‹ Dictionnaire d'ascétisme (volume 3)Chapitre 52 sur 186 · XIX · texte numérisé non relu

XIX

Au nr siècle, on était si persuadé que les apôtres n'avaient pas été mariés, que la secte des apostoliques renonçait au mariage afin d'imiter les apôtres.

Sur le second chef, ce n'est pas assez de prouver, comnie fait Warthon, que l'usage chrétien du mariage n'a rien en soi d'impur ni d'indécent, c'est la doctrine formelle de saint Paul ; il faut encore démontrer, contre l'Evangile et contre saint Paul lui-même, que la continence n'est pas un état plus parfait et plus agréable à Dieu, lorsqu'on y demeure «fin de mieux servir Dieu. Elle renferme en soi le mérite de dompter une passion très-impérieuse; et si le nom de vfTiti, synonyme de celui de force^ signifie quelque chose, !a continence est certaine* ment une vertu.

Le livre de VExode (xix, 15) et saint Paul (/ Cor. vit, 5) attachent une iaée de sainteté et de mérite à la continence passagère; comment celle qui dure toujours peut-elle être moins louable ?

Le célibat des ecclésiastiques procure k l'Eglise et à la religion chrétienne un avantage très-réel, qui est d'avoir des ministres uniquement livrés aux fonctions saintes de leur état et aux devoirs de charité, des ministres aussi libres que les apôlres, toujours prêts à porter comme eux la lumière de l'Evangile aux extrémités du monde. Les engagés dans l'état du mariage ne se consacrent point à servir les malades, à secourir les pauvres, à élever et à instruire les enfants, etc. Il en est de même des femmes: cette gloire est réservée aux célibataires de l'Eglise catholique. Il n*est pas étonnant que les protestants, après avoir retranché le saint sacrifice, cinq des sacrements, l'office divin de tous les jours, etc., aient trouvé bon d'avoir des ministres mariés ; on sait comment ils ont réussi à en faire des missionnaires et des saints.

Sur lé troisième chef, Warthon n'a pas

[trouvé, selon sa promesse, que la loi du céibat imposée aux clercs est injuste et contraire à la loi de Dieu. Ella pourrait paraître iniuste, si l'Eglise forçait quelau'un, comme elle l'a fait autrefois, à entrer dans le clergé, et è se charger du saint ministère. Lorsqu'un homme marié avait d'ailleurs toutes les iumières« les talents et les vertus nécessaires

fiour être un excellent pasteur, l'Eglise, en ui faisant une espèce de violence pour se l'attacher, ne croyait point devoir pousser la rigueur jusqu'à l'éloigner de son épouse ; cette femme aurait eu droit d'alléguer la sentence de Jésus-Christ : Que l'homme ne sépare point ce que Dieu a uni (Mattk. xix, 6j.

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D*ASCETISME.

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Pendnnl les perséculions des trois premiers siècles, les pnMres étaient les principnux objets de la haine des païens; ils «étaient ibrcés de prendre des précautions pour ne pas être connus, et de vivre à Textérieur comme les laïques : il n*y aurait donc l»as eu de prudence h leur imposer pour lors extérieurement la loi du célibat, ou èles obliger d*abandonner leurs épouses.

Mais on ne peut pas citer un seul exemple d'évêgues ni de prêtres, qui, après leur ordination, aient continué à vivre coi^jugaiement avec leurs épouses, et en aient eu des enfants. Les protestants ont vainement fouillé dans tous les monuments de Tantiquité pour en trouver; celui de Synésius, dont ils triomphent, prouve contre eux« Ce saint personnage, pour éviter Pépiscopat, protes*tait qu*il ne voulait quitter, ni son épouse* ui ses opinions philosophiques; on ne4aissa pas de I ordonner. « Je ne veux, disait-il, ni « me séparer de mon épouse, ni l'aller voir en « secret, et déshonorer un amour légitime « par des manières qui ne conviennent qu*à « des adultères. » Ce fait même prouve que les évèques ne vivaient plus conjugalement avec leurs épouses après leur ordination (EvikGRB, Hitt. ecclés.^ lib. i, c. 15). BeaiH sobre, qui a senti cette conséquence, dit que c'était une discipline particulière au diocèse d'Alexandrie; mais où en est la preuve?

Sur le quatrième chef al légué par Wartbon, . il ne sert à rien de citer un grand nombre d'évêques mariés et qui avaient des enfants, k moins crue Ton ne fasse voir qu*ils les avaient eus aepuis leur épiscopat, et non auparavant. Voilà ce dont les ennemis du célibat ecclésiastique ne fournissent encore aucune preuve. Socrate (liv. i, c. 11) et Sozomène (liv. i, c. 24) rapportent qu*au concile général de Nicée, les évèques étaient d'avis de défendre, par une loi expresse» aux évoques, aux prêtres et aux diacres, qui s'étaient mariés avant leur ordination, a habiter conjugalement avec leurs femmes; que l'évéque Paphnuce, quoique célibataire luimôme et d'une chasteté reconnue, s'y o[>posa ; qu'il insista sur la sainteté du mariage, sur la rigueur de la loi proposée, et sur les inconvénients qui en résulteraient; que, sur ses représentations, les Pères du concile jugèrent qu'il fallait s'en tenir è l'ancienne tradition de l'Eglise, selon laquelle il était défendu aux évêques, aux prêtres et aux diacres, de se marier, dès qu'une fois ils avaient été ordonnés.

Pour comprendre la sagesse des réOexions de Paphnuce et de la conduite du concile de Nicée, il faut savoir auc, pendant les trois premiers siècles de l'Eglise, il y avait eu plusieurs sectes d'hérétiques qui avaient condamné le mariage et la procréation des enfants comme un crime. Outre ceux dont

Krie sain( Paul (/ Jim. iv, 3), les docètes, s marcionites, les encratites, les manichéens, étaient de ce nombre. Sous l'empire de Gallien» mort l'an, 968, plusieurs évèques furent misa mort comme manichéens, parce que l'on .supposa qu'ils gardaient le célibat

par le même principe que cos hérétiques ( Rbnâudot , ïlist, Palriarch. Aleraud. , p. VI). Si la loi proposée au concile de Niré«) avait eu lieu, elle aurait paru favoriser ces sectaires, et ils n'auraient pas manqué de s'en prévaloir; Paphnuce avait donc raison d*insister sur la sainteté du mariage et sur l'innocence du commerce conjugal, et les évèques n'eurent pas tort d'y avoir égard dans ces circonstances ; c'est pour ct>la que le 43' canon des apôtres condamne les ecclésias^ tiquesqui s'abstiennent du mariage, eu haine de la création.

Malgré ces faits, Beausobre affirme que les Pères de l'Eglise avaient puisé Inur estime pour le célibat dans les erreurs des doceies, des encratites, des marcionites et des manichéens; mais, par une contradiction grossière, il avoue que plusieurs Chrétiens donnèrent dans ce fanatisme dès le commencement, par conséquent avant la naissance des hérésies dont nous parlons {Uiit. du numich.f liv. ii, c. 6, | 2 et 7); preuve certaine qu'ils avaient puisé ce prétendu fanatisme dans les leçons ae Jésus-Christ et des apôtres. En effet, Beauso- Jjre avoue encore ailleurs qu'il venait de la fausse idée du bien et du mieux, dont saint Paul a parlé (i Cor.^ vu, 8» 9; i, T; iv, 12). Hosneim, plus judicieux, fait le même aveu {UiiL chruL^ aœc. ii, { 65, note); U

Srouve la réalité du fait par le témoignage 'Atbénagore et de Tertullien; il n*a pas osé blAmer cette estime ftour le célibat, aussi ancienne que le christianisme.

Ces mômes faits prouvent que les Pères de Nicée atuichaient une idée de perfection et de sainteté au célibat ecclésiastique et religieux ; qu'ils le regardaient comme l'état le plus convenable aux ministres des autels; qu'ils auraient désiré, pouvoir y assujettir dès lors le clergé. En effet, les inconvénients qui suivaient du mariage des ecclésiastiques tirent bientôt sentir la nécessité d'en venir le, ou de prendre di*5 moines, obligés par vœu à la cuntiuence, pour les élever à l'épiscopat et au sacerdoce; et si cette lot n'existait pas déjà, on serait bientôt foreé de l'établir ; saiis cela Ton verrait renaître les mômesdésordresqui arrivèrent au ix* siècle et dans les suivants, lorsque les grands s'emparèrent des évêchés, des abbayes et des cures ; en firent le patrimoine de leurs enfants; déshonorèrent l'Eglise par les vices des intrus, et anéantirent entin le clergé séculier par leurs rapines.

S'il était vrai, comme le prétendent nos adversaires, que la loi du célibat fût injuste en elle-même, et contraire à la loi de Dieu, il ne serait pas moins ii^uste d'empêcher les clercs de se marier après leur ordination qu'auparavant. Cependant nous voyons, par tous les monuments ecclésiastiques, que ni dans l'Orient, ni dans l'Occident, on ne leur a jamais laissé cette liberté. Quel avantage des censeurs imprudents peuvent-ils donc tirer de rancienne discipline, et de la prudence avec laquelle se conduisirent les Pères de Nicée? Eusèbe, qui avait assisté k ce

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DICTIONNAIRB

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concile, dit que les prôtresderancienne Loi vifAientdans réutdu mariage, et déairaient aToir des enfantSt au lieu qae les prôtres de la Loi Nouvelle s'en absliena'entf parce qu'ils sont entièrement ooeopés à servir Dieu et à élever une famille spîruaelle {Démami. éwtngéUquef liv. i, c. 9).

Aussi la loi du célibat pour les évèques, les prêtres et les diacres, après leur ordinar lion, a continué d'ôtre observée par les jacobites et par les ncstoriens, après leur schisme. Elle fut interrompue chez ces derniers Tan 485 et en 496. {AssituknuBibliotk. orieniale^ tom. IV, c. li, p. 857).

En 1549, le parlement 'd'Angleterre, quoique réformateur, fut plus raisonnable que les écrivains modernes de cette nation. Dans la loi même qu*il porta pour permettre le mariage aux ecclésiastiques, il dit : « Qu'il convenait mieux aux prêtres et aux ministres de l'Eglise de vivre chastes et sans mariage, rt qu*il serait k souhaiter qu'ils voulussent d'eux-mêmes s'abstenir de cet engKement. » (D. Hume, Histoire de la maiêon ae TtAor^ lom. III, p. 204.)

Un aui^ur, dans une brochure intitulée : JLef incfMinimiM du célibat des prêtres^ a rassemble tous les sophismes, les reproches, laa impbslorèa des protestants sur ce sujet; il n'j a rien qouté que quelques passages qa*il a ialaîfiés, d'autres qu'il a forgés, en olanl des autours ioconnoSt et quelques phrases impudiques, copiées dana nos philosophes épieunens; nous ne relèTeroDS de cet ouvrage que les endroits les plus absurdes.

L'auteur (r* partie, c. S) prétend que le célibat peut nuire k la santé et abréger la ¥ie ; il exagère Textrême difficulté de garder la continence. Si cette tertu est si pénible et ai meurtrière, il e}t de Thumanité de nos eeoseurs de permettre l'adultère aux per* sonnes mariées, qui se troutent séparées pour lonKtemps, ou dont l'une est tombée dans un état d'infirmité qui lui rend la rie ooiuttgale impossible. Il faudrait encore permettre la fornication aux particuliers des deux sexes qui ne peuvent paa trouver à se marier, malxré le dfésir qu'ils en ont. T a-t-il moins de vieil lards parmi lea célibataires œelésiastfquea ou reugieux, oue parmi les glBn$ mariés?

Selon lui, le célibat est un signe certain de la décadence et de la eorruption des masurs. S'il entend parler du célibat volup* tueux et libertin des laïques, nous pensons comme lui ; mais est-il en état de prouver que les mœurasont plus pures dans les lieux où. le clergé n'observe point le célibat? Quand il a dit s MuUiplm les mariagei^ H le$ mmure deeûudraul wiêHlemru: il devait changer la ||brase,et dire îPurifUx Uê mmun^ ei leê mariagei as mu/lipiisrofil, sans qu'il soit besoin de changer l'état des ecclésiasti* qutts ni des religieux (C S et 4). s

A rexemjple des protestants, il soutient <ch, 8) que les paroles de Dieu^ adressées à nos premiers parents : Crotsita, mmUipUeM^ peupieM tm /«m, renferment une k». Gepen*

dant lo texte déncise que c'est une bénédiction et non une loi. O^nd c'en eût été une pour les premiers hommes, elle n'a plus lieu depuis que le monde est peuplé. Soutiendra-t-on que tout homme qui ne se marie pas pèche contre la loi de Dieu? On dit que si le célibat devenait général, le genre humain périrait. Nous ré|iondons que si le mariage était général, la terre ne pourrait plus nourrir ses habitants : la population ne consiste pas seulement à mettre des hommes aumonde, mais à les Ikire subsister.

Dans la ii* partie, ch. S, notre grand critique prétend que le célibat, loin d'être loué ou recommandé dans l'Evangile, j est formellement condamné par ces mots : Que l'homme ne sépare poini ce que Dieu a uni ; saint Clément d'Alexandrie, dit-il , Ta ainsi entendu (Sfroaia/., liv. m, p. 5U}.C*estune dtation fausse. Saint Clément prouve seulement, par ces paroles, que le mariage n'est point un état criminel, comme l'entendaient certains hérétiques. Hais autre chose est de vouloir séparer ceux que Dieu a unis

er le mariage, et autre chose de trouver n que ceux qui ne sont pas mariés continuent k vivre ainsi, lorsque cela peut être utile pour eux et pour les autres; saint Paul lui-même a fait cette distim:tion.

Après avoir censuré tous les commentateurs de l'Ëvançile, ce même écrivain s'érige en interprète des paroles du Sauveur ( JfoilA. X, iS) i II y aaes eunuques qui ont renoncé au mariage pour le royaume des cieum ; que celui qui peui le concevoir y fasse milention. « Si ces paroles, dit-il, signifient que cette sentence est obscure, elles ne prouvent rien; si cela veut dire qu'il faut.une grâce particulière pour pratiquer cette maxime, ce ne peut pas être une loi; le sens le plus naturel de ce passage est que ceux qui ae trouvent séparés par un divorce, feront fort bien de s'abstenir d*on second mariage. »

' Cette découverte n'est pas heureuse. Une preuve que la maxime du Sauveur n'est pas obscure, c'est que tout le monde l'entend très-bien, k l'exception des anti-célibataires qui foAt la sourde oreille. Jésus-Christ fait entendre qu'il Ihut une grâce et une vocation particulières pour bien entendre ce qu'il dit, par conséquent, ce n'est |ias une loi pour tous, mais pour ceux k qui Dieu donne cette grâce et cette vocation. Hais, après que le Sauveur a déclaré formellement que ceux qui se remarient après un divorce, commettent un adultère, il est absurde de lui (aire dire simplement que ceux qui ont fait divorce ferons iris^ien de ne pas se marier. Il est d'ailleurs évident que ceux qui avaient renoncé au mariage pour U royaume des deux étaient Jean-Baptiste et les apôtres, puisque ceux-ci disaient k leur mettre : Setqneurf nous avons ioui quitté pour vous smvre.

' Le passage de saint Paul {ICor.j vu) est clair : It est bon â Fkomme^ dit-it, et ne pas ioucker mtê femme... Se désire que vous soyez ioug comme moi; maie ckaeun a reçu

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D*ASCETtSME.

Cf4

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de Dieu un don parhculier, Vun d'une manière^ Vautre d'une autre. Mais je dis à ceux qui sont dans le célibat ou dans le veuvage^ quil leur est bon de demeurer en cet état comme moi» Que s*ils ne sont pas continents^ qu'ils se marient. Il est mieux de se marier que de brûler d'un feu impur. Notre censeur, fidèle écolier des protestants, dit, c. 3, que saint Paul parle ainsi à cause des persécutions ; fa*ux commentaire : l'Apôlre ajoute : ^'t7 donne ce conseil^ parce que ceux qui ne sont pas mariés s'occupent du service de Dieu et du soin de lui plaire^ au lieu que ceux qui le sont s'occupent des affaires du monde (iCor.yii,d2). Ensuite, notre critique prétend que saint Paul parle seulement des veufs, et les exhorte à ne (>as passer à de secondes noces. Nouvelle satisfaction ; TApôtre s'explique clairement : Je dis aux veufs et à ceux qui ne sont pas mariés : Dico autem non nuptis et viduts^ t- S; il parle même des vierges (f 25). Il dit que celui qui marie sa fille fait bien, et que celui qui ne la marie pas fait mieux (f 38). Si c était une loi et an devoir de se marier, comme nos adversaires le soutiennent, de quel front saint Paul aurait-il pu y donner atteinte d'une manière aussi formelle.

Mais nous avons affaire à des olsputeurs fertiles en ressources ; saint Paul, disentils, était marié, ou du moins l'avait été : c'est le sentiment de saint Ignace, dans son Epitreaux Philadelphiens ; de saint Clément d Alexandrie (Stromates^ liv. m, ch. 6, p. 533); d'Ori^ène ( in Epist. ad Rom., 1. 1, n.> 1) ; de saint Basile (De abdic. serm.) ; d'Eusèbe (Hist. ecclés., liv. m, ch. 30), et de plusieurs autres Pères. Saint Paul lui-même le témoiffne assez dans sa Lettre aux Phi-tippiens T\. iv, 3 ). Donc il a voulu seulement détourner les fidèles des fécondes noces, et encore ce conseil est-il contraire h celui qu'il donne aux jeunes veuves (/ Tim. v) : Je vetix^ dit-il, qu'elles se marient.

Si nos censeurs étaient moins aveufl;les7 ils auraient vu que saint Paul , qui, suivant eux, était veuf lorsqu'il écrivit aux Corinthiens, n'a pas pu parler de son épouse comme vivante, dans sa lettre aux Pnilippiens, qui ne fut écrite que cinq ou six ans après ; mais la prévention leur ôte la présence d'esprit. La plupart des citations qu'ils nous opposent sont infidèles ; il n'est parlé du prétendu mariage de saint Paul que dans la lettre interpolée ou falsifiée ae saint Ignace aux Philadelphien$% et non dans le texte grec authentique. Il n'est pas vrai qu'Oriçône soit de ce sentiment; il dit que, selon I opinion de quelques-uns, saint Paul était marié lorsqu'il fut appelé à l'apostolat; que, suivant d'autres, il ne l'était pas. Nous n'avons rien trouvé dans saint Basile de ce

Su'on lui attribue ; saint CJément d'AlManrie est le seul des Pèros qui ait cru le mariage de saint Paiil. Éusibe,,à la vérité, cite., ce qu*a dit saint Clément, mais il n'y donnp, aucune marque u'approbalion ; et cette opi-'

DjGTiaNN. D'AsCÉTISilIB. I.

nion n'esl fondée que sur un passage de saint Paul mal entendu.

Aussi Tertuilien (lib. i Ad uxor , c. 3; lib. De monogem^ c. 3, 8) ; saint Hilaire (in ps. GXXVu);.saiDt Epiphane [hœr., 58); saint Ambroise [in Exhortât, ad virgines); saint Jérôme (liv. i contra Jovin.y et Epist. 22 ad Eustochiam); saint Augustin (£. de Grat. et lib. Arb.f c. 4; Lib. de bono conjug., c. 10; lib. I De adult. conjug.f c. k ; Lib. de opère monach.j c. h), affirment unanimement que saint Paul ne fut jamais marié. L'ofiinion particulière de saint Clément d'Alexandrie ne'peuf'pas pré valoir sur cette tradition constante.

Il n'y a aucune opposition entre les divers avis que donne saint Paul ; il veut que les jeunes veuves se remarient, parce qu'elles

en ont le désir, quia nubere volunt, et

parce que plusieurs ont manqué h la foi qu^elles avaient jurée. {ITimoth. v, 11, 12). Sans doute, il était mieux pour elles de se remarier que de brûler d^un feu impur (/ Cor. VII, 9).

Quant au passage de saint Paul, tiré de la même Lettre aux Corinthiens (ix, 5)» qui a trom[>é saint Clément , et sur lequel nos adversaires insistent, il ne iait aucune dif-' ficulté. itavans-nous pas, dit TApôtre, h pouvoir de smener avec nous usie femme^ comme noire saur, comme font les autres ap4tre$t et les frères du Seigneur et Cépluui'9, Saint Clément, disent ces critiques, sous fe nom de femme^ a entendu une épouse; cette traduction est fautive. Mais nos censeurs , toujours frappés du même vertige, veulent que saint Paul , après avoir parlé comme veuf, dans le chapitre vu, ait fait inentioii de son épouse dans le chapitre ix.

Suivant leur coutume ordinaire, lorsqu'un Père de l'Eglise a dit Quelque cliose qui leur est favorable» ils en ront un éloge pom* peux, pour tous ceux qui ne sont |:as de leur avis, ils les dépriment et en parlent avec dédain.

A force de spéculations, ils ont deviné l'origine de l'estime que l'on a eue, dès lea.

firemiers siècles, pour la virginité et pour e célibat ; elle est venue, disent-ils, de le<; croyance dans laquelle étaient les f remien^ chrétiens que le monde Unirait bientôt, de la mélancolie qu'inspire le climat de l'Egypte: et des Indes, des idées chimériques de perfection puisées dans la philosophie de Py-^ thagore et de Platon; et cette supcfStitioQ» s'est répandue partout.

Nous voilà donc réduits à croire que Je* sus-Christ et ses disciples, saint Paul et l'auteur de l'Apocalyose, qui ont fait cas de la virginité et du c^ioieit, étaient dans roi)ini(m de la prochaine fin du monde, qu ils étaient attaqués de la mélancolie de TEgypte et des Indes ; qu'ils étaient prévenus des idées de Pythagore et de Platon.

Qui n'admirerait l'entêtement de nos adversaires? ils disent que Testime pour ]a ..virgi^nité et le célibat est absurde, injurieuse^ â la na!ure, contraire aux desseins au Créa'* ieur,*ux Ibtérêtsde rtiùmanité, aur plv* v

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pures lumières du bon senS} 6(9 par une contagion déplorable, cette superstition s*est répandue partout ; elle a passé de TEgypte aux Indes et à la Chine, elle â infecte les ignorants et les philosophes. Avec le christianisme, elle a pénétré en Italie et dans les Gaules, en Angleterre et dans les climats glacés du Nord ; elle est allée jusqu'au Pérou faire établir les vierges ou Soleil. Ils se flattent néanmoins, par la supériorité de leurs lumières, de ^érir enfin l'univers entier de cette maladie, et de lui rendre le bon sens qu*eux seuls croient posséder eiclusivement. Ils disent que celte estime aveuffle pour la continence a été poussée à l'excès par les Pères de l'Eglise, et ils s'efforcent de prouver que les Pères n'ont jamais pense à en faire une loi au clergé, ils disent que les Pères ont eu le même mépris pour Tétat du mariage, ({ue les docètes, les Dbarcionites' et les manichéens , et à peine ces hérétiques ont-ils paru, qu'ils ont été réfutés et condamnés par les Pères.

Hais c'est ici un fait dont la discussion est importante. Notre dissertateur, instruit probablement par Beausobre, soutient que ces anciens hérétiques, détracteurs du mariagOt ne le condamnent pas comme absolument mauvais et criminel , qu'ils le rcfgardaient comme un état moins parfait que le èélibat, doctrine qui est k présent celle de rËglise romaine, mais qui a été condamnée par les Pères.

Heureusement, le mattre et le disciple se contredisent et se réfutent chacun de leur côté. Le premier, après avoir fait tous ses efforts pour prouver que les manichéens ue pensaient pas, touchant le mariage, autre ment que les Pères, est forcé de convenir que ces hérétiques ne pouvaient, suivant leurs principes, ni approuver le mariage, ni le regarder comme une institution sainte, puisqu'ils enseignaient que c'est le démon ou le mauvais principe qui a. construit le corps humain, et qu'il s'est proposé de per- ^pétuer, tant qu'il le peut, par la propagation, la captivité des flmes ; c'était aussi Terreur de plusieurs sectes guostiques {Hist. dumantch.f liv. vu, c. 3, § 13; c. 5, S 9). Le second n'a pu s'empêcher d'avouer que les encratites et les apostoliques rejetaient le mariage comme absolument mauvais, qu'Eustate de Sébaste, en Arménie, fut condamné au concile de Gangres, vers l'an àki , parce qu'il interdisait la cohabitation ^ux gens mariés (fnconv, du célib., seconde part., c. 9, 10, 13). Voilà ce que les Pères • ni l'Eglise n'ont jamais enseigné, mais ce qu'ils ont toujours proscrit et censuré.

Nous ne suivrons pas cet auteur dans ses itéclamations contre les vœux, contre l'état iuonastique , contre les couvents de relil^îeuses, contre les superstitions portées dans lé Nord par les missionnaires dans le neuvième siècle et les suivants ; ces invectives copiées d'après les protestants, et rebattues par les incrédules , seront réfutées <;hacune dans jtjur place. Quant aux mœurs du clergé dans les bas siècles , cl aui scan-

da.les qui ont aflligé l'Eglise , ces désordres n'ont eu lieu qu*après la chute de la maison '|de Cbarlemagne , et après la révolution qui bouleversa les gouvernements dans nof contrées. Les seigneurs , toujours armés , s'emparèrent des bénéflces , en firent leur

I>atfimoine , y placèrent leurs enl'anis et eurs protégés; ces [intrus ne pouvaient manquer d'avoir tous les vices de leurs }.)a- (rons , la simonie et le concubinage allèrent ]toujours de compagnie, Mosheim et d'autre» .protestants l'ont remarqué aussi bien que nous. En général, qui sont les prélats qui ont Ile plus déshonoré l'Eglise ? Ceux qui avaient jeu des enfants légitimes avant leur ordina" jtion , ou qui avaient eu des enfants natu«rels. Faut-il renouveler aujourd'hui les dé-* sordres qu'ils ont causés? Il est faux que le mariage permis aux ministres de la religion, dans Tes pays du Nord , y ait rendu les mœurs plus pures; Bayle a prouvé le contraire ( ùict. crit.^ art. Ermite , rem. 1, S 3}« : Pour ne rien laisser à désirer sur cette question tant rebattue , il nous reste à examiner si le changement de discipline sur ce point produirait des effets aussi avantageux qu'on le prétend.

Dans les Annales politiques de 1782 , n* 21, il y a une lettre dont l'auteur se propose de démontrer, par le calcul, que la suppression du célibat ecclésiastique et religieux serait une fausse politique , une 'puérilité indigne de l'attention d'un grand législateur, et une innovation sans fruit pour la population.

« La haine , d^-il , la jalousie , la crédulité , l'enthousiasme réformateur , la rivalité des philosophes avec le clergé , ont exagéré jusqu'au ridicule le nombre des ecclésiasti-

Îues et des moines: mais voici le résultat es dénombrements les plus exacts.

I « Sur plus de dix millions d'habitants , l'Espagne compte cent soixante mille célibataires religieux, dont un tiers forme le clergé séculier ; c'est un et demi pour cent de la génération complète. En Italie , il y a

Juatorze millions et demi d'individus, et eux cent quatre-vingt mille ecclésiastiques;: ce sont deux hommes par cent sur la totalitédes habitants : mais plus de la moitié d'entre eux se trouvent aans le royaume de Naf)lesetdans les Etats du Pape ; le reste de 'Italie ne suppose qu'un soixanre-auinzième ou environ île sujets voués à la religion.

« Il faut observer que l'Italie a peu de grandes villes qui absorbent la population; elle n'entretient point d'armées ni de marine militaire. Un climat doux et un sol fertile » en diminuant les besoins , augmentent les subsistances.

« Les calculs faits sous l'administration do H. Necker ont porté la population de la France à vingt-trois millions cinq cent mille habitants; en y supposant deux cent mille célibataires religieux , comme l'ont fait les plus grands exagérateurs , c'est moins d'un centième de la nation.

« 11 y a plus : sur le total de six millions et plus de deux cent mille femmes propres au mariage , il y en a un million et quarante

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D'ASCLTISME.

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mille qui ne sont point mariées» et on ne peut compter que soixante et dix mille religieuses, c'est le quinzième des femmes célibataires. Sur la totalité des hommes , on doit eo comi^ler au moins un million qui paurraientôtre mariés et qui ne le sont pas; sur oe million il n'y en a qu'environ cent trente mille ecclésiastiques ou religieux, ce n'est que le dixième.

a Rendez au monde, continue l'auteur, tous les hommes enfermés dans les monasières, ce sera soixante mille célibataires de moins sur un million; Mais tous n'auront pas les facultés, le^enchant^ la fortune, la vocation, nécessaires au lien conjugal. Les cadets de famille, les vieillards , les infirmes, ceux qui préféreront la liberté et l'indépendance du célibat au joug du mariage , «te, sont à retrancher , et c'est au moins nne moitié. Vous gagnerez donc , sur un million d'habitants» environ trente mille sujets, sur lesquels la mbi^t, la pauvreté, l'abstinence forcée , prendront leurs tributs: voilà à quoi ^e réduisent les romanesques visions des déolamateurs. ^^

« La seule capitale renferme plus de domestiques qu'il n'y a de religieux dans tout le royaume , le nombre de ces esclaves du luxe , dans toute la France» est un douzième 4e là population. Aux serviteurs, le mariage est intordit comme nuisible à l'intérêt des maîtres ; dans les femmes , on tolère le lii)ertiDaKe , et non la fécondité légitime. Le eélibat forcé des domestiques est un foyer •de désordres , celui des ecclésiastiques est •contraint dans ses penchants par la sainteté de son institut, par la crainte de la honte , par l'honneur du corps; un religieux a devant lui dix exemples de vertus {)Our un de dépravation.

« Deux cent cinquante mille soldats ou matelots sont enlevés sur la population » et l'on choisit les individus les plus capables -des services civils. La débauche , les maladies honteuses^ empoisonnent les armées^ 4andis que la désertion les diminue.

« Comptez les mendiants , les employés des fermes, les rentiers, les journaliers, la iiuée des gens de lettres , mais surtout les philosophes : Tesprit philosophique » mii n'est autre chose que l'esprit d égoïsme , mt toujours antipathique du mariage. Voyez nos mœurs, nos capitales, nos ménages ; observez le luxe dans ses gigantesques pro- Urès , le concubinage impossible à réprimer, la puissance maritale et paternelle ae jour en jour plus relâchée et plus insupportable, le ton et la conduite des femmes ; flattezvous ensuite que la propagation de l'espèce va couvrir la terre, lorsque cinquante mille moines auront renoncé au vœu du célibat.

« Il existe en France plus de prostituées que de religieuses; lesquelles sont les plus funestes à la population? Le nombre des enfants trouvés augmente chaque jour d'une manière effrayante^

« L'auteur des Recherches philosophiques sur le célibat s'écrie : « Voyez les £tals % protestants f ils fourmillent de bras, et la

«catholicité de déserts. » Vingt aulrcs oui fait cette comparaison.

« .Mais en Suisse, le plus peuplé des cantons. €Nlt celui de Soleure^ et il est catholi- 3ue ; il il des ecclésiastiques, des moines et es religfeoses. Si la Sicile est pleine <.e masures, c*est l'effet du gouvernement féodal, le plus atroce et le plus destructeur qu'ait inventé l'usurpation. Les Pays-Bas catholiques , les riches républiques d'Italie » étaient- elles dépeuplées dans le xr* et le xvr siècle? Avaient- elles moins de prospérité que la Hollande? La Prusse est-elle plus féconde en habitants que les contrées catholiques, et la Suède que la Lombardie? La fertilité du sol » la position topographique et le gouvernement , ont une tout autre force que les couvents.

« Réformer et non pas détruire , telle doit être la maxime qui spécule en politique. Changez des asiles inutiles en hospices de la pauvreté , de rflee , de la douleur, du repentir et de l'abnégation, la société pourra y gagner , mais non sa population. L amour au paradoxe n'inspire point cette opinion: quand on se défend avec des chiffres, on ne peut guère être soupçonné d*imposture.

« Il nous parait que cet auteur ne craint

Sas d'être réfuté ; s il se trompe, il est trèSr prepos de démontrer son erreur.

« L'auteur de l'article Ctf(t6o/, dans le Dioiionnatre'de Jurisprudence^ a copié les diatribes de l'abbé de Saint-Pierre, placées dans l'ancienne Encyclopédie, et il y a joint ne que les protestants ont dit dans celle d*Tverdun. Nous né pouvons nous dispenser de relever quelques-unes des contradictions de cet article.

« Après avoir soutenu que le célibat était prosent chez les Juifs en vertu de la préten* due loi : Croisses et multiplieMf on nous assure qu'Elie, Elisée, Daniel et ses kois compagnons, vécurent dans la continence.

VcHla dc>nc des prophètes, des amis de Dieu, qui ont violé publiquement la loi de Dieu

Î>ortée dès la création. L'on nous vante Us ois que les Grecs et les Romains avaient faites contre le célibat, l'espèce d'iufamio dont ils ravalent noté, les privilèges qu*iU accordaient aux personnes mariées ; cependant l'on nous fait observer que tous les peuples ont attaché une idée de sainteté et de perfection à la continence observée par motif de relieion; il n'est donc pas vrai que toute espèce dfe célibat ait été notée d'infamie. D'un côté l'on dit qu'il n'y a guère d'hommes à qui le célibat ne soit difficile à observer, que les célibataires doivent être tristes et mélancoliques; de l'autre on cite uneharan-gue de Metellus Numidius, adressée au peuple Romain, dans laquelle il avOue que c'est un malheur de ne pouvoir se nas.er des femmes, que la nature a établi quon ne peut guère vivre heureux avec elles. Pour être heureux, il faudrait donc n'être ni marié, ni célibataire. Un de ces oracles dit que, dans le christianisme, la lot du célibat pour les ecclésiastiques est aussi ancienne que l'Eglise, que Dieu l'a jugé yécessairti

GËf^

CES

))our approcher plus dignement deses autels ; un autre prétend que le célibat n'était que de conseil, et que, malgré ce aa'eQ a pensé ie^concile de Trente, la question que nous examinons est pufrement jpoiitique. Dans la même page on lit ciu*en Occident le célibat était prescrit aux clercs, et qu'il était libre dans 1 Eglise latine; il faut donc que celleci ne soit pas la môme que TEglise d'Occident.

« Cec[ue disait Tabbé de Saint-Pierre, que les ministres protestants sont aussi respectés du peuple que les prêtres catholiques est absolument faux. Il est certain, par cent exemples, que les protestants sensés, même les souverains, ont toujours témoigné plus de respect pour les prêtres catholiques, dont ils connaissaient les mœurs, que pour leurs propres* ministres; on sait d'ailleurs qu'en Angleterre le bas clergé est très-méprisé. » (Londreêf 1. ii, p. 2ki.)

Nous n'avons sarde de bl&mer ce qui est dit dans cet article contre le célibat volontaire ou forcé des séculiers ; mais les moyens que l'on propose pour y remédier sont à peu près impraticables, et ceux que l'abbé de Saint-Pierre avait rêvés pour prévenir les inconvénients du mariage aes prêtres sont Absurdes

CELLULE. — Diminutif du mot celle»

qui a signifié autrefois un Heu fermé, et conséquemment un monastère. C'est une petite chambre habitée par un religieux ou par une religieuse, qui fait partie d'un couvent. Elle renferme qrdinairement un lit OU' un grabat, une chaise, une table, quelques images et quelques livres de piété : le reste serait superflu. Les premières habitations des moines d'Orient s'appelaient laures.

Un religieux qui sait s'occuper, dans sa cellule, à prier, h lire, à méditer, à écrire, à faire quelques ouvrages des mains, est plus heureux qu'un grand seigneur dans un vaste appartement. S'il lui arrive d'entrer dans un de ces palais qui renferment les chefscTœuvre des arts, et des meubles précieux, dont le maître ne se sert jamais, il peut dire, comme un ancien philosophe : Combien de choses dont Je n'at pas besoin!

Dans la Thébaïcfe il y avait trois déserts habités par les solitaires anachorètes : l'un des celluleSf l'autre de la montagne de

litrie, le troisième de Scété ; c'était le plus éloigné du centre de l'Egypte; il confinait la Libj^e. L'auteur de Vlmitation a dit : Cella bene custodita dulcessil.

CËNOBITË. — Religieux qui vit dans une communauté, sous une règle commune, avec d'autres religieux. Ce nom vient de xMvor, commun, et 6iof, vie. Un cénobite est ainsi distingué d'un ermite ou d'un anachorète qui vit dans la solitude.

L'abbé Piammon parle de trois espèces de moines qui se trouvaient en Egypte, dans la Thébaïde, savoir : les céfiobiteSf qui vivaient rassemblés en communauté; les anachorètes ^

?ui demeuraient seuls , et les sarcd^aites^ qui taieqt vagabonds ; ces derniers ont toujours

été regardés comme de faux moines. Il rap« porte au temps des apôtres l'institution des cénobites: c'est, selon lui, une imitation de la vie commune des fidèles de Jérusalem : mais ces fidèles étaient des gens mariés, qui n'avaient pas renoncé au monde. Saint Pacôme nasse pour le premier instituteur de la vie cénobitique, parce qu'il esttle premier qui ait fondé des communautés réglées.

Avant lui, les moines étaient anachorètes ou solitaires. On prétend cependant que saint Antoine avait nflti un monastère vingt ans plus tôt que saint Pacôme; mais celui-ci est le premier qui ait écrit une règle monas* tique. ^ r-

Dans le Code théodosien (I. n, tit. 30, />« appellat.f leg« 57), les cénobites sont appelés synobitcsj à la lettre, gens qui marchent ensemble, qui suivent le même chemin ; ce no sont donc pas les domestiques des moines» comme l'ont imaginé quelques glossateurs» mais les cénobites. (Bingham, Orig. eecl.f tom. III, 1. VII, c. 3, 1 3. ) • CEPARI (Virgile de^ Jésuite du commencement du xvir siècle, a laissé plusieurs Vies de saints très-estimées : nous signalons seulement, dans le but plus spécial que nous poursuivons, son opuscule de la Présence dé Dieu,

CESAIRE d'ARLBs (Saint), né en 470, près de Ch&lons-sur-Saône, se consacra k Dieu dans le monastère de Lérins. Ses austérités ayant altéré sa santé, on l'envoya k Arles pour la rétablir. Trois ans après il fut élevé, malgré lui, sur le siège épiscopal de cette ville. Il fonda, à Arles, un monastère de filles, et leur donna une règle adoptée de*»

Euis par plusieurs communautés reliKieuses. »ans son voyage qu'il fit à Rome, le Pape l'honora du patliumf et du titre de son vicaire dans les Gaules. Césaire présida le concile d'Agde en 506, .et le second concile d'Orange en 529. Il mourut en 5U, après avoir gouverné son diocèse en apôtre. Nous avons de lui des homélies et des traités de piété, qui ont été insérés avec ses autres ouvrages dans la Bibliothèque des Pères.

Sa. règle. — Un des plus anciens monuments de la vie ascétique en France, après les institutions de Cassien, est la règle que fit saint Césaire pour les religieuses d'Arles; elle fut depuis généralement adoptée, et en particulier par sainte Radegonde, pour son monastère de Sainte-Croix de Poitiers. C'est à elle-même et à ses religieuses que saint Césaire adresse cette règle devenue le modèle de tant d'autres. Nous lui conservons sa forme épisiolaire.

« Aux saintes et vénérables sœurs en Jésus-

Christ^ habitant le monastère que nous avons

fondé par l'inspiration et avec le secours de

Dieu^ Césaire^ évéque,

« Puisque le Seigneur nous a inspiré de fonder votre monastère, nous avons recueilli dans les écrits des anciens Pères les avis spirituels les plus propres à diriger votre vie. Par vos prières, attirez le Fils de Dieu dans vos &mes, afin que vous puissiez les observer et dire ; Nous avons trouvé celui

CES

D*ASCETfSME.

CES

que nos codurs chercliaîent. — Je demande h Dieu que vous soyez toujours du nombre de ces vierges sases qui attendent le Seigneur avec leurs lampes allumées, et j*cspère que vous prierez pour moi, qui ai tant travaillé pour élever votre monastère. — Les avis que je vous adresse sont extraits de toutes les règles en usage, où j'ai choisi ce qui m'a paru le mieux convenir à des vierges de tout âçe qui doivent vivre en communauté. Voici le point fondamental que vous devez toutes observer.

« Si une vierge quitte ses parents et renonce au monde pour entrer dans la sainte bergerie et échapper, avec l'aide de Dieu, à ]a dent des loups, elle doit prendre la résolution de n'en sortir jamais jusqu'à sa mort, et de ne pas même aller dans la basilique qui touche au monastère et qui a une porte extérieure. — On ne donnera l'habit de religion à une postulante qu'après des épreuves multipliées. On la mettra d'abord sous la conduite de l'une des plus anciennes religieuses pendant une année entière, et ce no sera ordinairement qu'après ce temps qu'elle

ftourra recevoir l'habit et être admise dans e dortoir des religieuses. La prieure pourra prolonger ou abréger le temps des épreuves en quelques circonstances particulières, suivant le degré de ferveur de la postulante. — Les femmes veuves ou les femmes mariées qui, du consentement de leurs maris, les

auilteraient pour entrer dans le monastère, erront donner ou vendre leurs biens et se débarrasser de toutes leurs affaires temporelles suivant cette parole dUiSeigneur : Si iu veux éire parfait^ va et vend$ tout ce que iu postides. Celui'qui ne quiUe pas tout pour me suivre^ ne pmt être mon disciple. Je vous parle ainsi, vénérables filles, parce que les religieuses qui posséderont quelque bien ne posséderont jamais la perfection. Ainsi, les vierges elles-mêmes» qui ne renonceront pas à leurs biens, ne pourront être reçues parmi vous. On ne leur donnera l'habit qu après qu'elles seront entièrement débarrassées dés soins du monde.

« Celles qui auraient leurs parents et ne posséderaient pas encore leurs biens, ou qui seraient mineures, devront faire un acte de vente ou de donation qui aura son effet au moment où elles entreront en possession de leiirs biens ou dans leur flge de majorité.

a Aucune religieuse n'aura de servante, pas même J'abbesse. Les plus jeunes lui rendront les seivLces dont elle pourrait avoir besoin. On ne recevra pas dans le monastère d'enfant au-dessous de six ou sept ans, et on ne prendra en pension aucune fille, soit noble, soit plébéienne, pour en faire l'éducation. — Personne n'aura le choix do son ouvrage. Chaque religieuse fera cequ'ordonnera l'abbesse; aucune n'aura ni cnambre à part, ni meuble fermant à clef. Toutes coucheront dans un même dortoir, en des lits séparés; les anciennes et les malades auront seules une salle particulière.

« Jamais on ne doit parler à haute voix, et pendant la psalmodie il no faut ni parler

ni travailler. — Co)le qui» au signal donné, ne se rendra pas avec empressement à l'office ou àUouvrage, sera fortement réprimandée; si elle ne se corrige pas après deux ou trois avertissements, erie sera privée de la table commune et excommuniée. » On appelait excommunication, dans les monastères, l'exclusion des prières communes.

« Une religieuse qui sera réprimandée devra écouter, sans repondre, les avertisse-? ments qu'on lui donnera. Celle qui refusera de se soumettre à la correction, sera privée de la communion de la table ou de la prière, suivant la gravité de la faute. — Les religieuses chargées de la cuisine auront à leur repas un peu plus de vin que les autres. Toutes seront chargées alternativement de la Caire et de remplir tous les autres offices domestiques. La mère et la prieure en sont seules exemptes. — Pendant les veilles on s'occupera à faire des ouvrages qui'éloigneront le sommeil» et ne pourront distraire de l'attention qu'on devra apporter à la lecture. Si une religieuse s'endort, elle sera condamnée à se tenir debout tandis que les autres seront assises.

« Toutes recevront humblement la t&che qui leur sera donnée pour leur journée et raccompliront du mieux possible. Personne ne fera rien pour soi et ne possédera rien en propre, ni vêlement, ni autres choses. — Après Dieu, c'est à la mère qu'il faut obéir ; on doit aussi se soumettre a la prieure. — A table, on écoutera attentivement la lecture, et on continuera à la méditer du fond de a<4X cœur quand elle est terminée. On demandatâ par signes les choses nécessaires à celle qiÉi servira la table; il faut songer à écouter la parole de Dieu tandis que le corps prend sa nourriture. — Toutes les religieuses apprendront à lire. En tout temps, les deux Premières heures du jour seront consacrées la lecture; le reste du jour, au travail et à la prière. Depuis la deuxième heure jusqu'à la troisième ou tierce , une sœur lira k haute voix pendant que les autres travailleront. Durant le temps qu'on ne fera pas de lecture, on méditera intérieurement la parole de Dieu, et on parlera seulement lorsqu'on ne pourra s'en dispenser.

« Celles qui possédaient quelque chose dans le monde l'offriront humblement à la mère pour la communauté; celles qui n'avaient rien ne chercheront pas à acquérir dans le monastère ce qu'elles ne possédaient pas dans le monde. Celles qui étaient riches ne mépriseront pas leurs sœurs qui étaient pauvres. A quoi leur servirait-il d'avoir quitté leurs richesses si elles avaient gardé ItMir orgueil? Vivez toutes ensemble daoJ l'union et la concorde, et respectez mutuellement en vous le Dieu dont vous avez mérité d'être les temples.

(K Quand vous chantez des psaumes et des hymnes, que vos cœurs s'unissent h vos voix. Quand vous travaillez, ayez toujours dans l'esprit quelques passages des saintes Ecritures. — Vous aurez soin de bien trai ter les malades, afin qu'elles se rétablissent

ces

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promptement, et puissent reprendre leurs absiinences accoutumées. On leur donnera t )iit ce qui leur sera nécessaire, et comme c*esl rordinafre de n'avoir pas de bon Tin pour la comamnauté, Tabbesse aura soin d'en avoir de meilleur pour les malades et ceDes qui auraient une santé délicate. — Votre vêtement n'aura rien de remarquable. Vous ne devez pas chercher à plaire par vos brihits, mais par vos vertus, ce qui convient mieux h votre profession^ Les vêtements seront confectionnés dans la communauté.

Ils seront simples et honnêtes; ils ne seront ni noirs ni d'une couleur éclatante» mais de laine blanche.

« Comme la mère du monastère doit prendre soin du spirituel, avoir des rapports avec les personnes du dehors, tenir la correspondance et surveiller le temporel, la prieure aura la surveillance du vestiaire, et aura soin qully ait.toujours des vêtements pour les sœurs qui en auraient besoin. — Vous n'userez, jamais d^argenterie, et il n*y en aura dans le monastère que peur le ministère (le l'oratoire. Les ornements de l'oratoire seront en laine. On n'y mettra ni tableaux, ni fleurs, parce qu'il ne doit rien y avoir dans le monastère qui puisse flatter les re^ gards. — Si on fait pour l'oratoire quelque (iréseni dbni Tusage est prohibé, on le vendra. et on le mettra dans- la basilique de Sainte-Marie.

« Ayez toutes beaucoup de pudeur et de réserve dans vos regards. Si vous remarquez un peu de légèreté en quelqu'une de vos «œurs,, reprenez-la secrètement. Si elle méprise votre avertissement, dites-le h la mère, et rie pensez pas être malveillante quand TOUS agissez avec une intention droite. V^ous seriez coupables, si, par votre silence, vous laissiez, périr une de vos^ sœurs que la correction pouvait sauver. — Si une sœur, ce au'è Dieu ne plaise 1 était tellement avancée ans le mal qu*%lle reçut en oachelte des lettres ou.de petits présents, onulevrait user fi'indulgence et prier pour elle, si elle avouait sa faute avec candeur; mais elle devrait êire sévèrement punie, si elle la niait, quoiqu'elle fût convaincue.

« On punira de la même manière celle qui fera des présents ou écrira des lettres ; seulement, si une religieuse, par affection pour ses parents, voulaitteurenvoyerdeseulogi es, elle en demanderait la permission à la mère, et, si elle l'obtenait, 'elle les ferait remettre par les portières. — Si une des sœurs commettait un vol ou se laissait aller h des injures, elle devrait recevoir la discipline en présence de toute la communauté. — Une religieuse, qui aura mérité d'être excommuniée et séparée de la communauté, restera dans le lieu que l'abbcsse lui aura désigné, jusqu*à ce qu'elle ait demandé pardon de sa taute.

tf Avant tout, et pour conserver intacte voire réputation, que jamais aucun homme n entre dans rintérieiir du monastère ou (i/i is Toraloirc, excepté les évoques, le pror v.seur de la couununaulé, un prêtre, un

diacre^ unsous-diacreet nnontlènxleeteurfr tous recommandables par leor ige et par letirs vertus, et qui n'y entreront que pour célébrer la messe. Les ouvriers ne seront admis qu'accompagnés du proviseur, et' encore iaudra-t-il que la mère Tait su d'avance et Tait permis. Le proviseur, ini-mèine« n'entrera jamais dans le monastère que dans les cas indispensables, et encore sera-t-il toujours accompagné de l'abbesse et d'une autre sœur des plus respectables. — Les> dames du monde, les^ ieunes personnes ou autres femmes ayant Tnabit laïque ne pourront non plus y être admises.

«r L'abbesse elle-même ne pourra aller au* parloir sans être accompagnée de deux ou trois sœurs. Les évêques, les abbés et au-* très religieux recommandables par le«r sainteté, seront admis dans l'oratoire poar y prier, s*ils le demandent. — La porte du monastère devra être ouverte à certaines heures convenables, aux personnes qui toudraient rendre aux religieuses leurs devoirs de politesse. — Jamais, ni dans^ le monastère, tii dehors vous ne donnerez de repas aux évêques, aux abbés, aux moines, aux clercs» aux laïques, a uxfemmes portant l'habit séculier, ni même, au proviseur. Seulement, vous pourrez admettre à votre table, et encore très-rarement^ les religieuses de la cité qui auront une grande réputation de vertu et honoreront votre monastère. Si cependant une femme venait de loin pour voir sa fille dans la communauté, on pourrait l'inviter à partager le repas des sœurs, si elle était pieuse et si Tabbesse y consentait.

« Si on vient rendre visite à Tune dessœurs, on lui permettra d'aller au parloir, accompagnée de l'une des plus anciennes religieuses. — On ne fera pas d'aumônes

Îuôtidiennes à la- porte du monastère; si! ieu vous donne la faculté de secourir les pauvres, l'abbesse chargera le proviseur des aumônes du monastère. »

S. Césaire termine sa règle par ces naroles: « Nous vous avions composé une règle dès. la fondation de votre monastère, et nous avons été obligé plusieurs fois de la modifier. Hais après avoir fait l'expérience de ce gué vous pouviez faire, nous avons fixé au* jourd'bui définitivement ce que nous avons cru. possible, raisonnable, utile à votre sanctification. Nous avons tellement adouci cette règle, que nous vous croyons capables,, avec le secours de DJeu, de l'accomplir parfaitement. Nous vousconjurons, en présence de Dieu et de ses anges, de n'y jamais rien changer. »

Après avoir composé cette rèçle, Césaire l'envoya au Pape Uormisdas qui l'approuva.

CHAIR (Mouvement de la). — Voy. Appétits, Mortification.

CHAMPION (Pierre), Jésuite, né à Avranches, en^ Normandie, le 19 octobre 1631, entra dans la société à l'âge de vingt ans, et y professa les humanités. 11 [artit ensuite pour les missions d'Amérique, puis revint en France et mourut à Nantes le 28 juin 1701, Ses ouvrages ascétiques sont : V La vie et la

LUA.

i> AbtlL'iibMf!;.

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aoctrine spiriluelle du i*. Louis Lallemand, 4ésfiiJe. Paris, 169i» in-12. ; — 2*Io vie de$ fondateurs de retraites^ etc. Nantes, 1696, in-12. — Il a en outre publié les Lettres spirituelles et les Dialogues du P. Surin. {Voir ce nom.)

CHAPELETS. — Ce sont plusieurs grains attachés les uns aux autres et qui servent à compter les pater et les ave qu on récite en l'honneur de Dieu ou de la sainte Vierge.

Dans la basse latinité, ils ont été nommés capillinaf et chez les Italiens corona; ils contiennent cinq dizaines de grains et les rosaires en ont quinze. L*usage de réciter le chanelet n'est pas fort ancien. Quelques-uns le font remontera Pierre l'Ermite; le rosaire fut institué par saint Dominique.

Il y a un chapelet du Sauveur composé de trente-trois grains, à l'honneur des trentetrois ans que Notre-Seigneur a passé sur la terre; il a été imaginé par le P. Michel, de l'ordre des Camaldules. Ces divers instruments de dévotion ont été mis en usage afin qu'aucun travail de mémoire n'empêche les affections du cœur de monter vers Dieu avec la prière vocale.

CHAPITRE. — Un moyen qui contribue puissamment au bien de la vie religieuse et a la conservation de la discipline dans les monastères, c'est la célébration des chapitres. Là s'assemblent les supérieurs avec les religieux députés par les communautés, pour régler, corriger, modifier, décider tout ce qui peut concourir à l'avantage de la ▼ie monastique et à la conservation de la discipline régulière. C'est dans ces chapitres que les fautes commises contre ta règle Bont punies par des peines régulières; que les supérieurs rendent compte de leur administration, et reçoivent une nouvelle institution ou sont maintenus dans leur charge ; c'est là encore que sont discutés, examinés €t éclaircis les points douteux de la règle. On comprend donc combien les chapitres sont utiles au bien de la vie monastique. Aussi leur institution date-t-elle de l'institulion môme des monastères. Saint Pacôme, qui avait fondé plusieurs communautés, réunissait chaque année les abbés et les supérieurs, traitait avec soin des affaires' iro- (>ortantes de l'ordre, rétablissait la paix et 'union, quand elles étaient altérées; nommail des supérieurs pour maintenir la paix dans les monastères, etc., ainsi qu'on peut en juger par sa Rigle, ch. S7. Le concile de Latran, de l'an 1215, ordonne de célébrer ces chapitres tous les quatre ans. Benoit Xll prescrit également, en 1336, la tenue des chapitres généraux, provinciaux et particuliers.

Les chapitres généraux sont ceux où s'assemblent les préfets de toutes les provinces, comme chez les Mendiants, et chez les religieux des ordres qui sont divisés en certaines congrégations. Les chapitres provinciaux, chez les Mendiants, sont ceux où se réunissent les pi^éfets des monastères

d'une province. Enfin les chapitres particuliers sont ceux qui ont lieu chaque semaine pour le bien de la disciplif]%:idans les monastères bien réglés. Quaor IP la manière dont ces chapitres doivent être célébrés, il faut suivre en cela les constitutions de chaque ordre; ce qui importe le plus, c'est que. ces réunions aient toujours pour but le bien^ seul de la religion.

CHAPPONEL D'ANTESCODRS (Raimond), chanoine régulier de Sainte-Geneviève, et prieur-curé de Sainl-Eloi de Roissy, s'est fait connaître par ses Recherches historiques sur Vordre canonique. On a de lui un ouvrage ascétique intitulé : Examen des voies inté" Heures, 1700, in-12. 11 y prémunit ses lecteurs contre les illusions des quiétisles. Sa mort est arrivée en 1700.

CHARITÉ. — La charité est une vertu ihéologique divinement infuse, par laquelle nous aimons Dieu pour lui-même et pardessus tout, et toutes les autres choses pour Dieu. 1* C'est une vertu; car la charité rend l'homme bon et ami de Dieu ; elle est, d'après saint Paul, la vertu la plus excellente de toutes, puisqu'elle arrive jusqu'à Dieu, et

Jfu'elle demeure en lui : Ces trois vertus, la oi, l'espérance et la charité demeurent à pré* sent; mais la charité est la plus excellents^ des trois (/ Cor. xiii, 13). — 2* Théologique divinement infuse, selon ces paroles : Vamour de Dieu a été répandu dans nos eaurs par te y Saint-Esprit qui nous a été donné ÇRom. V, 5). — 3* Pour lui'4néme, c'esl-à-dire, A. cause de ses perfections. — h* Et par-^sfi^^^ tout, c'est-à-dire au-dessus de toutes leè' choses créées.— 5* Et tout le reste pour Dienê^ «En effet, dit saint Augustin, nous aimoniÉ Dieu et le prochain; mais nous aimons. Dieu pour lui-même, el nous-mêmes et le prochain pour Dieu. »(L. vhi De Trin., c. 8.) f Ces deux amours, dit saint Grégoire le. Grand, sontdeux anneaux et une seulechalne, deux actions et une seule vertu, deux œu-». vres et une seule charité. » j^IUoral;, I. vu, c. 10.) Et assurément le sentiment qui nous fait aimer quelqu'un est identique à celui qui nous fait aimer son image.

Il y a diverses sortes de charité. Elle est ou habittMlle, et se définit r habitude infuse par elle-même des actes de charité, rendant capable d'une manière permanente de produire des actes de charité : ou actuelle, et se définit,, selon saint Augustin, le mouvement même cfe Vdme, pour jouir de Dieu à cause de lui-même,, el de soi-même et du prochain à cause deDieu; ou appréciative; c'est celle qui fait préférer Dieu à toutes les créatures; ou intensive ;^ c'est celle qui non-seulement aime Dieu par dessus tout, mais de plus produit pour iuîp même certain» dearés ae ferveur, par un vif si puissant effort au cœur et de la tolonté. La charité est encore affective, quand elle ne réside que dans le cœur, et effective quand elle se manifeste par des œuvres. Il est encore une autre division vulgaire, que nous croyons devoir mentionner ici. Quand elle se rapporte à Dieu, la charité s'appelle chthrite envers Dieu; et quand elle regarde lepro»-

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CHA

chain, charité envers le prochain : toutefois ces deux vertus n*en font qa*uney comme dit saint Thomas (2-3« q. 25, a. 1), puisqu'elles n'ont qu'un seul et même motii, qui est Dieu,

C'est Dieu qui est Vobjet matériel premier de la charité, selon ces paroles : Vous aimerez le Seigneur votre Dieu^'voilà le premier et le plus grand commandement (Matth.xxu); l'obiet matériel secondaire, c'ost nous-môme^' et noire prochain. Car c'est le propre de l'amitié parfaite de ne pas aimer seulement les personnes avec lesquelles on est en commerce d'amitié, mais aussi celles qui sont liées avec nos amis. Or les créatures intellectuelles, capables de la béatitude, sont, pour ainsi dire, en relations intimes avec Dieu. Vobjet formel et le motif, c'est la bonté divine, en tant qu'aimable en elle-même et pour elle-même. De là nous voyons que ramour de charité diffère de Tamour de concupiscence, en ce qu*ils ont un motif différent. La charité est supérieure à toutes les autres vertus; elle peut toujours s'accroître, et l'acte de charité nous est de grave obli- Kation. Saint Thomas même enseigne (2 2, c|. 2^, a. 8) que la charité neut être )nrfait6 en cette vi<s soit alors que *homme met tous ses soins à ne s'occuper que de Dieu et des choses divines, en négligeant tout le reste, autant que le comportent les besoins de cette vie; cette perfection n'est pas commune è tous ceux qui ont la charité; soit clora qu*il place hamtuellement son cœur tout entier en Dieu, de manière à n'avoir aucune pensée, aucun vouloir contraire à l'amour divin : cette 'perfeciioa convient à tous ceux qtii ont la charité.

Saint Thomas, saint Bernard et saint Bonaventure nous donnent les différents degrés de la charité envers Dieu. 1* Languir utilement : Je languis d'amour ICant. ii, 5) ; 2° Chercher Dieu sans cesse : Cherchez leSei-gneur et fortifiez-vous {Ps, civ, 4); 3" agir sans relâche : Jacob servit pour Racheta et tout ce temps lui paraissait peu de chose ^ à cause de la granaeur de son amour ( Gen* XXIX, 20). ^° Tout supporter avec un courage infatigable : Heureux ceux qui souffrent Sersécution pour la justice, [Matth, v, 10). ° Désirer av^c impatience : Mon âme désire d'entrer dans la maison du Seigneur ^ et elle est presque en défaillance (Ps, lxxxiii, 3). 6° Courir avec empressement : J'ai couru dans la voie de vos commandements^ lorsque vous avez élargi mon cœur (Ps, cxvni, 32) ; 7° Montrer une énergie pleine d*audace : Qu*j^ a-t-il pour moi dans le ciel? et que désiré-je sur la terre, sinon vous, mon Dieu I Ma chair et mon cœur ont été dans la défaillance, ô Dieu ! qui êtes le Dieu de mon vœur et mon partage pour toute V éternité ( Ps, Lxxii, 25 et 26). 8° Lier cet amour par des liens indissolubles : Jésus-Christ est toute ma vie {Phil, i, 21) ; 9* Brûler d'une douce ardeur : Mon cœur s'est échauffé au dedans de moi (Ps, xxxviii, k) ; i(X" Une ressemblance complète avec Dieu, autant

du moins qu'il est permis à la créature icibas : C*est ainsi que vous deviendrez participants de la nature divine (II Petr. i, h). C'est par ces différents degrés que l'homme devient le principe des opérations surnaturelles et moralement parfaites, en raison desquelles il est assimilé à la manière surnaturelle d'agir de la nature divine, et il se détourne des œuvres de concupiscence et de corruption.

1° L'exercice de la charité envers Dieu est un des meilleurs moyens d'avancer dans la perfection. On le prouve : !• par l'Ecriture sainte, qui fait surtout consister la perfection chrétienne, dans la charité. Et au-dessus de tout cela (c'est-à-dire, des autres vertus, que TApôtre venait de recommander), ayez la charité, qui est le lien de la perfection (Coloss, m, li). Voici le premier et le plus grand commandement : Vou9 aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, de toute votre âme et de tout votre esprit {Matth. XXII, 37). Enfin, c'est par la charité que Dieu habite en nous : Dieu est la charité^ et celui qui demeure dans la charité demeure en Dieu et Dieu en lui (/ Joan. iv, 16). La charité est donc absolument nécessaire pour Tavancement spirituel*

2° Par les saints Pères. «Comme la capidité est ia racine de tous les roaux» de même la charité est la racine de tous les biens. » (S. AceusTiif, serm. 39, ih Temp,) — « Notre cœur est Tautel de Dieu , sur lequel nous devons toujours entreteniir une llamme ardente ; car il est nécessaire d'allumer sans cesse à ce feu la flamme de la charité pour le Seigneur. » (S. GftÉGoimB, 1. XXXIV Mor. , c. 7.) — « Dieu veut que nous le craignions comme notre Seigneur» que nous Knonorions comme notre Père^ que nous l'aimions comme notre époux.

Parmi ces obligations, quelle est la plus importante? C'est l'amour A Dieu seul

l'honneur et la gloire ; mais Dieu n'acce(htera ni l'un ni l'autre, s'ils ne se sont rendus agréables par le miel de l'amour. » (S. Bbrnabd, serm. 83, in Cant,)

3^ Par la raison. D'abord la perfectiiiD consiste principalement dans la charité envers Dieu, et cette charité, qui forme le plus grand précepte, est la reine de toutes les autres vertus. Ensuite sans elle nous ne pouvons rien, pas mê:^e acquérir le moindre mérite pour la vie éternelle. Car, qiuznd même je parlerais le langage des hommes et des anges,.,, si je n'at pas la charité ^ tout cela m est inutile, [ICor. xiii, 1.) Enfin parmi toutes les vertus, la charité est celle qui se rapporte plus parfaitement à Dieu: elle réside et repose en lui.

Los .saints Pères et les écrivains ascétiques nous indiquent \gs^ différents jnotifs a*aimer Dieu, tirés de la souveraine bonté de Dieu , de l'amour qu'il nous porte, des bienfaits de la création, de l'incarnation et de la rédemption, de notre conservation et de notre gloire future, etc. Ou les trouve

CIIA

DASCETIS9IE.

eux

dans <iaint Augustin, dans saint Thomas , ht^\n{ Bonaventure et saint François.

Nous avons dit qu'il fout aimer Dieu apprécialivement par-dessus tout. Puisqu'il est aimable par-dessus tout, quoi de plus raisonnable de Testimer plus que toute chose et de lui être si fermement attachés, non-seulement d'esprit ou spéculativement, mais aussi de cœur ou pratiquement, que nous soyons prêts à tout perdre plutôt que son amitié? Car c'est lace qu'exige denous l*amour de tout notre cœur. Le Catéchisme romain dit que ramour de Dieu doit être préféré à toute chose ^ à tel point quil n'est pas permis de pécher, même pour sauver sa vie» Cest là la contrition efficace et véritable (Depœnit, c.5]. Aussi ne faut-il pas écouter les théologiens de Louvain et quelques Français modernes^ qui prétendent qu'>>ne certaine intensité d'amour déterminée, outre la perfection appréciati ve, est nécessai re pour la contrition parfaite. C'est tout au plus si l'on peut admettre quelque intensité indéterminée dans c|ueique moindre degré, pour que la contrition soit appréciativement efficace ; quoique la ferveur et l'intensité de l'amour devenant de plus en plus vive soit d'une très-grande utilité pour la perfection. Or, l'amour de Dieu, ainsi appréciativement parfait» doit renfermer la volonté eflicaGe d*observer tous les préceptes divins : Celui-là nCaime oui garde mes commandements et qui les o65frve(/oayi.xiy9 21}; volonté non pas euicace etfectivement, soit Qu'elle agisse ou qu'elle commande, de manière gue toute action s'accomplisse en effet; mais efficace affectiveinent,c*est-è-dire, actuellement déterminée à remplir tous les préceptes dont l'observation se présentera» et par suite de cette détermination habituelle, rtfusant son consentement à tout grave péché. C'est ce que doit nous

Srocurer la considération de la grandeur de lieu, Taifermissementde notre espérance en Dieu, d'humbles prières, la mortiflcation et l'abnégation de soi-même. Bien qu'il soit louable pour les flmes parfaites de descen* dre à un cas particulier, comme de souffrir plutôt le martyre que de pécher, ce qui indique le plus parfait amour ne Dieu, cependant pour les faibles, dit saint Thomas {Quodlib. I, c. ^), cette application particulière de l'amour a quelque chose de difficile qui n'est ni nécessiati^ ni convenable ; à moins que, comme.le remarque Louis Dupont ( t. 1 Christ, perf.^ c. 3), il ne s'agisse de tentations sur des choses qui se présentent fréquemment et qui ont été antérieurement pour nous une cause de chute. Si alors le tentateur présente à notre esprit des cas extraordinaires et excessivement difficiles, il suffit en général de prendre la résolution d'être ûdèle à Dieu, avec sa grâce, en toute circonstance, et de mépriser ainsi leâ menaces de notre ennemi furieux.

Concluons de là qu'il peut bien se faire que l'amour de Dieu soit efficace affectivemeiil sans l'être effectivemeni, parce que celui qui possède f maintenant un amour affectif, peut bientôt, par suite de la fragilité

humaine, manquer à cet amour, et h son ctfet qui consiste dans l'observation des commandements. De sorte que, outre la grâce requise pour posséder l'anïourde Dieu par-dessus tout, il faut une nouvelle gnice requise pour persévérer longtemps, sans commettre de faute grave. Toulerois tomber bientôt dans le péché mortel, ou y retomber fréquemment, est une marque que l'acte d'amour n'a pas élé assnz alfeclivement efficace, et gue même il a manqué tout h fait; car il n est pas naturel de voir le cœur de l'homme passer si facilement d'une extrémité h l'autre, de la plus profonde vénération pour Dieu au mépris de Dieu pour les choses les plus viles.

Les actes d'amour de Dieu sont : !• de se réjouir de tout son cœur de ce que Dieu est Dieu et tout notre bien, et de souhaiter qu'il soit reconnu, aimé, loué, adoré par toutes les créatures, et que sa volonté soit faite et glorifiée, parce qu'il est Dieu et qu'il est digne de tout amour. 2** De produire trèssouvent un acte d'amour de Dieu. 3^ De faire présider l'amour de Dieu h tous les mouvements et les battements de LOtre cœur, à tous nos pas, toutes nos pensées, nos paroles, nos actions et nos œuvres, de manière à ne rechercher en toute chose que la gloire de Dieu, que sa volonté et sou amour, k"" Do chercher è faire connaître» aimer, et glorifier Dieu de tout le monde, et à faire accomplir sa volonté en toute chose. 5*" De s'offrir tout entier à Dieu, de lui sacrifier sa vie et de verser tout son sang pour son amour. 6'* D'avoir toujours Dieu présent è l'esprit, de vivre, de s'entretenir avec lui, de s'unir à lui, de le louer, de s'humilier soi-même, de. lui rendre grâces, de le bénir, de l'adorer, de se résigner tout à fait à sa volonté, et d'accepter avec reconnaissance tout de sa main. T De désirer souvent de jouir de Dieu dans la ce- Jêste patrie.

Ici se placent naturellement les erreurs du molinoêisme et du quiétisme, dont on trouvera l'exposition à chacun de ces articles. Nous y renvoyons le lecteur.

Le désir de jouir de Dieu est-il un acte de charité? Oui, quand il tend à jouir de Dieu pour la gloire de Dieu même. C'est bien plus, un acte de charité parfaite, parce que la jouissance de Dieu est la consommation de la charité. C'est pour cela que saint Augustin définit la charité tin mouvement de Vàme à jouir de Dieu pour lui-même. De même c'est un acte de charité que de chérir la bouté divine , comme nous donnant les moyens d'accomplir la volonté de Dieu et de parvenir à notre fin dernière. En effet, c'est chérir Dieu à cause des bienfaits qu'il nous accorde, mais en ne considérant ces bienfaits que comme la communication de la bonté de Dieu; c'est enfin chérir la bonté de celui qui nous donne ses faveurs.

La charité héroïque envers Dieu se reconnaît, selon Benoît XIV (De serv. Dei heatif. I. m, c. 23), par les actes extérieurs suivants : le zèle du culte et do l'honneur

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dîvifN le (l«'8ir de mourir pour élre entièrement réuni à Dieu, la joie intérieure manifestée eilérieurement quand on parle de Dîeu, la paix dans les adversités, la joie quand il arrÎTe de souffrir quelque chose pour Dieu : aussi saint Maxime loue la charité de saint PierrOf wnree que^ placé sur te navire^ il considère le Seigneur^ H eonduii par ion amour ^ deicend dane la mer. (Hom. %.] Sainte Agnès répondit à un jeune homme qui l'aimait eperdument : Retirez-vous de moi.. ^ je ne puii abandonner celui auquel je suis unie par les liens de la charité. Saint Jérôme nous propose un noble exemple d*amour de Dieu par-dessus tout, quana il nous montre sainte Paula sortant de la fille pour aller visiter les lieux saints, et méprisant l'amour de ses enfants à cause de son vif amour pour Dieu, (Ep. ad Ëustoch.) Siint Laurent disait

au tyran : Vous perdez votre temps , vos

flammes ne pourront vaincre la flamme de la charité de Jésus-Christ. (Saint Léon, 5frm. de saint Laur.) Quand ces actes sont produits fréquemment, d'une manière prompte et empressée, avec joie dans les difficultés, au péril de la rie ou des richess(*s, ils dénotent une charité héroïque, ainsi que le montre Laurœa (m m, t. Il, d. 32 }, et procèdent du don do sagesse. La charité se reconnaît encore par la tension continuelle de Tesprit en Dieu, par de fréquents entretiens sur Dieu, par une considération continuelle de la bonté divine et des mj^stères de notre religion, surtout de la passion du Seigneur, par les méditations en vue d*exciter Tamour de Dieu, par un grand déplaisir jd^ Tabsence dé Jésus-Christ, par une observation très-exacte de ses préceptes et de ses conseils, par les extases, les ravissements, et les autres signes extérieurs au moyen desquels Dieu daigne manifester panois la charité intérieure de ses serviteurs.

Puisque la charité envers Dieu est absolument nécessaire pour notre avancement spirituel, et que Dieu par lui-même est infiniment aimable , aimons-le donc autant nu'il nous est possible, efforçons-nous de 1 aimer de tout notre cœur et d'un amour infini. En effet, comme dit saint Thomas : « Malgré tous vos efforts, vous ne pourrez jamais Ty renfermer, parce qu'il est plus grand que tout votre cœur. » (m Matth, xxii.) « Voulez-vous apprendre de moi, dit saint Bernard , pourquoi et comment on doit aimPT Dieu ? Voici ma réponse : la cause de Tamour de Dieu, c'est Dieu ; la manière de l'aimer, c'est de l'aimer sans mesure. » (7r. de dilig. Deo^ c. 1.) « L'épouse court avec empressement, attirée par l'odeur de Tos (larfums, elle aime avec ardeur, et semble encore ne pas rendre assez d'amour pour celui qu'elle reçoit, môme lorsqu'elle s'est livrée tout entière à l'amour.... Et en effet, comment reconnaître un amour si grand et si précieux? » ( /frtd., c. h. ) Concluons donc avec saint Thomas «le Villeneuve : « Seigneur, vous m'avez accordé le don de votre amour, accordez-moi de pouvoir m'ac-

ouitter envers vous \ car si je ne suis pas digne de vous aimer, vous êtes. Seigneur, bien digne d'être aimé de moi... Je tous chérirai donc de toute manière, car ce que vous avez fait pour moi est sans mesure.... Il n'est pas bien grand, l'amour qui met une mesure dans son action ou qui cherche à trouver la mesure qu'il y doit mettre. Car la mesure de lamour est do faire tout sans mesure, et sa raison de n'en examiner aucune. L'amour spirituel n'a ni loi, ni raison, ni mesure; il est lui-même la loi, la mesure et la raison sunérieure. »(Sfriti. de S. Magdal. )

La même vertu théologique de charité, qui mène à l'amour de Dieu, conduit aussi à Famour du prochain; car il est dit : Nous avons reçu de Dieu ce précepte que celui qui aime Dieu^ aime aussi son frère (/. Joan it, ai ). Quant h la raison et a la manière d'aimer le prochain, saint Thomas nous les enseigne. (2-2, p. Uk, c. 7.) Laraison de l'aimer, c'est que nous derons aimer les autres avec charité, parce qu'ils sont nos proches, en tant qu'ils sont comme nous l'image na* turelle de Dieu et aptes à sa gloire. La manière est que nous devons aimer notre prochain pour Dieu, comme nous deTons nous aimer nous-mêmes pour Dieu; que nous ne derons nous réjouir que du bien et jamais du mal du prochain, et cela» non pour notre utilité ou notre plaisir, mais avec le même sentiment qui nous fait désirer le bien pour nous-mêmes : cet amour du prochain doit même s'étendre jusque nos ennemis.

C'est par la même espèce de charité qn*on aime Dieu et le prochain. Dieu pour luimême et le prochain pour Dieu, car la raison formelle d'aimer le jirochain, c'est Dieu. Ce que nous devons aimer dans le prochain, c'est qu'il soit en Dieu et qu'il s attache à lui comme à sa fin dernière, c'est par conséquent que Dieu soit aimé, loué et glorifié à cause de sa bonté infinie. De sorte qu'ainsi le motif formel d'aimer le prochain, c*est la bonté infinie de Dieu aimable en lui et pour lui. Donc, si quelqu'un aime son prochain h cause des bienfaits qu'il en a reçus ou de quelques éclatantes qualités natui^lles ou surnaturelles, ce n'est plus qu'un amour naturel, k moins que l'on ne considère ces qualités comme des participations de la perfection divine, et que l'on n'aime uniquement en elles que la perfection même de Dieu.

Notre prochain le plus proche, c'est nous* mêmes. L'hommedoitdonc s'aimer lui-même par un acte intérieur de charité. Dieu est digne, comme infiniment bon, d*être aimé par tous d*un amour de bienveillance; donc rhomme doit aussi exiger pour lui-même cet amour k cause de Dieu. Or, c'est là s*aimor soi-même d'un amour de charité. Donc, i^homme doit s'aimer lui-même pour Dieu.

L'homme doit avoir pour lui-même plus de charité que pour le prochain. Car il est dit {Matth. xxii) : Vous aimerez votre prochain comme vous même; cet amour de soi-

D*AdCETISffE.

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même doit donc ôtre le modèlo de lamoar du prochain ; or, le modèle est toujours supirieur è sa reproduction. C'est ce qui fait d re à saint Augustin (I. i Deciv, Dei, c. 20) : « L'amour qu'on se porte h soi-même est là rè^le de celui qu'on doit porter au prochain. D'ailleurs on aime Dieu comme le principe du bien : or» l'homme s'aime lui-même; comme participant à ce bien, et il aime le prochain comme associé co-partageani dans ce bien. » Mais la participation est supérieure à (Passociation, comme l'unité vaut mieux que l'union, donc l'homme doit s'aimer luimême plus que le prochain. Voici quel ordre H faut observer dans la charité : 1* Dieu doit êlre aimé (ar-Jessus tout; ^ chacun doit 9*airner soi-même en Tuedesbienaspiriluels; 3*" on doit aussi aimer le prochain en vue des biens spirituels ; 4*" on doit ensuite s'aimer soi-même en vue des biens du corps ; ^^ puis aimer le prochain en vue des biens du corps; G"" enfin s'aimer soi-même et aimer le prochain en vue des biens extérieurs.

Il nous faut aussi aimer nos ennemis par un acte intérieur et formel de chanté.

î''A4nsilerecommandeJésus-Christ(itfanA.v]:

Aimex voi ennemis. Il nous déclare que c'est un précepte, en ajoutant : Afn que vous soyez les enfants de votre Père qui est dans le cieL. En effet, il est nécessaire au salut de tous d'être les enfants du Père céleste. Ensuite, dans Toraison dominicale, nous demandons h Dieu qu'il nous pardonnenoso/7<^fe« comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. C'est donc uu précepte de pardonner à ses ennemis : autrement nous ne serions pas pardonnes. Car Jésus-Christ dit encore : Si vous ne pardonnez aux hommes^ votre PHre ne vous par donnerapasvospithis. 2" L'èmour des ennemis nous élève è la perfection spirituelle et naturelle, et nous évite bien des fautes^^en domptant nos passions désordonnées; il établit en nous la paix intérieure», il amène notre ennemr \ rechercher notre Amitié, et nous en fait un ami fidèle dans I occasion.. Cet amour ramène notre ennemi à de meilleurs sentiments; d'ailleurs, ne voulons-nous pas nous-mêmes que ceux que nous avons offensés nous pardonnent et nous aiment? Nous devons donc aimer nos enue-^ mis comme nos proches, pap un acte intérieur de charité.

L'amour d'un ami, en lui-mêmeiCt toutes circonstances égales, est absolument meilleur et plus méritoire que l'amour d'un ennemi. Cfàr^ un ami est un objet meilleur et plus uni à Dieu et à nous-mêmes qu'un ennemi,, du moins si l'ami est considéré en raison de l'amitié et relativement à celui qui aime. Donc Tamour d'un ami est meilleur. Certes, absolument parlant, ri vaut moins haïr un ami qu'un ennemi. Donc, absolument parlant, il vaut mieux aimer un ami qu'un ennemi. Si cependant on considère le mérite de ces actes de charité par rapporta la difTiculté vaincue, à l'effort fait pour triompher de ses passions, on dira qu'il y a plus de mérite à aimer ses enne* mis, car le motif surnaturel de l'amour ^»^

apparaît plus pur; Si Ton objecte que l'amour des amis ne mérite aucune récompense", leron cesvparoles de saint Matthieu (v) : St vcfus aimez ceux qui vous aiment^ quellerécom^ pense aurez -vous? Nous répondrons que l'amour des amis ne mérite point de récompense, seulement, si ce n est point pour Dieu qu'on les aime, et si l'bn n'aime point en même temps ses ennemis.

On assigne habituellement à la vertu de charrié envers le prochain certaines parties polenlieHes qui sont : la bienveillance^ labienfaisance et la miséricorde. La bienveillance a rapport aux choses surnaturelles et ne se distingue pas de la charité; la bienfaisance entraîne un acte correspondant de' bienveillïince, et conséquemment produit par la charité : en sorte qu'il n'v a que la miséricorde qui soit une vertu spéciale, considérée non comme douleur ou passion de l'appétit sensitif produite par une misère étrangère, mais comme mouvement de Tap-' petit intellectuel, sentiment pénible causépar la misère d'autrui et la volonté de la secourir d'une manière directe. L'acte de miséricorde est /'aumdne, c'est-à-dire l'action de donner quelque chose à un indigent par; compassion a cause de Dieu. Les aumônes sont spirituelles et corporelles. Les aumônes^ spirituelles sont au nombre de sept, savoir :- 1* Enseigner les ignorants; S** conseiller ceux qui sont dans l'incertitude; 3* consoler ceux

Îui sontaffligés;*' corriger les pécheurs; * pardonner fes offenses r 6* supporter avecpatience les personnes ennuyeuses et d'humeur intolérable ; 7* prier pour tous. Les aumônes corporelles sont aussi au nombre^ de sept : 1* Donner à manger à ceux qui ont faim ; 2* donner à boire h ceux qui ont soif r. 3r vêtir ceux qui sont nus; fc* donner l'hospitalité aux étrangers; 5* visiter lesinflrmes r 0? racheter les captifs; 7*" ensevelir les morts. Aiin donc de faire^ des proerès dans la^ voie tle la perfection, nous devons nousexercer avec ferveur dans la charité du pro-^ chain, pour l'amour de Dieu. En effet, IM'Ëcri-^ ture sainte ajoute immédiatement après le premier et le plus grand commandement,, celuî'de l'amour de Dieu. Le second est «enibl(U)(e à celui-ci rVous aimerez votre prochain comme vous-^éme {Matth.\xUtS9). De même^

Sue, dans rEcrilure sainte, l'amour seul de ieu est plus d'une fois recommandé comme* son précepte, de même l'amour seul du prochain y est déclaré comme la meilleure* preuve de l'amour de Dieu et en quelque sorte comme l'abrégé de tous les coroman^ déments. Nous avons reçu de Dieu ce commandement^ que celui qui aime Dteu thérisse aussi son frète (I Joan. iv, 21; Joan xiii^ 34-; XV, 12). Celui qui aime le prochain^ accomplit la loi (Rom. xni, 8; Gai, v, 14). 2* On le prouve aussi par les 8S. Pères: « Celui qui aime Dieu, dit saint Augustin^ doit faire ce que Dieu ordonne, et son amour est proportionné à ses actions. Il doit donc aimer le prochain, puisque Dieu l'a ordonné, et celui qui aime le prochain doit aimer particulièrement cet amour lui-même. Or»

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c*est Dieu qui est ct-l amour, el celai qui demeure daos Tamour demeure eo Dieu, donc on doit aimer Dieu particulièreroeoi. • (L.fiu De Trin.^cT,; saint Jérôme [Commeni. ad Gai,); saint Isidore (Différent. $pir.); saint Laurent Juslinien iGrad. Perf.^ c. 13; , tiennent k peu près le même langage. 3* La

'ration fient d*en être donnée (lar saint Au> gustin : de même que la charité envers Dieu e^t absolument nécessaire fK)ur ravanc^ment spirituel» de même aussi la charité envers le procliain» sans laquelle la charité envers Dieu n*est rien.

Les actes de charité envers le prochain soi:t : 1* de se réjouir des bonnes œuvres du prochain et des biens que Dieu lui accorde; 2* de s'attrister du mal du prochain» tant s;»irituel que cor[)orel; 3* de prier pour tous» niùme (»our ses ennemis ; V de s'ei(>oser aux plus dures extrémités, bravant la mort même f»our leur salut; 5* d'exercer envers eux des œuvres de miséricorde tant cor|K)relle que spirituelle. Pratiquer souvent ces actes el d'autres semblables, malgré toutes les difficultés, avec joie, promptitude et empressement, dénote une charité héroïque : elle se prouve le plus souvent par un zèle ardent pour le salut des âmes, par d'abondantts aumônes, par la fondation d'hôpitaux pour les malades et de collèges pour la jeunesse. (Voy. Benoit XIV, De ierv. Dei bealif., c. 23.) Que notre amr»ar envers Dieu soit donc non-seulement affectif» ce qui regarde plus [Principalement Dieu en lui-même, mais qu'il soit encore effectif, ce qui a plus de rapport au prochain, et en même temps à nous-mêmes, fin effet, le zèle pour le salut des Ames, de notre Ame surtout, est le meiU leur effet, la marque et la preuve d'un véritiible amour de Dieu. Or, ce zèle ne doit pas être désordonné au point que le trop grand désir d'être utiles aux autres nous fasse négliger le soin de notre propre salut. La charité doit être sagement ordonnée, selon

. ers paroles : // a ordonné en moi la charité. {Cant. II, k.) Saint Bernard distingue, à ce sujet, entre la charité en acte et la charité en affection. La charité d'affection doit aller jusqu'à faire ce qu'il j a de mieux, sinon par nous-même, au moins par les autres, pour l'aluour de Dieu ; la charité d'acte, commandant les œuvres extérieures, doit rester dans les limites de l'ordre prescrit» soit à nous, soit aux autres. Concluons donc avec saint Ji'an Chrjsostome : « Puisque nous avons un Seigneur si miséricordieux, si bienveillant et si doux, prenons soin de nous-mêmes et de nos frères. N'ayant pas de sollicitude exclusivement pour nous seuls,

. soyons aussi utiles à notre prochain ; con-

. duisons-le en quelque sorte parla main vers 1 1 voie de la vérité; ce sera pour nous une prouve et une occasion de salut. » (Hom. 3

. in Gen,)

Conseils pratiques aux directeurs sur la charité envers Dieu^ sur son essence^ ses prérogatives el les moyens de l'acquérir, — L Le directeur, pour ne pas commettre d'erreur sur le degré de charité auquel s*élèvo son

pénitent» doit distinguer la substance des accidents de cette vertu théologale; autrement» il court risque de 'regarder comme a^ant atteint la dernière limite de la chanté divine, une personne qui è peine aura mis le pied dans cette voie. Il doit donc considérer que la rertu de charité est une habitude infuse par Dieu dans Tâme en même temps que la grâce» et remarquer ri celte habitude est autre chose que la grftee sanctifiante, et si elle s'en distiogae Téritablement. L'acte de la charité est /a* mour pour Dieu» amour qui résulte de la volonté et de l'habitude infuse, avec le concours de certains secours surnaturels, par lesquels Dieu élève l'intelligence et fortifie la volonté pour aimer. Il suit de là que l'acte de charité n'est pas sensible par lui même; car étant un effet de la faculté spirituelle, il est spirituel aussi, tout comme la mère qui l'a engendré. H est vrai que cet acte spirituel se manifeste bien souvent dans la partie inférieure de l'Ame, où réside l'appétit seusitif ; alors, il se rend sensible par une sorte de tendre, suave et délicieuse affection; et s*il se développe avec force, il se transforme en ardeur, en ferveur, en élancements im|)étueux; il éclate même ea soupirs, eo gémissements et en larmes

Cela posé, il faut savoir que la charité divine, en tant que vertu, consiste dans une habitude infuse, et en tant qu'acte d*amonr, dans un certain mouvement de la rolonté envers Dieu, qui, par lui-même, n*est pas sensible. Les tendresses, les douceurs, les ardeurs et les larmes spirituelles qui sui- Tent l'acte de la volonlé, sont un pur accident de la charité, et leur absence n*enlèf e rien à la substance de cette vertu. Il faut aussi remarquer que la sensation de cet amour est parfois plutôt un effet de la nature .que de la grAce. Un tempérament saneuin et porté à la tendresse se répand facilement en douces affections enrers l'objet aimé; de sorte que, malgré le peu d'énergie que sa volonté déploie dans l'amour de Dieu, non-seulement son cœur s'attendrit et s'enflamme avec facilité, mais il en vient même iusqu'à verser des larmes. Au contraire, un homme d'une comploxion moins sensible et plus rude, quelle que soit la yiTacité de son amour pour Dieu, bien qu'il le préfère h toute créature et qu'il soit prêt à accomplir pour lui les plus grandes cnoses, ne peut cependant éprouver aucune affection de tendresse, ni ressentir aucune de ces douceurs qui transportent des personnes moins affermies dans la charité. Il peut encore se faire qu'on aime Dieu avec beaucoup de tendresse et de douceur» sans avoir le moindre sentiment de charité. En effet, rhomme constitué en grAce, et animé par l'habitude de la charité, produit fréquemment des actes surnaturels d'amour sensible, d'où résulte» dans son appétit sensitif , une sorte d'habitude et de facilité à concevoir ces actes d'amour remplis de tendresse et de douceur, ce qui constitue une habitude acquise et non infuse, et par con-

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D*ASCETISME.

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séquoDt natarello, et non sornaturclle. Si cette personne vient à tomber en péché mortel, il est certain qu'elle. perdra a la fois la grâce et la charité. Si, dans ce cas, elle arrive à fixer naturellement sa pensée sur Dieu (car la nature nous annonce que Dieu est un être infiniment parfait), Tappétit sensitif, par suite de cette habitude acquise, s'abandonnera facilement à des affections d'amour sensibles et délicieuses, affections qui n'ont aucun mérite, et qui ne sont certainement pas des. actes de charité, car elles n'ont aucun principe surnaturel d'où elles puissent provenir. Le directeur comprendra par \h combien grande est Terreur de ces Pères spirituels^ qui, pour mesurer !e degré d'amour de leurs disciples , prennent pour règle certaines tendresses , certaines ardeurs et certaines défaillances pleines de suavité. Car il peut arriver que, pour les uns, la charité soit en raison inverse de l'intensité de ces sortes d'affection, tandis que d'autres qui éprouvent beaucoup moins de ces tendres sentiments, possèdent une charité beaucoup, plus vive et plus précieuse.

Toutefois, que le directeur n'aille pas s'imaginer que nous prétendions blftmer ici l'amour et la piété sensible envers Dieu, ni nous associer aux impiétés de Molinos, qui a osé traiter cet amour sensible de honteux et d*abominable. Toute personne raisonnable sait que l'amour sensible de Dieu est saint et pieux ; que cet amour est un véritable don de Dieu, par lequel les âmes sont attirées, entraînées dans Vodeur de ses par^ fums^ et détachées des vains plaisirs du monde ; que, oien que nous soyons de purs esprits, nous avons aussi des sens, qui demandent un certain aliment; enfin que ces affections sensibles» si nous en faisons, à l'exemple des saints, un usage régulier, nous sont très-avantageuses. Nous disons seulement que les directeurs ne doivent pas s'en exagérer l'importance, au point de les prendre pour mesure de la charité. Autrement ils tomberaient dans une grossière et honteuse illusion. Car ces aff'eclions ne sont ni le suc, ni la moelle, mais seulement l'écorce, c'est-à-dire un pur accident do la charité. D'ailleurs elles proviennent bien souvent en grande partie, et quelquefois même exclusivement, de la nature. Nous disons donc que non-seulement il ne faut pas s'exagérer la valeur de ces affections, mais qu'on doit même se garder de manifester extérieurement, l'importance qu'on y attache, atin de ne pas exciter par là dans le pénitent des sentiments de vaine complaisance. En eff'et, quelque saintes et profilaDl'S 3ue soient ces affections sensibles, elles evienuent nuisibles quand on en abuse, et sont un grand obstacle à la perfection chrétienne.

Ainsi le directeur, dans l'appréciation de la charité de ses disciples, doit donc prendre pour rèsle, non la tendresse, maiâ la force; non Ta douceur des affections, mais la vigueur des opérations. Saint Jean

nous en donne le précopte (/ Joan. m, 18).: Aimons^ non en parole ni de bouche^ mais en action et en vérité. Ce saint apÔtre nous l'enseigne encore d'une manière symbolique, par cet ange de l'Anocalypse, qui, pour mesurer la Jérusalem céleste^ lait usagp, non d*un fragile roseau des champs, mais d'un roseau aor, c'est-à-dire composé d'un solide et dur métal, qui, loin do se détruire, s'épure et se perfectionne au contact du feu. // mesura la ville avec une toise d'or^ et la trouva large de douze mille stades {Apoc, xxi, 16). Quelle est cette toise d'or que le directeur doit avoir continuellement à la main , pour mesurer avec vérité les progrès de ses pénitents dans la charité et la perfection, c est ce que nous allons examiner.

H. La charité ne doit pas se mesurer par les impressions qu'on éprouve, mais par ce qu'on fait et ce qu'on souffre pour Dieu. Ce sont là les deux toises d'or, dont la mesure est infaillible. Voici ce que dit à ce sujet sainte Thérèse, dont l'autorité est si grande en matière spirituelle : « Si vous me demandez comment peut s'acquérir cet amour^je vous répondrai : c'est en agissant et en souffrant pour Diuu d'une manière sérieuse et efficace, soit en se proposant d'agir, soit en exécutant cette résolution quand l'occasion s'en présente. » {Fundat^ c. 10.) Quant à ces opérations , le directeur doit toujours avoir sous les yeux ces paroles de saint Grégoire (Hom. 30 m Evana.) : « L'amour de Dieu n'est jamais oisif : s'il refuse d'agir, ce n'est plus de l'amour. » La raison en est claire. L amour est un feu ; et le Sauveur a dit : Je suis venu apporter le feu sur la terre ; et que veux-je sinon qu*il s'allume? Ainsi l'amour a-t-il toutes les propriétés du feu. De tous les éléments il n'en est pas de plus actif, ni d'une action plus pronipto

?ue le feu. II réduit en poussière les plus normes rochers, il amollit le fer le plus dur, il fond les métaux rebelles. Il ravage les champs, les bois, les palais, lout cequ il rencontre. De même l'amour divin ne laisse vas languir dans une honteuse oisiveté 1 âme qu'il occupe; mais il la pousse sans cesse à accomplir de grandes choses en elle-même et dans le prochain, pour plaire à son bien-aimé Seigneur. Il crie sans cesse en son cœur, comme autrefois Bachel à son époux Jacob : Donnez^moi des enfants ou je mourrai. (Gen. xxx, 18.) Donnez-moi des gages d'amour, donnez-moi des fat gués, donnez-moi des peines , donnez-moi des infirmités, donnez-moi des ftmes, donnezmoi des sueurs : car tout cela plaît à mon bien-aimé.

Si la personne spirituelle en est arrivée au

f»oinl ae supporter pour Dieu les travaux es plus pénibles, ^ans en ressentir aucune peine, et même de trouver du plaisir à endurer ces fatigues et ces difficultés, elle est parvenue à un degré plus parfait d'amour. Saint Augustin a dit (De bono vidait. ^ c. 21) : Les fatigues de ceux qui aiment ne leur sont nullement pénibles ^ elJts sonf nlu^

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