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discussion ^et sans oxamen, parce qu'en effet il ne faut qu'obéir simplement h ce qu'on Duus commande, sans nous ingérer d'en rechercher et d'enexamjner les raisons. Suint Jean Climaque dit de même que l'obéissance est un mouvenient de la volonté sans aucune discussion el sans aucun oxamen, une mort volontaire, une vieexempte de toutes sortes de curiosilést et un dépouillomenl entier de son propre discernement. Et saint Basile, sur ces paroles do Jésus-Christ adressées à saint Pierre et à tous les supérieurs ecclésiastiques en sa personne*. Pait$ez, me$ brebii, dit que de même que les brebis se laissant conduire par leur pasteur et le suivent partout ofl il veut les mener , de même un religieux doit se laisser conduire nar son supérieur, et s'attacher simplement a obéir, sans raisonner sur ce qu'on lui commande. Saint Bernard, parlant de cette Rorte d'obéissance, dit que la parfaite obéissance, surtout dans ceux qui commencent encore, -doit être sans discernement, c'est-b-dire, .^oute-t-il , qu'il ne faut pas examiner ce qu'on TOUS commande, ni pourquoi on vous le commande, mais vous attacher seulement à exécuter avec tîd élite et avec soumission ce qu'on vous commande. ■ La vraie obéissance, dit saint Grégoire, n'examine point les commandements des supérieurs, ni l'intention qu'ils ont eue en les faisant; parce que celm qui a une fois abandonné tuuio ta conduite de sa vie entre les mains d'un supérieur, n'a point de plus grande joie que de Elire ce qu'on lui commande, u On ne sait ce que c'est que d'interposer son jugement, quand on sait parfaitemËid obéir, E farce qu'alors on ne connaît point d'autre ien que celui de .l'obéissance, il en coûta cher s nos premiers pères d'avoir voulu raisonner sur la défense que Dieu lear avait faite: ce fut le commencement de leur perte et (le la nôtre, et cefut par là que le démon les fit lember dans le précipice. Pourquoi, leur dit-il, Dieu ne vous a-I-il pas permis de manger de tous les fruits du jardin T C'est, répond Eve, de peur que peut-être nous ne mourrions. Dieu leur avait dit formellement, en parlant de l'arbre de la science du bien et du mal : Au même jo'jr que vous en mangerez, vous mourrez; cependant Eve commence par douter de l'effet de cette menace ; elle s'imagine que Dieu ne l'a peut~ élre faite que pour les intimider, et voilà une grande disposition pour se laisser tromper. Aussi le démon ne manque-t-il pas d'en profiter. Vous ne mourrez nullemest , leur dit-il, mais vous serex comme des dieux sachant le bien et le mal. Il veut leur persuader par lii que Dieu ne leur a défendu d'en manger que de peur qu'ils devinssent aussi savants que lui; el Eve se Isissantemporterà l'envie de s'élever au-dessus de sa condition, crut aux paroles du serpent, mangea du fruit défendu et en fit manger t Adam. Ainsi le roisonnemenl d'Adam et £«e les ayant portés à désobéir, les fit mourir au même momcnl do la mort de l'âme, les assi^cllit à colle du corps, el les chassa
pour jamais du paradis de délices; et comme cet arlifice réussit si bien alors au uemon contre nos premiers pères, il s'en est toujours servi depuis contre nous. C'est pourquoi l'ApAlro, qui connaissait ses ruses, nous avertit de nous en donner do garde, ie crains, dit-il, que comme le serpent séduisit Eve par son artifice, vos esprits ne soient aussi corrompus, et ne viennent à décbeoir de la simplicité do Jésus-Christ. Gardeivous lies ruses del'ancienserpent; attachezvous à ce que l'on vous commande,on)'eiéculant ponctuellement, sans en examiner les raisons et motifs; et de cette sorte l'obéissance sera pour vous une règle sûre el înEatlIible de tout ce que vous aurezà faire. 11 esc surtout d'une très-grande importance dans les commencements, dit sainlBernanl, de s'accoutumer à obéir aveuglément et sans raisonner : car il est moralement impossible
au'un nouveau religieux demeure longtemps ans une cellule, el persévère dans sa profession, quand il se conduit par les règles de ta prudence et de ta sagesse ordinaire et
âu'it veut savoir la raison de chaque cba«e. ue faul-il donc qu'il fasse et quelle doit être sa conduite? Il faut qu'il renonça à la sagesse pour devenir sage, que tout son discernement soit de n'avoir nul disceinemeal dans les cboses de l'obéissance, et que toute sa sagesse soit de n'avoir en cela aucune sab'i'sse. Car c'est au supérieur à bien consiiUTcr les choses el à les exaouoer avec soin avant que de les commander, mtis c'est ensuite aux inférieurs à exécater avec bumilité, avec simplicité et avec conBaocetout ce qu'il commande ; enfin, c'est k 1 ui ï raisonner, mais c'est aux antres i obéir- Saint Ignace, suivant tes traces des saintt cl leur doctrine, et voulant nous inslruira des devoirs de l'obéissance par des choses sensibles, se sert de deux comparaisons très-propres el très-utiles pour cet effet. Que tous ceux, dit-il, qui vivent dans l'obéi»sance, soient persuadés (|u'ils doivent sa laisser conduire par la divine providence, l>er lemoyend'un supérieur, de Bêmequ'ua corps mort qui se laisse mamveomme l'on veut et que l'on «mporteâ l'on veut.
Celle comparaison est aussi de saint Fraocois , qui ta proposait souvent h ses terigieui,avec ces paroles de l'Apôtre ; Vou$ élts mortf, et cotre vie est cachée en Ditu avti Jémt-Chriil. En effet, un vérilebln religieux doit être tellement mort au monde, que môme l'entrée dans la religion s'appelle une mort civile. Soyons donc commf) si netu étions tout à fait morts. Un corps mort oe voit point, no répond point, no se plaint point etn'a aucun sentiment. N'ayons point d'yeux pour observer curieusement les axr lions de notre supérieur; n'ayons pointée parole pour répliquer 6 celle que l'obéissance nous prescrit; ne faisons jamais «le plaintes, et quand on lous commande quelque chose qui n'est pas è notre gré, soyons comme si nous u'uvions aucun sentiment.
On choisit d'ordinsiie pour ensevelir un mori, le linceul le plus vieux, lo plus usé.
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Un religieux aoil souhaiter d*ôlre Irailé de môme, pour son vêlement et pour toutes choses, d'être toujours habillé dt)s habits ]os phis grossiers et les plus mauvais : et d'avoir toujours en partage pour son logement et pour sa nourriture, tout ce qu'il y a de pire dans la maison. Que s'il n*est pas dans cette disposition do volonté,. et gu'au contraire il soit fâché quand on le traite de cette sorte, il n'est pas véritablement mort au monde, comme un religieux doit Tétre, il n'a nullement l'esprit de mortification.
Saint Ignace dit encore, et c'est là l'autre comparaison dont il se sert, qu'il faut que nous nous laissions conduire à la divine Providence par le moyen de nos supérieurs, de même qu'un bâton dont on se sert pour marcher. Un bâton suit partout celui qui le porte, il demeure où on le met et il »'a aucun autre mouvement que celui que lui communique la main qui le tient. Il faut qu'un religieux soit de même, il faut qu'il se laisse entièrement conduire par son supérieur, qu'il n'ait aucun mouvement de lui-même et qu'il suive toujours ceux de son supérieur ; et soit qu'on le mette dans un lieu, soit qu'on le mette dans un autre, qu'on lui donne un emploi élevé ou qu'on 1 occupe à quelque chose de bas, il fjiut qu'il demeure sans répugnance dans le lieu ou dans l'emploi où on la placé. Si le bât )n qui vous sert d'appui en marchant venait à vous faire quelque résistance, en sorte que lorsque vous voudriez le poser en un endroit il se portât de lui-même vers un autre» il vous incommoderait au lieu de vousser*vir, et vous ne manqueriez pas de le quitter^i^ Ainsi iors(}uo vous résistez à la main dosupérieur qui vous gouverne, lorsque voustémoignez de la répugnance pour les lieux,, pour les emplois ou pour les fonctions où il veut vous placer, et que dans vos actions, dans votre volonté, dans votre jugement, il y a de l'opposition aux mouvements qu'il veut imprimer en vou.«, il est constant que vous vous rendez incommode au lieu d'être utile. De sorte que si vous persistez dans cet esprit d'indocilité, vous deviendrez bientôt à charge à tous les supérieurs avec qui vous aurez à vivre, et vous ferez que personne ne pouvant s'accommoder de vous, ni vous mettre à aucun usage, chacun ne songera qu'à se défaire de vous, et qu'ainsi on vous ballottera continuellement d'une maison à une autre. On porte un bâton, et il ne fait point de peine à la main, parce qu'on en fait ce qu'on veut; il faut de même qu'un religieux ne fasse point de ptîine au supérieur entre les mains duquel on Ta mis: mais qu'au contraire, il tâche de se rendre agréable par son obéi^saDce et (le lui donner lieu de dire avec le centurion: J'ai des soldats sous moi et je dis à celui-ci : allez, et il va; et à l'autre: venez, et il vient; et je dis à mon serviteur: faites ceci, et il le fait.
Saint Basile traitant le même sujet, se
^ert d'une autre comparaison très-propre.
De môme, dit-i), que celui qui travaille
a un bâtiment, se sert comme il veut des instruments de son art, et qu'il n'y a jamais eu d'instruments qui n'aient aisément obéi à la main do l'artisan et n'en aient suivi tous les mouvements, de même un religieux doit être un instrument utile, dont le supérieur peut se servir à son gré pour {l'édifice spirituel; et il no doit jamais faire do résistance è ce qu'on veut faire de lui. De plus, comme l'instrument ne choisit pas l'usage auquel on veut remployer, ainsi un religieux ne doit point avoir de choix pour aucun emploi, mais il doit en laisser tout le soin au supérieur et s'en rapporter entièrement à lui. Enfin, continue ce Père, comme l'instrument n'agit point en Tabsence de l'artisan, parce qu'il n'a aucun mouvement de lui-même, et qu'il n'en a point d'autre que celui que l'artisan peut lui donner quand il s'en sert; de même, il ne faut pas qu'un religieux fasse jamais rien sans l'ordre de sou supérieur, ni que dans les moindres choses, il dispose de lui-même pour un moment; mais il laat que toujours et en toutes choses il suive les mouvements et les expressions de son supérieur. »
Ce n*est pas seulement dans es choses qui semblent avoir c|uelque rapport avec la chair et le sang qu'il faut soumettre notre jugement à celui de nos supérieurs: il faut e soumettre dans celles gui sont les plus détachées de tout ce qui regarde le corps et qui sont purement spirituelles. Que per- ' sonne ne croie que dans celles-ci il lui soit plus permis de s'éloigner de la volonlé et du senliinent do son supérieur que dans les . antres; au contraire, la soumission et l'o- -bérssanco de Tentendement y est encoro plus nécessaire, parce que les choses spirituelles étant d'ellos-mêmes si élevées, le danger serait plus grand et la chute plus fâ-* cheuse, si. nous n avions point de guide* Cette vérité est si reconnue, que Cassien dit, quil-a'y a rien dont le démon se serve tant pour faire tomber les solitaires dans le précipice, que de leur persuader de mépri-' ser les conseils et les avis que leurs anciens peuvent leur donner touchant leur conduite spirituelle, et de suivre seulement leurs
Îropres lumières. Le même Cassien et saint ean Climaque rapportent des exemples do plusieurs solitaires très-adonnés h la spiritualité et à la raison, et déjà avancés en âge, ui se sont laissés tromper par les illusions u démon, pour s'être trop confiés à leurs propres lumières, et pour avoir voulu so gouverner par eux-mêmes. Il en porta un à sacrifier son propre fils qui était dans le môme monastère que lui; et cet homme, s'imaginant par Ih qu'il deviendrait un autre Abraham, en serait venu eifectivement à, l'exécution, si son fils, le voyant préparer des cordes et aiguiser un couteau, n'eût conçu quelque soupçon de son dessein et ne se fût enfui. Il suggéra à un autre de so précipiter, lui faisant accroire qu'il gagne-* rait de celte sorte la couronne du martyre et qu'il serait aussitôt reçu daus le ciel.
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Cassieii rapporte encore à ce sujet Thistoiro du solitaire Héron, qui vivait <ians une si grande retraite et dans une si grande abstinence, que môme le jour de Pâques, où, tous les solitaires avaient coutume de prendre leur réfection ensemble c-t de se traiter mieux que les autres jours , il demeurait dans sa cellule et gardait une rigoureuse abstinence, sans vouloir rien ajouter à sa nourriture ordinaire qui n^était qu'un peu de pain et d*eau. « Cette austérité de vie, dit Cassien , lui inspira tant d*orgueil et lui donna tant d'attachement pour ses propres lumières , qu'il vint à se persuader qu'il était parvenu au comble de la sainteté , qu'il n'y avait plus aucun danger pour lui d«'>ns la vie, et Que, quand il se jetterait dans un puits la tète la première , les anges lo soutiendraient de leurs mains pour empêcher qu'il ne se fit mal. L'esprit donc rempli de cette imagination , et ne redoutant point que Dieu ne dût faire un miracle pour faire éclater sa vertu et son mérite , il se jeta une nuit dans un puits très-profond, d'oCk les frères qui étaient accourus au bruit de la chute , le retirèrent avec peine à demi mort. Cependant Timpression que les illasions du démon avaient faite en lui étoîtsi forte, que pendant trois jours qu'il vécut encore , ni l'expérience malheureuse qui! venait de faire , ni tout ce qa*on put lui dire ]>our le désabuser et pour l'obliêer à se repentir , D6 fut janiaîs capable de l'efTacer. Cela fait biea voir que , quelque avancé {ftt'on soit et dans la spiritualité et danat^ I âge , il est extrêmement dangereux de trop se fier à son propre jugement , et de ne veoloir pas se soumettre à ceux que Dieo nous a donnés pour nous conduire. C'est pourquoi un saint homme disait avec raison que celui qui se croit trop lui-même n'a pas besoin de démon qui le tente , p^ice qa*il est lui-même son propre démon. »
Saint Cbrjsostome dit que celui qai s'appuie sur son propre jugement est m plus (n*and danger de faillir, quelque éclairé qu'il s'^lt dans les choses de la spiritualité , que celui qui , ne faisant encore que de commencer à s'y instruire , se laisse conduire Ear autrui. Il compare le premier è un trèson pilote qui , se confiant à son habileté et à son adresse , se mettrait en mer sur un vaisseau sans voiles et sans rames; et le second à un passager qui , n'ayant aucune connaissance de la marme , s'embarquerait dans un vaisseau bien appareillé, sous la conduite d'un très-excellent patron. Que personne donc ne s'abuse, eu «'imaginant que dans les choses spirituelles, par exemple , dans les exercices epirituels et dans la pratique de la pénitence et de la mortiUcation , on peut se dispenser de l'obéissance et se conduire par ses propres lumières. Car, comme dit très-bien Cassien, transgresser les commandements de son supérieur par envie de travailler, n*estpas moms désobéir que de les transgresser par envie de ne rien faire. Tenez pour maxime con-. staote, dit saint Basile, de ne rien jamais
faire contre l'avis et sans la participation de votre supérieur; car tout ce que vous faites à son insu est une espèce de toI et de sacrilège , c'est une chose qui ne saurait vous être que très-préjudiciable et gni ne peut iamais vous apix)rter nulle utilité. Je veux bien que vous l'estimiez bonne ; mais, si elle l'est , pourquoi vous en cachez-vous ? pourquoi ne demandez-vous pas permission ? Votre supérieur ne souhaite pas moins votre bien et votre avantage que vous-même, adressez-vous à lui, il tous la donnera ; et alors Dieu versera sa bénédiction sur ee que vous ferez. Ne tous ez()Osez l>as, faute de soumission, à faire une chose non-seulement inutile, mais qui vous soit même préjudiciable; et prenez garde que Dieu ne vous dise comme h son peuple, dans Isaïe : ne m'offrez plus inutilement des sacritîces.
Il ne faut jamais rien commander de mal, disent saint Grégoire et saint Bernard, et il ne faut jamais obéir, quand il s'agit de commettre un péché ; mais quand il ne s'agit que de manquer à faire un bien, et que 1 obéissance défend de le faire, on est oblif^ de se soumettre è Tobéissane. L'arbre donl Dieu défendit à nos premiers pères de manger, n'avait rien de mauvais de lui-môme; au contraire, il était très-bon ; mais Dieu, poer leur donner une occasion de mériter davantage par leur soumission et par leur obéissance envers leur créateur, voulut leur d^ fendre l'usage d'une chose qui n'avait rien de mauvais que la défense, et dont, sans ^eela,' ils eussent pu manger Irès-innocemment. Or, un supérieur en use quelquefois de même envers les religieux qui sont sous sa conduite; il leur défend des choses qui sont bonnes d'elles-mêmes, et cela, ou parce qu'elles ne leur sont pas alors convenables, ou pour éprouver leur obéissance et leur soumission.
Saint Basile ajoute que la perfection do l'obéissance dans les intérieurs éclate moiiis h s'abstenir de faire le mal, qu'à s'abstenir de faire une chose qui est bonne et sainle d*elle-même, mais qu'on leur a corumandé de ne pas faire. La raison qi^jl en donne est que, (le ce qui est mal, ils doivent iou^oun s'en abstenir, quand même il n'y aurait aucune défense; mais que, do ce qui est bon de soi-même^ ils ne s'en abstiennent qu'en veftu de la défense qu'on leuir a faite. De sorte qu*il est vrai de dire que leur obéissance parait en cela davantage, puisque c'est Tobéissance seule qui les retient. Au coutraire, quand on n'a pas de soumission dans ce qui regarde les choses purement spirituelles,, c'est alors qu!on fait Toir plus d*indpcilité d'esprit et plus d'attachement is» propre Tolouté; car dans les autres, pir exemple, dans ce qui regarde le silence, la fûodeslie, la tempérance, et ainsi .du reste, le plaisir et la sensualité peuvent aToir part è la désobéissance; mais dans les spirituelles, oui sont directement contraires à lacheir et ai sang, on ne peut être porté à désobéir que par la seule envie de faire à sa volonté»
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et par un esprit d'indocilité et d'orgueil. Ainsi, tout ce qui arrive de là, c'est que par les choses mèrae qu'on fait pour son avan- 'cernent spirituel et pour se rendre plus agréable à Dieu, on parvient à s'éloigner davantage de la perfection, et à déplaire davantage à Dieu et à ses supérieurs. C'est une chose dangereuse d'avoir affaire à un . cheval fort en bouche; car comme il n'obéit point au mors, on ne saurait en être maître, et il est capable d'emporter son homme à lout moment et de le jeter dans un précipice. Il faut qu'un cheval, pour être bon, ait la bouche lionne, qu'il porte bien son mors, et qu'il obéisse bien à la main. Il en est de nrôme d'un religieux; il faut qu'il aii l'esprit souple et aisé à gouverner, qu'il ne résiste point au frein de l'obéissance, et qu'il se laisse conduire comme on veut.
Nous lisons dans Y Histoire écclésiattique , quesainlSiméonStylitcayantchoisi sareirailt sur une colonne haute de quarante coudées , y pratiqua longtemps une pénitence qui, jusque-la, n'avait point eu d'exemple. Il demeurait continuellement exposé a toutes les injures et à toutes les rigueurs du temps; il passait tous les carêmes sahs boire et sans mançer, et il ajoutait tant d'autres austérités è celles-là, que Quelques -uns ne pouvant s'imaginer qu'un nomme fût capable de résister à une pénitenoe si prodigieuse, doutaient que ce fût véritablement un homme. Plusieurs saints Pères du désert,' entendant • parler d'un genre de vie si nouveau et si étrange, s'assemblèrent pour consulter ce • qu'ils avaient à faire sur ce suiet, et le ré- ' sultat de leur assemblée fut qu on lui enver- . raît quelqu'un de leur part, avec ordre d^ lui dire ces paroles : Quel nouveau genre de vie est-ce que vous menez? Pourquoi , quittant la voie que les Saints nous ont mar-» quée, avez- vous pris un chemin si étranj^e, et qui n'a encore été frayé de personne? Les Pères du désert se sont assemblés et vous commandent de descendre sur-le-champ du lieu où vous êtes, et de suivre la route de tous les autres solitaires, sans vous distinguer davantage par des singularités. .Us avaient, au reste, donné ordre que s'il refusait de descendre et d'obéir, on l'y contraignit par force, mais que s'il témoignait vouloir obéir, et qu'il se rott en devoir de descendre de sa colonne, on lui déclarât en leur nom qu'ils lui permettaient d'v demeurer, et de continuer dans ce genre de vie si nouveau et si austère, parce que son obéissance marquait assez que c'était Dieu qui le conduisait dans la voie qu'il avait prise. Celui qu'ils avaient chargé de ces ordres Ta trouver le saint, lui expose sa commission» et à ()eine eut^il achevé de lui dire aue-^ Fàiis du désert lui ordonnaient de rnsMidre de sa colonne, que le saint s'était déjà' mis en état d'obéir et de descendre. Alors^cet homme voyant une si grande soumission, exécute le second ordre qui lui avait été donné, et dit au serviteur de Dieu : Prenez courage, mon père, et continuez généralement dans le ^g»'nrc de vie que vous avez embrassé : c'est
Dieu qui vous y a appelé , votre obéissance le montre, et c'est le sentiment de tous les Pères du désert. Kem^irquons ici, d'un côté, la grande obéissance du saint , et son extrême détachement à Tégard d*une chose si sainte et qu'il croyait procéder de Dieu; et, de Tautre , quelle estime les anciens Pères faisaient de I obéissance et de la soumission, puisqu'ils crurent qu'il ne fallait point d*au- Ire marque pour connaître si l'esprit de Dieu le conduisait, et qu'au contraire, ils jugèrent que s*il n'obéissait pas , il n'en fallait pas davantage pour conclure que sa vocation n*était pas de Dieu.
Un des principaux moyens pour acquérir la perfection de robéissance, ou, pour mieux dire, le principal et le plus propre, est d*eu« visager Dieu même dans la personne de son supérieur, et de s*imaginer que c'est Dieu qui nous commande , et que c'est à lui et non pas aux hommes que nous obéissons. Ce moyen nous est extrêmement recommandé par l'Apôtre , qui nous le propose en plusieurs endroits de ses Epitrès, et principalement dans celle aux Épnésiens, ou, s'adressant aux serviteurs de Dieu, il leur dit : Serviteurs^ obéissez à vos maîtres êstm la chair ^ avec craints , avec respect , et dans la simplicité de votre clfiir, comme vous obéiriez à Jésus-Christ, Si l'Apôtre ordonne, dit à ce sujet saint Basile, qu'on obéisse aux puissances de la terre comme à Jésus-Christ même, et, qui plus est, à des hommes qui étaient encore dans l'inOdélité et dans la corruption dn péché : selon que l'ordonne aussi saint Pierre, qui veut qu'on obéisse non-seulement aux maîtres qui sont bons et doux, mais encore à ceux qui sont fâcheux et qui vivent dans l'infidélité, à combien plus i6rte raison les religieux doivent-ils obëjr deia même sorte à leurs supérieurs nAriloely, qui ne souhaitent autre chose cTeoi^què I accomplissement de la volonté dé Dieu? C'est pourquoi le même saint Paul ajoute aussitôt : Que ce ne soit pas seulement en les servant^ lorsqu'ils vous voient^ et comme pour plaire aux hommes , mais que ce soit en en faisant la volonté de Dieu ae tout votre cœur^ comme serviteurs de Jésus^Christ^ et en servant volontiers^ comme si c'était le SeU gneur^ et non pas les hommes que vous sertis^ . siez. Nous ne devons plus regarder l'homme dans la personne du supérieur qui nous corn* mande ^ nous ne devons regarder que Dieu ; en effets nous ne sommes point entrés dans la religion pour servir les hommes , inatt pour servir ZHeti, et ce n'est plus avec des hommes que nous y vivons^ mais avec Dieu même^,
{misque notre vie y est crucitlée avec Jésus- Ihridt. roul.ee que vous ferez , dit TApôtre en un autre endroit, faites4e de bon caur^ c&mme le faisant. pour le Seigneur et non pour les hommes^ et comme étant assurés que vous en recevrez la récompense du. Seigneur.
Saint Ignace, appuyé sur cette doctrine insiste fort sur ce moyen dans ses Consti^ tutionsy et nous le recommande souvent. « Il est très à propos et très-nécessaire, dit-il en un endroiii de s'abandonner à une obéis-
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sancc entière, reconnaissant que'lesupérioar, quel (]u*H paisse être, tient la place de Jésn9-Christ même. Il est très-nécessaire, dit-il ailleurs, d*obéir non-seulement au su* périeur général de la Compagnie, ou au supérieur particulier de chaque maison, mais aussi h tous ceux qui ont autorité de lui, et de s*dccoutumer à regarder dans Fobéissance, non pas la personne du supérieur h qui on obéit, mais la personne de Jésus- Christ^ pour i*amour de qui on obéit, et à qui tout le monde xloit obéir. » Il établit la même chose pour fondement, dans la sixième partie des Constitutions^' oh il traite plus expressément de l'obéissance; et il dit que si i*on veut acquérir la perfection de cette vertu, il faut avoir continuellement devant les yeux celui pour Tamour duquel on obéit, qui est Dieu lui-même, notre Créateur et notre Sauveur. L'efficacité de Ce moyen pourra trèsr-bien se connaître par la supposition suivante. Si lésus-Ghnst lui-même vous apparaissait et tous commandait de faire telle ou telle chose, avec quelle promp« titude, avec quelle joie, avecquelle soumission d'esprit et d'entendement ne vousçor*teriez-vous point à obéir? il ne vous vien-* drnit pas la moindre pensée de Juger do c'e^
Su'il vous commanderait ; pas le moindre oute si ce serait une chose juste ou non ; mais vous vous porteriez aveuglément i l'exécuter, par cette seule raison qui est au-dessus de toute autre raison : c'est Dieu qui me le commande^ c'est Dieu qui le veut, c'est ce qu'il y a par conséquent de meil- • leur. Vous vous estimeriez même heureux que Dieu voulût se servir de vous ; et plus ce qu'il vous conimanderaii serait pénible, plus VOUS- le tiendriez à grâce, Or, voilà précisément le moyen que nous vous pro^ posons. Saint Basile le propose de même dans ses constitutions ; et afin de nous e#* donner toute Testime qu'il mérite :C8 i^est pas, (lit*il , de moi-même que je m^avance do faire cette comparaison; c'est sur la foi et sur l'autorité de Jéstis-Christ, qui dit : celui qui vous écoule m'écoute ; c'est-à-dire celui qui vous obéit, c'est à moi-même qu il obéit. Tous les saints interprètent ainsi ces paroles, et ils disent qu'elles ne doivent pas seulement s'entendre des apôtres, mais do tous les supérieurs spirituels ; et cette doctrine était tellement reçue parmi les anciens Pères du désert, qu'ils regardaient les commondomenlsde leur&supérieurs comme des couimandcinents de Dieu même, ils ne s'attachaient point à regarder rhomaïc dans la personne de leur supérieur; m<ns ils regardaient Dieu dont il occupait la place; et c'est ce que Jésus-Christ nous recommande expressément, quand il dit : Les scribes et les pharisiens sont assis sur la chaire dô • Moïse. Observez donc tout ce qu'ils vous diront et faites-le; mais gardez-vous bien de faire ce qu'ils font. (Rodrio., Perf, ch, )
Avis PRATIQUES TOUCHANT LA VKRTU d'o-
BÉissANCB. -— I. Le directeur doit s'appliquer avec le plus grand soin à implanter profondément dans le cœur de ses disciples
la vertu d'obéissance, sans laquelle il perdra son temps et sa peine, et emploiera en vaia toutes sortes d'industries pour les conduire à la perfection. 11 aura beau conseiller, or« donner, exhorter, instruire ; si le pénitent n'obéit pas, il ne fera aucun progrès, même aTec la meilleure direction. Or, il y a deux moyens d'obtenir l'obéissance : premièrement, il faut s'attacher fortement a inspirer au pénitent une grande estime et un ardent amour pour cette vertu : car il est impossible d'obtenir la possession d'aucune vertu, si la volonté ne se résout efficacement à chercher à y parvenir. Dans ce but, le directeur fera sentir tous les avantages de cette vertu, et la proposera pour sujet de méditation : car, les réflexions apportent cette lumière qui inspire à la volonté l'amour de la vertu et le désir de l'acquérir. Secondement, il faut que le disciple s'exerce constamment dans l'obéissance , puisqu'il n'y a pas d'autre moyen d'acquénr I habitude uned' vertu quelconque que par le fréquent exercice des actes qui lui soRt propres; et quant à la vertu dont il est ici question, il est évident que celui qui s'ac-. coutume à suivre sa volonté propre n'ob« tiendra point la facilité de se soumettre à la volonté d'autrui. C'est pourquoi qu'en toutes choses, autant que possible, il l'assujétisse à nés conseils, et non-seulement pour Tusage des sacrements, mais aussi pour les exercices de pénitence, les mortifications , les méditations et pour les autres œuvres extérieures, même indifférentes. Il faut donc briser la volonté du pénitent, en lui refusant certaines choses quoique permises, comme les communions, les pénitences, ou d'autres exercices de piété pour lesquelles il a plus d'inclination ; et cela uniquement pour c]ue sa volonté s'assouplisse et se reconnaisse sous la dépendance d'une autre voloiité. Sainte Thérèse, parlant d'ellemême, rapporte qu'elle avait eu autrefois un directeur qui travaillait particulièrement à briser sa volonté, et qu'elle en avait excessivement souffert ; puis, eile ajoute que ce directeur lui avait plus servi que tons les autres. Le démon qui connaissait mieux qu'elle combien ce directeur lui élail utile, la poussait souvent à le quitter. Mais lorsqu'elle s'attachait à ces suggestions du démon, elle sentait intérieurement la grâce divine lui faire d'amers reproches et lui représenter l'avantage d'avoir un tel directeur. IL 11 ne faut pas oublier, cependant, qu'en mortifiant et en brisant ainsi la volonté on ne doit agir qu'avec prudence et modération; autrement il en résulterait plus de mal que do bien. C'est pourquoi le directeur se gardera de prescrire des choses impossibles, lise gardera même d'imposer des choses trop audessus des forces corporelles ou spirituelles du pénitent : autrement ce ne serait pas briser, assouplir sa volonté, mais le jeter dans de profondes angoisses. Il faut examiner, peser avec soin les progrès qu'il fera dans les voies spirituelles, et, en proportion de ces proj^rès, s'opposer à ses inclinations, lui
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imposer .0 joug de la mortification. En un mot, pour que la direction d'un pénitent puisse obtenir un iieureui résultat, il faut commencer par examiner quelles sont ses forces, ce que ses épaules refusent ou sont capables de porter.-
111. Outre la modération, le directeur a besoin d*un sage discernement pour le choix des mortifications qu'il doit imposer au pénitent dont il veut mortifier la volonté. C est pourquoi » s'il lui prescrit quelque chose de contraire à ses inclinations, il doit agir de manière à ne lui pas faire connaît-re son in« tention. Nous parlons ainsi, parce qu'il n'est pas rare de rencontrer certaines personnes, et surtout des femmes, qui, si elles s'aperçoivent que le directeur s'appliçiue à les exercer h la mortification, ne retirent de là qu'une vaine complaisance en elles-mêmes, au lieu de devenir plus humbles, parce
Qu'elles voient en cela une preuve que le irecteur a une haute idée de leur avancemeut spirituel ; de sorte que la mortification dégénère enfin en vanité; ce qui n'arrive pas, si pour leur imposer une mortification on attend quelque occasion oik elles ont fait une faute, car alors elles s'imaginent qu'elles ont mérité cette mortification. Il faut, en outre, s'abstenir de paroles dures, vives et humiliantes, à moins qu'on n'ait à traiter avec une personne de telle vertu qu'elle peut supporter toute sorte d'épreuves; car de telles paroles ne produisent point ordinairement la tranquillité de l'âme, même
dans les personnes spirituelles. C'est pourquoi, si elles doivent se vaincre elles-mêmes, il vaut certainement mieux qu'elles le fassent avec la paix de l'âme et sans inquiétude.
IV. Que le directeur ail recours à la sainte obéissance pour discerner les qualités des esprits, surtout à [l'égard des personnes qui se livrent à des mortifications extraordinaires, ou qui reçoivent de Dieu des faveurs f>articulieres, comme visions, extases, rêvéations. L'obéissance, plus que toute autre vertu, fera facilement connaître si l'esprit du pénitent est droit et sincère, ou s'il est faux et déguisé. Et la raison en est évidente : toute la perfection ou l'imperfection de la vie spirituelle a sa source dans la volonté, puisque toutes nos actions intérieures et extérieures, si elles sont bonnes, tirent leur éclat et leur beauté de la volonté qui leur donne le lustré de la vertu, et, si elles sont mauvaises, reçoivent de la volonté encore le voile qui couvre l'ignominie du vice. Car comment une volonté indocile, intraitable, inflexible, et que l'obéissance n'a point encore soumise à Dieu et aux supérieurs, pourrait-elle devenir le temple du Saint- Esprit, le sanctuaire où Dieu vienne habiter pour y fixer sa demeure et y faire ses délices.
OBLIGATIONS DES CLERS. - Schram a retracé dans un tableau synoptique les obligations générales et communes à tous les clercs ; il est divisé en quatre avertissements.
REMIER AVERTISSEMENT.
Ils se conserveront saints pour leur Dieu et ils ne souilleront point son nom\ car ils présentent rencens du Seigneur , et ils offrent le pain de leur Dieu : c'est pourquoi ils seront saints. {Levit, ixi, 6.)
Prenez vos habitudes
non danmais dans
la légèreté,
Tavarice,
Tambition,
la vocation de Dieu,
Fattrait de la perfection de votre état,
le zèle pour votre salut et celui du prochain
Marchez avec un extérieur
Soyez avec votre évêque
grave, modeste, pur, canonique
obéissants
soumis
. vous serez revêtus
de vêtetnents saints.
{Exod. XL.)
dans ses ordres, dans ses décrets dans ses avis, de cœur, de parole, d'action.
Fuyez
les maisons suspectes, — la société des femmes, — les jeux , — es
danses, — les théâtres, — les chasses bruyantes le mépris contre Tévèque, rinsubordination contre le sapérieur , les querelles avec tout le monde, les fonctions viles par iine honteuse économie,
en recevant des présents , Tavarice I en commettant d'odieuses exactions,
en administrant le bien d'autrui.
DiGTIONN. D ASCETISME. I.
ItSS OBL DiCnmNAIRB OM. JIM
DECXIÈHE AYEETISSBMENT.
Vous serez parfaits et sans tache {De%U. xf lu.)
i divine, ecdésiâstiqoe, civile.
Comme vous avez rejeté la science^ je vous rejetUroà^ pour que vous fCeatt»; ciez fmnt les fonctions du sacerdoce {Oie iv, 6.)
tdans leê conseils»
dans les jogementSy dans les commandements.
Le chef sans prudence fera périr beaucoup de tnonde, {Prov. xxvm.l
Par la modefitifi ( ^**^* ^^ vêtements,
îf u ^^S I dan» ^ discours, et la gravité \ ^^ ^ ^^^
L*habillement d'un homme, son sourire et sa démarche le font connaUre* (Eceli. XIX.)
Servez d'exempU aux j . ç„^ç„ 1^^ étrangère,
Par la libéralité I envers les pauvres^
^les. (1 Timoth. vt.) ^ y envers les églises.
Soyez miêérkordieux autant que vous le pourrez. {Toh. iv.)
(dans les richesses, dans les festins, dans les consolations.
Ne laissez pas appesantir votre cceur par la débauche et rivrognerie^ m ]les soucis de cette vie, {Luc, xxi.)
ten présence de Dieu, en présence des hommes, en présence de vous-même.
Gardez-vous vous^mèmes^ ainsi que votre âme^ avec sollicitude {DasU. iv.)
Par Tobéissance l envers TEfflise,
Par la soumission I envers le Souverain Pontife,
Par Famour ( envers ses décrets.
Celui qui me suit, ne marche pas dans les ténèbres, {Joan., viii.)
Celui qui vous écoute, m'écoute ' celui aui vous méorise, me méprise. {Luc, x.)