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la récompense que Dieu promet è ceux qui lui sont tidèles. Mais malheur à vous, si pendant )*oraison vous êtes lâche, indolent, inappliqué I car il est écrit : Maudit est celui qui fait l'œuvre de Dieu négligemment! Employez donc toutes yos forces pour lui donner tout ce qui dépend de vous, et vous serez (Quitte de tout, quand même vous ne pourriez pas tout ce que vous voulez. — Persua* dé de Ja vérité de celte maxime, ne vous troublez point lorsque vous rencontrez des obstacles qui ne vous permettent pas d*aller aussi loin que vos bons désirs. Si vous avez ]>sprit abattu, le cœur sec ou languissant, mal h la tête, les sens dissipés ; si vous ressentez quelque tentation ou quelqu'autre peine, gardez-vous bien de dire : Me voilà sans ressource, le Seigneur m'abandonne, mon service lui déplaît : langage ordinaire des enfants de la défiance. Au lieu que, si vous portez cet état avec soumission etsans murmure pour Tamour de celui oui vous a appelé et vous a élu, croyant lermement qu'il est toujours bcôtéde ceux qui souffrent, pour les soulager dans leurs travaux et les récompenser, vous ne sauriez croire quel poids immense de cdoire ce Dieu de bonté vous prépare. Alors vous pourrez dire avec le Prophète : Seigneur ^ j étais devant uotu tomme une béte^ et néanmoins fêtais toujours avec vous^ et vous avec moi.
« Mais écoutez ce que je vais vous dire. Quand vous seriez rempli des délices de la plus douce contemplation; quand, élevé au* dessus de vous-même, vous seriez transporté jusqu'au troisième ciel et favorisé de l'entretien des anges, tout cela serait moins
Îrand et moins estimable que de soutenir e bon cœur pour l'amour de Dieu les peines de la vie spirituelle, les aridités, les sécheresses, les désolations intérieures. Pourquoi? Parce que ce dernier état vous rend plus semblable à Jésus souffrant. Ce divin Sauveur, accablé de tristesse, d'ennui, de frayeur et réduit à une agonie mortelle, eut recours à son père, en lui disant: « Mon Père, que votre volonté soit faite et non pas la mienne. » Et lorsqu'il se vit attaché à la croix, les pieds et les mains percés de clous, il se contenta de dire: « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m*avez-vous délaissé? )» Et c'est pour vous, mon frère, qu'il a souffert avec un très-grand amour les douleurs et les angoisses d'une passion si remplie d'amertumes. Souffrez donc avec une simple et invincible patience, et attendez en silence le temps où il plaira au Tout-Puissant de vous délivrer. Soyez persuadé que quand il paraîtra au jour de ses vengeances, il n'examinera pas si vous avez eu beaucoup de consolations intérieures, mais si vous avez été fidèle à le servir et à l'aimer.
«VIlï. Parmi ceux qui servent Dieu, la plupart ne sont que des serviteurs mercenaires et infidèles. Tandis qu'ils jouissent des douceurs d'une dévotion sensible, et qu'ils ont actuellement le don des larmes, on leur voit une ferveur, un attrait pour
l'oraison, une ardeur pour toutes sortes de bonnes œuvres, une tranquillité d'ftme oui porterait à croire qu'ils sont au-dessus des laiblesses ordinaires à tous les hoqpmes; mais dès qu'ils sont privés de ces faveurs, leur vertu s'évanouit; ils entrent dans le trouble, dans l'indignation, dans l'amertume, dans l'impatience; ils négligent la prière, ils abandonnent leurs exercices, et ()arce qu'ils ne ressentent pas à leur gré les joies spirituelles, ils se tournent vers les plaisirs des.^ens par un changement funeste et déplorable.
« Quand on est capable d'en venir là, il est visible qu'on n'aime pas Dieu d'un amour pur et chaste; que l'on ne désire ses dens que par un amour déréglé, et qu'on ne cherche que sa propre satisfaction; car si on aimait Dieu purement et sans avoir de l'attache pour ses seules douceurs, le chagrin de s'en voir privé n'ôterait point la paix intérieure et ne porterait point ceux dont je parle à quitter Dieu pour se livrer aux
Klaisirs des sens. Ils ne servent donc pas *ieu fidèlement, puisqu'une petite épreuve suQit pour les rendre infidèles à leurs en** gagements; et on doit les mettre au rang de ceux dont parle l'Evangile : au'Hs ne croient que pour un temps^ et qu'ils abandonnent leur devoir au moment de la ienta^ tion. La prospérité les retient, l'adversité les écarte. Tant que Dieu remplit leur &me de délices, ils sont à lui ; dès qu'il les en prive, ils quittent son service: ce qui donne droit de dire que Q'e3t plus pour eux q\z^ pour lui qu'ils le servent, puisqu'ils cher* cfaent leur propre satisfaction à faire leur propre volonté plutôt que celle de Dieu.
« Quel est leur aveuglement 1 La sainteté, qui consiste proprement dans la destruction des vices, ils la mettent dans les consolations spirituelles; nesachantpasqu'elles rendent toujours équivoque l'amour qu'on a pour Dieu, et que la preuve la plus certaine du véritable amour est de soutenir avec courage la privation de ces douceurs. Ne vous y trompez pas; la dévotion sensible vient plus souvent de l'homme que de Dieu, de la nature que de la grAce» de l'humeur et du tempérament que d'un principe surnaturel et divin. Mais enfin, de quelque part qi^elle procède, si on n'est continuellement sur ses gardes, elle produit un secret orgueil, une criminelle complaisance en soimême et une pernicieuse sécurité: témoins les personnes dont je parle* Dans les accès de leur ferveur, elles forment aisément des soupçons et des jugements au désavantage du prochain, et le méprisent comme indigne de participer aux privilèges dont elles jouissent. Elles ne croient déjà des modèles de sainteté et les dépositaires des secrets de Dieu. Elles souhaitent îes révélations célestes, et s'imaginent bientôt qu*elles en ont. Elles vont môme jusqu'à désirer qu'il se fasse en leur faveur ou par elles des miracles éclatants, pour convaincre les autres hommes qu'ils sont très-éloignés du haut degré de-aaintelé où elles croient étr^ arri«
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vées. C'est ainsi que se perdent dans leurs pensées ceux qui soupirent plus après les béni^dictioQs du ciel qu'après eelui qui en
esl le dispensateur.
« IX. Les fidèles serviteurs en usent autrement. Ils s'oublient eui-mômes pour ne songer qu'à Dieu ; ils ne clierchent qu'à nccomplir sa volonté, qu'à procurer su gloire, qu'à lui faire un sncritlce continuel de leur amour-propre. Qu'il répande dans leur cœur les joies spirituelles, ou qu'if en suspeiidc le cours pour laisser leur âme dans f'iiridilé, ils sont toujours les mêmes, toujours dans une égalité d'esprit que rien ne trouble, toujours constants à aimer, à louer, & liéiiir le Seigneur. Ni les nuages qui s'élèvent dans l'intérieur, ni la violence des impressions des sens, ni la froideur de leur âme, ni l'engourdissement de l'esprit, ni la sécheresse du cœur, ni la violence des tentations, rien au monde, les peines non plus que les douceurs, ne les tirent de la franqulllité, ni ne font sortir leur flme de son assiette. Ce n'esl pas qu'ils soient insensibles aux impressions de ces mnuvemenls:
les uns les flattent et les autres les aflljgent, mais la supériorité de la raison les met BU-dessus des senlimenls de la partie inférieure de l'âme. Lo fond de la volonté se conserve dans le calme, au miliuu du tumulte qui s'élève autour d'elle. Elle est tranquîMe, parce que toujours conforme à ce qu'il platt à Dieu d'ordonner ou de permettre, elle se contente de désavouer tous les mouvements qui s'élèvent contre l'ordre de la raison.
a Heureuï état I oii l'homme, appuyé sur la terre ferme, c'est-è-dirc sur la charilé, se trouve inébranlable dans l'amour qu'il a pour son Dieu, et incapable de goûter aucune consolation que dans une parfaile soumission à ses ordres. Heureux étatl où l'on fuit avec ardeur tout ce qui déplaît à Dieu, où l'on regarde avec horreur tout ce qui pourrait souiller le moins du monde la pureté de l'âme, et où l'on se remet de tous les événements de la vie h la Providence. Comme on a, par ce moyen, lo cœur pur, libre et tranquille, on esl véritablement dévol, car c'est dans cette pureté, dans celte liberté, dan^ cette tranquillité, que consiste la vraie dévolion et la plus agréable aux yeux do Dieu,
« Pour celle qu'on nomme dévotion sensible, elle n'esl ni d'une aussi longue durée, ni si ('apable de nous rassurer. Aussi vo,yons-nous que Dieu la donne plus communément à ceux qui sont depuis peu convertis ou qui commencent à entrer dans la vie spirituelle, qu'à ceux qui y ont déjà f.iit des progrès considérables. Efio ne laisse prturtûnt pas d'être d'une très-grande utilité quand on sait en faire un bon usage ; c'est pourquoi elle est aussi l'objet des désirs des âmes les plus avaucâes, de ceux que Jésus-Christ dit qu'il n'appellera plus serviteurs, parce qu'il les regarde comme ses amis. Oui, ceux-ci recbercbent les cousoiations intérieures dont les charmés sont
si délicieux et dont la force, pour soutenir dans la vertu, esl si merveilleuse. A peino en sont-ils privés, qu'ils s'en plaignent h leur divin maître, et le conjurent avec le prophète de leur rendre cette joie sainte qui est le gatje précieux de sa protection, lis ont une ardeur inconcevable pour ces communications où Dieu se laisse voir â découvert, et où l'on jouit de ces chastes et délicieux embrassemenls ; mais le désir qui les anime est pur, spirîluel, plein de modération et de retenue, et par là bien différent de celui des faux dévots, qui n'est qu'une avidité indiscrète, une vraie sensualité, un effet de légèreté et de faiblesse, un empressement inquiet et plein de trouble. Les vrais dévots soupirent après les douceurs de la grâce; mais loin d'avoir en vue leur sntisfaction particulière, ils n'y cherchent qu'un nouveau moyen décroître en ferveur, de se purifier sans cesse de leurs imperfections et de plaire de plus en plus à leur divin époux. Ils aiment les consolations, et quand Dieu les leur fait goûter, ils ne manquent pas de l'en remercier; mais ils les aiment comme des moyens et non comme leur fin. En sorte que, ne les prenant jamais pour motif ni pour règle de leur conduite et des mouvements de leur cœur, ils sont è cet égard dans une libu-rlé et une indépendante parfaite, prêts à faire égalemcul leur devoir (tuand même ce secours leur serait Aie. (.'est que ces faveurs ne sont |>as la lin où ils tendent, mais le canal par où ils remontent jusqu'à Dieu.jusqu'au souverain bien, â qui l'un est obligé de tout rapporter, et en qui seul il esl permis de s'arrêter. Enfin, pour comble de bonheur, moins ils sont attachés à cette sortlj de grâces, plus elles leur sont données avec profusion.
« Quelque riches qu'ils soient des dons célestes, on ne remarque point en eux d'élëvement de leur cœur ; ils ne s'en estiment pas davantage et n'en conçoivent pas lo moindre mépris pour les autres; s'eslimant peu eux-mêmes, les faveurs dont ils sont Comblés, loin de leur inspirer de l'orgueil, leur font sentir de plus en plus qu'étant indignes de toute grâce s|iirituelle, 'e peu au'ils en ont vient de la pure miséricorde u Seigneur, et que ceux a qui on a fait de plus riches présents et coutié des dépêls considérablcs,en rendroni h Dieu un compta plus sévère. Dans celte idée, ils se regardent comme les derniers serviteurs de Dieu, marchent toujours avec une sainte frayeur, et fout d'autant plus de progrès dans l'bninilité , que les bénédictions que te ciel verse sur eux sont plus abondantes,
■ Quelle joie, quels transports, qnoUe gloire pour eux, si. à l'exemple de Jésus- Cbrist, ils se voient diCTamés, noircis de calomnies, accablés d'outrages, d'injures, d'humiliations, sans y avoir donné aucun sujet l C'est alors qu'ils se réjouissent dans le fond de leur cœur, et qu'ils sont plus contents que s'ils avaient des révélations et des visions, ou qu'ils opérassent les plus grands prodigus. Ces routes cxtraordinai-
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res leur paraissent à craindre plulôl qu'à souhaiter, et ils sont toujours en garde contre ce qui pourrait les porter à la vaine gloire et à une secrète complaisance en eux-mêmes. Le démon a beau se transfigurer en ange de lumière, ils ne donnent pas dans ses pièges, et avec le signe de la croix ils savent rendre inutiles les artifices qu'em-
Floie le serpent infernal pour les séduire. Is n'ont pas la présomption ni l'orgueil de fonder l'espérance de leur salut sur le nombre ou sur les mérites de leurs bonnes œuvres ; mais ils mettent toute leur confiance dans les mérites de Jésus-Christ, qui leur a acauis, par son sang, la liberté des enfants de Dieu. — Pour vous , mon cher frère, après avoir reconnu la différence qui se trouve entre les faux dévots et ceux qui le sont véritablement, faites vos efforts pour être du nombre de ces derniers. Si par malheur vous étiez encore de ceux dont vous ne voudriez pas être, gémissez, humiliez-vous : Dieu donne sa grâce aux humbles, et c'est avoir déjà un pied dans la compagnie des véritables serviteurs de Dieu, que de reconnaître avec humilité et de confesser avec douleur qu'on est encore au rang des serviteurs lâches, inutiles et infidèles; mais travaillez cependant jusqu'à la jnort et ne craignez rien. A ce prix vous ne serez point rejeté avec les mauvais serviteurs, mais vous entrerez avec les bons dans la joie et dans la gloire de votre maître.
« X. Il y a une troisième espèce de gens engagés au service de Dieu, qu'on ne saurait regarder en aucun sens comme ses serviteurs et qui sont plutôt de vils esclaves du démon. Je parle ae ces misérables et infortunés religieux nui ne font aucun cas de la dévotion et de la grâce» qui négligent tout à fait le soin de leur salut, qui honorent Dieu des lèvres, tandis que leur cœur est loin de lui. Plongés dans un déluge de maux, à peine jettent-ils les yeux sur le danger qui les environne et sur le moyen d'en échapper. Ils sont aujourd'hui tels qu'ils étaient hier : ils sortent du chœur tels
au'ils y étaient entrés, pleins de vices et de éfauts, tièdes, lâches, dissipés, immodestes et même effrontés. Que sert à ces malheureux de mêler leur voix à celles de leurs frères pour chanter les divins cantiques?
Leurs lèvres souillées irritent le Seigneur, loin de l'apaiser.
« Plût au ciel que le monde eût retenu ces gens-là ! Pourquoi sont-ils venus dans le monastère? Faut-il que leurs pieds impurs souillent une terre aussi sainte? Faut-il que la piété de ceux qui ont fait des libéralités aux maisons religieuses serve contre leur intention à nourrir de tels sujets? Faut-il que les pécheurs dévorent ce qui n'a été donné que pour la subsistance des justes? Faut-il enfin qu'ils profanent, par
apprendre
vie des anges et à f^ire leurs fonctions?
Puisqu'ilsvou.aîent croupir dans le vice, que ne se tenaient-ils dans le siècle, qui est le lieu de la corruption ; et pourquoi sont-ils entrés dans la religion, qui est le lieu de la pureté? La vie criminelle qu'ils auraient menée dans le monde ne leur eût attiré qu'un enfer, au lieu que la vie molle et sensuelle qu'ils mènent dans la maison de Dieu leur prépare un double supplice; mais mon dessein n'est pas devons entretenir au Jong sur leur sujet. Revenons donc à vous.
« XI. Ayez soin de régler d'avance et de vous prescrire heure par heure tout ce que vous devez faire dans la journée ; mais souvenez-vous que cette exactitude à déterminer toutes vos occupations doit être accompagnée d'une grande fidélité à suivre l'ordre que vous aurez une fois choisi. Que si pourtant l'obéissance ou toute autre bonne raison, ou enfin quelque contre-temps imprévu, vous oblige d'interrompre et même de retrancher en tout ou en partie quelquesuns de vos exercices ordinaires, gardez-vous bien de vous en inquiéter. C'est la liberté d'esprit, l'égalité d'âme, la pureté du cœur, que vous devez rechercher avant toutes choses, et tous vos efforts doivent principalement aboutir à vous procurer une paix inaltérable que nul retour d'amour-propre ne puisse troubler. Tâchez de vous maintenir dans cet état sans perdre Dieu de vue ; par là vous vous rendrez plus agréable à ses yeux qu'en faisant les bonnes œuvres les
Elus pénibles et les actes de vertu les plus éroïques. Laissez donc sans crainte tout ce qui pourrait donner atteinte à cette heureuse tranquillité; et de quelque utilité qu'une chose vous paraisse, quelque rapport qu'elle puisse avoir à la piété, faites-en le sacrifice et abandonnez-la pour un temps, pourvu que l'obéissance n'y soit pas intéressée. Le scrupule est un obstacle à la véritable paix, à la parfaite confiance en Dieu et au progrès spirituel. C'est pourquoi l'on ne saurait assez prendre de mesures pour en prévenir les suites.
« Evitez avec soin l'oisiveté; c'es^t un poison qui gagne peu à peu et qui donne enfin la mort à l'âme. Fuyez avec la même attention les occupations oui ne sont d'aucune utilité pour le salut. Quand je parle de l'oisiveté, j'entends celle qui est viieieuse; car il y a une espèce d'inaction qui n'a rien que de louable; c'est lorsque l'âme repose dans le sein de In Divinité, et que, délivrée du bruit et de l'impression des objets sensibles, elle se tient dans un silence intérieur, où elle semble ne pas agir, mais seulement recevoir les faveurs de son bienaimé. Si la main de Dieu vous y conduit quelque jour, ô que vous serez utilement et heureusement oisif! Partout ailleurs, no soyez pas un seul moment sans vous appliquer ou à la lecture, ou à la méditation, ou à la prière , ou à quelqu'autre occupation sérieuse.
« XU. Si vous êtes assidu à la lecture des livres spirituels, si vous vous y portez
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avec empressement, vous éprouverez bientôt qirii n'y a rien de plus propre à remplir l'âme do joie, à lui adoucir les exercices de la piété, à l'accoutumer insensiblement aux pures délices de l'esprit, à la dégoûter des plaisirs des sens, à l'affermir parfaitement dans ses. bons desseins.Mais pour en retirer de si grands fruits, il faut s'appliquer nonsoulement avec ardeur, mais encore avec sagesse; c'est-h-dîre y rechercher des instructions salutaires, des motifs d'aimer Dieu de plus en plus,etnon de quoi flatter la curiosité, comme serait un vain étalage d'érudition, ou l'ornement du discours et la politesse des termes. Le royaume de Dieu lie consiste pas dans la beauté du langage, mais dans la sainteté de la vie. Cependant, comme on ne doit pas se faire une peine de ne pas rencontrer dans un livre de dévotion Télégance du style, il ne faut point aussi, quand elle s'y trouve, la rejeter avec mépris, mais en profiler avec reconnaissance, car c*est un don de Dieu. Recevez tout avec actions de grâces, et tout contribuera à votre avancement dans la vertu.
« Ne vous chagrinez pas de voir que ce
aue vous lisez ou ce que vous entendez ire de bon s'efface aussitôt de votre souvenir. Ce défaut de mémoire, qui, malgré le soin que vous prenez d'éviter dans vos lectures la précipitation et l'excès, parait vous enlever la divine semence, ne vous en dérobe pas tout le fruit. Les maximes spirituelles dont on se nourrit souvent, et qui semblent d'abord s'effacer de l'esprit, ne laissent pas de maintenir l'Ame touiours pure aux yeux de Dieu, semblables a ces eaux vives qui purifient les canaux par où elles ne fout que couler sans s'y arrêter. Après tout, le grand avantage que vous devez retirer de la doctrine céleste répandue dans les livres, ne consiste pas à en retenir les paroles, mais à en conserve^ les effets, qui sont la pureté de l'âme et une forte résolution de faire toujours et en tout la volonté du Seigneur.
« Appliquez-vous tout ce que les livres disent contre les défauts et les vices ,* et n'en faites jamais l'application aux autres par un travers où il y 'aurait peu de sûreté
f>oar vous et beaucoup de prévention contre e prochain. Cette conduite peu charitable pourrait facilement altérer la paix de votre conscience et même la souiller. — Si vous tombez par hasard sur certains endroits capables d'alarmer la chasteté, et que vous ne puissiez vous dispenser de lire, passezy rapidement. Il faut espérer alors que, vos lectures se faisant dans l'ordre de Dieu, ces matières délicates ne feront pas d'impression sur votre cœur. Hais, si maigre vos soins et vos précautions, elles trouvent entrée dans votre esprit , qu'elles ne fassent qu'en eiQeurer la pointe, et qu'elles soient aussitôt rejetées avec fidélité ; c'est un excellent moyen d'arrêter les suites que pourraient avoir les images indécentes qui se présentent à l'esprit, et de prévenir les mguvcmonts impurs. Que si cela ne suffit
pas, et que des tentations ^importunes continuent a vous fatiguer et à vous troubler» désavouez-les promptement. Opposez la raison à la chair, refusez de consentir au crime, munissez-vous du signe de la croix, invoquez le Seigneur, tournez vers lui vos pensées, car ce n'est point ici qu'il faut combattre de front pour vaincre 1* ennemi. C'est en fuyant, c'est en pensant à toute autre chose, que vous échapperez au danger.
« Ne suivez pas l'exemple de ceux qui ne gardent aucun ordre dans leurs lectures, et se jettent indifféremment sur tout ce qui se présente à leurs yeux. Imitez encore moins ceux qui ne veulent que du merveilleux, à qui rien ne saurait plaire sans la grâce de la nouveauté, et pour qui les choses les plus utiles sont fades et insipides dès qu'elles sont communes, à ia portée de tout le monde et autorisées par un lonç usage. Loin de vous des sentiments si bizarres, plus propres à vous égarer dans les voies spirituelles qu'à vous faire avancer. Loin de vous une maladie si dangereuse et ^si capable de vous exposer aux plus grands risques.
K Bornez-vous donc à une lecture utile, dont vous aurez fait un choix prudent. Demeurez-y attaché malgré les dégoûts que vous y pourriez sentir. Relisez même plusieurs fois les endroits qui vous paraîtront importants et propres à vos malaaies spirituelles. En un mot, faites vos lectures avec méthode et non avec coufiision, ni en pas« sant tantôt d'un côté, tantôt de l'autre. Ce n'est pas que dans le temps de la tentation, des peines intérieures et de la disette spirituelle, on ne puisse quitter pour un temps le livre qu'on aurait commencé, et chercher ailleurs la force, la consolation et la nourriture dont on a besoin. C'est à la prudence à choisir alors ce que la nécessité semble exiger.
« Rien de plus vrai que cette maxime des maîtres oe la vie spirituelle, qu'il est très-utile de passer de la lecture à l'oraison, et de l'oraison à la lecture. C'est une pratique très-louable de les faire succéder Tune à 1 autre pour en bannir le dégoût et l'ennui. L'esprit, plein de vigueur au sortir de l'un de ces exercices, se trouve en état de reprendre l'autre avec des forces toujours nouvelles. Enfin, ces deux sources étant jointes ensemble, les biens qui en découlent n'en sont que plus abondants. Et qui vous empêche même de mêler de telle sorte l'oraison avec la lecture que vous n'en fassiez qu'une seule et unique occupation? Vous n'avez qu'à interrompre de moment à autre ce que vous lisez pour faire de courtes aspirations vers le ciel, pour soupirer après Dieu par de tendres élancements d'amour. Et combien y a-t-il de traités, combien de livres d'où vous pourrez tirer tout à la fois des sujets de lecture, de prière et de méditation? Tels sont en particulier les livres de l'Ecriture sainte dont on peut dire que la lecture n'est autre chose qu'un entretien continuel de l'âme avec son Dieu.
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