanéité. Aussi les philosophes modernes placent le principal effet de l'imagination dans la mémoire et la réminiscence, et pensent que la loi de Fimagiuation 8*étend aussi à lune et à l'autre; car pendant que se reproduisent dans l'esprit lea idées présentes, les idées des choses absentes autrefois perçues en même temps 'reviennent également a l'esprit; et ces dernières sont les parties des choses présentes que nous voyons, ou nous sont venues au-

trefois en mémo temps: c*esl ce qu'on appelle Vassociation des idées. Et remarquons que de ces idées ainsi associées, ceiles qui se reproduisent le mieux sont celles qui ont entre elles la plus grande similitude, ou qui ont le plus souvent coexisté en même temps dans l'esprit, ou qui sont plus eu rapport avec la situation actuelle de l'esprit, ou qui ont été pensées avec plus de clarté. En outre, la plupart des philosophes distinguent une double mémoire: ils appellent la première «enitVtve, parce qu'elle tient son origine des sens, ou animale parce qu'elle est commune aux hommes et aux animaux; elle consiste dans la reconnaissance confuse des idées reproduites, ou dans la perception de la même idée comme contenue dans diverses séries de perception, alors que la même idée est produite deux fois par l'effort simultané des sens et de l'imagination, ou une fois seulement, si elle ne provient que de l'ima'gination seule, mais avec les idées associées : Ainsi l'idée d*un arbre dans un jardin, produite par Je sens de Tœîl à l'idée d'un arbre autrefois vu dans une forêt, est, produite par la force de l'imagination. L'autre est a{)pelée mémoire intellectuelle^ oa proprement réminiscence: elle ne convient qu'à la créature raisonnable, et consiste dans la reconnaissance distincte des idées reproduites, ou dans le jugement que nous avons déjà eu antérieurement cette même idée.

Ainsi en voyant un arbre élevé dans un jardin, nous jugeons nue nous avons vu autrefois un arbre élevé dans une forêt.

Il faut donc mortifier et corrij^er la mémoire, qui, à l'aide de l'imagination, multiplie les ûQauvaises pensées. Il existe, d'après saint Bernard (Serm. 31. De tripl. yen. cog. ), trois sortes de pensées:, dont ceux qui cherchent à préparer en eux-mêmes une demeure digne de Dieu doivent se garder avec le plus gianJ soin. Les premières sont hs pensées oiseuses, que nous devons écar« ter comme étant simplement de la boue.

Les autres sont violentes et plus tenaces : ce sont celles qui se rapportent aux nécessités corporelles, tellesque leboire, le manger, etc. ; il faut les r^^^primer fortement, comme un limon visqueux, si toutefois on ne peut les détruire complètement. Les dernières Sf)nt les pensées impures, telles que celles d'envie, de luxure, de vaine gloire, etc. ; it faut les repousser bieh loin, après avoir imploré le secours divin, tout aussitôt qu'on en sent l'odeur fétide, comme un immonde bourbier. Et pour y parvenir, voici le remède que prescrit ce saint docteur : « Atin que la multitude de ces pensées, qui se précipite comme une vile {H)pulace dans le sanctuaire de vôtre cœur, ne chasse pas Dieu de votre mémoire» placez à l'entrée un portier, qui sera le souvenir de votre profession particulière. Lorsqu'il sentira* que des pensées honteuses se font jour dans yotrn âme, il s'adressera à lui-même ces réprimandes : Dois-tu penser à cela, toi qui es prêtie, qui es clerc, qui es moine? De même

MET

IIBT

<Mft

h la porte de la volonté, en laquelle résident habituelleiDent les désirs chfarnels ; placez encore un portier qui s'appelle le souvenir do la céleste patrie. Il pourra chasser les mauvais désirs comme un coin chasse un autre coin. Quant au seuil de la raison, placez un gardien inexorable, qui n'épargne personne, et repousse au loin tout ennemi qui voudraitenlrerparruseou de vive force; que ce gardien soit le souvenir de Tenfer. » (Scrm. 32.) D'ailleurs, enOn par les pensées inutiles que Ton ne corrige pas dans la mémoire, on perd inutilement le temps, on néglige beaucoup de grâces, beaucoup de bonnes œuvres et d'actions méritoires, cl on se rend coupable de bien des fautes.

Il faut toujours entretenir quelque bonne pensée, comme de repasser !a méditation qu'on a faite, produire des oraisons jacula* toires, soupirer vers Dieu et la céleste patrie, s'entretenir des choses divines, ou utiles au salut éternel. Efi pensant ainsi toujours à Dieu, en nous rappelant toujours sa sainte présence, nous ne pourrons jamais occuper notre esprit d'un objet plus digne, plus parfait, plus beau et plus aimable.

MESSE ( Célàbratioii db la). — Toy.

EUCHARISTIB.

MËTEZEAU (Paul), né k Paris, s'engagea dans l'état ecclésiastique, et fut avec Bérulle l'un des premiers fondateurs de l'Oratoire. Il se livra avec beaucouo de succès à la prédication, et mourut h Calais dans le cours d'un carême, en 1632, à Tâge de cinquante ans, après avoir opéré des conversions éclatantes. Il est auteur d'un ouvrage intitulé : De sancto saeerdotiOj ejui dignitate et functionibuB sacris^ in-k'.

METHODE D'ORAISON.— Sa na/tire. Défaut» à éviter, remèdes; diffteultét à vaincre. — La méthode que nous allons donner est la même que saint François de Sales nous a enseignée dans son Introduction à ta vie dévote^ où il fait consister cet exermce en trois choses dont on vadonner l'explication : Il faut 1* s'y préparer ; 2* entrer dans son sujet et s'y entretenir; 3"* rendre grâces à Dieu du bon succès de la méditation. Voilà les trois principales parties, dont la première se nomme la préparation; la seconde, le eorpi de V oraison; la troisième, /a conc/uWofi.

1. La préparation consiste à se prés»)nter è l'oraison; non d'une manière irréfléchie et inconsidérée, mais avec certaines dispositions nécessaires pour y réussir. Il y a deux sortes de préparations, l'une éloignée et Vùxiire procnaine. La préparation éloignée consiste clans la pureté du cœur, la pureté d'esprit, et la pureté d'intention. On entend parla pureté du cœur le soin qu'on doit avoir do sepuritler promptement de tout péché, au mouis mortel ; car il ne conviei drait pas à un ennemi de Dieu de vouloir converser avec lui. Ceux qui ne vf*ulent |)oint quitter le péché ne peuvent faire oraison, quand même ils le voudraient ; mais ceux qui sont dans la disposition de l'abandonner peuvent s'y appliquer, et pour cela, il faut qu'ils la commencent par un acte de contrition, ou

du moins qu'ils témoignent i Dieu le désir de se convertir et l'espérance d'en trouver le moyen dans l'oraison. — Par la pureté de l'esprit, on entend que l'esprit, pour bien faire la méditation, doit être.libre et dégagé, autant que possible, de pensées superQues; autrement ces pensées Taccableraient et l'empêcheraient de s'appliquer à son sujet. — Par la pureté d'intention on entend gu'il ne faut méditer que pour de bonnes nns; savoir : de glorifier Dieu, de le louer, de le remercier ; de se corriger de ses défauts, de s'animer et de s'encourager au service de Dieu; de surmonter les ennuis, les dégoûts et les autres tentations qui s'opposent à notre avancement dans la piété; de faire des progrès dans l'amour aivin; d'acquérir les vertus de son état et autres choses semblables ; les mauvaises fins qu'on y pourrait avoir seraient d'y chercher des goûts et des consolations, d*y avoir des pensées curieuses, de la faire par routine et par imitation, ou pour v acquérir une certaine réputation de piété.

La préparation f|rocAat'iie consiste enirds choses :i se recueillir plus qu'en un autre temps, à invoquer le secours ae Dieu , k bien présenter le sujet qu'on a choisi et sur lequel on désire méditer.

On se recueille en rappelant son imagination, son esprit, sa mémoire et sa volonté au dehors au dedans, et en les rassemblant dans un çrand silence au fond de son intérieur. L'imagination, par exemple, est-elle vagabonde? Si Ton veut se recuellir, on la rappelle de tous les objets sur lesquels elle s'était répandue, pour la faire venir au dedans de soi; la mémoire se souvient-elle k contre temps de bien des choses passées?

Suand on veut se recueillir, on la rappelle ans don intérieur, pourqu elle soit en état de ne se souvenir que de son objet. L'entendement s'applique-t-il à raisonner et à réfléchir sur diverses choses? si l'on veut se recueillir, on le retire de tous les raisonnements, on lui fait cesser toutes les réflexions dé-

E lacées pour se servir de lui dans l'oraison, a volonté court-elle après une foule d'objets qu'elle désire, qu'elle aime, et dans lesquels elle se plaît? quand on Yeui se recueillir, on s'efforce de la séparer de tous ces objets, afin qu'elle soit en état de produire les affections, et de prendre les résolutions conformes au sujet qu'on a choisi. C'est ainsi qu'on ressemble au dedans de soi toutes ses puissances, pour être en état de parler à Dieu avec attention, et de l'é* coûter en silence. —On invogue ensuite le secours de Dieu, en s'humiliant profonde* ment à la vue de ses péchés, se reeonnsbsant très-indigne de Thonneor auquel on aspire, qui est de s*entretenir avec Dieu, et en faisant ensuite quelque courte prière, comme le Kent Sancte; ou en se contentant de demander à Dieu intérieurement son aide et son assistance pour bien faire sa méditation. — Il serait très-bon aussi d^impionr l'assistance de la sainte Vierge et dos saints; car on a besoin do leur intercessioa

MET

D'AfiCETISME.

MET

pour bien réussir dans son oraison, pour eo surmonter les difficullés, et surtout pour vaincro Topposition du démon. — Quant à la représentation du sujet qu'on a choisi, onso le proposera en gros et en général, et on prévoira les fruits qu*on désire en retirer. Usera bon que le principal objet de notre méditation soit Notre-Scigoeur Jésus- Christ, que nous regarderons attentivement, et que nous tftcberons d'étudier aGn d*en imiter les vertus. Nous pourrons choisir la forme qui nous touchera davantage. Nous le considérerons, le plus possible, au fond de notre cœur, dans Télat ou il était sur la croix. Jésus crucifié sera donc le sujet de nos méditations, nous en saurons assez quand nous serons une fois bien pénétrés de ce divin sujet. L'apôtre saint Paul ne se glorifiait point d'en savoir davantage. Quant aux fruits que nous devons retirer de la méditation , ils varient suivant nos besoins et selon les mouvements de la erAce; par exem-

{)le, nous pourrons désirer le regret de nos autes, la crainte de la justice de Dieu, la confiance en sa miséricorde, Thorreur de quelque vice, ou Tamour et la pratique de quelque vertu.

H. Le corps de Foraison consiste en trois choses: dans les conridérationij les affections et les résolutions.

Les considérations sont des raisonnements el des réflexions que fait notre esprit sur quelque sujet pour s'élever à Dieu, ou se convaincre de quelaue vérité du salut, ou se persuader de quelque obligation, et pour porter ensuite la volopté à s'y affectionner. Voici quelques exemples qui serviront de modèle pour beaucoup d'autres qu'on pourra faire de soi-même.

1* Si l'on veut se convaincre (jue la justice de Dieu est sévère, on considérera son sujet qui est Jésus crucifié, et on raisonnera ainsi : si le Père éternel n'a pas épargné son propre Fils, et s'il l'a traité avec tant de rigueur pour avoir été la caution des pécheurs, quelle doit être la sévérité de sa justice envers les véritables pécheurs 1

2' Si on désire se persuader qu'on est obligé de faire pénitence, on envisagera Jésus crucifié, et on se dira ensuite à soimême : Celui que je vois attaché à la croix est le plus innocent qui fût jamais, et moi je suis véiilablement coupable, je le sais bien, je n'en doute pas; cependant, tout juste qu'il était, il a souffert plus que je no puis m'imagiuer, et moi je ne saurai pas souffrir I II est mort pour mes péchés, el moi je n'en ferai pas pénitence I 11 a sué le sang pour payer mes dettes, et je ne ferai pas des efforts pour en payer le reste !

3- Si Ton veut se convaincre de la vanité des biens périssables de ce monde, on considérera Jésus tout nu sur la croii, et on se dira : Quel est celui-là , mon Ame, que tu. vois dans une pauvreté si extrême? (/est le mattre et le Seigneur de l'univerS. Le crois-tu ainsi? 11 faut bien le croire, la foi me l'enseigne. Pourquoi a-t-il choisi plutôt cet état pauvre et misérable, qu'un étal riche et

puissant? 11 était libre de prendre celui des deuxc|u'il voulait, il était le maître; or il a choisi la pauvreté et méprisé les richesses, pourquoi ne pas me conformer à ce choix ? Je ne puis me tromper en suivant l'exemide de celui qui est la sagesse même.

4** Pour s'exciter à mépriser les voluptés de la vie, on jettera les yeux sur ce Seigneur souffrant en croix , appelé à juste titre Vhomme de douleurSf et non pas I homme de plaisir; et on se dira : Assurément, si Jésus • Christ eût cru qu'il était plus expédient d'aller au ciel par la voie' des plaisirs, il eût pris cette route; mais puisqu'il en a pris uno contraire, c'est une marque infaillible que les délices ne sont pas le chemin du ciel, et que, pour se sauver, il est plus avantageux de choisir les souffrances aue les plai< sirs

5" S .1 est question de s'exciter à l'amour de Notre-Seigneur, il faudra, en regardant Jésus crucifié, se dire à soi-même : Pourquoi Jésus a-t-il répandu ainsi tout son sang jusqu'à la dernière goutte? C'est par amour pour nous ; ne serais-je donc pas le plus ingrat du monde, si je n'aimais pas celui qui m'a aimé è un tel degré?

6" S il s'agit de se portera la confiance en la bonté de Dieu, on se dira en regardant Jésus souffrant sur la croix : Assurément, celui-là ne veut pas nous damner, qui donne ainsi sa vie pour nous.

T Veut-on s'exciter à l'humilité, la vue de Jésus crucifié suffira ; car comment re-

f;arder le Dieu de l'univers entre deux vocurs, sur un infAme gibet, exposé aux moqueries des grands et des petits, l'onproore des hommes et Vabjection du peuple^ sans avoir envie de s'humilier avec lui?

8' Vout-on s'encourager à la vertu de douceur, on se mettra aux pieds de Jésus crucifié;. on l'entendra prier pour ses persécuteurs et pour ses propres bourreaux; on admirera son silence au milieu des opprobres, cette douceur immense et cette patience infinie qui lui ferment la bouche, quand il s'agit de repousser les iniures qu'on vomit contre lui, et qui la lui font ouvrir seulement pour en demander pardon à son Père.

9* Pour s'animer à obéir, et surmonter la répugnance qu'on éprouve quelquefois à se soumettre à ses supérieurs, on regardera Jésus en croix, et on se fera ce reproche : Quoil le souverain Seigneur de 1 univers s'est abaissé jusqu'à se soumettre aux plus mécliantes de toutes ses créatures, et j'aura-îs de la peine à obéir à ceux que Dieu a mis au dessus de moi 1

10* Avons-nous de la peine à nous mor* tifier dans le boire et le manger, nous considérerons Jésus en croix, à qui l'on donne à boire du fiel et du vinaigre, et nous nous dirons : Quelle indignité de voir un pécheur délicat, tandis que Jésus, l'innocence même, est rassasié d'amertume I

11* Se sent-on de la peine à supporter quelqu'un avec qui on est obligé ue demeurer et de vivre, on considérera Jésus crucifié

MET

aui veut bi€n passer les derniers moments 6 sa vie au milieu des pécheurs.

12" A-t-on quelque appréhension de la mort, on regardera J^sus expirant sur la croix, et on se dira : La mort doit paraître douce depuis que mon Sauveur en mourant en a Até la plus grande amertume.

Voilà quelques exemples des considérations que Ton peut faire dans la méditation; îl y en a une infinité d'autres qu'on fera de soi-même sans qu'il soit besoin de les indiquer. Il ne faut faire dans la méditation de considérations qu'autant qu'il est nécessaire pour se persuader de la vérité que Ton cherche, ou pour s'affectionner à la vertu i laquelle on prétend. Il y en a

3ui ont besoin pour cela de beaucoup e réflexions, d'autres à qui il en faut moins; il s'en trouve même à qui il n'en faut pas du tout et qui ne sauraient^ en faire, comme on le verra plus loin.

Cependant on peut faire oraison, même en manquant dans un point aussi essentiel ; les considérations en effet servent de moyen pour s'élever à Dieu, pour se convaincre (le quelque vérité, pour s'affectionner à la pratique de quelque vertu, ou pour concevoir Je l'horreur de quelque vice; or, si tout d'un coup, avant que d'avoir fait des considérations, on se trouve uni à Dieu, convaincu de la vérité que Ton voulait chercher, affectionné à la vertu qu'on désirait, et plein d*horrcurdu vice qu'on avait en vue, il ne faut pas alors s'efforcer do faire des considérations, puisqu'on a obtenu sans elles la fin qu'on se proposait. Il est vrai que c'est quelquefois par paresse qu'on ne fait pas de considérations sur le sujet de l'oraison; il faudra.donc éviter avec grand soin deux extrémités également {iréjudiciabtes à l'Ame: d'i^bord de se trop violenter pour faire des considérations, et ensuite de ne pas y apporter la diligence nécessaire. Ceux qui ne peuvent faire des considérations pourront y suppléer en faisant agir le cœur, ot en se laissant doucement emporter aux affections plus faciles à produire que les considérations, et qui sont d'une iilus grande utilité.

Quant aux affections , qui est la seconde chose qui compose le corps cîe Toraison, ce sont do bons mouvements de notre cœur, qui nous portent vers Dieu, et nous excitent h embrasser tout ce qui lui plaît, ou à fuir tout ce qui lui déplaît. Voici

auelques exemples que nous devons prouire.

!• Affection A^amour. Quand une âme est bien établie dnna la présence do Jésus crucifié, et qu'elle voit que c'est pour elle qu'il a souffert l'excès de ses horribles douleurs, elle se laisse emporter à l'amour d'un si bon maître. O mon Jésus, dit-elle, que mon cœur est insensible, s'il n'est point touché de votre grand amour! que mon cœur est froid, s'il n'est pas échauffé en la présence d'un si grand feu d'amour! Ohl je vous aimerai, mon Sauveur, je vous ainierai au péril de ma vie, et rien au monde

MCTÎONNAmC * MET fOdO

ne pourra éteindre îe brasier d'amour qu'il vous plaît aujourd'hui d'allumer dans mon cœur.

2* Affection û*aciion de grâces. Quand ie verrai mon Sauveur sur la croix, et que la foi m'aura persuadé c^ue c'est pour moi qu'il y a été attaché, je lui dirai de cœur : Que

fK)urrai-je vous rendre, ô mon divin bienaiteur, pour un si grand bienfait? Hélas! je n'ai rien qui soit digne de vous; donnerai-jedes souffrances pour les vôtres? Répandrai-je mon sang pour celui que vous avez répandu pour moi? Offrirai -je ma vie pour celle que vous avez donnée pour moi? Quel rapport y a-f-il entre le prix du don que vous m'avez fait et celui que je souhaite vous faire? Anges du ciel, saints du Saradis, venez m'aider à remercier mon auveur; mais vous, mon Jésus^ remerciezvous vous-même; car personne ne peut le faire plus dignement que vous.

3* Affection d'admiration. Quand une Ame dans l'oraison se trouve toute pénétrée de la vue de Jésus-Christ souffrant sur la croix, qu'elle considère ses excessives douleurs et son amour extrême, elle s écrie dans l'admiration où elle est : Y eût-it Jamais rien de pareil à ce que je vois? L esprit humain eût-il jamais pu s imaginer que le Seigneur de l'univers se fût réduit au pitoyable état où il me paraît sur cette croix? Cieux, étonnez-vous; esprits angéliques, n'ètes-vous pas surpris d'un tel spectacle? k^ Affection de compassion. A la vue des douleurs extrêmes qu'enduro Jésus sur la croix, qui ne dirait au fond de son cœur : O mon Jésus! qu'il faudrait être dur peur n'être pas attendri de vos peines! HelasI les pierres se fendirent au moment de votre mort, et mon cœur no sera pas pénétré de douleur!

5" Affection du désir des souffrances. Une Ame qui est convaincue que c est son Dieu qui a souffert pour elle, conçoit le désir de partager ses peines, et dit : Ne pourrai-je pas espérer, mon aimable Sauveur, d'avoir part à votre sacrée passion? Ne me sera-l-il pas permis de boire à votre calice, et ne vous aiderai-je jamais A porter votre croix? Venez, persécutions, chagrins, dégoûts, ennuis, afilictions, pertes de biens, délaissements d'amis; chères croix, chères souffrances, vous serez désormais toutes mes délices, aorès avoir été tant aimées de Jésus

G"" Affection de renoncement a%^x biens et aux honneurs. Désirer d'être riche» après avoir vu le Dieu que j'adore si pauvre, ce serait une folie; quoi! j'aimerai a être commodément et que rien ne me manque, en voyant le Dieu de l'univers dénué et dépouillé do tout 1 J^estimerai heureux ceux qui sont dans l'abondance, qui jouissent de grands biens, en voyant la sagesse infinie mépriser tout cela 1 Je désirerai de l'hoD* neur, j'aimerai qu'on me salue, j'aurai do ressentiment quand on me manquera en quelque chose, après tous les affronts cru'on a faits h mon Dieu! Quelle foli'; A unChré-

iOOl

UEH

tien qui croit ea Jésus-Cbrist moqué et bafoué! Adieu donc, désirs de fortune; adieu, vaines fumées d*bonneur : je crois, sans en douter, que les vraies ricbesses sont dans la pauvreté^ el les vrais bonneurs dans les mépris, depuis qu'un Dieu les 7 a recbercbes.

7* Affection de renoncement au plaisir.

Comment oserai-je maintenant cbercher la satisfaction de mes sens! Comment pourrai-je désormais m'étudier à contenter mes yeux, mes oreilles, mon ^oût, après avoir vu Jésus sur la croix, fermant les yeux à tout, n*efltendant que des blasphèmes, ne recevant que des injures atroces, et étant abreuvé de fiel et de vinaigre pour Tamour de moi! Il faut donc, ô mon âme, renoncer pour son amour à tous les vains plaisirs des sens, et me souvenir sans cesse qu*avant mon Dieu pour modèle, il serait bien honteux pour moi de rechercher les déliées.

S** Affection d'amour du prochain. Comment n'aimerai-je pas mon prochain, sachant combien il a été aimé de mon Jésus ! Je le considérerai désormais comme teint dû sang que Jésus a répandu pour lui; je ne le regarderai plus comme sujet à la bizarrerie, à la mauvaise humeur; je ne dirai plus qu'il est insupportable; mais je le supporterai parce qu'il est l'enfant de Jésus, et que Jésus l'a engendré sur Ja croix, parmi tant de tourments.

9* Affection de dévotion à la sainte Vief^s O ma très-sainte Hère ! puisque mon cber Jésus m'a recommandé, en la personne de saint Jean, de vous considérer comme ma mère, ce sera en cette qualité que je vous rendrai honneur, amour et obéissance; mais souvenez-vous aussi qu'il vous recommanda dès lors de me considérer comme votre pauvre enfant.

10* Affeclion d'horreur du péché. O péché 1 que j'ai d'horreur pour toi ! Quand je pense que tu as causé la mort de Jésus, je t'abhorre, je te déteste du plus profond de mon cœur, comme étant le plus grand mal du monde.

11* Affection de contrition. Qui donnera de Veau à ma téte^ et à mes yeux une source de larmes pour pleurer nuit et jour IJérém.) mespéchés qui ont attaché si cruellement Jésus à la croix? Plutôt mourir que d'en commettre encore!

12* Affeclion de confusion, Jésus a tant souffert pour moi, et je ne souffre rien pour lui! Il est nu sur la croix, et je veux être bien vêtu! 11 est abandonné de tous, et je cherche avec empressement à être chéri de tous 1 II meurt pour moi, et je ne sens point le désir de mourir pour Jui ! Il est pourtant mon roi, et je suis son esclave; quel sujet de confusion pour moi de ressembler si peu à celui qui m'a été donné pour modèle de toutes mes actions! Quelle nonte de correspondre si peu à son amour immense el prodigieux !

Ces exemples d'affection que l'on peut ftu*mer dans Tpraison suffiront nourapprenr

Dictionn: d'Ascâtishk. Io

b^ASCETISME. MtT (IOCNT

dre h en former d'autres de soi-même. Celles qui partiront du cœur vaudront mieux que

celles qui sont inscrites dans les livres; {m affections écrites dans les livres ou gravée dans la mémoire ne touchent pas autant, pour l'ordinaire, que celles qu on produit de soi-même ; celles-ci, n'étant point étudiées, sortent du cœur naturellement et sans arti^fice, parce qu'elles sont le plus souvent pro duitespar un mouvementdu Saint-Esprit qui porte le cœur à les former; celles qu'on lit dans les livres sont, au contraire, froides et récitées souvent sans aucun mouvement de la grâce. Ainsi, quand, par exemple, on se dispose h faire un acte de contrition avan< la confession, on peut s'y prendre de deux manières; la première en le lisant dans un livre, ou bien en récitant un acte que l'on sait pour l'avoir appris autrefois; la seconde en s'excitant à la douleur de ses péchés par de bonnes considérations etdans un vif souvenir de la bonté de Dieu. Il est certain que cette dernière manière est la plus utile, et l'acte de contrition produit de cette sorte est meilleur et plus sûr que le premier.

Il n'est pas nécessaire de produire des affections aussi longues que celles qu'on vient de proposer pour exemple; souvent un simple mot prononcé intérieurement fera plus d*effet dans l'âme que de longues affections qui pourraient dégénérer en vaines paroles, ce qu'il faut éviter.

Ordinairement, on ne doit pas prononcer de bouche l^is affections de son cœur dans l'oraison, quoiqu'il soit difficile (]uelquefois de ne les iaire paraître à Textérieur ou par quelques soupirs, ou par quelques paroles

Îui ressentent le feu dont on est embrasé. Jors il est très-utile de prononcer, h l'exemple d'un grand nombre de saints, quelques petits mots enflammés pour toucher notre cœur. Par exemple, ceux-ci : 0 mon Jésus! ô Dieu de bonté! Dieu de miséricorde! Dieu de toute consolation! ô amour!

ô douleurs de Jésus ! ô dureté du cœur humain! ô aveuglement des hommes! A quoi pense-t-on? d mon Dieu, que vous êtes peu connu! Quand serai-je tout à vous ! Qu'estce qui me retient ici bas? O ma vie, ô mon unique bien, ô mon tout! Je veux vous aimer et n'aimer que vous! 0 néant, ô folie, ô vanité du monde, je veux vous mépriser et ne jamais m'arrêler è vous, etc.

il ne faut pas trop multiplier et diversifier ses affections; quand on en produit quelqu'une, il faut s'y arrêter quelque temps, la faire entrer dans son cœur, l'y imprimer bien avant, la goûter, la savourer, et éviter avec soin dépasser légèrement d'une affection à une autre.

Pour goûter et savourer les affections dans l'oraison , remarquez que lorsqu'on

f)roduit quelque affection, elle laisse dans 'âme une certaine impression ou une certaine onction, qui demeure quelques temps après que cet acte d'affection a été produit; c est cette impression qu'il faut conserver, c'est de ceKe onction que l'Ame doit 69

îm

MET

DienOliNilRB

msf

tm

nourrir en silence cl en faisant de petites l'ùséî'. 1* Quand on fait un çcte de conQance Diêfaetqii^on lui a dit: Mon Dieu, vous ^iteS' toute 'rùoii espérance; ' Sans vous je crains tout, arèp Vods je ne crains' rien; je isiehs qile cet acte de conflancë a laissé ïipfès lut dans mon âme' une impreission qui me fait pqncher et tendre vers Dieu, comme vers i^on unique soutien. S" Quand ô'[i fait un abté dé ei*dinte des jugements dé Dieu, cet acte laiisse en notre ime une im- ]bress1on de frayeur et de tremblement. 8* Si Ton fait un acte d'humilité, en disant: Je suis un grand pécheur, je ne vaux rien, je suis pire qu'un démon, cet acte d'humilité laisse dans Pflme comme un poids et un penchant vers le mépris, etc. Eh bien I ce sont ces' impréssions,*ces penchants et ces onctions dan? lesquels Tâme doit s'entretenir le plus longtemps possible. Il en est de ceci comme d*tin feu qui est allumé; pour* quoi le souf&el^ et chercher à l'exciter, puisqu'il l'est déjà? il n'y a qu'à l'ontretenir et à le conserver; et nous ne connaîti'ons qu'il faudira recommencer à produire une nouvelle affection que quand l'impression de la précédente sera passée. Quand on s'aperçoit que le feu sacré se ralentit et va s^éteindre tout à fait, il fiiut le ranimer par quelques petits élans, afin de lui faire Reprendre sa première vigueur; comme on ranime le leu matériel en y jetant de temps en temps ce qu'il faut pour l'alimenter et l'entretenir.

Pour que ces affections soient bonnes, il nV3St pas en notre pouvoir qu'elles soient toujours très-ferventes etsensibles; les plus ferventes ne sont pas toujours les meilleure!, et quand on ne peut en produire de telles, il faut y suppléer par des froides et des s^ ches, ayant'soin de les entremêler de quel* ques pauses qui doiventdurerautantde temps

Îu'il en faut pour écouter Notre-Seigneur. ieu noiis parle dans l'oraison par de bonnes pensées qu'il met dans notre esprit, sans que nous y ayons d'autre pbrt que de les recevoir; il nous parle aussi par de bons désirs qa'il met dans notre cœur, sans que nous nous soyous excités à les former; il nous parle par de Ijons sentiments qui nou$ font parfois répandre beaucoup de larmes, jusqu'à nous faire sangloter et soupirer; il nous parle en beaucoup d'autres manières que l'expérience nous apprendra.

Mais si, malgré ces pauses indiquées, il ne plaît pas à Dieu do nous par>er, il faut les continuer^ car c'est à nous de nous mettre en devoir d*écouter Dieu, et à lui de nous ftire ou cle nous refuser la grâce do nous parler, selon qu'il le juge à propos. Dieu parle d'ailleurs souvent un langage si subtil qu'on ne s'en aperçoit pas de suite, mais seulement dans certaines occasions où l'on est rempli dé bonnes maximes, sans savoir d'où elles viennent; où Ion se sent pénétré do haine pour ses péchés, d'amour pour Dieu et pour la vertu, sans savoir à quoi attribuer ces bons sentiments. C'est dans l'oraison qu'on acquiert tout cela ; c'est là

qno Dieu nous parle à Qûtro insu* CqIq c$t «a vrai, que souvtot, apr^$ une orai^QQ Qft nous avons fait notre devoir* et pù pourtant nous n'avons eu aucun goAt ^Qnsible, on se sent plus Soct qu'iprès une autre Qj^ 4*on aura été comblé de consolations. i

Enfin, on entend par résolution^ qui Q^tla troisième chose qui compose le corp) d'onison, un ferme propos de ùkit^ quelquo ot^oso que nous connaissons que Pieu d emupde de nous, ou d'en fiiir et en éviter upq autre, comme contraire à la gloire de Qi^u et i notre salut. Il y a troi$ sortes de cé^Qlutioo^: les généraleti^ les pariictUièrei et le9 très^p^^ iiculiètes qui sont les meilleures. Voici quelques exemples de ces trois sortes de résolutions.

1"* Après avoir vu combien le pécbé est détestable, et en avoir conçu de l'iiorcetir, on forme la résolution de 1 éviter, on proteste qu'on le fuira de toutes ses forces. Voilà une résolution générale. Si, entre tooi les péchés, on prétend éviter celqi de la vanité, voilà une résolution plus patrticMiiirî que la précédente, llais^ comme elle ne l'^t pas assez, si on iqoute que, pour éviter ia vanité, on se servira des moyena suivants : de ne plus parler à son avantage; de cacher ce qui pourrait attirer des louanges, quand la charité ne demandera pas qu'on le découvre ; d'étouffer, dès leur naissance, les pensées de vanité qui pourront pattre daqa l'eaprit , si elles y prennent racine avant qu'oa s'en aperçoive ; de réfléchie sur les pecbés de la vie passée» pour s'humilier devant Dîea et extirper la vanité : voilà des réso]i|tioii$ êrès'particuliirts.

^ Si l'on prend la résolution d*étre pins réglé dans ses paroles, voilà une résolution générale: si, en descendant (laps le détail, qm se propose de ne plus faire de médîaaiic^ voilà une résolution plusi P^Ucy^tièta: mais si, en allant plus avant, on veut s'abstenir d'aller dans telle compagnie oà Vm parke mal du prochain ; si, obligé d'y aller, on demande au[)aravant à Dieu la ^rAçe de ne pa^ médire pendant la conversation; ai Top rentre en soi-même plusieurs fois par i)Qure, pour demander à Dieu la métne grâce; si, étant tombé dans la médisaQce9 O^ répare de suite sa faute; ou, du moins, si, aussitôt que l'occasion s'en présente, l'on ne manque pas en son particulier de s'en punir : voilà des résolutions lrès'partiçvkliipe$.

â*" Si on se sent porté à uratiqueir la mprtiûcation extérieure, Qt au on en prenne la résolution, elle sera gé^&folfi. &i, dê^ceiiclant plus avant, on se propose de se uiortiiier. dans le goût , voilà une résolution poifiiciilièrei mais si, non content d'avoil: 9péQi&' le sens qu'on veut mortiOen,- on détierç^ine la manière de se mQrtiQer dan^ le gpûtt e'i^t une résolution très-pariic\kliire. Par ej^eu^ pie, si on dit : Je ne mangerai pa? de telle chose pour laquelle je me sens plus d'appétit; je retrancherai une partie de ce qu'il j aura de plus agréable à mon goût dan^ le repas; je jeûnerai tel jour; ou bien : je ne boitea ni ne mangerai jamais wtco Ibs retpaai

MET

D'ASCETISME.

jHET

^ans une grande oéccssité ; ce sont là des f<*$.olutibns /rès-}far^tctili^re^. II faut bien se garder de ne i)lu$ preu^rô dQS résolutions tfis'pacfiçulières^ SOMS prétexte qu*Oû be les cx(^cuiti pas; ii force d'en prendre» on unit par les ipottrp à exécution. Si Ton ne pratique pas encore le^ résolutions qu*op aura j[)rises, par exeiuplei d'être plus cba'rilable, plus patient, plus sobre, plus spli taire, plus recueilli» apr^s TijYÔir bien promis à pieii, on viendra dq luoins {i avoir bonfe de ne p^is feuir I1I9 pajrole qy^bn lui a tant dé foisdoniiée. Si on n^accoinplit pas ses résolutions, c'est qu'on ne s'en souvient pas dans Tpccasion, ou bjep que, la ferveur étant passéç, on cbftpgo aussi d[e résolution.

voici quelques moyens très-utiles à employer pouf se souvenir de ses résolutions. l"* En prendre peu dans chaque oraison, une pu deux suffiront pour l'ordinaire; ne point en changer souvent; on pourra prendre les mêmes tusqu'à ce qu*on en soit parfaitement venu à bout. 2* Se prescrire quelque

lOOG

temps en temps dans la journée pour se lès rappeler, c'e^l fe meilleur moyen do tous.

En voici d'autres qui rendront pius ferme h exécuter les réiHoJiiilions. 1" Vq pas prendre des résolutions h lia li^gère, et sans avoir prévu aup^rayant si eDes sont praticables, et si l'on a effeciiveiTient enyio de les accomplir. 3" Ne pas fojnder ^es résolutions sur de Eetiles ferveurs passagères » niais sur de onne^ raisons doni nous çoyons fortement persuadés. Par exj^mpii?» si Vf^n prend la résolution de liûre cïiaque jour une heure d'oraisoju, on n^ doit pas prendra cette résolution pour quelque goût sensible qu'on aurait épro.uvé dan$ se» exercices de piété ; mais bien h oause du besoin qu'pp a de faire .oraison pendant cet e^p^çe de temps, et

Iiarce qu un à tout siuet ge croire que Dieu ,e veut ainsi, puisqu o!n s'en est biçn. trouvé, et que les directeurs l'approuYent. 3" Se faire honte h soi-même quand on esit assez Ijiche pour pe pa3 exécuter ses bpçnes résolutions, çt se dire pat form^ de rQ|)rQçbe : Que tu es misérable de ue pas accomplir tes résolutions 1 .0 vaillant cœur, quand ii est loin de i'enn.enii, mais faible quand il est en sa présence! k"* Se punir quand on n'a paç eu la force de les accomplir. &°Jie ja^uiais surtout js'appuyer sur elles, mais uniquement sur )a gr&ce de Ijieu. Quand saint Pierre promettait d'être ûdèle à (ïojtre-Seigneur, il s ap' })uyait sur sa résolution, et ne songeait pçis assez au besoix) qu'il avait du secours de Dieu, et ce fut là U cause de sa chute. Pour proUter d'un tel exemple, voilé pe qu'il nous faut dire en prenaxtf quelque résolution : l^ob Dieu,'ie7ne propose de donner telle spmme d'argent en aumône; de faire telle bonne œuvre aujourd'hui; d'dUer demander pardon d'un çiot- qui m'est échappé par mégarde» et ^'espère, moyennant votre grÂce, dQ raçcocpfilir; ce n'est ;ii >'^f \ mémoire» Ai sûr ma

volonté Qw je çpmpiÇi mais $nv I9 3^Qours que J'espère quç vo.us f^Q me rofu^ereiç pas.

|II, Lf conclusion^ qui est la troisifino partie de l'oraisop, consiste simplement à taire, en la terminapl, îles actes de remerciement, d offrande é( de demande. On répûercie Dieu de cç que, malgré notre indignité, il a bien voulu ]ious souffrir en sa sainte présence , nous 'donner de bphnes pensées, nous suggérer de bonnes affections et nous faire prendre de bonnes résolution^, qui i^ouç seront utiles , s'il noixsi donne la g^râçjdde les exécuter, comme il nous a fait celle de lès prendre. Ôh offre à I^ieù s^ bonnes pensées, ces saintes fffectibn^, ses bons dé$irs et les' résolutions reculs de sa bonté, et celapar reconnaissance, comme des fruits qui lui appartiennent. Oi) demande très-^umbjlement a |)ieu de bénir notre oraison, et surtout les résolutions que nous y ayons prises, afin d'y être entièrement Qdèlès. On conseille encore de faire un bouquet spirituel que Ton conserve pendant lé jp.iir, pour nous ff ire souvenir de nos bon^ sentiments dans l'oraison. Ce bouquet spirituel sera Jésus-Christ, qu'on ne manquera pas d'adorer plusieurs fèis le jour dans le fond de son cœur. Il sera pour l'Ame cpmmc un bouquet de myrrhe qui la garantira de toute corruption, et, par les fréquents retours vers lui, il noi^s embaumera d'une odeur trèssuave. Il faut, autant que pos^ibre, suivre le plan;et Tordre de cette piéthode; mais si r£sprit-Saint demandait quelque autre chose aç nous, il faut noù^ en écarter sans lui opposer la moindre résistance; car nous devons npii$ çoi^venir que l'oraison est .un èntjretien aTec Biei^i et où pr^sidç f'Bsprit- Saint, c'est pour cç^a que npus Tinvo^uôns çn la commençant; $i donc il plaît à pieu ^o tournpji là conversation d'une manière différente dé çella qiiê nous nous étions proposée, il en est le maître, et p'est à nous (je nous çpumettro à son adorable yolonlé.

On connaîtra qu'on peut s'écarter de cette méthode qûa^id oii n'y trouvera pointd'entrée, et qu'on se sentira fortement attiré d'un autre côté; ce sera un signe que le Saint- Esprit ne veut pas qu'on suive la route' ordinaire. Par exemple, si au moment de la préparation on a de la peine à en faire les actes, et que Tpn se sente tout d'un coup touché ou de çoppàssipii pour Jésus souffrant, ou d'émpvir ppjur cç^ aimable Sâuyéyr, ou de douleur po^r se§ pépiies,' dii suivra son attrait sans s'at.tâçher hl^ méthode; ou bien si dans le temps ou la méthode prescrit dçs considérations ou des affections on se sènit tout d'un coup porté ^ i>rê.ndre des résolutions très-ujlfles pour bien fégler sa vie, qi^'pn les prenne sans craindre de reh* yerser l'onlfé prescrit. Quant aui sij(|et ^^e méditation, si on a en yue ^ésus cruciâé, il ne faut pas le changer facilement, ^ moif^s qu'ouï j^G ppnnàiçse évidemment que' Ûieu le deman(^ê d^ nous, ce qui n'est pas probable; et si par le sujet de inéditatioo op entend le fruit qu'oiî veut tirer de là vue de lésùs crucifié, qui consiste dans ' i^açqui^si*»

MET

MCTlONNArUE

MET

tioD de quelque vertu ou dans Textirpation de qu;elque vice» on peut en changer aussi faci- J^poent que de méthode ; si l'on avait dessein de considérer la patience de Jésus souffrant, atin de s'animer à Timiter, et qu'on se sente attiré à méditer sur son humilité,

Su'on suive ce dernier altrait, et qu'on abanonne le dessein qu'on avait de méditer sur sa patience.

Si nous ne trouvons aucune entrée dans le sujet choisi, et que l'fisprit-Saint ne nous en présente pas un autre, il ne faut ni perdre courage pour cela, ni faire comme ceux qui, se trouvant en cette grande peine, quittent l'oraison, parce qu'ils voient que ni la méthode, ni le sujet qu^ls s'étaient proposés ne leur sont d'aucune utilité. Quand on se trouve en cet état, il faut se tenir patiemment aux pieds de Jésus crucifié et le re- Sarder bien attentivement, lui parler, lui ire ce qui vient à l'esprit, quoique sans ordre, sans oublier de faire quelçrues petites

Buses ;lil faut surtout s*humiiier devant i, c'est le grand secret de l'apaiser, s'il était irrité contre nous; il faut se mettre en sa sainte présence, en lui disant, comme renfant prodigue : Mon PèrCff ai péché contre le ciel et contre vous^ etc., ou, comme le publicain, les yeux baissés et pleins de confusion à la vue de ses fautes et de ses misères : Mon Dieu^ ayez pitié de mot, qui suis un pécheur; ou, comme le lépreux de l'Ëvaugile, montrer à Dieu les plaies de son Ame en disant : Seigneur^ si vous voulez^ vous pouvez meguérir^ ou bien avec saint Paul : Seigneur i que voulez'Vous que je fasse? et avec les autres apôtres : Seigneur^ enseignez^ moi à faire oraison. Enfin, il faut quelquefois se tenir, comme Madeleine^ aux pieds de Jésus, les baisant et désirant les arroser de ses larmes, et d'autres fois s'écrier, comme l'aveugle de l'Evangile iJésus^ Fils de Davidf ayez pitié de moi.... Seigneur ^ faites que je voie. C'est par ces petits movens que Noire-Seigneur jetter» un regard favorable sur vous, car il n'y a rien qui attire tant ses regards qu'un cœur contrit et humilié* Si, après tout celai on ne trouve pas d'entrée à l'oraison, on pourrait quelquefois faire à Jésus crucifié quelques prières vocales, pourvu qu'elles soient très-courtes, afin aue vous ne le perdiez pas de vue ; surtout faudrait avoir soin, autant que possible, de les entremêler de i)etites réflexions et de ces pauses tant de fois recommandées. Par exemple, si dans son oraison on veut réciter ]e Pater; après avoir dit ces roots Ifotre PirCf on s'arrête et on fait cette réflexion : Qui ètes-vous, mon Seigneur, et que suis-je pour vous appeler mon Père7 Vous Tètes pourtant, et c'est avec justice que vous m'ordonnez de vous donner ce nom, puisque vous m'avez engendré sur la croix au milieu

des plus cruelles douleurs.... (Pause)

Qui êtes aux deux; c'est par votre croix que vous êtes entré dans le ciel, et que vous en avez ouvert la porte; si je veux y avoir place et;y régner avec vous, il me faut embrasser TOtre croix et la porter avec amour tant que

je serai en ce monde Que votre nom soit

sanctifié. Oui, que le sacré nom de Jésus soit révéré de toute la terre ; qu'il soit si profondément gravé dans mon cœur, que

jamais il n'en soit effacé Que votre règne

arrive. Régnez, Seigneur, sur tout le monde, mais principalement dans mon cœur; soyezen le maître absolu, chassez-en, bannissez* en les tyrans qui voudraient vous disputer

ce pauvre empire Que^votre volonté soit

faite en 7a terre comme au ciel. Je ne veux rien, ô mon Sauveur ! que ce que vous voulez, et pour le temps de mon oraison, et pour tout le temps de ma vie, et pour l'éternité. Ohl si la très-sainte volonté de mon Dieu était accomplie aussi exactement dans mon cœur qu'elle l'a été par Jésus pendant qu'il était sur la terre, que je serais heureux I Donnez^nous aujourd'hui. A qui

avoir recours, sinon à vous. Seigneur? Vous êtes infiniment riche, et nous sommes infiniment pauvres. Autant de fois que nous respirons, plus souvent encore nous avons

besoin de votre secours Notre pain de

chaque jour. Ce pain que je vous demande, c'est celui de l'oraison, sans lequel mon Ame ne manquera pas de mourir de faim, mais avec lequel aussi elle se nourrira et se rendra de plus en plus agréable à vos yeux

Pardonnez'^ious nos offhues. Oubliez, Seigneur, ces infidélités qui font tarir la source de vos grâces, et ipeferment Ventrée à l'oraison ; n'est-ce pas vous. Seigneur, qui avez sur la croix, non-seulement pardonné k yos bourreaux, mais qui avez même demandé grftce pour eux, en offrant vos douleurs et votre

sang pour tous? Comme nous pardon*

nons à ceux qui nouslont offensés. Si, pour m'accorder le pardon que j ose demander, vous attendez, ô mon Jésus, que j'aie pardonné à ceux de qui j'ai reçu quelque offense, vous n'avez. Seigneur, qu'à me l'accorder; car j'oublie de bon cœur tous les torts qu'on m'a faits. Qu'onjusemaldemoi, qu'on s'en moque, qu'on parle contre mon honneur, qu'on déchire ma réputation, je ne laisse pas de prier pour ceux qui me font

le plus de mal Et ne nous laissez pas

succomber à la tentation. Je ne m'inquiéterai pas des tentations et des dégoûts que je sens, tandis que je serai soutenu de vous, A mon Dieu 1 Que les tentations m'assaillent, qu'elles m'accablent, pourvu que vous me

souteniez et que je ne tombe pas Mais

délivrez'nous au mal. Ne permettez pas, mon divin Hattre, que je ne tombe jamais dans aucun péché mortel ; c'est là ce grand mal dont je demande incessamment la grâce d'être délivré. Faites même. A mon Dieul queje puisse éviter aujourd'hui les moindres fautes, et que je vous offense plus de propos délibéré en quoi que ce soit; car les moindres péchés sont toujours de très-grands maux.... Ainsi'soit'il. Daignez, Seigneur, accorder ma demande; je vous en conjure par cesangprécieuxquidécoule enabondanca de tant d'endroits de votre corps sacré; je supplie la sainte Vierge et tous les saints du ciel et de la terrede se joindre à moi pour obtenir ((a

MET

D*ÂSGET1SME.

MET

TOUS reflet de ma prière. C'est ainsi ou à peu près qu'on pourra faire ses prières vocales dans i*oraison.

Pour faire la méditation, c*est un avan^^ tage, sans doute, d'avoir un bon esprit et d'être doué d'un bon naturel; cependant il est certain que cet exercice peut être pratiqué par toutes sortes de personnes. Les gens les plus simples savent réfléchir à leurs affaires temporelles, s'occuper des obstacles à éviter, des movens à prendre, et, sMl en est besoin, demander aide et secours. Un paysan, par exemple, sans avoir beaucoup d'esprit, se souvient du temps où il doit ensemencer son champ, considère si la semence est bonne ou mauvaise, si la terre est bien préparée, désire faire une bonne récolte, et emploie pour cela les moyens qui sont en son pouvoir. Eh bien , qu'il change d'objet, qu'il réfléchisse à Pobligation et aux moyens de conformer sa conduite à la loi divine, qu'il ait recours à Dieu, et il aura fait une très-bonne méditation. La chose n'est donc pas aussi diOicile qu'on se l'imagine.

Pour pouvoir bien méditer, la lecture est très-utile, sans doute; cependant on peut bien sans cela penser à la mort, au jugemmt, au paradis et à l'enfer; réfléchir, sur les commandements de Dieu et do l'Eglise, sur les devoirs de son état, sur le sens des prières qu'on sait jp^r cœur, sur les sermons et les instructions que Ton entend, sur ce

au*on connaît de la vie et de la passion de lotre-Seiçneur. Un esprit médiocre, qui n'a d*autre science que la connaissance néces-» saire de Dieu et de ses œuvres, peut méditer avec fruit et utilité, comme paraissent l'assurer les saintes Ecritures qui nous disent que Dieu aime à s'entretenir avec les sim* pies. La science sans humilité est plus nuisible q^a'utile, parce qu'elle ôte la docilité et la simplicité, si nécessaires pour cela. Chacuo devrait donc donner tous les jours quelque temps à la méditation; car la nourriture de l^ftme n'est pas moins utile ni moins nécessaire que celle du corps; il nous est nécessaire de méditer la loi de Dieu, d'en occuper son esprit et d'y faire réflexion. Or, sans la méditation, il est moralement impossible, du moins très-difficile, de vivre chrétiennement et de faire son salut.

En effet, 1* pour vivre chrétiennement, il faut éviter le mal, pratiquer le bien, aimer Dieu et lui être uni : comment donc opérer ces choses, sans flaire de sérieuses réflexions ? 2* L'Evangile nous decare en mille endroits que le salut est une affaire difficile, et qui demande. les plus grands efforts; or, pour réussir dans une affaire difficile, il faut y penser et s'en occuper sérieusement, et d'autant plus sérieusement que l'affaire est plus difficile et plus importante. 3* Celui qui ne se recueille point pendant la méditation, pour demander à Dieu son secours et la persévérance, ne le fera pas en un autre temps. Sans la méditation, on ne pensera pas même au besoin que Ton a do deman-

der des grâces, tandis qu'en méditant, on verra ses besoins, ses dangers, la nécessité de la prière , on priera et l'on obâibdra les grâces et le salut. ( Voir le mot Mi-

Page 1