‹ Dictionnaire d'ascétisme (volume 3)Chapitre 172 sur 186 · OBI · texte numérisé non relu

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profondément dans votre âme celte maxime iiiiporlaiite , que vous ne pourrez jamais vous unir parfailomenl à Dieu que vous ne soyez entièrement libre et dégagé de tout ce qui n*est pas Dieu.

« XXI. le .vous ai fourni jusqu*ici des instructions salutaires pour une âuie qui , ne bornant pas ses désirs à une vertu commune, porte ses vues au plus haut degré de perreclion. Je vous ai marqué quels doivent être ses commencements et ses progrès dans les exercices de la vie intérieure. C'esl h vous de lire et de pratiquer ce que je vous ai enseigné. Si vous le faites et que, favorisé du secours d'en haut, vous sentiez votre Ame éclairée tPuiie lumière céleste et atteudrie par le chant des psaumes et des cantiques» n*ayez fias pour cela des sentiments élevés de vouscftiéme, mais craignez. Si votre cœur étant dilaté par la joie, vous courez avec ardeur dans la voie des commandemeoU, cela ne vient pas de vous , c'est un don de Dieu ; et comme il peut seul dilater le cœur, il peut aussi, en retirant sa grAce, le faire retomber dans le resserrement et la tristesse. Aujourd'hui le Soleil de justice répand ses rayons dans votre Ame, il en dissipe les ténèbres, il en calme les tempêtes, il vous rend Thcureuse tranquillité; mais si cet astre brillant veut vous cacher sa lumière , qui le forcera de la répandre 7 Or, n'en doutez pas, il se cache quelquefois : attendez-vous h des temps d'*obscurité , où ces divines clartés ne paraissant plus, v(^ retomberez dans les ténèbres , le troubfUt l'agitation.

« Que vous dirai-je des assauts que vous livrera l'esprit malin? Semblable aux flots réitérés d'une mer furieuse, il donnera sans wssti à votre cœur de violentes secousses, et vous vous croirez à tout moment près do faire un triste naufrage. La tentation sera peut-être si affreuse, que les pensées qu'elle vous suggérera vous paraîtront ne pouvoir entrer que dans Tesprit d'un homme réprouvé, il vous semblera que tou4 -l'enrer est conjuré contre vous, et que Dieu, dans sa colère, vous a livré à Satan. Souvent môme vous ne pourrez ouvrir la bouche ni nour prier, ni pour chanter les louanges du seigneur. Des atla(]ues si affligeantes en elles-mêmes le deviendront encore plus

Ear leur durée et leurs fiéqueuts retours, e démon ne se contentera pas d'un assaut ni de plusieurs; plongé et replongé dans cette fournaise, vous passerez de tristes jours, environné de peines plus ou moins alTreuses, mais toujours très-cruelles.

« Que rien de tout cela ne vous abatte et ne vous fasse défier de votre bien-aimé. Songez que toutes ces peines, dans les desseins de sa miséricorde, sont des épreuves pour faire paraître dans tout son éclat votre amour pour lui; des leçons pour vous apprendre à compatir à ceux qui, comme vous, seront on butte aux traits du tentateur ; des moyens d'expier vos péchés et de prévenir de nouvelles fautes ; des dispositions à des grAces fkis abondantes; enfin despréservatifscontre orf(ueil, qui vous iont sentir que -sans sa

grAce vous ne pouvez rien. C'est donc par. un effet de l'amour qu*il a pour vous qu*il permet que vous soyez tenté ; c*est par bouté qu'il semble en quelque sorte s'éloigner de vous pour un temps, quoiqu'il n'en soit*ja-l mais plus près qu'alors : c est dans sa mi-' séricorde qu'il vous franpe, qu'il parait en colère et prêt à vous réauire en pouare.

« Conduite admirable de l'Epoux céleste envers une Ame qui est à luil Au commencement, et lorsque les nœuds de rengagement sont à peine formés, il la visite, la for tific, l'éclairé; il gagne son cœur, en ne lai faisant trouver que de la joie dans son service; il l'y engage par la douceur de ses attraits; il se montre continuellement à elle, pour la retenir par les charmes de m présence; en un mot, il ne lui fait muter que délices, que douceurs, pour ménager sa faiblesse: mais dans la suite, il lui 6te le lait et lui donne la nourriture solide des afflictions; il lui ouvre les yeux et lui découvre combien elle aura à souffrir à sa suite. Il parle, et voilà le ciel, la terre, et l'eqfer conjurés contre elle. Énneœis'au dehors, tentations au dedans ; «u dehors* les tribulations et les ténèbres « et au âe» dans, les sécheresses et les désolations; tout contribue à son martyre. Ici l'Epoux se dérobe à ses yeux; \\ reparaît quelque temps après pour la quitter encore. Tantôt il le laisse dans les ombres et les horreurs de la mort, tantôt il la rappelle à la lumière et à la vie, pour lui faire éprouver là vérité de cet oracle : Cest lui qui préùipiie damsie tombeau et qui en relire. (Test ainsi que Dieo éprouve les Ames, qu'il les purifie, les humilie, les instruit, les r^end souples à sa volonté ; qu'il retranche tout ee qu'elles avaient de rude, de difforme et de rebutant, et les pare de tous les ornements qui peuvent les rendre agréables à ses yeux.

« Mais aussi, quand il les trouve fidèles, pleines de patience et de bonne Tolonté ; quand un long usage de tribulations les a portées, par le secours de sa grAce, jusqul ce haut degré de perfection, qui consista à souffrir tranquillement et avec joie toutes sortes de tentations et de peines, alors il les unit intimement à lui, leur confie ses secrets et ses m vstères ; il se communique pleinement à elles, n'usant plus d'aue^^ne réserve, comme au commencement de leur conversion.

« Après cela, les plus fortes teolallons seront-elles capables de vous déconcerter?

Vous les regarderez plutôt comme un gage précieux de Tamour que Dieu vous porte, comme un combat ojt il cherche non à exposer votre salut, mais à faire paraître votre courage et votre fidélité, pour les récompenser ensuite d'une couronne de gloire Ainsi tenez ferme, et ne cessez de vous écrier avec le saint homme Job : « Quand « Dieu me tuerait, je ne cesserais pas d'es}ié- « rer en lui.» Il est vrai que, tant que duceia la tem()ête, vous n*assisteré2 àJ'office diTîp qu'avec peine, parce que votre esprit sera tout obscurci de nuages et hors d'état de s'appi

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D- ASCETISME.

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i|ttev; mais ayez jialiencL' ul faites Iranquillement c« qui <ii!pendra de vous : la nuit passera, les ténèbres se dissiperoiil, et Idt ou lard le jour reviendra.

■ XXII. Prenez garde surlout que le temps de ces ténèbres ne soit pour vous un

les instaiiuos les plus vives, du niiii|irn vos chaînes et de vous rendre la lilierlé, ou il'empôcher au moÏDS que vous ne consentiez a la tentation, s'il ne veut pas qu'elIt* finisse encore. — Quelque roiJnutablc que paraisse votre ennemi, e[ quelque obscéniliî.

leinps <ie négligence et de paresse. Si vous quelque impureté, quelque eitravagance ne pouvez prier, ni récitur les psaumes, ni qu'il vous propose, il vous sera souvent famédiler, appliquez-vous à la lecture. St ua cile de le repnusser, en mi^prisant ses ma-

alTreuz vous rend encore ctt eiercicë impraticable, écrivez ou Iravaillez à quelque ouvrage des mains, rejutanl toujours avec soin le tumulte des pensées v.igues et inutiles.— 'Il pourrait vous venir alors quelque envie do dormir bois le temps destine au sommeil, et une envie assez forte pour vous importuner considérablement et vous jeter dans un abattement extraordinaire. En ce cas-IA , peut-être ferez-vous mieux, en vue de Dieu et pour sa gloire, de

i suggestions. Poursuivez votre chemin, sans faire allCEilinn & un chien qui ne peut qu'abajrcr, mais qui no saurait mordre. C'e^t une coinî>ar»i5on familiiïre des maîtres de la vie spirituelle, qui ne veulent point qu'on s'amuse à disputer avec le démon, comme s'il était jiossilile de lui fermer la bouehe et d'arrêter jamais sa langue, dévouée h l'iniquité. S'il est cependant trop importun, et que, repoussa une ou deux fois, il revienoe toujours à la charge, il faut en venir géné-

prendre uv. moment de repos que de vous reusenienl aux mains avec lui, se rappetet

roidir contre ce polit besoin de la nature; les jugemenisredoulaliles du Seigneur, com-

car si vous n'avez qu'une occupation exté- parer l'instant du plaisir avec I éternité du

rieuru i opposer à cet assoupissement, vous supplice ; employer les jeûnes, les luacéra-

soiez libre, il est vrai, tant qu'elle durera; lions et les autres remèdes violents qui

ifliiis il peine sera-l-elle unie, à jreine vou- peuvent réprimer les révoltes de la chair

drez-vous reprendre vos exercices spirituels, d'une manière prompte et eflicace. Ces»

B la pesanteur du sommeil vous accaniera ainsi qu'il faut obliger l'ennemi de se retirer

: nouveau. Le repos que vous prendrez dans une telle circonstance doit être court et léger; ne le prolongez pas au delà du temps qui sulTil pour réciter deux ou trois

nsuuines; Idme alors se trouvera tout autre, , , ,

libre, agissante cl pleine de gait^té. Ce qui gager plus sûrement dans ses pièges, et tan-

:hargè de houle et de confusion.

« Le démon nous attaque de dîITérenles manières. TanlAt il vient secrètement et sans faire semblant de rien, ou môme sous les dehors spécieux de la piété, pour nous en-

.us sûrement dans ses pièges, et tan-

vient d'être dit n'est'que pourles personnes lOl à forue ouverte i! s^ljeile sur nous, pour tempérantes dans le boire et dans le oian- nous faire succomber à la violence et à la ger. Pour peu qu'on fût sujet à sa bouehe, multitude des coups qu'il nous porte. En le remède serait plus (iropre â aigrir le mal certain temps, il se glisse d'une manièro qu'à le soulager. On s'ensevelirait peut-être insensible comme un serpent, tâcbiinl de d;tns un sommeil long et profond, et la nous conduire è de grandes fautes par le perle du teuips serait la suite funeste de mépris des plus petites, ou de nous faire ■ ' ' " passer au-dessus de certains remords et de

celte misérable mollesse.

a XXIII. Mais quelle vigilance et quels soins ne faut-il pas principalement employer contre le démon de l'iin pureté, quiind il veut ou nous arrêter à de sales imaginations, ou

certains doutes, pour nous former ensuite une conscience ou fausse, ou endurcie; et dans d'autres rencontres, sans gardir ces ménagements, il se présente avec toutes les

s porter à des actions criminelles? Le horreurs et propose tout d'un coup les plu^

grand iioint est de rejeter d'abord ces tenta- grands crimes. Quelquefois il emploie les

lions de l'esprit, avant qu'elles aient eu le consolations spirituelles ou les peines inlé-

temps d'y pénétrer. Si vous ne repoussez pas rieures, pour nous enfler ou pour nouï

l'ennemi dès la première attaque, quelles abattre; et d'autres fois il se sert de la pros-

brèches ne fera-t-il pas d'abord dans votre périlé ou de l'adversité temporelle, pour

intéricuri Après quoi il y entrera comme dans une place de conquête, et aussitôt il mettra votre âme dans les fers. C'est alors que, privé de votre première liberté el de vos anciennes forceS) vous aurez bien plus de peine à le renverser.

n Cependant, quand vous auriez commis d'abord quelque négligence, et que vous vous trouveriez déjà embarrassé des liens lie votre ennemi, ne vous rendez pas pour celH. Criez au secours, et si, dans celte espèce d'abattement et de commencement de défaite, vous ne sauriez faire autre chose ■que de vous remuer, pour ainsi dire, et de ramper à terre, donnez encore cette marque de la résolution oii vous ôtes de résister jusqu'à ta mort. Conjurez le Seigneur, avec

nous portera la mollesse, ou pour nous précipiter dans le désespoir. C'est pourquoi il faut toujours être sur ses gardes, toujours recourir à la passion du Sauveur comme à notre grande ressourcé, toujours implorer avec larmes le secours de Dieu.

« XXIV. Souvenez-vous surtout de ne pas vous enorgueillir des dons célestes que Dieu pourrait vous avoir accordés. « Qu'avez-vous, dit saint Paul, que vous n'dyez re^u ? et si vous l'avez reçu, pourquoi vous eu gloritier, comme si vous ne l'aviez pas reçu? «Ne serait-ce pas une injustice criante T N'ouvrez donc jamais votre cœur aux inspirations séduisantes de la vaine gloire et de je ne sais quelle secrète complaisance eu vous-même. A plus forte raison devei-yens

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éviler de faire jamais paraoe, aux yeux du iDonde, de ce qui pourrait so passer en vous d'extraordinaire. Il faudrait pousser l'indiscrétion bien loin» pour se faire, de ees sortes de faveurs un sujet d'ostentation. Gardez votre secret pour vous seul, à moins qu'un motif de zèle pour l'avancement spirituel du prochain, oa an besoin pressant qu*il aurait de consolation, ou Tobeissance, ou la considération de quelque grand bien que vous pourriez procurer par celte voie, ou enHn une indispensable né6eMl|ft, ne vous obligeAt de faire connaîtra l-Kat de votre Ame et les faveurs ainsulières que Dieuy répand ; et dans ces caa*tà mAme» ne tous décoo-vrez qu'à des personnes sages et discrètes, .^|st que ce soit toiûours arec la jiudeur, la ^Çiliodestie et l*bnaiilité qui cqÔTlennent aux ■ amis de Dieu. . *

« Au reste, ne regardez pasIeedODSde Dieu comme la récompense de vos i^Mfriles et le fruit de TOtre travail ; mais sojCfk persuadé que vous en êtes indigne, comme vous l'êtes en effet, et que tout ce que vous tnéritez, c*est qu'il vous rejette et qu'il vous abaiidonne à vos' misères. Ne vous comparez pas avec ceux qui sont encore imparfaits, et peut-ètre moins avancés que vous dans la vertu. Jetez plutôt les veux sur ceux qui sont les plus fervents et les plus saints, atiu que vos défauts étant placés auprès des

Serfections de ces grandes Ames, ce point e vue vous frappe davantage.

« Humiliez-Yous, abaissez-TOus, regardez- TOUS comme le dermer des hommes, dans toute la sincérité de votre cœur. Mais corn* ment y parvenir, direz-vous? La plupart des chrétiens, dépourvus de tout sentiment de crainte et de pudeur, mènent une vie criminelle; et grAces è Dieu, je suiséloisné de leurs désordres. Quoi ! me faut-il donner dans mon esprit la préférence à de telles personnes, et puis-je bien me mettre audessous d*elies? Oui, vous le pouve?, et vous le devez. Considérez que ceux qui sont aujourd'hui les plus méchants peuvent se donner demain dans un d^réde vertu plus éminent que le YÔtre ; considérez que s'ils avalent reçu les mêmes grAces que vous, ils vous surpasseraient de beaucoup en sainteté, et ()ue si ces grAces abondantes ne vous soutenaient pas, vous tomberiez dans des excès plus criants que les leurs. Considérez tout cela, et tous reconnaîtrez que les plus Rrands pécheurs peuvent tous Atrè préférés. Si vous étiez instruits des secrets de Dieu,

Juelles seraient YOfli idées etTOS maximes? In vous verrait céder volontiers aux autres les premières places, et vous faire un devoir de n'occuper jamais que les dernières; on TOUS Terrait aTec ioie prosterné aux pieds de Tos frères, rendre avec empresseptient les services les plus bas aux derniers de tous les hommes, respecter. Timage de Dieu en eux, et par ce motif de piété, oTavoir pour tout le monde qu'une sincère déférence; honorer le Seigneur dans la personne ae vos' supérieurs, et vous porter A l'obéissance avec une ardeur qui ne vous permettrait

iamaisoi le plus petit murmure, ni le plus léger rétard.

« Mais ii. y a encore quelque chose do plus excellent à vous proposer, et un degré d'humilité plus parfait a exiger de tous. C-est de tous abaisser d'esprit et de cœur pour l'amour de Dieu, non-seùlement audessous du reste des hommes, mais encore Au-dessous des autres créatures de l'uniTers. Ainsi ne vous regardez plus que comme de la poussière que chacun a droit de fouler aux pieds, et en vous voyant, croyez que vous voyez un poids inutile à la terre, un monstre indigne du jour. Pénétrez le fond de votre ingratitude et de votre infidélilé» de votre lAcheté et de votre inconsttoee, <to votre misère et de voire néant, lA pout-éCro parTiendrez-TOus enfin jusqu'à ces sentie inents de Tous-même, et jusqu'à tous mé^ priser souverainement.

« Quand le serpent infernal viendra frapper insolemment à la porte de TOtre cœur, et qu'il vous inspirera de vous croire quelque chose, de vous laisser aller à la Taine gloire, de TOUS préférer aux autres, repoussez TiTement ce séducteur; fermez-lui toutes les avenues, et quand il trouverait le secret de répandre son venin en vous, jusqu'à faire que votre Ame en ressente la malignité, qu ii u'ait pas du moins la force de la faire consentir à son souffle empoisonné. Car si vous cédez un moment aux sollicitations de ce père du mensonge, si tous lui accordez ce qu'il demande, si vous vous laissez prendre à ses appas, c'en est fait, vous aTez Tiolé les sacres engagements que tous aTiez pris STec l'Epoux de TOtre Ame, tous aTez souillé cette robe nuptiale qui était auparaTant couverte de lis et de roses, et vous ne rentrerez pas en grAce que vous n'ayez rompu un si détestable commerce, et que tous ne vous soyez humilié profondémeni en présence do votre bien-aimé. Peut-être même qu*avanr de rentrer en grAce et en faveur, il faudra subir la peine de votre intldélité, et demeurer longtemps en proie à ta douleur et aux afflictions, jusqu'à coque votre Dieu, qui est un Dieu jaloux et vengeur, ait purifié votn^ Ame et lui ait rendu sa beauté indignement ternie par un infâme rival.

« XxV. Nous avons parlé jusqu'ici de la manjère d'assister à l'ofliee divin, de la nature des exercices spirituels qu'il faut choisir, de la méthode qu'on doit garder, de ce qu'on y doit faire ou éviter, passons maintenant à d'autres points.

« Pour ce qui regarde la nourriture du corps, fuyez tout excès. Plus l'estomac est rempli, moins l'esprit est en état de s'appliquer aux exercices spirituels 9 parce qu'il n'est pas possible que le corps surchargé des humeurs qu'engendre l'excès des Tiandes, ne fasse ressentir sa pesanteur à l'Ame, et ne la rende moins propre à s'éleTcr Ters Dieu. Le Tin surtout produit ce flicbeux effet quand on en prend, non jusqu'à s'eniTrer mais jusqu'à passer les bornes de la plus ri*gide tempérance. Il embrase le corps, boule- Terse l'intérieur, étouffe l'actiTité de rAaie,et

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D'ASCETISME.

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G espcce d'engoui dissciiieiil oi dû stupidité -jui la ri^iid prestjiiu srmlilslile bui tiôtL's. C'est donc en vaiti qu'un homme, «juiestencoresujolâ su bouche, prétendrait ù la vie intérieure.

■ Commencez pur retrancher sur cette Ti>Atière tout désir immodéré. Ne vous embnrrassez pas si co qu'on vous donne pour nourriture est eiquis et délicat; pourvu <|ue cela soit raisonmiblc, et qu'on le | uissc manger, que vonlez-vous davanlnfçet Faisant profession u'uno vie parraile e[ morliliép, vous devez vous mcllro à table, poury prendre dans les dons de Dieu de quoi ré- I arer YOs forces, et non de quoi nourrir la volupté; et vous n'éles pas religieux si lus rai'ls les plus <irdinnires et les plus convenables 6 la pauvreté vous causent du chagrin ou vous excitont.au murmure. — Si vous ^oAiicx bien Jésus, la plus pauvre nourriture viius paraîtrait délicieuse. Il n'y a ni frugalité ni même indigence, o£i l'amour de Jjsusite fasse trouver du goitt: aimez Jésus, I tvous préférerez les repas les plus vils aux festin, les pi ussomplueui. Jésus, [iresâé par la faim, s'est souvent contenté de paiu sec pour l'amour de vous. Jésus, pressé par la soif, a i^té abreuvé pour l'amour de vous de lie! et de vinaigre.

« L'avidité no convient qu'aux animaux dépourvus do raison ; mais I homme no doit manger et boire que modérément et avec réserve. Soyez même en garde contre celle pointe de plaisir qui est inséparable de l'usage des aliments, et ne vous y arrêtez jamais. Si vous cherchez à satisfaire lu sensualité, elle fera dans votre âme d'étranges ravages : c'est un feu secret, qui mine à mesure qu'on le nourri). — Mais comme il fnut souvent refuser à la chair co qu'elle demande mal h propos, il faut aussi quelque fois la forcer ^ prendre co qu'elle voudrait refuser; car il est des temps où elle r^etle avec dégoât ce qui est absolument nécessaire pour soutenir la vie du corps. — Mais dans le lemps que celui-ci prend sa réfection, il faut aussi donner à l'àme su nourriture. Il f.rnt se rendre fort attentif aux lectures qui se font de la parole de Dieu, des maximes de la vertu ou des exemples des saints. Si ces leclures ne se font pas h la table où vous mangez, ne vous privez pas pour cela de cet aliment spirituel; mais entretenezvous avec Dieu dans le silence, auiant (pie la bienséance le permet. Tout au moins conservez toujours dans votre esprit quelque sainte pensée qui l'enipâche de s'évaporer.

■ XXVI. Modéré et retenu dans la nourriture, soyez-le de raCme dans vos babils. Itrjetez, méprisez, ayez en horreur tout ce qui pourrait blesser lasim[>licité religieuse, ci n'imitez point ces misérables nioines qu'une sotte vanité fait rougir de leur état, i\u lieu de rougir de leurs désordres.

Ouànd ils doivent sortir du monastère et p:ir<illre dans le monde, ou les voit s'aec<in>"iodor avec une alTectation ridicule, preiinro certains habits préférsblement h d'autres, s'élUiiier à les ajuster do loUe et

(elle liiçon, se faire une boole do porter i\ robe el le manteau de la manière que lu règle le prescrit; enfin paraître en public avec la mollesse et la propreté des mondains, el non avec l'humilité convenable à des religieux : speclacio monstrueux ol bizarre, dont le démon triomphe, dont les libertins plaisantent, el dont les sages gémissent de cnmpassion ou sont indignés do colère.

Peut-on jamais mieux que par une telle extrnvagiincË faire éclater an dehors l'orgueil, la délicatesse, la mondanité qui est cachée daus le fond de l'âme T

■ Quels religieux, qui sout si prodigieusement éloignés du véritable esprit de la relii^ionl Quels religieux, qui ne sont rien moins que ce que leur nom signifie 1 Quels religieux, qui sont plutAt esclaves du démon, que serviteurs de Jésus-Chriil I KsI-ce là ce qu'ils lui oni promis lorsque, par le vœu de pauvreté, ils ont dit un adieu solennel au moude, â ses pompes el k ses vanités ? Est-ce là ce que le Koi des rois leur a enseigné dans son Evangile? Est-ce là ce qu'il leur a appris par ses exemples, quand ayant une crèche pour berceau, il n'était couvert que de quelques pauvres fanges, ou quand on le produisait par dérision revfilu d'une robe blanche et (l'un manteau couleur de pourpreî Est-ce là suivre Jésus'? Esl-i^e là marcher sur ces traces 1 Quel horrible désordre I Quelle étrange folie I Ne réglez pas voire conduite sur eellu de ces tiommes vains el ridicules. Mais suit que vous sortiez du monastère, ou que vous y demeuriez enfermé, conlentez-vous d'un habit modeste et décent. C'est un point dont la profession que vous avez embrassée vous fait un devoir indispensable.

0 XWIl. Ayez les yeux baissés en tout temps, maissurloutduranl l'olTice divin. Porter la vue de tous c6tés sans besoin el par esprit de légèreté, c'est se mettre en danger do voir des objets capables de faire tort à l'Ame et de corrompre la pureté du cœur. Quand même il n'y aurait aucun péril 6 craindre, l'ordre de fa régularité demande que vous accoutumiez vos yeux à être retenus el baissés. Mais surtout n'ayez jamais la curiosité de tourner les yeux, encore moins do DÎer vos regards sur le visage de quelque femme (jue ce soit. — Ne marchez ni trop vile, ni d'un air trop empressé, îi moins que la nécessité ne vous oblige de redoubler fo pas. Evitez principalemeni la trop grande précipitation dans l'église ou dans les autres endroits consacrés à la prière. Que votre di*marche, même partout ailleurs, soit accoiQpa^née de bienséance et de modestie \ évitant néanmoins une certaine lenteur qui tient de la mollesse et de la nonchalance. Que tout votre extérieur soit eulin si réglé qu il ne respire qu'honnêteté el modeslie. — Pnites paraître sur voire visage un air toujimrs content, un air do joie, qui soit lemjiérô par une gravité convenable, un air prévenanl, qui vous rende alfable avec tout le monde; un air de douceur, qui se soulieiitic au milieu des chagrins les plus amers.

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Pour cela, dissimulez si bleu les peines qui pourraient malgré: tous s'emparer de votre âme, que tes autres n'aient rien à souffrir do votre mauvaise humeur, et gu'iis ne puissent pas . môme s*en apercevoir. Si vous riez, faites-le avec la retenue ccmvenable à uu religieux. Contentez tous d'un simnlesourire,san8 aller jusqu'à un rire véritable. Pour les éclats de rire, évitez* les comme on des grands obstacles à la perfection, et comme un éctîfîl qui ferait tomber votre âme dans le' pirécipice. Un ripe immodéré force les barrières qui défendent la pudeur, il jette l'intérieur (tins une diasipation funeste» H attriste le Saint-Esprit et souvent le b^noil du ccbqc* .

^ «XXVIIL Faites yos délices de la solide et du silence, toujours 'pIus disposé à écouter qu'à parler. Dans tos pafQles point de précipitation, de vivacité ëjeJE^ive, de clameurs, de contestations; mAfa" n'ouvrant votre bouche qu'à des discours pleins de droiture et de vérité, prononcéz-lcs toujours avec douceur, modestie, retenue et candeur. — Evitez également Tindécence de parler trop haut, et la mauvaise grâce de parler si bas qu'on eût de la peine a se faire entendre. Les circonstances du lieu, du temps, du sujet que l'on traite ot de la personne avec qui l'on s'entretient, veulent quelauefois

3u'on élève la voix un peu plus au à l'orinaire. Il est donc vrai de dire qu un religieux obligé de parler doit toujours le faire modestement suivant son état, ordinairement à voix basse, conformément aux règles saintement établies dans la religion, et quelquefois d*un ton plus élevé, suivant les circonstances particulières.

« N'assurez jamais une chose trop affirmativement, si ce n'est quand elle intéresse la foi et le salut. Hors de là, si l'on vous conteste ce que vous avancez, prenez le parti de céder ou de vous taire. S*il est expédient de ne faire ni l'un nil'autre, parlez d'une manière positive nie ce qui vous est clairement connu; mais exposez vos raisons avec humilité et modestie. Vousn'avez pas de meilleur moyen que celui-là pour prévenir toute dispute qui pourrait blesser votre religion. Que le.s traits piquants delà raillerie soient à jamais bannis do vos discours. Ne vous faites pas un plaisir de rapporter ce qui pourrait ou vous attirer des éloges, ou devenir pour les autres un sujet de blâme. Si vous y êtes forcé par la nécessité ou engagé par la considération de quelque grand avantage, faites-le avec honnêteté, rettmue et pureté d'intention. Regardez avec horreur tout récit de fable ou d'histoire où Ton passe les bornes de l'honnêteté et de la pudeur. Loin de tes rapporter, interdisez- vous la liberté même de les entendre. C'est un poison présenté à l'âme, dont la malignité no tarderait guère à lui devenir fatal. Pour les badineries et les bagatelles qu'on pourrait raconter en votre présence, si vous êtes contraint de les entendre, soyez assez sage pour ne pas les redire. N'approuvez jamais ces langues-indiscrètes qui tiennent des discours

Impertinents, indécents, pernicieux. En pareille occasion, il faut observer le précepte de la correction fraternelle, et ttcher avec douoédr de ramener à la raison ceux qui s'échappent de la sorte. S'il n'est pas k propos de leur faire ces charitables remontranties, rompez le discours autant que possible, et détournez la conversation sur des matières plus innocentes. Ne prêtez même|Ms l'oreille, si cela se peut, à la détraction ni à la médisance.

« XXIX. Prenez garde que les récréalions et les promenades que l'on vous 4>ermet ne dégénèrent en anus, et prelBLm^o de manière à les faire servir pldiAlà.TOire avancement spirituel. Vous poolèB ' voasr j prêter pour la gloire de Dieu, et ôébiroos y livrer tout à fait; vous pouvez en foire uii délassement honnête, et. non un divertissement excessif. Votre esprit hors de son assiette, venant à se répandre aa deboRt, s'égarerait bientôt, et toutes ces fausses joies lui étant contraires, il n'y trouverait que de l'amertume. Son égarement donnerait prise aux objets sensibles, l'impression des oojets exciterait quelque passion, et la passion jetterait dans Pâme le trouble, la dissipation et le chagrin. Apprenez donc à «vous renfermer dans vous-même par une simplicité d'Ame qui ne vous permette pas de vous partager en une foule de sentiments divers, mais qui vous fasse voir Dieu seul et aimer Dieu seul en tout ce qui se présente à vous. Cette simplicité n'exclut pomt la multitude lies pensées ou des occupatious ; mais elfe les réunit sous un même point de vue, parce qu'elle les rapporte toutes à Dieu, et réprimant par ce moyen le tumulte confus des vaines idées et dt;s désirs déréglés, elle établit dans un cœuf le c^lmeet la liberté. Que serait-ce si vos récréations et vos délassements vous enlevaient tant de précieux avantages?. Mais non : vous vous v souviendrez de Dieu, il y sera le principal et même l'unique objet de votre pensée; car ce ne serait point assez de dresser alors votre intention vers lui d'une manière vague et générale.

ff H faut en user de même dans toutes les autres occupations extérieures, et vous devez y réunir ensemble les exercices de Marie et de Marthe. A l'exemple de celle-ci, faites votre travail pour la gloire du Seigneuravec ardeur et avec sagesse , et à l'exemple de celle-là, apportez-y un esprit vide des objets sensibles et plein de Dieu et des choses divines,surtoutsi ce qui vous occupe d'ailleurs n'est pas de nature à mériter toute \otro attention. Marthe a quelque chose de bon; mais enQn elle n'est pas assez parfaite, puisque malgré son intention pure et droite, elle se laisse distraire dans son emploi par la multitude et la diversité de ses pensées, et que mille choses sont capables de lui casser de l'embarras et du trouble. Marie a pris la meilleure part, parce qu'elle a su Qxer la légèreté de sou esprit et se procurer la tran. quillilé du cœur, en ne s'al lâchant qu'à l'anique néces>aire, qui est de. s'unir à Dieu

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11 faut (Jonc qu'au commencement de vos actions votre intention soit droite et pure, comme celle de Martiie» et que dans hi suite de ces mômes actions elle soit simple» sans trouble et sans partage, comme celle de Marie : Marte a choisi îa meHleure part qui ne lui sera point ôtée^ Vous avez fait le même choix. Si vous ne vou» y tenea; autant qu'il e:>t en tous, stérile en bonnes œuvres, vous ne porterez pas- tes fruits de votre sainteté^ que votre profession exige. Conservez donc c:hdreiBent une simplicité d'Ame que ni les lieux eiposés au bruit, ni les temps d*orage ne peuvent altérer. Si vous ôles encore trop faîU^t el trop peu avancé dans la vertu |:>our suivre Marie dans son vol rapide vers le ciel et dans la sublimité de la contemplation, suivei-la du moins dans les exercices de sainteté moins. relevés et plus è votre por* tée, dans son affeclion è laver de ses larmes les pieds du Sauveur, dans sa docilité à écouter les leçons de son divin mattre, dans son empressement à chercher dans le sépulcre le corps du Seigneur; car dans toutes ces occasions elle ne se départit jamais de son heureuse simplicité : elle n'aima que Jésus, ne songea qu*à lui, et ne chercha que lui.

« Imitez-la dans toutes ces saintes pratiques, non pas tant pour y trouver des consolations que pour y plaire au Seigneur. Si par un malheureux retourd'amour-propre, votre but principal était alors de vous procurer les aouceurs d'une dévotion sensible, votre âme ne serait plus une chaste épouse de Jésus-Christ, mais une vile esclave du péché, pour ne pas dire une infâme prostituée du démon. De ces exercices moins sublimes, vous passerez peut-être i d'autres qui le seront davantage. Vous monterez en haut a|[>r6s avoir demeuré quelque temps en bas; si pourtant on peut appeler bas et petit, un état dont Télévatiou est toujours très-;^rande.

« XXX. C*est un grand défaut que la singularité. Suivez le train de la communauté généralement dans tout ce que le relâchement et l'abus n'auront pas introduit de contraire à l'état des vrais religieux. Vous êtes, grâces au ciel,aveedes personnes dont les austérités, quoique modérées selon la règle, ne laissent pas de rendre la conduite irréprochable, et de la mettre hors de tout soupçon de relâchement. Tenez donc pour suspectes les abstinenees et les veilles qui vous distineueraieni de ceux avec qui vous avez le bonheur de vivre. Si vous en faites plus qu'eux sur ce point, du moins n'allez pas considérablement au delà, hors le cas où l'inspiration du Saint-Esprit vous marquerait claicement qu'il demande de vous celte sorte de saints excès.—- Ce serait un attentat que de rien entreprendre en cela sans le consentement du supérieur. Les mortifications excessives qu'on ferait de son chef ne seraient propres qu'è en ôter tout le mérite, et h ruiner tellement le corps qu'on ne fX}urrait plus l'employer aux bonnes oeuvres. Dieu veut la pureté de votre cœur et non la

destruction de votre corps. Il veut que vous le soumettiez h l'esprit, et non gue vous en fif)ssiez là victime d un zèle indiscret. — La prudeoee doit par conséquent modérer l'ardeur non-séulemcnt dans l'oraison, mais encore dans la mortification. Et comme il faut réveiller, animer, exciter la volonté» quand elle parait s'endormir ou mareh.ér avec lenteur dans la carrière de ta vertu, il faut aussi l'arrêter et lui mettre un frein quand elle se laisse trop emporter aux mouvements de sa dévotion.

« XXXI. Tenez-vous continuellement en la présence de Dieu avec un saint respect, et souvenez.-vous toujours de cette parole do saint Paul : Sêyex attentif êvr «om-in/me.Ne cherchez pas è savoir ce que font les autres* si vous n êtes pas chargé de veiller sur euv, n'examinez pas leur conduite et leurs èôtions. Tournez sur vous tous vos soins et toutes vos recherches. Ja ne dis pas que vous regardiez indifféremment les péchés de voire prochain, et que vous ne fassiez votre possible pour le corriger par vous-même ou pour procurer son amendement; c'est la eu* riosilé que je blâme et non le zèle et la charité. Je ne prétends condamner que ch qui ressentirait Tesprit léger et trop curieuic, ou ce qui blesserait l'amour sincère que vous devez au prochain.

« Pour les dérauts que vous voyez dans les autres, ou dont vous entendez parler, persuadez-vous sans autre examen que les choses ne sont pas tout h fait telles qu'elles paraissent; donnez leur au moins, s'il se peut, un tour avantageux. Mais si le mal est si évident, que de quelque côté qu'on le considère, on ne saurait l'excuser favora* blemeni, détournez-en la vue et la pensée, et rentrez en vous-même pour ne penser

3u'à vos propres péchés ; prosternez.-vous evant Dieu si les circonstances vous le permettent, et priez avec ferveur pour vous cl pour les autres. Vous vous épargnerez par là des soupçons inquiets et turbulents, et lesjugements téméraires. — Prenez bien garde encore de ne pas cansentir irolontairement, avec réflexion, h vous faire un su* jet de joie d'un péché que commettrait votre frère, quel(]ue léger qa'il fût, ni de tout ce qui pourrait lui arriverdefâcheux. Gémissezen pour lui devant Dieu, vous souvenant des devoirs de la charité chrétienne. Jésus, notre chef, nous a tous réunis pour être membres d'un même corps. Jésus, notre Sauveur, nous a tous rachetés au prix d^ son sang. Que les faiblesses d'autrui, loind'exciter en vous une indignation amère, vous portent à une tendre compassion. Supportez dans vos frères, avec une patience égale, les défauts du corps et les imperfections de l'esprit. Il est écrit : Portez le$ fardeaux le$ uni de$ aU" très, et tous accomplirez ainsi la loi deJésus^ Christ.

« Ce serait une jalousie de démon que de voir avec peine lès grâces dont les autres sont favorisés. Cette vue doit toujours vous inspirer une sainte émulation et une pieuse complaisance. Quoique vous vous trouviez

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dépourvu des biens spiriluels dont vous voyez un autre enrichi* réjouîssez-'Vous-en, puisque le Seigneur y trouve sa gloire. Rendez-lui-en des actions de grftcès, comme si ce bien vous était propre. Eii 6jBèt« il serait à TOUS par ce moyen. Vous criîl profiterez ; on cooronuera en votre personne le mérite d'autruîi et ce qui vous était auparavant étfahger commencera dès lors à vous appartenir en propre et d*ètre regardé comme à vous.

fl Prenez pour maxime quMl ne faut ni affecter de plaire au monde» ni craindre de lui déplaire. Dans les personnes mêmes qui vous sont unies par les liens du sang, n'aimez que Dieu et sa grâce et son ouvrage ; et dans r^ux qui vous paraissent le plus dignes de haine» ne haïssez que les vices, les péchés et les imperfections. Qu*il n*y ail point de motif de parenté» d*amilié ou de reconnaissance» capable de vous faire offenser Dieu tant soit peu» ou de vous porter è seconder» flatter» approuver qui que ce soit dans son péché. -— On est quelquefois inquiet de Tabsence d*un ami» et fâché de ne point jouir de la compagnie et de Tentretien de certaines personnes. Loin de vous ces regrets frivoles. On ne peut les justifier que quand ils ont pour fondement le profit spirituel que ces personnes pourraient nous procurer par leur présence; encore faut-il borner son chagrin. Aimez Dieu dans tous les hommes et tous les hommes en Dieu ; n*aimez personne par des motifs humains, par humeur» par des vues d'intérêt ou de plaisir. Il arrivera de là que ni Tabsence des gens de bien et de vos amis» ni la présence des méchants et de vos ennemis, ne vous causeront de chagrin excessif. Que dis-je» vos ennemis? Vous n'aurez point d'ennemis alors»

puisque vos persécuteurs mêmes vous seront chers» parce qu'ils contribuent le plus à votre mérite et h votre salut.

« Ne vous attachez pas aux choses de ce monde, quelaue agréâmes et quelque merveilleuses quelles soient dans leur nature, h quelque perfection que Part et Tinduslrie les aient portées, et quelque bien que vous puissiez y trouver ou que vous en entendiez dire. Les créatures ne sont faites que pour être rapportées à la gloire de leur auteur, les biens périssables ne vous sont accordés que pour réveiller en vous l'idée des biens éternels» et la joie ne vous est permise qu'autant gu'elle est en Dieu et selon Dieu. Tout plaisir sensible» de quelque part qu'il vienne, doit donner de la crainte. Quels mauvais effets ne produit pas une vaine satisfaction recherchée ou goûtée mal à propos I L'âme s'y engage souvent à ne pouvoir s'en retirer, et cette malheureuse satisfaction lui fera contracter une infinité de lâches qiii la souilleront.

« XXXH. Ayez en horreur toute affection aux péchés même les plus légers : cependant quand vous en commettez quelqu'un par surprise ou faiblesse, n'en concevez pas un chaçrin capable de vous jeter dans la pusillanimité. Accusez-vous-en humblement

devant Dieu» renouvelez vos bons désirs» ranimez votre confiance et votre fenreur» en jetant tons vos péchés dans l'abîme de ses miséricordes ou dans les plaies saoréc! de Jésus. Tant que vous habiterez ce cor|)i de boue» l'âme se ressentira toujours de ta fragilité de la chair. Vous pourrez» il est vrai, étouffer dans votre cœur toute attache volontaire aux plus petites fautes» mais non vous garantir entièrement du péché.

'« Les plus justes» les religieux et iesplu^ dévots ne sont pas impeccables. Ils manquent quelquefois et peut-être souvent t mais avant leur chute ils tâchent de l'éviter, et après être tombés ils se relèvenl. Ponr les mauvais religieux» ils pèchent» mais sans s'inquiéter de leurs péchés» sans songer à les prévenir par la fuite des occasions» ni k les réparer par la pénitence. Ils ne soupirent qu'après le relâchement de la discipline régulière» après un train de vie dont la liberté touche au libertinage. L'office divin et les autres exercices de la règle sont pour eux un joug onéreux, et ils n'ont jamais plus de plaisir que quand ils peuvent s'en dispenser. Ils veulent dans le boire et le manger de la superfluité et de la délicatesse» cherchent avec empressement les occasions de se dissiper et do s'amuser. La vie religieuse n'a que des dégoûts pour eux» et c'est pour en cnarmer les ennuis qu'ils se livrent aisément à de folles joies» a entendre les nou- 'velles du monde» à chercher tout ce qui flatte leur curiosité» à s'accorder l'usage de ce qui est le plus selon le monde» et par cela, moms convenable à la simplicité religieuse. C'est une chose monstrueuse que leur amour propre, le ridicule de leurs amusements» la perte de leur temps, leurs entretiens inutiles» leurs discours dissolus, leur air évaporé et leurs manières toutes séculières. Ce qu'il y a de plus pernicieux, c'est qu'ils croient ne pas faire mal, ou si peu qu'il ne faut pas s^on tourmenter. Déplorable insensibilité! qui, les rassurant quand ils ont tout h craindre» et leur pei*suadant qu'ils se portent bien lorsqu'ils sont tout couverts de plaies» les empêche de sémir sur leur malheureux état et de travailler à l'amendement de leur vie et à la guérison de leurs blessures.

« Religieux infortunés! religieux insensés! religieux dont la conduite dément si visiblement la profession qu'ils oui embrassée 1 Leurs blessures leur paraissent peu de chose, ils les négligent et n'en sont nullement effrayés. Mais qu'ils sachent que» n'usant d'aucune précaution pour les éviter» ni d'aucun remède pour s*en guérir, elles se multiplieront sans nombre» s^aigriront de plus en plus et ne tarderont pas à leur donner la mort; sans compter que cette coupable négligence» cet endurcissement si marqué, ne manquera pas do les pFécipiter« tôt ou tard dans l'orgueil» la révolte» la désobéissance» les murmures» la médisance, la haine» l'envie» la fierté» l'intempérance» en un mot dans tous les vices et dans tous les crimes même les plus énormes. — N'iraitei pas ces religieux» ils ne sont point du nombre

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D*ASCE1ISME.

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des vrais dîscipies de Jésui*Cbrist crucirié, ni du nombre des vrais amis de Dieu, et ne sauraient jamais en élre qu'en eeisant d'être ce qu'ils sont. Soyez plus zélé pour vos véritables intérêts; abaudonnez, éloiçneZy rejetez, sacrifiez tout ce qui pourrait arrêter dans votre cœur le progrès de Tamour divin ; bAtez-vous d'arriver à la perfection de votre état par une entière abnégation de vousmême, comme par le cbemin le plus court, le plus assuré et même le seul capable de vous y conduire,

K XXXIII. Voulez-vous savoir en quoi consiste la véritable abnégation, la parraite raortiftcalion de soi-même , cette voie admirable qui conduit bientôt è la perfection la plus sublime, c'est de renoncer è toute propriété, de se dépouiller de toute volonté propre, pour ne vouloir que ce que Dieu veut ; de se dépouiller de toute recherche de soimême, pour n'envisager que les intérêts do Dieu; de se dépouiller du vieil homme, de cet homme de péché, « pour se revêtir du nou- « veau, qui est créé selon Dieu dans nue jusice et une sainteté véritables. » Mais développons cette maxime importante. Vous vous êtes engagé solennellement è observer la pauvreté, il vous faut par conséquent être pauvre. Mais comment l'être véritablement, sinon par une pauvreté qui vous interdise l'usage des . biens et des commodités do celte vie; par une pauvreté qui en retranche même Je désir et raffeclion; par une pauvreté d'esprit qui vous fasse dire a Jésus- Christ avec saint Pierre : Voilà que nous avons tout quitté pour vous suivre. Si, susceptible encore de quelque amour sensuel, vous désirez pour votre propre satisfaction ce que vous n'avez point, ou que vous vous recherchiez le moins du monde dans ce que vous pourriez avoir, vous ne possédez pas la pauvreté volontaire véritable et essentielle, et vous ne pouvez tenir è Jésus-Christ le langage des apôtres. A son exemple, dé* barrassez-vous de tout ce qui pourrait vous empêcher d'aller sur les traces de ce divin Maître; quittez toutr biens, désirs, espérances; renoncez à tout, au monde et à vous-même. Que tout ce qui n'est pas Dieu soit incapable, je ne dis pas de former un attachement dans votre cœur, mais encore de lui servir d'amusement; que ce cœur, dévoué à Dieu seul et indépendant de tout le reste, se maintienne toujours dans cette précieuse liberté, qu*il soit tel au milieu des plus grands revers qu'il est dans la prospérité la plus florissante; que celle-ci ne lui inspire pas une folle joie, ni ceux-là des chagrins amers. Soit qu'on vous refuse ce qui vous manque, soit qu'on vous ravisse ce que vous possédez, soyez toujours le même. Possédez toujours la paix du cœur et la tranquillité de l'esprit, ot vous serez toujours riche et heureux, quand même vous perdriez tout le reste. Je le répèle, renoncez entièrement, pour l'amour de Dieu, nonseulement au monde, mais aussi à vousmême. Or, vous dire de renoncer ainsi è vous-même, c'est vous dire d'étouffer les

mouvements de la concupiscence, a*anlortir tout seniioient naturel de plaisir, de colère et d'indignation, d'être insensible à tout ce qui paol voas arriver de fUcheux ou d'agréable, et de vous soumettre en tout cela, sans la moindre contradiction, aux volontés de la Providence.

« Voilà la route abrégée de la perfection, cette mortification parfaite de nos désira, ce sacriGce entier de notre amour-propre, cet anéantissement total de nous-mêmes. Telle est la carrière qui s'ouvre maintenant à vos yeux, et que vous devez fournir avec courage. Elle aboutira, elle vous conduira droit au comble de la perfection, à ce lieu de re-

Cos, de sûreté et de sainteté, è ce terme eureux, qui n'est autre chose que la parfaite pureté de l'âme et la divine charité.

« XXXIV. Mais comment saurez-vous si vous êtes parvenu a un état si sublime et si saint? vous V êtes déjà parvenu si vous vous tenez renftrmé dans votre cœur, après ravoir rendu inaccessible au bruit et au tumulte, si ce cœur, dégagé de tout soin trop vif et empressé , do tout attachement vicieux , do toute impression trop forte des objets sensibles, de toute inquiétude et de tout embarras, se porte tendrement vers Dieu et se repose amoureusement en lui ; enfin si votre mémoire, votre entendement, votre volonté, c'est-à-dire toute votre âme, se trouve heureusement unie à cet uni(|ue et souverain bien. C'est en cela que consisie le point essentiel de la perfection.

« Il est vrai que tandis que nous sommes revêtus de cette chair corruptible nous ne pou vous pas nous attacher tel lemen t à contempler Dieu que nous ne le perdions quelquefois de vue ; mais nous devons au moins fixer sur lui toute l'attention possible, et rappeler dans notre esprit sa divine présence toutes les fois que des pensées vaines et déréglées remportent ailleurs. Au reste, pour ne pas penser à Dieu dans tous les instants du jour, il ne s'ensuit pas qu'on perde sa présence et qu'on s'éloigne de lui. On lui demeure toujours uni au milieu même des occupations les plus étrangères à la piété, pourvu qu'on s'y porte avec pureté d'intention, par un motiide nécessité ou d'utilité, dans les circonstances au'it faut et de la manière qui convient. C'est dans ces dispositions que vous devez lire, méditer, écrire, écouter, vous entretenir et travailler; et quand vous vous appliquerez do la sort'O ou a des matières de spéculation ou à des choses sensibles, assurez-vous qu'elles ne seront pas capables de vous éloigner de Dieu. Au contraire, on pourra dire alors que le corps de vos actions est une oraison continuelle.

a Que vous êtes heureux, mon cher frère, que vous êtes un digne élève de la science des saints, de la philosophie chrétienne, de la théologie mystique, si ces choses que je viensde dire, aprèsavoir frappé vos oreiN les, ont pénétré jusque dans votre cœur I Plus heureux encore, si véritablement animé de cet esprit d'abnégation de vous-méffle,

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VOUS avez déjà mis la cognée è la racine de Farbre, cet amour-propre» la volonté jpropre dont nous avons déjà taoi parlé. Cette cognée, c'est la ferveur dans les exercices de la yie intérieure ; sujioot (it'Ue ferveur

3uf $*allume par une méditation continuelle e la passion du Sauveur, qui se nourrit pirde fréquentes aspirations vers Dieu, et qui est toujours accompagnée d*une obéissance exacte et d*une très-grande sobriété. Arbre maudit; mais cognée heureuse I O ciel I quelle différence entre les deuil Celuilà est chargé de fruits amers, et celle-ci est remplie d'agréments et de douceurs ; celuilà fait naître et croître toutes sortes de malheurs etde désordres, et celle-ci procure les biens les plus précieux et la charité la plus parfaite; celui-là, indignede la lumière, est ouligé de cacher sa honte dans le sein de l'obscurité» et celle-ci, plus brillante que Tor et pus éclatante que les pierreries, mérite d'avoir le ciel et la terre pour spectateurs. Cet arbre ténébreux est en vous, mon cher frôre, comme dans le reste des hommes. Oui , il est dans vous-même ; et tandis qu'il y sera, vous ne jouirez jamais d'une parfaite clarté. Si vous voulez donc

3ue le soleil de justice répande sa lumière ans votre âme, coupez cet arbre et le jetez loin de vous. Il est dur, il est épais, et peut-être que les premières années ne suffiront pas iiour l'abattre. Apportez donc ici une persévérance et une patience à toute épreuve. Une Ame délivrée de tout amourpropre ne cherche que ce qui platt à Dieti. Elle n'a point de peine a sélever et à s'unir au divin auteur de son origine ; semblable à la flamme qui monte naturellement en haut quand elle n'y trouve pas d'obstacle. Hais comrqe la grossièreté des autres corps les précipite toujours en bas, de môme l'amour - propre appesantit les Ames. Tandis qu'elles n'en sont pas entièrement déchargées, elles peuvent tout au plus tondre imparfaitement vers le ciel, et voir de temps en temps quelques faibles lueurs de la lumière éternelle. Mais enfin elles ont toujours un poids fatal qui, les entraînant vers la terre, les empêche de se perdre heureusement dans le sein de Dieu. Elle; ont toujours un reste de mauvais levain qui, fomentant encore en elles la corruption de la nature, les empêche de s'unir parfaitement à Dieu qui est leur bien souverain et peut seul les rendre heureuses.

« Le Seigneur, plein de miséricorde et de Itonté, épargne a quelques-unes de ces Ames choisies la trop grande violence ou la trop longue durée des tentations, et les conduit a son saint amour par des routes moins pénibles. Mais on ne doit pas aisément se persuader qu'on est favorisé d'un si grand privilège., quelque enrichi qu'on soit des dons célestes. Que personne ne se flatte donc d'être arrivé à la parfaite abnégation de soi-même, qu'il n'ait passé par un grand nombre d'épreuves rigoureuses et ne les ait soufl'ertes avec une entière SQumission. Que de gens paraissent dévots,

f»atients , humbles , quand ils nont ni conradictions ni mauvais traitements , ni tentations ni chagrins à essuver , mais qui , à l'approche des croix les plus légères , éclatent en murmures , s'iiidignenl et se Kvrent aux transports de la plus vive impatience t Preuve évidente gu'ils sont encore remplis d'eux-mêmes, délicats, immortiiiés. Le sceau des tribulations souffertes avec courage jusqu'au bout est donc la seule marque qui caractérise ceux qui ont le véritable esprit de l'abnégation cnrétienne. Si quelquefois le Seigneur n'éprouve pas d'abord une Atne par les afilictions , qu elle sache que^ c*esi pour la ménager , et que sa vertu est encore trop (aible pour soutenir des épreo^es aussi fortes. Ceux qui ont une piété véritdile ne manquent d'occasions de souffrir que quand ils manquent de force et de courage pour obtenir la grAce et le mérite de la souffrance-. Dieu prend plaisir à purifier par mille peines différentes l'Ame avec qui il veut s'unir de IV nion la plus intime, il la charge de croix

rmr la parer des ornements les plus propres la rendre agréable à ses yeui^^ et à lui donner les traits de la phis parfaite ressemblance avec Jésus-Chnst.

« On n'arrive donc au plus haut point de la perfection que quand , dépouillé de tout amour-propre, on n'a d*autre volonté que celle de Dieu ; quand on est prêt è recevoir pour son amour les adversités , les homiliations et les désolations intérieures avec la même égalité d'Ame que la prospérité, les honneurs et les consolations; enfin, quand on est parvenu jusqu'à souffrir avec un véritable goût et une sainte joie toutes sortes de peines et de tentations. Quiconque en est là a trouvé la perle précieuse de i fivangile , préférable h tous les trésors de la terre. Il est uni à Dieu en tout lieu , eu tout temps et en toutes sortes d'occupations. Rien ne l'empêche de s'élancer à tout moment dans le sein de la Divinité. Comme il ne s'éloigne jamais de la présence de Dieu , une lumière céleste guide ses pas; la pureté, la tranquillité, la simplicité, la joie, la douceur l'accompagnent partout ; il entre dans la contemplation la plus sublime avec autant de facilite que nous en avons à vivre et à respirer. Mais il ne nous appartient pas de vouloir expliquer, par nos faibles expressions, les faveurs que Dieu fait en cette vie, même à ces Ames choisies , ni de parler des communications intimes, des grAces singulières et de la sainte familiarité on elles entrent avec leur divin époux. O vous \ qui goûtez -les avantages de cet heureux état, rendez-en pAces au Seigneur et confessez que c'est Dieu seul qui , transfornaant ainsi en ange et rendant en quelque manière semblable à soi-même un homme encore sujet aux faiblesses de la nature humaine , sait tirer l'indigent de la poussière et le pauvre de dessus le fumier , pour le mettre au rang des plus grands princes.

« XXXV. Peut-être serez-vous tenté de me dire que cet état est trop relevé pour vous, que vous ne sauriez y parvenir, et qoe

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D^ASCETISME.

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vous n'y aspirez pas pour ne pas vous donner une peine inutile , creuse , vaine et frivole. Si vous ôtes dans ces sentiments , TOUS n'êtes pas religieux. Votre profession ne vous oblige pas , il est vrai , à être parfait f mais elle vous oblige h faire tous vos eCforts pour tendre et parvenir è la perfection , c'est-à-dire à ne rien négliger pour y arriver. Flattez-vous tant qu'il vous plaira» suivez à votre gré les maximes les plus re- Jâcbées » employez tous les faux-fuyants et tous les vains prétextes que l'amour-propre a coutume de vous fournir, il ne sera pas moins vrai de dire que vous êtes tenu en conscience d'aspirer è*la perfection de votre état et d'employer toutes vos forces pour l'acquérir. La chose est ainsi» vos idées particulières n'en changeront pas la nature ety loin de vous dispenser de vos obligations, elles aggraveront votre faute. Si vous l'avez ignoré jusqu'ici', apprenez-le du moins en ce moment. Ainsi plus 'd'excuse , plus de prétexte. Vous vous êtes lié , vous vous êtes engagé i vous demeurerez toujours dans vos liens et dans vos engagements. Et véritablement , que prétend-on en disant : « Je ne suis pas capable d'une si grande perfection ? » D'où peut venir une telle défiance 7 Ignorez-vous que Dieu peut faire infiniment plus que la faiblesse humaine n'est capable de penser 7 Vous ne pouvez

{mrvenir à la perfection par vos propres brces , j'en conviens , mais Dieu peut vons y conduire. Ayez de la foi , espérez en Dieu , non en vous-même ; mettez votre confiance dans sa grâce et non dans votre industrie , non plus que dans vos efforts , et dès là vous êtes dans la voie de la perfection. Ce qui suppose qu'en comptant sur la grâce, vous y coopériez fidèlement en travaillant de votre côté selon l'étendue de vos forces. Ne manquez pas à Qieu de fidélité, et son assistance ne vous manquera pas. Faites tout ce qui est en votre pouvoir; disposez-vous au combat , préparez vos armes , animez-vous à détruire vos vices et à les exterminer; infailliblement vous en viendrez à bout , si vous ne cessez pas de les combattre par un véritable renonc.ment à vous-même, par un profond recueillement, par l'usage fréquent des saintes aspirations , par des élévations continuelles de votre cœur vers le ciel, par une heureuse habitude de marcher toujours en la présence (le Dieu. Dnpdes choses les plus capables de vous faciliter ces saintes pratiques , c'est de vous proposer un point de la passion de Jésus-Christ et d'y avoir l'esprit attaché toute la journée, et de vous en occuper tendrement avec lui ou avec vous-même.

Je ne cesserai de vous dire qu'il faut vous nourrir ainsi de saintes pensées pendant tout le jour autant que vos forces vous le permettront ; que ce soit là votre but , votre (Hude , votre applicati/>n. Tenez à cet heureux état avec une sollicitude qui ne saurait être trop vive , pourvu qu'elle soit toujours accompagnée de paix et de tranquillité.

« Quand à chaque instant , pour ainsi

dire, des distractions importunes voudraient vous arracher à ce digne objet de votre attention , point de découragement ni de pusillanimité. Soyez ferme et constant , et faites que vos recours à Dieu soient aussi fréquents que vos égarements. Un travail assidu surmontera tous ces obstacles, et ce travail même, perdant peu à peu ce qu'il avait d'abord de pénible, deviendra bientôt une occupation douce et agréable. Environné d'une lumière nouvelle dont l'éclat n'avait pas encore frappé vos yeux , vous commencerez à voir les merveilles que Dieu cache aux prudents du siècle et à goûter les délices qu il réserve aux âmes justes. Due heureuse régénération vous fera cesser d*être ce que vous étiez, et , vous changeant en un autre homme , elle vous rendra semblable aux anges, et vous fera partager avec eux le bonheur de n'être jamais un moment sans aimer et sans bénir le Seigneur. Alors vous ferez un çrand cas de ce que vous regardiez autrefois avec indififérence , et vous mépriserez souverainement ce qui faisait auparavant l'objet de votre estime. Alors ce qui plaisait à l'amour-propre commencera a vous déplaire , et ce qu*il avait en horreur n'aura pour vous que des charmes. Alors tout ce qu'il y a de pénible dans la vertu s'évanouissant devant vous, vous porterez avec joie ce qui vous paraissait insupportable. Alors enfin vous ne trouverez plus de difficulté» ni d'obstacle dans votre chemin » parce que l'habitude de la vertu vous en fera comme une seconde nature , et que l'amour de Dieu remplira toute votre âme et vous contentera parfaitement. Or , comme il est impossinle que l'esprit ne soit continuellement occupé de ce que le cœur aime avec ardeur , vous aurez autant de facilité pour penser à Dieu et aux choses du ciel que vous en aviez autrefois à concevoir des nensées vaines, extravagantes et semblables aux songes de la nuit. O transformation heureuse I 6 changement de la droite du Très-Haut 1 que vous méritez bien de faire l'unique objet de tous nos désirs I

« Ceci n'est pas pour vous, religieuik lâches, tièdes, iudévots, religieux de nom et d*habit, qui n'êtes rien moins que religieux par votre conduite. Malheur à vous, parce que, méprisant la sainteté de votre état, et violant les vœux que vous avez faits à Dieu, vous croupissez sans pudeur et sans remords dans la boue de vos vices, dans la vanité, la paresse et toutes vos passions. Heureux, au contraire, les religieux qui, quoique peu avancés dans la vertu et chargés encore de plusieurs défauts, tendent de toutes leurs forces à la perfection. Ils sont du nombre des enfants que Dieu a adoptés et que Jésus-Christ console par ces tendres paroles :iVe craignez pai^ petit troupeau^ car il a plu à votre Père de voue donner $on royaume^ Quoiqu'ils ne soient peut-être qu un commencement de leur carrière, ils peuvent sûrement attendre le jour de leur mort; elle sera précieuse aux yeux du Sei-

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DICTIONNAmE

CBL

gneur. Qu'ils l'attendent donc tranquillenienty cette heureuse mort I Hais que disje? ce ne sera pas pour eux une mort, mnis un jour de paii et de repos en Dieu, et un simple passage de la mort à la ?le.

« D'après cela, ôtes-vous encore flottant dans riocertitude du parti qu'il vous faut prendre? Balancercz-vous encore? Allons, courage : que ces puissants motifs vous fassent entrer dans la voie qui conduit au salut. Préparez généreusement votre âme à la tentation, ne vous rebutez pas lies légères difficultés qui se présentent au milieu des croix du dehors et du dedans; dites avec soumission : « Que la volonté du Stngneur s'accomplisse! «Faut-il suer longtemps et beaucoup» faut-il livrer de rudes combats avant de surmonter et de détruire tout à fait le vieil homme? que cela ne vous étonne point l— Fermez les yeux sur ce qu'il pourra vous en coûter pour remporter la victoire, et ne faites attention qu'à l'avantage inestimable dont elle sera un jour suivie. D'ailleurs, vous ne pouvez douter que Dieu^ne vous aide dans vos travaux, ne vous secoure dans vos besoins, ne vous rassure dqns vos craintes, n'affermisse vos pas chancelants, ne vous soutienne dans vos dang*rs, ne vous soulage dans vos roaux, ne vous relève dans vos chutes et ne vous console dans vos peines. Il répandra de temps en temps dans votre âme l'oncfion précieuse de- sa grâce. Vous n'avez qu'à persévérer, et il faudra nécessairement que la violence des tentations cède à la force de l'amour divin. Les tentations perdront peu à peu leur force, et la ferveur de la dévotion eu ôtera à la fin toute l'amerlume. Le poids des tribulations diminuera insensiblement, et l'espérance vous les fera trouver légères. Ainsi, le mal se dissipant chaque jour, vous n'aurez plus que des sujets de ioie et d'actions de grâces. Les dis- § races, les afflictions de cette vie, changeant e nature en votre faveur, la terre même deviendra pour vous un paradis. Ces choses arriveront infailliblement, si vous persévérez avec courage, sans jamais vous rebuter, et que si vous n'êtes pas du nombre de ceux qui commencent bien, mais qui, séduits par le démon ou rebutés par les tentations et les peines , abandonnent légèrement leurs entreprises, rejettent le joug des tribulations, se scandalisent du Seigneur môme, quand il les appelle aux souffrances, le quittent, et disent avec ios Juifs : « Ce ioug est trop dur, qui peut le |K)rter? » Arcnitectes ignorants et inhabiles, au lieu de bâtir sur le roc, ils édi&ent sur un sable glissant. Quelle merveille, si «leur bâtiment est bientôt renversé .par les vents ou le torrent dos grandes eaux! Plaise au Seigneur au'un si grand mal ne leur ôte pas au moins le dessein ni le courage de le réparer I Qu'Hs ramassent incessamment les débris de leur maison, et gue ce ne soit plus sur le sable mais sur la pierre qu'ils en jettent de nouveau les fondements.

«Si, par malheur, il vous. arrivait que

votre édifice spirituel vint à manquer et tombât en ruines, ne différez pas un moment de le rétablir, et travaillez de toutes vos forces à faire un nouvel ouvrage plus beau que le premier. S'il tombe de nouveau et plusieurs autres fois, relevez-le toujours/aussi souvent qu'il sera tombé» et no désespérez jamais de la miséricorde ni de la clémence de votre Dieu. Le seul péché de désespoir rend le Seigneur plus irréconciliable que les péchés Tes plus affreux par leur énormité et leur multitude. Désespérer du pardon de ses fautes, c'est nier la puissance et la bonté de Dieu, et blasphémer contre le Saint-Esprit. Qu'il esl consolant pour nous de penser que nous ne saurions être si enclins à pécner, que Dieu ne le soit encore plus à pardonner» si néanmoins on lie s obstine pas à abuser de sa longue patience, c'est-à-dire si l'on ne se convertit à lui de tout son cœur avant la iftort. Tels doivent être les vrais sentiments d'un chrétien sur ce sujet.

« XXXVL Avant de terminera>es instructions, je crois utile de toucher légèrement la manière dont vous devez terminer les actions de la journée. -^ Le soir, avant de vous coucher, repassez sérieusement en vousmême ce que vous avez fait de mal durant le jour, sans entrer pourtant dans un détail trop embarrassant. Demandez ensuite pardon de vos fautes au Père des miséricordes; promettez - lui de mieux Tivre à l'avenir et d'éviter, avec sa grâce» ju^u'aux plus petits péchés. Priez-le de vous préserver durant la nuit de tout ce qui pourrait souiller votre âme ou votre corps. Mettez l'un et l'autre sous la protection du Sauveur, de sa sainte Hère et de votre ange gardien. En vous couchant, faites dévotement le signe de la croix, et vous tenant dans une situation honnête et décente, élevez votre cœur vers Dieu pour vous occuper de quelque sainte pensée jusqu'à ce qae vos sens tombent peu à peu dans le sommeil.

<r Si par malheur le sommeil devenait trop profond, et qu'au lieu de vous procurer un repos salutaire il vous jetât dans l'abattement; s'il excitait dans l'imagination des fantômes impurs, ou qu'il fit sur le corps des impressiOAs fâcheuses, ces accidents, sans trop vous effrayer, vous doivent porter à gémir devant Dieu sur la fragilité de votre chair. Demandez-lui pour lors avec instance la tempérance dans le boire et le manger, et la retenue de vos sens , deux vertus qui préviennent presque toujours\es illusions nocturnes, et qui sont d'ordinaire suivies du don de la continence.

« XXXVII. Voilà, mon cher frère, ce que j'ai préparé pour satisfaire à vos désirs. Vous m'avez demandé un miroir, en voici lin; c'est à vous de vous y reconnaître et d'y. découvrir tous vos défauts. Pour peu aue vous soyez content de mon travail, j'en lîé nis le Seigneur. S'il n'a pas permis que if réussisse, je l'en bénis également. C'est de ses dons seuls que J'ai prétendu vous fairf parti et je n'ai rien pu tous donner que ce

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DÂSCET1SME.

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quej*ttvais auparavant reçu moi-iuôine de sa bonlé. 'Au reste, de quelque nature que soil mon petit écrit, je vous prie d'y jeter quelquefois les yeux. Je vous souhaite, de la. part de Dieu, jfDille et mille bénédictions, et je vous conjure instamment de le prier pour moi. »

OBSERVANCE. — Observance se dit des statuts et des usages particuliers de quelques communautés ou congrégations religieuses. Chez les Carmes, on distingue ceux de Tancienne observance d*avac ceux qui ont embrassé la réforme faite par sainte Thérèse, et que Ton nomme Carmes déckaus^ ses. Parmi les Bernardins, les religieux de Vétroite observance sont ceux qui ont repris toute la rigueur de la règle de Sàint-Ber*nard ; tels sont ceux de la Trappe et de Sispt-Fonts. Les Cordeliers sont uivisés en observantins et en conventuels. Peu de temps après la mort de saint François, plusieurs de ces religieux avaient mitigé leur règle, avaient obtenu de leurs généraux et des Papes la permission de posséder des rentes et desfonas, d*être chaussés, etc. ; d'autres , plus fervents, persévérèrent dans l'observation de Tinstitut de leur fondateur, et prirent le nom à^observantins^ pour se distinguer des premiers qu'on appela conventuels. Dans la suite, il y eut encore des relAchements et des réformes parmi les observantins mêmes; on y distingua la petite et la grande ou l'étroite observance. Saint Pierre d*A!cantara fonda cette dernière» Tan 1555, en Espagne : ce sont les Franciscains déchaussés. La môme raison avait déjà donné lieu aux réformes des Capucins, des Récollets et des Tiercelins ou Picpus. Il est bon d'observer que la coutume d*aller pieds nus est plus supportable en Espagne et en Italie que dans les pays septentrionaux. Les ordres religieux, en se répandant au loin, ont été forcés d'accorder quelque chose à la température du climat.

OBSESSION. — Voy. Possession et Démon.

— L'Obsession est un des moj^ens de purgation passive de la partie sensible. Le démon n*hal)ite plus dans l'hattime comme dans la possession; mais il le tourmente extériculement et sensiblement d'une manière extraordinaire.

Cette obsession diabolique peut avoir lieu de diiTérentes manières :

1** Quant aux yeux, par des visions effrayantes, des images ol)scènes, etc.

2* Quant à l'ouïe, par d'horribles cris, des i)lasphèmes honteux et sacrilèges, etc.

3" Quant à tout le corps, par de cruels tourments, des coups, etc.

k' En éprouvant l'imagination et par conséquent TAme par diverses tentations

bouvent il arrive, par une permission de la divine Providence, que les Ames les plus saintes sont disposées è la contemplation par l'épreuve purifiante de Tobsession iiaboli-* que. Nous voyons, dans l'Ecritue sainte, le Seigneur accorder à Satan le pouvoir d'ob* $éder et de tourmenter le saint homme Job. Voici quil est en ta main. (Job Xi, 6. ) —

L'ennemi, dit saint Grég«iiru (m Prœf. ad Marc, c. 4), cherche è triompher de cet homme que protège le solide rempart de la justice: il dresse contre lui ses tentations, ( omme autant de machines de guerre* 11 lui enlève sa fortune , fait périr ses enfants, frappe son corps, suscite contre lui jusqo*à sa lemme, et change en reproches pleins

d'amertume lesconsolation^ de ses amis »

Saint Ephrem (I. de patient.) et saint Jean Chrysostome (Hom. de*B. Job) comparent et assimilent les tourments que les démons ont fait souffrir aux confesseurs, à ces cruelles tortures où les tyrans ont fait expirer les njartyrs. Niéremberg (m Vit. illust. Soc.^ t. V') rapporte, entre autre autres faits remarquables, que le P. Jean de Castille fut obsédé parle démon, qui le forçait è blasphémer uieu de sa propre bouche, sans qu*il f.t toutefois entendu de personne, ou bien l'obligeait à brûler lui-même une ioiage de la sainte Vierge. Tantôt il le contraignait à se souflletter lui-même, tantôt il le privait de l'usage de ses mains et doses pieds; et enfin il le tourmentait cruellement de mille manières. Sainte Thérèse (c. 31 Vita) raconte que souvent ses sens ou son intelligence furent en butte h l'obsession du démon, qui la tourmentait horriblement, à l'ex'érieur par des souffrances physiques, intérieurement par des inquiétudes dévorantes , au point de la contraindre è se meurtrir ellemême la tète, les bras et tout le corps. Nous donnons ailleurs l'explication de cette puissance du démon. Quoi qu'il en soit, Dieu sou • vent permet au démon d'éprouver et de gravement tenter les Ames les plus saintes ; il doit donc permetttre l'obsession, d'autant plus que l'obsession proprement dite n'enlève pas la liberté, et n'est pas copame !.« |)Ossession, un obstacle au progrès spirituel. Au contraire, elle éprouve la liberté, et si l'on résiste courageusement aux obsessioiis de l'ennemi, elle acquiert une victoire eltoe couronne glorieuses.

On attribue avec raison à l'obsession diabolique toutes ces opérations que le démon peut accomplir extérieurement ; comme d'effrayer la personne au'il obsède par des vivions, des bruits terribles, de Taccabler de coups. L'obsession peut encore altérer les organes de la vue et de l'ouïe, mettre en mouvement les humeurs et les esprits vitaux, exciter des chimères et des passions, en pénétrant d'une manière régulière et naturelle dans le corps de l'obsédé. Mais quand malgré l'homme, il use despotiquement de ses membres pour lui faire faire des actions, ou souffrir des tourments extraordinaires, qui ne peuvent être raisonnablement attribués h l'homme, ni è aucune cause naturelle, il n'y a plus là obsession, mais une sorte de possession transitoire. Car il ne semble pas possible que le démon puisse du dehors exercer sur l'homme une action aussi grande.

Comme nous ne pouvons comprendre là manière dont le démon agit sur le corps de rbojume, qu'il nous suffise de croire qu'il

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eo est ainsi, liais coiDOtieot les démons, qui

Krtout emportent avec eux les peines de nfer, peuvent-ils tourmenter les nommes?

quel avantage, quelle satisfaction y trou- ▼entrils ? C'est ce aue Gerson nous explique en. ees termes (X. 111, m Serm. de S. mick.) : « La penrersité de leur volonté leur fait tourner toute leur science vers le mal. C'est ainsi que l'avare emploie toutes ses facultés à amasser, l'envieux h nuire et à calomnier, le luxurieux à se procurer les jouissances charnelles. Plus leur intelligence est élevée, plus leur dépravation est grande. » Saint Thomas (tu iv, d. 50, q. 3, quœst. i, ad. 3) enseigne que les démons, par un effet de leur malice, ressentent une sorte de satisfaction à se vengerde Dieu et des hommes, quoique en réalité l'accroissement du nombre des damnés soit accidentellement pour eux une occasion de souffrances nouvelles. Afin de dégager la doctrine de l'obsession diabolique de toute équivoaue nuisible et de l'appuyer sur de solides fondements, nous distinguerons avec soin et ce que les démons peuvent faire aux personnes obsédées et que Dieu leur |:)ermet de faire, et ce qui provient d'une maladie naturelle ou de notre propre imagination. A cet effet, nous recommandons l'obseryation des règles suivantes.

I. Très-souvent ce qu'on regarde comme une obieuion diabolique n'est autre chose

3tt*iine maladie naturelle, ou une chimère e Timàgination, ou un commencement de folie, quelquefois môme une folie complète. Il faut donc agir arec beaucoup de circonspection, jusqu'à ce que l'obsession ait été sûrement constatée par des signes spéciaux. Kn effet, il est des maladies, telle que l'épilepsie, l'bvpochondrie, l'hjstérie chez les lemmes, qui peuvent donner lieu à des phénomènes tout particuliers ; souvent aussi, il suflit d'une vive imagination pour croire qu'on voit, qu'on entend, (]u'on touche et qu'on souffre ce qui n'existe pas, surtout si quelque altération du cerveau a déjh affaibli ou troublé l'usajge de la raison. Dans ce cas le médecin spirituel doit s'adjoindre le secours d'un habile médecin corporel et conclure, en général, qu'il n'y a pas obsession démoniaque, tant qu'il y aura quelque sa^e croyance et même quelque présomption raisonnable d'une cause naturelle. Quoi qu'il en soit, que cette épreuve soit une maladie naturelle ou l'œuvre spéciale du démon, elle peut être très-utile au progrès spirituel de notre âme.

II. Les torturée corporelles^ comme les coups, etc., et généralement tout ce qui affecte les organes du loucher, ne doivent pas être facilement attribuées h l'obsession démoniaque; elles n'ont souvent d'existence que dans les chimères d'une imagination malade. Mais cotnme il peut, néanmoins, arriver que par une spéciale permission de Dieu, soit pour punir les méchants, soit pour prouver le mérite des justes, le démon puisse faire subir à Thumme cette sorte de tourments, il faut recourir è des signes par*

ticuliers aBn de discerner la vérité. Tels sont : 1* Quand de l'avis d'un médecin exl>érimenté, il est impossible d'assigner è ses effets une cause purement naturelle. 2* U faut tenir compte de la conscience du patient lui-même, afin de voir si cette épreuve est un châtiment de ses fautes ou un moyen de l'exciter à la pratique des vertus. 3* Quand les blessures causées par le démon sont tout à coup et miraculeusement goé-ries de Dieu, on peut sagement reganler, pour les âmes justes, cette sorte de tourment comme en dehors des lois ordinaires de la nature.

Le P. Régnera remarque à ce sujet (Prax. theoL myst.f t. I, p. 753), que parfois les instruments, les tourments et les blessures par lesquels le démon tourmente les obêédés^ sont physiques et réélis; quelquefois les tourments et les blessures seuls sont réelst mais non les instruments, oui n'ont qu'une existence imaginaire; quelquefois encore les tourments et les blessures sont imaginaires, mais la douleur est physiquement ressentie et laisse des traces physiques» comme si les tourments avaient été réels. Ainsi le vénérabre Morina d'Escobar (n p. Yitœy 1. 1, c. IM, — auctore Pinto Ravikbz}, dit qu'il lui parut un jour être torturé par la roue de sainte Catherine; il ajoute : « bien i|ue la douleur ne se ressente que dans I esprit, elle produit autant d'effets sur notre misérable corps que si elle avait été réellement soufferte. Le corps tout entier s'affaisse : les bras et le dos éprouvent surtout une violente douleur. »

III. De même aussi, les aitaquee du démgn contre la vt$e et l*oifie, et quelquefois contre Vodorat et le goût^ ne sont que des Octions imaginaires; elles peuvent, néanmoins, être en réalité produites exjll&rieureroent par l'obsession aiabolique quand on entend des bruits étranges, des cris, des hurlements, quand oh voit des apparitions» tantôt sous la forme d'un homme» tantôt sous celle d'une bète féroce, tantôt sous une forme monstrueuse et horrible.

Thvrée (De dœmoniae.^ c.11) rapporto,d>h près le Sacerdotal romain, diSerentes agressions diaboliques, qu'il regarde comme autant de signes précurseurs d'une imminente possession. Il faut entendre par là que le démon procède graduellement» selon que l'homme ne lui résiste pas et que Dieu lui permet de pousser ses tentatives. Aussi quand de prime abord l'homipe lui résisie courageusement et avec foi., il est rare que l'obsession dégénère en possession; orainairement l'obsession cesse, ou du moins s'adoucit; ou, si elle continue, elle est trèsutile à l'avancement spirituel.

IV. Dans l'obsession, les démons font de leur côté tous leurs efforts pour exciter les âmes au péché par leurs attaques» d'une manière prochaine ou éloignée. Toutefois, il ne peuvent jamais y parvenir par Tin^ fluence seule de l'obsession, s'il ne s'y.joint un consentement de la volonté humaine, suffisamment libre pour qu'on puisse lui

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imputer la faute. Ainsi les démons s'efTorcent d*insF>trer aux- personnes qulls obsèdent des sentiments de pusillanimité, de désespoir et de baine, des amours illicites; et ils leur présentent des images effrayantes, ou honteuses et lascives, et d'autres objets capables de les exciter à Tamour, è la haine et aux autres passions: si Tobsédé y résiste généreusement par les armes de la prière, de la mortification, etc., il ne contracte aucune faute; mais s'il y consent, la faute lui est imputée, car le démon ne peut contraindre sa volonté.

Remarquons ici, 1* que quand le démon enlève médiatement 1 usage de la raison, comme il peut le faire, on n'est pas coupable des péchés gui peuvent alors être commis. ^ cela arrive surtout pour les actes de ia partie sensitive, qui n'est pas immédiatement libre, et gui, par suite de la rébellion de la concupiscence, que provoque dav.âRtage la séduction excitante de ces sortes de tontalions, peut annihiler la délibération de la raison. 3" Dans l'obsession proprement dite, le démon ne supprime pas J'usage de la raison, il se tM>rne è la tentation ; si l'usage de la raison était suspendu, la liberté, par là môme, nécessaire pourqu'ii y ait péché, serait aussi suspendue; d*où il résulte que^ k^ si quelqu'un s'excuse ilu péché sous prétexte de n'avoir pu faire usage de sa raison, il doit prouver ou qu'il M été possédé du démon, ou qu'une autre cause a «Itéré son esprit, au point de suspendre en lui Tusage de la raison. .

V. Quoique à part le consentement de la \olonté^ les démons puissent physiquement contraindre les personnes obsédées è faire ou souffrir quelque mal extérieur; et quoiqu'il n'y ait point de péchés dans lesquels Dieu ne permette quelquefois aux pécheurs et surtout aux grands pécheurs de tomber, cependant il est certaines actions mauvaises auxquelles les justes et surtout les parfaits, lie peuvent jamais être physiquement contraints, à moins que Dieu ne le permette. En effet, 1"* le démon a plus de force pour agir que l'homme. pour résister; il n'est donc aucun mal extérieur auquel le démon ne puisse le contraindre^ D ailleurs le démon poarrait bien se servir, pour Taccomplissement de cette sorte de mal extérieur, du corps même, soit d'un animal, soit d'un homme mort. Il se sert même quelquefois, à cet effet, du corps d'un homme vivant, d'un possédé par exemple. Pourquoi n'aurait-il donc pas le môme pouvoir sur le corps d'un obsédé, au moins quant à la ()roduction d'actes vitaux? Que la coopération de rhomme soit libre ou non, cela n'ajoute ou ne retranche rien au pouvoir du démon, mais seulement dégage 1 homme de toute responsabilité. 2" Cette permission que Dieu accorde au démon d'abuser ainsi *du corps de l'homme, est par fois une sorte (le punition que celui-ci s'est attirée par ses eViiues, ee gui d'ailleurs le rend indigne d une protection spéciale de la part de Dieu. Ku otitre, le pécheur consent facilement

à la tentation, il sollicite mémo le tentateur à abuser ainsi de son corps; il n'est donc pas étonnant que Dieu en accorde l'autorisation au démon. 3* Le démon peut contraindre les personnes parfaites a quelques actions extérieures qui ne sont pas mauvaises absolument ni scandaleuses, comme on le voit par l'exemple de sainte Thérèse, forcée par le démon a se meurtrir tout le corps. Néanmoins, il ne peut les contraindre à des actions scandaleuses pourclles-mômes ou pour les autres. Ce dernier point a besoin d'une démonstration spéciale.

Dieu ne permet jamais au démon qui obsède d'abuser du corps de la personne ot>sédée, surtout si elle est sainte et parfaite, pour la contraindre à coopérer elle-même.

Car ses mains ou par quelque autre membre, des péchés extérieurs, surtout en matière de chasteté , quand le cœur refuse d'y consentir« Bien que cela soit possible d'après la nature de la chose et les efforts de la puissance et de la malice du démon, cela est toujours impossible d'après la loi de Dieu ,

3uine permettrait jamais rien de semblable. )n le prouve, 1** par l'Ecriture sainte, qui atteste gue la puissance du démon , surtout depuis I avènement du Christ, est considérablement restreinte, particulièrement par rapport aux âmes saintes. Si auparavant il n'a lié le fort. (Matth. xii, 29.) Saint Thomas explique ainsi ce passage: «c Que signifient ces liens ? C'est que Dieu réprimele pouvoir de nuire, que le démon a de lui-même. » C'est aussi ce qui a lieu , surtout dans ce cas particulier, car le pouvoir du démon n'est pas proprement enchaîné ; quant è contraindre ou a forcer le consentement de la volonté humaine, il ne le peut de lui- môme en aucune manière; d'un autre côté, si le pouvoir du démon doit ôtre enchaîné relativement è quelque action extérteure , c'est surtout en matière de chasteté, terrain fort glissant, qui sollicite le consentement par tant de séductions diverses; et cela principalement dans le cas où l'acte impur se consommerait par le concours des mains. Dieu veut que nous évitions avec soin tout ce qui peut être pour nous -mômes ou pour les autres, une occasion de scandale. Si voire fnain vous sconda/tM, coupez-la et ietezAa loin dévoue. (Matth. v.) Malheur à f homme

{)ar fut le ecandale arrive, ( Matth. xviii, 7 ) 1 ne permet donc pas au démon, d'une manière illimitée, de tenter l'homme au point de le rendre pour lui-môme et pour les autres, un objet de scandale : C'est cependant ce qui arriverait dans le cas dont il s'agit. Enfin, quand Jésus-Christ nous a appris è dire k Dieu dans nos prières : Ne noue induieex point en tentation , maie délivrex notif du mal {Matlh. vi, 13), c'est afin que nous demandions, non-seulement de ne pas consentir à la tentation, mais aussi de n'ôtre pas tentés, à moins que la tentation ne soit utile à notre salut. Aussi Dieu eiaucet-il, dans ce cas, nos prières, en ne permettant pas cette tentation. 2". On donne de cette doctrine différentes raisons. J«a pre*

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gré leurs efforts, obligées de le souffrir. On ne doit pas s*é(onner si Dieu permet que les pécheurs» en punition do leurs crimes, soient soumis à cette épreuve: il est juste, en effet» que celui qui, par ses péchés, s'est volontairement soumis au pouvoir dn démon , surtout si ces péchés ont été commis de concert avec le démon lui-même» soit ensuite obligé malgré lui de souffrir les effets de ce pouvoir; il est juste que celui qui tant de foiSf en abusant de son corps, a été pour les autres un objet de scandale, soit rorcé de se prêter aui violences qu*eierce sur lui te déman.

Quant aux Ames pures et d*une chasteté exemplaire, qui souffrent cette obsession passive, nous dirons que Dieu les laisse quelquefois subir ce commerce diabolique pour les élever à Théroïsme de la vertu. C^est là Topinion des plus savants docteurs. En effet, les personnes vraiment pures, hommes ou femmes, s'efforcent par tous les les moyens possibles , de repousser loin d'eux le démon incube ou succube ; et si elles ne peuvent y réussir, du moins elles sont bien éloignées de consentir k cette union sacrilège. Elles s^appliquent courageu* sèment à rejeter et à comprimer toute jouissance charnelle ; et souvent» dans ces violentes et extraordinaires agressions» elles exercent des actes de chasteté extraordinai* res et vraiment héroïques. Remarquons cependant que le démou peut aussi présenter a rimagination de ces obsédés l'image de divers accouplements d'hommes ou de démons» avec des couleurs si vives» qu'il parvient à enflammer, assez violemment leur concupiscence» pour les amener h des actes coupables. Ces sortes d'accouplements sont, ordinairement plutôt imaginaires que réels. Nous disons ordinairement^ parce qu'il est des personnes honnêtes» d'un esprit sain et qui jamais» dans leurs autres actions » n'ont été trompées par leur imagination, lesquelles affirment avec force avoir vu , non en esprit» mais de leurs propres yeux» quelqu'un s'approcher d'elles dans des intentions honteuses qui étaient mises à exécution. Il serait difficile dans ce cas de traiter le fait dUmaçinaîre et d'en nier la réalité : ce serait aussi jeter mal à propos les Ames amoureuses de la perfection dans les plus cruelles angoisses; car, d'un côté, elles voudraient avoir la foi la plus grande aux paroles de leur directeur ; et» d'un autre côté, elles ne le peuvent à cause de la résistance que leur oppose leur propre expérience physique et 1 évidence même. Il vaut mieux dans ce cas dire aux pénitents qu'il y aurait un aussi grand péché à consentir à un commerce charnel imaginaire qu'à une union physiquement réelle avec le* démon. Sans approfondir le plus ou moins de réalité de ce commerce diabolique» que jles personnes obsédées s'appliquent uniquemeni et de tout leur pouvoir, à résister au commercé que l'esprit du mal offre à leurs sens» fantastique ou réel. Qu'elles le repoussent par i'eau bénite» par le signe de la croix et par

DicTiON.N. D'AscârisME. I.

les reliques des saints : qu'elles implorent avec ferveur, dans ce péril extrême, l'assistance de Dieu et de la sainte Vierge; qu'elles se gardent bien de consentir à la sensation voluptueuse qui en résulte; qu'elles protestent de vouloir moiirir mille fois» être brûlées vivantes ou coupées par morceaux , plutôt que à'y donner un consentement coupable. Si telle est leur conduite» elles seront victorieuses dans ce combat territ)le« et leur Ame sortira de cette épreuve honteuse plus pure et plus innocente.

Il nous reste à exposer ici un doute assez grave» qui, dans ces sortes de cas» a coutume de vivement tourmenter les directeurs ; il s'agit de savoir si les Ames justes pèchent dans ce commerce forcé» quelle que soit la manière dont il s'accomplisse» et si elles commettent un péché mortel ou .véniel. Pour la solution de cette difficulté, le directeur doit se guider par la doctrine de saint Thomas» comme par un CI. d'Ariane pour se tirer heureusement de ce labyrinthe de perfiTlexités. Le saint docteur demande si le îiémon peut contraindre nécessairement à pécher, et il répond (t. 1, quœst. 80, art. 3) : «Le démon» par sa propre force» et à moins d'être enchaîné par Dieu, peut. conduire né* ccssairement quelqu'un à commettre quelque acte qui e^^t un péché de sa nature ; mais il no peut jamais contraindre à la nécessité de pécher; car l'homme ne résiste au péch^ que par sa raison : or, le démon peut eo suspendre totalement l'usage» en excitant notre imagination et notre appétit sensitif» ce qui arrive pour les nosséués ; mais la raison ainsi enchaînée» l'homme n'est plus responsable d'aucune de ses actions, si coupable qu'elle soit. Si la raison n'est pas complètement enchaînée» il peut» comme nous l'avons dit plus haut» résister au péché avec la partie qui lui en reste libre. Donc, il est évident que le démon ne peut en aucune manière induire l'homme à la néces-* site de pécher. » Il suit de là» 1" que» selon la doctrine du saint docteur, le démon peut violemment avoir avec l'homme un commerce charnel» ce qui est un péché de sa nature ; ^ que ce commerce charnel peut avoirson accomplissement» sans aucunpéché pour l'homme, si le démon, en même temps .qu'il agit extérieurement» suspend intérieurement en lui l'usage de la raison, et lui enlève toute possibilité de résistance : ce qui peut se faire, selon saint Thomas, par la vive excitation de la concupiscence et de l'appétit sensitif» excitation qui trouble et éteint toute la lumière de la raison. Si toutefois quelaue rayon de cette lumière peut encore briller, l'homme doit en faire usage pour résister et éviter ainsi le péché. Quant à la pratique, le directeur doit examiner les ,)ënitents qui souffrent ainsi la violence du démon en matière d'imnureté» comme en toute autre matière, selon la doctrine du docteur Angélique» afln de voir» ou s'ils remarquent en eux-mêmes Quelque perversité (car il y aurait alors péché, offense à Dieu, ou du moins action mauvaise) ou 's'ils ont

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MCTIONNAIKE

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conscience d*aToir résisté à cet acte crioiifiel. S'ils disent que, pendant cette Yiolente tentation , lear esprit a été tellement obscurci qu'ils ne pouvaient discerner le bien du mai, qu'ils n'avaient aucune idée du péché qu'ils pouvaient commettre, ni même la pensée dV résister, on doit les assimiler aux insensés, qui agissent sans aucune lueur de raison, et les ranger dans le nombre de ceux que saint Thomas indique, en qui la raison est alors enchaînée; il n'y aura surtout aucun doute si quelque rayon de la raison venant à briller, ils s'empressent de résister au démon et de repousser loin d'eux ses suggestions (lerverses. Le directeur doit donc avoir toujours sous les yeux cette règle de saint Thomas, s*il veut se préserver, ainsi que ses pénitents, de bien des incertitudes, et ne pas jeter dans le désespoir les Ames affligées. Quoi qu'il en soit, le maître spirituel doit veiller avec soin à ce que toutes les personnes ainsi tourmentées par le démon , viennent soumettre au tribunal de la ))énitence toutes les violences dont elles sont victimes, parce que nous pouvons difficilement les croire exemptes ue fautes vénielles, soit par défaut de précautions suffisantes, soit par suite d^une résistance trop faible, soit par d'autres motifs de même genre ; d'ailleurs, la confession sacramentelle les rendra plus fortes et plus capables de lutter contre les ennemis spirituels.

Bien que la personne obsédée par le démon doive, avec la grAce du Seigneur, suuporter patiemment cette épreuve, tant qu elle peut durer, néanmoins c'est une pratique sainte et en môme temps très^utne à la perfection, surtout dans les obsessions en matière d*im pureté, de chercher h s'en délivrer, avec une humble confiance en Dieu par les remèdes soit naturels, soit surnaturels. Il n'appartient qu*k un petit nombre d'Ames très-parfaites, et seulement par suite d'uneimpulsion divine, de provoquer contre soi-même cette épreuve, comme autrefois Ja charité porta sainte Jhérèse k le faire (Fi<.,c. 31). Les remèdes salutaires pour Tobsession, sont les mêmes que nous avons

Çrescrits pour la possession. (F. ce mot.) 'outefois les docteurs ne sont pas d'accord sur l'utilité, dans ce cas, de remploi des uxorcismes.

On demande d'abord si les exorcismes s*appliquent d'une manière tellement spéciale contre les énergumènes ou possédés, qu'on ne puisse les employer parfois utilement contre les attaques et les obsessions du démon. Ce point est contesté par les théologiens. Voici l'opinion du P. Godinez {Prax* theoh my$t.t 1. m, c. 11) : « L'Eglise a institué pour les ponidés des exorcismes qui n'ont aucun pouvoir sur les démons obsesieun ; bien plus ils ne font qu'irriter et tourmenter cruellement les personnes obsédées.' J'ai reçu pendant plusieurs années la confession d une personne qui avait k souffrir les attaques de trois démons, qui la tourmenièritnt dix-neuf ans : huit fols elle fut vai-

nement adjurée par des exorcismes.

une personne éminemment saintet et plus tard honorée du don des ni Cette opinion est appuyée sur plosi sons. 1* Les textes évangéliques, vent k prouver que le pouvoir dV a été donné è l'Eglisey parlent ei de l'expulsion des démons du énergumènes. 2* Dans l'ordiDatioodeiil cistes, il est dit seulement : Lexmiâ chasier Ut démom des éner^ummA Rituel romain ne renferme d'exorcism contre les énergumènes ou possédés

Tbyrée au contraire (De lot, m/etf.) l)le pencher pour l'opmion affirma'-" faveur de laquelle on peut donoer sons suivantes, l' Quelques textes de ture parlent du pouvoir sur les d'une manière générale, sans aui trictiou pour le cas seul de la po // leur donna puiesance et auteriti le$ démone. ( Ltic. is , 1.) 2* U est dil dans l'ordination des exorcistes : 7 manderez aux attires démofu. Et prière : QuHU aient le pouvoir di t(\ ie$ eiprits immondee : ^'ili soient la cins de votre Egliee^ confirmés par m f des guériions et par les verlw m ar Même dans le Rituel rofflain, outn< exorcismes contre les énergumèoeî.' trouve des formules de bénédiction poi^r maisons et pour l'eau sainte, dans h ! d'exorciser les démons qui peuTfiii trouver présents. „

Le P. Reguera (Th. myi/., t. U* n. 711) s'efforce de concilier ces dem V nions , en disant que dans rinleDlioni^^^ tive les exorcismes ont été iosUluésJf vrai, contre les énergumènes, et quej^j action , iïiutile quant à j'obsession fP rieure, sert du moins è la faire disiwP de la possession ; que toutefois par^i^^ sion on peut se servir pour repou»?

démons et en délivrer les personnes «dh ment obsédées, d'autres eiorcisffl«î' que ceux qui servent à la bénédi^ éditices, à la consécration de I w« «J^^;, h la conjuration des i^'Dp**®* ; ^^ res\e mes se trouvent dans 1« Ri^"*'vSfftiQu' n'obtiennent pas toujours tout leoc^M

en attend, comme dans le c««,^.®,";ior sion, parce que l'épreuve de iobs^»"^ souvent uOIe à la perfection ^^ saintes. :i)(

Thyrée remarque encore ('?f-j^'«

ces sortes d'attaques wlr^^^Jî^ûi vent provenir non-seulement ow ^

anges, mais quelquefois *"*, .-g.œ

damnées ou des âmes du pufB^l^yjiiaoi donne lieu aux considérations »

!• Les. Ames du purçaloirt» ne lour^ ^^^ que d'une manière indirecte, r ^j^^ sur elles la commisération oes Sf les Ames damnées ne }?^^%\\f^ rarement d'une manière di^w.

font qu'instruire les ^î^*",^^;, P? souf^ Dieu, des tourments Q** ®V®îuiufluei 3* le propre des démons est o aijjn^^ rectementi pour lourmenier ei

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D*ASCET1SME.

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hommes; k* od peut reconnaître kces diffé* renls caractères, d*une monière certaine ou conjecturale, de quelle sorte d*esprit l'obsession procède, bien que souvent il y ait lieadè douter sur ce point.

Résistons donc au démon » non avec crainte et pustllanimité, mais avec foi, et méprisons ses atbqties, quelles que soient les tentatives qu'il dirige contre nous. Le Seigneur est mon appui et h wképriterai mes ennemie. Alors, comme le dit saial Bernard : « Le tentateur ne s'approchera pas de nous» le calomniateur ne s'élèvera pas contre nous ; cet accusateur acharné contre ses frères ne saura nous atteindre. Fuyons souvent, raea frères, dans ce lieu de refuge; il est fortifié et on n'y redoute aucun ennemi. » Surmontons cette tristesse et cette mélancolie qui , selon saint Bonaventure {inspec. dise.y p. 1, c. 2) c est un serpent tortueux qui se cache habituellement dans l'eau trouble pour y pécher les Ames. » tPabandonnez àonc point voire dme à la tristesse et ne vous afnigex point vous-^némes dans vos pensées {Èccli. XXX, 22). Saint Jean Chrysostome nous en avertit également avec raison ( L. ii De Provid,) : « Ce n'est pas le démon qui excite celte tristesse, c'est plutôt elle qui donne des forces au démon et suscite les mauvaises nensées. » C'est ce que prouve l'Apôtre (// Cor, II, 7), qui ordonne d'absoudre l'inceslueùx de l'excommunication portée contre lui, et selon les interprètes de le délivrer de Satan qui le possède, de peur qu il ne soit accablé par un excès de tristesse.

OBSTACLES A LA GRACE.— 11 y a neuf

f)riijcipaux obstacles à la grAce ; nous allons es rapporter avec les moyens qu'on doit prendre pour les vaincre.

Le premier est Tamour déréglé de soimême, qui étant incompatible avec la pureté d'intenlion fait qu on se cherche en toutes choses et qu'on préfère ses intérêts et sa gloire à ceux de Dieu. Cet amouf-propre ne se fait p/is seulement remarquer dans les actions ordinaires et naturelles, il se glisse encore dans la voie de la perfection. On pratique les vertus par des motifs iutéressés ; on s'attache aux dons de Dieu plus qu'à Dieu même, ce qui devient ensuite la source de mille erreurs et de plusieurs péchés où l'on tombe. Pour surmonter un tel obstacle, il faut, après avoir employé le secours du ciel, sans lequel tous nos efforts sont vains, observer toutes nos paroles, toutes nos actions et tous les mouvements de notre cœur, et veiller sur nos intentions , afin qu'elles n'envisagent que Dieu, sans çiue les créatures ni nous-mêmes y ayons jamais nulle part, de sorte que nous en Tenions au point de ne^rien dire et de ne rien faire que ce qui peut être aRréable à Dieu. •

Le deuxième obstacle est l'amour désorûonné des créatures. Cet amour embarrasse le cœur, le rend inquiet sur tout ce qui peut arriver, il y met le trouble et la confusion, et le livre successivement en proie aux passions d'amour et de haine, de joie et de

tristesse, de désirs et de craintes ; si bien

Su'on n'est pas en état d'apercevoir ce qu'on oit à Dieu, ni ce qu'on doit au procnaint ni ce qu'on doit à soi-même. Ce mal est très-grand, et on ne peut y remédier que par une vigilance assidue à conserver la paix du cœur, et à en défendre la liberté contre l'amour des créatures, à quoi ne contribuera pas peu de se résigner k la conduite do la Providence, de l'adorer dans tout ce qui arrive, de se décharger sur Dieu de tous ses soins, mais surtout de se tenir constamment àr la porte de son cœur, pour em- Fêcher que rien n'y entre *et que rien ne occupe que Dieu seul. 11 sera aussi trèsutile de se bien pénétrer de ces grandes vérités, qu'il est avantageux de donner la terre pour avoir le Ciel, et de renoncer au monde pour posséder le royaume de Dieu ; au'on ne saurait servir deux maîtres à la fois, ni plaire à Jésus-Christ qu'on doit aimer, en même temps qu'on donne son affection au monde que Jesus-Chri5t a eu en horreur. Au reste cette manière de veiller sur nous-mêmes nous apprendra à nous connaître; il est aisé déjuger de nos inclinations par nos pensées, ce qui se présente souvent à notre esprit est toujours ce 3ue nous aimons ; car où est notre trésor, it Jésus-Christ, là est aussi notre cœur. Le troisième obstacle est le penchant qne nous avons à satisfaire nos sens et k chercher nos aises au delà des bornes de la nécessité et d'une juste discrétion, surtout dans les choses qui regardent le manger, le boire, les conversations, les occupations et les amusements inutiles. On ne saurait croire quel grand obstacle le défaut de mortification en ce genre apporte à la paix intérieure, aux délices de 1 esprit et aux progrès de la grAce. Quand on sème dans la cAatr, dit l'apôlre saint Paul , cm recueille de la chair la corruption et la mort. (Gai. vi, 8.) On ne peut surmonter cet obstacle qu'à force de veiller sur ses sens, de résister avec courage aux penchants naturels, de s'éloigner des occasions et de tout ce qui peut porter au plaisir, et de se faire violence pour acquérir les vertus contraires à seê mauvaises inclinations, jusqu'à ce que la sensualité soit domptée et que la chair soit parfaitement soumise à l'esprit.

Le quatrième obstacle, c'est dans plusieurs, l'orgueil ^t la vaine gloire qui hs enivrent, et dans d'autres une com()laisance secrète, un désir inquiet ou une joie vaine de se voir considérés, loués et estimés des autres. Comme ce ne sont pas là des vices grossiers qui attaquent les mœurs , la plupart des hommes les comptent pour rien et ne prennent aucune mesure pour les combattre ; ce qui oblige Dieu, qui ne veut habiter qu'avec des Ames humbles, à se retirer d'eux. On se garantit de ce malheur en s'étudiant à l'humilité qui est la Toie la

Elus sûre et l'unique pour aller à Dieu. onvainquons-nous bien du besoin que nous avons de cette vertu, et ne cessoos jamais de la demander au Seigneur. Ne par-

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dons jamais de vue la grandeur de Dieu et rabtme de notre néant. Jugeons-nous nousoiémes dan» la Térité^ et croyons-nous les f)lns grands pécheurs du monde, indignes de toutes faveurs et dignes de toutes sortes de peines à cause de notre malice et de notre ingratitude. Mettons-nous au-dessous de tous les hommes; souhaitons d'être méprisés et foulés aux pieds; disons souvent comme le publicain : Jf on DieUj soyez propice à un pécheur comme, moi, {Luc. xviii, 13.) Ces sentiments d*humilité gagnent le cœur de Dieu et nous disposent à recevoir ses grâces. Ils nous deviendraient bientôt familiers, si nous faisions réQexion que nous ne pouvons pas foire grand fonds sûr notre vertu, que nous avons une peine extrême k surmonter le penchant au plaisir et à soumettre la propre volonté , et que nous nous trompons souvent nous-mêmes en prenant des mouvements de la nature pour des marques de sainteté.

Le cinquième obstacle est une certaine a^ mertume de cœur qui produit les impatiences, les haines , les désirs de vengeance, le mépris des autres. Ceux qui sont sujets à ce vrce, murmurent volontiers contre les supérieurs, s'érigent en juges de leur prochain et en font peu de cas. Comme le venin qu'ils ont dans l'Ame se communique à leur yeux, ils en infectent tout ce qu'ils voient, lis interprètent en mal toutes choses, et se rendent haïssables à Dieu et aux hommes. On guérit ce mal en s'accoutumant à considérer et à aimer Jésus-Christ dans tous les hommes, à honorer en eux l'image de Dieu, à ne souffrir dans son cœur aucun chagrin contre personne, à se présenter à tout le monde avec un visage affable et des paroles de douceur et de charité. Mais le point es* sentiel,pourse corriger de ce vice, est de se faire violence et d'être toujours sur ses gardes pour ne juger ni affliger personne, pour supporter les défauts et lei faiblesses des autres, pour tes^ soulager dans leurs besoins, pour leur pardonner les injures qu'on en a reçues, pour interpréter favorablement leurs actions et pour secourir indifféremment tous ceux à qui on peut être utile, c'est-k-dire qu'il faut être prêt k user envers tous et en toute occasion, d'une conduite pleine de charité et de compassion.

Le sixièine obstacle consiste dans l'attache k son propre sens, k ses volontés et k ses lumières. Cette attache va sî loin eu quelques personnes > qu'elles ne veulent so ûer ni k Dieu ni aux hommes : eWes se tiennent avec upinrfltreté k leur sentiment et ne font que ee qui leur platt, c'est Ik le principe et le fondement de leur conduite. Les hommes de ce caractère ont beau faire des œuvres qui paraissent grandes et saintes, elles sont viles et impures aux yi^ux de Dieu, parce

au'elles sont gâtées par la propre volonté, ui détruirait cette attache, verrait disparaître en même temps la plupart de ses imperfections. Ou en vient a bout par un entier renoncement k soi-même et par un dessaisissement général de tout ce qu'on a

en propre pour l'abandonner h Dieu sai réserve. Cet abandonnement , pour èti parfait, doit renfermer trois choses : m 4 résignation entière aux ordres de Dieu^jo qu'k prendre plaisir k voir sa volonté ai compile, même k nos dépens ; une obii saoce fidèle aux hommes qui coainiAndei de la part de Dieu, obéissance qui.doit $\ tendre k tout ce qui n'est pas péché ; un généreuse confiance en la bonté au Seigneu qui ne manque pas de venir k noire secoci lorsque nous lui remettons tous nos ini^ rets, qui dispose des biens et des maux notre avantage, qui entre dans le détail o notre conduite et aui nous fait trou ver dasj notre soumission a sa Providence des de. ceurs auxquelles nous ne nous attendira pas. C'est donc une pratique excellentepoiti ceux qui veulent se défaire de rattache i leur jugement et k leur propre volonté, qj^ de s'accoutumer k recevoir avec un es;.r. tranquille et résigné tout ce qui vient de i* part des créatures, comme s'il parlait imm:diatement de la main de Dieu» s'élera^ ainsi au-dessus de tous les chaogetonenis.i de toutes les vicissitudes des choses bumir nés pour se reposer en Dieu et ne cowpk: que sur lui, jusqu'k ceou'ils soient pane nus k cette heureuse inuifférence qui reod tout égal et qui fait regarder d'un wèmt œil l'adversité et la prospérité

Le septième obstacle est une ardeur immodérée pour cette sorte d'étude qui s'arrête k la spéculation, sans rien contribuera la dévotion et k la ferveur. On s'attache i la lecture, parce qu'on s'y platt ou qu'on j puise la science, sans se proposer de k plus relevée. On devient plus savant ) U vérité, mais d'une science vaine qui enfîe l'esprit , qui produit la présomption et qui des&t^che le cœur. Ces sortes de gens saveai parler de choses spirituelles, mais ils m sauraient les goûter. Le remède à ce msl est de ne point étudier précisément pour augmenter ses lumières, mais pour augmenter sa ferveur; d'être bien convaioca Îue l'on ne sait rien quand on ne sait pas ésus*Christ crucifié ; et qu'avec celle science on peut se passer de toutes les autres. Heureux celui qui fait consister son élude k penser continuellement k la vie et k la passion du Fils de Dieu ; k considérer ce

3u'il souffre pour lui compatir ; la manière ont il souffre pour rimiter;et le moiif pour lequel il souffre, afin de lui rendre amour pour amour. C'est le moyen de faire . croître de plus en plus en son Ame le désir de ressembler k ce divin modèle, de souffrir avec courage toutes les adversités qui se présentent. Pour ceux qui sont tCDus d*étudier par emploi et afin de se rendre utiles au prochain, il faut qu'ils le tfisseiU en vue de Jésus-Christ et uniquement pour l'amour de lui.

Le huitième obstacle est rinconstance et la légèreté de coeur dans les personoes.qui négligent Jeur intérieur, ou, ce qui est la même chose, c'est la liberté qu'on se donna de courir apt'ès divers objets et de s^èii oc-

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D*ASCET1S1IE«

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cuper ; ce qui produit une confusiou de pensées et une mulliplicité d'images qui empêchent l'Ame de faire attention auv inspirtitîons divines. Pour arrêter un tel désordre, il faut, après s'être éloigné de toupies les occasions de dissipation, s'a|)pliquer sérieusement à chasser toutes les idées et toutes les images que les objets créés Avaient laissées dans notre intérieur, à en etfacor jusqu'aux moindres traces et à per^< (ire le souvenir de tout ce qui n'a point fie rapport à la sainteté. Alors notre Ame frétant plus distraite et jouissant d'un doui* repos dans un silence intérieur» noire es* prit, notre cœur, notre mémoire étant dé* ica^és de tout ce qui est terrestre et passager, rien ne nous empêchera de réunir tou-^ les nos forces pour nous élever A Dieu, auquel nous ne devons jamais cesser de tendre par un mouvement d'amour. Et pourquoi nous embarrasser de tant de choses qui troublent notre repos, tandis qu'il ne tient 4]u'à nous de nous borner A une seule qui suQit pour nous rendre heureux? Ainsi <ionc, quoique nous disions, quoique nous fassions, en tout temps, en tout lieu, imaginons-nous que ces paroles frappent continuellement nos oreilles : « Alon fils, rentrez en vous-mêmes, ne vous laissez puint dét)aucher par les créatures ; tenez votre es-

S rit dégagé ; rendez-le simple en le réduisai.t l'unité, afin que vous puissiez vous fixer en Dieu, ne penser qu'A Dieu et ne désirer que Dieu, comme s'il n'^ avait que lui et vous en ce monde. » Aspirons A ce bienheureux état, si nous vouions que la vérité de cette parole s'accomplisse en nous : Celui

7ui s'attache à Dieu est un même esprit avec ut. (/ Cor.. VI, i7.)

Le neuvième obstacle est une mauvaise habitude qu'on prend de faire ses actions avec tiédeur, et d'avoir plus d'égard au nombre des bonnes œuvres que ron fait qu'A la ferveur de la charité et A la pureté d'intention avec laquelle on doit les faire. D[où il arrive que, ne suivant pas l'attrait de Dieu qui porte au parfait renoncement, on fait peu de progrès dans la vertu et dans les voies de la ^rftce. Pour revenir de celte mauvaise habitude, il faut prendre pour rè* gle (Je conduite, une pratique qui renferme en abrégé toute la perfection. Elle consiste A élever en tout temps notre cœur A Dieu, A nous tourner amoureusement vers lui , A renouveler intérieurement le désir de lui plaire et de l'aimer parfaitement; A soupirer ul à crier sans cesse après lui par des prières courtes et ardentes et par de ferventes aspirations, telles que pourraient être cellesci : 0 mon Dieu 1 6 la vie de mon Âme 1 ô le centre de mes désirs et l'unique sujet de ma joie 1 quand pourrai-je vous aimer trèsardemment, me mépriser moi-même et renoncer A tout pour n'avoir que vous? Que ne puis-je me consumer devant vous A force de vous aimer ! Que ne puis-je me détruire nioi-méme et ra'abtmer pour me transformer en vous 10 mon Seigneur I faites que je vous aime de tout mon cœur, do toute mon

Ame, etc. Par ees ins|>lrations et autres semblables que vous suggérera le Saint-Esprit, entretenez*vous avec le Dieu de votre - Ame ; cherchez-le par vos désirs, glorifiez -le par vos louanges et vosaotions de grflces, et offrez-vous A lui pour contribuer A sa gloire. Cet exercice est très-noble et très utile ; il peut nous procurer des biens infinis, et les désirs que la charité enfiamme, ne peuvent avoir de bornes , parce que celui A qui ils s'adressent n'en met point A sa libéralité.- Dieu nous ayant commandé de le prier ei, nous ayant promis de nous accorder nos demandes , nous devons être persuadés qu'il ne permettra pas que le moindre gémissement poussé vers lui soit inutile ; ou il vous donnera de nouveII.es grAces, ou il ajoutera de nouveaux attraits A celles qu*il vous a déjA données, il vous attirera A lui plus fortement, il vous consolera plus doucement, il vous éclairera plus parfaitement, il vous soutiendra plus puissamment. Gardons-nous donc de négliger de si grands avantages que nous pouvons recevoir A tout moment, n'interrompons jamais un commerce si utile, cherchons continuellement le visage du Seigneur, A l'exemple du saint roi David (Ps. xxvi, 8), courons après le DiQU de notre Ame A travers les eaux et les feux de latribulation ; et lorsque les distrac* lions nous importunent, que les tentations nous pressent , que la tristesse nous abat, recourons A Dieu en e.^prit de pénitence. Recommençons chaque jour avec un désir plus ardent d'employer nos forces A l'aimer et A le louer. Par lA nous lui rendrons l'honneur qu'il mérite, nous obéirons A l'esprit intérieur qui nous fait connaître les dons de Dieu, et nous nous défendrons de ringratilude qui tarit la source des miséricordes.

OBSTACLES A LA PERFECTION.— Parmi les nombreux obstacles A la perfection, il faut en distinguer quatre principaux :

Le premier vient des desseins particuliers que chacun forme selon ses inclinations, et dont il s'occupe tellement qu'il n'a ni assez de liberté d'esprit ni assez de force intérieure pour vaquer A l'étudeile la vertu. L'un veut amasser du bien, raulre veut se rendre habile dans les sciences : il n'y a presque pas d'tiommes qui n'aient quelque uessein après lequel il court avec ardeur et jusqu*A épuiser toutes les forces de son Ame, si bien qu'il ne reste plus de vigueur pour le service de Dieu, qui demande seul toute notre application et (ouïes nos forces. L'unique moyen de vaincre cet obstacle est de ne prétendre A rien ici-bas, de renoncer A 4oute autre entreprise et A toute autre vue qjue celle de la perfection et de se mettre par lA en état de ne penser qu'A Dieu et a soi* même. Pour en venir la, il n'ast pas tou-

t'ours nécessaire de quitter^son emploi, d'a- )andonner ses affaires, de renoncer A son •étude, aux soirts de sa famille et aux autres occupations dont on est chargé ; il suffit de les regarder comme des devoirs que Dieu nous impose y de n'y pas mettre sm affeo-

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DICTlOXNAfRE

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ffî»

tion, de ne nous y appliquer que par amour pour Dieu qui l'exise de nous comme une jfreuve de notre fidélité et un service qui lui est agréable. De cette manière, les affaires du dehors ne seront pas un obstacle à notre perfection, parce que ce qui est extérieur à rhomme ne saurait lui nuire qne par sa faute, lorsque! s'y attache ou qu'il s en occape trop.

Le deuxième obstacle est la paresse qui retient l'homme et l'empêche de se roidir contre les di0icultés. Et comme l'étude de la perfection est une de ces entreprises difficiles qui demandent beaucoup de courage et de Tigilance, qu'il s'agit de se raincre à chaque pas, il n'y a pas de plus grand obstacle aux efforts continuels qu'il faut faire , que cette inclination naturelle qui nous fait chercher le repos. Elle nous rend lâches et pesants dans la pratique du bien, et comme elle est née avec nous et fortifiée par l'habitude, il faut beaucoup de vigueur d*esprit, d'activité et de diligence pour la surmonter, en mettant en usa^e les facultés de Tâme que cette paresse tient dans Tinaction. Le meilleur moyen d'en venir à bout est de se prescrire quelques pratiques particulières de dévotion, de mortification et de charité envers le prochain, points importants qui décident de la pierfection du chrétien. Celui qui s'adonne h la vertu, doit, dès le commencement, destiner quelque temps à Toraison, à l'examen de conscience, à la visite du saint sacrement et des lieux où la sainte Vierge est le plus honorée. Il doit joindre à ces exercices quelques pratiques de pénitence, quelques aumônes, etc., s'acquitter de ce qui est prescrit avec une fidélité in- Tiolable. Comme la liberté qu'on se donne d'écarter ce qui' gène, de n'agir que par humeur et de faire tout au hasard, entretient la paresse, le moyen de la vaincre, est de se fixer et de se contraindre par l'observation de certains devoirs. Les enrants accoutumés è faire ce qu'ils veulent ont peine au commencement k s'assiyettir; mais dans la suite ils éprouvent combien cette gène leur est utile, et que tout leur profit en dépend. De même pour ceux qui veulent être parfaits, il faut que, malgré la résistance naturelle de ce fonds de paresse, ils s'obligent à vivre selon certaines règles pour vaincre cette mauvaise inclination qui les porte à suivre leur fantaisie et à ne s'assujettir en rien. Outre les pratiques particulières , il faut aussi durant quelques mois, apporter une grande attention à veiller sur soi et à se roidir contre la paresse , s'avertissent et se eorriseant soi-même en tout temps pt en tout lieu, comme on fait à l'é^ara dés enfants, lorsqu'on veut leur faire prendre quelque bonne habitude. La chose est difficile au commencement, mais dans la suite on sy accoutume, et elle devient la source d'un solide contentement.

Le troisième obstacle est la passion dominante, car il y en a toujours une qui prend Tascendant. Dans les uns, c'est l'orgueil ; dans les autres, la colère, la démangeaison

oe parler, la curiosité» ele. Celui qui Teot être parfait, après avoir reconon ce Ticet doit s'appliquer k le comtiattre de toutes $e9 farces, comme son plus grand ennemi et le pitts grand obstacle à son avancement spiritod, et il verra bientôt par expérience qne ee viee une fois Taincu, il viendra bientôt a bout dei autres. ^

Outre ces obstacles, il y en a un quatrièinf qui est aussi très-grand» c'est une fiuast prudence qui nous fkit croire que nous devons tout laire pour conserver notre répotation,*gagner l'estime et l'amitié de tout le monde. Trompé par cette illusion, oo sa donne mille mouvements pour se faire biea venir des autres, on a pour eux des éganb et de très-grands ménagemenis, on se coaduit si adroitement qu'on ne déptatt k personncr Si c'était par un motif de charité et pour édifier le prochain qu'on se comporta ainsi, il n'y aurait pas de mal ; mais quand on le fait par amour-propre, c*est un obstacle d'autant plus grand k la perfection» qu'il est directement opposé k la confiance en Diea, et k l'abandonnement que nous devons faire de nous-mêmes entre ses mains. C'est pour cela que saint Ignace recommande à ses re* ligieux, comme un excellent degré de perfection, d'avoir un parfait mépris pour ee que les mondains estiment le plus» savoir la réputation, jusqu'à désirer de tout leor cœur d'être déshonorés, regardés comme insensés sans pourtant y donner motif. Le but de ce grand saint a été d*eii!ever ainsi un des plus grands obstacles à la perfection, qu} est cette sagesse charnelle et trompeuse, laquelle justifie dans les hommes l'amoar désordonné pour la réputation» et leurs soins incroyables pour la conserver. Et, comme il coqiprenait oienque l'obstacle était difficile à vaincre, il élève Tesprit de ses disciples, fortifie leur courage, en leur proposant IV mour du mépris comme le point le plus excellent et le plus haut degré de perfection. On voit, en etfet, que ces faux sages qui aiment tant leur réputation, sont timides et chancelants dans leurs projets et s'arrêtent pour un rien dans le chemin de la vertu » tandis que les hommes généreux qui foulent aux pieds leur propre honneur, marchent avec assurance et liberté, ne trouvent rien de difficile et font des progrès surprenants, tels qu'on doit en attendre d'un homme qui cnoisit pour son partage la folie de la croix et ne craint point de, paraître sous les livrées de son divin maître.

A ces obstacles, il faut en join.lre trois autres qui regardent en particulier les g»-ns du monde.

Le premier est U multitude des occupations, le soin d'une famille, les événements divers qui partagent leur vie, les procès ^i les aSkires où leur vanité, leur avarice et leur ambition les engagent ; les eooiplois, le$ charges remplissent leur esprit, épuisent toute leur attention et les rendent mcapebles des exercices de piété, qui demandent un esprit libre. C'est pour cela que les femmes, qui sont ordinairement moins oceii-

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DASCfiTISME.

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Cées, iont plus propres à la déTOtion que les ommes qui sont' chargés de la conduite des affaires. Il faut donc qu'un homme du siècle qui Yéut tendre à la perfection, trouve d'abord un temps pour penser à soi et se dérobe à ses nombreuses occupations pour faire une retraite de quelques jours. Là, à force de s*employer aux exercices spirituels» il formera une sainte habitude de rentrer en soi-même, et prendre de justes mesures pour accorder, au sortir de sa retraite, ses occupations avec le service de Dieu. Il faut encore que dans un plan de vie drossé à loisir, il règle l'ordre de ses actions et se réserve surtout certains jours de Tannée et quelques heures de chaque jour pour les consacrer à Dieu dans un saint repos. Ces précautions sont absolument nécessaires aux gens du monde qui aspirent à la perfection. * ^

Le second obstacle est l'attachement aux personnes qui nous touchent de près. Le propre de cet attachement est de captiver le cœur, jusqu'à le mettre hors d'état de s'intéresser à l'affaire du salut et de la perfection. Ce ne sont pas seulement les hommes charnels et vicieux qui sont arrêtés par cet obstacle, ceux qui pratiquent la vertu et tendent à la perfection l'éprouvent également. Il est vrai qu'ils ne portent pas l'attachement j'usqu*a offenser Dieu; mais ils donnent trop à l'affection naturelle, et les satisfactions qu'ils se procurent sont autant de liens qui gênent leur liberté. Il s'agit de dégager son cœur de cette affection naturelle, en la réduisant à de justes bornes. Pour cela, il faut avoir toujours devant les yeux ces paroles de saint Paul : Que ceux qui ont des femmes soient comme s*ils n^en avaient pas : ceux gui usent des choses de ce monde^ comme s*%ls n'en usaient pas. (/ Cor. vu, 29, 31). Il faut s'appliquer à reconnaître .les excès où cette affection fait tomber et se mettre à l'épreuve en se privant des satisfactions qu on avait coutume de prendre. Les personnes auxquelles on peut s'attacher ne sont pas toutes également chères ; il faudrait se contraindre pour témoigner moins d'amitié à celles qu on aime beaucoup, et en témoigner davantage à celles qu'on aime moins. Une femme qui aime son mari ne peut supporter son absence, elle est toijyours dans l'impatience d'avoir de ses nouvelles ; et si elle n'en reçoit pas, comme elle le désire, elle s'afflige, elle se désole, elle fait mille . réQexions sur les malheurs qui peuvent lui être arrivés. Ne ferait-elle pas mieux d'éloigner de son esprit toutes ces pensées qui ne servent

au'à l'inquiéter, de faire à Dieu le sacriQce e son désir et de son impatience, et de se remettre à la Providence pour ce qui peut arriver à son mari 7 Par ce moyen, elle accoutumerait son cœur à se détacher des affections humaines, et le disposerait à une sainte liberté.

Le troisième obstacle est une*trop grande liberté dont les gens du monde abusent pour faire tout ce qu'ils veulent et agir à leur fiiBtais'ie. Comme ils n'ont rien qui les con-

traigne, ils vont et viennent, ils se lèvent> ils se couchent, ils prennent leur repos quand bon leur semble et ne gardent aucun ordre dans leurs actions. Cet inconvénient est très-grand, parce que pour pratiquer la vertu, surtout dans les commencements, on a besoin d'un ordre et d'une règle à laquelle on se soumette : et c'est là le grand avantage des personnes qui vivent en communauté, ou tout est réglé par l'obéissance.

Pour remédier à cet inconvénient les gens du monde que Dieu appelle à une vie parfaite, dès qu'ifs en ont formé le dessein, doivent se soumettre à la conduite d'un sase directeur et régler sur ses avis le temps du lever, de la prière et de leurs autres occupations. Ils n'ont que ce moyen pour se tirer de la confusion et du dérangement où les jette le mauvais usage qu'ils font de leur liberté. La règle est établie pour vaincre la négligence naturelle à l'homme et pour dompter la propre volonté qui aime à suivre sou caprice; la différence qu'il y a entre les personnes vertueuses et celles qui ne le sont pas, c'est que les premières, qui n'ont pas besoin d'un ordre extérieur, parce qu'elles savent se contraindre, s'y soumettent volontiers; et que les autres, qui en ont besoin, parce qu'elles ne savent se gêner, ne peuvent pas souffrir la règle, soit qu'elle leur soit imposée par une volonté étrangère, sQit qu'elles l'aient choisie elles-mêmes.

OCCUPATIONS DES RKUGIEUX.— La loi du travail est une loi générale du genre humain, aucune classe d'hommes ira le droit de s'y soustraire. Mais on peut dire que plus on aspire à une haute perfection

f)lus on doit se soumettre rigoureusement à a loi du travail. De là les reliffieux doivcfnt être les premiers travailleurs dfu genre humain. Il suffît de parcourir leur histoire pour se convaincre que tous, selon le but plusoumoinsspécial qu'ils poursuivaient, ils se sont montrés de dignes et nobles modèles du travail dans tous Tes genres de travaux utiles à l'humanité. (Fotr Tes articles Orobes RELIGIEUX, Moines.)

Mais, commençant par établir la thèse générale du travail des religieux sur une base solide, rappefons d'abord le mot de VEcclésiastique , xxxiii : L'oisiveté est une arande école de malice; et celui de saint Paul, aux TessalonicienSf ni : Siquel^'un refuse de Iravailler, qu'il refuse aussi de manger: et à Tite : Que tous ceux qui sont des nôtres s^ûpprennent à être utiles par un travail opportun, afin denUtre pas stériles. Voici la pensée de saint Augustin (serm. xii, ad Patres in erem.) : « Que celui qui est fatigué de prier ou de chanter les saints cantiques, se hâie de se mettre au travail des mains. Il doit se rappeler que tant que David se livra aux fatigues de la guerre, fa luxure ne l'insulta point. Mais dès^ le moment où il demeura oisif dans son palais, il fut poursuivi par des désirs d'adultère, et finit par commettre un homicide. Cassien doit être entendu dans cette matière « Voici , dit-il ( lib. x Inst.p c. 8}i une maxime tranwise d9

iS?9 OCG DICTIONNAIRE

loule anliquilé par les Pèros d'Egypte : Le déujon ne toute pas un raoioe occupé, mais celui qui est inoccupé devient U victime d*innombrabies mauvaises pensées, n C^cst aussi ce que commande le grand saint Benoit (ite9.,c.\8):«LVsiveté est l'ennemie de J*Atne; c*est pourquoi, dans certaines heures de la iourneé, les frères seront occupés «nu iravaildes mains, !ct dans d autres heures h la sainte lecture, » — « Que jamais, dit saint Bernard, [Ep. ad Fair, deMante)^ un des frères ne reste oisif, alors même qu*il aurait fait tous ses exercices spirituels. » Dans son chapitre do la Discipline des moi-' neSf Thomas .A*Kempis aOirme « que trois choses sonl nécessaires à un religieux, sans ces trois choses, il ne restera pas longtemps dans la bonne voie; ce sont Toraison, la lec* ture et le travail. Il doit s*y exercer tous les jours, et élra en tout temps à Tune de ces occupations. » Voici ce que la raison et l'expérience ajoutent à ces considérations et à ces prouves. Les religieux oisifs cherchant çà et \h les fréquentations mondaines des séculiers pour se distraire de Tennui de la solitude , perdent peu à peu toute la communauté , quelque bien réformée qu'elle soit. Qu'il y ait beaucoup de tra* vail, il y aura peu de perdition.il vaut mieux

3ue les personnes manquent au travail que e voir le travail manquer aux personnes. Un religieux oisif est un religieut vicieux. Quel est le genre de travail qui convient à drs religieux? Quel est celui qui est au* torisé par une longue expérience? Les pre^ miers fondateurs d'ordres ont posé le travail des moines comme la base de leurs ins* tilulions. Il n'est aucun religieux, dit Cassien (lib. IV lnstit.)f qui puisse supporter là monotonie de la solitude, s'il ne se livre pas au travail des mains, et s'il ne gagne luimême le pain et le nécessaire de la vie. Le mAme ajoute que le travail des mains, la sueur , une vie laborieuse était la vie habituelle des moines. Ils se livraient k ces occupations corporelles avec une si grande ardeur, dit Cassien, qu'ils ne voulaient pas même les interrompre avec le jour; ils cherchaient des occupations auxquelles on pouvait se livrer sans le secours de la lumière. Tels étaient les principes die la vie monastique autorisés parles premiers Pères, et saint Benoit en a fait une scrupuleuse application dans sa règle , ne croyant pas qu il y ait rien de plus salutaire que de faire succéder le travail a Toraison et de consolider rornison par le travail ; on soutenait ainsi la solitude et le travail par la prière et la psalmodie. En montant ces degrés, ces hommes de Dieu sont arrivés à une telle éminence sainteté qu'on ne peut assez l'admirer

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