IV. On ne peut absolument définir si
dans ces terribles combats qu'ont à soutenir les Ames éprouvées par l'abandon, siiVlout au milieu des blasphèmes, du désespoir et des tentations contre la chustelé, on se rend coupable de quelques péchés, au moins véniels : c'est la propre conscience de chacun qui doit l'indiquer. On peut néanmoins présumer, s'il s'agit de personnes d*une sainteté éminente, qu'elles ne commettent aucun péché, et qu'elles n'y consentent jamais, soit parce que leur raison est alors aveuglée, obscurcie, opprimée et violentée par la passion prédominante, circonstances qui sont incompatibles avec la liberté; soit parce que Dieu permet que ses enfants soutiennent ces terribles combats, non pour les laisser succomber, mais pour les faire triompher,
V. Les actes héroïques de pénitence, comme de porter un cilice sur la chair nue, de se charger de chaînes, déjeuner pendant un long espace de temps, etc., sont plusdî-
fnes aèlre admirés qu'imités, et doivent tre le résultat d'une inspiration plutôt divine qu'humaine : ils sont alors une dis> position très-prochaine è une sainteté éminente.
VI. Autant il y a de distance entre parler et agir, autant il y en a entre apprêt souffrir; et il est plus dimcile de se laisser frapper, même une seule fois, par une main étrangère, que de se frapper dix fois de sa propre main : aussi le signe le plus certain d'une solide sainteté est plutôt de souffrir guo d'agir. Cependant il est parfois plus im-
f»ortant d'agir que de souffrir, c'est quand *un off.e plus que Taulre la véritable charité. C'est pourquoi il est impossible d'assigner sur ce point aucune rèsle certaine; et celles que donnent q.u6lquefois des personnes spirituelles sont de pures exagérations.
ABBÉ , ABBESSE. -^ Ce mol , tii é de l'hébreu, 06 , pèrCf est le nom qu*on donne au supérieur ou à la supérieure d*un monafiitère ou d'une communauté religieuse. On les appelle ainsi pour montrer que la douceur doit être la principale vertu d'un cénol>ite qui préside ses frères. Dans une société où Tbomme se consacre volontairement k Dieu pour pratiq,uer la perfection évangélicjue, le chef de la maison ne doit pas oublier qu'il est appelé à donner l'exemple do toutes les vertus, et que l'orgueil de la prééminence et la dureté du commandement qui en est la suite, sont des choses odieuses. Si le religieux se soumet à l'obédience de l'abbé, s'il fait le sacrifice de sa volonté pour avoir une ressemt>lance de plus avec le Fils de Dieu qui s'est rendu obéissant jusqu'à la mort, le sacrifice est assez héroïque pour qu*un supérieur n'aggrave pas cette condition par la sévérité de ses caprices, et pour
IMCnOMABE
qmU ne renie p» ee jooz iit-^tjnbte soos fféterln -jaû &f t Le sulir». L est eertaia, Bésaamus. que ia dcaixar dt l'abbé ne doit pas dëçénérer en blbtesie, etoiie^ft'îl eiC le ■ère M9 religieor» il est aussi le déposhaire ée to règle ; qall <b>it Teîller tTee soîa à ce ra'flo ne reuft eiyie potat ; sans cela, toole dbdpliûe périrait. Saint Besott , dans sa j«dicie«se règle mooastiqae, donne à fabbé des tris f rèskpmdents poor sa eondoîle : 11 doit, dil-il , instruire les relîgienx de deox manières, par ses actions et par ses paroles. Sa fie doit Urt on modèle toiqoors dizpe ftMrt oofflé par ses disciples, en sorte qa ils apprennent* en le foyant , ce qalls doiTent fare oo ériter ; Fabbé ne doit (aire acception de personne parmi ses reHgicQX ; mais il doit les aimer tons élément, pnisqoe noos sommes tons assujeuis ao jofi^ d'one même serrîtnje et d*ane même milice , sous un même âeignenr em qmU ■> a arccpliM de perummi. S'il doit reprendre arec zéle ceux tfoi manquent à la règle oo qui troublent leors frères, il doit encourager ceux qui sont fables dans la vertu ; il doit surtoitf se soutenir de son nom et de la pesanteur de la charae qn'il porte , et ce pas oublier qu'il rendra compte à IHeo de son administration H do soin ou de b nè^igeoce ^'il aura eus pour le salut des imes qui lui étaient confiées ; aussi doit-il aToir plus d*estime pour elles que pour les choses terrestres et périssables. • — Tels sont en abrégé les préceptes de saint Benoit; malheureusement plus d'on abbé ne les mit pas en pratique, et de là naquit le reUcnement de la discfplioe monastique et le mépris trop crand oA plusieurs ordres religieux tombèrent, et dODt ils ne purent se relerer par les plus saintes réformes (M}. — On disiionaît deox sortes d*akbés : les réguliers et les eommeodataires. Les premiers çouTcrnaient Fabbaje sous le rapport spintuel et temporel ; les seconds, sous le rap4>ort temporel seul , et ils confiaient le soiD du spintuel à un prieur claustral. L'abbé com* mendalaire jouissait des rcTenus deTabbaje; il derait seulement acquitter les charj;es du monastère» reiller à ce que ToflBce diTin se célébrât arec décence, et distribuer les aumOnes : il nepourait aliéner les immeubles; mais les règles canoniques avaient beau prescrire de sages règlements , la plupart des abbés commendataires ne se mettaient malheureusement guère en peine de les obserrer. Les commendes dataient de si loin et fiiTorisaient tant de personnes , que les bulles de certains Papes et les canons des conciles ne purent jamais les abolir. Les premiers abbés étaient laïques, ainsi que les moines qu'ils gouTernaient ; ils ne furent ecclésiastiques que lorsque le Pape saint Siriee eut ippele les moines à la cléricature. Ko 817, quelque temps après le concile d'Aix-ia-Cnapelle, qui avait approuvé les réformes de ssint Benoit d'Aniane, quelques abbés d«Tioreot seigneurs ; ils eurent des
vassaux et furent admis. aux parlements avec les éviques, que parfois ils éclipsaient on avec qm ils alLaiem de pair. Solvant la kn des fias, ils furent obligés de piendic parti dans les guerres civili^ eomae les seigneurs; les capitolaires les seulement de rendre en personne militaire; mais plusieurs le rnnlinnfunl longtemps, s'imMinant qu'une telle divptoffe dégradait leurs neft. Cette cootnma ut lot abolie que vers la fin du xT siècle; ileslviaî
Se dans ces temps de luttes conliniMlies, n'avaient souvent d'autre mojcndesa garantir du pillage, que de se mettre à la tète de leurs sens ou de leurs vassaox. Néanmoins, ce qui surtout introduisit et conserva si longtemps cette eoutoma , c^est que les abbajes furent données poor réeoBpense à des soldats qui introduisirent lenis mœurs dans le clottrê, et que des scignaors laïques, sous prétexte de protection, se mirent en possession des abbajes , soit par concession des rois, soit de leur propre autorité, et prirent le nom d^abbés, sans rien changer à leur vie mondaine. Cet abos dura deux ou trois cents ans; «s abbés laic|ues qui ne s'occopaient nullemoit du spirituel, furent appelés abimta wtUUa. C*est ainsi que Hojgues le Grand, père de Huçies Capet, prenait le titre d*àbbé ; il possédait à lui seul cinq ou six abbayes considérables. Pbîlippe 1", Louis TI, et ensuite les ducs d'Oriéans, prirent le titre d*abbés de Saint* Aignan d*Orléans; les ducs d'Aquitaine porlaiect le titre d'abbés de Saint-Hilaîre de Poitiers; les comtes d'Anjou, celui d'abbés de Saint- Aubin, et les comtes de Tennaodois, celui d'abbés de Saint-Quentin.
On sent qu'au sortir d'un pareil étal, les abbés commendataires ne durent pas narattre une anomalie ; aussi cet abus, si favorable à c|uelqnes familles, s'enradna»t-il si fort, qu'il rendit vaines toutes les prohiba» lions laites à ce si^et. Les abbés furent élus jusqu'en 1556, époque du concordat entre Léon X et François 1*. Le concordat, avant 2boli en France fes élections des monastères et des év^chéSy donna au roi le pouvoir de nommer aux abbajes et aux prieurés élec-tifs : l'élection fut coiiscrvée seulement aux abbajes cbefs-d'ordre, comme Clun v. L'abbé régulier devait, avant d'être élu, avoir pratiqué la vie monastique pendant plusieurs années. Pu reste, le gouvernement différait suivant les différentes espèces de raligieux. Dans l'ordre de Saint-BenoU , chaque monastère était dirigé par un abbé qui était gouverneur pour le spirituel et la conduite intérieure; il devait disposer du tem(>orel comme un bon père de famille ; les religieux le choisissaient entre eux, et l'évèque diocésain l'ordonnait abbé par une bénédiction solennelle. L'abbé vivait comme un simple moine, si ce n'est qu'il était chargé du soin de la maison, et qu il avait sa manse (table) k part, pour j recevoir ses b6tes. L'ordre de Clunj, au contraire, avait à sa tète un seiU
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DASCETISME.
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abbéy et les maisons qui en dépenda»eril n*a- ▼aient que des prieurs. L'ordre de Cîleaux eut des abbés dans chaque monastère» mais ils s*assemblaient souvent en chapitre général pour y discuter les affaires de Tordre. Les chanoines réguliers suivirent d'abord le règlement des moines» mais la plus grande partie unit par abandonner la vie commune. Les ordres mendiants mirent à leur tète un chef connu soos le nom de généra!» nommé & vie dans quelques ordres» et à temps dans d^autres. Les diverses maisons ont des supérieurs particuliers élus dans le chapitre général ae l'ordre. On ne parle pas ici des congrégations créées dès le ïvr siècle; les Jésuites » les plus célèbres de tous f ont adopté pour leur gouvernement la forme do la monarchie absolue* Tout est soumis» dans cette société» à un général à vie ,* et se fait par ses ordres. — Dès que les abbés eurent une puissance assez grande» ils tâchèrent de 8'exempter de la juridiction de révoque ; si ces exemptions produisirent du bien sous le rapport de la prospérité du monastère» elles
n^alîait pas jnsqu*àemçècherqu un religieux passAt à une plus étroite observance ; ii ne pouvait pas non plus renvoyer un moine dans un autre monastère» sinon pour des causes graves.—- Les abbesses ne jouissaient
F as d'un pouvoir aussi étendu que celui de abbé i elles étaient aussi nommées à vie» ou pour trois ans, quand l'ordre voulait empocher qu'elles ne aevinssent trop absolues. Il est inutile de s'étendre sur un sujet qui n*a pour nous d'autre intérêt aue le souvenrr nistorique. — Les canons déterminent la
Suissance des abbés. (Voir Mosiastèrb» lOINB» OeDRES RBUGIEUX Ct SUPÉRIBURS.)
ABELLI (Louis), grand vicaire de Bayonne» curé de Paris» puis éy(^que de Rodez» naquit dans le Vexin français en IGOt^. Il se déniit de son évéché en 1667» trois ans après sa nomination» pour vivre solitaire dans la maison de Saint-Lazare» à Paris. Il mourut en 1691. C'était un homme rempli de|toutes les vertus sacerdotales. Outre sa MeduUa theologica et sa Tradition de VEgliie tmr le culte de la sainle Vierge^ il a laissé plusieurs livres ascétiques et propres à nourrir la piété» dont les principaux sont : l*" La vie de eaini Vincent de Paul, où il se déclare ouvertement contre les disciples de Jansé«nius» et surtout contre l'abbé do Saint- Cyran. 2* Des méditations, en 2 vol. iu-12» trea-répandues et fort estimées.
\B!ŒGATION» renoncement à soi-même.
— Jésus-Christ dit dans l'Evangile : Si quelau un veut venir après mot» qu'il renonce à lui-même » qu^il porte sa croix et qu'il me suive. Par là» le Sauveur nous ordonne t-il d'étouffer l*amour de nous-mêmes et de notre bonheur» de renoncer à notre intérêt bien entendu? Non» sans doute» puisqu'il nous invile à la vertu par Tatlrait de la ré« compense et du bonheur qu'il nous promet» conséqu'-mmf^nt, par un motif d'inlérCt très-
solide. 11 veut donc nous dire que nous renoncions à Tamour de nous-môuies» aveugle et mal réglé; h nos passions» à nos inclinations vicieuses» que nous confondons mal à propos avec notre intérêt. C'est nous haïr» en effet» et pour l'Ame et pour le corps» que de ne pas nous renoncer nous-mêmes. Saint Augustin parlant sur ce passage de saint Paul : L'esprit combat contre la chair : A Dieu ne plaise, dit-it» que l'esprit haïsse la chair en combattant contre elle; l'esprit hait seulement les vices de la chair; il hait la prudence de la chair; il hait la révolte et la contradiction de la chair» qui est capable de donner la mort à notre Ame. Car oourla chair» il l'aime en effet en la mortifiant cl en la contrariant; c'est ainsi que le médecin ne hait pas le malade» il ne hait que lu maladie; cest contre elle qu'il combat; quant au malade» il l'aime» bien loin de lu haïr. En effet» aimer quelqu'un n'est autre chose que de lui vouloir au bien ; elle haïr n'est pareillementautrechosequede lui vouloir du mal. Or» celui qui s'attache à mortifier son corpS; qui résiste à ses appétits et À ses désirs déréglés» veut et procure à son corps le plus grand bien qu'il puisse jamais obtenir » lo repos et le bonheur éternel; et ainsi il aime véritablement son corps^mais celui qui lu flatte» qui lui laisse suivre ses mauvaises inclinations» lui procure te plus grand mal qui puisse lui arriver» une éternité de peines et de souffrances; donc il hait son corps eff'ectivement. Car do même» dit saint Augustin» que» suivant les paroles du prophète : Celui qui aime l'iniauité» hait son Ame» parce qu'il lui procure 1 enfer ; de même, celui qui aime l'iniquité, hait son corps» puisqu'il lui procure le même maiheur. Au^si les théologiens disent que les justes et les gers de bien s'aiment beaucoup plus eux-mêmes que ne font les pécheurs» non-seulement h 1 ég^rd de l'Aine, mais aussi h l'égard du corps» puisqu'ils souhaitent h leurs corp<;» et lui procurent le véritable bien qui est la béatitude éternelle, à la<|uel!e il doit participer à sa manière. Saint Thomas ajoute» pour cette même raison, que le juste aime son corps» non pas d'un amour ordinaire» mais d'un amour de charité, qui est le plus sublime elle plus élevé de tous.
Saint Bernard répondit à des gens du monde qui s'étonnaient de l'austérité de ses religieux, en disant qu'il fallait qu'ils eussent bien de la haine pour leur corps, puisqu'ils le traitaient si. mal. Vous vous Irompoz» leur dit-il : c'est vous autres qui haïssez» en effet» votre corps» puisque» pour quelques plaisirs passagers que vous lui procurez» vous l'exposez à des lourments étcr-' nels ; ceux-ci» au contraire» aiment vérita^blement leurs corps» puisqu'ils ne le maltraitent pendant quelque temps, que pour lui acquérir un repos et un bonheur éternel. Voilà pour l'abaégation du corps. Mêmes raisons pour l'abnégation de Vesprit.
Cette vérité en effet du renoncement à l'esprit nous est ens(Hgnéc par te Fils do Dieu daUs* l'Evangile. Ca- , après avoir dit ;.