‹ Dictionnaire d'ascétisme (volume 3)Chapitre 179 sur 186 · CAD · texte numérisé non relu

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d*une grande joie» il chantait un Te Deum solitaire sur le tombeau du niarlyr.

« De pareilles scènes, renouvelées h chaque instant, étonnaient les hordes barbares. Quelquefois elles s'arrêtaient autour du prêtre inconnu qui leur parlait de Dieu, et elles regardaient le ciel, que l'apôtre leur montrait; quelquefois elles le fuyaient comme un encnanieur> et se sentaient saisies d'une frayeur étrange: le religieux les suivait en leur tendant les mains au nom de Jésus- Christ. S'il ne pouvait les arrêter, il plantait sa croix dans un lieu découvert, et s'allait <îacher dans les bois. Les sauvages s'approchaient peu à peu pour examiner l'étendard de parix élevé dans, la solitude» un aimant secret semblable les attirait h ce signe de leur salut. Alors le missionnaire sortant tout à coup de son embuscade, et profitant de la surprise des barbares, les invitait à

Quitter une vie misérable» pour jouir des ouceurs de la société.

« Quand les Jésuites se furent attaché quelques Indiens, ils eurent recours à un autre moyen pour gagner des Ames. Ils avaient remarqué que les sauvages de ces bords étaient fort sensibles h la musique; On dit que les eaux du Paraguay rendent la voix plus belle. Les missionnaires s'embarquèrent donc sur des pirogues avec les nouveaux catéchumènes, ils remontèrent les fleuves en chantant des cantiques. Les néo^ phjtes répétaient l'air, comme des oiseaux privés chantant pour attirer dans les rets de l'oiseleur les oiseaux sauvages. Les Iridiens ne manquèrent point de se venir prendre au doux piège. Ils descendaient de leurs montagnes, et accouraient au bo^ddes fleuves pour mieux entendre les accents: plusieurs d'entre eux se jetaient dans les ondes, et suivaient h la nage la nacelle enchantée. L'afc et la flèche échappaient à la main du sauvage: l'avant-goût des vertus sociales et les premières douceurs de Thumanité entraient dans son Ame confuse; il voyait sa femme et son enfant pleurer d'une joie inconnue; bientôt, subjugué par un attrait irrésistible, il tombait au pied de la croix, et mêlait des torrents de larmes aux eaux régénératrices qui coulaient sur sa tête.

« Ainsi la religion chrétienne réalisait, dans les forêts^ de l'Amérique, ce que la fable raconte des Amphion et des Orphée : réflexion si naturelle, qu'elle s'est présentée même aux missionnaires, tant il est certain qu'on ne dit ici que la vérité, ayant l'air do raconter une Action.

« Si ces missions étonnent par leurs grandeurs, il en est d'autres qui, pour être plus ignorées, n'en sont pas moins touchantes. C est souvent dans la cabane obscure et sur la tombe du pauvre que le Roi des rois aime à déployer les richesses de sa

S;râce par ses miracles. Eu remontant vers e Nord, depuis le Paraguay jusqu'au fond du Canada , on rencontrait une foule de petites missions, où le néophyte ne s'était pas civilisé pour s'attacher à I apôtre, mais où

DiGTiONN. d'Ascétisme. I.

l%pôtro s'était fait sauvage pour suivre le Iléophytc. Los religieux français étaient h la tête de ces églises errantes, dolft les périls et la mobilité semblaient être fuits pour notre courage et notre génie.

« Le P. Creuilli, Jésuite, fonda les misrsions pour Cayenne. Ce qu'il fit 'pour le soulagoment des nègres et des sauvages paraît audessus de l'humanité. Les Pères Lombard et Ramelle, marchant sur les traces do ce saint homme , s'enfoncèrent dans les marais de la Guyane. Ils se rendirent aimables aux Indiens Galibis, à force de se dévouer à leurs douleurs, et parvinrent à obtenir d'eux quelques enfants qu'ils élevèrent dans la religion chrétienne. De retour dans leurs forêts, ces jeunes enfants civilisés prêchèrent TEvangile h leurs vieux parents sauvages, qui se laissèrent aisément toucher par l'éloquence de ces nouveaux mission- Dflires. Les catéchumènes se rassemblèrent dans un lieu appelé Hourou, où le Père Lombard avait bali une case avec deux nègres. La bourgade augmentant tous les jours, on résolut d'avoir une église. Mais commeol payer l'architecte - charpentier de Gayenne, qui demandait quinze cents francs pour les frais de l'entreprise ? Le missionnaire ^t ses néophytes, riches en vertus, étaient, d'ailleurs^ les plus pauvres des hommes. La foi et la chanté sont ingénieuses. Les Galibis s'engagèrent à creuser sept pirogues que le charpentier accepta sur le pied de deux cents livres chacune. Pour compléter le reste de la somme, les femmes filèrent autant de coton qu1l en fallait pour faire huit hamacs. Vingt autres sauvages so firent esclaves volontaires d'un colon , pendant que ses deux nègres, qu'il consentit à prêter, furent occupes h scier les planches du toit de l'édiQce. Ainsi tout fut arrangé, et Dieu eut un temple au désert.

« Celui qui, de toute éternité, a préparé les voies des choses, vient de découvrir sur ces bords un de ces desseins qui échappent, dans leur principe, à la sagacité des nommes, et dont on ne pénètre la profondeur ou'à l'instant même où ils s'accomplissent. Quand le Père Lombard jetai», il y a plus d'un siècle, les fondements de sa mission chez les Galibis, il ne savait pas qu'il ne faisait que disposer des sauvages à recevoir un jour des martyrs de la foi, et qu'il préparait les déserts d'une nouvelle Thébaïdo à la religion persécutée. Quel sujet de réflexion 1 Billaud deVarenneet PIchegru, lu tyran et la victime, dans la même case à Synnamary ; l'extrémité de la misère n'ayant pas même uni les cœurs; des hainr^s immortelles vivant parmi les compagnons des mêmes fers, et les cris de quelques infortunés prêts à se déchirer se mêlant aux rugissements des tigres dans les forêts du nouveau monde I

<c Voyez, au milieu de ce trouble des passions, le calme et la sérénité évangéliques des confesseurs de Jésus-Christ jetés chez les néophytes de la Guyane, et trouvant parra'i fies barbares chrétiens la pitié que leur re-

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fusaient des Français ; de pauvres religieuses ïiospiialièrcs, qui semblent ne s'être exilées dans un climal destructeur que pourallcndre un Co]tot*d*Herbois sur son lit de mort» et lui prodiguer les soins de la charité chrétienne. Ces saintes femmes, confondant l'innocent et le coupable dans leur amour de Thumanitéi versant des pleurs sur tous» firiant Dieu de secourir el les persécuteui^ de son nom et les martyrs de son caUe : quelle leçon 1 quel tableau! que les hommes sont malheureux, et que la religion est bellel

« L'établissement de nos colonies aux Antilles ou Ant-Ilos, ainsi nommées, parce

3u'on les rencontre les premières è l'entrée u golfe Mexicain, ne remonte qu'à l'an 1627, époque à laquelle H. d^Enamouc b&til' un fort, et laissa quelques familles sur rlle Saint-Christophe.

« C'était alors l'usage de donner dos missionnaires pour curés, aux établissements lointains, ami que la religion fjrotégeât en quelque sorte cet esprit d^mtrépidité et d'avffnture qui distinguait les premiers cher* cheurs de fortune au Nouveau-Monde. Les Frères Précheurê 9 de la congr<^galion de Saint- Louis, les Pires Carmes/lc8 Capucins et les lésuUeSt se consacrèrent à Tinstmction des Caraïbes et des nè.gres^ et h tous les travaux gu'exigeaienl nos colonies naissantes de Samt-Ctiristopho et do la Guadeloupe, de la Martinique et de saint-Dcidinguc.

« Nous no nous arrôtons point aux missicins (te la Californie, parce qu'elles n'offrent aucun caractère particulier; ni à celles de la Louisiane, qui se confondent avec ceb tefribles missions du Canada, où l'intrépidité des apôtres de Jésus-Christ a paru dans toute sa gloire,

« Lorsque les Français» sous la conduite do Champlain, remontèrent le Oftjve Saint- Laurent, ils trouvèrent des sauvages bien dilférents do ceux qu*on avait découverf; jusqu'alors au nouveau monde. C'étaient des hommes robustes, fiers d« leur indépendance, capables do raisonnement et de calcul, n'étant étonnés ni des moeurs des Européens, ni de leurs armes (337), e.t qui , loin de nous admirer, comme les innocents Caraïbes, n'avaient pour nos usages que du dégoût et du mépris.

a Trois nations se partagèrent l'empire du désert : l'Algonquine, là plus ancienne et la première de toutes, mais qui s'étant attiré la haine par sa puissance, était prête à succomber sous les armes des deux autres ; la Huronne, qui fut notre alliée, et l'Jroauoise, notre ennemie.

« Ces peuples n'étaient point vagabonds; ils avaient des établissements fixes, des gou- Ternements réguliers. Nous avons eu nousmêmes occasion d'observer chez les Indiens du nouveau monde toutes les formes de constitutions des peuples civilisés. Ainsi,

les Natchez, à la Louisiane, offraient le despotisme dans l'état de nature; lesCreecks de la Floride, la monarchie; et les Iroquois du Canada, le gouvernement républicain Ces derniers et les aurons représentaient encore 4es Spartiates et les Athéniens dans la condition sauvage; les Huroùs, spirituels^

Sais, légers, dissimulés, toutefois braves, loquents, gouvernés par desfenlDies, abusant de la fortune et soutenant mal les revers, a^ant plus d honneur que d^Aoïour de la patrie. Les iroquois, séparés en cantons, que dirigeaient des vieillards ambitieux, politiques, taciturnes, sévères, dévorés du désir de dominer, capables des plus grands vices et des plus grandes vertus, sacrifiant tout à la patrie, les plus féroces et les plu5 intrépides des hommes.

« Aussitôt que les-Français et lés Anglais parurent sur ces rivages, par un instinct naturel, les Hurons s'attachèrent aux premiers; les Iroquois sedévouerentaux seconds, mais sans les aimer ; il» ne s^en servaient qu ? pour se procurer des armes. Quand leurs nouveaux alliés devenaient trop pnissanis ils les abandonnaient, et se donnaient à eux de nouveau, quand les Français obtenaient la victoire. On vit ainsi un petit troapeau de sauvages se ménager entre deux nations civiliséesi diercber à détruire Tùnc par Tautro» toucher souvent au moment d'accomplir ce dessein, et d être à la fois 1*9 mattre et le libérateur de cette partie du nouveau monde.

« Tels furent les peuples que nos missioanaires entreprirent de nous concilier par la religicn. Si la France vit son empire s étendre, en Amérique » par delà les rives du Mesclioscébé ; si elle conserva si longtemps le Canada contre les Iroquois et les Anglais uniS; elle dut presque tous ses succès aux Jésuites. Ce furent eux qui sauvèrent la colouio au berceau, en plaçant pour boulevart devant elle un village cfe Hurons et d'Iroquois chrétiens; en prévenant des coalitions générales dlndiens ; en négociant des traités de paix; en allant seuls s'exposera i& fureur des Iroquois pour traverser les desseins des Anglais. Les gouverneurs de la Nouvolle-AngTeterre ne cessent, dans\Qars dépêches, de peindre nos missionnaires comme les plus dangereux ennemis, c ils déconcertent, disent-ils, les projets delà puissance britannique; iis découvrent ses secrets, et lui enlèvent le cœur et les armes des sauvages.

«Ainsi, nous avons indiqué les voies

3ue suivaient les différentes missions : voies e simplicités voies de science, voies de législation, voies d'héroïsme. H. noas semble Cjue c'était un juste sujet d^orgueil pour l'Europe, et surtout pour la France, qui fournissait le plus grand nombre do missionnaires, de voir tous les ans sortir de son sein les hommes qui allaient faire éclater les miracles des arts, des lois, de

(357) dans le premier combat de Champlain con- ç^is sans donner d*abord la moindre signe tre les iroquois, coux-ci soutinrani le feu de» Fran- frayeur ou d*étonnaaient. .

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riiumanilé et du courage, dans les quatre parties de la lerre. De là provenait la haute idée que les étrangers se rormaient de notre nation et du Dieu qu*on y adorait. Les peuples les plus éloignés voulaient entrer en liaison avec- nous; Tambassadeur du sauvage de TOecident rencontrait à notre courJ^mbassadeur des nations de l*aurore. Nous ne nous piquons pas du don de prophétie; mais on se peut tenir assuré, et rexpérience le prouvera, que jamais des savants, dépêchés aux pays lointains, avec 4«s instruments et les plans d'une académie, ne feront ce qu'un pauvre moine, parti à pied de son couvent, exécutait seul avec son chapelet et son bréviaire.

« C'est encore en grande partie aux ordres religieux que Ton doit Torigine de presque toutes les grandes institutions de charité.

« La charité, vertu absolument chrétienne et inconnue des anciens, a pris naissance dans Jésus-Christ ; c'est la vertu qui le distingua principalement du reste des mortels, et qui fut en lui le sceau de la rénovation de hi nature humaine. Ce fut par la charité, à l'exemple de leur divin maître, que les apôtres gagnèrent si rapidement les cœurs et séduisirent saintement les hommes.

« Les premiers fidèles^ instruits dans cette grande vertu, mettaient en commun quelques deniers pour secourir les nécessiteux, les malades et les voyageurs : ainsi commencèrent les hôpitaux. Devenue plus opulente, l'Eglise fonda pour nos maux des établissements dignes a'elle. Dès ce moment les œuvres de miséricorde n'eurent plus de retenue : il y eut un débordement de la charité sur les misérables, jusqu'alors ab9ndonnés par les heureux du monde. On demandera peut-être comment faisaient les anciens, qui n'avaient point d'hôpitaux. Ils avaient, pour se défaire des pauvres et des infortunés, deux moyens que les chrétiens n'ont pas : l'infanticide et l'esclavage.

« Les maladries ou léproseries de Saint- Lazare, semblent avoir été en Orient les premières maisons de refuge. On y recevait ces lépreux qui, renonces parleurs proches, languissaient aux cfirrefours des cités, en horreur è tous les hommes. Ces hôpitaux étaient desservis par des religieux de Tordre de Sainl-Bazile.

« Nous avons dit un' mot des Trinitaires, ou des Pères de la Rédemption des captifs. Saint Pierre de Nolasque en Espagne imita saint Jean de Matha en France. On ne peut lire sans attendrissement les règles austères de ces ordres. Par leur première constitution, les Trinitaires ne pouvaient manger que des légumes et du laitage. Et pourquoi cette vie rigoureuse? Parce que plus ces' Pères se privaient des nécessités de la vie, plus il restait de trésors à prodiguer aux barbares ; parce que, s'il fallait des victimes à la colère céleste, on espérait que le Tout- Puissant recevrait les expiations de ces religieux, en échange des maux dont ils délivra-ient les prisonniers.

«•L'ordre de la Merci donna plusieurs

saints au monde. Saint Pierre Pascal, évoque de Jaën, après avoir employé ses revenus au rachat des captifs e(au soulagement des pauvres, passa chez le^ Turcs, où il fut chargé de 1ers. Le clergé et le peuple de son Eglise lui envoyèrent une somme d'argent pour sa rançon. « Le saint, » dit Hélyot, « la « reçut avec beaucoup de reconnaissance ; « mais, au lieu de l'employer à se procurer « la liberté, il en racheta quantité de femmes « et'd*cnfants, dont la faiblesse lui faisait' r craindrequ'ils n'abandonnassent la religion « chrétienne, et il demeura toujours entre les « maifis de ces barbares, qui lui«procurèrcnt « la couronne du martyre en 1300. »

« U se forma aussi dans cet ordre une congrégation de femmes, qui se dévouaient au soulagement des pauvres étrangères. Una des fondatrices de ce tiers-ordre était une grande dame do Barcelone, qui distribua son bien aux malheureux : son nom do lamifié s'est perdu; elle n'est plus connue aujourd'hui que par le nom de Mario du Secours, que les pauvres lui avaient donné.

« L'ordre des Religieuses pénitentes^ en Allemagne et en France, retirait du vico deiÉalheureusosniles exposées à périr dans la misère, après avoir vécu dans le désordre. C'était une chose tout à fëit divine de voir la religion, surmontant ses dégoûts par un excès de charité, exiger jusqu'aux preuves du vice, de peur qu'on ne tromp/it ses institutions et que l'innocence sous ta formo du repentir n'usurpAt une retraite qui n'était pas établie pour elle.

« Vous savez, dit Jehan Simon, évoque de « Paris, dans les constitutions de cet ordre, « qu'aucunes sont venues à nous qui étaient « vierges..., à la suggestion de leurs mères « et parents, qui ne demandaient qu'à s'en 'x défaire ; ordonnons que si aucune voulait « entrer en votre congrégation, elle soit in- « terrogéOy etc. Les noms les plus doux et « les plus miséricordieux servaient à cou- « vrir les erreurs passées de ces péclieresscs. tf On les appelait les filles du 6on-Pasteur, « ou les filles de la Madeleine, pour désigner « leur retour.au bercail et Je parJon qui « les attendait. Elles ne prononçaient que « des vœux simples ; on tâchait môme de \qs <t marier quand elles le désiraient, et on a leur assurait une petite dot. Afin qu'elles « n'eussent que des idées de pureté, autour « d'elles, elles étaient vêtues do blanc, d'où « on les nommait aussi Filles blanches. « Dans quelques villes, on leur mettait une « couronne sur la tète, et l'on chantait : Venif ft sponsa Christi; Venez ,épouse du Christ. »

X Ces contrastes étaient touchants, et cette délicatesse bien digne d'une religion oui sait secourir sans offenser, et ménager les faiblesses du cœur humain, tout en 1 -arrachant h ses vices. A riiôpilal du Saint-Es- ' prit, à Rome, il est défendu de suivre les personnes qui déposent les orphelins à la porte du Père-Universel.

« Il y a dans la société des malheureux qu'on .n'aperçoit pas, parce que, descendus de parents honnêtes mais indigents, ils sont

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obligés de garder les dehors de Ts^sance dans les privations de la pauvreté; il n'j a

Suère de silualioo plus cruelle ; le cœur est lessé de toutes parts, et f^iour peu qu'on ait Tâme élevée, la vie n*est aucune longue souffrance. Que deviendront les malheureuses demoiselles nées dans dételles familles? Iront-elles chez des parents riches et hautains se soumettre à toutes sortes de mépris, ou embrasseront-elles des métiers que les préjugés sociaux et leur délicatesse naturelle leur défendent 7 La religion a trouvé le remède 7 Notre-Dame de Miséricorde ouvre î ces femmes sensibles skiS pieuses et respectables solitudes. Il y a quelques années que nous n'aurions osé parler de Saint-€yr, car il était alors convenu que de pauvres filles nobles ne méritaient m asile m pitié. « Dieu a différentes voies pour appeler à lui ses serviteurs. Le capitaine CarafiTa sollicitait, à Naples, la récompense des services militaires qu'il avait rendus à la couronne d'Espagne. Un jour, comme il so rendait au palais, il entre par hasard dans Téglise d'un monastère. Une jeune religieuse chantait; il fut touché jusqu'aux larmes de la douceur de sa voix : il jugea que le service de Dieu doit être plein de délices, puisqu'il donne de tels accents à ceux qui lui ont consacré leurs jours. Il retourne à l'instant chez lui^ jette au feu ses certiGcats de service, se coupe les cheveux, embrasse la vie monastique, et fonde l'ordre des Ouvriers pieux^ gui s'occupe en général du soulagement des infirmités humaines. Cet ordre fit d'abord peu de j^rogrès, parce que» dans une peste qui survint à Naples, les reli^eux moururent tous en assistant les pestiférés» à l'exception de deux prêtres et do trois clercs.

« Pierre de Bétancourt, Frère de l'ordre de Saint-François, étant à Guatimala, ville et province de l'Amérique espagnole, fut touché du sort des esclaves qui n'avaient aucun lieu de refuge pendant leurs maladies. Ayant obtenu par aumône le don d'une chétive maison où il tenait aui)aravant une école pour les pauvres, il bâtit lui-^même une espèce d'inurmerie, qu'il recouvrit de paille, dans le dessein d'y retirer les esclaves qui manquaient d'abri. 11 ne tarda pas à rencontrer une femme nègre, estropiée, abandonnée par son maître. Aussitôt le saint religieux charge l'esclave sur ses épaules, et, tout glorieux de son fardeau, il le porte h cette méchante cabane qu'il appelait son hôpital. 11 allait courant toute la ville, afin d'obtenir quelques secours pour sa négresse. Elle no survécut pas longtemps à tant de charité ; mais, en répandant ses dernières larmes, elle promit à son gardien des récompenses célestes qu'il a sans doute obtenues.

« Plusieurs riches, attendris par ses vertus, donnèrent des fonds à Bétancourt, qui vit la chaumière de la femme nègre se changer en un hôpital magnifique. Ce religieux mourut jeune ; f'amour de l'humanité avait consumé *son cœur. Aussitôt qut^ le brait de son trépas fut répandu, les pauvres

et les esclaves se précipiterait i rhôpiial, pr»ur voir encore une fois leur bienfaiteur. Ils baisaient ses pieds, ils cou|>aieot des morceaux do ses habits, ils Teuss* nt déchiré |iOur en emporter quelques reliques, si l*on n'eût mis des gardes à son cercueil : oo eûl rru que c'était le corps d'un lyran qu*OD défendait contre la haine des peuples, et e'é^ tait un pauvre moine qu'on dérobait à leur amour.

• L'ordre du Frère Bétancourt se répandit après lui ; l'Amérique entière se couTrit de ses hôpitaui, desservis par des religieux qui prirent le nom de BeiMéémiles. Telle était

la formule de leurs vœui : « Moi, frère

c je fais vœu de pauvreté, de chasteté et «d'hospitalité, et m'oblige de servir les « pauvres coiivakscents, encore bien qu'ils « soient infidèles et attaqués de nuiladies con^ « tagieuses, »

« Si la religion nous a attendus sur le sommet des montagnes, elle est aussi descendue dans les entrailles de la terre, loin de la lumière du jour, afin d'y chercher des infortunés. Les frères Bethléémites ont des es, èces d'hôpitaux jusqu'au fond des mines du Pérou et du Mexique^ Le christianisme s'est efforcé de réparer au Nouyeau-Monde les maux que les hommes j ont faits, et dont on Ta si injustement accusé d'être l'auteur. Le docteur Robertson, Anglais, protestant et même ministre presl>ytérieu, a pleinement justifié sur ce point l'Église ro* maine : « C'est avec plus d injustice encore» « dit-il, ciue boauooup d'écrivains ont attri- « baé h 1 esprit d'intolérance de la religion <( romaine la destruction des Américains, « et ont accusé les ecclésiastiques espagnols « d'avoir excité leurs compatriotes amassa- « cror ces peuples innocents, comnie de^ « idolâtres et des ennemis de Dieu. Les pre^ « miers missionnaires, quoique simples et « sans lettres, étaient des hommes pieux ; « ils épousèrent de bonne heure la cause « dos Indiens, et défendirent ce peuple con-^ « Ire les calomnies dont s'efforcèrent de le a noircir les conquérants, qui le représen- « talent comme incapable de se former ja- « mais à la vie sociale et de comprendre ics a principes de la religion, et comme uno « espèce imparfaite d'hommes que la nature « avait marcjuée du sceau de la servitude. « Ce que j'ai dit du zèle constant des mis^ « sionnaires espagnols pour la défense et « la protection du troupeau commis à leurs « soins, les montre sous un point de vue ff digne de leurs fonctions ; ils furent des a ministres de paix pour les Indiens, et « s'efforcèrent toujours d'arracher la verge « de fer des mains de leurs oppresseurs. « C*est à leur puissante médiation que les « Américains durent tous les règlements qui a tendaient à adoucir la rigueur de leur sort « Les Indiens regardent encore les ecclé- « siastiques, tant séculiers que réguliers, « dans les étjblissements espagnols, comme « leurs défenseurs naturels, et c'est à eux « qu'ils ont recours pour repousser les

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