‹ Dictionnaire d'ascétisme (volume 3)Chapitre 152 sur 186 · XXV · texte numérisé non relu

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(i75) c Cumqne audîeril, > dit la règle, < \QCçm IuIkb ad colleclam vocanlis, slaliin ejn*edialnr cellulam suam, de scripluris atiquid nii^iians usque ac^ 08lium convenUeuli. > (Cf. lloLSTCFUua, Cedex reg^^ (amm. Régula S. Pachomii, r. m.)

(^76) Cassien, ImtUuliem monaUiqMei, chapitre 12. Ce Iravail élall si persévérant, qu*ils travail- Uîenl même à relise en allendanl le commeiice-; nienl de Totlice. — c Nec diosus in coUecla sedçbii, sed funiculos in naiiarum slramina manu ceIeH praeparabil; abaque infirmilaie dunlaxal corpiisculi. cui cessandî iribuiiur venia. > (Holstemics, Coiex reguiarum^ Régula S. Pachomii, r. v.^

(277) Un homme du monde ayanl vivement blâmé un iravail si rude, qu il accusail de cniai^té^ on d(t qu^uiie vision céleste Tavertii qii*il avait péché ei| ne çoihprenanl pas rhamilité el ia fpii des D)Çiaei« (Cr. Acta wfnçl^umf \\ Mai,)

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si le labourage lui paraissait ensuite une récréation véritable. Quand cela élait utile, non conlenl d'employer les frères, il labourait luF-mpéme pendant des journées entières, et il traita très-s(^vèreraent un prévôt religieux, fort exemplaire, nomme Marc, qui reg inJait comme indigne de lui d'aller couper des joncs. Deux autres religieux , ajant mérité une sévère correction, il leur fit compren«ire qu'ils n'obtiendraient leur pardon de Dieu qu'en joigi>ant le travail aux armes do (a pénitence {Acta ianctorum, ik- Mai).

F.es grands exemples de saint Pacôme produisirent les fruits qu'on en devait attendre. Les moines du Tabenne, animés par son exemple et par ses exhortations, donnèrent à leur siècle le spectacle des plus admirables vertus.

Ils ne travaillent qu*à se décharger du poids des choses du siècle, pour porter avec

i)lus de facilité le joug léger de Jésus-Christ. Is servaient Dieu de tout leur cœur, ayant devant les yeux l'exemple du saint qui les conduisait comme une lumière éclatante. Ils vivai(>ut dans la joie, dans la paix et dans une union entière les uns avec les autres. Ils n'avaient que la parole de Dieu dans le cœur et dans la bouche, ils ne se sentaient presque pas vivre sur la terre, mais jouissaient déjà de la joie et de la fête du ciel, f^arce qu'autant ils cherchaient Dieu de tout eur cœur, autant la charité de Dieu se plaisait à remplir leur âme de la douceur de ses consolations. C'est pourquoi, encore que la plupart ne fussent que des paysans ramassés des villages d'alentour, on les regardait néanmoins comme des personnes pleines de lumière et de sagesse : et on en prilquelquesuus pour les élever à l'épiscopal. (Tillemont, Mémoires j etc., vu, saint Pacôme, art. XI.)

Les disciples de saint Pacôme ne montrèrent pasmne moindre ardeur pour l'accoraf glissement de la sainte loi du travail, et, en isant ces curieux délails, on croirait avoir sous les yeux quelques chroniques de ces ardents Bénédictins qui ont défriché l'Europe inculte et ravagée par les Barbares (278). Quand le monastère de Moncose embrassa )a règle de saint Pacôme, il se trouvait dans cette maison un religieux célèbre par sa vertu et appelé Jean ou Jonas. Ce saint homme fut em\Aoyé pendant de longues années à cultiver le jardin; et les détails naïfs

(278) H.GuIzol est ctirieux, sur ce point, à cause du bizarre mélange de bévues et de vérités qu*oii remarque dans le passage que nuus allons citer, f Quelques-uns des moines d'Orieni avaient bien essayé d'introduire le travail dans leur vie {$ic). Mais la lenialive n'avait poiiil éié générale ni suivie. {Voir saint Epipliane, qui iiffîrme le coniraire.) Ce fut la grande révolution que lit saint Benoit, dans rinslilul monastique; il y introduisit surtout le travail mamuil, ragriculture. Les uioiues Bénédiclins ont élé les délriclieurs de Ttliirope; ils Tonl défricliée en {^raiid, eu associant ragriculture à la prédication. I lue colonie, un essaim de moines, peu nombreux d'abord, se transportaient dans les lieux incultes, ou à peu près; souvent au milieu d'une population encure païenne, en Germanie, par exemple, eu Breta-

transmîs par les historiens nous prouvent qu'il avait tout^'s les qualités et môme le touchant attachement qu*un bon jardinier doit avoir pour les arbres qu'il a si longtemps cultivés (279).

Ce bon religieux que soutint la congrégation de Tabenne par sa piété après la raortde saint Pacôme, manqua un jour à Tobéissanco, parce qu'il ne put se résoudre h couper un liguier que le saint abbé lui avait ordonné dVbnttre.Cen'eslpasIeseidtraildecegenrcqu'on puisse citer.Pallade rapportequesainl Amon, dont le nom est célèbre parmi les solitaires d*Orienl,s*occupaitcontinuellement dans son jardin h cultiver du baume, qui se cultive comme la vigne et a besoin d*un grand travail (Cf. Pallade, Histoire lausiaque^ chapitre ^). Puisque nous citons ce saint solittfire, nous croyons devoir reproduire le touchant tableau que Rufin nous a laissé de Tesprit cordialement sympathique et de la bienveillance charitable des moines de Saint- Amon. Aussitôt, dit-il, que nous approchâmes de Nitrie, et que ces saints surent que c*étaientdes frères étrangers, soudain, comme si c'eût été un essaim d'abeilles, ils sortirent tous de leurs cellules, et, avec une extrême gaieté, vinrent en courant au-dévant de nous, et la plupart d'eux nous apportèrent des pains et des peaux de bouc pleines d*eau. Ils nous menèreni ensuite à Téglise, en chantant des psaumes, et puis nous lavèrent les pieds, et les essuyèrent avec des litiges, comme pour nous soulager de la lassitude que le chemin nous avait causée; mais en effet, pour attirer dans nos âmes une force et une vigueur spirituelles par cet ôflice de charité

au'ils exerçaient envers nous. Que dirai-je avantage de leur civilité, de leur charité et du plaisir qu'ils prenaient à nous témoigner leur affection par toutes sortes de devoirs et de services?Chacuns'efforçait,comn»e à lenvi, de nous mener dans sa cellule; et ne se contentant pas de satisfaire à tous les devoirs de l'hospitalité, ils nous donnaient par leur exemple des instructions de l'humilité qu'ds pratiquaient si parfaitement, delà douceur d'esprit, et de ces autres biens de Tâme, qui s'apprennent parmi eux comme parmi les personnes qui ne se sont retirées du monde que pour cela, avec des grAces différentes, il est vrai, mais avec une doctrine toujours la môme et toujours semblable. Nous n'avons jamais vu en nul autre

gne, et de là, missionnaires et laboureurs à la fois, ils accomplissaient leur double tâche, souvent avec autant de péril que de fatigue. Voici comment saint Benoit règle l'emploi de la journée dans ses monastères ; vous verrez que le travail y tienl une grande place. > GtizoT, Histoire de la civilisation en France,

II, n)

(279) Cf. Acta sanctorum^ M Mat. — Ozanam a élé frappé de rinlelligcnto admiration des scilil:iires pour la nature. Il a remarqué avec quel soin on (on* servait dans les monastères les beaux arbres qui faisaient rornement du paysaj^e. Cet illustre historien a compris bien mieux que MM. Giiizot, Mirhcittt, etc., le véritable caractère et Pimportanee civilisatrice de la vie monastique. (Cf. Ozanam , La civilisation chrétienne cimz te» rmncs.)

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lieu uoe si arJcnle chariK^, nous iravons jamais tu la miséricoriie de Dieu s'exercer avec tant de ferveur et de zèle^ nous n'avons jamais vu une si parfaite et si admirable hospitalité, une si forte méditation, une si grande intelligence des divines Ecritures, ni de si continuelles occupations dans la science des saints, cela allant jusqu'à tel point qu'il n'y en a pas un d'eux qu'on ne prit pour un docteur ae la divine sagesse. (Kufin, Vies des PireSf livre ii, chapitre 21.)

Revenons aux disciples de saint Pacûme.

Parmi eux peut-on en citer un plus grand exemple que celui de saint Théojore?

Il a été la gloire de saint Pacôme et l'ornement de la congrégation de Tahenne (Til- LBMO!<T, Idémoires pour servir à l'Histoire ecclésiastique: Saint-Théodore, nhbé de Tabenne). Les Grecs lui donnent dans leur office le titre de sanctiri6.(/>emortoio^e, 16 Mai), comme son titre ordinaire. Il était né d'une famille riche et illustre de la haute Thébnido, , et il quitta toutes les jouissaiices de la vie pour embrasser la pauvreté de notre Sauveur bien-aimé. La splendeur même de sa ipaison contribua h lui faire mépriser toutes les grandeurs du monde, parce qu'il craignait qu'elle ne l'entraîn&t à oublier ses destinées éternelles. Dès l'Age de onze h douze ans, il avait un esprit si profondément chrétien, qu'il prenait Dieu à témoin avec la candide naïveté d'une belle âme, qu'il n'avait jamais rien préféré à son amour. Quand il entra au monaslèrede Tabenne, saint Pacômo déclara que cet enfant de treize à quatorze uns était f un vase d'élection rempli de l'Esprit divin. » Aussi i'aima-t-il comme soa fils et son plus cher disciple (280;.

Malgré ces dons éminents, nous Voyons saint Pacômc employer Théodore aux soins les plus vulgaires et au travail le plus pénible du mouastère. Lorsqu'il eut environ trenle ans, saint Pacômoj qui demeurait ordinairement à Pabau, le fit économe et supérieur de Tabenne, sans le dispenser d'aller visiter les autres maisons , jugeant qu'il avait, pour un si grand nombre de fonctions si diû'érentes, une aptitude incontestable. Toute son occupation était d'aimer Dieu, d'améliorer son esprit et son cœur, et de faire faire à ses inférieurs des progrès sensibles dans la vertu. Au milieu de ses occu-

(â80) Àcîa sanetorum , \ I Mai. Il faat lire aussi, dans la I te de saint Pacôme^ les détails pleins li^intércl des dëiiuls de saint Théodore dans la vie roonnsliqiie. ((«f. Demvs le Petit, Vie de saint Pacàms, cliap. 16.)

{iSi) Ce seul irait prouve que les couvents de TOrieiii n*éiaieni pas une réunion de yogis. — Sous le goiiveriiomenl de Théo>lore, il est question de Sylvain, chff des loiliers, Twv>(vtûf wv (Cf. Aeia sanctomm, 14 Mai.)

(^8:2) Si M. Gnizot avait étudie, même superGciel- IfMneni, la règle de saint Paoônie, il aurait pu se convaincre au*il existait dans les monastères quelque régularité, même avant saint Basile. Nous croyons ravoir prouvé surabondamment.

(285) Elle contient deux cent trois questions et au* t.-tiil de réponses. (Cf. IIoLSTCiNius, Cedex regularum^ àancti Basilil, Caisara: Cappadocije episcopi, Rcgula

pations sublimes, il professait une si grande vénération pour la loi du travail, qu'il çp-

f renaît luî-môine aux enfants du monnstèie faire des naltes (Acta- sanetorum, ih Mni). Après la mort de saint Pacôme. Orsise,'

3ui lui succéda, donna à Théodore rinlonancedesouvriersdePabau(28l),T6;vT(xrév6>v.

De là il fut envoyé h Pacnum. Macare, supérieur de ce monastère, Tavait dcmainJé pour diriger les travaux de la bonlangerie.

Orsise, dont nous venons de parler, ne se montra pas moins zélé pour la loi du travail que son illustre prédécesseur. Nous le voyons pendant son administration remplir infatigablement les devoirs de sa charge. 11 attendait le soir et la fin des travaux pour adresser ses instructions aux frères, li donna la charge de grand économe h Psar-

Î' )hin, ancien religieux, qu'aucun travail ne alignait, et oui s'acquittait de son emploi avec la gaieté que saint ^aul conseille à ceux qui pratiquent les œuvres de miséricorde. ( Acla sanetorum, ik Mai. )

^ Après saint Antoine et saint PacAme»

I*homme qui exerça la plus grande influence sur les monastères d'Orient, c'est saint Basile, que M. Desmichels appelle « Téloqueiil apôtre delà charité. »

a Dans la dernière moitié du iv* siècle, dit M. Guizot, la rè<;le de saint Basile viHt apporter dans le nouvel institut, quelque r^ fularité ( 282). Rédigée en forme de réponse des questions.de tout genre (283), elle devint bientôt la discipune générale des monastères d*Orienl, de tous ceux du moins qui prirent un peu d'ensemble et de Qxité C^k). Tel devait être le résultat de l'intluence du clergé séculier sur la vie monas- . tique, dont les plus illustres «évoques, saint Athanase, saint Basile, saint Grégoire de Nazianze et une foule d'autres se déclarèrent alors (285j les patrons. Ce patronage ne pouvait manquer d'y introduire plus d'ordre et de succès. »

« L'institut de saint Basile, dit fiélyot, se répandit bientôt dans. tout l'Orient, et quoi-

au'il y eût d'autres règles, néanmoins celte e saint Basile y a tellement prévalu sur les autres, qu'elle les a toutes obscurcies, n'y ayant que celle de ce saint qui soit re-. connue parmi les moines d'Orient. » (Hà-

ad monaclios.)

(284) Nous avouons très- volontiers que la règle de saint Basile introduisit dans la vie monastique des améliorations importances; mais nous ne croyons pas nécessaire à la gloire de ce grand esprit de lui auribuer ce qui n'est dû qu'aux efforts et à la sagesse de ses prédécesseurs

(285) Il ne faut pas perdre de vue que saint Antoine et saint Ailianase étaient conlemporaiits, que saint Antoine est né en 251 et saint Bsisilc en 529; que la discipline ascétiuue s*établit snus les yeux même des Apôtres, qu'elle fut fondée en Egypte, par saint Marr, évéque (TAlexandrie : c Jusqu a saint Benoit , dit M. Desmicliels, les associations religieuses s'étaient placées soos Vautoriié et la protection de l'évéquo diocésain, i (Desmichels, Histoire du moyen â§Sf 409.)

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LTOT, Biêtoirê de» ordre$ monaiiiqueif prc- Diidre partie, chapitre 18. )

Ce ne fut pas seulement en Orient*que la règle de saint Basile fut reçue: mais elle passa en Occl«lent aussitôt que Rufin Teut traduite en latin, et avant que saint Benoît eut publié la sienne» il y avait déjà des monastères de Tordre de saint Basile en Italie : quelques-uns ont même cru que saint Bt'nott s'y était soumis, puisque, par le dernier chapitre de sa règle, où il exnorle ses reirgieûx à l'observer, il leur recommande celle de saint Basile, qu'il appelle sou père, et dont il paraît qu'il a tiré la sien-^e, suivant le sentiment du cardinal de Turrerremata, lorsqu'il dit : Educta est régula B. Benedicii ianquam fluvius quidam ex fonte reiigionis, ex régula illa toti iœculo clariiiimaj omnium virtutum splendore ornatissimaB. Basiiii,

Or, si celte règle est identique avec celle de saint Benoit, ce qui n'est pas contesta* bie (286), comment justifier les accusations des nitionalistes contre les monastères d'Orient? En effet, la règle de saint Benoît n'est-elle pas un modèle d'intelligence, de modération et de piété? Les historiens contemporains les moins favorables à la vie monastique ne sont-ils pas forcés d'en con* >enir?

« La règle» dit M. Desmichels, à laquelle les Bénédictins furent astreints par leur fondateur, était simple et édifiante. Elle n'ordonna ni macérations ni abstinences trop rigoureuses. Au lieu d'exposer l'ima* gination de ses adeptes aux écarts du mysticisme contemplatif, saint Benoît leur près* crivit la prière, le travail des mains, l'étude et l'instruction de la jeunesse, sources de Vertus, de charité et de bonheur.

(286)ffCn effel,c*est par une illusion inconcevable que M. Giiizot fait honneur à saint Benoit de llinstiluiion «les vœux et du noviciat. Si saint Antoine, (lit un homme dont Tautorité est dans ces sortes de questions bien supérieure à celle de M. Guizot, a été je rêiitturateur de la vie cénobilique, et si saint Pacôme lui a donné une meilleure forme, c'est saint P:isiie qui lui a donné son entière perfection, en obligeant par des vœux formels ceux oui se sont engagés à ce g<>nre de vie. > (Héltot, Hiitoire de$ prarei monaitiquei^ première partie, chapitre 13; Vie de sainl Bnsile le Grand ^docteur de CEglise et patriarche de$ moinei d^Orienl,) — Quant au noviciat, on le trouve dans les congrégations de saint Pacôme et de saint Basile. (Cf. 1 itLEHONT, Mémoiret pour servir à Chisloire ecclisiaitique ^ vu; saint Pa- |!éme, article si. Des nortees; — et Guizot, ^f«otr« de la civiUêalioH en France^ II, édition de 1829.)

(287) Desmicreks, Htttoire générale du motfenàae^ 4I0*— Le même historien, quoique très^u favorable aux moines d'Orient, ne parait pas trop irrité contre la régie de saint Basile : c C'est dans la Thébaîde que vint s'édifier saint Basile, Pinstituteur de la discipline monastique dans l'Eglise grecque. Des riantes solitudes du Pont où s'était retiré cet élo-

3ueiit apétre de la charité, ses disciples se répanireiitdans l'Asie mineure, et dans toutes les contrées soumises à la juridiction du primat de Constaniinople. I>e nos jours encore, les monastères de I Orient, de la Grèce et de la (lussie rceonuaissen

« Il assujettit aussi ses adeptes aux trois vœux de pauvreté, de chasteté et (fobéissance. L'administration de chaque communauté et le soin de la discipline furent confiés à un abbé ou Père, élu dans le sein de la société par le libre suffrage des motnes (S87). a

Après avoir considéré la vie monastique en Orient dans les grandes institutions, si nous parcourons la vie des Pères du désert, nous y trouvons une infinité de détails eu* rieux qui prouvent Testime qu'ils faisaient du travail et l'importance qu'ils j attachaient,

Sylvain travaillait des mains et occupait ses disciples de la même manière. Un solitaire étranger, blâmant ces occupations et citant l'exemple de Marie assise aux pieds du maître, le laborieux abbé lobligea d'àvouer que Marie a besoin de Marthe et que Marthe contribue aux louanges qu'on donne à Marie (288).

Philorome, que Pallade appelle un nomme insigne, et que saint Basile honorait de son amitié (289), h cause de son activité au travail, tenait encore la plume à l'Age de qua*» tre^vingts ans (290),

Au rapport de Théodoret, on ne vit jamais Publius en repos, on ne le vit jamais perdre un seul instant, l'oraison et la [)sal« modie ne lui paraissaient pas une rajsoa suffisante pour le dispenser de la lecture el du travail des mains (291).

Aphtone, auquel le même Théodoret donne le nom de divin, devint évéque après avoir été longtemps abbé d'un monastère. 11 avait une telle estime pour le travail des mains, que, même après son élévation sur le siège épiscopal, il conserva toutes les

presque tous le patronage et la règle de saint Basile. Celte règle, telle qu'elle fut donnée aux moines prû mi tifs, reposait sur quatre articles fondamentaux, savoir : la solitude, le travail manuel, le jeûne et la prière. > (BESHiCBEts, Pisloire générale du moyen âge, 405.)

(288) c Plane et Mariae oecessaria est Martlia. Em, Marlha enim eliam Maria praedicaiur. > Cotelie», Monumenia EccUiiœ Grœeœ [grec-latin] I. 680.)

(289) 11 ne faut pas oublier que saint Basile, ce patriarche des mornes d'Orient, était le modèle de la plus grande activité intellectuelle.

(290) I Hujus virl inslçnis (PliUoroml) magnam curara gerebat beatus Basilius episcopus^ qui delectabatur ejus austerltate, constantia et in opère dilî* gentia, qui adhuc in bodiernum diem a cataïao et charta non rccessit cum sil natus annum octôgesi* mum. I (Pallade, Histoire lausiaque, chapitre 68.) C'est une histoire des solitaires qui doit son oom au préfet Lausus auquel elle est dédiée ; elle a été composée par un témoin oculaire, Pallade, évéque d'Hélénopolis, qui alla vivre dans la soUttide de Nitrie en kgypte.

(291) I Nemo Publium unquam vidit quiescen* lem vel minima parte dici, sed psalmodiani quidom oratio, orationem vero psalmodia, utrumque antem excipiebat divinorum eloquiorum leclio; deinde fle« bat aliquid ex operibus necessarlis. > TnEoiK)R£T, PhilQihée^ traduction latine, chapitre 5.)

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D'ASCETISME.:

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habitudes laborieuses de la vie monasti-

Sftint Basile remarque que Tabbé Enstathe et ses disciples donnaient k rEgyple« leur patrie, i*eiemple de la vie laborieuse (i93).

Géiase et ses moines, pour s'obliger à travailler sans cesse, ne se réservaient rien pour les besoins du lendemain. (Cf. Cotb- Lim, Mimumenia Ecchêia GrœcŒf 1, kVI.)

Saint Sabas s*était fait le serviteur de tous, il transportait Teau et le bois, il s*em-

Eloyait à toute espèce de travaux et ses istoriens remarquent que c'est ainsi qu'il sut se préserver de l'apparence même d'une faute (294).

Saint Cyriaque passait son temps è couper le bois, k Iransoorter l'eau, è préparer les aliments des frères. 11 joignait k la plus sévère pénitence le soin d une multitude d'affaires (295).

Jean Moschus rapporte que Marc travaillait le jour et la nuit , qu'il ne recevait d'aumône de personne « qu'au contraire, il distribuait aux pauvres tout ce qu'il gagnait lui-même (296).

Dans le monastère de Théognius, on ajoutait au chant des osaumes, Je travail des mains (297).

« Le bruit de la vertu de saint Théodore s*élant répandu fort loin, dit Théodoret» plusieurs , touchés du désir de demeurer avec lui et d'être sous sa conduite , vinrent de divers endroits le trouver, et les ayant reçus, il les instruisit dans cette sainte manière de vivre. Ainsi on voyait les uns qui Cuisaient des voiles, d'autres des vans à vanner; d'autres des corbeilles, et d'autres cultivaient la terre. Et parce quMl était proche de la mer, il fit aussi un petit bateau dont il se servait pour faire porter les ouvrages de ses' disciples , el rapporter ce gui leur était nécessaire; Car il se souvenait de ces paroles aux Thessaloniciens : « J'ai travaillé jour et nuit afin ;^de ne vous être i>oint à

(292) f Divinus Aphtonios , coin» plusqnam quadraginta annis cboro praefuisâet, sedem accepit poniiflcalem...» faciebat unam quodque homm, vel coniubernalium Intérim pannes coiisuens» vel lenlem expurgens, vel frumentum abluens , etc..» > (Tbéodorct, PAi/olA/e» cbapilrt 5.)

(295) c Yidens eos volupuriae vitae laboriosam pi^erre. > (Saint Basile, lettre 223, n« 3« dans ses }ÛEuvre$9 grec-latin, tome 111.)

(294) c Modo aquam ferens et ligna porlans, cnn* ciisinserviens^multoque tem|M)refactus bordonarîu» seo niulio, variisqne allis minlsteriis susceptis, eitra reprehensionem el lausom permansli. i (Cotelikr, Monumenla Eeclenœ ÙrœeWf lll« 230.)

(295)cSicloGœnobiodegebaiQoinacus ligna sciridens, aquam et allmentura parans fratribus, et eocl lungens oflScio.... viiam anacboretîcam in coniobio, tttam moltis iiegotiis per onnia ostendebat, ni qnid pane et aqaa solum, idque secundo quoque die aleretnr. > (Suaivs » Via de$ Saiart , 29 9ep* lembre.)

(296) f Operabatur Mareus die ae nocte, et distribueteit pauperibus omnia, neque, ab aliquo quidqnam accipieliai. > (Jean Moscbcs, Le pré apinlae/, chapitre 13.) Rosweide el Cotelier ont traduit cet ouvrage du grec en.latin, le premier dans ks Vies

charge. » Et de ces autres rapportées dans les Actes : « J*ai ga^é, par le travail de mes mains, de quoi satisfaire à mes besoins et aux besoins de ceux qui sont avec moi. » 11 exhortait ses disciples è joindre les Ira^ vaux du corps à ceux de l'osprit, « car, dU s^ait-il , ce serait une chose ridicule , si , quand ceux qui sont dans le monde , Ira* vaillent, avec tant de peine, non-seulement pour se nourrir avec leurs femmes et leurs enfants, mais aussi pour satisfaire aux im* positions et aux tributs , pour payer les dl« mes et pour assister les pauvres selon leur pouvoir, nous ne gagnions pas , nous , par notre travail , ce qui nous est nécessaire} surtout qu'il nous faut si peu pour vivre et

[>our nous vêtir ; comment oserions* nous , es bras croisés, jouir du travail des autres I» Par ces paroles et d'autres semblables , il les excitait à travailler et travaillait luimôme durant tout le temps qui lui restait, après avoir dit le saint olnce (Tiiéodoebt, riêdeiaint Théodore , abbé t irsûucWon Arnauld d'AndllIy. ch. it.) Il est évident que les moines d'Orient se conformèrent aux re* commandations de saint Antoine et de saint Pacôm; sur le travail. Nous les voyons pratiquer ces saintes règles de la vie laborieuse dans les déserts de Scété, de Nitrie, de Calame, de Porpbyron, d'Hermopolis ; elles sont acceptées par les monastères si« tués le long du Nil; et ceux qui sont établis dans les deux Thébaldes s'y conforment comme les autres. En effet i ces monastères de TÉgypte, si décriés par les écrivains rationalistes , ne reçoivent personne guf ne soit capable de travailler (298). Les abbés ne permettent à leurs moines aucun genre d'oisiveté, lis prennent cette précaution surtout pour les jeunes gens, et ils jugent du caractère des jeunes solitaires et de leurs progrès dans la vertu par leur affection pour le travail (299)« Les moines s'exef* cent k toutes sortes de métiers, mémo aul plus pénibles. {Exercent omnem ariem. ^RoS'-

dt$ Pèreif le secnnd dans les Uonumeniê de VEgHtê arecque, Aruanid d*Andilly en a donn^rfiii abr^é en français; mais il a supprimé rinipoptant cbapitre que nous citons ici«

(!t97) I Narravit nobis abbas Pauhis, dni ceniobii abbatis Tbeognosti.quia dixeril seuex quidam ; Cnill die qnadam sederem in cellula mea operarerque manlbus meis, texebam antem canistrum, psalmoa repetebam. etc.. i (Jean IIoscbcs, Le pré epitimei» chapitre IS9. Arnauid d*Andiliy a encore supprima ee chapitre dans sa traduction.

(298) c iCgypiiomm monaftieria bone leneiil morem , ut nuliim absqiie operis labore suscipiant. f (Saint JAkôve, LeUfet à Ruêlitms.J

(299) c Per ifigyptum PatMS nulle modo Oliose» esse monachos, at praecipue jovenes sinunt, actum cordis ac profutura paiieiitiae el humilltatis seduli* tati operis melientes. » (Cassish , InmUuiUme mo" naeUquee^ livre X, chapitre 92«) Cet ouvrage a été traduit en français par Nkoh» Fontaine. Il est de h plus grande imçorunce dans la question ; car son auteur est un des iiiiroducleors de la vie monastique en Occident, et il prouve mieux qu*aiieun autre que les habitudes laborieuses n^ont pas été introduiieo dans la vie monastique par ractivitéocckkiiUlei tomme on l'a dit tant de SmS'

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WCTIONNAmE

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WBIDB, Vie des Pires, Hv. vtii. ch. 39.]) On les Toii non-seuleinenl refuser tonte espèce d'aumône, mais travailler avec ardeur afin de nourrir les pauvres et les étrangers qu! viennent s'édifier chez euî (300).

Aussi l(»uisau4WÔ les deviennent tellement censidérables qu'ils peuvent envoyer des sommes immenses chez les nations étrangères. Us font partie des vaisseaux chargés de vivres pour secourir les pays désolés par la disette et la stérilité, et nourrir, dans les régions éloignées, les prisonniers et les infirmes (301).

<^'est en agissant ainsi, en conservant en eux Tesprit de charité et d'activité, que les moines do l'Egypte se préservaient des assauts des anges de ténèbres, car ils savaient que l'oisiveté expose à une infinité de tentations (302).

Il en était de même dans tout TOrient.

Avant son élévation à l'épiscopat, saint Grégoire de Nazianze s'était livré aux pieux exercices de la vie solitaire, et ce grand homme avait accepté avec courage tous les devoirs de cette existence laborieuse : « Ne reverrai-je jamais, écrivait-il à son illustre ami saint Basile (303), ne reverrai-je jamais ce temps si doux que nous passions à porter du bois, à tailler des pierres, à nianter des arbres, è conduire de l'eau par (les canaux, à remuer la terre? » (30&)

Avant de devenir évèque et docteur,' saint Epiphane avait, en pratiquant les devoirs de la vie monastique, surpassé tous ses frères

(500) f Non solum a nulle qiiisqnam ad usum vicius 6ui accîpere paliuntiir; sed ciiam «le laboribiis suis , supcrveiiieutes ac percgrinos reficiuiii Pa* très. I (Cassien, Imliiutions monnsiiques^ livre x, chapitre ii.) — i Nihil prursus liubenles, nisi corpus uinCuui et mauus, couantur cl coulenduni ul viclum nareiit egenlibus. i ( Sainl Jean Chrysos- TOMB, Homélie 8 iur sainl Matthieu ^ ii« 6, de rédition grecque-la line.)

{Z0\) c Per loca Libyae qux sterilitate ac famé laboraut , iiec non etiam per civitaics his qui squalore carcernm coulabescuiil, iinmaneni couferiinl alimouiiSe viclusque substanliam de fruciu uianuum suanim raiionabile ac vcruni sacriiiciuui Domino lali oblatione se offerre iradenies. > (Cassien, Institiiuiionê monasiiquei , livre x, chapitre 21.) — i Quidquid necessario victui reilumlal, uam rcJiiudui phirinunn ex operibus nianuuu), et epnlaruui reslrictionc, tanla cura egentibus distribuiiur, quania non ab ipsis,qui distribuant ^comparaluni est. Nullo modo nauique satngunt , ul b.'ec sibi abundent; sed oinni modo agunt, ut non apud se remaneai, quod abundaverii usquc adeo oneralas etiam naves in ca loca mitlanl, quae inopes incolnnt. > (Sainl Augustin , Des mœurs de r Eglise , chapitre 31.)

(50i) € Hxc est apud ^gyptum ab antiquis Patribus sancita senlcntia : operantem nionachum ddimonc uno pulsari ; oliohum vero innumeiis spirilibus devaslari. > (Cassien , InstUulions monastiques , livre X , chapitre z3.)

(503) Le prand évèque de Césarée écrivait luimême : I Scire vos volo nos laudi ducere quod viroruin (monachorum)cœlum habeamus,... opérantes manibus suis ul habeant unde impertiant indigent!-, bus. > (Saint Basile , lettre 270, grec-latin.)

(301)' c Quis dabil diurnas opcrum vices et lal)0reii? U<>is lignorum couiportationcs et Inpitlicinas ?.

par son activité (Le Ménologe des Grecs^ 12 Mai).

Saint Jean Chrjsoslome et saint Ephrem ont été moines (305), et qui s'avisera d'accuser de quiétisme ces hommes illustres, ces orateurs puissants, ces esprits si actifs et si intelligents? d'ailleurs nous n'en sommes pas réduits è de pures conjectures sur ce jtoint. £n effets saint iean Cnrysoslome recoiumandait le travail afin d'acquérir J*hu-^. milité par des occupations qui paraissaient viles et méprisables (306j, et saint Ephrem conseillait aux religieux de travailler pendant riiiver de Texisteuce aftn d'entrer un jour dans le port de la vie véritable (307).

Dorothée l'ait aussi valoir les avantages dii travail. «Il humilie le corps, et l'humiliatioii du corps produit celle de l'esprit ; parce qu'il est constant que nos cœurs prennent des dis[>o$itiousdiirérenles selon les étals et les diverses situations dans lesquelles nous iH)us trouvons. Par des actions viles cl des occupations humiliantes, tout désir et toute idée de la gloire ei de la grandeur se perdentels'évanouissent.Ceux quiauraient pu être distingués dans le monde par leurs qualités ou par l^urs richesses, se trouvent rabaissés, en se voyant égalés è des personnes, de basse condition, et perdent la mémoire de ce qu'ils ont été. El ceux qui étaient d'une naissance obscure et peu favorisés des biens de la fortune se remettent sans cesse devant les yeux leur premier état et en con-» servent Thumiliant souvenir (308).» Saint Isidore de Péluse affirme qu'un religieux/

Quis aroorum con3iliones et irrigationes? > (Saint Gaégoibe de Nazianze , lettre 13, grec-latin.)

(305) i In ardore juvenlulis.... ad vicinos montes adil Chrysostomus. Ilic, cum in Syrum quenidum incidisset, severissimx continentiae scnem, duriora vitac ejus instiluia imitatur annis quatuor, i (Pal- LADE , Dialogue sur la vie de saini Jean Chrysostome, chapitre 5.) c Ephraim Syrus, Nisibi natus in aliquo ejus territoiii loco, in monastica philosophia, ab incunte aetate, se exercuit > (Sozomène, Histoire ecclésiastique , livre ni, chapitre 16, grec-latin.)

(301}) i Ipsa opcra modcstiam cxnibere doccnt nec â lunt tuinere. Ideo Tacilis est hiimilitas. #

i Sainl Jean Chrysostoue, Homélie 62 sur saint \tattlneu , ffrcc-latin.)

. (307) c Laboribus te exerce, monache, in Même ac tempcslate ut in vitx porium ingressus exhila-, relis. I (Saint LniREM , delà Crainte de Dieu^ grec-' latin.)

(^iis) i Qnoniam compatitur simulque disponiluf anima inl'dix ab eis qua; patrantur in corpore : idcu dixil senior corporcum laborein animani in buinililaiem inducere. Aliter disposita est enitn anima bene habentis, aliter œgrolanlis, aliter faniescenlis, aliter salurati, aliter item disponilur anima.... sedenlis in ihrono, aliter sedeniis in terra, aliter optimis veslibus induti , aliter contritis ei marcidis : labor igiiur humiliai corpus, humiliaioqiie corpore, humiliaturpariter et annna. > (Dorothée,. Doctr. u. De humiiitate,) Dorothée sunioininé le Prophète, vivait en Palestine, vers Tan 560. On a de lui des Instructions pour les moines, traduites ea français par Tabbé de Uancc et des lettres en grec cl en latin. D*autres aitribueni ces ouvrages à D07 rotliée le Jeune, qui vivait en i 020 et dont Jean. Moro|His a écrit la vie.

MOI

DASCETISMC.

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qui ne veut pas travailler, « désobi^it h la doctrine de Jésus-Christ et refusQ de suivre les exemples de Paul (309). »

Saint Euthvrae. surnommé le Grand, enseigne que c est manquer à un de ses princip.iui devoirs que de no pas travailler dans la vie monastique (310).

Quoique saint Augustin et saint Jérôme soient au nombre des Pères latins , nous pouvons les citer en discutant la question qui nous occupe, parce qu'ils ont été l'un et l'aufre, comme on le sait, d'ardents défenseurs des moines de TOriont. D'ailleurs saint Augustin n*dppartenait-il pas h l'Eglise d'Afrique, et saint Jérôme nVl-il pas passé une grande partie de sa vie dans la solitude de Bethléem?

L'illustre évèque d'Hippone dit aux moines que le meilleur moyen de voir exaucer leurs prières, c*est d'accomplir la sainte loi du travail (311). Il n'exempte pas m^nie de cette loi les moines d'une santé délicate, et il veut qu'on leur donne des occupations proportionnées à leur force (312). Quant à ceux que leur état de maladie dispense de toute espèce d*occupation, ils doivent envier et estimer la condition de ceux qui sont plus heureux qu'eux (313). Saint Augustin luimême regrettait que les devoirs de l'épisco- Îiat l'empêchassent d'imiter Jésus-Christ et es apôtres qui ont si longtemps travaillé de leurs mains (314).

Le solitaire de Bethléem s'appuie aussi sur Fexemple des hommes apostoliques, afln de récommander aux moines un travail continuel.

« Travaillez, écrivait-il au moine Rusticus, occupez-vous è quelque ouvrage; les apôtres I qui pouvaient vivre de ] Ëvan-

(^9) I Nec Ghristo obedienles se praeb(»nl (qui inertes ac desides manus liabent) , nec Paul! vestigla s«<|uunlur.> (SaintlsiDOREi>Ep^LiisE,Lef/rei, livre i***, lettre 49, grec-latin.) — Disciple de Saint ChrysoS" tome. Saint Isidore vécut dans la i^olilude près de Pcluse, ei mourut en 440, avec une grande réputation de science et de vertu.

(310) (Cf. Vila sancli Euihymii.) — Cet illustre religieux joignît Pexemple à la doctrine,. il prêcha TEvangile aux Sarrasins, combattit les eut]^chéens et les nestoriens, convertit beaucoup de manirliécns cl devint Toracle de TEglise d'Orient. Malgré fanstériic de sa vie, il vécut jusqu*à Tàge de quatrevingt-seize ans.

(511) f Cilius exanditur una obedientis oraiio

3uam decem millia contemplons. Canlicn vero ivina cantare,eiîam manibus opérantes facili poss<mi, et Ipsum laborem lanquam divine celeiimale consolari.i (Saint Augustin, De opère monachorum^ cap. 17, n»20.)

(312)^1 Opéra a corporali functione liberiora. i (Augustin, '/>< opère monachorum, cap. i5, n** 35.) — Cette sage règle a été répétée dans plusieurs constiiutions. iCU Règle de $ainl Benoit ^ cb. 35, 37. — Rèqje ae iahu Fructueux ^ ch. 7. — Règle de ênint t'erréol^ch. 28.)

(313) c Qui non operantnr, saltem illos qui operauinr, sibi anteponendos esse non dubiteni. i (Saint Augustin, De opère monachorum^ cap. 70, n» 58.)

(31 i) € Dominum Jesiim... testeni invoco super anî* main mcam quauuiin attinet ad meum commodum, miiho ma'.lein per singulos dîes cerlis horis, quantum in bcue nioderatis monastcriis constitutum esi,

gile, travaillaient de leurs mains, el les vôtres seraient oisives I » (315) Dans la '' même lettre il loué les moines d'Egypte (316) de leur assiduilé au travail (317).

Mais pour bien juger la mission provi- • dentielle des moines d'Orient, il ne faut pas perdre de vue les immenses services qu'ils ont rendus à la cause du cliristianisme et ' de la civilisation en général. Ce point de vue, bien supérieur à celui de nos adversaires, n'a pas échappé à un écrivain distingué, qui â répandu sur cette question toutes ' les lumières de son esprit pénétrant.

« J'^nlends parfois (c'est sans cesse qu'il • faudrait dire) demander h quoi servaierlt ces pieux solitaires, les rigueurs de leur pénitence et les rudes combats qu'ils soutenaient nonlre le démon. Quel profil, dit-on, • le monde a-t-il tiré de la Thébaide? pour- " quoi s'aller enfermer dans le désert et pri^ ver je siècle de rédificalion de leurs vertus? ' Je.conçois et j'approuve les docteurs quicombattent les hérétiques, les évoques qui administrent les diocèses et qui insiruisent le peuple; mais les anachorëles, que font^' ils? à quoi sèrvent-ils? comment ont-ils travaillé à l'établissement du christianisme?' Ces rnoines, austères et. durs, véritables stoïciens du Chridtianisnçiè, ont été, comme les stoïciens, aussi inutiles au monde, et leurs vertus.se sont stérilisées dans le désert, au lieu de fleurir dans te siècle et de donner uue moisson utile aux hommes.

<c Tels sont les reproches qu'on fait à la Thébaïde. Essayons de les réfuter, essayons de justilier cette portion du christianisme et de montrer son efïicacilé. Selon moi, le" christianisme pour s'établir n'a pas eu m.>ins besoin des moines de la Thébaïde que des

al'quîd manibus opcrarî , et cxteras borna babere ad le^endtim ctoiaiidum, aut altquid de divinis lit-, tcris agenduin liboras, quam tumulluosissiinas perplexilates caiisaruni alienarum pati de negotiis sxciilaribiis.» (SanUÂCGUbTiN, De opère monachorutu, cap. 29, n* 37.) L'eutbousiubiiic pour la lui du iravail entraiQaii quelquefois beaucoup pins loin les Pères du dcserl eux-mêmes , puisque Tun d'eux appelait louiparc sseux un voleur. — c Quidam Patruiit . aiebat nioiincbnm , si non laborclpro fraiidatort; liabendum esse. > (Socrate , Uiuoire ecctétiastique ,« livre IV, chapitre 25.)

r (315) c Facito aliquid operisut le semper diabo^ lus iiiveiiiat occupatum. > (Saint Jéhô^e, Lettres à Huttkui.)

(516) Il est curieux de voir un bomme qui connaisçaii si bien les monastères de rOrieiit, citer comme modèle de Pactiviic ces soliialres de TEgypie qir*on présente tous tes jours comme les types d'une existence inutile et d'un quiéiisme extravagant. Quand donc cessera t-on d'éciire sur deà questions qu'on n'a pas étudiées, et de diffamer d'une manière si audacieuse les institutions les plus grandes et les plus respectables! '

(317) f iEgyptorum mooaslcria bunc morcm leneiit, ut niilluiu absque operis labore suscipianl, nec tain propter victus neccssitatem, quam propier animx saluiein. i (Saint Jérôme, Lettres à. liusiicus* — Ailleurs il dit : c Ânia scientiam Scriplurarum et cariiis vitia non aniabis; > C'est la pensée de saiiii Thomas : c Valet studium ad vitaiidam carnis lasci- . viam. »

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DiCiiv/^\iiAinc;

MOI

éTdqaes et des docteurs qui siégeaient dans les conciles. En effet, rintelligence et Taction, la parole et l'œuvre, voilà, dès son origine, les deux forces du christianisme; voilà à quels signes le monde put comprendre que c'était quelque chose d'entier et de completi quelque chose où il n*y avait point de lacune. Prenez Thistoire du chnstianisme : toujours il parle et il agit; toujours les deux forces se font éauilibre et se balancent; toujours à côté de rintelligence qui persuade par la parole, il j a l'action qui persuade par l'exeniple.

«C'est ici que vient se montrer Tutilitéde la Thébaïde et de ses pieuses austérités» Après les martyrs, anres la victoire que leur sang a donné à l'EgKset ce sont les solitaires de la haute^Ëgypte, ce sont les disciples de saint Antoine qui perpétuent l'action dans l'Eglise; ce sont eux qui immolent leurs biens et leur vie à la foi chrétienne, et qui entretiennent la tradition du dévouement et du sacrifice. Saint Athanase discute contre les ariens; mais, dans toutes les discusions, il y a la part du doute et du scepticisme. Une religion, qui n'aurait contre lesnérésies quels force de la discussion^ se« rait bientôt ruinée. 11 lui faut, de plus, des exemples et des actions; il faut qu'elle puisse dire : Voyez ce que je fais faire, voyez ces solitaires qui bravent les rigueurs du désert et de la pénitence, qui couchent sur le sable enflammé, qui vivent d'eau et de pain grossier. Ce sont là sans doute, pour le philosophe, de fort mauvais arguments.

Pour le peuple, ils sont excellents, et le peuple a raison, il sent au'il y a, dans la religion qui inspire ces dévouements, quelque chose de supérieur à la raison et qui vaut mieux qu'elle; il sent qu'il y a dans Taction quelque chose de plus fort que dans la parole. 11 n'est pas de raisonnement, si bon qu'il soit, auquel on ne puisse répondre par un raisonnement également bon (c'està-dire qui semblera également bon); mais que répondre aux austérités de saint Antoine ?— Qu'elles sont inutiles? —. Jamais le peuple ne juge les choses sur leur utilité, et c'est pour cela qu'il est bon juge de la grandeur et de la dignité; il juge toujours le motif. Dans les austérités de saint Antoine, il toit la foi ardente qui les lui inspire, et il code à l'ascendant de cette foi ; il eût langui aux raisonnements.

ir La foi et sa supériorité sur rintelligence, parce qu'elle agit, voilà ce qui fait le mérite des solitaires de la Thébaïde, voilà le service qu'ils rendent à l'Eglise. Ils sont par leurs œuvres les témoins de la foi chrétienne; les docteurs et les évoques, par leurs paroles, en sont les interprètes. Saint Antoine, dans le discours que j'ai déjà cité (318), démontre admirablement cette supériorité de la foi sur le raisonnement. 11 s adresse aux gentils, aux hommes du vieux monde romain, et il leur dit : « Vous n'avez plus

« aucune foi, puisque vousavez recours aux « arguments. Nous, ce n'est point des paroles « persuasives de la sagesse des Grecs dont « nous nous servons; c'est parlafoique nous « persuadons, la foi qui précède et qui sur- « passe toutes les paroles.» Et ailleurs t « Nous ne sommes que des ignorants qui c croyons en Dieu, dont lesœuvres nous révè- « lent la providence. Eh bien 1 notre foi « grossière est etiicace et puissante» car notfe « culte se répandu tandis (^ue« malgré tous vos « raisonnements sophistiques, vos idoles « tombentdetoutesparts» AVec tous vos arga-> « ments, toutes vos discussions» vous n^avea « pas converti un chrétien au paganisme, tam « uis qu'avec notre foi, nous diminuons sans « cesse le nombre de vos croyants. »

« Représentants de la foi chrétienne et da dévouement qu'elle inspire, c'étaient ces moines du désert que saint Athanase invo* quait dans les jours de périls, quand la religion était menacée par l'arianisme. La foi qui raisonne et qui discute avouait» pour ainsi dire, son impuissance et faisait uo ap* pel à la foi agissante. Alors quelques-utls des solitaires, saint Antoine à leur tètei quittant leurs grottes, leurs ruines» leurs austérités, venaient à Alexandrie exhorter le peuple à l'orthodoxie; et tout ce peuple» repu de paroles et de discussions, sans quau» cune peut-être l'eût décidé, accourait YOir et entendre ces hommes d'action, ces pénitents vieillis dans le désert, ces nouveaux mar* tyrs du christianisme. Voulez-vous connat-* tre l'ascendant de ces moines 7 11 fallait quand les juges ariens envoyés à Alexandrie^ voulaient faire le procès à quelque catholi^ que rebelle aux ordres de Tempereur, il fallait qu'ils défendissent aux ippines d'eiH trerdans la salle du tribunal, elsèuvent ils leur ordonnaient de quitter la VHIe. C'était surtout saint Antoine que le peuple écou« tait avec un respect mystérieux^ comme un homme que Dieu inspirait. < tout le monde voulait le voir; les gentils eux-mêmes et leurs prêtres venaient à la maison où il habitait, disant : Laisse-nous voir l'homme de Dieu. Plusieurs, parmi les gentils, voulaieol toucher ses vêtements,'croyant que ceia leur porterait bonheur. » Et ne croyes pas que cet empressement et cette foule troublassent le pieux solitaire, il avait le calme et cette assurance qu'ont les hommes d'action. Tran« quille et toujours égal à lui-même, le visage serein, sans mouvement de joie ou de tris-* tesse,il regardait la multitude et lui parlaité Venu à Alexandrie pour aider saint Athanase, il avairhàtC) aussitôt sa tflche accom^ Elie, de retourner au désert avec ses frères» es poissons meurent, disait il, quand on les tire à terre, et les moines s'énervent quand ils restent trop longtemps dans les villes, retournons à nos montagnes. El il y retournait pour reprendre ses austérités. Mais le monde ne lâche point ainsi sa proie. Le bruit des affaires et du siècle venait jus<*

(518) Ce dlscoare est celui que j*ai cité prëcë- spirituel professeur fait allusiou est contenu daai Ueiuoient, éjL moins en partie. Le passage auquel le la seconde moitié du discours*

D*ASGET1SME.

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qu'à lui; \es empereurs, qui savaient la puissance de cet anachorète, lui écrivaient de leur main. Alors, malgré leur renonce- 0)ent aa monde , les moines du désert se troublaient et s'enorgueillissaient; c'était un événement l Vous vous étonnez qu'une IteUre de Tempereur nous arrive, ce n'est jqu'un homme! Etonnez-vous plutôt de Dieu •qui a écrit la loi que nous devons suivre, et ^ui nous l'a envoyée par son Fils unique.

« Cet ascendant de l'action dans un siècle livré à la dispute est tout naturel. Voyez aujourd'hui, quand un homme a, non pas dit, mais fait quelque chose de grand, gagné une bataille, exécuté un voyage périlleux, affronté quelques dangers extraordinaires, voyez comme l'admiration et la vogue populaire s'attachent h lui, comme on veut le voir, comme on fait foule à sa demeure I tant est grand le pouvoir de l'action I tant elle ^subjugue les esprits 1 Le siècle, en cela, se fait justice -.siècle de paroles et de théories, l'action est pour lui quelque chose d'étrange ot de nouveau qui Tétonne, qui le saisit, :qui le fait courir pour voir l'homme merveilleux qui agit, et qui fait suivre sa volonté d'une effet.

« Si donc nous voulons comprendre le mérite et Tulilité de la Thébaide,-.. tenonsnous en à cette idée : dans un siècle de doute et d'examen, les solitaires de la Thébaïde ont, par leurs œuvres, témoigné de la force inébranlable de la foi chrétienne. De •cette manière ils ont aidé à sauver l'Ëglisa •et ont mérité d'en être aussi appelés les Itères (319). »

Un autre professeur de laSorbonne ajoute à ces conai^rations vraiment dignes d'un savant et dii|^ penseur, quelques paroles éloqueuteMM^ous allons citer comme la meuIeure^Hclusion possible de cette longue discussion.

« Dès le ui* siècle, et quand le premiier effort des grandes invasions menaçait les provinces septentrionales, on avait vu à l'autre extrémité de l'empire, dans les solitudes de l'Egypte et de la Palestine, le christianisme rassembler ces armées de cénobites destinées à former la réserve de la civilisation.

o( Les flmes généreuses s'échappaient des ruines de ce monde romain, qui périssait par l'égoïsme; elles se réfugiaient au désert et il ne faut pas les accuser d'avoir abandonné la société en péril, elles emportaient avec elles la société même ; ou du moins l'esprit de sacrifice qui la fonde et la soutient. Les milices monastiques, successivement ralliées par les règles de saint Pacôme, de saint Antoine et de saint Basile, se trouvèrent en mesure de passer en Occident au moment où l'invasion en forçait les frontières, de reprendre pied à pied le terrain conquis par la barbarie, et de pousser peu à

(519) Saint-Marc Girardim, essais de lUiéraiure et de morale f 11, La Thébaide. — Le jtigenienl du célèbre proresseur de la Sorbonne forme un celatant conlrasie avec les upprccîaiions superficielles oc

DiGTioNN. d'Ascétisme 1

peu leurs lignes victorieuses jusqu'aux derniers rivages du Nord. » (Ozanam, La civi^ lisation chrétienne^ chap. 3, Les Francs.) (3SH)).

Mais c'est assez parler de l'origine de U vie monastique, c'est assez lajtiltificr des plus injustes attaques, suivons son rapide développpement :

Vers le milieu du iv' siècle, on comptait dans les déserts de l'Egypte 76,000 religieux, et 20,000 religieuses. Les lieux qu'ils avaint choisis pour leur demeure furent bientôt changés eu des champs fertiles, en de vastes ateliers. En Syrie, sur les bords de TEiiphrate, saint Alexandre réunit des Grecs, des Latins, des Syriens, des Egyptiens.

Divisés par chœur, il chantaient nuit et jour les louanges de Dieu. Sâiàt Athanase, ayant fait connaître à Rome, Pesprit et le régime de la vie monastique, l'Occident eut bientôt de nombreux monastères. Eusèbe de Yerceil forma une communauté oi^ les religieux alliaient les austérités de leur état avec les travaux du sacerdoce. C'est au zèle de saint Martin de Tours que la célèbre abbdye de Marmoiitier doit sa naissance. Maxime, son disciple, les deux frères Romain et Lupicien se retirèrent sur les montagnes ua Lyonnais et du Dauphiné. La Provence devint l'émule de l'Egj^pte. Lérins fut l'école des savants et la pépinière dés évégué^. Dès le IV' siècle, nous trouvons aussi à Toulouse des traces de la vie religieuse. On remar-

3uait à cette époque dans cette ville, Alexaare qui avait renoncé aux honneurs et aux plaisirs pour se livrer entièrement à l'étude des livres saints et à la pratique dés vertus chréliennes. Minervius, son frère, ou du moins son parent, le suivit dans sa retraite. Exupère, évoque de la môme ville, chargea, vers l'an 403, Sistinnius, moine de son diocèse, de porter à saint Jérôme les écrits de vigilance, ainsi que des lettres de charité, pour les solitaires de la Palestine et de l'Egypte. Nous apprenons par le concile de Saragosse, tenu en 380, qu'il y avait des religieux en Espagne ; il y en avait aussi à Milan, aussi bien que des religieuses, sous répiscopat de saint Ambroise, qui vivait dans le même temps. Saint Augustin, évoque d'Hippone, engagea le clergé de son diocèse h mener la vie commune. Deux siècles s'é* taient à peine écoulés depuis l'apparitiOD des premiers solitaires, que déjà la vie monastique, cette vie obsciira, laborieuse et pénitente s'était répandue dans l'empire romain, et même au delà. Les princes convertis au christianisme protégeaient les religieux doni ils admiraient et louaient la piété et la charité. Ils fondaient eux-mêmes des monastères, les rapprochaient des villes et permettaient aux év^ôques de les y appeler. Constantin honora saint Antoine; il lui écrivil plusieurs fois en le traitant de Père, et er lui demandant comme une faveur quelques

pnriîales que M. Guizol faisait des mômes faits 60 iSi9, dans m\c des chaires de la même faculté. (5i0) Chassay, Essai sur le Mysticisme catholiffu^

MOI

mCITONNÂlRE

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mots de réponse k sa tendresse filiale. Théodose un moment trompé, porta d'abord contre eux une ordonnance sévère, mais il no tarda pas à la révoquer. Si d'autres empereurs Tes persécutèrent, c'est qu'au lieu de veiller à la défense de l'empire attaqué de toutes parts par les Barbares, ces princes passaient leur vie dans des discussions théologiques et s'efforçaient de propager nar des châtiments et des récompenses lés hérésies dont ils étaient les auteurs ou les fauteurs. Ils faisaient subir des supplices rigoureux aux moines qu'ils n'avaient pu égarer et dont ils n'avaient pu changer la science et les vertus en instruments de leurs folies. Le fondateur de la monarchie française, Clovis, exempta de toute contribution plusieurs monastères, pour ne pas diminuer Jes ressources que les pauvres trouvaient dans le travail des religieux. Ses successeurs protégèrent aussi ces asiles de la piété et de la charité, ils enî dotèrent et fondèrent plusieurs.

Dans le vi' siècle parurent saint Benoît et saint Colomban^ deux célèbres législateurs de la vie religieuse. Jusqu'à ces grands hommes, les religieux s'attachaient indistinctement aux règles de saint Pacôme, de saint Basile, de saint Macaire, de saint Augustin ; les maisons religieuses à l'exception d'un très-petit nombre, fondées par le même abbé, n'avaient aucune relation entre elles. Les règles de saint Benoît fixèrent les devoirs des supérieurs et des inférieurs, elles déter* minèrent l'emploi de chaque moment de la journée etc., pourvurent a tout ce qui constitue un gouvernement sage. Cette règle fut établie dans tous les nouveaux monastères et adoptée, en général, par les anciens. Au VII* siècle, saint Augustin l'apporta en Angleterre. Les princes qui gouvernaient alors ce pays, convertis successivement à la foi chrétienne par Içs missionnaires apostoliques, furent de zélés protecteurs de la vio monastique, qui s'établit aussi chez les Frisons, par les soins des missionnaires anglais, qui pour la plupart étaient moines. Elle prenaitégalementunnouvel essor en France, grâce au zèle et aux soins de saint Eloi, de saint Ouen et de sainte Bathilde. En Espagne, saint Isidore et saint Fructueux donnaient aux monastères des règlements pleins de sagesse. Cependant, les irruptions des Lombards et des Sarl'asins, ainsi que la violence des seigneurs qui usurpaient les biens des monastères et s en rendaient abbés, affaiblirent la vie religieuse ; mais elle reprit une nouvelle ferveur sous les règnes d'Alfred et de Louis le Débonnaire. Le premier de ces princes rechercha de tous côtés les religieux qui se faisaient remarquer par leur science et leurs vertus : il gardait les uns auprès de lui et plaçait les autres à la tête d'anciens ou de nouveaux couvents. A la persuasion d'un de ces religieux appelé Néat, ri fonda l'Université d'Oxford .: c'est ainsi qu'il releva les études dans son royaume. En France, sous Louis le Débonnaire, saint Benoît d'Aniane, vivement pénétré de l'es-

f^rit de l'Evangile, et revêtu deTautorilé que ui avait donnée le concile d'Aix-la-Chapelle en 817, rerail en vigueur la règle de saint Benoît. Mais les guerres civiles et les ravages des Normands firent reparaître les abus que saint Benoît d'Aniane avait voulu détruire pour jamais. En ^0, Guillaume, comte de Toulouse et duc d'Aanitaine, fonda le monastère do Cluny et le soumit au Pape,

{)our empêcher les usurpations des seigneurs aïques. Les premiers aobés, non moins distingués par leurs vertus que par leur science, y firent fleurir l'exacte observance de la rè-

(;le de Saint Benoît, l'étude de la religion et a charité envers les pauvres. Les évêqaes comblèrent de biens les religieux de Cluny, leur aflllièrent de nouveaux monastères, les proposèrent pour modèles à ceux qui eustaient déjà, pour y renouveler Tespril primitif . Dans plusieurs Eglises, on substitua les religieux de Cluny aux chanoines.

La réforme de Cluny s'étendit dans tonte la France, en Italie, en Allemagne. Dans le même temps, saint Dunstan régénérait les maisons religieuses en Angleterre. Saint Bomuald et saint Nil de Calabre rBtraçaieot par leurs austérités la vie des premiers moines d'Egypte. En Orient, la première ferveur s'était longtemps maintenue» malgré les guerres des Perses et la lureur des hérétiques. Les persécutions des empereurs hérétiques avaient fini pourtant par y étoulfer l'esprit de l'état religieux. On y remarquait néanmoins encore, au temps dont nous parlons en ce moment, saint Nicon, sUrnomiâé le Métamoïte, saint Paul de Latre et saint Luc le Jeune. La réforme de Ëlunv se soutenait encore avec splendeur^ la nn du xi* siècle; Ulric, qui écrivait aloiiijtç coutumes de cette congrégation , en àlypte'ant. Dans cet intervalle, de nouveaux drores s'établirent pour le bien de Thumanilé et la restauration des mœurs. Saint Jean Gualbert forma la congrégation de Vallombreuse; il fut le premier des fondateurs qui admit des laïques parmi ses disciples; il les chargea des travaux du dehors. L'épidémie appelée FeU'Sacré ôyiSaint-Antoinef donna naissance aux Antonins. Etienne de Muret établit l'ordre de Grammont, saint Bruno, celui des Chartreux. Ce dernier présente un exemple unique dans l'histoire. Depuis près de huit cents ans les Chartreux conservent l'esprit de leur Père et observent le genre de vie qu'il leur a tracée; la solitude, ie travail, le silence [)erpétuel, la prière. La sainteté est héréditaire parmi eux. En lii^lS, Eudes 1" jeta les fondements de Cîteaux. Son premier abbé, Robert de Molenne y établit la règle de Saint Benoît. On sait que saint Bernard fut l'ornement de cette maison. La vertu des Cisterciens était si généralement esli* méc qu'en moins de cent ans il y eut deux mille monastères de leur ordre. Guillaume le Conquérant établit un grand nombre de monastères en Angleterre, et, sur son lit de mort, il se consolait par le souvenir de la

f)rotection qu'il leur avait accordée et par 'espérance qu'iU continueraient après lui

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