DITATION
Il n'est pas impossible de méditer lors même qu'on est surchargé d'affaires et d'occupations, si l'on est persuadé que le salut est l'affaire la plus essentielle et la plus importante; que tout dans ce monda n'est qu'accessoire au salut, qui seul est nécessaire; que l'intérêt le plus cher est celui de notre âme ; que si nous la perdons, tout le reste ne nous servira de rien ; que plus on a d'affaires, plus on est obligé de prier et de méditer, pour ne pas s'écarter de ses devoirs, pour agir selon Dieu et avoir un heureux succès dans ses entreprises.
Pour méditer, on peut s'aider d'un livre; car une lecture de piété peut être une très-bonne méditation, si on la fait avec attention et recueillement, et si l'on a soini!!!^ de faire quelques pauses, afin de s'appliquer ce qu'on lit, dans le dessein d'en profiter et d'en devenir meilleur.
On abuse souvent de ce qu'il y a de
f)lus saint; on ne le voit que trop dans es sacrements, dont plusieurs font un mauvais usage. Il en peut être de même dans la méditation ; quoique sainte en elle-même, si l'on n'y prend garde, on en abuse; et l'on tombe dans plusieurs défauts qu'il importe beaucoup d'éviter. Voici ces défauts et leurs remèdes.
1* Il faut éviter la contention d'esprit, une application trop forte, la violence des élans et l'impétuosité des soupirs ; tout cela n'est bon qu'à faire mal à la tête, i affaiblir le cerveau et à épuiser les forces physiques. Le moyen de s'en préserver est de s'en ouvrir à uu sage directeur et de suivre ses avis.
2* Il faut éviter de penser et de croire que c'est assez de goûter quelques douceurs et de jouir de quelques consolations, sans se mettre en peine de pratiquer les vertus solides. La méditation n'est qu'un moven de devenir vertueux; on n'en profite qu autant qu'on y apprend à renoncer à soi-même, à se priver de ses petites satisfactions, è s'humilier et à se mortifier dans les occa* sions.
3" Eviter l'entêtement, l'opiniâtreté, la manie de tenir à ses sentiments et à sqm manières de voir, sous prétexte qu'on a raison ou qu'il y va de la gloire de Dieu. L'entêtement, toujours mauvais et odieux, l'est surtout dans ceux qui font profession de piété, parce que le monde en prend sujet de se scandaliser, de blâmer la vertu et de dire qu'il suffit d'être dévot pour avoir un caractère acariâtre et difficile. Il se trompe, sans doute, ne voyant pas aue ceux qui ont ces défauts ne sont pieux qu en apparence; car comment ces personnes, si elles faisaient bien leur oraison, seraientelles entêtées et opiniâtres? On ne peut manquer de douceur et de patience à la vue
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de U^ùÈ soumis él obéissant & ses j^topres bourreaux, et eii songeant qti'on a pour docteur et pour maître celui qui a dil : Apprenez de inài ^ue je suis doux et humble de cœur,
k* Né pas ie p^Mè^ë^ aux personnes qui lie font pas de raëaîtatîon, m se livrer, pât* comparaison, kdes pensées d'orgueil et aV raou^-p^oplre; éX si Notrc-Seigncur nous accorde quelques douceurs et quelques consolations, Il faut se garder d'en tirer vanité et do se complaire en soi-tnôme. Ce serait Ih un poison subti , capable de Vicier ou de <;o^rompre non-seulement tous les fruits dé la méditation, mais encore notre vie tout etitière. Nous somtiies si misérables, que tout peut nous ôtrç unb occasion de tentation et de chute ! Veillons donc, et défionsnous toujours de nous-mêmes, et la méditation, loin^d'êtrepour nous uri sujet d'orgueil, nous'servirà d'excellent moyen pouf JBcquérir l'humilité ; cab c'est dans ce saint exercice qu'on réfléchit sur Jéstis humilié ^t traité comme un malfaiteur; qu'oti voit Dieu si grand, si saint et si magnifique, et qu'on se voit soi-mftme si petit, si pauvre, si coupable et si digne dé méprit. Ainsi , pour une âme h laquelle l'ôraison inspire de l'orgueil, combien d'autres qui en deviennent plus humbles.
5* Il faut éviter dé négliger ses devoirs et ses obligations, sous prétexte de prendre du temps pour l'oraison. Si un élève quittait sa classe; unconfesseur, son confessionnal ; un prédicateur, sa chaife; une femme, son ménage; ce serait un abus. Dieu veut
2u'on remplisse toujours les devoirs de son (at ; et si l*on médite, c'est pour apprendre 7i les bien remplir. Ce serait encore un bien
Srand abus d'abandonnet l'état où la Provionce nous aurait engagés, sous prétexte qu'on se sent attiré à la solitude et au recueillement. Ceux qui agiraient aitisi ne seraient pas bien conduits; ou parce qu'ils se conduiraient out-méities, ou parce qu'ils ne s'ouvriraient pas bieti h leur directeur.
6* Il faut enfin éviter d^entrer de soi-même dans des oraisons élevées, et de quitter la voie ordinaire avant qu'il ep soit temps; agissant ainsi non pât un véritable zèle de s'avancet dans la vertu et d'aimer Dieu davantage, mais piiv s\tnp\Q curiosité et par envie de se distinguer daqs la dévotion. Ce procédé est plein de suffisance et de présomption, et ne peut avoir que des suites pernicieuses. Il est important sans doute dé Tie pas toujours s'arrêter au même état d'ornison, mais il failt avancer doucement, t cher d avoir auparavant une bonne provi- ^on db force et de vertu, et attendre, pour tiasser d*un dbghé dans un autre, ou que vieil sb déclare, ou qU'iiK directeur experi- Itietité dise qu'il est temps dé changer de vWc. — Tels sont, aVcc les moyens de Içis ëvllbr, bûiîlîjtitis-ùli^ des abus qui ji^ëiiverit ép m^m (Jardll ceux i}iii s*àdbtmènt 2i Td-
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tes difliculteë qui ie renconlrbftt dbris l'oralsOb soht ; Ibs disthctions, les sécheres-
ses, l'impureté de l'&me, les persécutions du monde, les tentatioiis du démon. Elles paraissent d'abord considérables; mais après tout elles n'effraient que les Ames lâcnes. On n'acquiert rien sans peine, et les inëilieures cnoses sont leâ plus difficiles à âct{uérir. La méditatioh étant aussi excellente qu'elle l'est, il ne faut pas s'étonner Si elle a des difficultés.
I. Les distracliofis. Ce sont des images où fëpréscjitations que l'imagination se forme d'objets ridicules ; lés pensées ou les réflexions dont l'esprit s'occupe inutilement et !(an5 rapport h l'action qu'on fait, qui est )a méditation; les choses passées dont on se souvient à contre-temps, les désirs frivoles que la volonté produit hors de saison. £h cela consistent Us distractions ciui font la grande peine dès personnes d'ôraîson. ( toy. fc mo^ Distraction. J
II. La seconde difficùUé qu'on rencontre dans l'oraison, et qui ësl aussi fâcheuse que la première, ce spnt les sécheresses et les (aridités, qui consistent en des privations de toutes lumières, de toutes bonnes pensée^, de tout goût, de toutes consolations .et .de toutes bonnes affections dans l'oraison. Cette
S~ eine est difficile à supporter, surtout âiix mes qui sont encore peu affermies dans lé bien et dans la Vertu ^ car dies sçht dans la Voie de l'oraisoti c^mâie ço petits enfants
aui ont besoin de sôiitié^ pour marcher, e| e lait poiir sb nouJtir. Pour celles qui sont plus avancées, elles en ont ^ussi; quoiqu'elles en soient moins ëbranlëès que les Sremières. Voici quelle est leur peine : ans être attachées aux consolations, elles les regardent comme des ga^s et des témoignages sensible^ de l'amitié de Dieu; en sorte qu'en étatît privée^» elles craignent de n'être pas bien avec Dieu, et d'avoir commis quelque infidélité qui les ait éloignées de lui. Pour connaître si elles ont quelque raison de se faire une peine là-dessus, ou si elles n'en ont point, il faudrait savoir pourquoi Dieu envoie dçs consolations et des goûts sensibles dans l'ôraison, pourquoi il en prive.
Dieu donne des^oÛts et des consolations dans l'oraison t)bur v attirer 10s Ames et les y soutenir, quand elles y sont une fois entrées. Nons sommés si misérables, gue si nous ne trouyiops pas plus de plaisir au service de Dieu que dans rattachement aux cHâtures, jamais on ne lès auitlerait pour se donner a lui ! Ode fait ce Dîeu.de bonté?
pour ensager mais par les doiicëurs présentes qu'il xldnne poiirlicr plus fortement à lui. Telles étaient te^ onctions doht il avait coutume d'adoucir le§ supplices des mârtjrs, et qui leur faisaieut ^eirbuver delà joie au ihilieu d^ tourments les plils cruels. Diéii en remplit souvent le
qui le leur rend alors si aim&blè, èl lé leit
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fait préférer aux divertissemenU auxquels elles élaient autrefois adonnées.
Il D*est pas expédient de demeurer tou-
{'ours dans ces consolalioos ; aussi voit-on 9otre-Sei^neur en priver parfois ses meiU leurs amis, comme il priva autrefois les a|>âtres de sa présence sensible} qui leur causait tant de consolations, en leur disant : // eiê avaniafmx pour vous ^ueje m*en aille ; nous devons donc croire qu'il est aussi très* à propos qu^il nous prive quelquefois de ses grâces sensibles.
■^r Dieu nous prive de ses gr&ces sensibles pour cinq raisons principales. V pour nous éprouver. H veut voir si nous l*aimons véritablementi ou si ce ne sont pas ses dons qui sont plutôt l'objet de notre amour; si c'est pour lui que nous méditons ou pour notre satisfaction. 11 veut voir si nous aurons le courage de le servir h nos dépens : il n'jT a rien d'étonnant à faire oraison, tant qu'on éprouve des consolations, mais il y à du mérité h la faire quand il en coûte, et qu'on n'j trouve que des difficultés. Si nous là continuons dans la privation , tout en faisant ce qtle nous devons ftiire , nous sommes^ à la vérité, des serviteurs inutiles; mais si nous la discontinuons, nous nous déclarons des mercenaires et des serviteurs intéressés
â*" Dieu nooi'brivAde ses grâces sensibles pour nous enOMMir davantage dans son amour. Cela pealit eoinprendre par l'exempledes amitiés mondiUnes, qui se ralentissent par la trop grande fréquentation, mais se rallument par de petites absences et par des rebuts apparents. Aussi, sainte Catherine de Sienne appelait les privations et les retours de la présence sensible de Notre- Beigneur des jeux d'a«iour,voulaat dire que tout cela se foisait ponr enflammer notre amour.
3*Dietinod8 pritade Ses grâces sensibles,
{ tournons donner lieudenousappliqueràuue ouïe de bonnes œuvres, qu'on serait tenté d'abandonner siWoa était totijours attiré dans l'oraison. Ainsi, ceux qui sont appliqués au salut d«s âmes en quitteraient le soin ; ceux qui ont coutume de faire beaucoup de bien dans la visite des malades, n'iraient pittsies visiter ; ebacan aurait envie de se oonserter dans la solitade, et les bODnés œuvres ne to féttiieot pas;
%* Dieu noùs^rive de ses grâces sensible;, pour nous en faire comprendre tout le prix, et nous en donner plus d'estime. Il i?$t certain que les meilleures choses dégoûtent
3nand elles sont trop fréquentes ; les vianes les plus délicates lassent par une trop grande abondanee, et^ comme on dit, la jkmtUarM ènfendre U méprît. On estime bien plus les choses rares nue les communes, quoique souvent ces dehiières soient les meilleure^. Il est donc à propos que nous soyons ^ temps bn temps privés des grâces sensibles; de peur, à la longue, de ne pas en avoir assez ^d'estimct et de ne pas en faire assez de cas.
jji; Ita&ûi ^«tt MUS WTC de ses fcrâoes
sensibles en punition de nos infidélités ;'on n'a pas fait un bon usage des grâces que Dieu nous a données, il nous en punit jsn nous en privant. On ne peut pas toujours connaître si cette soustraction des grâces est une punition ou non ; mais qu'elle nous en paraisse une ou qu'elle n'en soit pas, il sera toujours bon de demander pardon des infidélités que nous avons commises^ et de celles que nous ne connaissons pas ; après quoi nous attendrons patiemttient le retour de Dieu. Du restai il ne serait pas avantageux de rejeter toutes les conso*lations, afin de n'aimer que Dieu seul^ au lieu de les rechercher avec empressement ; car c'est à Dieu de connaître ce qui nous convient; c'est à lui de nous conduire, et h nous de nous laisser gouverner^ reccvatit également de sa main les consolations et It^s privations. Tel qui a besoin de soutien^ s'il rejetait et supprimait les grâces sensibles, se ferait un tort notable, quand bien même il aurait danç l'esprit ce spécienju^ prétexte d'adhérer à Dieu seul; et tel autref^? au contraire, en est privé si à propos, qup^ s'il s'inquiétait et se chagrinait de cette privation, et agissait avec trop d'empressement pour les retenir ou les recouvrer, il se nuirait considérablement. Le grand secret^ c'est de se laisser conduire ; Dieu sait par- Aiitement ce qui nous convient le mi^ux^ laissons-le donc faire, et tonons-nous fortement attachés à sa volonté, en tout et pour tout.
m. La troisième difficulté qu'on rencontre dans l'oraison est une certaine peine k la vue de l'impureté de l'âme, lorsqu'on se présente à Notre-Seigneur pour ce saint exercice. Celte impureté consiste dans une infinité de fautes journalières ^ et dans une souillure eï une eertaine diQbrmiJlé que l'ânie a contractées par SBS chutes et ses infidélités.
Les fautes journalières sont un sujet de peine pour l'âme, parce qu'elles lui sautent aux yeux ; du moment qu'elle est en oraison, ce ne sont que remords et que reproches ; il n'y a pas une de ses fautei qui ne lui soit représentée o|i qui ne \% tourmente. Le remède à employer serait de se repentir de ses fautes Qt de s'en humilier, et la peine cesserais Mais jce qui fait l'excès du tourment de l'âme, c'est qu'elle n'.a ni repentir, ni envie de 6e corriger, bile m est pourtant pressée par pieu, qui lui crie sdns cesse : Quitte cette compagnif", abâtidonne ce jeu; mais étant comme liée et garrottée par sesfautes, elle n'a pas le courage de faire un dernier effort jpour s'en délivrer. Elle est donc d'un côte comme tirée par la grâce de Dieu, qui demande d'elle des ehoses qu'elle ne veut pas lui donner, et de l'autre par ses liens qui la retiennent^ et qu'elle n'a pas ensore le courase de vaincre.
i Les souillures qui restent eu bous après j les fautes eomijiises sont à l'âme un sqet de i peine, en ce que le but de l'âme dans l.Q-
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est soavent rebutée, parce qu'il est difficile qu'une âme encore teinte de ses souillures puisse s'unir avec un Diou si pur ; or, ce sont les rebuts de Dieu qui causent sa peine et son tourment. Le remède à ce mal est de se purifier dans les eaux de la pénitence, il n'est rien qui apaise Dieu comme un cœur contrit et humilié. C'est aussi dans cette disposition qu'on doit se présenter à lui, autrement on n'aura jamais d'entrée dans Toraison, et tôt ou lard on la quittera, comme Texpérience le fait voir trop souvent.
IV. La quatri^pie difficulté qu'on rencontre dans l'oraison, c'est la persécution dçMnondc, c[ui a une haine mortelle pour la pi^é et fait profession ouverte de la persécuter; or la méditation étant un moyen sûr d'acquérir la piété, il la hait également. En effet, il n'y a rien de plus Ciipable que la méditation pour détruire les fausses maximes du monde; elles n'ont point do plus jÉÉHyands ennemis que ceux qui s'appliquent tK« l'oraison; c'est là qu'elles sont examinées et pesées devant Dieu; et c'est là qu'on en connaît la vanité et qu'on en conçoit le dernier mépris. Si les amateurs du monde voulaient se donner, tous les jours, la peine de réfléchir quelques instants sous les yeux de Dieu sur ce qu'ils estiment et aiment, et sur leurs attachements, bientôt ils changeraient de sentiments ; mais ils ne le veulent point et demeurent toujours dans leur erreur. Ne pouvant donc aimer ceux qui condamnent cette erreur, ils les raillent et se moquent d'eux en mille occasions ; et s'il arrive qu'une personne de piété tonabe en quelque faute, ils en triomphent ; mais contre leur attente , au lieu de leur nuire, ils leur rendent service, en les obligeant à la vigilance. « Nous avons, dit sainte Thérèse, une grande obligation aux gens du monde, qui ne laissent échapper aucune de nos fautes sans la critiquer : leur iDalice nous sert à nous tenir sur nos gardes. » Cette diflicuité n'est pas très-pénible pour les âmes un peu généreuses, mais pour celles qui sont encore chancelantes dans le bien , elle les ébranle et trop souvent les renverse. Le remède à ce mat est de se préparer à tout ce qu'on pourra dire contre nous et l'oraison; de tâcher de .se mettre dans la disposition où étaient les apôtres qui disaient aux princes du peuple juif qui leur défendaient de ne plus prêcher 1 Evangile : « Jugez vous-même s'il est plus juste devant Dieu de vous écouter plutôt que Dieu. » Vous nous défendez ce que Dieu nous ordonne de faire , notre parti est bientôt pris; nous écouterons Dieu et non vous-mêmes. Si les persécutions continuent, il faut entrer dans la disposition de ce^s mêmes apôtres : Ils sortaient^ dit le texte sacré, tout remplie de joie d'avoir été jugés dignes de souffrir pour le nom de Jésus-Christ» Voilà quels doivent être nos modèles dans les petites persécutions du monde.
Si ce sont des personnes de poids par
leur science et leur autorité, qui nous détournent de la méditation, il vaut mieux leur répondre par un humble silence et par une sensible compassion de leur aveuglement que par des raisons. Coutentons-rous de savoir que Notre-Seigneur a recommandé i'oraison mentale , en nous prescrivant d'adorer Dieu en esprit et en vérité ; Ju'il a prédit que ce devait être l'exercice e tous les bons Chrétiens ; qu'il l'a pratiqué le premier, que les apôtres l'ont aussi pratiqué après lui, et qu'ils l'ont cru si nécessaire, qu'ils se déchargèrent sur les diacres du soin des aumônes , pour donner plus de temps à la prière et à l'oraison ; enfin que cet exercice a été pratiaué par tous les Chrétiens. Renouvelons alors en nous-mêmes la résolution de ne jamais l'abandonner, quoi au'en puissent dire des personnes respectables.
V. La cinquième difficulté dans l'oraison sont les tentations du démon qui s'efforce d'empêcher qu'on s'y applique, et oui n'oublie rien pour en détourner. Outre les distractions où il a sa bonne part , 1* il donne de Voraison tant de dégoût qu'il n'y a rien qu'on ne choisisse plutôt que de la faire avec cette répugnance. Sainte Thérèse l'éprouva pendant plusieurs années. Il faut qu'il y ait bien du démon dans ces ennuis si étranges; car comment F0iitrelien qu'on a avec Dieu serait-il de luNnfèœe si fâcheux, puisque l'Esprit-Saiftt noits assure qu'il n'y a rien d*amer ni de pénible dans sa conversa» Iton. 2° il inspire une très -grande crainte qu'on ne perde son temps, qu'on ne passe les heures qu'on y donne, dans une pure oisiveté; cette pensée vient surtout dans les moments de distractions et de sécheresses , et elle est quelquefois si forte, qu'un directeur, avec toute son autorité, a bien de la peine à nous en débarrasser. 3"* Le malin esprit fait ce qu'il peut pour nous jeter dans le découragement, nous mettant devant les yeux notre peu de progrès et le nombre de nos fautes qui , maintenant uue nous sommes en oraison , nous semblent plus grandes que lorsque nous ne la faisions pas; non qu'elles soient aussi nombreuses et aussi grandes qu'autrefois , mais c'est que nous en avons uue connaissance plus claire que auand nous ne nous y appliquions pas. i'* il remplit notre âme de serafmles, nous faisant croire qu'il y a eu faute à oh il n'y en avait pas eu , que jamais on n'a eu regret de ses péchés, qu'on ne les a pas tous déclarés en confession,'que jamais on n'a eu un véritable propos de s amender, qu'on a toutes les marques d'un réprouvé, qu'il n'y a point de salut pour nous » et autres pensées semblables qui ne peuvent se guérir que par une aveugle soumission aux avis du directeur.
Il y a bien d'autres tentations qu'il est inutile de rapporter, et le meilleur moyen de les vaincre toutes, c'est, après s'être humilié devant Dieu, de les mépriser et d'aller toujours en avant, sans perdre une seule minute de ce saint exercice. Si l'on était