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traire à Tétat ou à la condiiito ordinaire do I Eglise et aux avis des direclciirs, il est bien à craindre que ce ne soit une illusion ; de m6me,silapenseequ'onainquièleellrouble»
ou si elle jette dans un grand embarras d'esprit. Il en faut dire autant, si cette prétendue inspiration donne des sentiments d*orgueil, si ell6 Ate le dessein qa*on doit avoir de 8*éclairer en consultant son directeur et des gens expérimentés dans le discernement des esprits, et surtout si elle est accompagnée d*une grande opposition à se soumettre à leurs avis.
Le cinquième défaut dans lequel on peut tomber dfans l'oraison affective, c'est une trop grande activité et un trop grand empressement dans les bonnes œuvres qu'on entreprend. Car certaines personnes ne pense-* raient pas correspondre comme il faut à la grande ferveur que Dieu leur donne, si elles ne se jetaient pas comme à corps penlu dans les saintes occupations extérieures conformes à leur état. Elles s'y donnent de tout leur cœur, sans se ménager, mais aussi sans se souvenir qu'elles perdent la paix de l*âme par cette grande activité, et que ce n'est point Ih imiter Dieu qui fait toutes choses fortement, h la vérité, mais suavement et arec une tranquillité qui ne peut jamais ôtre troublée.
Il ne vaut pas mieux tomber en ce défaut
Sue dans un autre tout contraire, qui serait e faire ses exercices de piété, ou les bonnes ouvres que Dieu demande de nous, avec négligence et tiédeur. La différence qu'il y
Il entre ces deux manières d'agir, c'est que a première tire son origine d'une bonne cause dont pourtant on ne se sert pas comme fl faut; et la seconde, d'un mauvais principe, qui n'est autre chose que la paresse et la Uédeur. Ceux qui opèrent de la première fèçon doivent iaire comme le cavalier monté sur un cheval fougueux, qu'il retient dans son ardeur en lui tirant la bride de temps en temps, afln de le modérer; et ceux qui agissent de la dernière manière, doivent ressemblera celui qui est monté sur un cheval lent et paresseux, qu'il flâut exciter souvent de l'éperon.
Le sixième défaut dans lequel on peut tomber dans l'oraison affective, c'est le zèle indiscret. Il y a des personnes qui entre* prennent des affaires trop au'-'dessus de leur portée; il suflil qu'une œuvre soit bonne, ou en aitseulemenl l'apparence, pOurqu'elles se mettent en devoir ue la faire, sans consulter !si elle est faisable, si elle convient h leur état, et surtout si elle est de la volonté de Dieu.Ilycn a d'autres, ou qui invectivent trop flprement contre les pécheurs, en sorte qu*il y parait plus de passion que do zèle, ou qui les reprennent a contre-temps, lorsqu^ils ne sont pas en état de profiter de la correction qu'on leur fait, ou qui, ne pouvant supporter la moindre imperfection dans leur prochain, se cho(|uent de tout, se scandalisent de tout, et voudraient que les autres fussent parfaits tout d'un coup. Il en est encore qui exposent lémérn romont h'ur
Diction?^. d'A^'ktis^îx. I.
*nliit, sous prétexte de sauver le prochain, comme quand on se môle sans vocation, sans conseil et sans prévoyance, de retirer certaines personnes de leurs désordres; ou de fréquenter d'anciens amis sans religion et sans principes, dans l'espérance de Itii ramener de leur égarement; ou bien quand on abandonne l'état où l'on était appelé de- Dieu, sous prétexte d'aller convertir ses pa-i rents ou ses compatriotes. Quelquefois, on; se met en tête daller faire des avertisse-' menis à des personnes considérables, qui,' sans doute, ne les recevront pas en bonno. part. D'autres fois, on a un empressement étrange pour enseigner l'exercice de l'oraison, voulant y mettre tout le monde, se fâchant si on ne veut pas écouler, blâmant aisément ceux qui ne sont pas de noire sentiment. On tombe encot e en ce défaut quand on s'accable de morlificntions extérieures, qu'on fait des jeûnes excessifs, des veilles trop longues, des austérités au-dessus de ses forces, qu'on entreprend des travaux auxquels on est ensuite obligé de renoncer. C'est un autre zèle indiscret, que de vouloir communier plus souvent que ne le veut le directeur, que de murmurer de sa conduite, et de trouver à redire qu'il permette à d'autres plus de communions Qu'à nous; que de passer la règle qu'il a donnée là^dossus, et dé se cacher de lui pour communier contre ses ordres. Enfin, c'est un zèle indiscret de vouloir avancer dans les voies de l'oraison plus que Dieu ne veut. Comme Dieu fait toutes choses sagement, et que, pour Fordinaire, il veut que nous allions h lui pas h
f)as et par degrés, il ne convient pas de vouoir monter au premier degré avant d'avoir passé ^ar les premiers. Voilà les dan^rs où peuvent se trouver les personnes qui ne se conduisent pas comme il faut dans Toraison affective, ou qui abusent de ce saint exercice.
Les difficultés et les peines qui accompagnent l'oraisoii affective sont les mômes que celles rapportées dans la méditation; elles sont communes à tous les états d'oraison; dans tous se trouvent des distractions, des sécheresses, des dégoûts, des vides, les persécutions des hommes, des tentations du démon; pais avecr cette différence que dans le second degré d'oraison, les peines sont plus grandes que dans le premier. Les distractions, par exemple, sont plus sensibles dans l'oraison affective, parce qu'elles viennent nous troubler lorsque nous possédons une plus grande paix. Les priv^tions sont plus difficiles à supporter, parce qu'elles nous privent d'r^'e plus grande jouissance. Les persécution^ du côté du monde sont plus fréquentes et plus rudes, parce que nous nous éloignon$ encore plus de ses maximes que dans l'état de méditation. Les attaques du démon sont plus terribles, parce qu'il est irrité contre nous, et que Dieu, voyant que nous sommes plus forts pour lui résister, lui permet de nous tenter avec plus de violence.
Voici les fonlalions les plus communes
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du démon dans Tor/iison aiïcclive : la première, c'est la lenlalion de vanilé; on se voit en cet état tout plein de ferveur, rempli de bons désirs, tout ardent d*aiûOur de Dieu et du prochain; on se sent on soi-môme un si grand mépris des biens du monde, des plaisirs et des vanités du siècle, que Ton croit être quelque chose; on en vient même quel-
Juefois jusqu'à douter si on peut avancer avantage, et s'il est un état meilleur; de cette pensée, le démon nous inspire de Teslime Dour nous et pour tout ce que nous faisons, et nous donne du mépris pour les autres et pour leur état.
Le remède à celle lenlalion, c'est que celui qui est aiiisi icnté se persuade bien qu'il n'est encore que novice dans les voies intérieures; que ce ne sont pas les bons sentiments qui rendent meilleurs, qu'il y a encore bien du chemin h faire avant d'arriver au terme où l'on tend. Il faut se souvenir qu'on peut perdre son trésor en un instant, par une seule parole, par une seule pei;sée (le son esprit, par un seul désir de son cœur. Il faut cacher a tout le monde le peu de bien
3u'on a en soi, et ne j>as s'exposer h le perro en le faisant paraître sans nécessité; qu'on se le cache autant que possible h soimême, et qu'on prie Dieu avec Ddvid de détourner ses yeux de peur quils ne voient la vanité. On doit a^rôter ses regards sur ses imperfections qui sont encore en assez bon nombre, croire (ju'on ne les voit pas loutes, se souvenir de ses péchés passés , faire comme ceriaines porsonnes qui, ayaiil été élevées h une haute fortune, conservent les marques de leur première condition pour se rappeler ce qu'elles ont été, et pour empocher par ce moyen que leur condition présente ne les aveugle. Si l'on est fidèle à suivre ees avis, la vanilé ne trouvera point d'entrée dans notre esprit.
La deuxième tentation du démon, c'est pelle de la colère. Le démon tente de. ce jc6té-lèy parce que, dans l'oraison alfective, on est plein d'ardeur pour Dieu, pour le prochain, pour le ciel, etc.; et ces ardeurs, toutes saintes et toutes spirituelles qu'elles
fouissent être, ne laissent pas, à cause de la iaison qui se trouve entre la partie raisonnable et la partie animale, d'échauffer la partie inférieure de notre âme où résident les passions. Or, de toutes les passions, ciilic qui prend le plus tôt feu, c'est la co- ]LTe, et ainsi celte partie de nous-mêmes» où Ja colère réside, étant échauffée, elle se ressent plus que toutes les autres passions de celte chaleur. Le démon, qui voit cette disposition, souffle de son côté et achève d'allumer en nous le feu de la colère. On est ' :iiO; e tenté de colère dans l'oraison ail'ec- ' , parce qu'il est malaisé d'être sans çiuel- : attache pour les douceurs de l'oraison, - , jelles sont plus sensibles dans ce degré dans les autres; or, quand quelqu'un < rrompt ces douceurs en nous détournant « i'oraison, soit pour nous parler d'afl'ai- ' p soit pour quelque autre chose, comme i ious arrache de ee que nous aimons, il
nous arrive alors ce qui iirrive à ceux que l'on retire d'un grand divertissement, tels que la comédie, la chasse ou un festin, etc., on est disposé à la colère, à l'impalience et au chagrin; le démon, voyant cette disposition, no manrjue pas de faire tous ses eflforts pour nous y laire tomber.
Le remède à cette tentation, c'est, l*" d*avoir recours h Jésus-Christ qui nous dit : Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur. Celui qui se sent porté à la colère doit donc s'adresser è Dieu et lui dire avec conOance: Mon divin matlre, enseignez-moi la douceur, permeltez-moi d'être Votre disciple et apprenez-moi celte grande leçon do mansuéluue que vous êtes venu enseigner au monde. 2" Ne pas parler, ne pas dire un seul mot quand on se sent ému de colère; mais tâcher de.se retirer à Técart et de se mettre en oraison jusqu'à ce qu'on ait recouvré sa première tranquillité. 3" Si on a le malheur de faillir, ne pas s*en émouvoir, ce qui serait le moyen de tout gâter ; mais s'humilier alors profondément devant Dieu et reconnaître que les emportements sont les fruits delà terre maudile de notre cœur. Par cet acte d'huuiilité, l'on profite de sa chute et l'on entre dans l'intention que Dieu a en permettant que nous soyons tentés et que nous succombions même h la tentation. Il veul nous faire comprendre notre faiblesse et le besoin que nous avons de son secours dans la lenlalion. k" Il faut se déta* cher des douceurs de l'oraison pour qu'elles ne servent plus d'occasion 5 la colère, et être content d'en être privé si Dieu le juge à propos. 5** S'imposer une pénitence et se punir de s'être laissé aller è quelque emportement. Ce remède est général pour toutes sortes de chutes. 11 n'y aurait qu'à s*Qn servir pour ne plus tomber, ou du moins pour tomber plus rarement.
La troisième lenlalion du démon dans l'oraison affective, c'est l'impureté. Il arrive quelquefois que quand Tâme se sent embrasée d'un feu tout sacré et tout céleste, le corps se trouve en proie à un feu infernal. Le démon forme en nous mille représentations infâmes, en faisant comme passer en revue dans notre esprit tous les objets que nous a^ons pu voir dans no're vie, et qui peut-être nous ont autrefois fait tomber dans le péché : celte tentation est une des plus pénibles pour des âmes qui, aimant Di«*u comme elles font , doivent avoir en même temps un grand amour pour la sainte verlude [)urelé. Quelle confusion pour elles de se présenter à leur chasle époux se croyant pleines de souillures 1 De quelles craintes ne sont-elles point agitées, dans le doule si elles ont consenti ou non, si ces pensées, si ces mouvemonls ne sont pas volontaires! Quelles peines n'onl-elles point à s'expliquer là-dessus à leur confesseur l Klles pensent no s'être jamais bien déclarées ou q4ie leur confesseur ne les a pas bien entendues et n'a pas bien compris ce qu'elles voulaient dire. On voit par là combien cette te;Ualion est fâcheuse.
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Les nuteurs qui ont Irailé celle raalière ont marqué beaucoup de praliqucs Irèsboiines pour se garantir de la violence de celle lenlalion; Il suffira d'en rapporter deux : La première esl de s'humilier beaucoup, car la fin que Dieu se propose ordinairement en permettant qu'on soit ainsi tenté, c'est l'humilité. En effet» rien de si humiliant que ce qui se passe dans cette espèce de tentation. 11 faut donc, pour accomplir en cela le bon plaisir de Dieu, s'abtmer devant lui à la vue de ses misères , reconnaîlre de bonne foi que toutes ces pensées, ces représentations et ces mouvements ne sont aue de mauvaises exhalaisons qui sortent de nous comme d'un fumier infect, tel que nous sommes véritablement; que si Dieu ne nous soutenait, il n*y a pas d'abominations auxquelles on ne se laisserait aller. La deuxième pratique, c'est de mépriser la lenlalion le plus qu'on pourra. Qu'on se donne bien de garde de s'alarmer, quelque chose qui arrive en cette matière; qu'on ne s'amuse pas à se trop agiter et h trop se re"muer, comme le font quelques-uns, croyant qu^en changeant si souvent de posture, de place, de lieu et d'occupation, ils viendront a bout de cette tentation. Cela peut servir quelquefois, et quand on a l'expérience que ces moyens sont utiles, on peut en user; mais pour l'ordinaire ils sont plus nuisibles que profitables. Tous ces mouvements ne servent qu'à amuser le démon qui ne chercbe qu'à nous inquiéter, car il sait bien qu'il ne pourra jamais faire tomber dans un pécHé pour lequel on a tant d'horreur; le véritable moyen de le tromper et de le vaincre, c'est de ne pas s'ébranler de tous les assouts qu'il livre, mais de rester sur le champ do bataille, sans faire aucun cas de toutes ses attaqiu}S, quelque violentes qu'elles soient. Qu'on se donne garde surtout d'abandonner l'oraison, sous prétexte que c'est pendant qu^on la fait qu'on est agité de cette importune tentation. C'est justement cet abandon que le démon désire; il n'en demande pas davantage. Sors de l'oraison, disait-il un jour à une âme accablée de toutes sortes de tentations impures; ne vois-tu pas que tu pèches grandement, puisque tu continues un exercice qui est la cause de tous ces désordres qui se passent en toi? mais celte Ame ne fit pas semblant de l'écouter et demeura victorieuse.
Il faut encore avoir bien soin de ne jamais parler avec ses amis spirituels de ce qui se passe touchant la tentation d'impureté; il faudrait même qu'on n'en parlât que tori sobrement avec son directeur; et si i'oA est obligé de se confesser de quelque chose qui regarde cette matière, il faut le faire en des termes qui ne puissent renouveler aucune mauvaise idée. 11 fout de plus éviter rcmpressement où sont quelques-uns de lire les livres qui traitent de ce sujet, et de consulter plusieurs maîtres de la vie spirituelle pour éclaircir leurs doutes; au lieu d'exagérer les peines que cause cette tentation, le mieux esl de les mépriser et d'en
détourner son esprit, parce que plus on y pense» plus on en parle, plus on la regarde comme quelque chose de considérable, plus elle sMmprime dans l'esprit^ et plus on a de peine h l'en bannir.
Knfin, quand quelque chose vous est arrivé que vous doutez être un péché, il faut non vous chagriner et vous désespérer, mais garder toujours la tranc[uilli^â de votre âme, et continuer vos exercices spirituels, vous contentant de vous humilier et de demander promplement pardon à Dieu de votre infidélité , s'il y en a eu , vous réservant de vous en confesser à l'occasion, Kans y songer davantage. — L'oraison affective est quelquefois une oraison surnaturelle^ pas^ sive et infuse. Or, on appelle oraison surnaturelle, passive et infuse celle que Dieu opère en nous, par une grâce spéciale et extraordinaire, et où nous n'avons d'autre part, sinon aue nous la recevons, et qu'en agissant par l'impression donnée, nous consentons à roi)ération divine qui se fait en nous. Pour bien entendre ceci, il faut com-' nnrer l'oraison commune et ordinaire avec l'oraison surnaturelle et passive. La première se fait en nous et par nous avec la grâce commune; on fait, par exemple, des considérations, on produit dus affections : co sont \h des actes de l'oraison ordinaire que tout le monde peut faire avec la grâce d^ Dieu, laquelle grâce est donnée communément et ordinairement à tout le monde* Pour la seconde, il n'en est pas de même : Dieu la donne h qui il lui plaît et quand il lui plaît; c'est un don qui n'est pas commun et ordinaire, mais spécial et particulier^ et c'est pour cela qu'on l'appelle opération dso Dieu en nous. On l'appelle encore, oraison
Îmssivei parce uu'elle est reçue en nous, h a différence delà première, nommée aclivet parce que c'est nous qui agissons en cetla oraison en produisant des actes, tandis qu'en celle-ci, c'est Dieu qui agit, et, pour nous, nous ne faisons que recevoir so»
opération, et consentira ce qu'elle se fasse en. nous; non que notre esprit et notre cœur n'agissent alors, mais c'est qu'ils agis* sent par une impression particulière que Dieu leur donne, et qui n'est point àe nous, mais que nous recevons et à laquelle nous nous soumettons.
Quant à savoir s'il y a quelquefois du surnaturel et du passif dans l'oraison, il est certain que Dieu se communique quelquefois spécialement à certaines âmes dans cet état d'oraison affective, et qu'il opère particulièrement en elles.
Les opérations de Dieu dans ces âmes se montent à huit, mais elles n'ont pas lieu dans tontes les âmes qui sont dans Télat d'oraison affective. Il y a de ces grâces qui ne sont accordées qu'à des âmes choisies, ou parvenues dans les derniers degrés de la vie spirituelle. Ainsi beaucoup de personnes n» laisseront pas d'être très-avancées dans les voies de l'oraison, sans que pour cela elles aient jamais éprouvé aucune des opération» divines dont on va parler.
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La première opératicm ou grAce dont Dieu ftiTorise certaines personnes dans Toraison affective est le don des larmes que Dieu donne h quelques-uns en si grande abondance, que jour et nuit ils en sont tout baignés. Un mot çiu^ils entendront ou qu*ils liront, le souvenir de leurs péchés, un regard sur quelqu'une des souffrances do Notre-Selgneur ^a vue d*uno image ou do quelque autre oiijcty leur 4iro aussitôt \es larmes des yeui , et leur en fait répandre par torrents. St nous ne regardions simplement que les larmos, ce serait peu de chose; mais il faut voir la source d*où elles coulenl , qai n*est autre chose qu*une certaine tendresse d'Ame; or cette tendresse est une grande grAce, de môme que la dureté du cœur est un grand malheur.
La deuxième grAco sont certains entretiens tendres et amoureux entre TArue et Notre-Sôigueur. Ce n'est ni par findusirie ni par les efforts de cette Ame que ces colloques ont lieu ; car il n'est pas en son pouvoir d'en obtenir de semblables, quelques efforts qu'elle fasse pour cela. Aussi les at-elle souvent lorsqu'elle y pense le moins, et est^elle tout étonnée quand elle s en aperçoit« Tout ce qu'elle a a faire alors, c'est 4e se tenir passive, c'est-à-dire sans agir par aucune propre opération, laissant faire Notre-Seigneur » consentant seulement à ce qu'il fait en elle, et se tenant dans un grand repos , tant que cette grAce dure.
La troisième grAce dont Dieu favorise certaines personnes dans Toraison affective, ^ont des embrassements fort étroits de l'Ame avec Notre-Seigneur. On a vu des per-scMines qui, dès le matin, en s'éveillant, se 4rouTaient dans ces divins embrassements, qui leur continuaient presque toute la journée. Cette KfAee leur durait pendant des temps considférables, et avec tant de douceur qu'elles ne pouvaient l'expliquer que par des exclamations. Ohl si l'çn savait ^sombien le Seigneur est douxl disaienl- Hriles; ô hommes, s*écriaient*elles, à quoi tsengez-Vous de quitter le service d'un Dieu si bon , pour suivre de misérables créatures qui n'ont d'autre récompense à vous donner àoe beaucoup d*amertumet Ces deux •dernières grAaes produisent de grands détachements de toutes choses, des mépris de tout ce qui est estimé dans le monde , des désirs de souffrir» d'être méprisé, foulé aux pieds et autres semblables; il suffit de dire qu'il ne faut que jouir un moment d'une de ces gr£cos pour en ressentir des eflets qui durent quelquefois toute la vie.
La quAtrièras grAce dont Dieu favorise certaines personnes dans Toraison affective, c'est celle qu'on nomme langueur d'amour, qu'éprouvait l'épouse des cantiques quand elle disait : Je vous conjure^ filles de Jéru-» salem , de dire i m jn oien^imé q*u je lan» guis d'jiBovr. C'est ec qu*oot éprouve beaucoup de saintes Am )s qui menaient une vie languissante, et étaient presque toujours comme ians des défaillances d amour. Tels étaient saint Bernard et saint François d'As-
sise, sainte Catherine de Sienne et sainte Thérèse, sainte Angèle de Faligny et saintes Catherine de Gênes, comme on peut le voir en leurs Vies^ et comme nous en assure saini François de Sales dans son livre De t*amour de Dieu. Tel était encore saint Philippe de Néri, dont le cœur était si enflammé, qu'il en serait mort si la Providence n'y avait pourvu; on sait que deux de ses côtes s'é<levèrent et se rompirent, pour donner plus d'espace à son cœur embrasé, afm que, respirant plus d'air, il en fût rafratcnl. Tels étaient enOn plusieurs grands serviteurs de Dieu , dont I amour était si ardent , qu'il leur fallait mettre plusieurs linges mouillés sur la poitrine pour les empêcher de mourir.
La cinquième grAce de Dieu dans l'oraison affective est celle qu'on appelle H- Îué faction j ou écoulement de l'Ame en ieu, et dont parle le saint roi David, quand, regardant d*un esprit prophétique les tour* menls du Fils de Dieu, il dit : Mon eemr s^est fondu comme de ta cire au milieu de mes entrailles. Saint François de Sales, parlant de cette grAce que Dieu fait à une Ame, et de la manière dont elle s'opère en elle, s'exprime ainsi : « Comment se faii cet écoulement sacré de l'Ame en son bien aimé? Une extrême complaisance de IV mant en la chose aimée produit une certaine impuissance spirituelle, qui fait que l'Ame ne se sent plus aucun pouvoir de demeurer en soi-même. C'est pourquoi, comme un baume fondu qui n'a plus de fermeté ni de solidité, elle se laisse aller et écouler en ce qu'elle aime; elle ne se jette (kis par manière d'élancement, ni elle ne serre pas par manière d'union, mais elle va doucement, coulant comme une chose fluide et liquide dedans la divinité qu'elle aime, et comme nous voyons que les nuées, épaissies parlé vent du midi, se fondant et se convertissant en pluie, ne peuvent plus demeurer en ellesmêmes, mais tombent et s'écoulent en bas , se mêlant si intimement avec la terre qu|elles détrempent , qu'elles ne sont plus qu'une même chose avec elle; ainsi TAme, laquelle. Quoique amante, demeurait encore en elle-même, sort par cet écoulement sacré, cette fluidité sainte, et se quitte soi-même, non-seulement pour s'unir au bien-aimé, mais pour se mêler toute et se détremper en lui. » Voilà comme ce grand saint expli(|ue ceUe opération divine dans une Ame qui aime Dieu sincèrement.
La sixième grAce de Dieu dans l'oraison affective est celle qu*on nomme plaie ou blessure d'amour. C'est ainsi que furent blessés sainte Thérèse jiar le dard dont un séraphin lui perça la cœur; sainte Madeleine de Pazzi, qui courait par la maison avec un eruciflx à la main, s'écriaot: O amour\, d amour / saint F'rançois d'Assise, qui allait tout transporté en criant de toutes ses forces : Uamour n*esi poini aimé. Voici comme saint François de Sales explique celte opération de Dieu dans les Ames : « il y a une sorte de blessure que Dieu
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tuî-mème fait quelquefois en l'âme qu'il veut grandement perfectionner. Car il liii donne des sentiments admirables, et des attraits non pareils pour sa souveraine bonté, comme la pressant et la sollicitant d'aimer, et alors elle s'élance de force comme pour voler plus baut vers son divin objet ; mais demeurant courte, parce Qu'elle ne peut pas tant aimer comme elle le aésire, 6 Dieu 1 elle sent une douleur oui n'a point d'égale, et en môme temps qu'elle est attirée puissamment à voler vers son cher bien*aimé, elle est aussi retenue puissamment et ne peut voler, comme attachée aux basses misères de cette vie mortelle, et de sa propre impuissance ; elle désire des ailes de colombe pour voler en son repos ^ et elle n'en trouve point. La voilà donc rudement tourmentée entre la violence de ses élans et celle de son impuissance. O misérable que je «uû, disait Tun de ceux qui ont expérimenté ce travail, qui me délivrera de ce corps de mort. Alors, si vous y prenez garde, Théotime, ce n^est pas le désir d'une chose absente fiui blesse le cœur, car l'âme sent que son Dieu est présent, il l'a déjà menée dans son cellier à vm, t7 a arboré sur son cœur l'é' tetidard de Vamour ; mais quoique déjà il la voie toule sienne, il la presse et décochu de temps en temps mille et mille traits de son amour, lui montrant par de nouveaux moyens combien il est plus aimable qu'il n'est aifné et elle qui n'a pas tant de force pour l'aimer que d amour pour s'efforcer, voyant ses efforts si faiLiles en comparaison du désir qu'elle a pour aimer oignement celui que nulle force ne peut assez aimer, hélas 1 elle se sent outrée u un tourment incomparable : car autant d'élans qu'elle fait pour voler plus haut en son désirable amour, autant reçoit-eUe de secousses de douleur. Ce cœur amoureux de son Dieu, désirant infiniment d'aimer, voit bien que néanmoins il ne peut ni assez aimer, ni assez désirer. Or ce désir qui ne peut réussir est comme un dard dans le flanc d'un esprit généreux ; mais la douleur qu'on en reçoit ne laisse pas que d*étre aimable, d'autant que quiconque désire bien d'aimer aime aussi bien à désirer, et s'estimerait le plus misérable de l'univers s'il ne désirait continuellement d'aimer ce qui est souverainement aimable. Désirant d'aimer, il reçoit de la douleur ^ mais aimant à dé^^irer, il reçoit de la douceur. » C'est ainsi que ce grand saint nous explique ce que c'est que cette blessure d'amour.
La septième grâce de Dieu dans l'oraison affective, c'est une certaine vue qu'il donne à cesâmesde leurnéantctu'u mauvais fond qui est en elles; en sorte qu'elles ont une horreur extrême d'elles-mêmes, et se regardent comme abominables. C'est ainsi que saint François d'Assise et autres saints, se disant si grands pécheurs, parlaient sincèrement, parce que Dieu leur avait donné cette vue lie leur misère et de leur mauvais fond. Sainte Catherine de Gènes assurait que si Dieu nous montrait dans toute son étendue
le fond de péché qui est en nous, cette vue nous ferait mourir de peur. Elle ajoutait qu'il avait plu à Dieu de lui montrer une partie de sa malice,^ et qu'elle avait pensé en mourir. Il est des âmes à qui Dieu a donné cette vue du péché, et qui au milieu ' des plus héroïques vertus, ne sortent jainai» de cotte pensée qu'elles ne valent rien et
Îu'elles sont pires que l»$ démons. Quand ieu veut faire part de te don à quelqu'un, il devient en un moment plus humble que ceux qui se sont exercés dans la vertu d'humilité pendant plusieurs années. A la vérité^ Dieu ne fait pas toujours ce don dans Tétât d'oraison affective, il le réserve ordinairement aux âmes les plus avancées dans la voie de la perfection.
La huitième çrâce de Dieu dans l'oraison affective est une si grande abondance do^ douceur, que les âmes qui reçoivent ce doa semblent être des vases trop petits pour pouvoir les contenir; elles disent avec saint François-Xavier : Cest assez^ Seigneur^ c'est a««ejs. Telle est une partie des dons surnaturels que Dieu fait à quelques âmesdaps l*oraison affective. Toutefois, s'ils nous sont inconnus, ne nous décourageons point ; mais allons selon les voies ordinaires, puisqu'il le veut ainsi ; soyons fidèles à la grâce commune qui ne nous manquera pas, et Dieu nous fera entrer dans le troisième état d'oraison, ou de recueillement actif. Notre âme y trouvera des pâturages infiniment plus gras et plus fertiles que dans les états précédents, et elle se perfectionnera beaucoup mieux et plus aisément Qu'elle n'avait jamais fait. (Courbon , Etats a amison.){Yoy. Bbcueillement^ctif.)
AFFLICTIONS. — Ce sont les peines dU corps ou de l'esprit que Dieu nous envoie, soilpour nous donner l'occasion d'expier une faute passée et nous détourner de celles que nous pourrions commettre; soit pour nous éprouver, afin d'augmenter nos., mérites, si nous les supportons avec résignation. Plusieurs esprits superficiels ont eu peine à concilier les contradictions infinies, qui affligent la vie humaine avec l'idée d'un Dieu juste et bon. Ceux-là oublient, d'une part, le dogme du péché originel, qui ei-. pliaue nettement l'état do souffrance perpétuelle du genre humain et de tous ses membres ; de Pautre, ils ne comprennent rien à la destinée de l'homme. Ils prennent la vie présente pour une patrie, lorsqu'elle n'est qu'un temps d'épreuve, d'expiaton et de transformation : Èiilitia est vita hominis super terram; ntmo corofiabitur nisi qui legi" time certaverit, dit saint Paul. Qu'on no se plaigne pas que l'épreuve est trop longue, puisqu'elle n est qu'un point en comparaison d'une récompense éternelle; ni trop douloureuse, puisque la rémunération est sans mesure et au-dessus de toute conception : Vœil de Vhomme n'a point vu, l'oreille n'a point entendu^ le cœur n'a point compris ce que Dieu prépare à ceux qu'il aime.
Les afflictions atteignent l'homme tout
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entier» parce qu*clles doivent le transformer et le purifier tout entier , i*esprit et le corps avec toutes leurs i)uissauces. 11 y a les contrariétés et les afflictions de Tenfance , de Tddolescence» de l'âge mûr» et elles sem* jjlcnt encore s'aggrayer pour la vieillesse. L'esprit est éprouvé par ses imperfections, ^es impuissances naturelles, par les bornes opposées à la curiosité de notre raison, par les obstacles qui s'opposent à ses desseins, bons ou mauvais ; par ^orgueil et les t)rétentions d*nutrui ; par les caractères acer- }es ou déraisonnables des personnes qui vivent avec nous. Le corps est affligé par les infirmités naturelles, par ses difformités, sa pesanteur, par le mauvais service qu*il donne à rinielligence, par ses passions brutales et impétueuses, qui en font un cheval fougueux et emporté dans les niains de la raison. Il est affligé par les malaises, les paladiesy qui le rendent un objet inutile et incommode à soi et à autrui, qui apportent les souffrances et les gémissements, et couvent nous tiennent misérablement suspendus sur l*abime de U mort. Voilà cet pmpire que les afflictions ont sur nous, £li bien! ces afflictions tombent également sur tous indistinctement. Mais en tombant sur les hommes, elles trouvent trois sortes de
f^epsonnes, bien diversement disposées re ativement à Taffliction, et elle produit en aux des effets bien différents. Elle atteint d'abord les sensuels qui vivent comme sans pieu sur la terre. Ceux-là sont désespérés
f)ar Taffliction ; ils en sont écrasés} elle est eursouverainmal,parcequ'ellen'a pour eux aucune compensation. Ils tournent le dos à leur destinée, et le revers est pour eux un rnalheur insupuortable, et la mort un mal inffni. Quand Vaffliction atteint les Chrétieps tièdes, elle perd beaucoup de sa rigueur. Çpux-ci ont une foi faible et lan* guissante; mais enfin ils ont la foi, et finissent par reconnaître la main de Dieu qui les châtie ou les éprouve d^ns l'affliction; ils puissent par se résigner avec patience aux piaux inévitables.
Enfin, l'affliction atteint aussi le petit pombre de justes et de contemplatifs, qui jugent des choses de ce monde dans leur rapport avec l'éternité. Ceux-ci, non-seulement ne s'irritent pas contre la main de Dieu gui les châtie paternellement; non-seulc- ^ien( souff^rent avec résignation, mais encore bénissent la main (jui frappe. Ils remercient Dieu qui les visite par la tribulation. |ls comprennent Texcellent parti qu'ils peuvent tirer des souff^ranccs et des contradictions; ils se souviennent que la vie est une épreuve et une expi^ttion; qu'il faut imiter Jésus-Christ et porter sa croix avec lui, châtier son corps et le réduire en servitude, et remercient Dieu qui leur aide, par les maladies, à atteindre ce but.
Voilà ce qu'entendait saint Jean-Çhrysostome, lorsqu'il disait à son peuple : a f!t fiouf troublons pas r esprit, lorsque nous sompies affligés, mais prions, de peur du succonjf)i)r dans la leutalion. Acco^)ions ce <jui nous
est envoyé, et ainsi nous nous dépouillerons de nos péchés, et s'il y a quelque justice en nous, elle paraîtra plus brillante. Les vignerons no permettent pa« aux bourgeons d'étendre au loin leur chevelure trop luxuriante; on ne le permet pas plus dans les arbres, mais la faux s'empresse de faire tomber tout le superflu , de peur que la sève, consommée en feuilles vaines, ne produise ensuite que des fruitssteriles.il en est ainsi des hommes. L'âme qui s'épuise en soins pour les douceurs frivoles du monde, devient impuissante à produire des fruits mûrs et parfaits de piété. Si vous pressez des objets peu résistants et gonflés d'air, ils s'affaissent; mais ceux qui supportent courageusement les afflictions, ressentent un effet contraire. S'ils paraissent petits et abjects, ilsse relèvent et s'agrandissent par la résistance. Puisque nous savons ces choses, continue le saint docteur, acceptons donc les afflictions avec actions de grâces, et de cette sorte, nous nous accoutumerons à les porter, et elles nous deviendront le prix des biens immortels. » (/n ps. CXLL)
AGAPET, diacre de l'église de Constanlinople au vi* siècle, adressa une lettre à l'empereur Justinien sur les devoirs d'un prince chrétien. Les Grecs , qui faisaient grapd cas de cette lettre, l'appelaient /a royale. Elle a été insérée dans la Bibliothèque des PèreSf et a été plusieurs fois imprimée in-8°.
AGA PÈTES. — C'étaient, dans la primitive Eglise , des vierges qui vivaient en communauté, et qui servaient les ecclésiastiques par pur motif de piété et de charité.
Ce mot signifie 6teR-aiWe, et comme le précédent, il est dérivé du grec.
Dans la première ferveur de l'Eglise naissante, ces pieuses sociétés, loin d'avo r rien de criminel, étaient nécessaires à bien des égards. Ce petit nombre de vierges qui faisaient, avec la mère du Sauveur, partie de l'Eglise, et dont la r^^upart étaient parentes de Jésus-Christ ou de ses apôtres, ont vécu pn commun avec eux comme avec .tous les autres fidèles, il en fut de même de celles que quelques apôtres prirent avec eux eq allant prêcher Invangile aux nations : outre qu'elles étaient probablement leurs proches parentes, et d'ailleurs d'un âge et d'une vertu hors de tout soupçon, ils ne les retinrent auprès d^ leurs personnes que pour le seul intérêt de l'Evaugile, aQn de nouvoir par leur moyen, coium§ dit saint Clément d'Alexandrie, introduire la foi dans certaines maisons dont l'accès n'était permis qu'aux femmes. Qn sait que chez les Grecs leur appartement était séparé et qu'elles avaient rarement communication avec les hommes du dehors. On peut dire la mômp chose des vierges dont le père était promu aux ordres sacrés, comme des quatre filles de saint Philippe, diacre, et de plusieurs autres. Mais, hors do ces cas privilégiés et de nécessité, il ne paraît pas que l'Eglise oit jamais souffert que des vierges , sous quclrpui prélcxle que ce fût, vctussont
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D'ASCETISMET.