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Personne n'ose se présenter, hors un Bénédictin de Tordre de Gtteaux, don Didace Yelasquès» et Raymond , son abbé. Ils. se jettent dans Calatrava avec les paysans et les familles qui dépendaient de leur mo* nastère de Fitero : ils font prendre les armes aux frères convers^ et fortifient la ville menacée. Les Maures étant informés de ces préparatifs» renoncent à leur entreprise : la
Î)lace demeure à Tabbé Raymooa, et les ^ères convers se changent en chevaliers du nom de Calatrava.
Ces nouveaux chevaliers firent dans la suite plusieurs conquêtes sur les Maures de Valence et de Jaën : Favera, Muella, Maca- I0U9 Valdetormo, la Fresueda, Valderobbes, Aqua-Viva, Orpipa, tombèrent tour à tour entre leurs mains. Mais Tordre regut un échec irréparable h la bataille d*AlarcoSt que les Maures d'Afrique gagnèrent en 1195 sur le roi de Castille. Les chevaliers de Calatrava y périrent presque tous, avec ceux d'Alcantara et de Saint-Jacques de TEpée.
Nous n'entrerons dans aucun détail touchant ces derniers, qui eurent aussi pour but de combattre les Maures et de protéger les vovageurs contre les incursions cies infidèles.
Il suint de jeter les yeux sur l'histoire, à Tépoque de Tmstitution de la chevalerie retigteuse, pour reconnaître les importants services qu'elle a rendus h la société. L'ordre de Malte, en Orient, a protégé le commerce et la navigation renaissante, et a été, pendant plus d'un siècle, le seul boulevard qui empéchAt les Turcs ae se précipiter sur 1 Italie; dans le nord. Tordre teutonique, en subjuguant les peuples errants sur les bords de la Baltique, a éteint le foyer de ces terribles irruptions qui ont tant de fois désolé TËorope ; il a donné le temps à la civilisation de faire des progrès, et de perfectionner ces nouvelles armes qui nous mettent pour jamais à Tabri des Alaric et des Attila.
Ceci ne paraîtra pas une vaine conjecture, 01 Ton observe qae les courses des Normands n*ont cessé que vers le x* siècle, et que les chevaliers teutoniques, à leur arrivée dans te nord , trouvèrent une population réopérée et d'innombrables barbares qui s'étaient déjà débordés autour d'eux.. Les Turcs descendant de Torient , les Livoniens, les Prussiens, les Poméraniens, arrivant de l'occident et du septentrion, auraient renouvelé dans l'Europe, à peine reposée, les scènes des Huns et des Gotbs.
Les chevaliers teutoniques rendirent môme nn double service à Thumanilé, car en domptant des sauvages, ils les contraignirent ae s'attacher à la culture et d'embrasser la vie ^sociale. Chrisbourg, Bartentein, Wissem- * hourg, Wesel , Brumberg, Thorn, la plupart 3èb viile^ de la Prusse, de la Courlande et
de la France et de l'Angleterre, il peut aussi ^ glorifier d'avoir civilisé le noV(l de ta Germanie.
' Un autre ennemi élait^ ehoore peut-être
plus dangereux que les Turcs et les Prussiens, parce quil se trouvait au ceDlre même de TEurope : les Maures ont été p\u^ sieurs fois sur le point d'asservir la chrétienté. Et, quoique ce peuple paraisse avoir eu dans ses mœurs plus d'élégance
9ue les autres barbares, il avait toatefois ans sa religion, qui admettait la polygamie et Tesclavaçe, dans son tempérament des* potique et jaloux, il avait, disons-nous, un obstacle invincible aux lumières et aa bonheur de l'humanité.
Les ordres religieux de TEspagne, en cooobattant les infidèles, ont donc, ainsi que Tordrb teutonique et celui de Saint-Jean de Jérusalem, prévenu de tiès-grands malbeurs. Les chevaliers chrétiens remplacèrent en Europe les troupes soldées, et furent une espèce de milice régulière, qui se transportait où le danger était le plus [«ressant. Les rois et les barons, obligés de licencier leurs vassaux au bout de quelques mois de scr^ vice, avaient été souvent surpris par les barbares. Ce que Texpéiience et le ^énie des temps n'avaient pu faire, la reli^on l'exécuta : elle associa des hommes qui jurèrent, au nom de Dieu, de verser leur sang t)Our ia patrie; les chemins devinrent libres, es provinces furent purgées des brigands qui les infestaient, et les ennemis du debori trouvèrent une digue k leurs ravages.
On a biflmé les chevaliers d'avoir été chercher les infidèles jusque dans leurs fo/ers« Mais on n'observe pas que ce n'étaient, après tout, que de justes représailles contre des peuples qui avaient attaqué les premiers des peuples cnrétiens ; les Maures que Char* les Martel extermina, justifient les croisades. Les disciples du Coran sont-ils demeurés tranquilles dans les déserts de TArabie , et n'ont-ils pas porté leur loi et leurs ravages jusqu'aux murailles de Dehly et jusqu'aux remparts de Vienne? Il fallait peu trètre attendre que le repaire de ces bêtes féroces se fût rempli do nouveau, et parce qu'on a marché contre elle j sous la nannière de la religion, l'entreprise n'était ni juste ni nécessaire! Tout était bon. Tentâtes, Odin, Allah, pourvu qu'on n'eût pas lésus-CbrisL
ORDRES RELIGIEUX. — Nous avons décrit à l'article Moines Tori^ine et les constitutions de la vie monastiq^ue ; nous avons esquissé d'une manière rapide les différeats ordres religieux dans notre Diêcpun préUminaire; il ne nous reste plus qu'à montrer les services immenses qu*ils ont rendes k la religion, à la société, aux lettres et aux arts.
En lisant attentivement l'histoire des siècles passés, il est facile de remarquer qae 1 les grandes vertus qui dès Torigine brillé- • rent dans les ordres monastiques, attirèrent , dans l'Eglise une infinité de païens, et rani- ' mèrent les Chrétiens dont le nombre t a s'était augmenté qu'au détriment de leur piété. Les moines justifiaient, par leurs exemples la religion qu'ils professaient, et prouvaient que les préceptes les plus pénibles. & la nature pouvaient être pratiqués.
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D^ASCËTtSME.
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De là Tient que les Pares opposaient sans icesse leurs vertus aux vertus simulées ou incomplètes des païens, et leurs pénitences QUI pénitences nypbcrites des bérétiaues* En transportant la vie monastiauedans V0(^ cident» saint Éenott y ralluma la ferveur des premiers temps. Les grands hommes qui, dans la suite des siècleSt reformèrent son ordre» ou en instituèrent de nouveaux, ouvrirent des asiles à la vertu. De nos jours, Qu milieu de Tincrédulité et du libertinage
aui désolent la société, PEçIisé reçoit de ouces consolations des ordfres religieux. Voyez comme les Trappistes, les Chartreux, les Trappistines, les Carmélites, les Bénédictines du Saint-Sacrement sont si fidèles à leurs règles, malgré leur rigueur. Par la
f)ratique des conseils évanKéliques ils s'é* èvent à 'la plus haute perfection. Dans un «îècle d'orgueil et de volupté, ils passent quarante ans, soixante ans ignorés des hommes, portant un joug austère, sans se lasser un instant de leur sacrifice. — Dès les premiers moments de leur établissement, les corps religieux s'appliquèrent à Tétude des saintes Ecritures et des sciences ecclésiastiques. Saint Basile, saint Grégoire de Na-» zianze, saint Epiphane, saint Ephrem vécu* rent longtemps parmi les moines orientaux, ^inl Jérémei^ saint Isidore de Peluze, saint Grégoire le Grand, et beaucoup d'autres Pères qui par leurs savants ouvrages ont fixé le véritable sens des Eeiitoros, refuté les faérésies et conservé le dépôt de la tradi*^ tioii, vécurent longtemps parmi les moines occidentaux. Pendant les conquêtes des pei^ pies du nord, les monastères contribuèrent puissamment à la conservation de la reli-
fion. C*est dans leurs écoles et celles des Çlises cathédrales, presque toutes desser»» Vies par des moines» que, sans exclure les sciences humaines, on expliquait et étudiait l'Ecriture sainte, la théologie, les ouvrages des Pères, le droit canon, l'histoire ecclésiastique. Ils composaient aussi de savants, de pieux ouvrages pour la défense de la foi»
f>our ^instruction des pasteurs et des fidèes. Saint Jean Damascène vengea le culte des images contre les iconoclastes, et ex-
E[>sa la foi orthodoxe d'après la tredition. otrou de Corbie établit contre les Grecs la procession du Saint-Esprit par l'autorité de saint Grégoire de Nazianze et des Pères latins, Loup de Ferrières défendit la doctrine de l'Eglise sur la prédestination et la grAce, par les écrits de saint Augustin. Qui ne connaît les immenses travaux des écoles monastiques de saint Victor et de Lérius ? Plus tara Lanfranc fit connaître ce que pensaient sur l'Eucharistie les anciens Pères dont Bérenger altérait la doctrine. Hincmar, transféré du cloître sur le siège de Reims, Hégînou, abbé de Prons, Abbon de Fleurs, Botlhir abbé de Lobes, ensuite évoque de Véronne, Baucbard, moine de Lié^e et évoque de Worms , Yves^ abbé de Samt-Quen^ tin, de Beauvais et évéque de Chartres, Hugues, abbé de Saint-Victor, ont laissé de nombreux travaux sur la discipline, l'his-
toire et la législation ecclésiastiques^ Saint Bernard, saint Thomas, et plusieurs autres moines leurs contemporains, ont éclairé leur siècle par de nombreux écrits. Depuis saint Thomas» les religieux |de tous les or^ dres, les Bénédictins, les Augustins, les Dominicains, les Barnabites, les Jésuites, les Franciscains, les Génovéfains se sont livrés aux études les plus approfondies, aux investigations les plus minutieuses, les plus pénibles sur l'Ecriture, sur les Pères, sur la tradition, sur le droit canon, sur les histoires particulières de chaque Eglise, et sur l'his-» toire générale. Toutes les sources ont été découvertes et éclairées par le flambeau de la critiçiue. Nous devons è ces religieux, aussi distingués par leur génie que par leur vaste érudition» des ouvrages qui n'hono* rent pas moins l'esprit humain que l'Eglise. Les religieux ont aussi rendu (l'importants services k l'Eglise par la publication des ouvrages ascétiques. Versés dans la connais* sance !du cœur humain, les Baudrand, les Grasset, lesCroiset, les Berthier, les Saint-* Jude, les Touron, les Avrillon» les Rodri« guez, ont traité une multitude de sujets de piété et de morale, où les fidèles puisent de vives lumières nour leur conduite et pour arriver à la fierfection»
La liturgie a fixé aussi Tattenlion des religieux : Dom Hartène a réuni dans un savant ouvrage sur cette matière les anciens rites, a exposé les cérémonies de l'Eglise dans l'administration des sacrements» dans les oflicesi dans les punitions canoniques; on y voit quel a été en tout et toujours l'esprit de rEglise. Par leur fidèle observa* tion des cérémonies de l^J^glise»les religieux constataient l'état antique et universel de lacroyance del'Eglisek Cescérémoniesétaient un témoignage perpétuel de la foi; en les pratiquant, en les transmettant à leurs successeurs comme il les avaient reçues de leurs prédécesseurs» ils attestaient qu ils croyaient ce que ceux-ci avaient cru, et léguaieut à ceux-là des preuves invincibles contre les novateurs. Lorsque la philosophiedu dernier siècle attaqua le christianisme, les religieux ne reculèrent pas devant ces nouveaux ad* versaires. lis prouvèrent» dans de savants ouvrages» que la raison est toujours d'accord avec la foi ; ils exposèrent les titres primitifs de la révélation. Dom Lamy établit la vérité de la religion chrétienne, dom Toussaint la divinité de Jésus-Christ» le P. Hager la spiritualité, rimmorlalité de l'Ame; le P. Griffet démontra Tinsuffisance de la religion naturelle^ Parmi les religieux qui se firent remarquer par leur science et leur esprit, nommons encore le P. Barruel dan# les Hel viennes, Jean Mauduits, Oratorien, dans le Traité de la religioUf et dom Jamia dans ses Pensées théologtques. Les religieux ont aussi rempli les diverses fonctions du ministère ecclésiastique. Saint Pacôme céda deux de ses religieux pour être évècîue^; saint Athanase cite au . moine DraeoQce Texemple de sept religMui^ qui avaient éié élevés à répiscopat. PenéMl plusieurs '$iè«
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ries, on ne prenait guère los (!'V(i(jucs dans les églises d*Orient et d*Ojcideut, que parmi Ihs religieux. Cet usage est devenu uue loi de TËgiise d'Orient, où l'on tire tous les évéques des couvents. Depuis le premier eoncile de Nicée jusau*à celui de Trente, ces vénérables assemblées ont trouvé dans les : moines de «savants docteurs et des Pères ' zélés. Le siège de Rome a été souvent occupé par des religieux, et sans cesse ils se sont fait remarquer [lar leur science et la .sainteté de leur vie. L'illustre Grégoire XVI était Camaldule. Avant la révolution, les Cannes et les Dominicains remplissaient les fonctions de curés dans les îles du Vent. Les chanoines réguliers de Saint-Norbert, de Sainte- Geneviève et de Saint- Victor ont loujoin^s exercé les fonctions curiales. Les Prémontrés de Tétroite observance avaient près de cent cures dans la seule province de Sorma'iilio. Les Génovéfains en avaient près de neuf cents dans les diverses contrées de la France. On com|>tait aussi parmi les curés beaucoup de chanoines qui suivaient la règle de Saint-Aur^ustin, el plusieurs religieux de Tordre de Fonlevraull et de la Rédemption des captifs. Dès les premiers tnmps de leur élablissement, les religieux sortaient de leur désert pour rendre lémuignage à la foi, pour la prêcher aux idolâtres; saint Antoine encouragea les martyrs pendant la persécution de Maximin, et confondit ensuite l'oudaoe des ariens, qui osaient lui attribuer leurs erreurs. Les disciples de saint Basile se rendirent très- utiles à TËglise contre toutes les hérésies d'£unomius et d*ApnoIliiiaire. Saint Pacôme, saint Benoit el leurs disciples s'appliquèrent à la conversion des peuples voisins de Tabennes el du mont Cassin. Saint Jérôme ne suspendait ses travaux scientiGques que pour préparer les catéchumènes au baptfrme. Saint Euthyme convertit un très-grand iK)mbre de Sarrasins. Des moines choisis par saint Chrvsostome rendirent la Phéuicie chrétienne. L Autriche dut sa conversion aux prédications de saint Sévcrin, l'Angleterre à celles de saint Augustin et de ses compagnons, la Frise h celles de saint VillebroJ; l'Allemagne à celles de saint Bonifacc; la Suède, le Danemark , la Norvège, à celles de saint Auxiaire el de ses coopératcurs; la Livonie et la Sibérie, à celles des Dominicains et d'autres religieux de différents ordres. Les Frères prêcheurs pénétrèrent en Chine pour coiibcrver la foi dans les nouvelles chrétientés, les religieux y fondaient des monastères iiù ils élevaient les enfants du pays, les instruisaient sur la religion, les formaient h la vertu, et les rendaient capables des fonctions ecclésiastiques. Aussi cesEglisesétaient en élat, en peu de temps, de se soutenir elles-mêmes, sans^avoir besoin de secours étranger. Du sein des monastères sont sortis les apôtres des deux Indes, et leurs succf'sccurs ont montré le même zèle pour la foi, soit en Jaconservanl parmi les catholiques qui vivaient ^ous la domination des inQJètes, <l«â Uv^rétiques et des païens^ soit en i'éten«.
dant |iarmi ces derniers. Qui neconnatt lesadmirables travaux de saint François -Xavier et de ses coIlaboraleurs?,Qui n*admirerait lea succès miraculeux des Jésuites dans le Paraguay? Ces religieux et les Dominicains ont arrosé de leur sang l'Empire céleste.
Avant la révolution, les religieux des dif^ férenls ordres, et surtout les Bénédictins et les Capucins français, évangélisaient les îles britanniaues, le Danemark, la Suède et la Russie. Il y avait des Ca[)ucins fran^is en , Hollande; ceux de la Basse-Allemagne fai- 1 saient des missions dans les cercles voisins]^ ^ ceux de l'Italie dans les différents cantons de la Suisse. La partie de la Hongrie soumise aux Turcs était confiée aux Pères de Saint-Paul ermite. La Valachie, la Moldavie étaient évançélisées par les Capucins, qui prenaient soin des catholiques de la Grèce avec les Conventuels de Corfou. Ces religieux avaient douze maisons dans les lies de l'Archipel, deux à Cunstantinople. ils partageaient dans cette grande ville les fonctions du ministère avec les Dominicains et des frères mineurs Observantins. Ces der-^ niers, avec les Capucins, dirigeaient les catiioliques de l'Ile de Chypre. Les Carmes avaientet ontconservéun couventsurlemont Carmel. Pendant près de cinq siècles, les Récollets et les Franciscains entretinrent Us lieux saints, y eurent vingt-quatre maison^, et fournirent des curés et des missiosnMres à beaucoup d'églises de ces contrées. Les Auguslins évangélisaient la Perse ; les Carmes et les Capucins français, la Syrie. Des Carmes et des Capucins prêchaient aussi' dans la Géorgie, TArménie et TArabie avec les Dominieauis. Le Mingrélie était desserrie par les Théatins el les Capucins ; ces derniers avaient aussi la direction da HoguI et. du petit Tibet. Les Oratoriens de Saint- Philippe de Néri prêchaient dans llndoustan, les Carmes dans le Malabar, les Augustins dans le Bengale. Les Franciscains des diverses observances, les Auguslins, les Pères de la Rédemption des captifs étaient chargés des missions de l'Afrique; il y avait des Capucins français au Caire, des Récellets h Alexandrie, des Observantins avec des KécoHets et des Capucins en Egypte, à Fez» h Alarse, oii se trouTaient aussi les Père^i de la Uédenjption. Les Capucins évangé.isaient les royaumes d'Ovério, de Bénin ol la Guinée; ils avaient des maisons h Tunis, à Mélisle. lis évangélisaient aussi, avec les Dominicains, Congo, Angola, et Honomolapa. Les Récollels étaient établis à Alger et dans toute la Baibarie^ les Auguslins dans l'Ile de Tabarca, et les Pères de la Rédemption à Trémisan. Les religieux furent les premiers apôtres de l'Amérique. Malgré les crimes de toutes sortes qu'y commirent les Espagnols, ils opérèrent une immense et salutaire révolution au Pérou, au Mexique, au Chili, aux Antilles, dans le nouveau royaume de Grenade, dont ils convertirent les indigènes à la foi. Quelque vif el profond que lût le ressentiment de ceux-ci contre les conquérants,, ils donnèrent toute leur coa
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DASCËTiSME.
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fiance aux reli;4ieux, ils reganiaieil ces hommes apostoliques comme leurs pères et li'^irs ,amis. La recounaissance a gravé dans U*6 annales do lÂmérique les noms de Las Casas, de Julieo Garces; d'Antoine Valdîviesco, de Jean Ramirez, de François de Sainl-Micliei» d*ÂlphODse de la Cerda, et de beaucoup d*autres, qui protégèrent constamment les Indiens. Au Brésil, les Capucins et Jfs religieux de Saint-Philippe de Néri soignaient d'une manière toute spéciale les malheureux esclaves nègres. Les Cannes, les Bénédictins, les religieux de Saint-François avaient des maisons à Saint-Sébastien, dans la capitale du Brésil. Les religieux de tous les ordres, et notamment les Frères prt^cheurs, les Angustins, les Frères mineurs, les Pères de la Merci, les Observant tins avaient dos maisons dans les diverses parties de TAmériçiue. Dans toute PËurope catholique, les religieux étaient en général, chargés de prêcher Tes stations du carême et de TA vent, et des missions dans les villes et les campagnes. On tirait aussi des cloîtres les aumôniers des régiments et ceux des vaisseaux. On ne sera donc plus surpris de la rage de nos révolutionnaires contre les ordres religieux. Ces ordres rendaient d'inw portants services à la religion ; ils devaient donc tomber sous les coups des hommes qui voulaient détruire le christianisme. Les ordres religieux établis en France depuis la révolution marchcut sur les traces de leurs devanciers; ils se montrent aussi pleins de zèle pour la propagation de la foi. Nos reli- ^ii'ux actuels occupent les principales chaires de nos églises et de nos cathédrales. Les Pères de Ravignan, Jésuite, et Lacordaire, Dominicain, sont les deux plus grands orateurs do nos temps modernes. Dom Guéranger, Bénédictin, se t'ait remarquer par ses vastes connaissances dans la liturgie et dans toutes les autres parties de Thistoire ecclésiâslii|ue. Le P. do Brayne, de la Trappe de Mortagne, a publié divers ouvrages sur la tijéologie, la morale et la médecine. Le P. Péquigni, de la même maison, est auteur d'un ouvrage très-intéressant, la Trappe viieux connue. Nous devons aussi au P. Gérdmb. Trappiste, d'utiles et pieux ouvrages. Les Jésuites publient aussi de nombreux écrits, touspropres à nourrir la piété destidèles, et à leur donner une instruction solide. Mais les ordres religieux n*ont nas rendu de n'ioins importants services à la société civile qu'à I Eglise : ils ont desséché les marais, défriché les forêts dont la majeure partie de TEurope était couverte; ils ont transporté de la terre sur de nombreux rochers pour les fertiliser; ils ont fécondé par leu s sueurs, par d'immenses travaux, des terres stériles ; ils ont transformé en do riches et agréables campagnes des déserts arides, des lieux affreux. Par la douceur des coutumes qu'ils établissaient dans leurs domaines, I)ar la iraiiTiuillilé dont on jouissait sous leur protection, ils attiraient des populations nombreuses. Aux pauvres, ils distribuaient des terres pour les mettre en culture en leur
fournissant de nombreuses avances ; aux familles riches, ils garantissaient le repos èl la sécurité qu'elles ne pouvaient trouver sur les terres des seigneurs livrées è toutes les brutalités de l'anarchie féodale. Les reli* gieux étendaient aussi de toutes parts leurs secours sur les malheureux. D'après saint Augustin, les moines d'Egypte, vivant dans des solitudes affreuses , occupés à faire des corbeilles ou à d'autres travaux aussi simples , chargeaient néanmoins des vaisseaux de leurs aumônes. Les monastères de l'Occident versaient aussi d'abondantes aumônes dans le sein des pauvres. Il suffit de dire que Cluny a nourri parfois jusqu'à dix-sept mille pauvres par jour. Les ordres religieux existants de nosiours conservent le mémo esprit Ue eharite; interrogez les habitants des lieux où nos couvents sont établis, ils vous diront de quelles ressources ils sont pour les pauvres. Dans les villes, les congrégations religieuses de femmes sont les consolatrices de toutes les misères. Récemment le conseil municipal de Paris, le préfet de la Seioe et le ministre de la justice ont rendu un témoignage bien solennel à la grande charilé des dames Bénédictines du Saint-Sacremont, qui sont à Paris la providence des pauvres de leur quartier. Des l'origine de la profession religieuse, les moines s'adonnèrent aux soins des malades et des* servirent les hôpitaux. Saml Basile til construire pour les pauvres, à Césarée, un monastère et un vaste logement adossés l'un à l'autre, afin que le service fût plus facile. Le testament do Vaudemir, de 691, nous ap-
Srend que dès lors les malades , à l'Hôtel- >ieu de Paris, étaient assistés par des reli^ gieuses.
Suivant le concile d'Aix-la-Chapelle, il devait y avoir dans chaque monastère des chanoines et des chanoinesses pour lès pauvres malades valides et invalides. Vinrent ensuite les ordres hospitaliers. Comment louer, suivant leur mérite, les congrégations des deux sk-h^s c|ui se dévouent do nos jours avec un zèle si admirable au soulagement des diverses maladies ? Nus philanthropes ont reconnu leur impuissance ; ils ont été obligés de rendre les services des hùjiitaux aux hommes et aux femmes qui nt* cherchent leurs inspirations (|ue dans l'Eucharistie et la charité catholique. Pendant près de sept cents ans les Pères de la Rédem))tion des captifs et de Notre-Dame de la Merci ont employé leurs revenus et les aumônes qu'ils recueillaient à rachetçr les malheureux que les intid'eles retenaient dans les fers. Afin de prévenir ou d'arrêter les funestes effets de I incontinence, des femmes remplies de piété et de charité se sont vouéc^s à la pénible mission de ramener à la vertu des êtres que l'erreur et le vice font tomber dans une si profonde dégradation. De là nous sont venus les ordres de la Providence, de Sainte-Pélagie, du Refuge, du Bon Pasteur, et autres semblables, répandus dans toute la France et à l'étranger. Les prisonniers ont trouvé des ordres consacrés à leur
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procurer tous les soulagements spirituels et temporels. Les Récollets et les Capucins se Youaient surtout à feur instruction. Les sœurs de la Charité étaient chargées du soin de plusieurs prisons. Les filtes de Saint- Vincent de Paul $*apptiquaient en divers endroits au service des forçats, pour lesquels saint Vincent de Paul avait fait bâtir un hôpital à Marseille. A Paris, les docteurs de la maison de Sorbonne conduisaient au sup- ]ilice les condamnés à mort. Les Capucins se rendirent très-souvent utiles dans les incendies; biea souvent ils furent victimes de leur zèle. Les ordres religieux des deui Sfxes ont pris aussi bien souvent sous leur
{protection les enfants trouvés et les orphelins, ainsi que les vieillards pauvres et Inflrmes. Les couvents servirent encore 4'asile contre l'oppression et la tyrannie des grands ; sous nos gouvernements réguliers, gO ia justice est rendue avec exactitude, on né comprend pas les bienfaits du droit d*asile. Mais en remontant quelques siècles plus haut» k cette époque où le droit du plus fort était la loi régnante de la société, où le succès des combats et le résultat des Ibties faisaient qu*un homme était coupable ou innocent; le.droit d'asile était très -pré* cjeux et vivement réclamé par la justice et fhumanité. Par suite de la considération que lei religieux s'attirèrent par leurs vertus , |t$ devinrent les protecteurs du peuple, ils arrêtèrent les^ exactions et les vengeances ^es grands. Les religieux de nos jours ne se rendent pas moins utiles à l'humanité que ceux des siècles précédents; les frères de Saiot-loseph , ceux de Saint Jean de Vieu, les sœurs de divers ordres s'emploient avec zèle au service des hôpitaux. Les Frères de la doctrine chrétienne, ceux encore de Saint-Joseph , montrent un dévouement admirable dans le service d'un très^grand nombre de prisons.
I Les religieux se dévouèrent avec un trèsgrand ^le h l'éducation des enfants. Il y avait dans chaaue monastère une école extérieure pour les séculiers, et une école intérieure pour les moines. On rapporte l'origine de cette double école à Pacôme, qui, outre les cathécumènes, recevait des enfants. Au Mont-Cassin furent élevés par saint Renoit, saint Maur, saint Placide, les enfants des premières familles de Rome. Les religieux envoyés par saint Grégoire en An« gleterre, y h&tirent des monastères qui fu->rent des écoles célèbres de science et de Yertu. Au siècle suivant, Malmesbury ec Glattembury avaient ime très-grande renoms mée; en même temps Qeurissaient en Allemagne Fulde,FritsIas, Saint-GaIl,Richenau, et Prous. Reaucoup d'abbayes avaient été ruinées par les Sarrasins sous les derniers règnes des Mérovingiens; les études langui-» rent, mais elles se réveillèrent sous Charle-* magne par les soins de ce prince, qui adressa une lettre h ce sujet aux évoques et aux abbés. Dès ce moment les études se renou- Yelèrent dans les écoles des monastères. Les plus célèbres en France étaient Fontenelle^
Heury, Cluny. Le moindre des jennt s geas était élevé dans ces écoles avec le même soin que les tils des rois dans leurs palais. Un grand nombr^ de princes furent aussi élevés dans les cloîtres. Lothaire fut confié dès son enfonce à saint Germain d'Auxerre, Robert II et Louis le Gros furent élevés è 8aint*Denis. Lorsque le flambeau des lettres s'éteignait dans une maison, il se ralhimait dans une autre. Comme on reprochait aux moines de Cluny de s'adonner aux lettres profanes, ils s'en justifièrent par l'exempte des plus célèbres monastères. Pendant plu« sieurs siècles les reli^eux enseignèrent la grammaire, larhétonque, la dialectique, la musique , l'astronomie , la médecine , et même le droit. C'est à un religieux que l'Angleterre doit la connaissance du droit romain. Thibaud, abbé du Rec, archevêque de Cautorbéry , en 1138, y porta le code Justinien, découvert depuis peu en Italie. Jusqu'au moment de la révolution, les ordres reliffieux n'ont pas cessé de montrer le même zèle pour l'éducation. Les Rénédictins de la congrégation de Saint-<Maur dirigeaient presque toutes les écoles militaires. Ceux de Ciuny et de Saint-Maur avaient différentes maisons d'éducation, ainsi que les Rar-i , nabites et les Oratortens. Dans la seule province de Toulouse, les Dominicains avaient trente-deux chaires. Avant leur destruction, les Jésuites avaient des collèges, très-florissants. Dans celui de Toulouse, ih avaient eu jusqu*à 1,700 élèves. Presque tous, les monastères de femmes étaient consacrés à l'éducation. Depuis» la révolution, beau-^ coup de congrégations de femmes, ancien^ nés ou nouvelles, sont vouées k l'éducation. Nous citerons les Ursulines, les Visitandines, les Dames du Sacré-Cœur, les sœurs de Nevers, de la Sagesse, de la Providence, etc^ Les Frères des écoles chrétienne diri-
Sent dans la plupart des villes l'éducation es enfants du peuple, et impriment dans leur cœur des sentiments chrétiens que les
tassions peuvent aSaiblir mais non détruire, es enfants des classes riches, moins favori* ses que ceux du peuple, sont obligés de subir l'éducation des maîtres de l'Université. Cependant, la religion étant le fondement de toute bonne éducation » et les connaissances que l'on doit donner anx enfants devant s'harmoniser avec elle, il n*est pas douteux que les meilleurs profes-? seurs sont ceux qui, sous l'empire d'une vocation céleste, se sont voués à la vertu et à l'étude. Sans les moines nous n'aurions ' pas les ouvrages de l'antiquité chrétienne et païenne: les bibliothèques avaient été dé^ truites lors de l'invasion des [barbares. Les moines s'occupèrent de recueillir et de copier les livres qui avaient échappé à la destruction. Ceux du monastère de Tours préféraient cette occupation k toute autre; ceux d'Italie y consacraient leurs loisirs. « J'avoue, écrivait Cassiodore aux religieux de Viviers, que de tous les travaux du corps celui de copier les livres est le plus de men goût. Par cet exercice, l'esprit s'instruit^ et
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D'ASCETISME.
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c'est une sorte de prédicalion pour ceux i qui ces livres se communiquent. » Pierre fe vénérable, et Guignes, général des Chartreux» s'expriment dans le même sens. La réforme de Cilofiix rétablit le travail, Nicohis^ secrétaire dà-saint Bernard, appefait sa eellufe seriptoriotum.
D'après la rdgte de Ramote et de saint Benoit , chaque couvent devait avoir une bibliothèque. On en confiait la garde à un religieux élevé dans la maison. C'est ainsi que se conservaient de riches et précieuses collections de livres dans les monastères. On renouvelait avec soin les exemplaires de ehaque ouvrage en les copiant de nouveau. C*est de ces bibliothèques que sont sortis tous tes excellente ouvrages de Vantiquité , donnés au public dejpuis l'invention de Timprimerie. Les religieux onl aussi bien mérite de ^antiquité en recueillani soigneusement tous les événements co]»temporains. 11 étaitd'usage de choisir dans chaque maison un religieux exact et habile qui rassemblait toutes les actions du souverain et les événements les plus marquants de son règne. A samort, on rapportait dans le chapitre générafce quil avait mat^ que. Après un mûr examen,, on le rédigeaiJt en forme de chroniqne. Sans ce tisayafl immense des moines , 1 histoire de TE^Iise et eelle des nations modornes nous seraient inconnues ; sans les chroniques des moines , une foule dhommes éminents par leurs irertus et par Téclat de leurs actions seraient morts dans Tobscurité. C*est aux moines que les royaumes chrétiens et les familles qui s'y sont distinguées doivent leur illustration. En parlant des religieux comme historiens, nçus ne pouvons nous dijspensec de dire un mot des grands travaux nistoriques des Bénédictins ; ils nous ont laissé des recherches de la plus haute importance sur Torigine des Gaulois, sur leurs conquêtes jusqu'à la formation de la mqnarchie kançaise , sur rétablissement des Francs dans les Gaules. Nous leur devons YH%stoir$ littéraire de la France 9 celte de diverses
})rovinces de la France » de la Bretagne ,, de a Bourgogne , de la Champagne, de la NorinanfJie , de la Franche^omté , du duché de Luxembourg et de la Touraine; celle enOa du I^nguedoc, si heureusement revue par Ixi savant M. Dumège. Nous léiir devons, encore le trésor généalogique de nombreux nobiliaires , VHistoire de la vilte de Paris ^ des ouvrages très-appréciét*s sur les monufoents de notre droit public , la Diploma^ iique de dom Mabition , augmentée par dom Ruinart,.est une œuvre de génie. Dom Tassin a aussi publié suc ceite matière , un ouvrage très-apprécié. Nous devons au V^ Borre VEUtoire des- /ot> el des tribunaux 9 VHistoire d'Allemagne , si étroitement liée à la nôtre; aux Pères Anselme et Coquet 1^ Augusiins, VHistoire généalogique et chronologique de la maison de France , une Dissertation remarquable sur les anciennes cittes^ des Séquanais ; au P; Joly , Capucin , des travaux considérables sur l'étabKssemenC des Francs dans les Gaules; au P. Biet,
xxne Histoire de France très-remarquable et ta meilleure que nous eussions avant celle de M. Laurentie ou P. Daniel. Indépendamment des religieux qui se sont consacrés à 1 étude des sciences modernes, beaucoup se sont occupas de Tantiquité. Dansée nombre^ on remarque surtout Montfaucon , Tun des hommes les plus érudits qui aient jamais existé et dont les écrits prouvent quMI cultivait avec une égale ardfeur la philosophie, rhistoire sacrée et profane , la littérature ancienne et moderne ainsi que les langues vivantes et mortes. Les religieux, de tous les ordres ont cultivé aussi avec soin la littérature. Les Pères Jouvency ^ Porée « Rapin, Vanière, Ducerceaux, Lejay, Jésuites, et beaucoup d'autres, se sont distin^ gués par leurs talents dans réioquence et la poésie. Les religieux ont montre aussi (te vastes connaissances en bibbographie , i\9 ont beaucoup écrit sur les belles-lettres et les beaux-arts ; ils ont composé un grand nombre d'ouvrages sur la peinture , la sculp* ture et la gravure. Nous leur devons une foule de livres classiques et sur Téducation » ainsi que de fidèles traductions des meilleurs ouvrages latins et italiens. Les corpa religieux ont aussi produit des hommes ha* biles diuis les sciences exactes, dans les mathéMiatiques , la physique ; ils ont publia de nombreux ouvrages sur la statique , l'hydraulique , l'acoustiquo^ur la manièrat de prjopager les sons etja xmt aune graode distance, la gnomomqud; ils ont aussî beaucoup écrit sur Kagriculture , la botanique , le jardinage ,. la médecine , la chirurgie et la pharmacie. Gerbert , moine d'Aurillac, introduisit le nremier les chiffres arabes ou indiens et Ta première horloge à balancier. Albert Legrand> Domini- . cam, est Tauteur de plusieurs inventions -. ingénieuses ; Roger Bacon, Cerdelier , entrevit presque toutes les découvertes des siècles postérieurs ; il trouva les ..piiroirs ardents et toutes les lunettes iirqpres à grossir et à diminuer les objets. .Atexandre Spina, Dominicain, faisant uneBrareusè application de la propriété des verrèà con^ vexes, inventa les lunettes appelées bé^ sicles. Avant la découverte de 1 Amérique par Christophe Colomb., un religieux dominicain qui avait passé la ligne adressa se.^ découvertes à Philippe de Valois; il dit dans son ouvrage. De mirabilibus mundi^ que Texistence des antipodes n*est pas une fable. On a de dom Gauthier , Bernardin » un ouvrage précieux , intitulé :. Expérience sur la propagation du son et de la voix dans des tuyaux prolongés à une grande disiancé. Dom Bédos a pumié le Facteur d'orgues et VArt de [aire des cadrans solaires avec la plus grande précision. Le P. Chrysologue , Capucin, est auteur de planisphères , grands et petits^ et d*une mappemonde sur le plan de Thorizon de Paris. On doit au P. Feuillée , Minime , un Journal d'observa^ tious scientifiques sur les côtes de PAmitiquê méridionale et la Nouvelle-Espagne , et d'autres Ouvrages très-importants. Les moines
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MCTIOMNAIRE
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se inontrèreBt toujours les amis des arts; hi construction des abbayes prouve leurs vastes connaissances en architecture. Les cloîtres étaient souvent des ateliers ; les religieux appelaient pour la construction des éslises de leurs monastères , les artistes les plus habiles en tous genres. Au xii' siècle , les Prémontrés de Vigogne firent une chftsse qui excita Tadmiration de tous ieurs contemporains. Beaucoup de monusaents d'utilité publique sont l'œuvre des moines; Jean Joconde, Cordelier , a construit, à Paris, le Petit-Pont et celui de Notre-Dame; un frère dominicain a dirigé ia construction de celui de Notre-Dame , si estimé des artistes. Les Bénédictins ont couvert la France de magnifiques églises et de riches monuments. Plusieurs de nos belles cathédrales ont eu des moines pour ftrchitecles. Que ne doit pas la musique k Guy d'Arrezzo ? Cet habile religieux ût chanter le premier ensombKî plusieurs voix difTérentes et en forma une harmonie (le nnture à charmer Tesprit et les oreilles; il imagina la gamme cl les lignes, et [>i it les six syllabes de la première strophe de saint Jean-Baptiste : ut quecmif etc. Par ce moyen, un enfant sut au bout de queU ques mois ce qu'un homme n'appreoinit auparavant, avec de grandes difTicullés» qu'après de longues années d'étude. Des corps religieux sont aussi sortis des hommes d'Etat distingués; la France n'oubliera jamais que, par une adminûMration habile et sage, Suger mérita qu*elle lui accordât le- surnom de PtVc de la patrie. L'Espagne se ressouviendra toujours avec orgueil que le cardinal Ximénès est un des hommes politiques les plus remarquables do l'Europe.
Les propriétés des couvents ont été le sujet de bien de déclamations ; cependant les religieux possédaient leurs propriétés aux mêmes titres que les particuliers, par les voies tracées en vertu des lois civiles» par donation, par testament, par achat'; leurs propriété étaient donc aussi inviolables que celles des simples particuliers; elles avaient même des caractères qui les rendaient plus solennelles, elles reposaient sur une possession de plusieurs siècles. Les conciles avaient frappé d'anathème ceux qui y porteraient atteinte. Ceux qui laissaient leurs biens aux couvents, ne le faisaient d'ailleurs
auepour sauver leur &me, qu'afm d'obtenir e plus abondantes prières, et mettre les religieux à même d'exercer la charité envers ]es pauvres, les pèlerins et les étrangers, et ils défendaient toujours, dans leurs actes dé libéralité, à qui que ce fût de s'emparer des propriétés données aux couvents. Or le bien public a toujours voulu que chacun jouisse en paix de ce que la loi civile lui accorde. Faire le bien f>ublic aux dépens du
1)articulier, c'est un paralogisme. Suivant jicéron, les lois agraires sont funestes , parce que la cité est établie pour que chacun conserve ses biens ; on ne peut d'ailleurs attaquer une propriété sans troubler les aM.^ros. Lorsqu on a franchi les limites du
droit naturel, il ny a plus de bornes pour, s'arrêter, on l'a vu pendant la révolution de 89; on attaqua la propriété du clerffé, c^Ue des simples particuliers fut aussi violée. Les prétentions extra vagantj9S\6t destructives da socialisme contemporafii ii*oot été si audacieuses et si près de leur funeste exécution que parce que notre siècle a donné de mauvais exemples et laissé se répandre de faux principes contre le droit sacré de propriété.
Nous ne pouvons, après cette esquisse rapide des immenses services rendus parles ordres religieux, nous empêcher de citer, comme développement de celte matière, les belles pages de l'auteur du Génie du christich^ nisme sur le mdme sujet.
« Partout, dit^-il» où se trouve beaucoup de mvstère, de solitude, de contemplation, de silence, beaucoup de pensées de Dieu, beaucoup de choses vénérables dans les costu^ mes, les usages et les mœurs , hè, se doit trouver une abondance de toutes les sortes de beautés. Si cette observation est juste, on va voir qu'elle s'applique merveilleusement au sujet que nous traitons.
« Remontons aux solitaires de la Thé--
. baï'Je. Ils habitaient des cellules appelées
' laures , et portaient, comme leur fondateur
Paul , des robes de feuilles de paluiiers ;
d'autres étaient vêtus do cilices tissus de
f»oil de gazelle; quelques-uns, comme le soilaire Zenon, jetaient seulement sur leurs épaules la dépouille des bêtes sauvages ; et l'anachorète Sérapion marchait enveloppé d'un linceul qui devait le couvrir dans la tombe. Les religieux maronites, danjli les solitudes du Liban; les Ermites nestoriens, répandus le long du Ti^re; ceux d'Ab^ssinie, aux cataractes du Nil et sw les rivages de la mer Rouge ; tous enûn menèrent uno vie aussi extraordinaire que les déserts oii ils l'ont cachée. Lemoinecophte, en entrant dans son monastère, renonce aux plaisirs, consume son temps en travail, en jeûnes, en prières et à la praCique de l'hospitalité. 11 couche sur la dure, dort à peine quelques instants, se relève, et, sous le beau firmament d'Egypte, fait entendre sa voix fuinui les débris de Thèbes et de Memphis. Tantùl ^ l'écho des pyramides redît aux ombres des ' Pharaons les cantiques de cet enfant de la famille de Joseph; tantôt ce pieux solitaire chante au matin les louangesdu vrai soleil, au même lieu ou des statues narmonieuses sou* ' piraient le réveil de l'aurore. C'est là qu'il cherche l'Européen égaré à la poursuite de oes ruines fameuses ; c'est là que, le sauvant de l'Arabe, il l'enlève dans sa tour» et pro<lî-
f;uo à cet inconnu la nourriture qu'il se ret use à lui-même. Les savants vont l>ien visiter les débris de l'Egypte ; mais d'où vient que, comme les moines chrétiens, objet de leur mépris, ils ne vont |)as s'établir dans ces mers de sable,^au milieu da toutes les prit valions, pour donner un verre d'o^u au voyageur, et l'arracher au cimeterre du Bédouin? « Dieu des chrétiens, quelles choses n'as* tu point faites? Partout où l'on tourne les yeux, on no voit que les monuments ûo tel
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DASCETISME.
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bienfaits. Dans les quatre parties da monde, ti religion a distribué ses milices et placé ses vedettes pour Thumanité. Le moine maronite appelle, par le claquement de deux nianches suspendues h la cime d'un arbre, l'étranger aue la nuit a surpris dans les précipices du Libain ; <$e pauvre et ignorant artiste n'a pas de plus nche moyen de se faire entendre ; le moine abyssinien vous attend dans ce bois, au milieu des tigres ; le missionnaire américain veille à voire conservation dans ses immenses forêts. Jeté par un naufrage sur des c6tes inconnues , tout à coup vous apercevez une croix sur un rocher. Malheur à vous, si ce signe de salut ne fait pas couler vos Idrmes I Vous ôtos en pays d*amis ; ici sont des chrétiens. Vous êtes Français, il est vrai, et ils sont Espagnols, Allemands, Anglais neut-ôtre ! et qu'importe? n'ôlcs-vous pas de la grande famille de Jésus-Christ? Ces étrangers vous reconattrout ])our frères, c'est vous qu'ils invitent par celte croix, ils ne vous ont jamais vu, et cependant ils pleurentde joie en vous voyant sauvé du désert.
« Mais le voyageur des Alpes n'est qu'au milieu de sa course. La nuit approche, les neiges tombent; seul, tremblant, égaré, il fait quelques nas, et so perd sans retour. C'en est l'ail, la nuit est venue; arrêté au bord d'un précipice, il n'ose ni avancer, ni retourner en arrière. Bientôt le froid le pé nètre, ses membres s*engourdissent> un fu neste sommeil cherche ses yeux, ses derniè res pensées sont pour ses enfants et son épouse! Mais n'est-ce pas le son d'une cloche qui frappe son oreile à travers le murmure de la tempête, ou bien est-ce le glas de la mort, qfiie son imagination effrayée croit ouïr au milieu des vents? Non, ce sont des sons réels, mais inutiles ! car les pieds de ce voyageur refusent maintenant de le porter... On autre bruit fse fait entendre, un chien jappe sur les neiges, il approche, il arrive, il nurle de joie : un solitaire le suit.
« Ce n'était donc pas assez d'avoir mille fois eiposésa vie pour sauver des hommes, et de s'être établi pour jamais au fond des plus atfreuses solitudes; il fallait encore gue les animaux mêmes apprissent àdevenir Tins* trument de ces œuvres sublimes ; qu'ilss'embras assent, pour ainsi dire, de faitlente charité de leurs maîtres, et que leurs cris sur le sommet des Alpes proclamassent aux échos les miracles de notre religion.
«( Qu'on no dise pas que l'humanité seule puisse conduire à de tels actes ; car d'où vient qu'on ne trouve rien de pareil dans cette belle antiquité, pourtant si sensible? On parle de la philanthropie? c'est la religion chrétienne qui est seule philanthrope par excellence. Immense et sublime idée qui lait du chrétien de la Chine un ami du chrétien de la France, du sauvage néophyte un frère du moine égyptien I Nous ne sommes plus étrangers sur la terre, nous ne pouvons plus nous y égarer. Jésus-' Christ nous a rendu l'héritage que le péché d'Adam nous Avait ravi. Chrétien I if n'est plus d'océaii
on de déserts inoonnus pour toi! tu trouveras partout la langue de tes aïeux et la cabane de ton père !
« Telles sont les mœurs et les coutumes de quelques-uns des ordres religieux de la vie contemplative; mais ces choses néanmoins ne sont si belles que parce qu'elles sont unies aux méditations et aux prières : ôtez le nom et la présence de Dieu de tout cela, et le charme est presque dtUruit
« Voulez-vous maintenant vous transporter à la Trappe, et contempler Ci.s moines vêtus d'un sac, (;[ui bêchent la terre ? Voulez-vous les voir errer comme des ombres dans cette grande forêt de Mortagne et au bord de cet étang solitaire? Le silence marche à leurs celés, ou s'ils se parlent quand ils se rencontrent, c'est pour se dire seulement : Frircê^ il faut mourir. Ces or^ dres rigoureux du christianisme étaient des écoles de morale en action, instituées au milieu des plaisirs du siècle; ils oGTraient sans cesse des modèles de pénitence et de grands exemples de la misère humaine, aux yeux du vice et de la prospérité.
« Quel spectacle que celui du Trappiste mourant I quelle sorte de haute philosophie I quel avertissement pour les hommes I Etendu sur nn pea de paille et de cendre, dans le sanctuaire de l'église, ses frècbs rang(!'S en silence autour de lui , il les appelle à la vertu, tandis que la cloche funèbre sonne ses dernières agonies. Ce sont ordinairement les vivants qui engai^ent l'inOrme à quitter courageusement la vio ; mais ici, c'est une chose plus sublime , c'est le mourant qui
J)arlb de la mort. Aux portes de l'éternité, il a doit mieux connaître qu'un autre ; et, d'une voix qui résonne déjà entre des ossfitr ments, il appelle avec autorité ses compa-* gnons, ses supérieurs mêmes à la pénitence^ Qui ne frémirait en voyant ce religieux, qui vécut d'une manière si sainte, douter encore de son salut à rai)prochc du passage toffible^ Le christianisme a tiré du fond du sépulcre toutes les moralités qu'il renferme. C^ la mort que la morafité est entrée di vie. Si 1 homme, tel qu'il est aujoui après sa chute, fût demeuré immortel, être n*eût-il jamais connu la vertu.
« Ainsi s'oflfrent de toutes parts dans lé religion les scènes les plus instructives ou les plus attachantes : là, de saints muets, comme un peuple enchanté par un filtre, accomplissent sans paroles les travaux des moissons et des vendanges ; ici, les tilles de Claire foulent de leurs pieds nus les tombes
!;lacées de leur cloître. Ne croyez pas toute* Sis qu'elles soient malheureuses au milieu de leurs austérités ; leurs cœurs sont purs, et leurs yeux tournés vers le ciel en signe de désir et d'espérance. Cne robe de laine grise est préférable à des habits somptueux acheK^s au prix des vertus ; le pain de la charité est plus sain que celui de la prostitution. Eh { de combien de chagrins ce simple voile baissé entre ces filles et le monde ne les sépare-t-il pas ?
« En vérité, nous sentons qu*il nous fau*
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DICTIONMAIRE
OItD
drait un tout autre talent que le nôtre pour traiter dignement des objets qui se pré* sentent h nos yeux. Le plus bel éloge que nous pourrions faire de la vie monastique serait de présenter te catalogue des travaux auxquels elle s^est consacrée. La religion, laissant à notre cœur le soin de nos joies, ne s^est occupée, comme une tendre mère, que du soulagement de nos douleurs; mais, dans cette œuvre immense et difficile» elle a appelé tous ses fils et toutes ses Qlles à son secours. Aux nos, elle a confié le soin d^ nos maladies, oonome ) cette multitude de religieux et de religieuses dévoués au service des hôpitaux; aux autres, elle a délégué les pauvres, comme aux sœurs de la Cnisirité. Le Père de la Rédemption s'emb»!^ que à Marseille : où vatt^ilseui ainsi avec son bréviaire et son bAton ? Ce conquérant aiar<che à la délivrance de V humanité, et les arrmées qui raccompagnent sont invisibles. La bourse de la charité à la main, il court éir fronter la peste, le martvre et Tesclavage. U aborde le dey d* Alger, il lui parle au nom do ce Roi céleste dont il est I ambassadeur* Le barbare s'étonne h la vue de cet BurOki», péen qui ose, seul, à travers les mers et M orages , venir lui redemamier de» capti&'t dompté par une force inconnue, il accepte Tor qu'on lui présente, et rbéroïqoe libéra*» leur, satisfttit d*avoir rendu des malheureux k leur patcifff obscur et ignoré , reprend bumblementïH ehemin de son monastère.
« Partout c'est le môme spectacle : le missionnaire qui [iart pour la Chine rencontre au port le missionnaire qui revient, glorieux et mutilé, du Canada ; la sœur Grise court administrer Tiudigent dans sa chaumière; le père Capucin vole à l'incendie; le frère hos-* pitalier lave les pieds du voyageur; le frère du Bien-Mourir console Tagonisant sur sa couche; le frère Enterreur porte le corps du pauvre décédé; la sœur de la Charité monte au septième étage pour prodiguer Tor, le irôloMirat et l'espérance ; ces Qlles, si justemeotappelées Filles-Dieu, portent et reportent çk et là les bouillons, la charpie, les remèdes; la fille du Bon-Pasteur tend les bras à la fille prostituée, et lui crie : Je ne suis point venue pour appeler les justes , mais les pécheurs I L'orpnelin trouve un père, l'insensé un médecin, l'ignorant un instructeur. Tous ces ouvriers en. œuvres célestes se précipitent, s'aniipent les uns les autres. Cependant la religion, attentive et tenant une couronne immortelle, leur crie : Courage, mes enfants ! courage I hft* tez-vous, soyez plus prompts (fue les maux dans la carrière de la vie 1 méritez cette couronne que je vous prépare, elle vous mettra vous-mêmes à l'abri de tous les maux et de tous les besoins. **
« Au milieu de tant de tableaux qui mé«* rlteraient chacun des volumes de détails et do louanges, sur quelle scène particulière arrêterons-nous nos regards? Nous avons déjà parlé de ces hôtelleries que la religion a placées dans les solitudes des quatre parties du monde ; fiicos donc k préaeal m
yeux sur des objets d'une autre sorte ff Etait-il quelque nouvelle qui pût briser l'Ame, quelque commission dont les hommes ennemis des larmes n'osassent se char-^ ger de peur de comprometlre leurs plaisirs, c'était aux enfants du lîùttre qu'elle était aussi dévolue, et surtout aux Pères de Tonire do Saint-François ; on supposait que des hommes qui s'étaient voués k la misère, devaient être naturellement les hérauts da malheur. L'un était obligé d'aller porter k une famille la nouveUe de la perte de sa fortune ; Tautre, de lui apprendre le trépas: d*un fils unique. Le grand Bourdaloae remplit lui-même ce triste devoir : il se présentait en silence  la porte du père , croisait les mains sur sa poitrine, s'inclinait profondément, et se vêtirait muet comme la mort dont il était interprète.
« Croit-on qu'U y eût beaucoup de plaisir (nous entendons de ces plaisirs k la foçon du monde), croit-on qu'il lût fort doux pour un Cordelier, un Carme, un Franciscain , d'aller au milieu des prisons annoncer la sentence au criminel, l'écouter, le consoler, et avoir, pendant des journées entières^ l'Ame transpercée des scènes les plus déchi-* rantes ? On a vu, dans ces actes ae dévouement, la sueur tomt>er k grosses gouttea dir front de ces compatissants reli^^ieux , ef mouiller ce froc qu'elle a pour toiqoar» renda sacré en dépit des sarcasmes de le philosophie. Et pourtant quel honneury quel profit revenait-il k ces moines de tant de sacrifices, sinon la dérision du ttonde et les injures même des prisonniers qu'ils consolaient? Mais du moins les hommes, tout ingrats qu'ils sont , ament confessé leur nullité dans ces grandes rencoritres de la vie , puisqu'ils les avaient abandonnées à la religion, seul véritable secours au dernier degré du malheur. O apôtres de Jésus-Christ, de quelles catastrophes n'étiezvous pas témoins, vous qui, près du bour-^ reau, ne craigniez point de vous couvrir du sang des misérables, et qui étiez leur dernier ami ? Voici un des plus beaux spectacles» de la terre : aux oeux coins de cet échafisuu^ les deux Justices sont en présence, \a haOH tice humaine et la Justice divine : Vuoet implacable et appuyée sur un glaire, est ae^ compagnée du désespoir; l'autre, tenant nu voile trempé de pleurs, se montre entre la Pitié et TËspérance ; Tune a pour ministre un homme de sang, l'autre un homme de ()aix ; l'une condamne, l'autre absoal;ionocente ou coupable» la première dit k h victime : Meurs 1..^ la seconde lui crie : Fils de Tinnocence ou du repentir, menfi» au ciel.
« Voici encore une de ces grandes et non* relies idées qui n'appartiennent qu'à la re* ligion chrétienne. Les cultes idolâtres ont ignoré l'enthousiasme divin qui anime Ta* pôtre de l'Evangile. Les anciens philosophes eux-mêmes n*ont jamais quitté les arenuei d'académies et les délices d'Athènes, peur aller^ au gré d'une imputsioa sublime, bn-^ muser le saurage, instruire rigoorant»
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D'ASCETISME.
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guérir le malade , ydtir le pauvre, et semer la concorde et la paix parmi des nations ennemies ; c'est ce que les religieux chrétiens ont fait et font encore tous les jours. Les mers» les orages» les glaces du pôle, les feux du tropique, rien ne les arrête : ils vivent avec l'Esquimau dans son outre de peau de vache marine ; ils se nourrissent a huile de baleine avec le Groënlandais ; avec le Tartare ou l'Iroquois, ils parcourent la solitude ; ils montent sur le dromadaire de l'Arabe, ou suivent le Cafre errant dans ses déserts embrasés; le Chinois, le Japonais, rindien, sont devenus leurs néophytes ; il n'est point d*tle ou d'écueil dans l'Océan qui ^\i pu échappera leur zàle; et comme autrefois les royaumes manquaienl h l'ambition d'Alexandre, la terre manque à leur charité.
« Lorsque l'Europe régénérée n'offrit plus aux prédicateurs de la foi qu'une famille de frères, ils tournèrent les yeux vers les régions où les Âmes languissaient encore dans Tes ténèbres de l'idolâtrie. Ils furent touchés de compassion en voyant cette dégradation de rhojQQme, ils se sentirent pressés du désir de verser leur sang pour le salut de ces étrangers. Il fallait percer des forêts profondes, franchir des marais impraticables, traverser des fleuves dangereux, gravir des rochers inaccessibles ; il fallait affronter des nations cruelles, superstitieuses et jalouses; il fallait surmonter dans les unes l'ignorance de la barbarie, dans les autres, les préjugés de la civilisation : tant d'obstat;les ne purent les arrêter. Ceux qui ne croient plus à la religion de leurs pères, conviendroni du moins que si les missionnaires sont fermement persuadés qu'il n'y a de salut que dans la religion chrétienne, 1 acte par lequel ils se condamnent à des maux inouïs pour sauver un idolAtre, est au-dessus des plus grands dévouements.
« Qu'un homme, à la vue de tout un peuple^ sous les yeux de ses parents et de ses amis, s'expose à la mort pour sa patrie : il échançe quelques jours de vie pour des siècles de gloire, il illustre sa famille et rélève aux richesses et aux honneurs. Mais le missionnaire dont la vie se consume au fond des bois, qui meurt d'une mort affreuse, St'ins spectateurs , sans applaudissements, sans avantag6s pour les siens, obscur, mé* prisé, traité de rou, d'absurde, de fanatique* et tout cela pour donner un bonheur éternel h un sauvage inconnu... de quel nom iaut* il appeler cette mort, oe sacriQce?
« Diverses congré^tions religieuses se consacraient auxmissions : les Dominicains, l'ordre de Saint-François , les Jésuites et les prêtres des missions étrangères.
« Il y avait quatre sortes de missions :
tilles et la Guyane, jusqu'aux fameuses réi
l*Egypte ;
a Les mU$ion$ de FAm&ique, commuant h la baie d'Hudson et remontant par le Ga*% mdà, la Louisiane t la Californie^ los An*
renferment
dactions ou peuplades du Paraguay ;
« Les missions de Vlnde^ qui renfit rindoustan, la presqu'île en deçà et au delà du Gange, et qui s'étendaient jusqu'à Manille et aux Nouvelles-Philippines ;
« Enfin les missions de la Chine^ auxquel-* les se joignent celles du Ton-King, de la Cocbinchine et du Japon.
« On comptait de plus quelques églises en Islande et chez les nègres de rAfrique, mais elles n'étaient pas régulièrement suivies. Les ministres presbytériens ont tenté dernièrement de prêcher l'Evangile à O-TaltiV
« Lorsque les Jésuites firent paraître la correspondance connue sous le nom de Let^ tr€s édifiantes t elle fut citée et recherchée par tous les auteurs. On s'appuyait de son autorité, et les faits qu'elle contenait passaient pour indubitables. Mais bientôt la mode vint de décrier ce qu'on avait admiré. Ces lettres étaient écrites par des prêtres chrétiens : pouvaient-^lles valoir Quelque chose? On ne rouKit pas de préférer, ou plutôt de feindre de préférer aux voyages des Dutertre et des Charlevoix, ceux d'un baron de La Houtan, ignorant et menteur.*. Des savants, qui avaient passé trente et quarante années à la cour même des empereurs, qui avaient été à la tête des premiers tribunaux de la Chine, qui parlaient et écri-* raient la langue du pays, qui Aéquçotaient les petits, qui vivaient familféi^ment avec les grands, qui avaient parcouru, tu et' étudié en détail les provinces , les mœurs, là religion et les lois de ce vaste empire; ces savants, dont les travaux nombreux ont enrichi les Mémoires de l* Académie des scienr ceSf se virent traités dMinposteurs par un homme qui n'était pas sorti du quartier des Européens à Canton, qui ne savait pas un mot de chinois, et dont tout le mérite consistait à contredire grossièrement les récits des missionnaires. On le sait aiyllprd'hui, et l'on rend une tardive justioteWJt Jésuites. Des ambassades faites à gHffÊis frais par des nations puissantes, nous ont* elles appris quelque cnose que les Duhalde et les Lecomte nous eussent laissé ignorer, ou nous ont-elles révélé quelques mensonges de ces Pères 7
« En effet, un missionnaire doit être un excellent voyageur, obliRé d^ parler la langue des peuples auxquels il prêche l'Evangile, de se conformer à leurs usages, de vi-^ Tre longtemps avec toutes les classes de la société, de cnercher à pénétrer dans les pa* lais et dans les chaumières, n'eût-il regu de la nature aucun génie, il parviendrait encore h recueillir une multitude de faits précieux. Au contraire, l'homme qui passe rapidement avec un interprète, qui n'a ni le tempa ni la volonté de s'exposer à mille pénis
Eour apprendre le secret des mœurs, cet omme eût-il tout ce qu'il faut pour bien voir et pour bien observer, ne peut côpen* dant acquérir que des connaissances trèsvagues, sur des peuples qui ne font que rouler et dij»parmre è ses yeu^
ORP
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ISM
« Le Jésuite avait encore sur lo voyageur ordinaire Tavantage d*uneéduea tien savante. ,Les supérieurs exigeaient plusieurs (qualités des élèves qui se destinaient aux missions. Pour le Levant» il fallait savoir Je grec, le copte, le turc, et posséder quelques connai<isances en médfecine; pour Tlnde et la Chine, on voulait des astronomes, des mathématiciens , des géographes, des mécaniciens ; l'Amérique était réservée aux 'naturalistes. Et à combien de saints dégui- . sentents, de pieuses ruses, de changements de vie et de mœurs, n*était-on pas obligé d*avoir recours pour annoncer la vérité aux hommes 1 A Maduré, le missionnaire prenait Thabit du i^énitent indien, s'assujettissnt à ses usages, se soumettait à ses austérités, si rebutantes et si puériles qu'elles lussent ; à la Chine, il devenait mandarin et lettré; chez Tlroquois, il se faisait chasseur et sauvage.
« Presque toutes les missions françaises furent établies par Colbert et Louvois, qui comprirent de quelle ressource elles seraient
Iiour les arts , les sciences et le commerce» -es PP. Fontenay, Tachard, Gerbillon, Lecomte, Bouvet et Visdelou, furent envoyés aux Indes par Louis XIV. Ils étaient maîhématiciehs, et le roi les fit recevoir de TAcadémie des sciences avant leur départ.
« Le P. Brédevent, connu par sa di seiv talion physico-mathématique, mourut maiheureusement en partant pour l'Ethiopie ; mais on a joui d*une partie de ses travaux; le P. Sicard visita l'Egypte avec des dessinateurs que lui avait fournis M deMaurepas. 11 acheva un grand ouvrage sous le titre de Inscription de l'Egypte ancienne et moderne. Ce manuscrit précieux, déposé à la maison professe des Jésuites, fut dérobé sans qu'on en ait jamais pu découvrir aucune trace. .
a Personne sans doute ne pouvait mieux Dous faire connaître là Perse et le fameux Tliamas Kouli-Khan, que le moine Bazin, qui fut le premier médecin de ce con(|ué- MOt, et le suivit dans ses expéditions. Le P. Cœur-Doux nous donna des renseignements sur les toiles et les teintures indiennes. La Chine nous fut connue comme la France, nous eûmes les manuscrits originaux et les traductions de son histoire ; nous eûmes des herbiers chinois, des géographes, des mathématiques chinoises, et pour qu'il ne manquât rien à la singularité de cette nli^si()n, le P. Rica écrivit des livres de mora e dans la langue de Confucius, ei
1)asse encore |)our un auteur élégant à V»kin.
«( 5i la Chine nous est aujourd'hui fermée» si nous ne disputons pas aux Anglais i'emr pire des Indes, ce nVsl pas la faute des. Jé- 5uitcs, oui ont été sur le point de nous ou^ vrir ces belles régions. Us avaient réussi ea Amérique, dit Voltaire, en enseignant à des sauvaues les arts nécessaires; ils réussissent è la Chine, en enseignant les arts les plus relevés à une nation spirituelle.
«L'utilité dont ils étaient à leur patrie, dans leà échelles du Levauli n'est pas moi:is
avérée. En veut-on une preuve authentique? Voici un certificat dont les sigoatares sont assez belles.
DéCRBT DO ROr.
ff Aujourd'hui, septième de juîo mil six « soixante-dix-neuf,le roi étant è Saint-Ger- « main-en-Laye, voulant gratifier et favecac blement traiter les Pères Jésuites français» « missionnaires au Levant, en considération « de leur zèle pour la religion, et des cirim- « tages que ses sujets qui résident et qui trafic « auent dans toutes les échelles^ reçoivent de « leurs instructions^ Sa Majesté les a retenus « et retient pour ses chapelains dans IV- « glise et chapelle consulaire de la ville d*A- « lep, en Syrie, etc.
Signé^Lovjs.
« Et plus bas fCOLBEJXT. »
. ^ C*est è ces mêmes missionnaires que nous devons I amour (|ue les sauvages por«^ tent encore au nom français dans les forêts de TAmérique. Un mouchoir blanc suffit pour passer en sûreté à travers les hordes ennemies et pour recevoir partout Tbospita- Mié. C'étaient les Jésuites du Canada et de la Louisiane qui avaient dirigé Tindiistriedas colons vers la culture, et découvert de nouveaux objets de commerce pour les teintures et les remèdes. En naturalisant sur notre sol des insectes, des oiseaux et des arbres étrangers, ils ont ajouté des richesses h ih)S manufactures, des délicatesses à nos tables, et des ombrages è nos bois.
« Ce sont eux qui ont écrit les annales élégantes et naïves de nos colonies. Quelle excellente histoire que celle des Antilles par le P. Dutertre, ou celle de la Nouvelle-France par Charlevoix? Les ouvrages de ces hommes pieux sont pleins de toutes sortes de sciences : dissertations savantes, peintures do mœurs, plans d'amélioration pour nos établissements, objets utiles, réflexions morales,aventures iutéressautes^toutsVtrouve; l*histoire d*un acacia ou cd*un saule de la Chine s'y mêle à Thistoire d*un grand enor
Itereur réduit à se poignarder; et le rt^cU de a conversion d'un paria, à un traité sur les mathématiques des brahmes. Le style de ces relations, quelquefois sublime, est souvent admirable par sa simplicité. Enfin les missions fournissaient chaque année à Tastronômie et surtout h la géographie do nouvelles lumières. Un Jésuite rencontra fnTarlarîe une femme huronne qu'il avait connue av Canada: il conclut de celte étrange aventure, que le continent de l'Amérique, se rapproche du nord^ouest du continent de l'Asie; et il devina ainsi l'existence du détroit quu longtemps après, a fait la gloire de Bérrug et de Cook. Une grande partie du Canada et toute la Louisiane avaient été découvertes par nos missionnaires. En appelant au chris» tianisme les sauvages de 1 Acadie, ils nous ivaient livré ces côtes où s'enrichissait noire commerce et se formaient nos wariDs: telle est une faible partie des services qu^
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ces liorames, aujourd ui si méprisés, savaient rendre à leur pays.
« Chaque mission nvail un caractère qui lui était propre, et un genre de souffrance particulier. Celles du Levant présentaient un .««pectacie bien philosophique. Combien elle ét.nt puissante cette voix chrétienne qui s'élevait des tombeaux d*Ârgos et des ruinesde Sparte et d'Athènes I Dans les îles de Naxos ot de Salamine d'où partaient ces brillantes théories qui charmaient, enivraient la Grèce, un pauvre prêtre catholique, déguisé en Turc, se jette dans un esc|uif, aborde à quelque méchant réduit pratiqué sous des tronçons de colonnes, console sur la paille Je descendant des Xerxès, distribue des aumônes au nom de Jésus-Christ, el, faisant le bien comme on fait le mal, en se cachant iians Tombre, retourne secrètement au désert.
ff Le savant qui ya mesurer les restes do Tantiquité dans les solitudes de l'Afrique et du TAsie, a sans doute des droits ànotrea'jmiration; mais nous vovons une chose encore plus admirable et plus belle: c'est quel> que fiossuet inconnu, expliquant la parole des prophètes sur les débris de Tyr et de Babylone.
« Dieu permettait que les moissons fussent abondantes dans un sol si riche ; une pareille poussière ne pouvait être stérile. Nous sortîmes de Serpbo, dit le P. Xavier, plus consolés que je ne puis vous l'exprimer ici, le peuple nous comblant de bénédictions, et remerciant Dieu mille fois de nous avoir inspiré le desseip de venir les chercher au milieu de leurs rochers.
« Les montagnes du Liban, comme les sables de la Thébaïde, étaient témoins du dévouement des missionnaires. Ils ont une grâce inûnieà rehausser les plus petites circonstances. S'ils décrivent les cèdres du Li-^ ban, ils vous parlent de quatre autels de pierre qui se voient au pied de ces arbres, et où les moines maronites célèbrent une messe solennelle le iour de la Transfiguration ; on croit entendre les accents religieut qui se mêlent au murmure de ces bois chan*' tés par Salomon et Jérémie, et au fracas des torrents qui tombent des moiilagnes.
« Parlent-ils de la vallée où coule le fleuve saint, ils disent : « Ces rochers renferment « de profondes grottes qui étaient autrefois' « autant de cellules d'un grand nombre de soft litaires qui avaient choisi ces retraites, pour « être les seuls témoins sur terre de la rigueur « de leur pénitence. Ce sont les larmes de ces « saints pénitentsquiontdoiinéaufleuvedont « nous venons déparier le nom deUeuve saint. « Sa source est dans les montagnes du Liban. « La vue de ces grottes et de ceneuve, dans cet « affreux désert, inspire de la componction,' « de Tamour pour la pénitence, et de la corn- « passion pour ces Ames sensuelles et mon- « daines, qui préfèrent quelques jours de « joie et de plaisir à une éternité bienbeu-' « reuse. »
« Cela nous semble parfait^ et coinme style et comme sentimenl. .
• Ces missionnaires avaient un instinct nnpnreilleux pour suivre l'infortune à la fi^ce, et la forcer, pour ainsi dire, jusque dans son dernier gîte. Los bagnes et les ga*» 1ères pestiférés n'avaient pu échapper h leur charité; écoutons parler le P. Tarellon dans sa lettre à M. de Ponlchartroin :
« Les services que nous rendons à ces pan- « vres gens (les esclavrs chrétiens au l)aî^no « de Constantinople) consistent è les entrc- « tenir dans la crainte de Dieu et dans la « foi, h leur procurer des soulagements do « la charité des fidèles, à les assister dans « leurs maladies, et enfin h leur aider à bien 'ff mourir. Si tout cela demande beaucoui» « do sujétion et de peine, je puis* assuKf ff mie Dieu v attache en récompense de gra:iff des consolations.
ff Dans les temps de peste, comme il faut « être A portée de secourir ceux qui en sont « frappés, et que nous n'avons que quatre ou « cinq missionnaires, notre usage est qu'il n*y 'ff ait qu'un seul Père qui enireau bagne, et ff qui y demeure tout le temps que la maladie ff dure. Celui qui en obtient la permission du ff supérieur s y dispose pendant quelques «jours de retraite, et prend congé de ses ff frères, comme s'il devait bientôt mourir. « Quelquefois il y consomme son saci ifice, e^ ff quelquefois il échappe au danger. »
« Le P. Jacques Cachod écrit au P. Tarillon :
ff Maintenant je me suis mis au-dessus Je ff touteslescraintes quedonnent les maladies « contagieuses;et,s'ilplaîtèDicu,jenemour* ff rai pas de ce mal, après les hasards que ff je viens de courir. Je sors du bagne, où' ff j'ai donné les derniers sacrements à qua- « tre-vinçt-six personnes.... Durant le jour» « je n'étais, ce me semble, étonné de rien ; « il n'y avait que la nuit, pendant lé peu de « sommeil qu on me laissait prendre, que ja « D)e sentais l'esprit tout rempli d'idées cfff frayantes. Le plus grand péril que j'aie ff couru et que je courrai peut-être de pia « vie, a été à fond de cale a une sùUanè de. « quatre-vingt deux canons. Les esclaves, de « concert avec les gardiens, m'y avaient fait. « entrer sur le soir.pour les eonfesser toute ff la nuit, et leur dire la messe de.grandma* ff tin. Nous fûmes enfermés k double cade- « nas, comme c'est la coutume. De einff quante-deux esclaves que je confessai, ff douze étaient malades, et trois mourun m ff avant gue je fusse sorti. Jugez quel air je ff pouvais respirer dans ce lieu renfermé, ef ff sans la moindre ouverture? Dieu qui, par » sa bonté, m'a sauvé de ce pas là, me sauff vera de bien d'autres. »
ff Un homme qui s'enferme volontaire* ment dans un bagne en temps de peste; qui avoue ingénument ses terreurs, et quijpourtant les surmonte par charité; qui s'introduit ensuite à prix d'argent, comme pour goûter des plaisirs illicites, a fond de cale d'un vaisseau de guerre, afin d'assister dis* esclaves pestiférés, un tel homme ne suit pas une impulsion naturelle : il y a quelque
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chose ici de plus que l'humanité ; les missioanaires en Gonviennent, et ils ne 'Pf^^ nent pa^ sur eux le mérite de ces œu?m sublimes : « C'est Dieu qui nous donne cette « force, rét»àtent-tls souvent, nous n'y avons « aucune part. »
« Un jeune missionnaire, non encore aguerri contre les dangers comme ces vieux cnefs tout chargés de fatigues et de palmes évan{;éliques, est étonné d'avoir échappé au premier péril; il craint qu'il n'y ait de saraute* il en paraît humilié. Après avoir fait à son supérieurlerécit d'une peste,où souvent il avait été obligé de coller $on oreille sur la bouche des malades^ pour eniendre leurs paroles mourantest il «joute : «i Je n'ai pas mérité, mon « révérend Père, çiue Dieu ait bien voulu « recevoir le sacrifice de ma vie, que je lui « avais offert. Je vous demande donc vos « prières pour obtenir de Dieu qu'il oublie « mes péchés et me fasse la grAce de mourir « pour lui. »
a C'est ainsi que le P. Bouchet écrit des Indes : « Notre mission est plus florissante « que jamais; nous avons eu quatre grandes « persécutvms celle année. »
« C'est ce même P. Bouchet qui a en-> voyé en Europe les tables des brahmes, dont H. Bailly s'est servi dans son Histoire de Vastronomie. La société anglaise de Calcutta n'a jusqu'à présent f^it paraître aucun ino* nument des sciences indiennes, que nos missionnaires n'eussent découvert ou indiqué; et cependant les savants anglaia, souverains de plusieurs grands royauibes, favo* risés par tous les secours de l'art et de la puissance , devraient avoir bien d'autres moyen de succès qu'un pauvre Jésuite, seul, errant et persécuté. «Pour peu que nous pa- « russions librement en public, écrit le P. it Royer, il serait aisé de nous reconnaître à «r l'air et h la couleur du visaçe. Ainsi, pour « ne poîntsusciterde persécution plusgrande « à la religion, il faut se résoudre à demeurer flt caché le plus qu'on peut. Je passe les jours « entiers» ou enfermé dans un bateau, d'où « je ne sors que la nuit, pour visiter les viN a lagesqui sont proche des rivières, ou retiré « dans quelque maison éloignée. »
« Le bateau de ce n^ligroux était tout son observatoire ; mais oa est bien riche et bien habile quand on a la charité.
« Deux religieux de l'ordre de Saint-François, l'un Polonais et l'autre Français de nation, furent les premiers Européens qui pénétrèrent dans la Chine, vers le milieu du xii* siècle. Marc Paole , Vénitien , et Nicolas Mathieu Taole, de la môme familie, y firent ensuite deux vojages. Les Portugais, ayant découvert la route des Indes^ s'établirent à Macao, et le P. Hicci, de la. compagnie de Jésus, résolut de s'ouvrir cet empire du Cathai, dont on racontait tant] de m rveilles. il s'appliqua d^abord à Tétude de la langue chinoise,rune des plus difficiles du monde. Son ardeur surmonta tous lesobstaeles, et après bien des dangers et piusieiifs rvftts, il obtint des magistrats chinois, en
1582, la permission de s'établir à Ghouachen.
«Ricci, élève de Cluvius, et lui-même trèshabile en mathématiques, se fît, à l'aide de cette science, des protecteurs parmi les man« darins. Il quitta l'habit des bonces, et prit celui des lettrés. 11 donnait des leçotis de géométrie, où il mêlait avec art les le-
fons plus précieuses de la morale chrétienne. I passa successivement à Chouachea^ Nemchem, Pékin, Nankin; tantôt maltraité, tantôt reçu avec joie; opposant aux revers une patience invincible, et ne perdant jamais respérance de faire fructitier la parole de Jésus-'Christ. Enfin, l'empereur lui-même, charmé des vertus et des connaissances du missionnaire, lui permit de résider dans la capitale, et lui accorda, ainsi qu'aux compagnons de ses travaux, plusieurs privilèges* Les Jésuites mirent une grande discrétion dans leur conduite, et montrèrent une connaissance profonde du cœur humain. Ils res< J)ectèrent les usages des Chinois, et s'y conormèrent en tout ce qui ne blessait pas les lois évangéliques. Us furent traversés de tous côtés. Bientôt la jalousie, dit Voltaire» corrompit les fruits de leur sagesse, et cet esprit d'inquiétude et de contention, attt* cfaé en Europe aux connaissances el aox talents, renversa les plus gràn<fo deaaeîu.
c Ricci suffisait à tout. 11 répondait an accusations de ses ennemis en Earqpet fl veillait aux églises naissantes de la Qiine* Il donnait des leçons de mathématiques, il écrivait en chinois des livres de controverse contre les lettrés qui l'attaquaient, il cultivait l'amitié de l'empereur, et se ménageait des intelligences à la cour, où sa politesse le taisait aimerdesgrands. Tant de laligues abrégèrent ses jours. Il termina à Pékin une vie de cinquante-sept années, dont la moitié avait été consumée dans les travaux de l'apostolat. « Après la mort du P. Ricci, sa mission fut interrompue par les révolutions qui arrivèrent à la Chine. Mais lorsque l'empereur tartare Cun-chi monta sur le trône, il nomma le P. Adam Schall président du tribunal des mathématiques. Cun-chi mourut, et pendant la minorité de son fils Cang-hi , la r^igîon chrétienne fut exposée à de nouvelles persécutions.
« A la majorité de Tempereur, le t^lendrier se trouvant dans une grande confusioii^ il fallut rappeler les missionnaires. Le jeaoé prince s'attacha au P. Yerbiest, successeur du P. Schall. 11 fit examiner le christianisme par le tribunal des états de l'empire, et minula de sa propre main le mémoire des Jésuites. Les juges, après un mûr eiamen, déclarèrent que la religion chrétienne était bonne, qu'elle ne contenait rien de contraire à la pureté des mœurs et à la orosoérité des émjjires.
« il était digne des disciples de Confucius de prononcer une pareille sentence en faveur de la loi de Jésus'-Christ. Peu de temps après ce décret, le P. Vcrbiest appela de Paris ees savants Jésuites qui ont porté l'honneordu nom français jusqu'au centre do l'Asie.
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ff Le Jésuite qui partait pour la Chine s^armait du télescope et du compas. It paraissait A la cour de Pékin avec l'urbanité de la cour de Louis XlVf et environné du cortège des sciences et des arts. Déroulant des cartes, tournant 'des globes» traçant des sphères, H apprenait aux mandarins étonnés, et le véritable cours des astres, et le véritable nom de celui gui les dirige dans leurs orbites. Il ne dissipait les erreurs de la physique que pour attaauer celles de la morale; il replaçait dans le cœur, comme dans son véritable siège, la simplicité qu*ii bannissait de l'esprit; inspirante la fois, par ses mœurs et son savoir, une profonde vénération pour son Dieu, et une haute estime pour sa patrie.
<K II était beau pour la France de voir ses religieux régler à la Chine les fastes d'un grand empire. On se proposait des questions de Pékin à Paris : la chronolo^e, l'astronomie, l'histoire naturelle, fournissaient des sujets de discussions curieuses et savantes. Les Tivres chinois étaient traduits en fran-
Siis, les français en chinois. Le P. Pareunia, ans sa lettre h Fontenelle, écrivait à TAcademie des sciences :
« Messieurs,
« Vous serez peut-être surpris que je vous « envoie de si loin un traité d anatomie, « un cours de médecine, et des questions de « physique écrites en une langue qui, sans « doute, vous est inconnue; mais votre « surprise cessera, quand vous verrez que M ce sont des ouvrages habillés à la lar- M tare. »
«II faut lire dun bout h l'aulre cette lettre, où respirent ce ton, ce style de politesse et ce style des honnêtes gens, presque oubliés de nos jours. Le Jésuite nommé Parmnia, dit Voltaire, homme célèbre par ses connaissances et par la sagesse de son caractère, parlait très-bien le cninois et le ^tarlare... C'est lui qui est principalement connu parmi nous, par les réponses sages «t instructives sur les sciences de la Chine, aux difficultés savantes d'un de nos meilleurs philosophes.
ce En 1711, l'empereur ae la Chine donna aux Jésuites trois inscriptions qu*il avait composées lui-même pour une église qu'ils faisaient élever à Pékin. Celle du frontispice portait: