‹ Dictionnaire d'ascétisme (volume 3)Chapitre 156 sur 186 · MOB · texte numérisé non relu

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desquelles on meurt h une vie mauvaise

g dur entrer dans la voie de la perfection, ar c'est là la fin de la mortification; souffrir dans une autre intention n'est nullelement méritoire, et souvent même c'est un péché.

La mortification est une vertu qui se rapporte à la tempérance prise dans son acception générale, en tant qu'elle réprime toutes nos passions; et en effet elle nous arrache aux appétits désordonnés. C'est une vertu^ et parce qu'elle participe aussi à la nature de la force, en ce qu'elle combat contre les craintes désordonnées, et parce que cette force s'exerce autant par l'acceptation passive que par l'énergie active, c'est-à-dire, autant par le choix volontaire des peines et de tout ce qui peut contrarier nos appétits, que par leur acceptation volontaire, dans le but de délivrer notre âme de ses souillures et de lui rendre toute sa pureté. C'est pourquoi les ascètes distinguent deux voies de purification: la voie active qui concerne plus spécialement les commençants, et la voie passive qui concerne ceux qui se rapprochent le plus de l'union parfaite. Chacune de ces voies se subdivise en intérieure qui réprime les sens et les puissances internes, et en extérieure, qui réprime les sens externes, selon cette parole de l'Apôtre: Bien que dans nous Vhomme extérieur se dé^ truise, néanmoins Vhomme intérieur serenoih velle de jour en jour. (II Cor. iv, 16.] D'après cette notion l'homme se divise en intérieur et extérieur, et la mortification combat sans cesse contre l'homme intérieur au profit de l*homme extérieur : La chair a des désirs contraires à ceux de l'esprit. [Gai. v, 17.^ Je me plais dans la toi de Dieu, selon Vhomme intérieur; mais je sens dans les membres de mon corps une autre loi, qui combat contre la loi de mon esprit. (Rom. vu, â2, 23.)

La mortification, a un certain degré, est utile et même nécessaire à la vie non-seulem«Dt parfaite, mais même chrétienne. On le prouve :

1" Par l'Ecriture sainte, où Jésus-Christ adresse ces paroles, non à ses disciples, mais à tous les hommes, comme Ui montre saint Luc (ix, 23) : Si quelqu'un veut marcher à ma suite, qu'il fasse abnégation de lui-même. (Malth. XVI, 24). Et, puisqu'on ne pcutobtenir le salut sans marcher a la suite de Jésus- Christ, l'abnégation, c'est-à-dire la mortification est donc nécessaire.

2" Par les saints Pères. Citons, entre autres, saint Jean-Chrysostome: « Jésus-Christ ne nous a pas dit seulement: Ne vous épargnez pas; il a dit d'une manière plus claire et plus significative: faites abnégation de

vous-mêmes Il n'a pas dit: affrontez les

combats, souffrez, comme si c'était un autre qui endurât les souffrances: faites négation dey ouS'Xnèmes: il s'est exprimé avec plus de force: faites abnégation de vousmême8: car abnégation a plus d'énergie que négation. » (Honi. 56.) saint Basile prétend que tous les hommes sont obligés par un précepte, de renoncer è tous leurs biens et

à eux-mêmes, à toutes les affections oe \u chair et du monde, et à la vie elle-noême, en tant qu'ils font obstacle à la perfection de l'Evangile, du salut et au zèle de la piété.» [Reg. fusior. , interr. 8.)

3'Le saint Concile de Trente reconnaît et déclare (sess. v, can. 5) « que les baptisés renferment encore en eux-mêmes un foyer de concupiscence, contre laquelle ils doivent lutter sans cesse, qui est pour eux une source de faveurs, s'ils résistent courageusement par la grâce de Jésus-Christ; car on ne sera couronné qu après avoir généreusèment combattu. » Si nous voulons donc être un jour couronnés, en vertu de la grâce qui nous a été conférée par le baptême, il nous faut toute notre vie combattre courageusement co foyer de concupiscence, lutter contre notre ennemi intérieur, ne jamais lui céder, ne pas déposer les armes en sa présence, mais le repousser avec courage: voilà l'abnégation et la mortification prescrite par Jésus-Christ, et que saint Paul propose sous le nom de circoncision. (Col. ii, 11.)

k*' La nécessité de la mortification se démontre encore par l'obligation où nous sommes de satisfaire à Dieu pour nos péchés personnels. Cette satisfaction, selon le même concile de Trente (sess. vi, c. 8) « a non-seulement pour objet de nous soutenir dans notre vie nouvelle et de guérir notre infirmité, mais encore de nous faire expier nos péchés passés. » Sans elle nous ne pourrons vaincre cet homme intérieur ou extérieur, toujours en lutte avec rhomma supérieur ou intérieur.

5*" Cette nécessité se prouve encore par les vices, les passions, les inclinations dérégléesylestentationsintérieuresetextérieuresv contre lesquels nous avons sans cesse à combattre tant dans le corps que dans KAme, et que nous ne pouvons vaincre sans la mortification. Elle est encore nécessaire

[)Our la pratique des bonnes œuvres et *acauisition des vertus. « C'est uq^j^aive. dit rabbé Pynuphe, dansCassien ^Çppt-xx, e. 8), qui verse utilement ce sangiMppiii>/o, par lequel est animée la matière ou péché, qui tranche et coupe tout ce qu'il y a de charnel dans nos membres, qui nous mortifie à nos vices, et nous fait vivre pour Dieu et nous enrichit de vertus spirituelles,

Nous avons dit que la mortification est nécessaire à tous à un certain degré : bien que ce degré ne puisse se déterminer en particulier d'une manière absolue, cependant il consiste en général dans la disposition à observer par-dessus tout le grand principe de l'amour de Dieu, ainsi que les autrjes commandements, soit par des actes à Toccasiondonnés,soit par une préparation babi* tuelle de l'esprit. El, comme rien n'est plus contraire à l'observation de ces préceptes, que la concupiscence, les vices, les passions et les tentations, la mortification qui le5 réprime et les empêche de nuire à l observation due à la loi de Dieu, est par coiv séquent nécessaire à tous les bomoies

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d^asceusme.

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Il faut s'appliquer d^autant plus à une pratique assidue, diligente et exacte de la mor~ (i^ca/ton, audelàdes bornes de l'obligation^ que nous voulons ôlre plus certains de vivre en Chrétien , de faire sans cesse de nouveaux progrès et de tendre à la perfection. Outre les preuves que nous en avons données précédemment, nous le démontrons encore : !• par l'Ecriture sainte : Si quelqtf un veut marcher à ma suite, qu'il fasse abnégation de lui-même^ qu'il porte sa croix chaque jour et quHl me suive. [Luc* ix, 23,) Portant toujours en notre corps la mort de Jésus. (// Cor. iv, 10.) Remarquons ces expressions : chaque jour, toujours, qui nous montrent que la mortification doit être assidue.

2^ Par les saints Pères. « Ne pensons pas qu'il suffise de porter sa croix une fois seulement ; il faut la porter toujours, comme il nous faut toujours aimer Jésus-Christ, n (Saint JÉRÔME, in c. x Matth.) « De toutes Tes luttes que les Chrétiens ont à soutenir, les seules pénibles sont celles de la chasteté; car le combat y est continuel et la victoire bien rare. » (l^int Augustin, Serm. 20 De Temp., c. 2.)

S*" Il faut fuir la tiédeur, et tous les hommes sont tenus d'aspirer à la jperfection chrétienne : or, on ne peut sans la mortification obtenir aucun de ces résultats. Vous n'avancerez dit Vlmitation, qu'autant que vous vous ferez violence à vous-mêmes. Donc la mortification est nécessaire.

k"" La prière, soit vocale soit mentale, est un moyen nécessaire à la perfection, et par conséquent aussi la mortification continuelle. Sans elle, en effet, la prière ne peut ,élre attentive, dévote et fructueuse, puisque ces qualités de la prière ne s'obtiennent que par la mortification. L'Ecriture sainte recommande à la fois la prière et le jeûne. (Tob. XII, 8; Matth. xvii, 20.) « Le jeûne, dit saint Bernard fSerm. h Quadrag.), donne de la dévotion et ae la confiance à la prière. La prière obtient la vertu du jeûne, et le jeûne procure l'efficacité de la prière. » Le inème saint divise la mortification plus par* £iite (Serm. T Quadrag.) en mortification du voyageur, selon ces paroles de saint Pierre : Je vous exhorte à vous abstenir, comme étrangers et voyageurs, des désirs har* fiels qui combattent contre fàme (/ Petr, ii, 11); mortification dumort, selon ces paroles: Tous êtes morts et votre vie est cachée en Dieu avec Jésus 'Christ (Col. m, 3); et mortification du crucifie. Mais pour moi, à Dieu ne plaise que je me glorifie en autre chose qu'en la croix ae Notre-Seigneur Jésus-Christ, par qui le monde est crucifié pour moi, comme je suis crucifié pour le monde. {Gai, vi, 14-. ) a Le voyageur, ajoute le môme saint , s'il est prudent et n oublie pas son chemin, passe, quoique avec bien de la peine, et ne se laisse pas arrêter par les choses du siècle. Le mort méprise également les douceurs et les adversités de ce monde. Mais celui qui a été ravi jusqu'au troisième ciel) a pour croix tout ce qui se ratt(icbeau

monde, et s*altache à tout ce qui parait être une croix pour le monde. » it appelle aussi celte mortification une sorte de martyre « inspirant moins d*horreur que celui qui trancne nos membres avec le fer^ mais ane la durée rend moins supportable. » (Serm.30| in Cant)

Il nous faut pratiquer la mortification de bien des manières, si nous voulons tendre sérieusement à la perfection. Nous devons, en effet, nous mortifier avec soin, l"" pour éviter le péché mortel : Si vous vivez selon la chair, vous mourrez ; mais si vous mortifiez par l'esprit les œuvres de la chair, vous vivrez ( Rom. viii , 13); 2" pour éviter les péchés véniels, afin de prévenir plus sûrement les péchés mortels. C'est ainsi que l'ancienne loi interdisait aux Nazaréens tout ce qui pouvait enivrer, jusqu'à un pépin de raisin. [Num. vi, h.) — 3* Poumons abstenir môme des choses premières, par l'amour de Dieu, comme fit David (// Re;. xxiii, 16), quand, malgré une soir ardente, il refusa de boire 1 eau c|u'on lui apportait , mais en fit une libation au Seigneur. — i"" Enfin , nous devons nous mortifier, tantôt nous livrant spontanément à des macérations volontaires, aux jeûnes, aux ciliées, etc., tantôt en acceptant de bon cœur les adversités, de quelque part qu'elles nous arrivent, comme les chagrins, les tentalions, etc., pour la raison que Jésus-Christ dit à saint Pierre : Quand vous étiez jeune, vous vous ceigniez vous-même et vous mar^ chiez où vous vouliez; lorsaue vous serez devenu vieux, vous étendrez tes mains, et un autre vous ceindra et vous conduira où vous ne voulez pas. {Joan. xxi, 18.)

On ne peut donc, dans aucune condition, acquérir la perfection chrétienne, sans une mortification assidue. L'Apôtre la recommande aux gens du siècle et aux personnes mariées : Que ceux qui ont des femmes soient comme s'ils n'en avaient pas; aue ceux qui pleurent soient comme s'ils ne pleuraient pas, et ceux qui se réjouissent, comme s'ils ne se réjouissaient pas; et que ceux qui font usage de ce monde soient comme s'ils n'en usaient pas. {1 Cor. vil, 29.) C'est en cela que consistent et le renoncement que tous ont promis dans le baptême, et l'abnégation ou la

' mortification, qui retranche toute superfluité, et qui fait supporter les adversités avec courage. La mortification est encore beaucoup plus nécessaire chez les religieux; ils se se sont retirés du monde', mais non d'une manière suffisante , s'ils n'ont pas fait une complète abnégation d'eux-mêmes, selon ces paroles : Celui qui ne renonce pas à tout ce qu'il possède, ne peut être mon disciple. {Luc.

'XIV, 33.) C'est de l'oubli de cette considération que provient l'erreur de ces religieux, 3ui, après avoir abandonné dans le monde es richesses immenses, se passionnent dans

" le cloître pour des obiets de rien. De même aussi dans tous les degrés de la vie chrétienne, c'est-à-dire les commençants, les

' progressants et les parfaits, ont besoin de la

' mortification, soif pour se purifier de leurs

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