‹ Dictionnaire d'ascétisme (volume 3)Chapitre 32 sur 186 · DI · texte numérisé non relu

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soin de lo Taire aller. Celle punition était bien due à riiornme; il a?ait désobéi à son créaleur, et le juste jugement de Dieu sur lui veut que sa chair aussi lui désobéisse, et que la révolte de son appétit eicite une guerre continuelle en lui-môme.. Les IhéologieDS disent avec le vénérable Bèdc que, par le péché, Thomme a été dépouillé des dons de la grâce, et qu*il a reçu une plaie dans les dons de la nature. Car, non seulement il a été privé de la justice originelle ni des dons surnaturels qui y étaient attachés, mais il a souffert aussi une grande altération dans les dons qui sont pufçdiçnt naturels. Çon entendement s*ost obscurci, son libre arbitre s'est affaibli, sa volonté pour le bien s'est relâchée, son appétit s'est rendu violent pour le mal, sa mémoire a diminué, son imagination est devenue si inguiète, si aisée à dissiper, qu^à peine peutil faire la moindre prière avec attention, et sans qu'aussitôt elle s'échappe et se promène de tous côtés ; ses se*is ont perdu ce qu'ils avaient d'eiquis, sa chair est demeurée pleine de corruption et de mauvaises inclinations ; enfm, la nature a été tellement altérée, tellement gâtée en lui, que ce qui lui était alors aisé lui est devenu désormais .ronarae impossible. Avant le péché, l'homme aimait Dieu plus que lui-même ; depuis le péché, il s'aime plus que Dieu, ou plutôt il n'aime que soi; il n*a d'ardeur que pour faire sa volonté, que pour contenter ses appétits, que pour se laisser emporter h ses passions, quelque contraires qu'elles puissent être à la raison et aux lois de Dieu.

De plus, il faut remarquer que quoique le baptême nous ait délivrés du péché originel, quiestlacausedetoutce désordre, il ne nous a pas délivrés de la rébellion de notre appétit contre la raison et contre Dieu, qui est appelée parles théologiens l'aliment du péché, î^ost par un juste jugement et par une provjijence adorable que Dieu a voulu que celte ébellion subsistât toujours pour punir et .iour réprimer notre orgueil, et afin que la considération de notre misère et de notre bassesse servit à nous humilier devant lui. Il avait comblé l'homme de dignilé et d'honneur en le créant; il l'avait paré et embelli de ses dons et de ses grâces; mais l'homme en ayant mal connu le prix, et ayant été ingrat envers son créateur, mérita d'en être privé et d'être fait semblable aux bêtes, en devenant sujet aux mêmes désirs et aux mêmes inclinations qui les emportent. Ainsi, Dieu a Voulu abaisser l'homme, afin qu'il rentrât en lui-même, et qu'il n'eût plus croccasions de s'enorgueillir; comme, en effet, si nous nous connaissions, nous vjerrions bien que nous n'en'avons. aucune, mais que plu- ,tùt nous en avons une infinité de nous humilier à tout moment. Secondement, il faut supposer encore une autre vérité principale, ^t.qui est une suite nécessaire de ce que nous venons de dire, c'est que le dérèglement de notre appétit et la perversité de l'inclination de notre chair, est le plus grand obstacle qui s'oppose à notre avancement

dans la vertu. C'est ce qu'on dit ordinairement, que la chair est notre plus grand ennemi, parce qu'en effet c'est de Ih que viennent.toutes nos tentations et toutes nos chutes. D'où viennent les guerres et les contradictions que vous sentiez en vous-mêmes?

dit l'apôtre saint Jacques. N'est-ce pas de vos passions qui combattent dans votre es> prit ? La sensualité, la concupiscence et le dérèglement de l'amour-propre, sont la cause de toutes nos guerres intestines, de tous les péchés, de toute."? les fautes et de toutes les imperfections que nous commettons, et, par conséquent, le plus grand empêchement que nous rencontrions dans le chemin de la pei^ fection. Les philosophes anciens, qui n'étaient éclairés que do la seule lumière 4e la raison naturelle, ont connu celte vérité. Aristote établissait toute la diffirullé de la vertu dans la modération des plaisirs et des chagrins. Ëpiclète réduisait toute la philosophie à ces deux mots : souffrez et abstenez-vous. En effet, toute la vertu consiste à souffrir constamm nt les afflictions et les douleurs, et à s'abstenir sagement des plaisirs; et nous le voyons tous les jours par expérience : car on ne pèche que pour éviter quelque peine et quelque chagrin, ou pour avoir quelque plaisir ou Quelque commodité, ou pour ne savoir pas s en priver. Les uns pèchent par le désir ou des rnhesses, ou des honneurs, oudcs plaisirs sensuels; les autres par la crainte de la peine qu'ils trouvent daub la pratique des commandements de Dieu et de TEglise, par la difficulté qu'ils ont à aimer leurs ennemis, à observer le jeûne, et h confesser leurs péchés honteux et secrets. Tous les péchés viennent donc de ces deux sources, et non-seulement tous les

F).échés considérables, mais toutes, les fautes éf^ères et toutes les imperfections où nous tombons dans le chemiu de la vertu.

Tout ceci supposé, il n'est pas difficile de concevoir que la mortification consiste à réparer ce désordre de nos passions, c'est-àdire à réprimer en nous les mauvaises inclinations et le dérèglement de l'amourpropre. Saint Jérôme écrivant sur ces paroles de Jésus-Christ : Si quelqu*un veut venir après moi^ juil renonce à lui-même^ et qu'il

{)orte sa croix et me sutre, dit : « Que celuià renonce à lui-même, et porte sa croix, qui était auparavant impudique, et qui devient chaste; qui était auparavant sans mo* déralion, et qui devient tempérant ; qui était auparavant faible et timide, et qui dnvîent fort et courageux. C'est là renoncer véritablement à soi-même que de devenir luut autre que l'on était. »

Mais ce qui nous fait bien voir la nécessité de la mortification, c'est que le Sauveur, comme le remarque très-bien saint Basile, dit premièrement : qu'il renonce à lui-même^ et qu'il ajoute après, et qu'il me suive: c'està-dire que si vous ne renoncez premièrement à vous-mêmes, et si vous ne vous dépouillez entièrement de votre propre volonté; si vous ne mortifiez vos mauvaises inclinations, vous rencontrerez mille cui*

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barras et mille obstacles qui vous eupôcheront de pouvoir suivre Jesus-^brisU 11 faut dODC que vous vous aplanissiez premièrement le chemin par la mortification; etc*est pour cela qu'il l'a établie comme le fondement, non-seulement de la perfection, mais de toute la vie chrétienne. C'est là coite croix que nous devons toujours porter avec nous, si nous vouions suivre Jésus-Christ. C'est ainsi que nous devons toujours porter sa mort en notre corps, afin que la pureté de sa vie paraisse aussi dans notre corps. I^ vie de l'homme sur la terre est une guerre perpétuelle. Car/acAatr, comme ditsaint Paul, a de8 désirs contraires à ceux de V esprit^ et V esprit en a de contraires àceux de la chair. Voilà d'où vient la guerre continuelle que nous avons avec nous-mêmes; celui qui saura le mieux vaincre sa chairetsesappétils, celui-là sera le meilleur et le plus brave de tous les soldatsde Jésus-Christ. SaintGrégoire et saint Ambroise disent que c'est en cela que consiste la véritable valeur des serviteurs de Dieu ; la force du corps n'y fait rien ; il n'est; question que de celle du courage qui va à vaincre sa chair» à gourmander ses passions, i mépriser les plaisirs de cette vie, .et à en supporter patiemment les adversités et It'S travaux. En effet, ajoutent-ils, c'est quelque chose de plus grand de se commander et d'être mattre de soi-même et de ses passions, que de commander aux autres. Un homme

Satient, dit le sage, est plus à estimer qu'un omme vaillant ; et celui qui est maître de sa colère, que celui qui emporte des villes d'assaut. La raison qu'en rend saint Ambroise, c'est que nos mauvaises inclinations sont des ennemis bien plus dangereux que tous les ennemis étrangers; aussi dit-il que Joseph acquit plus de gloire en se commandant à lui-même, et en résistant aux sollicitations de Putipbar, qu'en commandant ensuite à toute l'Egypte. Saint Chrysostome est de ce même sentiment, et dit que David remporta une plus belle victoire lorsque, pouvant se venger de Saijl et le tuer dans la caverne, il ne le voulut point faire, que lorsqu'il vainquit Goliath. Les trophées de cette première victoire furent érigés non pas dans la Jérusalem de la terre, mais dans la Jérusalem céleste; et c'est de là que sortent au devant de lui, non pas les filles d'Israël en chantant ses louanj;es, comme lorsqu'il «ut vaincu Goliath, mais tous les chœurs des ançes, qui se réjouissent du haut du ciel et qui admirent sa vertu et son courage.

Pour connaître mieux la nécessité où nous sommes de mortifier notre chair, et Dour nous encourager davantage à prendre les armes contre elle, il importe extrêmement que nous sachions combien c'est un ennemi dangereux. C*en est un si redoutable, que les saints disent qu'une des plus grandes punitions de Dieu et où il montre le plus sa colère contre le pécheur, c'est lorsqu'il le livre entre les mains de cet ennemi et qu'il Tabandonne à ses désirs et à sqs appétits sensuels, comme à de cruels bourreaux. Ils rapportent, à ce sujet, plusieurs passages do

rEcrituro sainte, et entre autres celui du jTophèle : Mon peuple [n'a point écouté ma voix; Israël ne s'est point attaché à moi; c'est pourquoi je les ai abandonnés aux désirs de leurs cœurs ; ils ne suivront plus que leur propre fantaisie. }^Bir\i Paul dit que c'est do celte sorte que Dieu voulut châtier l'orgueil des philosophes, qui ayant connu Dieu, ne le glorifièrent pas comme Dieu, et ne lui rendirent pas les grâces qu'ils lui devaient, mais s'égarèrent en de vains raisonnements. Et c'est pour cela, ajoule-l-il, que Dieu les livra aux désirs de leur cœur et à l impureté, afin que, venant à s'y abandonner, ils déshov^)fassent eux-mêmes leur propre corps. Le châtiment que, Dieu exerça contre eux fut de les livrera leurs désirs. Mais il faut remarquer ici, en passant, avec saint Ambroise, que quand l'Ecriture dit que Dieu livre un homme à ses désirs, on ne doit pas entendre par là que Dieu incite quelqu'un au mal, et fasse tomber personne dans le péclié, mais seulement qu'il permet que les mauvais désirs qu'on avait conçus dans le cœur viennent à éclater au dehors, et à être mis enfin en exécution par l'instigation et par le secours du démon.

On peut voir combien cette sorte de châtiment est horrible par tout ce que l'Apôtre ajoute ensuite. Il montre de quelle manière ces philosophes superbes furent traités par cet ennemi furieux, à qui Dieu les avait livrés; et on ne saurait dire à quel excès de désordre il ne les porta point. Il les entraîna dans toutes sortes de vices, jusque à les plonger enfin en des péchés honteux et aboininnbles. Dieu les livra, (dit-il, à des passions infâmes. Malheur à vous si vous vous laissez tomber eiitre les mains d'un ennemi si terrible, entre les griffes d'une bêle si cruelle et si indomptable I Savez-vons comment vous en serez traités? Ecoulez saint Ambroise : « Celui, dil-il, qui ne sait pas commander à ses désirs se trouve bientôt emporté par ses désirs comme par un cheval indompté, qui a pris le mors aux dents, gui court de toute sa force par des lieux inaccessibles, et qui ne s'arrête point qu'il ne soit tombé, avec son homme, dans un précipice. C'est ainsi que si vous ne gourmandoz la concupiscence, si vous ne la domptez, elle vous emportera de désordre en désordre, de vice en vice, et ne s'arrêtera point qu'elle ne vous ait précipité dans des péchés énormes et dans les abîmes de l'enfer. Ne -Vous laissez ffoint aller à la concupiscence, d\l\'Ecc\éshsiique, et gardez vous bien de suivre votre propre volonté : si vous donnez à vos désirs ce qu'ils vous demandent, vous deviendrez un spectacle de joie et de.risée à vos ennemis. Nous ne pouvons donner un "plus grand sujet de joie aux démous, qui sont nos ennemis, que de nous livrer nous* mêmes à hos.passions; car elles nous traiteront de manière que tout l'enfer ensemble ne pourrait point nous traiter si mal. C'est pourquoi le même Ecclésiastique demande si instamment à Dieu qu'il détourne ce châttment-là de lui : Scigt.eur, qui êtes mon

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Père et mon Dieu, détournez de moi toute sorte de ()ensées impures; ne permettez point que je sois possédé par les désirs de Ta cbair, et ne me livrez pas à l'égarement d'un esprit sans honte. Et certes, c est avec grande raison que les saints disent que la plus grande marque aue Dieu puisse donner de sa colère à un pécheur, c'est de l'abandonner è sa propre volonté, et de lui laisser suivre en liberté les mouvemeots de ses passions. C'est un mauvais sig^ne pour un malade quand un médecin iui laisse boire et manger tout ce qu'il lui plaît ; c'est dire qu'il en désespère entièrement, et qu'il le regarde déjà comme un homme mort. Dieu en use de la môme sorte envers le pécheur qui Ta irrité ; il lui laisse faire tout ce au'il veut : et que peut vouloir un homme dans un état si déréglé et avec des inclinations si méchantes, sinon tout ce qui lui est le plus contraire et qui lui donne la mort? Il est aisé de comprendre par là combien est déplorable et malheureuse la'condition de ceux qui mettent leur bonheur àlaire tout ce qu'ils veulent.

Si nous faisons bien réflexion sur ce que nous venons de dire, cela suffira pour nous donner cette sainte haine et cette sainte aversion de nous-mêmes que Jésus-Christ veut de nous, et sans laquelle il dit que nous ne pouvons être ses disciples. Car que faut-il davantage pour nous faire haïr notre corps, que de savoir que c'est le plus grand ennemi que nous ayons, et le plus irattre qu'on ait jamais vu; mais un ennemi mortel ; mais un traître, qui cherche à toute heure à donner la mort et une mort éternelle à i'ftme qui le soutient, et qui fournit à tous ses besoins; un traître qui, pour un plaisir passager, ne se soucie pas d'offenser Dieu, et de la précipiter pour toujours dans les abîmes éternels. Si on disait à un homme : Sachez qu'un de vos domestiques, qui boit et manse tous les jours avec vous, machine une trahison pour vous tuer, quelle devrait être sa crainte? Que si on ajoutait : Il y a encore plus, car il vous hait de telle sorte, qu'il ne se soucie pas de mourir, pourvu qu'il vous tue; il sait bien qu'on le prendra aussitôt et qu'on le fera mourir cruellement; mais il compte sa vie pour rien, pourvu qu'il vienne à bout de son entreprise : de quelle frayeur n'en serait-il Eoiat saisi? N'appréhenderait-il pas à toute euro et à tout moment qu'on ne lui vint donner un coup de poignard ? et s'il pouvait découvrir le traître, quelle haine ne concevrait-il point, et quelle vengeance ne voudrail-îl pas en prendre? Or, notre corps est ce traître, qui boit et mange, qui couche avec nous, et qui sait bien qu'en faisant du mal à notre Ame, il s'en fait à lui-môme, et qu'il ne saurait la précipiter dans l'enfer sans y tomber aussi après elle. Cependant, à l'appétit de faire ce qu'il lui plaît, il foule tout aux pieds et ne considère rien. Regardez si nous avons raison de le haïr. Combien de fois ce traître vous a-t-il poussé au bord de l'abîme! Combien de fois vous a-t-

il fait offenser la bonté de Dieu I Combien de grâces vous a-t-il fait perdre 1 Et combien de fois tous les jours met-il en danger votre salut! Quelle sainte indignation ne devez-vous donc point avoir contre un ennemi oui vous a fait tant de maux, qui vous a privés de tant de biens, et qui vous met à toute heure en de si étranges périls? Si nous haïssons le démon,* et si nous le regardons comme notre principal ennemi, à cause du mal qu'il nous fait continuellement, combien davantage devons-nous haïr notre chair, qui est pour nous un ennemi bien plus cruel et plus dangereux I Les démons seraient bien faibles si notre chair ne s'était uuse de leur parti pour nous faire une guerre continuelle.

Voilà ce qui faisait que les saints aTaient une si grande haine d'eux-mêmes; et de là naissait en eux cet esprit de mortification et de pénitence par lequel ils se vengaieut de leur ennemi, et le tenaient toujours dans la sujétion. Ils n'avaient garde de traiter doucement leur co»*ps, et de lui donner aucun plaisir, étant persuadés que e eût été donner de^ armes a leur ennemi, et luifa^e reprendre une nouvelle vigueur et de nouvelles forces contre eux. Prenons garde, dît saint Augustin, de ne point laisser prendre trop de forces à notre corps, de peur qu*il ne s'en serve à faire la guerre contre notre âme; mais appliquons-nous plutôt à le maltraiter et à le mortifier, pour l'empôcher de se révolter : car celui qui élève un domestique avec trop de délicatesse, le trouvera ensuite insoient.

Les anciens solitaires s'appliquaient avec tant d'ardeur à cet exercice de la mortification du corps et croyaient qu'il était si nécessaire d'en affaiblir tes forces, que quand les autres moyens ne suffisaient pas, ils avaient recours à des fatigues excessives C|n'ils s'imposaient pour l'atténuer et pour I abattre. Pallade raconte qu'un saint anachorète, se trouvant extrêmement tourmenté de quelques pensées d'orgueil et de vanité dont il ne pouvait se défaire, s'avisa do prendre une hotte et de transporter continuellement de la terre d'un endroit à un autre; et comme on lui demandait ce qu'il faisait : Je fais de la peine, répondit-il, à celui qui m'en fait; je me venge de mon ennemi. On dit la môme chose de saint Macaire; et on rapporte de saint Dorothée qu'il faisait de grandes pénitences et de

f;randos austérités, et qu'un jour quelqu'un ui ayant demandé pourquoi il tourmentait tant son corps : « C est parce qu'il me tourmente moi-mômè, » répondit-il. Saint Bernard, enflammé d'une sainte colère contre son corns, comme contre son ennemi capi- Xnl : a Oue Dieu s'élève, s'écriait-il, que ce géant armé tombe devant lui; qu'il tombe et qu'il soit écrasé cet ennemi de Dieu, cet amateur de lui-môme, ce partisan du monde» cet esclave du démon; que vous en semble, ajoutait-il ? Certes, si vous en jugez sainement, vous vous écrierez avec moi, qu'il

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est coupable de mort, qu'on lo pende I qu'on le crucifie !•»

C'est avec ce courage et ces armes que nous devons comballre notre corps et l'assujettir, de crainte qu'il ne se soulève et qu'il n'entraîne lespnt et la raison dans la révolte. Cette victoire nous en attirera une autre; car la chair étant, vaincue, il nous sera aisé de vaincre lo démon. Comme c'est par le moyen de la chair dont il fomente la rébellion, qu'il nous fait la guerre; il faut lui faire pareillement la guerre, en mortifiant notre chair, en la macérant, en Tempéchant de pouvoir se révolter. Saint Au-

fustin écrivant sur ces paroles de l'Apôtre : *our moi, je cours de manière que je ne coure pas au hasard: je combats de sorte que je ne donne pas des coups en l'air : mais je maltraite mon corps ^ et ie le réduis en servitude^ remarque que c'est là le véritable moyen de triompnerau démon. Maltraitez votre corps, et vous vaincrez les démons; car c'est ainsi que l'Apôtre nous a enseigné qu'il fallait combattre contre eux. Quand un capitaine, qui est en garnison sur une frontière, entend sonner l'alarme, s'il a quelque prisonnier, il le met aussitôt aux fers dans un cachot, de peur qu'il ne se soulève contre lui et ne secoure ses ennemis. Nous devons en user de la même sorte h l'égard de notre chair : il faut la mortifier, il faut la mettre à la chaîne, de crainte qu'à l'approche de nos ennemis elle ne se range de leur parti.

Les divers appétits que nous portons en nous sont comme des séducteurs qui semblent avoir fait une ligue pour nous entraîner dans leurs pièges. Leurs armes sont des caresses; ils nous flattent, ils cherchent à nous faire comprendre que leurs intérêts sont les nôtres, que le bonheur consiste à se laisser aller à leurs sollicitations; mais si nous avons le malheur de mordre àcet appflt, nous sommes perdus; car les appétits sensuels, une fois qu'on leur a laissé prendre l'autorité, nous mènent tout droit à des pré* cipices. Il n'est pas un appétit, pas une passion qui n'aboutisse à un précipice.

Pour conclusion de ce sujet, nous pouvons donc admettre comme une maxime fondée sur l'Evangile, sur l'expérience universelle, qu'on ne peut gouverner les divers appétits du cœur humain et conserver l'autorité de la raison au milieu de ce peuple d'esclaves qu'en commandant avec dureté, en usant de terreur : ce sont des ennemis avec Jesquels la paix est impossible. Ils ne sont soumis que lorsqu'ils voient briller les armes dans nos mains. Si vis pacem , para b^Z/um, comme disaient les païens, des ennemis de la patrie; mais le Sauveur du monde nous l'a dit souvent des ennemis de notre salut, et en particulier dans ces paroles : Celui qui perd sa vie pour Vamour de mot, la sauvera. [Voy, Mortification et Purga-

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