‹ Dictionnaire d'ascétisme (volume 3)Chapitre 21 sur 186 · SOS · texte numérisé non relu

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espèce de premier principe» et la doctrine de rEyangile et des saints j est entièrement conforme, comme nous le ferons Toir anil>Iement, lorsque nous parlerons de Tobéissance: Celui qui vous écoute m'écoute. Obéis* sant au supérieur, nous obéissons .à Dieu, et nous faisons sa volonté , parce qèe c*est là ce qu'il demande précisément de nous. Les gens du monde trouvent la volonté de Dieu écrite aussi dans les commandements de Dieu et de l'Eglise et dans les devoirs particuliers de leur état. Il ne reste plus que le second point qui est de foire les choses comme Dieu veut que nous les fassions, et d'autant qu'on ne peut pas douter qu'il ne veuille que nous les fassions avec toute la perfection possible : il n'est pas besoin de s'étendre davantage pour prouver une vérité claire.

Lorsaue le P. Natal , de la Compagnie de Jésus, nomme illustre pour sa doctrine et pour sa vertu, visita les provinces d*E$pajEiMt il ne recommanda rien davantage que renseignement continuel de cette venté, savoir : que tout notre avancement et toute notre perfection consistent, non pas à faire des choses extraordinaires, ou à être occupés dans les emplois les plus élevés et les plus laborieux, mais seulement h bien faire les choses ordinaires et k nous bien acquitter de celles où l'obéissance nous appelle, quelque basées ou ouelque faciles qu'elles puissent être. C'est la ce que Dieu demande de nous, et c'est Ik par conséquent sur quoi nous devons arrêter nos veux, si nous avons envie de lui plaire et d acquérir la perfectiun.Yoyons maintenant et examinons k combien peu de frais nous pouvons l'obtenir» puisque, sans rien faire de plus que ce que nous faisons tous les jours , nous pouvons nous rendre parfaits , et nous trouverons, sans doute, que ce doit être une très-grande consolation |>our chacun de nous et un trèspuissant motif pour nous exciter k la perfection. Si on ne pouvait y arriver que par des occupations* sublimes, de grandes élévations d'esprit et des méditations fort relevées, vous pourriez avoir quelque excuse» vous défendre sur votre incapacité, et dire que vous ne sauriez voler si haut. Si on exigeait de vous nue vous vous donnassiez tous les jours la discipline jusqu'au sang» que vous jeûnassiez au pain et h l'eau, que vous allassiez toujours nu-pieds et que vous portassiez continuellement la haire et le cilice» vous pourriez répondre que vous ne vous sentez pas assez de forces pour cela. Hais ce n'est pas là aussi ce que l'on souhaite de vous ni d'où votre perfection dépend , elle dépend simplement de faire les mêmes choses que vous faites. Vous pouvez , avec cela, vous rendre parfaits. Si vous voulez » toute la dépense est déjà faite : il n'est pas besoin d'y ajouter d'autres œuvres. Qui ne s'encouragera donc k acquérir la perfection , puisqu'elle est tellement à notre portée, et qu'elle consiste en des choses si ordinaires et si faisables 1 Dieu disait à son peuple» pour l'excitei^ à le servir et à observer sa loi : Le corn-

mandement que Je vous donne aujourd'hui né consiste pas dans une chose qui soit on* dessus de vous^ni qui soit fort éloignée^ ni qui soit dans lecielide sorteque vouspuissiexdtre: Qui de nous autres pourra manier au eidpaur nous rapporter^ afin que nous rentendioms et que nous faccomptissions en effet f Ce n^esi pas non plus une chose oui sott au delà des mers^ de façon qu*il y ait lieu de s* excuser et de dire .- Qui de nous passera les mers pour V aller quérir^ afin que nous puissions entendre et faire ce qui nous est ordonné. Mais e*esi une chose qui est proche de vous , un précepte dont on vous entretient souvent^ que vous avez souvent dans la bouche , et texécution ne dépend que de votre ccsur. Nous pouvons en dire autant de la perfection dont nous parlons : et c'est aussi le moyen dont saint Antoine se servait pour exhorter ses disci-

{)les. Les Grecs» dit^il, qui s'abandonnent h 'étude delasagesse, entreprennent de grands voyages par mer et par terre, endurent l)eaucoup de fatigues et s'exposent à de grands dangers pour l'acquérir; mais vous» pour acquérir la vertu, qui est la sag^esse véritable, vous n'avez que faire d'aller si loin, ni d'essuyer tant de périls ; il ne faut pas même sortir de vos cellules : car c'est là que vous la trouverez , ou plutôt le royaume de Dieu est au dedans de vous-mêmes ; et c'est dans les choses qui vous sont les plus familières, et que vous faites tous les jours» que consiste votre perfection.

Lorsqu'on approche des temps qui sont le plus consacrés a la piété, comme par exeoH pie celui de l'A vent, du Carême, de la Pentecôte» on nous demande ordinairement, dans les conférences spirituelles» de quels moyens nous nous servirons pour nous préparer à renaître avec Jésus-thrist » ' à mourir et à ressusciter avec lui» à recevoir Je Saint- Esprit; et l'on ne manque pas de proposer une infinité de moyens très-propres et trèssalutaires. Mais le plus important de tous» et celui sur lequel nous devons le plus nous arrêter» est eelui dont nous parlons maintenant : je veux dire de nous perfectionner dans les choses que nous avons coutume de faire. Corrigez-vous chaque jour des fau«» tes et des imperfections aue vous commettez dans ces sortes de choses» appliquezvous chaque jour à les faire de mieux en mieux, et ce sera là une très-bonne prépa^ ration pour tout ce que vous voudrez. Enfiri attachez-vous principalement à cela , et ne regardez tout le reste que comme des moyens qui peuvent vous servit.

Mais voyons en quoi la bonté de nos actions consiste» afin que, par là, nous venions à mieux connaître les moyens de bien les faire. Je dis qu'elle consiste en deux choses dont la première, et la principale, est que nous agissions purement pour Dieu. Saint Amboise demande quelle est la cause pour laquelle, dans la création du monde. Dieu, après avoir créé les choses purement cor|>orelles et les animaux, les loue dans le même instant. Il créa les plantes et les arbres, et il vity dit l'Ecriture, que cela était bon ; il créa

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les animaux de la terre, les oiseaux et les poissons^ et il vit que cela était bon ; il créa les cieuXf les étoiles , le soleil et la lune, et il vit

Îjue cela était bon. Enfin tout ce qu'il créa, il e loua, dès qu'il eut achevé de le créer. Mais quand il vient à créer Thomme, il semble qu il le laisse, lui seul , sans louanges, puisqu'il n'ajoute pas aussitôt que cela était bon, comme il l'avait ajouté h tout le reste des choses. Quel mystère y a-t-il làdessous, et quelle peut être la cause de cette dilférence que Dieu fait?

Jl regarde avec quelle intention chacun fait les choses, et c'est pour ce sujet qu'il ne loue pas l'homme, immédiatement après l'avoir créé, comme il avait loué toutes les autres créatures. L'intention est le fondement de la bonté de toutes nos actions. Les fondements ne se voient point, et néanmoins c'est ce qui soutient tout l'édifice : il en est de même de l'intention.

La seconde chose qui est requise pour la perfection de nos actions, c'est que nous fassions tout notre possible pour bien les faire. 11 ne suffit pas que voire intention soit bonne, il ne suffit pas que vous disiez que vous les faites pour Dieu; mais il faut que, pour lui plaire uavautage, vous tâchiez de les laire du mieux que vous pourrez.

Le troisième moj^en, pour faire bien les choses, est de les faire chacune séparément, comme si on n'en avait point d'autres à faire ; de vaquer à l'oraison, de célébrer la messe, de dire son chapelet et ses heures; et ainsi de tout le reste, comme si effectivement on n'avait aucune autre chose à faire que celle qu'on fait. Nous n'avons rien qui nous presse, ne nous troublons point dans ce que nous faisons, et qu'une cliose n'embarrasse pas l'autre ; mais appliquons-aous entièrement à celle dont il s'arit. Pendant l'oraison, ne pensons ni à rétude, ni aux affaires, ni aux devoirs de notre emploi ; car cela ne sert qu'à nous détourner de l'oraison et à empêcher que nous nous acquittions bien de quoi que ce soit. Nous avons tout le reste du jour libre, soit pour étudier , soit pour satisfaire aux obligations de notre charge, et faire toutes choses en leur temps : ne confondons point l'ordre mal à propos, et songeons qu'à chanue jour suffisent son inquiétude et son affliction particulière. Ce moyen est si propre et si conforme à la raison que les païens mêmes le pratiquaient pour se tenir dans on profona respect en présence des idoles de feurs faux dieux, et c'est de là qu'est Tenu cet ancien proverbe : Que ceux qui adorent soient assis. Que ceux qui adorent Dieu dans la prière, qui s'entretiennent avec loi dans l'oraison, le fassent en repos et avec attention, et non pas en courant et comme songeant à autre chose. Plutarque, parlant de la révérence avec laquelle les prêtres de son temps s'approchaient de leurs dieux , dit que pendant que le prêtre faisait le sacrifice, il y avait un homme qui tie cessait de crier à haute voix : Faites ce que vous faites : comme s'il eût TOulu dire :

Ne pensez qu'à ce que vous faites ; ne vous détournez point, mais appliquez y entièrement votre esprit. C'est là maintenant le moyen qu'il nous propose pour bien faire toutes choses ; attachez-vous fermement et uniquement à chacune comme si vous n'en aviez aucune autre à faire : n'ayez d'attention que pour celle-là, meltez-y tout votre soin , éloignez de vous toutes les autres

f)ensées, et vous ne manquerez jamais de a bien faire. Faisons ce qu'il y a mainte* nant à faire, disait Aristipe, et sans songer ni au passé ni à l'avenir, renfermons toute notre application dans le présent; car il n'y a gue cela seul qui soit en notre pouvoir, puisque le passé n'étant plus, ne peut pas dépendre de nous, et que l'avenir étant incertain, nous ne saurions nous répondre de ce qui arrivera. Que l'on serait heureux si on pouvait gagner la même chose sur soi, et si on était seulement maître de son imagination et de ses pensées, que jamais on ne songeât qu'à ce que l'on faiti Mais, hélas, l'instabilité de notre cœurest trop grande , et d'ailleurs le démon est si adroit à profiter de notre légèreté naturelle, que quand nous faisons quelque chose il nous remet devant les yeux ce que nous devons faire dans un autre temps, pour nous dissiper l'esprit, et nous détourner de ee que nous faisons alors. Cette façon de nous tenter lui est d'autant plus ordinaire, qu'elle est très -dangereuse et très -préjudiciable pour nous, parce que de cette sorte il empêctie que nous ne fassions jamais rien parfaitement. Pendant l'oraison, il nous remet dans l'esprit des pensées d'étude et d'affaire, afin que nous ne puissions pas bien faire notre oraison, et pourvu qu'il réussisse à nous détourner de l'attention que nous devons y avoir, il ne se souciera pas de nous avoir suggéré mille moyens de bien faire ensuite les autres choses; car, lorsque nous viendrons à les faire, il ne manquera pas d'en avoir encore d'autres à nous remettre devant les yeux, afm que pareillement nous nous acquittions mal de celles dont il est question, et de cette sorte il tâche de nous tromper continuellement et de rendre toutes nos actions défectueuses. Mais puisque nous n'ignorons plus ses artifices, laissons-là les choses à venir, et i^etons-les dès qu'elles se présenteront : il sera bon d'y songer dans leur temps; mais il est mal de le faire quand on doit être occupé à d'autres pensées. Que si la crainle de ne pouvoir pas peut-être ensuite vous souvenir de ce qui s'offre alors à votre imagination, est ce qui vous porte à vous y arrêter, cela même doit vous faire connaître que ce n'est pas une inspiration de Dieu, mais une tentation du démon; car Dieu est ami de la paix et de l'ordre ; et ainsi ce qui trouble votre repos et déconcerte l'ordre des choses ne vient pas de Dieu, mais du démon, qui n'aime que la confusion et le désordre. R^etez donc tout ce qui se présente à votre idée sous ce prétexte, pour vous détourner de ce que vous

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faites; cl assurez«vous que si vous Hiites bien ce qui esl alors de votre devoir. Dieu ne manquera pas de faire revenir en son temps dans votre mémoire les idées que vous en aurez bannies, et de vous les remettre encore plus avantageusement dans l'esprit. Si, par exemple, il arrive que pendant vos exercices spirituels vous soyez surpris de quelques pensées d*étude , et qu*il s*offre à vous quelques raisons convaincantes sur un point important, quelque lumière sur un passage ^obscur, ou quelque solution sur un doute, éloignez tout cela de vous également, et croyez que vous y gagnerez au lieu d*y perdre. La science que Ton méprise pour la vertu, dit saint Bonaventure, s*acquiert ensuite beaucoup mieux que la vertu même, et le P. Avila donne cet avertissement, que lorsqtie quelque affaire se présente à contre-tem[is à Tcsprit, on dise : Dieu ne nronloniie point cela maintenant , c'est pourquoi je n\y veux point penser ; quand il me le commandera, alors je m*y appliquerai avec soin.

Un autre moyen que les saints nous enseignent pour bien faire nos actions, est de les faire toutes de môme que si celle que nous faisons devait être la dernière de notre vie. Saint Bernard, parlant de la manière dont un religieux doit se comporter dans tout ce qu'il fait : Que dans toutes $es actions, dit-il, il se répète souvent à luimême : Si tu devais mourir maintenant , ferais-tu cela. Saint Basile nous donne les mêmes préceptes quand il dit : Ayez toujours votre dernière heure devant les yeux ; quand vous vous lèverez le malin, doutez si vous irez jusqu'au soir, et lorsque vous vous coucherez le soir, ne vous assurez point de revoir le lendemain ; par ce moyen, il vous sera bien plus facile de vous réprimer sur toutes sortes de vices. Thomas A'kempis en dit autant , et presque dans les mêmes termes. Saint Antoine donnait souvent aussi un pareil avertissement à ses disciples, pour Jes encourager à la vertu et à la perfection ^ ei sans doute il n'y a point de meilleur <noyen pour nous porter à bien faire les choses, que de croire que chaque jour est le dernier de notre vie. Si nous pouvions nous bien mettre cela dans l'esprit, et que nous Qssions chaque chose comme si nous devions mourir aussitôt, assurément nous ferions nos actions d'une autre manière et avec bien plus de perfection. Avec quelle ff^rveur un prêtre ne dirait-il pas la messe, s'il croyait que ce dût être la dernière action de sa vie, et qu'il ne lui restât plus de temps ensuite pour faire aucune bonne œuvre et pour mériterl Quelle attention et quel zèle n'aurait-on point dans son oraison, si l'on était persuadé que ce fût la dernière, et que jamais on ne dût avoir le loisir de demander pardon de ses péchés h Dieu, et d'implorer, sa miséricorde! C'est pour cela qu'on dit ordinairement qu'il n'y a point de lieux où l'on apprenne mieux à prier Dieu que sur la mer ; car la fer-

veur est tout autre quand on a la uioit devant les yeux, que quand on ne croit avoir rien h craindre.

Pylhagore donnait un très-bon conseil à ses disciples et à ses amis pour les faire devenir vertueux, et leur reudre la pratique de la vertu douce et facile Que chacun, disait-il, se choisisse une manière de vivre qui soit honnête; et que l'on ne prenne pas garde au commencement si elle est diflir île et pénible, parce que la coutume la rendra ensuite agréable et aisée. Voilà un moyen très-important et duquel nous devons nous aider, non pas parce qu'il vient du très-grand philosophe, mais parce que le Saint-Esprit lui - même nous le suggère, comme nous allons le voir, et qu'il est très-propre pour parvenir à noire fin.

Cette doctrine nous est enseignée par le Saint-Esprit en plusieurs endroits de l'Ecriture. Je vous montrerai^ dit-il dans les Proverbes, le chemin de la sagesse f c'est-à-dire, suivant le sens de saint Bernard qui prétend que, dans l'Ecriture sainte, le mot de sagesse doit se prendre pour une connaissance délicieuse de Dieu ; je vous montrerai le chemin où vous viendrez à prendre goût à la connaissance, h, l'amour et au service de Dieu : Je tous mènerai par les sentiers de réquiié; et quand vous y serez une fois entref rien ne contraindra' vos pas et ne vous fera broncher en courant. Le Saint-Esprit appelle sentier le chemin de la vertu, parce que notre méchante inclination naturelle nous rend la vertu si difficile dans les commencements, qu'il semble que l'on n'y entre que par des sentiers étroits; mais après qu'on les a nasses, on trouve le chemin large ; on marche a son aise, et même on y peut courir sans rencontrer rien qui fasse cnanceler. C'est ainsi que, par une métaphore très-élégante, il nous enseigne qu'encore que la pratique de la vertu nous semble fâcheuse d'abord, il ne faut pas toutefois perdre courage pour cela, parce qu'ensuite non-seulement nous n'y trouverons aucune difficulté, mais nous y aurons même du plaisir, et nous dirons avec le Sage : JTai un peu travaillé^ et j'ai trouvé un profond repos* A peine^ dit-il dans un autre endroit, aurezvous un peu travaillé à acquérir la sagesse^ que vous mangerex des fruits qu'elle voi^ rapportera. Et saint Paul nous enseigne la même chose, quand il dit : Toute discipline semble4 ou commencement donner plutôt du chagrin que de la joie; mais ceux qui y auront été accoutumés en recueilleront en paix deA fruits de justice. C'est à peu près ce que l'on éprouve tous les jours dans toutes sortes darts et de sciences: quelle difficulté, par exemple, ne trouve-t-on point au commencement dans les études I II faut souvent qu'on nous y entraine de force, et qu*on nous y retienne par le ch&liment ; de là vient le proverbe qui dit : Que la science entre avec le sniig. Cependant, quand on y est accoutumé, qu'on vient à y faire quelques progrès, et qu*on sait déjà quelque chose, on y prend quelquefois tant de goût, oue Ton

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ÎHii tout son diverliss^eraent et tout son plaisir d*éludier. Il en est de même du chemin de la vertu et de la perfection.

^ Le tout dépend donc de Thabitude que )*on a aux choses : de sorte que si vous avez de la peine à observer toutes les circonstances qui sont nécessaires pour bien faire votre oraison ou votre examen, c'est que vous n'y ôles pas assez accoutumé. Si à votre réveil, ou dans le temps de vos prières, vous ne sauriez retenir votre imaginalion, et Tempêcher de se promener de côté et d'autre, c'est que vous ne vous êtes jamais fait de violence pour vous accoutumer à la recueillir, et pour faire en sorte qu'elle ne se dissipât point à d'autres choses (jnh ce qui doit être le sujet de votre méditation; si le silence et la retraite vous donnent du chagrip, c'est que vous n'y êtes pas habitué. On trouve de la douceur dans sa chambre, quand on y demeure souvent ; mais on s'y ennuie cruellement quand on ne s'est pas accoutumé à s'y tenir : rendez-vous la retraite familière, elle vous deviendra agréable. L'oraison et le jeûne ne paraissent difflcilesaux gens du monde, que parce qu'ils n'y soûl pas assez exercés. Saul revêtit David de ses propres armes, quand il l'envoya combattre les Philistins; et parce que David n'avait pas accoutumé d'en porter, il s'en trouva embarrassé, et il les quitta : il s'y habitua néanmoins depuis, et elles ne Tincommodèrent plus dans le combat. Ce que je dis de la vertu doit s'entendre pareillement du vice; car si vous vous laissez aller h une mauvaise habitude, le mal augmentera el prendra des forces de jour en jour, et enfin il vous sera si difficile d'y apporter remède, que vous serez en danger de n'en guérir de votre vie.

Si dès le commencement vous vous étiez accoutumé à bien faire chaque action, vous seriez maintenant heureux, et la vertu vous serait devenue douce et aisée. Commencez dès maintenant à vous y habituer; il vaut mieux tard que jamais. Que de mérites vous pouvez encore acquérir! Ne dissipez pas les richesses que Dieu place devant vous; il n'y a qu'à prendre et à vous les approprier, en faisant bien, les unes après les autres, toutes les actions ordinaires de votre état.

ACTIVE (Vie). — Les autours ascétiques désignent, sous le nom ûevieactive^ceWeqm est plus particulièrement consacrée aux occupations extérieures, aux travaux de l'esprit ou du corps, par opposition à la vie contemplative. C'est (ians l'union simultanée de la vie active et de la vie contemplative que la plupart des fondateurs d'ordres, inspirés de Dieu, ont fait consister la perfection delà vie religieuse; les uns donnant un peu plus à la contemplation. Les autres un pou moins. Si la vie contemplative a fait des saints, la vie active nous a donné ces illustres docteurs, ces artistes distingués, qui, dans les temps barbares, ont sauvé du naufrage général les monuments de l'antiquité, et préparé la civilisation moderne. (Voj^. MoiNES; Ordbks religieux.) La n<!ccs-

silé du travail est proclamée dans toutes les constitutions religieuses. Qui ne connaît les immenses travaux scientiCques des Bénédictins; les écrits et la vie apostolique des disciples de saint Ignace; les missions des Dominicains, des Lazaristes, etc.! En remontant nlus haut, nous voyons les Pères de la Thénaïde tresser des nattes, sans interrompre la prière. Les religieux de Cassien, de saint Colomban, etc., avaient ordre de s'appliquer à l'étude el au travail der mains; les religieuses, établies par sain Césaire, transcrivaient les manuscrits, ou vaquaient au soin des hôpitaux. Les religieux du moyen âge furent à la fois théologiens,iurisconsultes, littérateurs, historiens, agriculteurs, architectes, peintres, sculpteurs, musiciens, fondeurs, etc.; en un mot, les seuls savants, et presaue les seuls artistes de ces temps, appelés barbares. Pendant que» tour à tour. Vandales, Suèves, Bourguignons, Angles, Saxons, Normands, semaient partout les ruines, une autre armée, celle des moines, relevait en silence les restes épars de la dévastation, et, sur les débris de la civilisation romaine, préparait et achevait l'œuvre de la restauration chrétienne. Les savants de nos jours sont donc bien ingrats, lorsqu'ils nous représentent modestement nos instituts religieux comme des écoles de quiétisme et de fainéantise; lors- (]u'iis traitent d'ignorants ceux même dont ils pillent les œuvres, |.our s'en attribuer tran(|uillement la gloire.

ACTIVITÉ NATLUELLE. —Par activité naturelle on entend la lorce de l'éme lorsqu'elle agit par elle-même au préjudice du mouvement de la grâce.

Le mal de cette activité est un obstacle h la grâce, au mouvement de laquelle elle substitue son propre mouvement el sa manière d'agir qui est souvent très-imparfaite. Nous en avons parlé ailleurs, mais non pas aussi amplement que le demande l'iujhportance de cette matière.

Cette activité est plus ou moins dangereuse, selon le principe qui la produit el les effets qu'elle cause. On peut en distinguer trois degrés.

Le premier, qui est le plus grossier et le plus dangereux, consiste dans une ardeur naturelle qui fait que certaines personnes ne peuvent rien entreprendre qu avec impétuosité et sans quelque mouvement do passion. Ce n'est jamais la raison seule oui les fait agir, ou la seule nécessité qui les mène; leur action est toujours véhémente et fougueuse. Cette disposition est fort contraire à la grâce, parce qu'elle est suivie do dérèglements, et qu'elle jette dans les ténèbres. Le principe de celte activité est Tamour-propre et le désir de se satisfaire; à peine a-t-on commencé qu'on voudrait avoir achevé. De là vient une ra[)idilé que rien n'arrête et qui, produisant la précipitation el le trouble, dérange le cœur cl lui ôlo sa tranquillité.

Le second degré d'activité est une autre sorte d'impétuosité qui n'est pas si daugc-

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rëuse que la première, parce qu*elie se trouve dans des personnes qui ont la consoience délicate, et qui ne veulent souffrir aucun désordre dans leur intérieur. Cependant, faute de réflexion, elles se laissent aller à leur empressement naturel, et n'écoutent pas assez le Saint-Esprit, qui n*agit que dans le calme et avec tranquillité* Elles n*ont pas aussi assez de soin pour empêcher que la propre volonté ne se glisse dans leur action ; de sorte que si le succès ne répond pas à leur attente, il leur en revient du trouble, du chagrin et de la tristesse; ce qui n'arriverait pas si, au lieu de se déterminer par elles-mêmes et d'agir par leur propre choix, elles attendaient le mouvement de la grftce pour n'agir que par le motif de la volonté de Dieu. Voilà ce que c'est que l'activité naturelle, qu'on peut appeler empressement dans ce second degré, où elle n'est point si vicieuse ni si pr(^judiciable que dans le premier. Bien des âmesqui désirent la perfection sont sujettes à ce défaut et le comptent pour rien, parce qu'elles ne comprennent pas combien il est contraire à la perfection où elles aspirent, et auel grand obstacle il apporte à I opération u Saint-Esprit, qui les aiderait beaucoup plus s'il les trouvait plus tranquilles.

Le troisième degré d'activité est un défaut beaucoup plus subtil et beaucoup plus dilficile à connaître que les deux autres. 11 se trouve dans les personnes qui ont les passions fort modérées et les intentions fort pures. Quoiqu'elles désirent sincèrement la plus grande perfection, par un trait d'amourpropre dont elles ne s'aperçoivent point, elles se font une habitude (Tagir par leur propre mouvement, sans consulter et sans attendre la grâce, ce qui leur porte un préjudice plus grand qu'elles ne sauraient croire; car il arrive, par cette conduite,

au'il se forme entre Dieu et T&me une espèce e milieu qui empêche de voir la lUmière (Jivine, de sorte qu'on opère souvent dans les ténèbres. Le Saint-Esprit, voyant que l'âme s'introduit elle-même, se retire en la

f)rivant de son assistance particulière, et la aisse agir avec beaucoup moins de perlection que si elle avait attendu le mouvement de ce divin Esprit. Pour bien comprendre cette vérité, il faut savoir que nous avons en nous deux principes qui concourent h nos actions, qui sont la nature et la grâce. Le bon ordre demande que la grâce gouverne et que la nature obéisse. Lorsqu'un écrivain conduit la main de son élève pour le former à l'écriture, il faut que l'élève agisse, autrement il n'apprendrait rien; mais il faut qu'il agisse mu et guidé par la main du roattre qui conduit la sienne. Si l'élève prévient le maître, il ne peut que gâter l'ouvrage, son avancement dépend do son attention et de sa docilité à suivre le mouvement de celui qui le conduit. Il en est de même de la grâce, elle est prête à nous guider dans nos actions; le défaut des hommes, même les plus vertueux, est d*agir par eux-mêmes, c'est-è-dixe de prévenir

la grâce au lieu d'attendre que la grâce commence. Ce mouvement précipite de riiomme vient de l'activité naturelle qui interrompt l'action de Dieu et met obstacle à l'entière perfection des âmes. C'est pour cela que les derniers et les plus grands efforts des personnes vertueuses tendent k supprimer cette activité.

Pour en venir à bout, il faut se servir de ces trois pratiques : la première est de faire une étude particulière de se retenir lorsqu'on se sent porté avec impétuosité è quelque chose qu'on désire, si on n'est pas pressé de la faire par obligation; car, quoiqu'on puisse faire ce qu'on désire, lorsqu'on ne désire rien de mauvais, c'est toujours un mal de le faire par un principe naturel, tel qu'est celui de contenter son désir. Il est bon, dans ces occasions, de s'arrêtcîr et de suspendre son action pour modérer Tactivité qui emporte; par là on apprend k se rendre maître du mouvement naturel qui presse le cœur avec importunité, et qui y laisse toujours quelque trouble et quelque espèce d'obscurcissement dont on ne s aperçoit point. La seconde pratique pour réprimer l'activité naturelle et pour se disposer à recevoir le mouvement de la grâce, c'est de consulter souvent DieiTdans Tes affaires un peu considérables, de soupirer après la lumière divine, de la demander avec constance, et (comme le conseillait saint Ignace à ses enfants) de ne rien entreprendre d'important qu'après avoir eu recours à l'oraison, pour connaître la volonté de Dieu. C'est un des exercices les plus essentiels de la vie intérieure, par lequel on s'attire l'assistance particulière du Saint-Esprit. Etquoiaue la volonté divine ne se manifeste pas d abord avec évidence à ceux qui la cherchent de cette manière, il est vrai, pourtant, que cette fidélité k recourir à Dieu lui est très-agréable et qu'elle prépare bien l'esprit à recevoir la lumière divine. La troisième pratique qu'il faut ajouter aux deux autres, c'est que dans les affaires de quelque importance on ne se contente pas de consulter le Seigneur, mais qu'en effet on attende pour Texécution le mouvement de la grâce. Dieu, qui a beaucoup d'égards aux.efforts qu'on fait pour lui plaire, content dé cette fidélité, ne manquera point de faire connaître à une âme, par quelque niouvement intérieur ou par quelque trait de lumière, le parti qu'elle doit prendre et la manière dont elle cloil se comporter. Il est vrai que, comme nous sommes grossiers et que cette lumièro est fort subtile, l'homme aura de la- peine à la distinguer au commencement; mais dans la suite elle se rendra sensible et remplira d'une joie parfaite l'homme qui se verra ainsi sous la main de Dieu et conduit oar son Esprit en toutes choses.

Lorsqu'on n'aperçoit pas cette lumière, le meilleur parti qu'on puisse prendre pour être certain de ce qu'on doit faire, c'est do diriger son intention à Dieu, s'ap()liquant sincèrement et de toutes ses forces à se dé<

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