‹ Dictionnaire d'ascétisme (volume 3)Chapitre 171 sur 186 · II · texte numérisé non relu

II

« XHI. Dans le concours des prières et des oraisons qui se font en communauté avec colles que vous vous êtes prescrites à vous-même, souvenez-vous de donner toujours la préférence aux premières. S*il vous semble que vous n'y êtes pas aussi fervent qu'aux autres, soyez persuadé qu'avec moins de goût sensible, vous y trouverez plus d'avantages réels. Préférez de même tout ce qui est dans le train de la régularité à toute œuvre de surérogation , car il faut que Tohéissance tienne dans votre esprit la première place, et elle doit aller avant tout Je reste.

« P^ut-élre voudriez-vous savoir les matières dont vous pourrez vous occuper dans les oraisons que vous ferez en perticulier? Si vous m'en croyez, vous les commencerez par vous accuser vous-même devant Dieu, et par lui demander le pardon de vos fautes. Après quoi vous le prierez d'éteindre en vous les passions déréglées et les inclinalions vicieuses, et de vous affranchir de tout ee qui est contraire à l'ordre et à la raison. Vous, lui demanderez la grâce de supporter avec patience et avec joie les tentations et les autres peines de la vie. Vous lui demanderez l'humilité la plus profonde, la charité la plus ardente. Vous le conjurerez de régler vos démarches, de vous apprendre la science du salut, d*éclairer votre ignocance, de vous soutenir dans vos faiblesses, de vous prenare sous sa protection. Voilà les pK>ints où je crois que vous devez le plus insister.

« De telles grâces sont quelque chose de bien grand et de bien relevé: aussi ne les obtiendrez-vous que par une constante fidélité et par une longue persévérance h les demander. Persévérez donc à frapper chaque Jour à la porte, le Seigneur à la Gn vous ouvrira et vqus donnera la nourriture céleste dont vous avez besoin pour marcher touiours avec courage dans les routes difficiles de la vertu. — Soyez fidèle à le remercier des dons qu'il vous fait ; rien ne le choque plus que de voir qu'on oublie ses bienfaits et qu'on les paye d'ingratitude. — Dn grand secret pour attirer plus facilement et plus promptement sur vous la miséricorde de Dieu, c'est de redoubler la ferveur de vos prières en les faisant pour toute l'Eglise, oour ses besoins, pour ceux qui la composent, pour les vivants et pour les tnoris, enfin pour tous sans exception.

« XIV. Si vous souhaitez apprendre quels

{peuvent être encore les objets des occupations journalières dont vous pouvez espérer plus de profit, je vous dirai que le chant des psaumes est utile, que la méditation des autres parties de l'Ecriture sainte l'est aussi; que la considération des créatures, qu'on a aoin de rapporter au Créateur, a des avantaçes ; que toutes les autres manières de prier sont bonnes; les saints cantiques, les actions de grâces et généralement toute réflexion pieuse, de quelque nature qu'elle soit. Mais enfin, il y a, de l'aveu de tout le

monde, un exercice plus utile que .es autres que rien ne saurait remplacer, et qui seule peut suppléer à tout le reste : c'est la méditation de la vie et de la mort de Jésus-Christ, et c'est surtout avec raison que l'on préfère à tout autre sujet la mémoire de sa passion sacrée. Elle est en eS*et un moyen efficace

f)Our la destruction des passions et des afèctions désordonnées, un asile favorable pour le temps de la tentation, une ressource assurée dans les dangers, un doux soulagement dans les maux, un repos charmant dans les travaux, le remède le plus prompt contre les distractions, le chemin qui con* duità la vraie sagesse, l'unique entrée à la contemplation, la joie la piusnure de l'âme, une fournaise qui ne cesse ue brûler d'amour, l'adoiuïissement des adversités les plus cruelles, la source féconde d'où toutes les vertus se répandent sur nous, un modèle achevé de toute perfection, un port assuré contre les écueils du siècle, l'espérance de tous les Chrétiens, leur mérite, leur salut.

« XV. J'ai connu un religieux qui s'était fait une méthode de partager l'histoire de la passion de Jésus-Christ en plusieurs points principaux, et de s'en proposer chaque jour un pour la méditer. Un jour, par exemple, il avait sous les yeux Jésus-Christ agonisant au jardin des Olives ; et ce jour-là, quelque part qu'il se trouvât, en quelque endroit qu'il allât, quelque chose qu'il fit, il ne perdait pas son Sauveur de vue, à moins que son devoir ne l'occupât à quelque autre onjet nécessaire; et parcourant ee qui se passa dans le jardin, il parlait à peu près de la sorte à son âme : « O mon âme, voici votre Dieu, regardez, voyez, examinez, considérez votre Créateur, votre Père, votre Rédempteur, votre Sauveur. Voici votre ressource, votre soutien, votre secours, votre confiance, votre force et votre salut, votre sainteté et votre perfection, votre mérite et votre récompense, votre tranquillité et votre joie, votre lumière et votre vi«, votre couronne et votre gloire, votre amour et votre souverain bien, votre premier principe et votre fin dernière. Jusques h quand serez-vous dans la dissipation^ fille vagabonde? Jusques à quand fuirez-vous la lumière pour courir après les ténèbres? Jusques à quand abandonnerez-vous la paix pour vivre dans le tumulte? Revenez, revenez, Salamite ; et puisque le nom que vous portez est le symbole de la paix, commencez enfin à vous tranquillisera vous recueillir, à rentrer dans vous-même. Abandonnez tout pour n'embrasser qu'une seule chose, car il n'y a qu'une chose nécessaire. Demeurez avec votre Seigneur; placez-vous auprès de votre Dieu, ne quittez pas d'un pas ce divin maître; asseyez-vous à l'ombre de votre bien-aimé ; mettez toutes vos dé*^ lices à partager avec lui le calice d'amertume qu'il boit à longs traits. Abl qu'il est bon pour vous d'être là I heureux endroit 1 d'où l'ennemi du salut n'approcha jamais, et où les embûches, les dangers, les ténèbres ne trouvent aucun accès. Tout y est dans

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une parfisite sûreté, toot y brille d^ane clarté lumineuse. Mon Âme, que ce aoit donc pour TOUS une demeure de choix et d'inclination. Vous y trouverez toute l'assurance, toute la liberté, toute la joie, tous les agréments que TOUS pouvez désirer. C'est là que les ▼ertus réunies répandent au loin un parfum céleste, mille fois plus doux que les fleurs les plus odoriférantes. C'est de là, eomme d*un feu sacré, que partent les plus claires lumières et les ardeurs les plus épurées. EnQn, c*esl là que vous trouverez la véritable consolation, la yéritable paix, le véritable repos, le comble de tous les biens. »

« Telles étaient les réflexions courtes et pieuses dont se nourrissait ce religieux pour s'animer à la piété, pour rentrer dans son intérieur et pour élever son esprit vers Dieu. 11 en choisissait une, deux, trois, tantôt plus, tantôt moins, suivant le mouvement de sa dévotion et l'impression de la grftce. Il réitérait auMsi et répétait souvent les mô^ mes inspirations. Il gravait profondément dans son âme ce que Jésus-Christ fil et soufihrit au jardin des Olives. Et à quels sen« timents de dévotion ne s'eicitait-il pas à la ▼ue de ce divin Sauveur? Tantôt il pesait avec attention l'excès prodigieux de son hu^ militéj de sa douceur, de sa patience, et Tardeur inconcevable de sa charité; tantôt il s'attendrissait sur les souffrances et sur les humiliations do ce Dieu de majesté. D'autres fois il s'animait ou à le remercier de tant de bienfaits, ou à lui rendre amour pour amour, ou à demander le pardon de ses péchés, on à solliciter quelque grâce. Il se disait souvent à lui-même avec ferveur : « O mon âme I quand serez-'vous prôte à mar* cher sur les traces de votre Dieu, à imiter son humilité, sa douceur et sa patience 7 Quand férez-vous reluire dans votre conduite un exemple aussi touchant? Quand, guérie de vos infirmités spirituelles et délivrée de vos passions et de vos inclinations vicieuses, verrez*vous disparaître tout ce qui se trouve en vous de* mauvais et de déréglé? Quand supporterez«vous avec tranquillité et avec piaisir les peines et les tentations qui vous arrivent? Quand aimerez* vous parfaitement votre Dieu ? Quand, unie intimement à lui, aurez-vous le bonheur de le tenir entre vos bras ? Quand serez-vous tout abîmée dans son amour ? Qnand parattrez-vous, devant lui avec la pureté^ la simplicité, le dénûment qu'il exige? Quand pourrez-vous sans obstacle, jouir de ses chastes embrassements ? O si vous aimiez votre Dieu avec ardeur! 6 si vous étiez inséparablement et pour jamais attachée à votre souverain bien f »

« Il fixait parfois ses regards vers le ciel, et s'écriait: « O mon ftmel où est votre c amour? où est votre trésor et l'objet de vos « désirs ? où est votre souverain bien et votre « Dieu? Quand aurez- vous le bonheur de le c voir, de le posséder et de jouir de lui ? c Quand pourrez-vous mêler votre voix à f cellesdes citoyens du cie^ pour chanter à «jamais ses . louanges? » C'est ainsi qu'il

s'entretenait d'esprit et de cœur, ou qu'il suivant le de bouche tout bas ces paroles» prononçait mouvement de l'Esprit-Saint.

« D'autres fois il s'accablait de reproches» blâmait soo âme de sa pesanteur, de sa mollesse, de sa tiédeur, de son ingratitudot de son endurcissement, de son inconstance» de sa misère ei de ses malheurs. Quelquefois pour se fortifier contre la pusillanimité» et dissiper ses vaines frayeurs, il lui disait ; Ne vous découragez pas, ô mon âm^), ne vous désespérez pas, consolez -vous et ayez confiance. Vous avez péché, il est vrai, vous Êtes couverte de plaies ; maia voici votre Dieu, votre médecin céleste prêt à vous guérir. Il est assez bon et as* sez miséricordieux pour vous pardonner»

et assez puissant pour effaeer vos fautes en un instant. Peut-être sa qualité déjuge vous fait trembler ? Mais rassurez-vous» celui qui est votre juge est aussi votre avocat. Quand il vous voit pénitente, il se charge de votre cause pour solliciter l'abo^ lition de vos péchés, et quand il vous voit humiliée en sa présence» il est votre juge, non pour vous condamner, mais pour porter en votre faveur un arrêt de vie et de salut. Sa bonté est infiniment plus grande

Sue votre malice, et ses miséricordes plus tendues que vos fautes. Je vous le dis» non poor que, persévérant dans le mal»

vous vous rendiez indigne da sa olémencat mais afin qu'en détestant sincèrement vos crimes, vous n'en désespériez pas le par^don. Que votre Dieu est plein de douceur et de bonté, qu'il mérite qu^on l'aime et ^ qu'on le désire plus que tout le reste ! Quelle est sa t^dresse pour les ouvrages de ses mains | Ah 1 quand on pense à lui, peut-^n se figurer quelque chose de sévère et d'effrayant? S'il est terrible» ce n'est que pour ceux qui, abusant de sa

etienoe, diffèrent de se convertir. Ne it-il pas qu'à la fin il punisse des crimes dont l'énormité fait injure à sa bonté» et dont l'infamie déshonore sa sainteté? Pour les fautes légères qu'il n'est pas possible d'éviter en ce monde, elles ne doivent pas, 6 mon âme, vous jeter dans la consternation. Ne pensez pas que Dieu vous regarde de mauvais œil, parce que vous aurez des imperfections et des faiblesses. Vous ne lui en deviendrez nue plus chère, si Wous désirez un plus haut degré de perfection et que vous travailliez à y parvenir. Bien plus» ce sera lui-même qui vous soutiendra dans ces généreux efforts»

2ui vous rendra de jour en jour plus parité, et ce que vous n'oseriez pas espérer peut-être, qui vous embellira jusqu'à vous rendre un objet digne de ses regards et de toute sa tenoresse. » Telles étaient à peu près les entretiens de ce religieux avec luimême, et les moyens qu'il employait pour s'animer à chérir son bien-aimé de Kamour le plus pur et le plus ardent. Il prenait aussi la liberté de lui parler à lui-même, et en soupirant après lui par de saints désir* v « O lésus, oisait-il» mon doux Jésus l Fas-«

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«•leur plein de bonté, maître plein de dou- « ceur, roi de la gloire éternelle, quand « pourrai-ie paraître devant vous sans au- « cune lacne, sans avoir rien qui puisse vous « déplaire, et avec Thumililé qui seule peut « gagner votre cœur? Quand mépriserai-je « entièrement les choses sensibles pour Tait mour de vous? Mais surtout quand aurai- « je cette parfaite abnégation de moi-même, « qui consiste dans un sacrifice entier de n mon amour-propre ? Oh I si je pouvais « une bonne fois me voir parfaitement guéri « de cet amour-propre et de ma propre vo- « lonlé I Je serais à couvert des passions et « de toute affection déréglée, je ne me cher- « cherais en rien. L'amour-propre est la « seule chose qui puisse mettre entre vous « et moi un mur de séparation ; lui seul « arféte mes pas vers vous. Quand en serai - « je donc délivré? Quand m'abandonnerai- « je à vous par une entière résignation à « vos volontés ? Quand vous servirai-je avec « un cœur pur et tranquille, un cœur dont « la sincérité ne connaisse pas les raiïine- « ments de Tamour-propre, et dont le calme a ne puisse être troublé par les images des « passions? Quand vous aimerai -je sans « partage? Quand aurai-je la consolation de a me jeter dans votre sein adorable et de « m'attacher entièrement à vous? Quand « ressentirai-je les saints transports de votre « amour? Quand ce même amour, ce feu « divin que vous êtes venu apporter sur la « terre , détruira-t-il pour jamais le fond « de tiédeur et d*im{)erfection qui est en « moi?

tf 0 mon Dieu, la douceur de mon Ame, « ma consolation, ma vie,jnon amour, mon « désir, mon trésor, mon unique bien, mon « principe et ma fin I Que ne suis-)e déjà « dans la jouissance des douceurs ineffables « que Ton goûte entre vos bras et pendant « qu'on vous possède I Que ne puis-je m'atf( tacher à vous par les liens indissolubles « du plus tendre amour I Que ne puis-je a vous être uni de la manière la plus intime « et la plus parfaite I Car, hélas I qu*ai-je à « désirer dans le ciel, et que puis-je aimer « sur la terre, si ce n'est vous, 6 mon Dieu? « Mon cœur et ma chair ne peuvent pas « soutenir la violence des désirs qui me « portent vers vous, ô Dieu de mon cœur, ô « Dieu qui êtes mon partage pour jamais 1 ff Ah I quand le monde ne me sera-t-il plus « rien, et que les embarras, les inquiétudes, « les vicissitudes du siècle seront unies pour « moi? Quand serai-je au terme de mon pè- « lerinage, à la fin de mon triste et doulou- «reuxexil? Quand verrai-je les ténèbres « de celle vie mortelle sur leur déclin et le « jour de l'éternité prêt à luire et h se lever « pour moi I Quand, délivré du poids de ce «corps mortel, pourrai-je m'élever jusqu'à « vous ? Quand est-ce enfin que, sans délai « et sans aucun empêchement, je serai assez « heureux pour vous voir face à face, et « vous bénir de concert avec tous vos saints « pendant rélernité? Hûtez ce momen». qui ic doit faire mon bonheuri ô mon Dieu, ô

« mon Dieu, mon amour, mon dési-r, mon « unique bienl »

« Il faisait un fréquent usage de ces aspirations, sachant qu'elles sont un excellent moyen de parvenir bientôt à l'union de l'âme avec Dieu et à une parfaite abnégation de soi-même. Il tenait toujours prêtes celles

S[u'on vient de rapporter, pour pouvoir en aire usage en tout temps et en tous lieux. Quand il avait quelques moments de plus qu'à l'ordinaire, il s'abandonnait plus longtemps et plus librement à ces saints transports. Assis aux pieds de son divin maître, a l'exemple de Marie, il goûtait les plus pures joies qu'il recherchait non pour luimême, mais uniquement pour la gloire de Dieu. Il ne manquait pas, au milieu de tout cela, de produire les autres actes de religion, comme de le louer, de l'adorer, de le remercier, de le prier ardemment, selon les circonstances, et le tout, avec une tendresse, une vivacité, une effusion de cœur admirables.

Ki II s'adressait encore à la sainte Vierge, comme à une reine pleine de miséricorde, et à une mère remplie de bonté, et à celle à qui il esi donné de dépenser les trésors célestes et qui les répand libéralement. En Crésence de cette auguste mère, il redoulait ses pieux gémissements, imploraut sans relâche ses faveurs par de saintes importunités. -- Un autre jour il considérait son Sauveur livré à ses ennemis par le traître Judas, et il appliquait à cet objet les exercices de dévotion dont on vient de parler. Il parcourait ainsi par ordre les mystères de la Passion, consacrant un jour à cnacun ; et après le dernier, il les reprenait de nouveau. Pour l'endroit de la Passion qui représente Jésus-Christ en croix, il n'attendait pas pour y penser, qu'il vint dans son rang, mais quand il le jugeait à propos, il y donnait quelques moments les autres jours, et il ne s'en passait guère qu'il ne fit des réflexions particulières aux plaies du Sauveur cruciG^, qui ont été aussi douloureuses pour lui que salutaires au genre humain ; et lorsqu'il en voyait couler le sang à grands flots, il tâchait d'exciter en son âme tous les sen(iment.s de passion et de reconnaissance qu'un tel spectacle exige de nous.

« Aux jours des fêtes du Sauveur et de la sainte Vierge, i! s'occupait des mystères que l'Eglise y célèbre, en suivant son esprit plutôt que son propre goût. Il interrompait sans peine les points de la Passion qui arrivaient ces jours-là, tournant ses exercices et ses aspirations à la solennité et aux circonstances des m^rstères ou de la fête ; mais ce qui transportait surtout ces jours-là ce fidèle serviteur de Dieu, c'était le chant des psaumes et des autres cantiques de l'Eglise. — L'usage continuel et réitéré de ces dévotes aspirations fut pour lui une source abondante de consolations spirituelles, et son travail fut abondamment récompensé. Je vous propose un exemple, c'est à vous de le suivre, si vous voulez. Si vous le faites, quels avantages n*en relirerez-voqs pas? Tant de

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pensées vagiifis et inuliles bannies de votro amo y laisseront un vido qui sera d'abord reaipli P'*'" ""^ foule de pieuses réflL'Sions et de saints désirs. De là une heureuse habitude de la présence de Oiou, qui vous accoutumera à no le jamais perdre de vue. De là la retenue de vos sens, qui réprimera leur convoitise, qui les tietora en garde couIfc les objets dangereux, qui leur Ojv prendra h se soumettre à. la raison, et qui, les garantissant de ce qui pourrait se troubler, les conservera toujours dans un calme parfait. De là cette facilité que vous éprouverez à vous frayer «no route à la contem- Lilatjon la plus émincole et à la perfection la plus sublime. De là, enfin, le bon usage du temps si précieux, dont la moindre partie no pourra vous échapper, à quelque Iravail que vous soyez occupé, et en quelque eîidroit que vous vous trouviez.

< Vous voyez par tout ce que j'ai dit que ce que j'entends par le mot aspiraliom se réduit a des oraisons jaculatoires, à des désirs embrasés qui se portent vers le ciel comme des traits do feu, à des élancements de cœur vers Dieu, également vifs et tendres.

« mon âme, sortez de la [lOussiËre... captive « depuis longtemps, fille de Sion, rompez

■ vos chaînes. Levez-vous et cessez de vous

■ traîner dans l'ordure de vos vices, dans le « désordre d'une vie tiède, molle et languis-

■ sanlo. Jusqu'à quand un charme trompeur ( vous donncra-l-il de la sécurité au milieu •t des plus grands dangers? Jusqu'à quand « vous retiendra-t- il endormie dans le sein « lïième de la mort ? Jusqu'à quand mettreza vous votre repos dans ce qui ne saurait « être qu'un principe d'agitftlion et de trou- « h\e, que lasource de mille peines T Jusqu'à

■ quand abandonnorez-vous la carrière de • la vertu pour Cire vagabonde, et courir « dans des routes égarées? llevenez à votre

■ Dieu, puisqu'il vous attend; hâtez-vous, « puisqu'il est prêt à vons recevoir. Il ira « au-devant do vous à bras ouverts : ne dif- « ferez pas davantage, approchez-vous de « Jésus, et il vous guérira, il vous puri- < Géra; unissez-vous à Jésus, et il vous « éclairera, il vous guidera; attachez-vous « h Jésus, et il vous bénira, il vous sau- « vera. «

Qu'il emploie mAme quelquefois des

Vous pourrez, à votre volonté, vons informer termes encore plus vifs, pour reprocher en-

vous-môme avec des expressions différente de celles dont je me suis servi. £t dans l'usage de ces aspirations .«aintes, si vous sentez que leur ardeur se ralentisse par la lecture, interrompez-la; mais lisez, au coutrairo, et relisez plusieurs fois la même chose, si cela vous facilite ces saintes élévations do l'âme et son union avec Dieu ; car je ne veux pas gêner votre dévolJon. 11 faut qu'elle soit libre, et que vous suiviez l'impression de la grâce sans aucune inquiétude. « XVI. Celui qui commence^ qui n'est qu'aux premiers éJéments de la vie intérieure, et <^ui n'a fait encore aucun progrès dans i'oraison ni dans la pratique de la luortilication, ne ferait peut-être pas bien d'observer en tout la méthode quon vient de donner. 11 lui sera plus avantageux do s'en tenir à celle qui suit. Qu'il se propose dune aussi un point de la Passion à considérer chaque jour. Quelque part qu'il soit, et dans quelque situation qu'il se. trouve, qu'il tâcnede l'avoir continuellement devant les yeux, pourvu néanmoins qu'il ne soit pas obligé d'ailleurs de s'occuper de ces sortes d affaires, qui semblent demander toute l'application ne l'esprit. Hors ces caslà, il pourra s'entretenir aussi avec son Ame, eu présence dé Jésus-Christ soulTrsnt : << O 0 mon âmel voicijvotre Dieu. Voyez, inn grate I regardez misérable, considérez, « malheureuse 1 Du milieu de votre india gence, considérez votro Dieu, votre Créu- H tour, votre Rédempteur, le roi de la gloire « éternelle, réduit pour l'amour de vous à

■ cet état humiliant. Voyez comment la inad jesié suprême s'est abaissée : regardez les <■ cruautés et les indignilésque votre Sauveur « souffre, et comprenez, s'il est possible, a combien vous a aimée celui qui, pouvant

■ se dérober aux tourments, les cherche et < les enduro pour l'amour de vous : sortez

core plus fortement k son ûme l'excès de son ingratitude et do sa malice. « Hélas t mon « tlDie, pourra-t-it dire, quelle a été votro n ingratitude pour votre Seigneur et votre o Dieu I Vous avez reçu de lui des bienfaits a si considérables et en si grand nombre, et « vous lui avez toujours rendu le mal pour « le bien. Ces' lui qui vous a créée à son n îQiage, qui vous a favorisée du don de a l'imuiorlalité, qui a formé pour vous le A ciel et la terre avec ce qu'ifs renferment 0 dans leur étendue. C'est lui qui vous a « comblée de tant do grâces, lui qui vous a « appelée et conduite à la foi de l'Eglise « catholique; lui qui, vous arrachant aux 0 écuoils et aux orages du siècle, vous a « fait venir dans le port tranquille de la vie v religieuse, aGn que là, comme dans un B paradis terresirc, comme dans le véritable

■ séjour des délices spirituelles, il ne vous « manquât ni de motif de vous réjouir dans B le Seigneur, ni des moyens do pratiquer B des bonnes œuvres. C'est lui qui a souÎTorl

■ avec U1I0 longue patience l'énormitô de « vos crimes, et qui dans le temps que vous B l'offensiez, au lieu de vous précipiter dans • les flammes éternelles, a I'>u)do'"s jelenu Il sa Tcngoanco. C'est lui qui, étant le roi

■ des rois, s'est incarné pour l'amour ds a VOUS, et qui, étant votre tréateur, s'est B encore fait votre frère ; lui qui, non con- « tenl d'être devenu dans sa naissance un « enfant faible, a voulu devenir encore, duu rant sa vie, un homme de douleur ; et tout B cela pour vous. Oui, c'est pour vous qu'il B a langui dans la tristesse et dans une ago- B nie mortelle, pour vous qu'il a été trahi a par son opOtre et saisi par ses ennemis, a pour vous qu'il a été garrotté et chargé B d'outrages comme un criminel, pour vous « qu'il a eu le visage couvert de crachats et « meurtri de soufflets, pour vous qu'il a été

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]*opproDre du monde et le Jouet d*une vile populace, pour vous qu il a été flagellé et couronné d'épines, pour vous qu'il a été frappé d*un roseau et chargé du poids de sa croix, pour vous qu'il a été cloué à cette croii et abreuvé de fiel et de vinaigre» pour vous qu'il a répandu son sang adorable, qu'il est mort et a été enseveli. Enfin c'est lui qui, ayant acquis par un si grand prix le royaume des cieux, vous a choisie préférablement à tant d'au* très pour vous transmettre l'héritage qui vous promet ce que l'œil n'a point vu, ce que l'oreille n'a point entendu, ce que le cœur de l'homme ne saurait comprendre.

« Mais vous, mon ftme, que lui avez-vous rendu pour tant de grâces? Vous avez quitté et méprisé celui qui vous en a iavorisée, vous vous êtes dépouillée de tout sentiment de respect et de crainte pour celui qui vous a aimée, vous avez secoué le jouç plein de douceur de celui qui vous a choisie, vous êtes devenue semblable aux enfants de Bélial ; comme une prostituée, vous vous êtes abandonnée au crime sans remords et sans honte; vous avez fait alliance avec la' mort, vous avez contracté avec le démon. D'abord vous vous êtes portée dès votre enfance à toute sorte de mal, vous n'avez cessé depuis d'entasser crime sur crime, et d'ajouter aux désordres communs aux autres hommes des excès qui ne pouvaient peut-être aller plus loin. Viiheureuse, vous avez crucifié derechef par vos péchés Jésus-- Christ qui vous avai t prise pour son épouse, et vous avez rouvert les plaies d'une passion si douloureuse, par la multitude et l'éaormité de yos péchés.

« Ah I qui vous donnera des soupirs et des gémissements proportionnés à de si grands maux? Qui fera de vos yeux une fontaine di larmes pour pleurer, nuit et jour, une aussi noire ingratitude ? horrible étal que celui où vous êtes réduite 1 De quel côté vous lournerez-vous? O si vous étiez demeurée pure et sans tache 1 si vous ne vous étiez pas couverte d'une telle infamie 1 si vous n'aviez pas quille le Seigneur l Mais hélas I vous avez perdu l'innocence, vous avez contracté des taches hideuses, vous vous êtes honteusement déshonorée, vous avez lûchemeut aban donné votre Dieu. A qui recourir? quel secours implorer? Le secours de celui-là même que vous avez ofl*ensé. Il est bon et « miséricordieux, au delà de ce qu'on peut « dire; humiliez-vous,jelez-vousàses pieds, « anéantissez-vous en sa présence, et vous « en obtiendrez miséricorde. »

« 11 est quelquefois à propos que ce pécheur adresse directement au Seigneur ses plaintes et ses gémissements à peu près en ces termes : « Hélas, Seigneur ! mon doux « Jésus, hélas I qu'ai-je fait? Comment ai-je « pu trahir votre parti , avoir pour vous une « si coupable indifférence, oublier ce doux c titre de Sauveur, qui vous a coulé si cher ? « Comment ai-je perdu )a crainte de vos ju-

« gementst Comment ai-je pn fouler aux « pieds votre loi ? Je suis donc un prévari» « cateur, ô mon Dieu I je surs an ingrat^ A « mon créateur I je suis le plus malheureux « des hommes, 6 mon Sauveur ! ma vie, mon « unique bieni Malheur à moi, misérable c que je suis, parce que j'ai péché! malheur c a moi dé m'être ravalé au rang des bêtes, « ou plutôt d'être tombé dans un état encore < plus honteux 1 Doux Jésus! pasteur cha- « rilable et le meilleur des mattres, aidez* « moi I Me voilà abattu sous le poids de mes « péchés, relevez-moi ; je suis prêt à tomber « dans le précipice, tendez-moi la main ; je ff suis souillé de mille crimes, purifiez-moi; « guérissez mes plaies, fortifiez-moi dans « ma langueur et ma faiblesse; je suis perdu, « sauvez-moi. Je mérite, il est vrai que la «t terre s'entr'ouvre sous mes pas et in^ense- « velisse dans ses abîmes. Je suis indigne « de la vie que vous m'avez donnée et des « grâces que je tous demande, car mon in« « gratitude est horrible, l'énormité de mes « péchés est infinie ; mais votre miséricorde « l'est bien davantage. Vous donc, Seigneur, « qui aimez tendrement les hommes, tous « qui êtes mon espérance, ayez pitié de mol, « selon l'étendue de vos miséricordes, et « effacez mon péché suivant la multitude de « vos bontés. »

« D'autres fois se laissant aller à de soudains mouvements de dévotion, il se prosternera devant Dieu, s'écriant avec ferveur: « Seigneur, si vous voulez, vous pouvez me « guérir. » Ou bien : « O mon Dieu I soyez « profuce à ce grand pécheur ; Jésus, fils de « David, ayez pitié de moi. Seigneur, secou- « rez-moi. » Il déchargera également son cœur en présence de la sainte Vierge et des saints, et emploiera de pareils gémissements

£our implorer leur intercession auprès de >ieu. ^

« XVII. Un commençant doit, chaque jour, ou du moins très-souvent, rentrer sérieusement en lui-même, se rappeler trèshumblement les péchés de sa vie passée, avec une ferme résolulion de ne les plus commellre. Il doit ensuite s'en accuser devant Dieu, s'arrêtant particulièrement sur ceux dont la grièvelé et l'énormité ont le plus offensé la maieslé divine. Pour les péchés d'impureté, il les considérera en gros, ^ans trop s'y arrêter, de peur que dans une matière si délicate les fautes passées ne fournissent des idées capables de donner occasion à des fautes nouvelles. 'Dans celte confession il s'excitera à une contrilion véritable, à des larmes sincères, à une piélé tendre et sensible, et fera en sorte que le motif de sa componction se prenne des outrages faits à son Dieu, à son créateur, au meilleur des pères, et de l'ingratitude qu'il a opposée à ses bienfinits, piutêt que des peines éternelles dont sespécnés l'ont rendu digne. \

a II ne s'attachera pas tellement à ces formules d'aspirations et de plaintes amoureuses, qu'il se croie obligé d'employer celles énoncées ci -dessus; il n'est pas néccs-

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;saire d en prendre un grand nomnre et de suivre Torare qu*on a prescrit. Qu'il s'arrête à celles qu'il voudra, en choisisse le nombre qu'il jugera h propos, et les place de la manière qui lui sera la plus convenable. 811 en prend une ou deui, qu'il s'en souvienne et s'en nourrisse pendant la journée, et se borne là. S'il en veut pren- 'dre davantage, il le peut encore. Tout ce qui est à désirer, c'est que sa dévotion soit entièrement libre, et toujours exempte de ce qui pourrait y répandre la confusion et la perplexité:

«e J'ai connu une persoryie qui dans ses occupations extérieures bornait tous ses entretiens sur la passion à ce peu de mots : « O mon aimable Jésus, ô pasteur plein de « bonté, ô maître plein dé douceur! aima- « ble Jésus, ayez pitié de moi ; pasteur plein «de bonté, gui Jez-moi; maître plein de « douceur, instruisez-moi; mon Seigneur et « mon Dieu, secourez-moi. » J'en ai connu un autre qui choisissait plusieurs pensées plus ou moins courtes, et qui aimait snr^ tout à exprimer le même sentiment de mille manières différentes.

<c Tout cela doit être laissé au goût et à la discrétion du disciple. Il peut encore faire usage de la considération de la mort, du purgatoire, du jugement, du paradis et do I enfer, pour s'animer à la componction et se fortifier dans sa résolution de marcher h grands pas dans les voies spirituelles. Plus un tel exercice approchera de la crainte filiale et de l'amour divin, plus il sera agréable à Dieu et propre à purifier l'âme ; au contraire, plus il donnera dans la crainte servile, moins il en retirera de fruits. La crainte filiale nous fait craindre le péché de peur d'outrager un Dieu infiniment bon, et de perdra sa grftce et son amitié ; la crainte servile nous fait craindre ce même l^éché, de peur de tomber dans l'enfer. 11 est pourtant bon d'avoir cette crainte servile qui est un frein pour le .mal. Mais il faut se souvenir de ne pas en demeurer là, et de passer de la crainte des esclaves à celle des enfants.

K XVIIL S'il veut méditer sur la gloire du ciel, il pourra faire les réflexions suivantes : « Oh 1 que la céleste Jérusalem est « un doux séjour 1 Ses murs sont b&tis de « pierres précieuses, ses portes brillent de « réclat des perles les plus fines; ses rues « et ses places sont pavées de l'or le plus « pur, ses jardins émaill^ de fleurs pré- « sentent le speetacle le plus riant. C'est là « que retentissent continuellement des paie rôles d'allégresse, que se chantent sans « rel&che des cantiques de joie, que se re- « Douvellent sans cesse des cris de réjouis- « sance, que se font toujours entendre les « concerts des esprits bienheureux. C'est « U que le baume et les parfums répandent « l es plus douces odeurs. C'est là que règne a une paix, un repos qui passe tout senti* « ment, un calme au-dessus de toute ima- « gination, un jour éternel, une union for- « mée par un seul et môme esprit qui anime

tout, une ferme sécurité, une éternité assurée, une trailquillité perpétuelle, -une agréable félicité, une douceur ineffable, un charme délicieux. C'est là que les justes brilleront comme le soleil dans le royaume de leur père. O quel avantage d'assister aux chœurs des anges, et d'être pour jamais en société avec les patriarches et les prophètes, les apôtres et les martyrs, les confesseurs et les vierges, et surtout avec la glorieuse Vierge Marie Mère de Dieu ! Quel bonheur de se voir pour toujours exempt de crainte, de tristesse, « de chagrin, de peine, d'ennui, de travail, « d'embarras, de dégoût, en un mot de «r tout besoin ! Mais quelle abondance de « consolations 1 quelle multitude de délices I « quel excès de joie I quelle yaste étendue et « quel abtme de plaisir, de voir la gloire « ineffable de la Trinité, cet être immense « qu'on ne saurait comprendre, cette lumière <r douce et ravissante qu'on ne saurait assez « aimer ; de voir dans Sion le Dieu des « dieux, le Seigneur des seigneurs; de le « voir non dans un miroir et en énigme, « mais face à face; de voir enfin l'humanité « sainte de Jésus-Christ dans son état de <c gloire 1 Si l'on trouve tant d'agrément sur « la terre à considérer la' grandeur^ la di- « versité, les révolutions, la clarté brillante a des astres, l'éclat et les rayons du soleil, « la blancheur resplendissante de* la lune, « la lumière répandue dans les airs; à re- « garder la variété des oiseaux, des fleurs, ff des paysages, des couleurs ; à écouter le « son harmonieux des belles voix et les « doux accords des instruments, à sentir « l'odeur des parfums et des fleurs, et à se <K nourrir de mets délicieux; si tout cela « saisit l'flme et la pénètre de joie, quel « sera le torrent de volupté dont cette arae <K sera enivrée, quand elle pourra voir, sen- « tir, goûter, posséder pleinement celui qui a est la beauté et la bonté même, le principe a d'où émane tout ce qu'il y a de beau et de ff bon dans l'univers, la source féconde de « toutes \es perfections, dont tout le reste « n*est qu'un faible écoulement. Ah I je « comprends ce que c'est que l'état de « l'homme ressuscité quand il entre dans « son éternité bienheureuse* C'est comme « lorsque le printemps, succédant aux ri- « gueurs de ITiiver, vient renouveler la na- <K ture, embellir le ciel et la terre, réjouir <K tous les cœurs. Mais que dis-je ? il y a « plus de différence entre ces deux choses « qu'entre les ténèbres de la nuit la plus j( obscure et l'éclat du soleil dans son midi. « Qu'il est donc charmant ce séjour de la c Jérusalem céleste, puisque tout ce qui « peut plaira s*y trouve en abondance, et « que tout ce qui pourrait chagriner en est tf banni I Qu'il est charmant, puisqu'on y « loue le Tout-Puissant durant les siècles 0 des siècles. Il faut cependant autant que « possible rendre ces désirs du ciel purs et a désintéressés, et ne soupirer après le ciel « que pour la gloire et les louanges qui « en reviendront àDieu. Quoique ces médita-

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« lions sar le ciel conYiennent mieux à « ceux qui sont avancés dans la spiritualité» « ces aspirations ont plus de vérité et de « pureté dans leur bouche, que dans ceux « qui, n'étant pas encore exercés à la morti- K fication des sens, sont sujets à se chercher « eux-mêmes plutôt que les intérêts de

« Dieu. »

« XIX. Revenons donc aux pieux gémissements qui leur conviennent.- Ils doivent s*y appliquer avec ferveur et persévérance, sans pouvoir dire combien de temps il faut s'y adonner. En général i-ls doivent durer jusqu'à ce que le mépris du monde et de soi-même ait pris quelque empire sur leur cœur, et que leur peu de progrès dans la vie spirituelle ait allumé en eux une sainte ardeur d'en faire de nouveaux. Cela vient après un ou plusieurs mois; il y en a même qui ne se trouvent dans cet état qu'après des années entières. La parfaite conversion du cœur est pour quelques-uns un ouvrage de longue haleine. Ordinairement elle ne se fait que par degrés, mais il y en a que Dieu prévient tellement par sa grâce, qu'un instant suffit pour opérer en eux un changement entier et parfait. — Au reste on peut, parmi ses exercices ordinaires de pénitence, en pratiquer de plus doux et de plus consolants, en y joignant les louanges de Dieu, des actions de grâces et des adorations. Cependant le pénitent doit faire son occupation principale de s'occuper de ses péchés et d'rà gémir jour et nuit. S'il ne peut verser ms larmes comme il le désirerait, il ne doit pas trop s'en alarmer. La déleslation du péché et l'horreur des moindres fautes, sont comme les larmes du cœur que Dieu exige principalement.

« Après que l'amertume salutaire d'une véritable contrition aura rendu quelque lustre à l'image de Dieu, que le péché avait tellement défiguré, alors animé d'une nouvelle confiance, on pourra se servir plus utilement des aspirations ci-dessus. C'est ainsi qu'on avancera peu à peu dans la perfection. Mais on ne s élève de la sorte qu'à mesurequ'on s'affermit dans l'humilité chrétienne; et on n'entre en familiarité avec le céleste époux qu'à proportion de la ferveur qu'on a pour se disposer à ces communications étroites.

9 Quand on se sentira froid et languissant, on tâchera de s'enflammer de l'amour divin en faisant de sérieuses réflexions sur l'Incarnation et la Passion du Fils de Dieu, et en s'entretenant avec soi-même de ces deux mystères. Par là, le cœur embrasé d'une samle ardeur se portera bien vite à la prière cl aux aspirations, et l'âme apprendra à être unie avec son unique et souverain bien. En s'accoutumant à cette sainte pratique, on parvient en peu de temps à se passer de considérations et de réflexioos pour se porter à Dieu ; d'une simple vue on se sépare des créatures, on les oublie et on s'enivre sainteraeni et heureusement dans les torrents de délices de l'amour divin.

« La qualité de pécheur et le devoir do

pénitent n'obligent pas de repasser en soimême tous les péchés de sa vie passée, ni à avoir toujours devant ses yeux l'image fâcheuse de ses anciens désordres. Ce serait un obstacle à la liberté de l'âme et aux pro* grès de la charité ; il sufflt d'élever souvent son cœur à Dieu par l'amour le plus tendre et le plus vif. Ce qui n'empêche pas qu'on ne déteste de temps en temps tout ce qui a pu nous ôter sa grâce, et ce qui pourrait encore retarder la course qui nous porte amoureusement à lui ; car je ne prétends pas que par négligence on laisse effacer de sa mémoire le mal qu'on a fait; il faut au contraire y penser toujours, mais de manière que ce souvenir n'empêche pas un plus grand bien. C'est pourquoi je voudrais qu'on se contentât alors de faire chaque iour à Dieu l'aveu de ses fautes en générai, sans trop descendre dans le particulier.

« XX. Pour les petites fautes dont les plus justes ne sont pas eiempts, on peut les effacer plus promptement et plus efQcacement qu'en s'attaçhant scrupuleusement à les examiner en détail et à. s en punir par des pénitences austères. Ce moyen est de les jeter dans la fournaise d'un amour plein de vivacité, de force et de tendresse , et de les plonger avec confiance dans les abîmes de fa divine miséricorde, là ils s'évanouiront comme une étincelle aai loinbe au fond de la mer. N'ouWions rien pour retrancber de bonne houre les peines de conscience qui pourraient nous inquiéter mal à propos, les scrupules qui se repaissent do vains fantômes, la pusillanimUé qui méconnaît les règles de la sagesse et de la raison, les défiances que l'embarras et le trouble causent toujours. De quelque bon principe que ces inquiétudes semblent sortir, elles n'ont guère que des suites funestes. Ce sont des épines dont il faut couper la racine dès qu'elle paraît; sans cela elles ôtent la liberté de l'âme, empêchent son activité, et la font marcher plus lentement dans le chemin de la vertu.

« Nous ne devons rien tenter au delà de nos forces. Contentons-nous de nofre sort, c'est-à-dire du degré de perfection que Dieu nous accorde. Si nous ne pouvons arriver à celui que nous désirons, travaillons du moins a acquérir celui qui est proportionné à nos forces. Quand on ne se flatte pas et qu'on no se laisse pas aveugler par un excès dramourpropre , on voit aisément à quei degré de vertu on peut arriver. Cependant la bonté divine est infiniment libérale; aimant à se communiquer avec profusion, elle ne manque jamais de le faire quand elle trouve une âme bien disposée. C'est pourquoi si un homme appliqué à la vie intérieure ne se trouve pas élevé tout à coup à la contemplation ni à la charité parfaite,

3u il se dise qu'il n'est pas encore capable e cet heureux état; car à quoi lui servirait d être favorisé d'une grâce dont il ne ferait pas un bon usage? Qu'il se hâte donc de déraciner tous ses vices; pour se rendre moins indigne d*unsi grand bien , qu'il ne s'obstine

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pas è vouloir aller au-delà de ses forces.

c C'est & la ffrâce à le prévenir avec bonté, et b lui de la suivre avec humilité. Qu'il se garde doue bien de vouloir pousser son esprit avec violence vers un ternie où il ne peut encore parvenir. Le désir présomptueux de monter trop haut ne ferait que le précipiter plus bas, et une chute meurtrier^ serait la peine do sa témérité Ce n*est pas qu'il ne soit obligé de faire de continuels efforts pour devenir de jour en jour plus parfait, mais ces efforts ne doivent point tenir d*un emportement fougueux, d'un soin chagrinant» d'une entreprise violente et tamultueuse. — Qu'il fasse attention à la mesure de la grâce qu'il a reçue , et qu'il n'oublie jamais qu'on n'arrive plus facilement, plus sûrement, plus promptement et plus agréablement môme, au degré le plus élevé do la contemplation, quand c'est la grâce de Dieu qui nous y porte , que quand nous nous tourmentons nous-mêmes pour y parvenir. Ce n'est pas ainsi qu'on acquiert riutelligence de la théologie mystique, il faut' aller sagement et avec beaucoup de retenue , de peur qu'une trop grande envie d'obtenir ce qu'on n'a pas ne fasse perdre tout d'un coup ce que I on a.

« Le pain des larmes est une nourriture excellente et délicieuse, mais il y en a qui en prennent trop, et cet excès abat leurs forces loin de les réparer. On les voit pleurer si longtemps et avec tant de véhémence, que leur corps et leur esprit également épuisés, succombent enfin a cet exercice trop violent par lui-même et par sa durée. Il y a pourtant des Ames privilégiées, dont les larmes , quoique continuelles , ne pourraient être taxées d'indiscrétion , parce que le Saint-Esprit les fait répandre. — On voit encore des gens qui, dans le moment que Dieu les comble de délices, font de nouveaux efforts pour porter leur ferveur au-delà de l'impression de la grâce; mais ils sont bientôt punis de leur indiscrétion ; Dieu, les abandonnante leur propre faiblesse, leur fait seutir tout le poids de leur misère; et aussitôt ils se trouvent incapables de goûter les grâces qu*il leur faisait. Il faut donc modérer de telle sorte cet esprit de ferveur dont on est Quelquefois animé , qu'au lieu d'y ruiner les forces de notre âme , on y trouve au contraire un surcroît de vigueur.

« Quand on a la lôte forte , on peut se laisser aller plus librement à des aspirations animées et pleines d'ardeur. Quand on a la tête faible, on doit se ménager, surtout si ces efforts indiscrets ont déjà contribué autrefois à la situation fâcheuse où Ton se trouve. On se voit quelquefois réduit à un si triste état, qu'on ne saurait presque s'occuper d'un motif de componction , d'une méditation courte et légère, d'une simple lecture. La moindre application incommode lors même que, pour se la faciliter, on se met dans une posture commode, c^u'ons^appuie la tète ou qu'on se tient assis. Telles sont les Suites déplorables que l'indiscrétion tratue après soi. Ceux qui les éprouvent ne

DiGTiosiN. d'Ascétisme. I.

doivent pas pour cela se désespérer. Quils travailleht au contraire pour écarter adroitement tout ce qui pourrait aigrir leur mal , et qu'ils prient humblement le Seigneur de leur rendre , par un effet de sa bonté, le bien

Su'ils se sont ravi par leur faute. Si Dieu coûte leurs vœux , qu'ils ne manquent pas de Ton remercier; s'il ne les exauce point, qu'ils ne laissent pas de le bénir, et qu'ils apprennent à supporter avec patience , pour l'amour de lui , un malheur qu'ils se sont attiré par leur imprudence.

c Je veux que rhomme véritablement spirituel se tienne en garde aussi contre rmconstance et la légèreté , et qu'après un choix judicieux des pratiques qui lui paraîtront les meilleures , il y persévère coostammeqL malgré les dégoûts et les amertumes qw&t^ pourraient survenir. Il y a pourtant ici une précaution à prendre, c'est d'obéir avant tout à l'Bsprit-Saint, et de sacriGer sans peine toutes les méthodes particulières è celle qu'il nou^ inspire, pourvu qu'on no prenne [jbs ses propres pensées pour des inspirations du Saint-Esprit. Il nous attire en diverses manières , et il a un nombre infini de voies pour nous conduire dans ses cel* liers mystérieux où l'on est abreuvé d'un vin céleste, et dans ses couches spirituelles où Ton s'unit à lui par l'amour le plus pur. Suivons-le donc partout où nous avons un juste suyet de croire que sa voix nous appelle, et n'écoutons jamais celle de notre propre volonté. ..*,

« Nous devons toiiijÀifiirs être entre les mains de ce divin Esprit comme des instruments dans la main de louvrier , toujours prêts à plier du côté qu*il voudra , toujours disposés à suivre les pratiques qu'il lui plaira de nous inspirer. L'âme qui se voit élevée à une sublime contemplation et à la jouiîisance anticipée du bonheur des saints, no s'y doit pas tellement absorber qu'elle n'y conserve la liberté de s'offrir continuellement à Dieu pour faire en tout sa volonté. C'est alors que cette âme, comblée des faveurs de son Dieu, passe légèrement sur les mystères deNotre-Seigneurpour courir avec ardeur et voler même partout où l'esprit de Dieu la veut transporter.

« Mais comme il peut s'élever des doutes et des incertitudes dans cette voie , il est bon de consulter et de suivre les avis qu'on vous donnera. Ceux que l'on consulte doivent avoir trois qualités : la prudence , l'expérience et Thumilité. Vous avancerez beaucoup plus par ce moven que de vous en rapporter à vos lumières et de suivre vos propres vues. Avec toutes ces précautions il ne faut pas encore tellement s'appuyer sur ses bonnes intentions et sur les conseils des autres , qu*on ne recoure à la prière avec un saint tremblement. On ne saurait trop s'humilier devant Dieu , ni trop lui demander la grâce d'être sûrement conduit dans ses voies , d'être éclairé de ses lumières et d'être mis à l'abri de cet esprit de séduction qui nous fait suivre si souvent Terreur sous rapparenoe de la vérité. Enfin gravez

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