‹ Dictionnaire d'ascétisme (volume 3)Chapitre 175 sur 186 · ORDRE DE LA VIE SPIRITUELLE · texte numérisé non relu

ORDRE DE LA VIE SPIRITUELLE

Le commencement de la vie spirituelle consiste dans la bonne volonté, c*est*k-dire le désir sincère de servir Dieu. Ce désir se forme par l'effet d*une grâce spéciale que Dieu donne dans certaines conjonctures ménagées par sa providence, par exemple à l'occasion d'une sainte lecture, d'un entretien avec quelque personne spirituelle , d'un sermon enlendfu en certaines circonstances. Cependant, quoique ce désir soit un don de Dieu, nous pouvons contribuer, et nous contribuons en effet par notre fidélité à correspondre k la grAce qui en est le principe. On met ce désir en pratique en commençant par s'éloigner du monde , de ses conversations inutiles, de ses divertissements et de ses occupations frivoles , pour s'adonner è la pratique du recueillement intérieur, seul capable de soutenir l*homme dans la pra- • tique du bien. Car , comme noire âme perd ses forces en se dissipant dans le commerce du monde , elle les augmente en les réunissant par le soin qu'elle a de se recueillir au dedans d'elle-môme. Le recueillement sert à nous rendre attentifs h Dieu et è nousmêmes. On connaît que cette bonne volonté est dans un homme , lorsque de l'attenlion sur soi-même, il passe à une application

à mortifier ses passions , à réprimer les mou* vements de la nature corrompue , k com-9 battre les inclinations ({ui portent au mal^ et k s'éloigner de ce qui flatte les sens. Cette étude est difficile et demande beaucoup de générosité, suivant le cours ordinaire de I4 grâce, elle doit être continuée au moins uo an. C'est k un sage directeur k en régler la durée sur le soin qu'on prend de se vaincrt'f et sur les succès dont Dieu récompense lea efforts que Ton fait.

Un autre soin k joindre à celui oe la mor* tiiication , est celui d'embraser notre cœur de l'amour de Dieu , par l'assiduité aux exercices extérieurs qui excitent la dévotion^ ^ surtout k ceux qui regardent le mystère 4i la passion , et qui nous rendent senaiMef aux souffrances de notre Sauveur, pareeque ce sont les plus utiles. Après qu'otta travaillé k se vaincre avec le secours ontinaire de la grâce, k former l'habitude du recueillement et k s'en&ammer de ramoor de Dieu, il arrive que le Saint-Esprit se rend maître de l'âme en faisant cesser son activité. Il se communique k elle d'une manière très-douce, et il la remplit de saints désirs , en sorte qu'elle ne peut agir que fort peu par ellemême , et qu'elle n'a qu'k suivre le Saint- Esprit qui la meut et qui la guide presque en toutes choses d'une manière occulte. Le devoir de l'âme est alors de se laisser conduire aux mouvements de ce guide intérieur, de conserver avec soin la paix el 'a tranquillité qu'il lui donne, et de marcher fidèlement dans cette nouvelle voie beaucoup plus avantageuse , plus douce et plus relevée que la première.

Dieu y conduit ordinairemont ceux qui ont bonne volonté, mais c*est par un effet de sa miséricorde. Après avoir longtemps joui de la paix du Saint-Esprit, et de ses communications intérieures, on tombe dans l'aridité qui sert k épurer notre foi et k nous faire marcher en esprit. Cet état de sécheresse dure ordinairement six mois ou un an, et quel-

3uefois davantage, selon qu'il plaît k Dieu 'en ordonner, atin de nous apprendre k noua passer des coûts sensibles et a nous conlen* ter d'une vie qui se soutienne par la pure foi.

Quelquefois l'âme recouvre son ancienne paix d'une manière avantageuse, avec un goût purement spirituel, el, beaucoup plas excellent que le premier. Elfe est attachée k Dieu plus solidement et elle le sert avec trM« quiliité jusqu'k la mort, sans éprouver de chanigement notable. Quelquefois aussi Dieu la fait passer par les peines et les tentations exlraoïxl inaires après lesquelles elle est enfin élevée k la plus noble et k la plus excel^lento dô toutes les vies, ce qui 8*accomplit de deux manières. En quelques-uns c e$t une vicissitude de grands biens et de grands maux qui se succèdent les uns aux autres. Ils sont dans des peines étranges pendant

Îuelques mois, et ensuite ils reçoivent, 4<^ ieu de grandes fiaiveura pendant un tew>a considérable. En d'autres , les peines sont continuelles et sansrellcbe durant plasi^ura

années, après quoi II sont établis dans un état permanent de félicité. C'est la conduite ordinaire que Dieu garfle envers les âmes qui aspirent à laperfection , ce qui n*empêche pas qu'il y en ait plusieurs qui ne passent point par ces épreuves, soit à canse de leur

frande innocence, soit parcequ*il plait à lieu , qui est le mattre de les en dispenser. Ce que nous avons dit jusqu*à présent re-

girde les Âmes généreuses q^ui se donnent à ieu sans réserve. Car pour le grand nombre des hommes, en qui la bonne volonté n'est pas entière et qui ne servent Dieu qu'à demi, qui conservent toujours les mêmes attaches, qui se cherchent toujours eux-mêiûes, . on ne voit quel ordre on pourrait prescrire pour leur conduite, parce qu'ils n'eu gardent pas eux-mêmes, leur vie étant un mélange confus de vertus et d'imperfections, de ferveur et de relâchement qui se succè.ieot sans cesse. L'ordre suppose dt;s progrès et des changements notables, et on n*en voit presque point dans ces personnes. Au bout de vingt ans leur état est a peu çrès le même ; elles en sont au même degré d'oraison; elles ont les mêmes défauts à combattre , parera qu'elles ne font que des efforts médiocres , que leur résolution n*est pas assez généreuse et qu*e]ios n'ont pas pris au commencement une assez haute idée de la perfection. Cependant elles ne laissent pas de faire quelque profit à cause des bonnes œuvres qu'elles pratiunent constamment et de quelque soin qu'elles prennent de se corriger de certains défauts; et on doit les mettre au rang des enfants de Dieu, non-seulement parce que sa grAce habite en elles , mais encore parce Qu'elles s'emploient utilement à BOn service. On peut comparer ces personnes k.ces marchands qui ne font que de petits profits, parce i]u'ils n'osent étendre leur commerce. Au lieu que celles de bonne volonté ressemblent à ceux qui d'un petit nép;oce passent à un plus grand , et vont toujours en augmentant, jusqu'à ce que leur opulence les mette en état de monter à une coudition plus relevée. Tout dépend du commencement, c'est-à-dire de la première idée qu'on se forme de la perfection , et du premier désir qui est plus sincère et plus éflicace dans les unes que dans les autres. Ce qu'on doit souhaitera ces spirituels lâches et timides, c'est que Dieu leur ménage quelque heureuse rencontre qui leur donne d'autres idées et d'autres désirs, et qui leur fasse prendre la résolution de tendre à la perfection de toutes leurs forces. Alors ils entreront dans cet ordre admirable qui fait passer successivement les serviteurs do Dieu des consolations aux épreuves et des épreuves aux consolations, jusqu'à co que la lumière se découvrant à eux, les fasse entrer dans les voies de la parfaite sainteté.

ORDRES MILITAIRES. Il n'y a pas un beau souvenir, pas une belle institution dans les siècles modernes, que le christianisme ne réclame. Les seuls temjps poétique s de notre histoire , les temps chevalo^ resqucs- lui appartiennent lenrcore.

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Quelques auteurs semblent vouloir séparer la cnevalerie militaire de la chevalerie religieuse, et tout invite, au contraire, à les confondre. C*est précisément l'époque des croisades qui donna naissance aux Hospitaliers, aux Templiers et à l'ordre Tectonique. La loi formelle par laquelle la 2hevalerie militaire s'engageait à défendre la foi, la ressemblance de ses cérémonies avec celle des sacrements de l'Eglise , ses jeûnes, ses ablutions , ses confessions, ses prières , ses engagements monastiques , montrent suffisamment que tous les cnevaliers avaient la même origine religieuse. Enfin, le vœu de célibat qui parait établir une différence essentielle entre des héros chastes et des guerriers qui ne parlent que d'amour profane , n'est |>as une chose qui doive arrêter; car ce vœu n'était pas général dans les ordres militaires chrétiens: les chevaliers de Saint* Jacques-del'Epée , en Espagne , pouvaient se marier , et dans l'ordre de àlalte , on n'est obligé de renoncer au lien conjugal , qu'en passant aux dignités de- l'ordre, ou en entrant en jouissance de ses bénéCces.

D'après Tabbé Giustiniani, ou snr le témoignage plus certain d'Hél^ot, on trouve trente ordres religieux militaires, neuf sous la rèçle de saint Basile, quatorze sons celle de saint Augustin, et sept attachés à l'institut de saint Benoit. Nous ne parlerons que des principaux, à savoir : les Hospitaliers ou chevaliers de Malte, en Orient; les Tcutoniqucs, à l'Occident et au Nord, it les chevaliers de Calatrava (en y comprenant ceux d'Alcantara et de Saint-Jacques-de- TEpée) au midi de TEurope.

Si les historiens sont exacts, on peut compter encore plus de vingt-huit autres ordres militaires, qui, n'étant point soumis à des règles particulières, ne sont considérés que comme d^illustres confréries religieuses : tels sont ces chevaliers du Lion, du Croissant , du Drason, de l'Ai^le- Blanch«, du Lys, du Fer-dOr,et ces cheyaliers de la Hache, dont les noms rappellent tes Roland , les Ro^er , les Renaud, tes Clorinde, les Bradamante, et les prodiges de la Table ronde.

!• Les Hospitaliers. — Quelques marchands d'AmalH, dans le royaume de Napips, obtiennent de Romensor, calife .d*Egypte, la permission de bâtir une église latine à Jérusalem ; ils y ajoutent un hôpital pour y rt*ccvoiries étrangers et les pèlerins : Gérard de Provence les gouverne. Les croisades coirmencent. Godefroy de Bouillon arrive , il donne iiuelqiies terres aux nouveaux Bospitaliers. Boyani Roger succède à Gérard, Ra}moiid-DupuyàRoger,Dupuypiend le titre lie grand luailre, divise les Hospitaliers en ChevalitrSf pourassurer les chemins aux pèlerins et pour combattre les infidèles, en chapelains consacrés au service des autels, et en frères iervants qui de va en t aussi prendre iesarmes^

L'Italie, l'Espagne, la France, l'Angtelerrr, l'Allemagne et la Grèce, qui, tour à tour ou toutes ensemble, viennent aborder aux n-

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DÂSCETISME.

vages de la Syrie, sont soutenues par les braves Hospitaliers. Mais la fortune changei sans changer *Ia valeur : Saladin reprend Jérusalem. Acre, ou Plolémaïde, est bientôt le seul fort qui reste aux croisés en Palestine. On y voit réunis le roi de Jérusalem et de Chypre, le roi de Naples et de Sicile, le roi d*Ârménie, le prince d'Antioche, le comte de Jaffa, le i)atriarche de Jérusalem, les chevaliers du Saint-Sépulcre, le légat du Pape, le comte de Tripoli, le princode Galilée, les Templiers, les Hospitaliers, les chevaliers teuloniques, ceux de Saint-Lazare, les Vénitiens, les Génois, les Pisans, les Florentins, le prince de Tarente et le duc d'Athènes. Tous ces princes, tous ces peuples, tous ces ordres ont leur quartier sépare, oii ils vivent indépendants les uns des autres :. « Ensorte, dit I abbé Fleurj^, qu'il y avait cinquante-huit tribunaux qui jugeaient à mort.»

Le trouble ne tarda pas à se mellre parmi tant d'hommes de mœurs et d'intérêts divers. On en vient aux mains dans la ville. Charles d'Anjou, et Hugues 111, roi de Chypre, prétendant tous deux au royaume de Jérusalem, augmentent encore la confusion. Le Soudan Mélec-Messor proQte de ces querelles intestines, et s'avance avec une puissante armée, dans le dessein d'arracher aux croisés leur dernier refuge. 11 est empoisonné par un de ses émirs en sortant (fËgypte; mais avant d'expirer, il fait jurer à son fils de ne point donner de sépulture aux cendres paternelles qu'il n'ait tait tomber Ptolémaïtie.

Mélec-Seraph exécute la dernière volonté de son |>ère : Acre est assiégée et emportée d'assaut, le 18 mai 1291. Des religieuses donnèrent alors un exemple effrajrant de la chasteté chrétienne : elles se mutilèrent le visage, et furent trouvées dans cet état par les infidèles, qui en eurent horreur, et les massacrèrent.

Après la réduction de Ptoléraaïde, 1es| Hospitaliers se retirèrent dans l'île de Chypre, où ils demeurèrent dix-huit ans. Rhodes, révoltée contre Andronic, empereur d'Orient^ appelle les Sarrasins dans ses murs. Villaret, grand maître des Hospitaliers, obtient d'Andronic l'investiture de Tile, en cas qu'il puisse la soustraire au joug des mahométans. Ses chevaliers se couvrent de peaux de brebis, et, se traînant sur les mains au roilieu d'un troupeau, ils se glissent dans la ville pendant un épais brouillard, se saisissent d'une des portes, égorgent la garde, et introduisent dans les murs le reste de l'armée chrétienne.

Quatre fois les Turs essaient de reprendre, rtle de Rhodes sur les chevaliers, et quatre fois ils sont repoussés. Au troisième effort, le siège de la ville dura cinq ans, et au quatrième, Mahomet battit les murs avec seize canons, d'un calibre tel qu'on en avait point encore vu en Europe.

Ces mômes chevaliers, à peine échappés A la puissance ottomane, en devinrent les

Brotecteurs. Un prince, Zizime, fils de ce lahomet 11 qui naguère foudroyait les rem-

PlGTlONIf. D*ASGÉT1SMB. I.

OUD iïéi

parts de Rhodes, implore Ijb secours des chevaliers contre Bajazet, son frère, qui l'avait dépouillé de son héritage. 'Bajazet,

Î[ui craignait une guerre civile, se hâte de aire la paix avec Tordre, et .consent à lui payer une certaine somme tous les ans, pour la pension de Zizime. On vit alors par un de cesjeux si communs de la fortune, un puissant empereur des Turcs tributaire de quelques Hospitaliers chrétiens.

Enfin, sous le grand maître YiUiers do risle Adam, Soliman s'empare de Rhodes,' après avoir perdu cent mille hommes devant ses murs. Les chevaliers se retirent à Malte, que leur abandonne Charles^}uint. Ils y sont attaqués de nouveau par les Turcs ; mais leur courage les délivre, et ils restent paisibles possesseurs de l'île sous le nom do. laquelle ils sont encore connus aujourd'hui.

2* L'ordre tectonique. — A l'autre extrémité de l'Europe, la chevalerie religieuse jetait les fondements de ces Etats qui sont devenus de puissants royaumes.

L'ordre teutonique avait pris naissance pendant le premier siège d'Acre par les Chrétiens, vers l'an 1190. Dans la suite, la duc de Massovie et de Pologne l'appela à la défenae de ses Etats contre les incursions des Prussiens. Ceux-ci étaient des peuples barbares, qui sortaient de temps en temps de leurs forêts pour ravager les contrées, voisines. Ils avaient réduit la province de Culm en une affreuse solitude, et n'avaient laissé debout sur la Vislule que le seul château de Plotzko. Les chevaliers teutooiques, pénétrant (peu à peu dans les bois de la Prusse, y bâtirent des forteresses. Les Warniiens, les Barthes, les Nalangues subirent tour à tour le joug, et la navigation des mers du nord fut assurée.

Les chevaliers de Porte-Glaive, qui de leur côté avaient travaillé à la conquête des pays septentrionaux, en se réunissant aux Chevaliers teu toniques , leur donnèrent uno puissance vraiment royale. Les progrès do l'ordre furent cependant retardés i)ar la division qui régna longtemps entre les chevaliers et les évoques (Je Livonie, mais enfin, tout le nord de l'Europe s'étant soumis,^ Albert, marquis de Brandebourg, embrassa la doctrine de Luther, chassa les chevaliers de leurs gouvernements, et se rendit srul maître de la Prusse, qui prit alors le nrim de Prusse ducale. Ce nouveau duché fut érigé en royaume en 170i, sous l'aïeul du grand Frédéric.

Les restes de l'ordre teutonique subsistent encore en Allemagne.

3* L'ordre de Calatrava. — La chevalerie faisait au centre de l'Europe les mêmes progrès qu'aux deux extrémités de cette! partie du monde.

Vers l'an 1U7, Alphonse la Batailleur, roi de Castille, enlève aux Maures la place de Calatrava en Andalousie. Huit ans après, les Maures se préparent à la reprendre sur Don Sanche, successeur d'Alphonse. Don Sahché, effrayé de ce dessein, fait publier qu'il donne la place à qui voudra la défendre*

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