‹ Dictionnaire d'ascétisme (volume 3)Chapitre 24 sur 186 · SG · texte numérisé non relu

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cirions dire, de morlifier noire curiosité en une infinité de rencontres où nous serions bien aisesd^apprendredes nouvelles ou autres choses indifférentes. Qui empêche dans le repas de se mortifier en beaucoup de manières, soit dans le boire, soit dans le manger, sans qu'on s'en aperçoive? Ces petites mortifications et autres semblables dont la pratique ne peut nuire à la santé, ni être aperçues du monde, ni donner priso h la vanité, doivent être conseillées. On peut en faire usage che2 soi, dans les rues, dans les églises, h la campagne, seul et en compagnie, h table et hors de table, clans le loisir et le travail, dans l'oraison et hors de l'oraison, dans les affaires fâcheuses et dans les agréables, en un mot, partout et à tout moment. Souvenons-nous que ce qui rend un marchand riche, c'est le soin qu'il apporte à ne pas laisser échapper le moindre gain. Imitons-le, et ne laissons pas échapper la moindre occasion de nous mortifier, et nous verrons bientôt le grand profit que nous retirerons de celte sainte pratique.

Le sixième effet de l'oraison affective, c'est d'inspirer un grand désir de la solitude^ et de porter au détachement de toutes les affaires^ au moins non nécessaires. Comme on voii dans le monde des personnes qui, avant certaines passions dans le cœur, cherchent les endroits les plus écartés pour soupirer à leur aise et exhaler leurs plaintes; ainsi les amants de Dieu aspirent après la solitude pour être libres de produire toutes les aifeclions que l'amour leur inspire. Il est bon d'être aussi silencieux et aussi solitaire que possible, mais il est dangereux , sans une vocation particulière, de se jeter dans une solitude extérieure trop grande ; il Test surtout de quitter l'état où l'on était, et où l'on croyait avoir été appelé de Dieu pour en 'prendre un autre, sous prétexte d'une solitude plus exacte. On peut jouir partout d'une solitude intérieure, sans laquelle l'extérieure serait plus nuisible qu'utile.

Par solitude intérieure ou entend un état où l'Ame se vide et se dénué de tout, pour demeurer seule avec Dieu, comme s'il n'y avait que lui et elle au monde. Telle a été la solitude de saint Philippe de Néry dans la ville de Rome, au milieu d'une infinité d'affaires que sa charité lui faisait entreprendre. Ce saint avait eu envie de se retirer dans quelque désert, mais Noire-Seigneur lui ût connaître qu'il le voulait solitaire dans Rome, non pas solitaire d'une solitude extérieure, mais intérieure. Telle fut celle de sainte Catherine de Sienne, qui s'était bâti un petit oratoire au fond de son cœur, pour s'y retirer et s'y entretenir avec Dieu, au milieu des embarras du ménage, dont ses parents l'avaient chargée pour la distraire de ses dévotions. Telles ont été celles de saint François Xavier, de saint François de Sales, et de tous les autres qui se sont employés au salut des âmes, et qui, parmi les embarras de leurs fonctions et de leurs emplois, étaient plus solitaires de la

véritable solitude que tous les ermites de leur temps.

Le septième effet de l'oraison affective est une certaine avidité de s*instruire de tout ce qui regarde Dieu et des voies qui conduisent à lui. On veut lire tous les livres dans lesquels on pense trouver les lumières dont on croit avoir besoin; on cherche ceux que l'on regarde comme capables d'éclaircir SOS doutes; on écoute avec soin les sermons, et on va dans les conférences spirituelles où l'on peut .apprendre ce qu'il faut faire pour avancer avec sûreté dans les voies intérieures. Dans cette manière d'agir, le principe est bon, mais il peut y avoir de l'excès; le trop grand empressement ne vaut rien. II est dangereux de consulter tant de monde et de lire tant d'ouvrages; car ce çrand nombre de gens et cette quantité de livres peuvent engendrer do la confusion dans un esprit. Pour tenir un juste milieu, il faut lire et consulter, mais sans trop le faire. Il faut lire des livres bien choisis, et consulter des personnes bien intérieures; mais qu'on se persuade bien que Dieu dans l'oraison nous en apprendra plus que tous les liv^res et tous les docteurs ensemble.

Le huitième effet de l'oraison affective, c'est d'aimer à parler de Dieu. On parle volontiers de ce qu'on aime, et comme cette oraison est celle de toutes où l'on a de plus grands sentiments d'amour pour Dieu, il ne faut pas s'étonner si on aime à en parler. Tous les autres entretiens sont insupportables aux personnes de cette oraison; elles Êasseraient les jours et les nuits à parler de ^ieu, comme autrefois firent saint Benoit et sa sœur sainte Scholastique. Si un père aime à parler de ses enfants, parce qu'il les aime; si l'on se platl è raconter ses ancien-^ nés aventures, parce qu'elles nous touchent de près; si un plaideur parle continuellement de ses procès, parce [qu'il y a son cœur; si un soldat aime à s'entretenir de la guerre et des occasions où il s'est rencontré, pourquoi un serviteur de Dieu n'aimerait-il pas à parler de celui qui seul doit être l'objet de son amour? Mais pour cela il faut être dans l'oraison affective ^ parce que, si l'on n'était que dans létal de méditation , on n'aurait pas tant de facilité ni tant d'ardeur pour parler de Dieu; et si l'on était dans une oraison plus avancée que Taffective, comme l'amour ne serait pas si sensible, on ne pourrait pas non plus parler si facilement de Dieu , ni avec tant de ferveur.

Il peut, sans doute, se glisser bien des défauts, lorsqu'on parle beaucoup de Dieu; car de là on peut prendre occasion de quelque vanité, en se persuadant faussement qu'on est bien avancé, et que la facilité à s'expliquer sur les matières spirituelles est une marque assurée du progrès qu'on y a fait. Or cela n'est pas toujours vrai. En effet, on trouve souvent des personnes qui sont parfaitement à Dieu , et qui cependant parlent peu des choses spirituelles, parce qu'elles sont tellement occupées de Dieu au dedans d'elle3-mêmes, qu'elles n'ont pas la

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liberté der se produire au dehors. Le saint homme Grégoire Lopez Qt connaître au P« Loza que de parler beaucoup des choses , môme bonnes et excellentes, n'était pas le meilleur. Celui-ci lui demandait un jour

IKMirquoi, étant si éclairé dans les voies de >ieu , il s'était tu , tandis que les religieux qui étaient venus le voir avaient beaucoup parlé et dit de très-bonnes choses? Le serviteur de Dieu lui répondit ce peu de mots : « Mon Père, laissons-les dire, et faisons, nous autres. » Il voulait par là nous faire entendre que souvent ceux qui parlent le plus de Dieu ne sont pas ceux qui sont le plus à Dieu. Un autre serviteur de Dieu disait qu'il valait mieux parler à Dieu que de parler de Dieu. D*apres cela, il sera bon de parler de Dieu dans Toccasion, mais de le faire modérément, non comme faisant le suffisant et Téclairé, mais seulement pour s*enQammer avec les autres de plus en plus dans Tamour de Notre-Seigneur.

Le neuvième effet de l'oraison affective, c'est d*in$pirer un grand courage pour surmonter loutes les difficultés qui se rencontrent dans le cours de la vie intérieure. Il n*est rien de si difiicile dont on ne vienne à bout tant qu'on est dans la ferveur que donne cette oraison , c'est alors qu'on déâe avec saint Paul toutes les puissances du ciel, de la terre et des enfers ; que l'on ne craint ni les menaces, ni les tourments, et qu'on se rit de la malice des hommes et des démous. D'où vient ce grand cœur? C'est de l'oraison, où Ton boit de ce vin nouveau qui donne celte hardiesse qu'eurent autrefois les apôtres, lesquels étaient toujours prêts à se présenter devant les tribunaux des juges et des empereurs. Ce courage n'est pas toujours bien solide ; car souvent il est appuyé sur une ferveur qui passe, et qui, nous étant ôtée, nous laisse dans la faiblesse qui nous élait naturelle; ainsi en arriva-t-il a David, comme il le rapporte lui-même: « Pour moi, j'avais dit dans mon abondance, je ne serai jamais ébranlé; mais. Seigneur, vous n'avez pas détourné plutôt votre visage de moi, que je suis tombé dans le trouble. » Le moyen d'éviter ce malheur, c'est de ne pas s'appuyer sur soi-même* mais sur la grAce de Dieu; de ne pas regarderies dif&cuités comme faciles à surmonter, mais comme insurmontables sansleconcours particulierdeDieu, et de persévérer toujours dans l'oraison, par laquelle s'augmentera de plus en plus notre amour, qui est, jdit le Saint- Esprit, fort comme la mort^ à laquelle rien ne {}eut résister. Cet amour ayant jeté de proondes racines dans nos flmes nous rendra courageux et invincibles à nos ennemis.

Le dixième effet de l'oraison affective est de nous donner un grand désir de mourir; afin d'abord d'être délivrés du danger continuel doffenser Dieu en cette vie, et ensuite afin de voir Dieu et de l'aimer parfaitement, ce qui ne peut se faire sans sortir de ce monde. Si nous avons égard à la chose en elle-même, il est plus parfait d'être indifférent à tout, que d'avoir quelque désir pour

quoi que ce soit; et si '.'on a égard A la diversité des dispositions, il sera meilleur pour 3uelques-uns de désirer la mort, pour 'autres de souhaiter la vie, et pour d'autres d'être indifférents pour l'une et pour l'autre* Saint Paul a désiré la mort, saint Martin a été indifférent pour la mort et pour la vie, el saint Ignace eût choisi de vivre, plutôt que d'aller seul au ciel, s'il eût su que sa vie eût été utile pour le salut des hommes. Tout dépend de la disposition où Dieu nous mol; ce q\i*il veut nous est toujours le meilleur,

S[uoique ce ne soit pas toujours le plus parait considéré en soi-même. Il est cependant certain que c'est un très-bon effet de l'oraison, que de nous donner d'ardents désirs de mourir pour les fins et les tDOt'fs indiqués, et c'est alors que s'accomplit le proverbe, queles saints ont la vie en palienoe. et la mort en désirs.

Le onzièmQ effet de l'oraison uffeetive, c'est un grand xile pour le salut des âmes. On ne saurait s'imaginer jusqu'où va le zèle des personnes d'oraiaon; c'est un feu qui Ihs brûle et las consume ; elles passent avec joie les mers pour le salut des Ames, elles se privent de tout plaisir et de toute satisfaction pour les secourir; et ce qui est plus admirable, elles s'offrent A la justice divine pour souffrir les peines qui seraient dues aux Ames dont elles ont entrepris le salut. Et il ne faut pas douter que cette offrande ne soit un très-grand acte de charité; « car, personne, disait Notre-Seigneur, n'en saurait avoir une plus grande que de mourir pour ses amis. » C'est ce zèle qui faisait dire h sainte Thérèse: « Quel grand malheur serait-ce donc quand je serais jusqu'au jour du jugement dans le pui^gatoire, si par ce moyen une seule Ame pouvait être sauvée? » Il est bien certain qu'un prêtre qui est dans cette oraison, quand il est appliqué A la conversion des Ames, prêche, catéchise, fait des conférences, entend les confessions avec beaucoup plus d'onction et d'utilité que les autres. Quelquefois Dieu sa contente de la bonne volonté de ceux qui s'offrent pour recevoir la peine due aux Ames dont on désire le salut d'une manière particulière; mais d'autres fois il les prend au mot et leur fait sentir la pesanteur de son bras, de telle sorte qu'il n'y a pas de peine comparable A la leur, comme on le verra plus loin, en parlant des peines de cette oraison; il n'y a que les grandes Ames qui soient capables d'un si généreux dessein; si quelques autres se mêlent de vouloir s'offrir de la sorte, c'est qu'elles ne savent pas ce qu'elles font. Pour s'offrir de cette manière, il faut, 1* être déjà avancé et bien établi dans la vertu; 2" se sentir porté A faire cette offrande par un mouvement de la grAce ; 3* faire approuver ce dessein par un directeur habile.

Le douzième et dernier effet de l'oraison affective, c'est le mépris que Von fait de ce que dira le monde. On commence A n'avoir plus de respect humain, quand on est une fois dans l'oraison affective. Dans le premier

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D'ASCETISME.

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degré d*oraison, on garde encore quelques mesures, on ressemble à ces disciples de Nolre^Seigneur qui le venaient trouver la nuit, parce qu'ils craignaient les Juifs. 11 est un temps où il convient de cacher ses bons desseins, et d*être de ces serviteurs cachés de Jésus-Christ; mais quand une fois le feu de Tamour de Dieu est fortement allumé dans un cœur, il n'est pas possible de le cacher, il faut qu'il paraisse; et il peut le faire sans danger, parce que l'on est affermi dans de bonnes résolutions. Lorsque quelque plante a été nouvellement transplantée, on la couvre, de peur que les ardeurs du soleil ne la fassent sécher, ou que le trop grand froid ne la fasse périr; mais quand une fois elle a pris racine, ces précautions sont inutiles. H est très-bon sans doule, et même nécessaire de ne ftiire jamais ostentation du bien qui est en nous; mais il est très-bon aussi de paraître, dans certaines occasions et dans certains temps, serviteurs déclarés de Jésus-Christ.

L'oraison affective est exposée à des défauts. H n'est rien au monde, quelque excellent qu'il soit, dont on n'abuse; et l'oraison affective n'est pas exceptée [de cette règle générale. Tous ceux qui la pratiquent ne vont pas toujours si aroit dans cette route qu'ils ne se trompent quelquefois et ne s'égarent même, s'ils ne sont bien sur leurs gardes, et s'ils n'ont de bons guides pour les préserver de leurs égarements.'

Parmi les défauts auxquels on est exposé dans l'oraison affective^ le premier est Vipuisèment. On se laisse aller quelquefois tellement à sa ferveur, que la poitrine et la têle en souffrent beaucoup, en sorte qu'on su trouve dans l'impossibilité non-seulement de continuer son oraison, mais même do s'acquitter de ses autres fonctions ; cela arrive à force de faire des actes et de pousser des soupirs et des élans avec trop de violence.

Le remède à ce défaut est de se persuader que les actes les plus sensibles ne sont pas les meilleurs, que Dieu est esprit, et qu'il aime à être servi beaucoup mieux que par le sentiment. Pour bien entendre ceci, il faut savoir que notre Âme, tout indivisible qu'elle est, fait en nous des fonctions diverses, fille nous fait croître comme les plantes, elle nous fait sentir comme les bêtes, et elle fait de plus la fonction d'âme raisonnable. Or il est certain qu'en tant que raisonnable^ elle produit des actes beaucoup plus parfaits qu'en taot que sensilive. Les actes raisonnables , absolument parlant , ne sont point sensibles; ils ne le deviennent que par une espèce de rejaillissement et de connexion; c*est ainsi que, lorsqu'on remue une chose jointe à une autre, il est presque impossible que l'autre ne remue en même temps. Ainsi, quand je produis un acte d'amour de Dieu, cet acte n'est point sensible par lui-même; mais comme l'ftme, en même temps qu'elle est raisonnable, est aussi sensitive, elle ne fait pas plutôt cet acte d'amour de Dieu par la volonté raisonnable et

spirituelle, qu'il reiaillit sur la volonté sen-^^ sitiv^, si on peut l appeler ainsi, et par lA cet acte est rendu sensible. Si donc Ton pouvait faire en sorte que notre acte fût seulement spirituel, et qu'il fàt déçagô des sens, il ne laisserait pas d'être très-bon; car il ne plaît pas à Dieu en tant qu'il est sensible^, mais seulement en tant qu'il est produit par la volonté spirituelle aidée de la grâce. De là vous devez conclure que ces efforts que l'on fait pour rendre l'amour ou d'autres actes sensibles, sont fort inutiles» ne profitent point à l'âme, et ne font qu'affaiblir le corps. 11 vaut donc mieux s'accoutumer de bonne heure à simplifier et à spiritualiser ses actes.

Il est assez difficile de faire comprendre comment il faut simplifier et spirituaiiser ses actes : voici cependant ce qu'on en peut dire. Imaginons-nous que notre âme est comme un petit château (cette comparaison est de sainte Thérèse); ce château a ses dehors et ses dedans ; les sens résident au dehors, et la volonté au dedans ; quand les actes sont poussés avec véhémence, ils prennent bien naissance de la volonté qui est au dedans, mais ils se répandent jusqu'au dehors, c'est-à-dire jusqu'aux sens, et voilà pourquoi ils sont rendus sensibles; donc, pour les simplifier, les ^iritualiser et les rendre moins sensibles, il faut faire en sorte qu'ils ne sortent point de Tintérieur de Tftme, les produisant non avec ces efforts qui les font rejaillir jusqu'au dehors, mais sans bruit, d'une manière douce et suave ; c'est ainsi que nos actes seront simples et dégagés des sens. Voici une pensée qui vous rendra

f»eut-être la chose plus claire : Si nous vou* ions nous imaginer quelque objet spirituel, nous nous formerions l'idée d'une cnbse déliée, mince et délicate, tout au contraire des objets sensibles, qui sont toujours grossiers. Pour rendre donc nos actes ainsi déliés, minces et délicats, il faut les simplifier. Voici encore une autre manière de faire comprendre la chose : Quand on demande, en théologie comment les anges et les Ames bienheureuses, séparées de leurs corps, parlent ensemble, plusieurs théologiens répondent que ces bienheureux esprits parlent entre eux par une direction d'intention, c'est-à-dire qu ils veulent se parler de quelque chose; cette volonté est leur langage, ils n^en ont point d'autre; un seul acte de leur volonté communique leurs pensées. Qui nous empêche défaire de même pour parler à Dieu? un petit signe de notre volonté suffirait, et, sans élans et sans affections sensibles, ce petit signe lui dirait ce qu'on aurait à lui dire, et plus éloquemment, et sans danger de s'épuiser.

On ne conseille pas d'en venir là tout d'un coup, mais peu à peu, parce qu'on a besoin pendant quelque temps d'un peu de sensibilité pour se soutenir, et qu'on s'exposerait à supprimer les grâces sensibles qu'il plaît à Dieu d'accorder pour nous fortifier dans les premiers états de la vie spirituelle. Quand ce Dieu de bonté teul conquérir la

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petit chAieau de notre &mo, il commence par les dehorst c'est-à-dire pnr les sens, pour finir par le dedans, c*esi-à-dire par le spirituel. Il gagne les sens en y répandant ses douceurs, et il viendra ensuite à gagner la volonté par une paix qui êurpasse tout sentiment: ilfaut le laisser faire, nous tenant cependant dans la disposition de simplifier nos actes peu à peu, jusau*A ce qu'enfin ils deviennent tout spirituels, autant qu'il est possible en ce monde, oii TAme dé{>end trop des «ens, pour que les actes soient tout a lait dégagés, comme ils le seront en l'autre vie.

Le second défaut dans lequel on peut tomber dons l'oraison affective^ c'est de mettre toute sa dévotion dans les ferveurs de l'oraison, sans faire attention aux bonnes œuvres qu'on doit produire, et aux vertus que l'on doit acquérir. Agir de la sorte, ce n'est pas agir raisonnablement, mais faire du moyen la fin. Le moyen pour acquérir les vertus, c'es.t l'oraison ; ce serait donc une erreur de s'arrêter à l'oraison, comme si c'était la fin et non un moyen. De ce vice naissent de grands maux.

Le premier, c'est que, ne travaillant point è s'exercer dans la pratique des vertus, on n'est ni humble, ni doux, ni patient ni charitable! ni mortifié.

Le second, c'est que les passions restent pleines de vie, et qu'ainsi on est h tout moment en danger ae tomber en de grandes fautes,, et on n'v tombe en effet aue trop souvent. Et voila ce qui scandalise les gens du monde : quand ils voient une personne^ faisant profession d'oraison, être emportée, 6tre délicate sur le point d'honneur, aimer ses aises, rechercher ses petits intérêts, ils en sont plus mal édifiés que de tous les péchés que les mondains peuvent commettre.

Le troisième, c'est que ces personnes s'attachent tellement h l'oraison, qu'il n'y a pas moyen de la leur faire quitter, quand Dieu même les appellerait A d'autres occupations; si quelqueiois on les tire de là, elles en sont fort chagrines et de mauvaise humeur, à peu près comme un petit enfant qu'on Ôte du sein de sa nourrice; vous l'entendez crier, se tourmenter, jusqu'à ce qu'on le remette à l'endroit où il était. U en est ainsi des personnes qui font consister toute leur dévotion dans les ferveurs de l'oraison.

Le remède à ce défaut, c'est de se désabuser et ne pas prendre le change, c'est-àdire, le moyen pour la fin ; de ne pas aspirer seulement à la douce conversation avec Dieu, ni aux tendres embrassements de l'Ame avec lui« mais de se perfectionner tous les jours de plus en plus, et de mêler la pratique des bonnes^œuvres et l'exercice des vertus à celui de 1 oraison. Il sera bon de prier pour cela votre directeur de vous exercer et de vous faire pratiquer la vertu. Avec ces moyens, il est à espérer qu'on ne tombera pas dans le malheur, où plusieurs se trouvent engagés, de faire oraison, sans en être meilleurs.

Le troisième défaut dans lequel on tombe

dans l'oraison affective, c'est de se persuader qu'on est beaucoup plus avancé dans la vie spirituelle qu'on ne l'est en effet; de mesurer ses progrès sur les grands sentiments qu'on éprouve, de compter sur ses bonnes intentions, sur ses saints désirs, et sur certains desseins de procurer la gloire de Dieu ; tout cela est quelque chose, mais ce n'est pas tout, à beaucoup près. Cependant il arrive de là qu'on vient à mépriser ceux qui ne sont pas dans cet état de ferveur, et qui pourtant peuvent être plus parfaits. Ceux-ci n'ont pas tant de i^roles, ils n'ont pas tant dq bons sentiments, ils n'ont pas une ferveur si sensible, ils agissent avec plus de modération que les autres « et c'est i>our cela qu'ils en sont méprisés comme gens qui n'ont pas d'amour ae Dieu ni de zèle pour sa gloire. Mais ces premiers se trompent 0t ne s'aperçoivent pas que cet amour, qu'ils se' vantent tant d'avoir, n'est encore que dans les dehors de l'Ame, c'est-èdire dans les sens; il n'est souvent que superficiel, pendant aue celui des autres est {»eut-être dans le lond, et pénètre jusuu'à' 'intime de l'Ame.

Un peu plus d'humilité est le remède qu'il faut employer. Les vrais humbles s'estiment toujours pires que les autres et croient les autres beaucoup meilleurs. 11 faut donc se persuader qu'on ne doit pas juger de la perfection d'après les apparences. II n'est rien de plus aisé que de se tromper en ce point. Il n'y a que Dieu qui puisse juger de la perfection qui est tout intérieure. Il faut encore bien croire que tout le monde n'est

(»as conduit par la même voie, car il y a diférentes routes dans la vie spirituelle, et si les uns sont attirés par les grandes ferveurs, d'autres pourront être conduits par une autre route qui n'aura pas tant d'apparence, mais qui ne laissera pas de les mener aussi droit et peut-être plus sûrement. Ainsi, l'on se tiendra donc petit devant Dieu et devant les hommes.

Le quatrième défaut dans lequel on peut tomber dans l'oraison affective, c'est de se croire conduit et poussé par le Saint-Esprit en tout ce qu'on tait ; de penser être inspiré du Saint-Esprit pour entreprendre quelque bonne œuvre que le Saint-Esprit ne demande nullement; de croire être éclairé d'en-haut pour donner des avis aux uns, reprendre les autres, ou pour remédier à quelques désordres.

Voici quelques marques qui feront connaître si c'est le Saint-Esprit qui inspire Îuand on se sent poussé à quelque chose : * quand l'inspiration nous porte à quelquo chose de bon et de conforme à notre étal et à notre condition; 2* quand l'inspiration est suivie d'une grande paix; 3" quand elle est accompagnée de beaucoup d'humilité et de bas sentiments de nous-mêmes; i* quand elle vient dans les temps où l'on est plus attentif à Dieu, comme dans l'oraison et après la communion; ce sont là des marques que l'inspiration est bonne. Que si la chose pour laquelle on se croit inspiré est con-

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