‹ Dictionnaire d'ascétisme (volume 3)Chapitre 57 sur 186 · GOE · texte numérisé non relu

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D*ASCET1SME.

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dans ces derniers temps, un nouveau dé- Teloppement h celte dévotion, toujours si chère aux âmes ferventes ; et la même sa* gesse, qui a souvent inspiré h TEglise d'établir ou de propager, suivant les circonstances, certaines fêtes et certaines dévotions, propres à ranimer la piété des fidèles (137), devait l'engager à étendre de nos jours lé culte du sacré cc&ur de Jésus, comme un puissant remède contre la tiédeur universelle et contre les plaies cruelles de Tindifférence et de l'impiété. La France elle-même, qui devait être le théâtre des plus terribles attaques livrées à la religion par l'esprit d'incrédulité, devait aussi être comme lo berceau d'une dévotion réparatrice, destinée à expier tant d^excès.

Un des plus zélés propagateurs de celte dévotion, au xvu* siècle, fut le P. Eudes, fondateur d'une congrégation principalement destinée à la direction des séminaires et à Tœuvre des missions (138). Ayant établi, en 16M, dans la ville de Caen, celte pieuse congrégation, il voulut qu'elle fût particulièrement dévouée aux sacrés cœurs de Jésus et de Marie. Dans cette vue, il en fit célébrer Ja fête dans les séminaires de sa congrégation, avec l'approbation de plusieurs évêques et archevêques de France, et il obtint du Pape Clément X, en 167&, l'approbation de plusieurs confréries, érigées dans les mêmes séminaires en l'honneur des sacrés cœurs de Jésus et de Marie, avec plusieurs brefs d'indulgences à per-

{»étuité, pour les membres de cette conrérie.

Vers ce même temps , la dévotion au sacré cœur de Jésus prit encore de plus grands accroissements, par suite du zèle et des efforts de la vénérable mère Marguerite- Marie Alacoque, religieuse de la Visitation, et du P. de la Colombière, Jésuite, son directeur (139). Dieu, qui avait suscité autrefois la bienheureuse Julienne, prieure d'un monastère de Liège, pour donner commencement à la Fête du saint sa^crement, adoptée depuis par toute l'Eglise, parut susciter, au xvu* siècle, la mère Marguerite- Marie, religieuse du monastère de la Visitation de Paray-le-Monial, au diocèse d'Autun, pour procurer l'établissement de la fête du aacré-Cœur de Jésus, et pour ranimer dans l'Eglise la dévotion des fidèles envers ce divin cœur. Cette religieuse, d'une éminente Tertu et favorisée de grâces extraordinaires, crut avoir reçu de Jésus-Christ lui-même l'ordre de s'employer de tout son pouvoir pour l'établissement d'une fête particulière en l'bonneur du sacré cœur de Jésus. Nous rapporterons ici cette révélation dans les propres termes qu'a employés la mère Margue-

(157) n est à remarquer que plusieurs dévotions, ' aH)oara1iui très répandues, et plusieurs fêtes an- Jouidlitti célébrées par toute TEglise, doivent leur origine à certaines provinces, à certaines villes, à certains ordres relij;ieux, quelquefois même à des révélations particulières.

(138) De Montnard, ubi <tipra, r* part., cbap. 5, p. 51 etc.; ÂLBAN Butler, Traité de$ fète$ mob.f

rite-Marie, dans la relation qu'elle en écrivit par ordre du P. de la Colombière , son directeur. « Elant devant le saint sacrement, un jour de son octave, ie reçus do mon Dieu des çrftces excessives de son amour. Comme |*étais touchée ^du désir d'user de quelque retour, et de lui rendre amour pour amour, il me dit : Tu ne peux m'en rendre un plue grand qu^en faisant ce que je Cai déjà tant de foii demandé. Puis, me découvrant son divin cœur : YoUà , dit-il , ce cœur qui a tant aimé les hommes f quil n'a rien épargné^ jusqu'à sepuiser et se consumer pour leur témoigner son amour; et^ pour reconnaissance^ je ne reçois de la plupart d'entre eux que des ingratitudes , par les mévris^ les irrévérences^ les sacrilèges et la froideur qu'ils ont pour moi dans ce sacrement d'amour. Mais ce qui m'est encore plus sensible^ c'est que ce sont des cœurs qui me sont consacrés qui me traitent ainsi. C est pour cela que je te demande que le premier vendredi après Voctave du saint sacrement soit dédié à une fête particulière, pour honorer mon cœur, en lui faisant réparation d'honneur par une amende honorable , communiant ce jour-là pour réparer les indignités qu'il a souffertes pendant le temps qu'il a été exposé sur les autels: et je te promets que mon cœur se dilatera, pour répandre avec abondance les influences de son amour divin sur tous ceux qui lui rendront cet honneur. »

D'après cette révélation, la mère Marguerite-Marie avant prié Dieu avec ferveur de choisir une *^ personne plus capable qu'elle d'exécuter un si important dessein, il lui ordonna de s'adreser au P. de là Colombière, son serviteur, et de lui dire de sa part qu'il n'oubli&t rien pour établir cette dévotion; qu'il trouverait de la difficulté, mais qu'il lui ferait la çrAce de la surmonter. Le P. de la Colombière, doué d*un rare discernement, et digne par sa haute piété de conduire uue Ame favorisée de grAces extraordinaires, examina soigneusement devant Dieu les révélations dont nous venons de parler; et le résultat do cet examen fut de les lui faire regarder comme venant effectivement de Dieu. Il entra donc pleinement dans les vues de la mère Marguerite- Marie, et prit la résolution de s'emplojrer désormais de tout son pouvoir à l'exécution des ordres qu'il croyait avoir reçus de Dieu par Torgane de cette Ame privilégiée. Il se consacra lui-même au cœur de Jésus , et ne négligea rien pour répandre de tous côtés cette dévotion. Ses elforts furent puissamment secondés par la réputation de sainteté dont il jouissait, aussi bien que la mère Marguerite-Marie, et qui s'accrut de plus en

1)lusjùsqu'à leur mort. Le P. de la Colomnère mourut en 1682, et la mère Marguerite-

édit. de Lille, 1854; lî* traité, chap. il , p. 241 ; Picot, Es$ai $ur rinfluence de la religion^ t. U, p. 5G9: V Ami de Iqjeligion, t. XXX, p. 1»; XXII, 538; Vie du P. 9des; Paris, 1^7, in-12.

(139) De Montnard., Ibid,, p. 5!2, etc.; ÂtikA9 Butler., tt6t iupra,p. 194: Vie de la mère Marguerite-Marie Alacoaue , par M. Languet , archevêque de Sens; Paris, 1 < 29, in•4^

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DICTIONXAIRE

Marie eo 1690. La caaonîsatioo de cette sainte religieuse se poursaît à Rome en ce mofcenf : re 28 mars 18Si, elle a été déclarée vénérable par un décret de la congrégation des Rilcs; et, le 23 août 1816, le Souverain Pontife Grégoire XVI, après avoir entendu Je rapport de la même congrégation , a publié le décret qui déclare « que la vénérable servante de Dieu, sœur Marguerite-Marie Alacocpie, a pratiqué les vertus au degré liéro'ique , et qu*en conséquence il peut être passé k Tesamen des trois miracles nécessaires pour obtenir sa béatification (IM). > Sa Tie, écrite {tac M. Languef, archeféque de Sens, donne la plus haute idée des grâces singulières dont elle avait été prévenue, et de sa fidélité i les mettre & profit. Dans la préface de cet ouvrage, Tauteur discute avec s^iin et prouve de la manière la plus satisfaisante la vérité des révélations de la mère Marguerite-Marie; il rapporte un des miracles opérés après sa mort, par son intercession ; miracle qu*il ditavoir lui-même vérifié sur les lieus, lorsqu'il était grand vicaire d*Autun.

Quoi qu'il en soit de la vérité de ce miracle et des révélations de la mère Marguerite- Marie, sur lesquels le Saint-Siège n'a rien Îirononcé Jusqu'ici , les eObrls du P. de la* ^olombière et de sa pénitente ne tardèrent £as h obtenir le but qu'ils se proposaient, a dévotion au sacré cœur de Jésus se répandit en peu de temps dans toutes les parties du monde chrétien» malgré les obstacles et les difficultés qui ne manquent jamais de traverser les œuvres de Dieu. La nouveauté apparente de cette dévotion, et lesdiOicultés que lui opposaient quelques esprits critiques et railleurs, n'empêchèrent pas iesévêques et le Sainl-Siége lui-même,de Tautoriserouvertement, et ue favoriser h cet égard le pieux empressement des fidèles (1^1). Les religieuses de la Visitation, surtout, embrassèrent avec ardeur les pratiques de cette dévotion, avec la permission des évêqucs sous la jurif diction desquels se trouvaient leurs monastères. La dévotion au sacré cœur de Jésus fut d'abord établie dans celui de Moulins en 1678, dans celui de Dijon en 168i, et dans celui de Paray en 168u. La fête du Sacré- Cœur de J'ésus fut autorisée dans le diocèse de Goutances en 1688, dans celui de Besançon en 169b, dans celui de Lyon en 1718; et dans ces diocèses, comme dans plusieurs autres, il se forma bientôt de nombreuses confréries en l'honneur du sacré cœur.

Il est h remarquer que le diocèse de Paris fut un des premiers où cette dévotion s'établit, et où lespieui Qdèles témoignèrent plus d'emnressement h l'embrasser. Il est vraisumbliljie qu'on v célébrait déjh la fête du Sacré-Cœur de J(^su5, au moins dans quelques églises, avant Tépiscopal du car-

H40) Albas Butler, Vies des saints, édit. i\c Lille, 1854, l. XX , p. 491 ; L'Jmi de la religion, l. XXXrX. p. 308; LXlil, 54; LXWI, 517; CXXX, B67.

(141) De Montnard, ifrirf, chap. 6; Alba.n Bitlkr nbi snpra, p. 104, etc.

dinal de Noailles; car on voit la ftte da Sacré-Cœur de Marie célébrée pendant les

E ornières années de TépiscopaC de M. de rlay eC avec son approbation, dans l'ég'\s% des religieuses du Saint-SacremenI, où reine, mère de Louis XIV, aussi bien que la reine son épouse, avaient contome d^ssister chaque année à la célébration de celte fête (li2). H n'est guère prot)able que la fête du Sacré-^Icrar de Marie ait été aatorisée dans le diocèse de Paris avant celle du Sacré-Cœur de Jésus. Mais, quoi qu*il en soit de cette particularité, il est certain qu'on voit la confrérie du Sacré-Cœnr de Jésus établie, sous M. de Noailles, dans huit églises dilTérentes du diucèse de Paris, particulièrement dans celle des Récollets de Versailles, en 1635 ; dans celle de la Visitation, de la rue Saint- Jacques, à Paris, en 1699; dans celle de la Visitation du faubourg Saint- Germain, en 1700 ; et dans celle des Filles de Tunion chrétienne, en 1706 (lk3).

Parmi lesprélatsqui établirent depuis cette dévotion dans leurs diocèses, on doit surtout remarquer M. de Belzunce, évêque de Marseille,qni, pendant la peste dont son troupeau fut frap[>é en 1720, se dévoua avec tant de générosité au service des malades. Tous les moyens ordinaires naraissant inutiles pour remédier à ce fléau , le pieux évêque résolut , de concert avec les magistrats de la ville, de la consacrer, par un acte solennel, au sacré cœur de Jésus. Il indiqua pour cet effet une pro<:ession solennelle qui eut lieu le 1" novembre 17i0, et pendant laquelle il voua pour toujours k ce divin cœur la ville et le diocèse de Marseille, avec tous leurs habitants. Dieu se laissa toucher par les instances du charitable pasteur ; depuis le jour de celte consécration, la violence du fléau diminua sensiblement ; le jour de PAgues 1721 , on put rouvrir les églises fermées depuis le commencement de la contagion ; et le 20 août suivant, M. de Belzunce publia un mandement pour an-!> noncer la nn de cette affreuse calamité; il y déclare, en termes exprès, que la dirainu* tion de la peste date du jour de la procès^ sion qu'il avait ordonnée au mois de novembre de l'année précédente.

Un si heureux événement contribua beaucoup è étendre de plus en plus la dévotion au sacré cœur de Jésus. Les évêques voisins deMarseille, dont les diocèses étaient atteints ou menacés de la contagion, ordonnèrent aussi la célébration de la fête dii Sacré-Cœur. Nous citerons en particulier les archevêques d*Aii, d'Arles et d'Avignon, Iesévêques de Toulon et de Carpentras; leurs mandements parurent en 1721 et 17^. Depuis ce temps, le nombre des confréries du Sacré-Cœur se multiplia de jour en jour. Le P. Galiffet, Jésuite, dans son ouvrage

(lia) Galiffet, Excellence de la dévotion on Sacré-Cœur de Jésus, liv. ni, cliap. i; 6' édit.,!. J, p. 277; t. H, p. 297.

(1^5) Ibid., t. 11, p. 296, etc. — Voyez aussi le Mandement de monseigneur de Quélen, sur la fêle du Sacré-Cœur, du 2 juUicl 1822.

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