‹ Dictionnaire d'ascétisme (volume 3)Chapitre 23 sur 186 · ADV · texte numérisé non relu

ADV

sion de se po.sseder en ces grands accidens, se laissoienl posséder par la superbe, dont ils faisoient ostentation dans les dangers» et qui, voulant paroistre gens d*un esprit fort, cessoient d*estre hommes et quittoient la condition de la nature humaine, dont le

Ï propre est de suer, de paslir, de frémir dans es grands accidens, pour vouloir trop s*éle- Ter au dessus; mais le snge se possède dans la surprise en homme, en philosophe et en ehrestien; en homme qui appréhende, en philosophe qui modère ses craintes par la lorce de son esprit, en ehrestien qui cherche son secours et la force en Dieu. Il n'a pas le loisir en ce temps-là de raisonner, mais il a le loisir de reconnoistre la foiblesse de Ja nature et de lever les yeux au ciel; il n*a pas le temps de parler en théologien des attributs de Dieu, mais il a le temps d'info* quer sa miséricorde; il n*a pas le temps de porter son esprit dans le ciel, mais il a le lemps de reconnoistre sa dépendance et le besoin qu'il a de son secours.

• Le sage craint donc pour lors, mais d'une crainte qui est plutost capable de reveiller la force de son esprit que de l'abattre; il frémit, mais d'un frémissement qui montre i)Iulost la foiblesse de notre nature que la loiblesse de son cœur; il est alarmé, mais d'une alarme qui est plutost capable d'exciter son industrie que de l'embarrasser; il appre hende, mais u'une appréhension qui consiste à aller au devant du mal et de ses suites, par la vivacité de son esprit plutost qu*è le grossir par l'imagination ; il s*humilie, mais d'une humiliation qui est plutost pour faire paroistre la soumission qu'il a aux ordres de Dieu que pour découvrir la bassesse de son esprit.

« Nous ne sçavons pas ce qui doit nous arriver, tenons-nous prêts. On se prépare aux accidens dont on presse la violence par le raisonnement.

« On se prépare aux accidens que Ton ne peut prévenir par la résignation. Dieu nous cache la connoissance de ceux-cy, et quani il nous les révèle, ce n'est pas tant pour nous les faire éviter, que pour nous y pre« parer par un esprit d'humilité.

« Si nous ne pouvons pas reconnoistre les circonstances et les suites de l'accident qui nous arrive, reconnoissons la providence qui nous l'envoyé; si nous n'avons pas la liberté de nous échapper, nous avons la liberté de nous humilier devant Dieu.

« Puisque la méditation ne peut abattre notre superbe, il est raisonnable que les accidens la soumettent. Heureux si ces accidens-là nous pouvoient délivrer du péché

3ue nous pouvons i nommer le plus grand e tous les accidens.

« Dieu a monstre le hnston, nous en avons freray; craignons davantage la main qui frappe sans advertir. Dieu nous a menacés, nous en avons tremblé ; tremblons davan-* tige d^ns le silence et dans le repos qui nous attaque sourdement. Si nous craignons l'accident qui marche devant la miséricorde qui nous voulait reveiller, craignons davan-

tage la prospérité qui nous endort dans les approches de la justice qui vient pour nous donner le dernier coup. »

• Ne quittons pas ce sujet sans nous adresser au grand saint Chrysostome, qui a si excellemment donné l'exemple dans les adver* sites, et qui en a si dignement parlé.

« L'adve^sUé nous visite et nous tente de bien des manières, dit-il ; ce sont : ou des infirmités, ou des pertes de biens temporels, ou la perte des personnes qui nous sont chères, comme il arriva à Job et à Tobie. Toute adversité qui nous atteint en ce monde, sans que nous'y donnions occasion, est un baptême de feu, si nous la supportons sans murmurer contre Dieu qui nous l'envoie pour expier nos péchés. Si par hasard vous n'aviez pas pécné, ce qui est difficile à supposer, et que ce feu ne trouve rien de souillé à ronger autour de Totro âme, il la rendra elle-même plus splendide, et votre Ame brillera d'un éclat d'autmt plus vif que l'éprouve aura été plus violente. Nous ne sommes baptisés qu'une seule fois nar l'eau, mais nous le sommes souvent par le feu. Comme notre vie n'est jamais pure de péché, car l'Ame se souille par la vue, par l'ouïe, par la parole, par la pensée; ainsi le feu de la tribulation ne doit jamais nous quitter. Et il est profitable aux sages qu'il en soit ainsi, car il est écrit : Heureux celui que le Seigneur éprouve sur la terre.

« LËglise est l'aire, le grenier, c'est le royaume céleste; le champ c'est le monde. Le père de famille envoie ses moissonneurs recueillir les épis dans son champ et les

[)orter dans l'aire; et là on les triture, on es ventile, afin que le grain se sépare de la paille. Un grain lourd et nourri se sépare aisément, un grain maigre se sépare diflicileraent, et un épi vide a beau être foulé, il ne rend rien. C'est ainsi que les hommes profitent pi 03 ou moins des adversités selon leurs dispositions.

« Ainsi un Chrétien fidèle, qui a un cœur bien disposé, quelque peu qu'il soit atteint de la tribulation, néglige ce qui est de la chair et s'empresse de courir à Dieu. Celui qui commence à être infidèle est à peine ramené à Dieu par de grandes tribulations; enfin celui qui est infidèle et vide de mérites, quelque agité qu'il soit par l'adversité, ressemble a un grain vide qui reste avec la paille : il ne peut se dégager des affections de la chair, des empiétements mondains; il ne petit se décider a aller à Dieu; et ainsi il est broyé par les maux, et il est rejeté au dehors comme une pailleinutile. » {In Mattk.^ serm. i.)

Le plus bel exemple que PEcriture nous propose de la résignation dans les adversités est celui de Job. Dieu a épuisé en lui tous les genres d'épreuves; elles ont été rendues aussi vives, aussi sensibles, aussi universelles qu'on pouvait l'imaginer, et sa vertu, avec la grAce de Dieu, a été plus grande et plus forte que toutes ses tribulations. Il a été éprouvé dans ses biens au point que de la plus florissante prospérité il est tombé dans

AFF

D'ÂSCETiSME.

AFF

StS

une pauvreté absolue; il a perdu ses maisons, ses troupeaux et tous ses biens. Dans sa famille il perd ses enfants, et sa femme ne survit que pour l'insulter. Dans son corps, il dévient un instrument de douleur ot do dégoût. Dans ses amis, qui se coalisent |.our piquer son amour-propre, ridiculiser sa vertu , et faire de sa sagesse et de sa prudence rol>iet de leurs amers sarcasmes. Et tous ces fléaux Taccablent coup sur coup, sans que la nature éperdue ait le temps de se remettre d'un coup à Tautre. Il tombe de revers en revers, d'adversités en adversités, jusqu'au fond d'un abîme de roaux; et là, dans cet abtme, seul avec luimême, il donne le plus beau spectacle que nous puissions admirer. Il se courbe avec résignation et calme sous la main de Dieu. Il ne se plaint nas, et à 'chaque coup de la Providence qui lui ravit Quelque chose, il répond £ar cette parole : Z>teu me V avait donné, Heu me l'a ôté; que son saint nom soit béni! Ce saint a été assurément incomparablement plus grand, plus admirable, plus méritant dans les revers aue dans les succès. Les revers ont donc été pour lui une vérilable richesse et une grande fortune. La patience, selon Dieu, est donc dans In religion la pierre philosophale qui change tout en or. Cherchons cette pierre précieuse, et nous aurons du succès môme dans les revers; et pour la trouver sûrement, celte pierre précieuse, il faut la chorcher au pied de la croix : on est toujours sûr de Vy trouver.

iSELREDE, ou Ethelb^de, abbé de Reverbjf, puis de Kiéval, en Angleterre, contemporain de saint Bernard, est auteur du Miroir de la charité^ ouvrage dans lequel ^e Père aurait reconnu son caractère et son style. Il mourut en 1166, en réputation de piété et de savoir. Ses Œuvres ont été publiées par le Jésuite Gibbon, à Douay, en 1631, in-fol.

AFFECTIONS. Voy. Amitié, Charité.

AFFECTION (Oraison d'), ou Oraison afncTiVE ; sa nature, ses effets, ses difficultés, tes faveurs, — On sait que les auteurs mystiques distinguent plusieurs états ou degrés dans l'oraison. Le premier est la méditation proprement dite, ou l'oraison mentale ordinaire [Voy, l'art. Méditation); le second c*est 1 oraison affective, dont il s'agil ici. Il faut passer par ce second état u'oraison avant que l'âme puisse s'élever jusqu'aux oraisons de recueillement actif, de quiétude ou recueillement passif d'union et de transformation. [Voi/, ces tnùts,) Or on doif, pour arriver à Voratson affective, éviter trois inconvénients : Le premier, c'est de ne i)oint vouloir quitter du ^ou( la méditation; car si la tnéditation est le premier degré d'oraison, il faut, pour avancer en ce saint exercice, se rendre digne de passer au second degré; autrement ce serait s'arrêicr en chemin et commencer un ouvrage sans vouloir l'achever. Le second, c'est de la quitter trop tard. C'est encore perdre beaucoup et se priver de grai;)ds biens que de se permetiro uns ajournements. Ceux qui tombent daiis

ce défaut perdent un temps précieux qu'ils auraient mieux employé s'ils fussent montés au second degré quand il le fallait. Il en est de ces personnes comme de celles qui sont sous un maître qui leur a appris tout ce qu'il pouvait leur ap|)rendre, et qui s'opiniâlrent a n'en point changer; ils perdent donc et leur temps et leurs peines. Le troisième inconvénient, c'est de la quiller trop tôt. C'est une imprudence, en effef, d'abandonner trop tôt l'exercice de la méditation; agir ainsi, c'est imiter les écoliers qui montent dans une classe avant d'en être capables, et qui

Jamais ne deviennent savants; c'est ressem- )ler aux fruits qui mûrissent avant le temps et ne sont jamais bons.

Les marques pour connaître qu'il n'est ni trop tôt ni trop tard de quitter la méditation pour entrer dans l'oraison affective, sont : 1* quand on a de la peine h méditer et qu'on se sent porté aux affections; 2* quand on s'aperçoit que, loin de retirer quelque fruit de la méditation, on n'en rapporte que de l'épuisement et du dégoût, qu'on en sort froid et sans résolution de mieux faire ; S"* quand on est assez instruit des mystères de la religion et des maximes de Jésus-Christ, et u'on est pénétré des vérités chrétiennes et e ses obligations ; k" quand on a les vertus convenables au premier degré d'oraison , comme sont l'horreur du péché, le dégoût des divertissements, la fuite des occasions dangereuses du péché, la retenue dans les paroles, la mortilication des sens. Quand on est bien affermi dans la pratique de ces vertus, alors on peut hardiment laisser la médita:ion de côté pour s'abandonner aux affections.

Il ne faut pas quitter tout d^un coup la méditation pour entrer dans l'oraison affective, à moins qu'on n'y soit poussé d'une manière extraordinaire; car Dieu réduit

auelquefois dans une si grande impuissance e méditer, qu'on ne pourrait pas le faire malgré tousses etfurts; mais hors ces cas peu ordinaires, on ne doit pas quitter la méditation tout d'un coup. On la quittera, en diminuant les considérations et les réllexions, et en augmentant eu môme temjs les affections. Le temps ôté aux considérations sera donné aux alîcctions, en sorte que les unes in.nt toujours en augmentant, el les autres en diminuant, ]usqa'à ce au'enOn les affections occupent entièrement la place des considérations.

L'oraison affective est un état d'oraison où l'âme, éprise de l'amour de Dieu el des vertu<5, tend à lui et à elles par divers actes de sa volonté. Il y a plusieurs différences entre le premier état d'oraison et le second. La première différence, c'est que dans l'état de la méditation on raisonne sur quelque sujet, on médite quelque passage, on réfléchit sur quelque vérité, sur quelque mystère pour en tirer des affections; et dans l'état de l'oraison affective, les raisonnements ont cessé, il n'y a pliis ni méditations ni réflexions, mais rAme so porte d'cllc-môme à produire des affections.

AFF

DICTIOiNNAIRE

kwr

liO

sans le secours dont elle avait oesoin, lorsqu'elle n'était encore que dans le premier degré d'oraison. La seconde différence est que dans la méditation Tâme produit des affections avec peine et travail d*esprit, il faut s'appliquer et réfléchir attentivement pour en venir à bout ; ici ce n'est plus de même» les affections ne coûtent rien à produire, elles sortent de la volonté avec beaucoup de facilité et de suavité. Dans le premier état d'oraison, les affections étaient comme une eau qu'on tire à force de bras d'un puits très-profond, et dans celui-ci elles sont comme une eau qui roule fort naturellement par un canal ou parle lit d'une rivière. Dans Te premier état, les affections étaient un feu qu il (allait allumer à force de soufller, et qui ne pouvait s'allumer au'en y mettant presque incessamment du oois : ce souffle, c'était la multiplicité des actes par lesquels le cœur s'excitait à produire les affections; le bois, c'étaient les considérations dont ce feu avait toujours besoin pour se conserver; mais actuellement les affections sont nonseulement un feu plus ardent que celui de l'oraison de méditation, mais un feu plus constant, plus fixe et presque continuel.

il en est de l'oraison comme de l'apprentissage d'un art quelconque, les commencements coûtent ; mais avec le temps et un peu de peine, on acquiert une facilité merveilleuse ou à faire un ouvrage, ou à exercer l'art appris avec tant de travail.. Quand on apprend k jouer de la guitare ou de quelque autre instrument, les premiers mois demandent de la peine et du soin , mais ensuite cette exercice devient peu k peu si aisé, qu'on en joue presque sans s'appliquer. De même la méditation qui est comme l'apprentissage de l'oraison est pénible, et dans cet état on ne produit les affections qu'avec difliculté ; mais quand une fois l'habitude est prise, que Ion a acquis. un penchant vers Dieu, ou vers les saints, ou vers le ciel et les vertus, on s'y sent porté sans peine et on s'y laisse aller sans y penser.

11 se fait quelquerois dans l'oraison affec* tive des réflexions et des considérations , mais rarement, et cela, quand le Sainl-£sprit nous porte à en faire ; ce qu'on connaît quand on s'aperçoit qu'on tirera du profit de quelque mot entendu, de quelque passase qu'on aura lu, d'un mystère qui aura été représenté. Quand on se sent enflammé par ces objets, c'est un signe que c'est la volonté de Dieu ; qu'on y réfléchisse un peu. De même quand on se trouve parfois sec et aride, et qu'on pense que quelques considérations ou réflexions remettraient dans le premier état, il ne faut pas manquer d'en faire.

Il n*est nas nécessaire de garder quelque méthode aans cette oraison comme dans la

frécédente; car dans cet état, on commence s'abandonner plus parfaitement aux mouvements du Saii^t-Esprit que dans l'autre; semblable h ces oiseaux qui ne peuvent s'élancer en l'air sans un vent favorable, on

aoit de même aans celte oraison attendre lu secours de l'Esprit saint qui par son souffle nous portera ou il lui plaît.

Dans ce second état, il faut prendre un sujet d'oraison, mais dans la disposition de le quitter quand il plaira à Dieu de nous

f porter ailleurs. Celui dont on croira tirer e plus de profit sera le meilleur : si Jésus crucifié est aussi utile que les autres, qu'on le préfère ; si Ton aime mieux quelque attribut de Dieu, ou la considération de quelque mystère ou quelque mot de la sainte Écriture, il faut s'y attacher et 8*y appliquer. Ce sujet de méditation, quand mèoie on ne s'en servirait pas, servira comme d'entrée aux affections. On ne donne pas de sujet pour occuper l'esprit, mais comme un secours pour enflammer le cœur ; après quoi on le laisse pour s'abandonner aux affec* tions.

Les effets que l'oraison affective peut produire dans une âme peuvent se réduire k douze principaux. Le premier effet est un grand amour pour Dieu; c'est dans cette oraison que s'allument ces grands feux qui ont embrasé tant de saintes âmes ; c'est là qu'elles ont puisé pour Dieu tant de saintes affections répandues dans leurs ouvrages^ Ce feu sacré ne peut demeurer renfermé en elles ; il s*exhaie par mille élans qu'elles poussent vers Dieu, et par mille soupirs

Qu'elles tirent du fond de leur cœur; «rest ans cet état d'oraison que se produisent une infmité d'actes d'amour de préférence^ d'amour de complaisancef et d'amour de bien' veillance. On appelle amour de préférence celui

enr lequel on aime Dieu par-dessus tout, ne Avue qui est persuadée , d'un côté, des grandeurs et des perfections de Dieu, et de I autre de la vanité des créatures, s'écrie avec David : « Qu'y a-t-il dans le ciel et sur la terre que je doive aimer comme vous, 6 mon Dieu ! qui êtes le Dieu de mon cœur, mon partage pour l'éternité ?» Ou l)ien avec saint François d'Assise : Vous élet mon Dieu et mon tout. C'est par ce saint amour que tout ce qu'il y a de bon, de riche, de grand et de puissant dans le monde, ne nous paraît que comme vil, comme des bagatelles et comme des amusements d'enfants en comparaison de Dieu.

L'amour de complaisance est celui par lequel nous sommes ravis de ce que Dieu est ce qu'il est ; le plus grand de nos contentements est do savoir que Dieu est bon, Çrand, puissant, juste, immense, infini, incompréhensible. Une âme pénétrée de cet amour sacré est beaucoup plus contente da bien de Dieu, de sa félicité, de ses grandeurs, que de tout ce qui regarde ses amis et l'intéresse elle-même.

L'amour de bienveillance est celui qui nous fait désirer du bien à Dieu, outre celui qu'il a déjà : quoiqu'il possède des biens et des perfections infinies, et que tout ce que nous pouvons lui souhaiter de bien ne puisse rien ajouter 5 son bonheur, l'âme ne laisse pas d*exercer ces actes d amour do bienveillance ea

AFF

D*ASCETISMF

AFF

deux manières : 1* en désirant que Dieu soit aimé de tout le monde, loué et glorifié de toute la terre; 2* en souhaitant à Dieu tous les biens qu'il a, supposé qu'il ne les eût {)as. Mon Dieul dit-elle, si vous n*étiez aussi puissant que vous Tètes, je désirerais que vous le fussiez I s*il manauait quelque chose à votre bonheur , je vouerais que vous eussiez ce qui vous manquerait, aui dépens de ma vie, ae mon honneur et de ma liberté 1 Quand ces actes d*amour ne sont pas accompagnés des œuvres, il est à craindre qu*on ne soit abusé, sMmaginant aimer, <]uoiqu*en effet on n'aime pas. La marque de

I amour vrai ou faux se trouve dans les effets.

II faut que l'amour ne soit pas seulement affectifs mais effectif , Uamour effectif est celui ()ui est suivi d'effets: par exemple, après avoir conçu dans son cœur un ardent amour de préférence pour Dieu, on doit dans les occasions préférer les intérêts de Dieu aux siens, sa gloire à la sienne; quand il s'agira de contenter Dieu et un ami, on devra préférer Dieu à cet ami ; s'il est question de satisfaire Dieu ou soi-même, ondevra donner à Dieu la préférence. Celui qui se sent embrasé de ramour de complaisance pour son Dieu, et se réjouit do ses perfections infinies, doit conformer sa vie à ses sentiments, se soumettre à la toute-puissance de Dieu, se consacrera son service et ne rien faire que pour lui. Si l'on se sent pénétré d'amour de bienveillance pour Dieu, il faut travailler pour sa gloire, et faire tous ses efforts pour qu*il soit connu et servi de tout le monde. Voilà l'amour effectif — Le second effet de l'oraison affective, c'est qu'elle inspire un véritable désir de faire la volonté de Dieu en toutes choses. On est dans cette oraison comme cette fleur qui se tourne selon les divers mouvements du soleil. Ainsi il faut s'abandonner à Dieu pour suivre en tout sa sainte volonté, et se dépouiller de la nôtre pour revêtir la sienne; c'est l'exemple que nous a laissé le Fils de Dieu dans son oraison au jardin des Olives : « Mon Père, disait-il, que votre volonté soit faite et non pas la mienne. » Il est vrai que tous les jours, en récitant le Pater^ nous disons : « Que votre volonté soit faite en la terre comme au ciel, » mais il est diflicile d'entrer parfaitement dans cette sainte pratique. Il n'y a que les âmes d'oraison qui puissent y parvenir.

Cette pratique de renoncer à sa propre Tolonté pour faire en toutes choses celle de Dieu, consiste non à consulter ses inclinations naturelles et ses propres lumières, mais à consulter ce que Dieu veut de nous ; à agir, non par un motif de propre intérêt, mais par le bon plaisir de-Dieu. Par exemple, si quelqu'un me demande un service, je ne dois pas consulter l'inclination ni la répugnance que j'aurais è le lui rendre, mais examiner si c'est la volonté de Dieu : si je reconnais que non, je ne le lui rendî^ai bas; sinon, je le lui rendrai. — S'il s'agit d'aller en quelque lieu, on ne le fera point par le plaisir qu'on y aurait ou qu'on procurerait, mais parce que c'est la volonté de Dieu qu'on v aille. — S'il

est question de dire quelque chose ou do se taire, on ne consultera pas ses propres désirs ni son propre avantage; si Dieu veut qu'on parle, on le fera; sinon, on gardera le silence.

Vous connaîtrez la volonté de Dieu, quand une chose est commandée ou de Dieu, ou par l'Eglise, ou par ceux qui ont autorité; il est clair alors que c'est la volonté de Dieu. Quand une chose, au contraire, est défendue

Êar les commandements de Dieu, ou de son Iglise, ou par les supérieurs, il est certain que c'est la volonté de Dieu qu'on ne le fasse pas. Quand la chose n'est ni commandée ni défendue, il faut voir ce qui est meilleur en soi, ou bien eu égard à notre état. Par exemple, il s'agit d'aller à la messe un jour ouvrier : si la charité ou robéissance ne le défendent pas, on doit y aller; car on doit croire que Dieu exige ce qui est le meilleur; je dis, 4t la charité ou Vobéissance ne le défendent pas : car la charité pourrait retenir auprès d'un malade, ou porter à rendre quelqu autre service important au prochain; ou bien les supérieurs auront pour de bonnes raisons employé à quelque ronction, qui ne permettra pas de faire autre chose; en ce cas-là, c'est la volonté de Dieu qu'on n'aille pas à la messe.

Si l'on ne peut connaître dans une occasion ce qui est meilleur, ou la chose dont il s'agit est importante ou non; si elle est importante , comme serait de choisir un état de vie , de faire un long vovage , d'entreprendre un procès, etc., il faut beaucoup prier Dieu pour qu'il fasse C4)nnattre sa volonté , offrir des communions pour cette fin, faire des aumônes , faire dire des messes , faire quelques austérités , et surtout consulter son directeur qui est celui par la bouche duquel Dieu a coutume de parler , et s'en tenir à ce qu'il dira. Si la cnose est de peu d'importance, comme serait de faire une visite ou de ne la pas faire , de dire quelque chose indifférente ou de la taire , de lire un bon livre plutôt qu'un autre également bon , en ces occasions il faut éviter deux extrémités ; l'une serait de faire toutes ces choses sans se mettre en peine de connaître la volonté de Dieu , et rautre serait de se trop embarrasser et d'être trop long à se déterminer. Il faudrait dans ces rencontres rentrer un peu en soi-même avec la^disposition d'écouter Dieu , et se déterminer aussitôt à faire ou non la chose en question. 11 est vrai qu'il peut arriver quelquefois qu'on ne rencontre pas comme il faut, et que peut-être il eût mieux valu faire le contraire de ce u'on a fait ; mais en cela il n'y aurait rien e notre faute , et nous aurions bien mal fait de perdre le temps dans une plus longue délibération , pour une chose de si peu d'importance. Saint François de Sales dit là-dessus que « l'on n'a pas coutume de peser la menue monnaie*; ainsi , ajoutot-il , il ne faut pas s'amuser à peser les menues actions qui se présentent à faire. Ce ne serait pas bien servir un maître d'employer autant de temps à considérer

Îi3

AFF

AFF

ii4 I

ce qu'il fiut faire comme à faire ce qui est requis. » IJ suflit doue de renlrer en soi-mèroe , et de renouveler le désir qu*on doit avoir do faire en celle action et en toutes les autres la volonté do Dieu.

Le troisième effet de Toraison aflft^ctive , c'est d'inspirer un grand zèle pour la gloire de Dieu. Une âme qui est dans Toraison af-fective voudrait donner autant de gloire à Dieu que tous les anges et tous les saints lui en ont jamais donné ; elle voudrait que tous les hommes ensemble se joignissent à elle pour glorifier Dieu; elle désirerait que toutes les feuilles des arbres fussent autant de langues pour louer leur Créateur : elle convie à cela toutes les créatures animées et inanimées; tant le zèle delà gloire de Dieu la dévore !

Pour que ce zèle soit véritable, il faut qu'il soit accompagné des œuvres ; aussi les personnes qui sont véritablement dans cette oraison accomplissent-elles très-parfaitement le précepte de TApôtre : « Soit que vous* mangiez 9 soit que vous butiez» et quelque chose que vous fassiez» faites tout pour la gloire de Dieu. » Klles Déferaient pas un pas qu'elles ne le fissent pour glorifier Dieu; elles ne diraient pas un mot que ce ne fût pour la gloire de Dieu ; et parce qu'elles sayent qu'il n'est rien qui donne à Dieu plus de gloire que Jésus-Cfhrist, elles unissent toutes leurs actions aui siennes » et les teignent en quelque sorte de son sang, afin qu'elles glorifient davantage sa divine majesté, et qu'elles lui soient plus agréables. Elles prient la sainte Vierge de présenler ee qu'elles font, afin de Thonorer. davantage par des actions ainsi présentées par la mère de Dieu. Elles supplient la très-Sainte-Trinité de se vouloir glorifier elle-même, n'y ayant rien au monde oui le puisse faire aussi dignement qu'elle. Elles voudraient , pour ainsi dire , se mettre en pièces et en morceaux, pourvu que de la sorte elles pussent donner quelque gloire à Dieu. Tels étaient u<i saint Ignace, fondateur de la compagnie de Jésus, qui faisait toutes ses actions pour •la plus grande gloire de Dieu, et une sainte Thérèse qui avait fait vœu de faire toujours ce qu'elle croirait être plu5 agréable et plus glorieux à Dieu.

Le quatrième effet de Toraison affective , c'est un grand désir de communier. Il y en a qui ont une fa^im si pressante de ce divin aaerement, qu'ils no font que soupirer jusqu'à ce qu'ils soient rassasiés de cette nourriture sacrée. On dit que sainte Catherine de Sienne brûlait d'une si grande ardeur do a'unir à Notre-Seigneur dans ce divin sacrement, qu'elle en desséchait et mourait presque de désirs. La faim qu'en avait sainte Catherine de Gènes n'était pas moindre ; lorsqu'elle voyait Thoslie entre les mains du prêtre , elle s'écriait avec une ferveur tout extraordinaire : « Hâtez-vous , envoyez Jésus au plus profond de mon cœur, puisqu'il est sa nourriture. » On rapporte de sainte Thérèse qu'elle avait des désirs si violents de la sainte communion, qu'aucune

peine ni aucun danger n^eusst ni été capables de l'empêcher de s'en approcher. Telles sont les dispositions des saintes âmes à l'égard de la communion. Où les prennentelles ces dispositions ? Dans Toraison affective.

Cette ardeur de communier doit nons faire approcher souvent de la sainie Table, selon l'état où l'on se trouve. Les plus avancés doivent s'en approcher plus souvent, mais la meilleure règle qu'on puisse donner à ce sujet, c'est de suivre en cela la volonté du directeur qui vous accordera la sainte communion autant de fois qu'il !e jugera |)Our votre bien ; et il penchera plutôt à vous le permettre souvent que rarement.

Le cinquième effet de l'oraison affective e:»t de porter en son corps et en son âme la mortification d$ Jésus -Christ. Jamais un mond.nn n'a eu plus de passion pour les plaisirs, qu'une âme dans cet état d'oraison n'en a pour les croix et les mortifications. Une des grandes peines d'un diricteur est de la retenir, de peur qu'elle no donne dans quelque excès. Il est certain que la mortification intérieure est préférable à Textérieure; car par elles, on règle le cœur et l'esprit, qui sont les principales parties de nous-mêmes, et Ton modère les passions, qu'il est de la dernière importance de bien mortifier; il s'en faut de beaucoup qu'on trouvetantd'avantagesdans les mortifications corporelles, qu'on peut dire n'être que des moyens pour la mortification intérieure; il ne faut pourtant pas les négliger ni les mépriser, comme font quelciues-uns. Toutefois, il faut en user avec modération et ne le pas foire sans l'avis d'un directeur. (Foy. Mon-

TIFICATIOM.)

O'i ne peut pas précisément les déterminer en particulier, il faut avoir égard aux forces, à la sinté et au lieu où l'on se trouve. Toun n'ont pas assez de forces pour faire beaucoup déjeunes, ni assez de santé pour porter la haire et le cilice, et autres instruments de pénitence; quel(iues-uns en auront ass(*z iK)ur en user uniourou deux de la semaine, et non continuellement. On se trouve en des lieux où l'on ne peut coucher sur la durts ni pratiquer certaines austérités, parce que ces mortifications pourraient être aperçues; dès lors il les faut omettre, car il est important qu'elles se fassent en secret. Mais on a toujours mille occasions de pratiquer des mortifications qui, quoique petites, ne laisseront pas d'être plus agréables à Dieu, plus exemptes de vanité que les autres qui ont plus d'apparence, et d'être plus méritoires a causede leur nombre, et parce qu'elles sont faites plus purement pour Dieu. Dans celles qui sont considérables, on ressent un appui et un soutien secret qui les rend faciles; on a le plaisir de penser qu*on a fait pour Dieu quelque chose gui en vaut la peine, et qui no se trouve point dans les petites mortifications. Par exemple, qui nous empêche de nous abstenir de regarder toutes sortes d'objets que nous aurions envie de voir, do retenir beaucoup de paroles que nous vou-

AFF

D'ASCETISME.

AFF

Page 1