‹ Dictionnaire d'ascétisme (volume 3)Chapitre 58 sur 186 · GOB · texte numérisé non relu

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publié en 1733, sur Veœcellenee de la dévo' iion au cœur adorable deJésus^^ donne la liste de ces confréries alors établies en France et ailleurs, et il en compte plus de quatre .cents, toutes autorisées par aas brefs particuliers ; un de ces brefs, du 28 féYrier.1732, autorise rétablissement de la confrérie à Rome.

Il est cependant à remarquer que ces brefs n'autorisaient pas précisément la fête du Sacré-Cœur de Jésus, mais seulement Jes confréries établies en son honneur. Le Saint- Siège voulait eiaminer la chose plus à fond avant d'autoriser une fête nouvelle, et qui éprouvait quelques oppositions dans un certain nombre de diocèses (IH). Ce fut par ce motif que le Souverain Pontife, sans blAmer la conduite des évéques qui avaient cru pouvoir rétablir, refusa pendant quelque temps de Tautoriser. Des motifs également graves Gmnt mettre à Tindex quelques ouvrages qui ne s'exprimaient pas avec assez d'exactitude sur le culte du sacré cœur de Jésus (1(^5}« Mais la réserve dont le Saint- Siège croyait devoir user en cette matière, n'empêchait pas qu'il ne lui arrivât de plusieurs parties du monde chrétien de fréquentes sollicitations pour l'approbation de la fête. Auguste, roi de Pologne, écrivit pour cet effet au Pape Benoit XIII, en 1726, et Philippe V, roi d'Espagne, en 1727; leurs demandes étaient appuyées par celles de plusieurs évéques et congrégations religieuses de leurs Etats. Ces demandes, souvent renouvelées depuis, se multiplièrent particulièrement sous le pontificat de Clément XIII qui fut élu en 1758. Ce Pontife, depuis longtemps favorable au cuite du sacré cœur,, le fit examiner avec soin dans la congrégation des Rites; et le résultat do cet examen fut un décret du 26 janvier 1765,

Îui accorde aux évéques du royaume de ologne et h Tarchiconfréne romaine, la Sermission de célébrer la fête du Sacré-Cœur e Jésus. Voici les propres termes de ce décret : « La congrégation des Rites, assemblée le 26 janvier de la prèseiUe année 1765, considérant que le culte du sacré cœur de Jésus est déjà répandu dans presque toutes les parties de Tunivers catholique, avec l'approbation de leurs évéques; que le Saint- Sie^e lui-même l'a jusqu'ici encouragé par uncmn]litiidi3de brefs d indulgences, accordes i aes confréries presque sans nombre, et canoriiquement érigées sous le titre du Sacré-Cœur de Jésus ; que, par la célébration de l'oflSce et de la messe du Sacré-Cœur, on ne fait que donner un nouveau lustre à un culte déjà établi, et renouveler symboliquement la mémoire de ce divin amour, par

(\U) BenoIt XrV, De Can. SS., 13). iv,part. ii, cap. 31, !!• 19, etc.

(115) Un décret du il mars 1704 mit à Tindex Touvrage du P. Croisct, La dévotion au Sacré-Cœur de Jésus; Lyon, 1691, in-12. Nous isnorons ie véritable motif de ce décret : peut-être était-ce Tinexac* titole de quelques expressions employées par le P. Groiset, peut être étaii-ce seulement la publication d'un office non autorisé , qui se trouve à ia

lequel le Fils unique de Dieu 8*est revêtu de la nature humaine, et, obéissant jusqu'à la mort, a déclaré au'il nous donnait l'exem* pie d'être doux etnumbles de cœur; h ces causes, ladite congrégation, se désistant de la décision rendue par elle le 30 juillet 1729 (et qui reftisail d'autoriser ladite fête), croit devoir acquiescer aux nrières des évéques de Pologne et de l'arcniconfrérie romame, se réservant à délibérer sur Toflice et la messe, avant de les approuver comme ils doivent l'être. Et ce vœu de la congrégation ayant été mis sous les veux de notre Saint- Père le Pape Clément XllJ, Sa Sainteté, anrds avoir lu le présent décret, l'a approuvé dans tout son contenu, le 6 février 1765 (146). »

En France la dévotion au sacré cœur de Jésus faisait toujours de nouveaux progrès. Le 1*' septembre 171^8, on célébra avec magnificence, dans l'église de Saint-Sulpico de Paris, la consécration d'un autel dédié aux sacrés cœurs de Jésus et de Marie. Cette consécration fut faite par Mgr Durini, nonce du Pape et archevêque de Khodes. L*année même où Clément X.IJI adressa aux évéques de Pologne le décret que nous venons de citer, les évéques assemblés h Paris, etsolli* cités par la pieuse reine Marie Leczinska, femme de Louis XV, convinrent entre eux d'établir dans leurs diocèses la fête du Sacré- Cœur; ils invitèrent aussi, par une lettre circulaire, tous les archevêques et évéques qui n'étaient pas de rassemblée, à faire de même. La plupart se conformèrent à cette invitation, en ordonnant ou permettant la célébration delà fête du Sacré-Cœur de Jésus. Quelques-uns même publièrent à cette occasion des mandements aussi solides. que touchants, sur le culte et la fête du Sacré- Cœur. Parmi ces mandements, on remarque en particulier ceux des évéques de Boulogne et lie Lodève. L'archevêque de Paris, Christophe de Beaumout, par un mandement du 22 juin 1767, exhorta aussi, dans les termes les plus pressants, tous les chapitres, paroisses, séminaires et communautés, tant régulières que séculières, de son diocèse, h célébrer chaque année la fête solennelle de ce divin cœur.

Depuis cette époque, la dévotion au sacré cœur de Jésus se repandit en Franco et dans les autres parties de TEj^lise, avec une rapidité toujours croissante, et avec les plus heureux fruits pour le renouvellement de la piété et pour la consolation des Ames fidèles. Les pratiques de cette dévotion ne trouvèrent plus guère d'autres adversaires que des hommes de parti, connus pour la hardiesse et la singularité de leurs opinions (IW). Ils furent quelques temps sou-

sulte de Touvrage, dans quelques éditions. Un autre décret, du 42 mai 17i5, proscrivit le livre intitulé : La dévotion à raimable casur de Jé$u$, extraite des ouvrages de Jean Lansperg^ Chartreux, auteur ascétique du XVI* si^d^

(146) AlbanJB||^R, ubi supra, p. 498; Mozzà- RELLi, ubi «apr^ÇrîO.

(147) On peut voir dans rouvrage d*Alban Bqtl^r (tt^t supra, p. 200-202), Tindicatioii des principaux

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tenus par un prélat italien, Scipion Ricci, évoque de Pisloie, qui, dans un synode tenu en 1786, leva pour ainsi dire Tetendard de la révolte contre TE^Iise, en renouvelant plusieurs erreurs déjà solennellement condamnées, particulièrement sur les matières de la grâce. Mais les actes de ce svnode scandaleux furent bientôt condamnés par une bulle dogmatique de Pie Vf, datée du S8 août VJ9k, et commençant par ces mots: Auctorem fidei. Parmi les propositions que le Pape condamne dans cette bulle, on remarque plusieurs assertions du svnode contre la dévotion au sacré cœur de Jésus, et particulièrement celle qui rejeiie cette dévotion comme nouvelle ^ erronée ^ ou du moins dangereuse. Cette assertion est condamnée comine/ciu<«e, téméraire^ pernicieuse f {pensive des oreilles pieuses, et injurieuse au Saint-Siège {tkS). Le Saint-Père s'élève ensuite contre tout reproche fait aux fidèles qui adorent le cœur de Jésus comme le cœur même du Verbe auquel il est inséparablement uni (149).

Ce jugement solennel du Saint-Siège, accepté sans difficulté par tous les évèques du monde catholiçiue, et souscrit, en 1805, par l'évoque de Pistoie lui-même (150}, paraît avoir terminé toutes les controverses relatives au culte et à la fête du Sacré-Cœur. Il est aujourd'hui bien peu d'églises parti entières où ceHe dévotion ne soit en honneur, et où la fête du Sacré-Cœur de Jésus ne soit célébrée chaque année avec pompe. Partout, les âmes pieuses accueillent avec empressement cette dévotion: son nom seul

f»araît avoir une onction secrète qui lui gagne es cœurs, et une sorte de persuasion générale s'est répandue parmi les fidèles, que le triomphe de la peligion sur l'impiété est attaché à cette dévotion , particulièrement eu France, où elle a pris son origine.

COLBERT (Michel;, abbé de Préraoulré, était de la famille du ministre de ce nom. ir entra très-jeune en religion, fit ses cours de théologie eo Sorbonne, et passa par toutes les charges do son ordre. Il fut élu abbé général en 1670, et mourut è Paris le 29 mars 1702, ftgéde soixante-neuf ans. On a de lui : 1* Lettres d*un abbé à ses religieux y Paris, 2 vol. in-8^ Elles traitent de divers sujets relatifs à l'état religieux. — 2" Lettres de consolation; elles sont adressées à sa sœur, qui venait de perdre son mari, pre-

ouvrages publiés depis cette époque par les adversaires ae la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus. Un des plus ardents et des plus opiniâtres fui le rédacteur des Nouvelles ecclésiastiques , voué à la défense du parti de Janséiiius et de Quesnel. — Voyez^ à ce sujet, VAmi de la religion^ U XXI, p. 288 ; t. XXH, p. 544, 385, etc.

(148) t Ooctrina (synodi) qux devotionem erga sacratissimum cor Jesu rejicit inter devotioncs quas notât velutnovas, erroneas, aut salleui periculosas; intellecta de hac devotione, qualis est ab apostolica Sede probata ; falsa, temeraria^ ËÊÊ^*^^^ * piarum aurium o/feruiva , in apoUolicamflffm injuriosa, > (Bulla Auclorem fidei, prop. 62.)

(149) « Item in eo quod cultorcs cordis Jesu hoc etiain noininc arguit quod non advertant sanctissi-

mier président au parlement de ftones.

COLLET (Pierre), prêtre de la eongréga* tion de la Mission, docteur et professeur de théologie, né à Ternay dans le Vendômois, le 6 septembre 1693, et mort le 6 octobre 1T70, s est fait un nom distingué parmi les théologiens, et a mérité l'estime des personnes pieuses par ses écrits et par ses mœurs. Ses ouvrages de piété sont : 1* Vie de saint Vincent de Faut, 2 vol. jn-4% 17W; — 9r Vie de M. Boudon, 2 vol. iu-12, 1753; ^- 3" Vie de saint Jean de la Croix^ 17W» in-12 ; — 4* Traité des saints mystères ^ 2 tuI. in-12, 1768; — S** Les devoirs des pasteurSf in-12, 1769; — 6* Devoirs de la vie reti-^ gieuse, 2 Vol. in-12, 1765; — 7* Traité des aevoirs des gens du monde^ in-12, 1763; — 8* Devers des écolier s^ in-12; — 9* Instrue^ tion pour les domestiques^ in-12, 1765; — 10* Instruction à l'usage des gens de la cam'pagnCf in-12, 1770; — 11* Méditations four servir aux retraites^ in-12, 1769; — 12* La dévotion au sacré cœur de Jésus^ établie et réduite enpratique^ in-16, 1170.

COLLÉGIALE. — Eglise desservie pardes chanoines séculiers ou réguliers. Dans -les villes ou il n*y avait point d'évèque, le dé sir de voir célébrer Toflice divin avec la même pompe que dans les cathédrales, tit établir des églises collégiales, des chapitres de chanoines qui vécurent en commun et sous une règle comme ceux des églises cathédrales. Un monument de cette ancienne discipline sont les clottrcs qui accompa-

f;nûnt ordinairement ces églises. Lorsque e relAchement de la vie canoniale se fui introduit dans quelques cathédrales, les évoques choisissant les plus réguliers d'entre les chanoines en formèrent des détachements, et établirent ainsi des collégiales dans les villes épiscopales. Avant la révolution de la fin du dernier siècle, la vie commune des chanoines avait cessé, et depuis la restauration du culte en France, il n*est resté que les chanoines séculiers attachés aux cat n éd ra les

COLOMBAN (Saint). — Sa règle. — Saint Colomban, Tun des plus grands restaurateurs de la vie monastique en France, fonda, vers Van 590, la célèbre abbaye de Luxcuil. Il donna à ses religieux une règle courte, mais pleine de Tesprit de Dieu. Elle ne contient que dix chapitres oui traitent de l'obéissance, du silence, de la nourriture,

mam carnem Christi, aut ejus partem aliquani, aut etiam humanitatem totam cuni separaiione aut prax^isione a divinilatc, adorari non posse cultu latriae ; quasi fidèles cor Jesu adorarenl cum separatione vcl praM^isione a divinitate, dum illud adorant ut est cor Jesu, cor nempae personae Verbî, oui inseparabiliter unituni est, ad eu m inodum quo exsangue corpus Christi in triduo mortis, sine separaiione aut prsecisione a divinitate , adorabile fuit in sepulcro; captiosa, in fidèles cordis Christi cultores injuriosa. > {Ibid.j prop. 63.)

(150) Mémoirei pour servir à V histoire ecclésiastique pendant le wiii' siècle, t. III, p. 260 et 462; t. IV, p. 6W; LM>Mi de la religion, t. XXXII, p.

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D'icSCETISBfB.

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de l0 jpauTretéy de la Vanité, de la chef ilé, de l'omce divin, de la discrétion, de la inortitication, de la perfection du moine. Touchant la nourriture, il dit : « Les moines ne prendront leur repas que vers le soir ^ leur nourriture doit être grossière , et jamais assez abondante pour les rassasier; elle consistera en légumes, un peu de farine détrempée d'eau, arec un petit pain. Il faut néanmoins régler l'abstinence avec discrétion. On doit jeûner chaque jour; mais il dut aussi chaque jour manger, prier, tra- Tailler, lire et croître en vertus. » Au chajpitre de la pauvreté, saint Colomban dit qu'un moine doit non-seulement ne pas avoir de superflu , mais n'en point désirer, et que le dénûment absolu n'est que le premier degré de la perfection monastique. Il règle ainsi la psalmodié : à tierce, sexte et none, trois psaumes avec des versets; aux vêpres, douze psaumes. L'oiBce de la nuit est différent, le samedi et le dimanche, des jours ordinaires.

Les jours ordinaires, pendant les six mois d*hiver, on disait 36 psaumes sous 12 antiennes. C'était la coutume de no dire Qu'une antienne pour trois psaumes. Pendant les six mois d'été, comme les nuits étaient moins longues, on récitait seulement 24 psaumes sous 8 antiennes. Le samedi et le dimanche, le nombre do psaumes h l'oflice de la nuit, variait suivant la saison. Pendant les trois mois de décembre, janvier et février, où les nuits sont plus longues, on disait 25 antiennes et 75 psaumes, ce qui faisait tout le psautier dans les deux nuits. Dans les mofis do mai et juin, l'oflice de la nuit se composait seulement de 12 antiennes et 36 psaumes, 12 pour PoflSce nocturne, et 24 pour celui du matin, car l'oflice de la nuit se divisait ainsi eu deux |)arties.

Pendant les autres mois de l'année, l'on augmentait ou l'on diminuait l'oflice de la nuit de trois psaumes par semaine, selon la diminution ou l'augmentation des jours.

Saint Colomban tenait ces règlements sur la psalmodie de ses frères, c'est-à-dire des moines de Bankor. Il a bien soin, après avoir réçlé la prière vocale, d'ajouter qu'elle serait complètement inutile, si on n y joignait la prière du cœur et Tunion continuelle avec Dieu.

La règle de saint Colomban est suivie de ^n Pénitentiet. C'est un recueil de pénitences qu'on imposait aux moines pour les différentes fautes où ils tombaient, quelque légères qu'elles fussent. Les coups ue fouet sont la ()lus ordinaire. On donnait six coups de fouet à celui qui ne répondait pas Amen h la prière, qui causait pendant le repas, qui souriait à Toflice, au prêtre qui disait la messe sans s'être coupe les ongles, au diacre qui servait h l'autel sans s'être fait la barbe. Celui qui ne faisait pas le signe de la croix sur sa cuiller, qui ne ran^ssait par les miettes pendant le repas, qui ne demandait pas d*ouvrage après avoir Gui sa tâche, qui, dans ses voyages couchait dans

une maison où il y avait une femme, était également soumis h diverses pénitences.

Pour les fautes légères, la pénitence était ordinairement de six coups de fouet; pour celles qui étaient plus graves, de douze, cinquante et même deux cents; mais on n'en donnait jamais plus de vingt-cinq à la fois. Quelquefois on prescrivait pour pénitence des jeûnes et des psaumes à réciter.

Le Pénitentiel de saint Colomban contient plusieurs particularités remarquables. Les moines faisaient le signe de la croix sur tout ce qu'ils prenaient, comme une lampe, une cuiller, etc. En sortant de leurs cellules, ils demandaient la bénédiction et allaient se présenter devant la croix. Lorsqu'ils sortaient du monastère, ils portaient sur eux un petit vase appelé chrysmalf dans lequel il y avait de l'huile bénite ou l'Eucharistie. Il y avait des pénitences pour celui qui laissait tomber une hostie consacrée, la perdait ou la laissait manger par les vers. Saint Colomban ne se servait que de vases de cuivre pour le saint sacriflce, et ses moines faisaient eux-mêmes le pain qui servait à la consécration.

Les moines couchaient habillés, mais ils avaient un vêlement particulier pour la nuit; pour le prendre ou le quitter, ils étaient obligés de demander chaque fois

Cormission. Leur vêtement du jour était lanc. Ils se lavaient souvent la tête, mais ceux qui étaient en pénitence ne pouvaient se laver que le dimanche. Il y avait dans chaque monastère deux économes. Le pre;mier, appelé aussi prévôt^ étai chargé des choses extérieures; le second, du détail de rintérieur; un supérieur ou abbé ne s'occupait que du spirituel.

COLOHBIÈRE (Claude de La), Jésuite célèbre, né à Saint-Symphorien près de Lyon, se Gt un nom par ses talents pour la chaire. 11 mourut âgé de quarante et un ans, en 1682, h Paray dans le Charolais. C'est lui qui, avec Marie Alacoque, a donné une forme à la célébration de la fête du Cœur de JésuSf et qui en a composé l'ofGce. Outre des Sermons^ on a de lui des Réflexions mo-^ raies et des Lettres spirituelles.

COLOMME (Jean-Baptiste-Sébastien), supérieur général des Barnabites, naquit à Pau, le 12 avril 1712, et mourut èPaiis en 1788. Ses ouvrages ascétiques sont : 1* Vie chrétienne^ ou principes de la sagesse^ 1774, 2 vol. in-12. — 2* Manuel des religieux^ 1778, in-12; — Eternité malheureuse^ ou le supplice étemel des réprouvés^ traduit du latin de Drexelius, in-12, Paris, 1788.

COMBAT SPIRITUEL.— La vie de l'homme est un combat sur la terre : chaque jour, le soldat chrétien doit être préparé au combat. 11 est placé sur cette terre d^éprcuves comme au milieu d'ennemis qui lui disputent le roMtoe céleste. La première chose que vouPfevez ftire à votre réveil, c'est d'ouvrir les yeux de l'âme, et de vous considérer comme dans un cham|) do t>alaille, en présence de votre ennemi et dan»

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la nécessité ou de combattre, ou de périr pour jamais. Figurez-?oas donc devant vous cet ennemi, qui n'est autre chose qu*un Tice» qu'une passion déréglée, dont vous tâchez depuis quelque temps de vous défaire; flgurez-vous ce monstre furieux qui vient se jeter sur vous pour vous dévo* rer. Représentez -vous, en môme temps à in droite,Jésus-Christ, votre invincible capitaine, accômpagé de Marie et de Joseph, de plusieurs troupes d*anges et de bienheureux, et particulièrement du glorieux archange saint Michel ; à la gauche, Lucifer avec ses ministres, résolus de soutenir cette passion ou ce vice que vous avez à combattre, et de mettre tout en œuvre pour vous y faire succomber.

Cependant, imaginez-vous entendre au fond du cœur la voix de votre ange gardien qui vous parle de la sorte : C*est aujourd'hui que vous devez faire les derniers efforts pour vaincre oui ennemi et tous ceux qui ont conspiré contre vous. Ayez bon courage; ne vous laissez vaincre, ni par une vaine frayeur, ni par quelaue considération que ce soit, parce que Jésus votre capitaine est ici auprès de vous, avec les troupes de l'armée céleste, dans le dessein de vous défundre contre tous ceux qui vous font la guerre, et de ne permettre jamais qu'ils vous réduisent sous leur puissance, ni par force, ni par adresse. Demeurez ferme, et quelque peine que vous y trouviez, faites-vous violence, criez au Seigneur du plus nrofond de votre flnle, invoquez continuellement Jésus et Marie, priez tous les saints de vous secourir; et ne doutez point après cela que vous ne gagniez la victoire.

Quelque faible que vous vous trouviez, quelçiue redoutables que vos ennemis vous

Î>araissent, et par leur nombre, et par leurs orces, ne craignez rien ; car les troupes qui viennent du ciel à votre secours sont plus nombreuses que celles que l'enfer envoie pour vous dter lii vie du la grâce. Le Dieu qui vous a créé et qui vous a racheté est tout-puissant; il vous aime, il vous protège, et il a sans comparaison plus d'envie de vous sauver, que le démo:i n*en a de vous perdre.

Combattez donc vaillamment, ne vous lassez point de vous mortifier; narce qu'en faisant une continuelle guerre à vos mauvaises inclinations, à vos habitudes vicieuses, vous remporterez enfin la victoire; et par là vous entrerez dans le royaunre du ciel, où Tâme demeure éterneMement unie & son Dieu. Commencez dès maintenant h combattre au nom du Seigneur, ayant pour épée et pour bouclier la défiance de vousmême , la confiance en Dieu , l'oraison , l'exercice saint de vos puissances spirituelles.

Avec ces armes vous attaquerez l'ennemi, je veux dire cette passion itominante> que vous vous ôtes proposé d^Ppincre, ou par un mépris généreur, ou par une ferme résistance, et par des actes réitérée de la vertu qui lui .est contraire, ou enfin par d'autres

moyens que le ciel vous fournira pour l'exterminer de votre cœur. Ne vous donnez point de repos que vous ne l'ayez iout à lait domptée ; vous mériterez, par votre cuns-» tance de recevoir la couronne des mains du souverain Juge qui, avec toute l'Eglise triomphante, sera spectateur de votre combat. Je vous le dis encore une fois, vous ne devez point vous ennuyer de celte guerre. Considérez seulement que tous les nommes sont obligés de servir Dieu et de tâcher de lui plaire; que c'est d'ailleurs une nécessité de combattre, puisqu'on ne

eeut prendre la fuite, sans s'exposer à être lesse, et même à perdre la vie; et qu'après tout, quand on voudrait se révolter contre Dieu, embrasser le parti du monde, s'abandonner aux plaisirs des sens, l'on ne serait pas exempt do peines, puisau'on aurait touiours è souffrir beaucoupet dans le corps et dans l'Ame, pour satisfaire sa sensualité et son ambition. Quelle plus grande folie que de ne pas craindre en ce monde des peines très -rudes, qui sont suivies d'une éternité de tourments: de craindre quelfjues peines assez légères qui se terminent h une éternité de bonheur et À un repos où l'on jouit pour jamais dé Dieu I

£ntre les choses nécessaires pour réussir dans le combat spirituel, il faut compter la persévérance, qui est la vertu par laquelle nous nous appliquons à mortifier, sans relAche, nos passions déréglées, qui pendant que nous vivons ne meurent poiat, mais poussent et croissent toujours dans notre cœur, comme dans un champ fertile on mauvaises hi^bes. CVst en vain que Ton prétend faire cesser cette guerre, puisqu'elle ne peut finir qu'avec notre vie, et que quiconque ne voudra pas combattre perdra infailliblement la liberté ou la vie. Hé! comment no serait-il pas vaincu, aj^ant en tête des ennemis résolus de ne lui donner ni

Ï)aix ni trêve, parce que plus on recherche eur amitié, plus on éprouve leur haine? Vous ne devez pourtant vous étonner ni de leurs forces, ni de leur nombre, puisqu'on cette sorte de combat, nul n'est vaincu que celui qui veut l'être, et que d*ailleurs vos ennemis n'ont de pouvoir que ce que leur en donne votre capiiaine, pour l'honneur duquel vous combattez. Or jamais il ne permettra que vous tombiez entre leurs mains; il sera lui-même votre défenseur; comme il est infiniment plus puissant qu'eux tous, il vous donnera victoire, pourvu que, combattant avec lui, vous mettiez votre confiance, non pas en vos propres forces, mais en sa toute-puissance et en sa bonté souveraine. Que s'il tarde à vous secourir, s'iJ vous laisse dans le danger, ne perdez pas pour cela courage; croyez fermement, et servez -vous de cette considération pour vt)us animer au combat ; croyez, dis-ie, fermement qu'il disposera les choses cfe sorte que tout ce qui semble devoir faire obstacle h votre gloire tournera à votre avantage. Témoignez-lui seulement de la résolution et

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de la Gdélité; suivez partout votre chef, qui s'est exposé ponr vous à la mort| cl qui en mourant a vaincu lo monde; combattez courageusement sous ses enseignes , et ne quittez poiut les armes, que vous n'ayez détruit tous vos ennemis; car si vous négligez de vous défaire d*un de vos vices, ce sera toujours une paille que vous porterez dans ]*œil, ou une flèche que vous aurez dans le ccimrj et qui, vous empêchant de combattre, retardera votre vicloire.

COMMUNAUTE (Vie db). — Pour conserver la pauvreté religT6use,.et partant le véritable esprit de Tétat religit^trt rien n'est plus nécessaire que la rie commune; et les supérieurs doivent veiller à sa conservation avec soin sous peine defaute grave. Aussi le concile ' de Trente ordonne-t-il que les réguliers observent toutes les règles qui concernent la vie commune, la nourriture et le vêtement Si l'on n'obsorve pas exactement,

ajoute-t-il, ces règles qui sont la base et le fondement de toute discipline régulière, il en résulte l'écroulement de tout l'édiflce. fSess. âS.) Qu'il ne soit donc permis à aucun religieux, è aucune religieuse, dit encore le même concile, de posséder en propriété ni même au nom du monastère, aucuns bieni^, meubles ou immeubles, à quelque titre qu'ils les aient acquis etde quelque nature que soient ces biens; mais (}u'aussitôt ils soient remis au supérieur et incorporés au monastère, (ibid.)

Les Pères n'avaient point parlé autrement ; po'jr n'en citer qu'un, voici ce gue dit à ce sujet saint Basile : « Que tout soit commun à tous, que personne n'ait rien en propre, ni le vêtement, ni la chaussure, ni rien de ce qui est h l'usage du corps, mais que chacun reçoive de 1 économe ce qui lui est nécessaire. » (Serm. 1 Ascet.) On peut consulter encore saint Benoit, saint Laurent Juslinien, Gerson et une foule d'autres, qui n'ont point on autre langage. D'où il suit

S le non-seulement les biens d'un monasre doivent être ()0ssédés par li s religieux en commun, mais encore que la vie doit être commune, la table commune, le vêtement eommun, le travail commun ; et cette règle s*applique aussi bien aux supérieurs des communautés qu'aux autres religieux.

GOMMDNION FREQUENTE. - La communion fréquente est do la plus grande utilité, non-seulement pour ceux qui commencent à marcher dans la voie de la perfection, mais encore pour ceux qui ont déjà fait des progrès et pour ceux qui sont parfaits. Chacun y trouve la force nécessaire pour éviter le mal et pratiquer le bien. Nous allons donc en tracer les règles, à "usage des directeurs, d'après la doctrine de l'Eglise, des saints Pères et des matlres de la vie spirituelle. {Voy. Eucharistie.)

Le concile de Trente a exhorte du fond d'un cœur tout paternel, il prie, il conjure

Îar les entrailles de la miséricorde de notre ^ieu tous ceux qui portent le beau titre de Chrétien, de vénérer les mystères sacrés du corps et du sang de Jésus«Chri$t, et d'avoir

pour ce sacrement auguste une telle dévotion, une telle piété, un tel respect, qu'ils puissent recevoir fréouemmenl ce pain divin. » (Sess. XIII, c. 18.) « Le même concile désirerait que les Gdèles, chaque fois qu'ils assistent à la messe, communiassent nonseulement en esprit, par la communion tpi" rituelle^ mais encore réellement, par la réception sacramentelle de l'Eucharistie, aûn de recueillir de ce saint sacrifice des fruits

lus abondants. » (Sess. xxii, c. 16.) Ce sont es propres termes dont se sert lo concile. Le Rituel romain de Paul Y dit encore : « Que les curés emploient tous leurs soins, pour que le peuple qui leur est confié vénère et reçoive saintement et fréquemment ce sacrement auguste, particulièrement aux grandes solennités. » Enfin, selon le décret de la sacrée congrégation du concile, en date du 12 février 1679, et publié par ordre d'Innocent XI, « on ne pBUt rien statuer de certain sur la communion quotidienne, à l'égard de tous les fidèles en général, mais la communion plus fréquente ou même quotidienne doit être accordée au jugement des confesseurs, eu ésard à la disposition de ceux qui la demandent. » Cela posé:

V La communion fréquente est utile à ceux qui ne sont [las encore dans l'état de perfection. Cette jproposition s'appuie sur le témoignage de l'Écriture sainte, sur la doctrine des Pères et sur les enseignements des docteurs et des maîtres de la vie spli i* tuelle.

« Venez à moU vous tous qui travaillez et qui éleê charqés^ et je vous soulagerai^ dit le Seigneur. » {Matlh. ii, 28.) «Oh! s'écrieè ce sujet l'auteur de Vlmitation, que cette parole est douce et tendre à Toreille d'un pécheur, lorsque vous-même, Seigneur mon Dieu, appelez à la communion de votre très-saint corps le pauvre et l'indigent ! » « Pour moi, ajoute-t-il, (}ui surs si faible et pèche si souvent, qui tombe sitôt dans l'engourdissement et dans l'abattement, il est nécessaire que je me renouvelle, que je me purifie et que je m'enflamme par des prières, dés confessions et des communions fréquentes, de peur que m'en abstenant trop lon^^temps je ne m'écarte de mes saintes résolutions. » (De Imitât. Christi^ lib. iv, c. 1 et 3.)

« Il est hors de doute, dit saint Basile,

S rue communier fréquemment c'est recevoir réquemment la vie; aussi communionsnous quatre fois chaque semaine. » (Ep. 93.) Et Cassien ajoute : « Nous ne devons point nous éloigner de la communion du Seigneur, parce que nous nous reconnaissons pécheurs, quia nos agnoscimus oeccatores; mais nous devons^ recourir de plus en plu«r pour guérir et purifier notre âme. » (Coll. 23, c. 21.) Telle est aussi la doctrine do 5aint Augustin (I. ii De serm. Dom. in monte); de saint Jérôme (Ep. 52); de saint Isidore (I. i I^off. eccL, c. 18.); de saint Bernard (5erii||p» ccm. Dom.); de saint Laurent JustinieirnDe perf. mon.t c* 19), et d'une foule de uocteurs de l'Eglise.

2* Cependant il ne convient pas d'ad-*

GOM

mcnONNAIRE

mettre k la communion de chaque jour tous les justes indistinctement, mais ceui-là seulement qui sont dans un état de perfection particulière.

Le concile de Trente, ranpeKint (Sess.

XIII, cil. 7) CCS paroles de I Ecriture : que Fh^mme iéjtrouve lui-même^ et qu ainsi il mange ce pain et boive ce calice; car celui qui les mange et boit indignement^ mange et boit son propre jugement^ ne discernant pas le corps au Seigneur (1 Cor. ii, 28), le concile de Trente enseigne que pour éviter le sacrilège, il suffit d'avoir la conscience libre de faule grave; mais que la communion fréquente, qui n*est que do conseil, exige une plus grande disposition; et la communion quotidienne, une préparation, une épreuve plus grandes encore. Et le même concile ajoute que, toute désirable que lui semble là communio i quotidienne, si elle se fait avec fruit et les dispositions requises, il ose cependant à peine espérer que Ton

Euisse atteindre communément un assez aut do^ré de perfection, et que partant il ne la conseille point h tous indistinctement. Si Ton consulte les saints Pères, on trouve les mémos enseignements. Ainsi saint Basile, tout en louant la communion quotidicnae, n*osait cependant s^éloigner de la coutume de communier seulement quatre fois chaque .«omaine. « Quant à la communion quotidienne, disait saint Augustin, je neveux ni la louer ni la blflmer; cependant je conseille furtement de communier tous les dimanches, si Pâme est dégagée de Taffection pour le péché. » (De Eccl. dogm.^ c. 53.) Enfin nous trouvons encore la même doctrine chez les maîtres de la vie spirituelle, saint François de Sales, saint Jean de la Croix, sainte Thérèse, etc., lesquels exigent pour la communion quotidienne, outre l'absence du péclié mortel et de l'affection au péché véniel, 1* que Ton ait réprimé en grande partie ses inclinations mauvaises; 2* que l'on n'agisse ainsi que d'après le conseil du père spirituel.

3* Les laïques ne doivent pas, absolument parlant, être exclus de la communion fréquente ou quotidienne, mais plutôt ils doivent y être admis, s'ils sont h un degré sufQsant de perfection, et qu*aucun empêchement extérieur ne s'y oppose. Vesprit souffle où il veut^ dit l'Ecriture. {Joan. m, Tiii.) Et ailleurs : Dieu ne fait acception de personne^ et , dans toute nation^ celui qui le craint et pratique lajustice^ lui e$t agréable. lAct. x|, 3k. L'espni de Dieu peut donc faire dis[)arattre tous les obstacles qui empêcheraient les gens du monde de communier chaque jour, el.les rendre dignes d'une telle faveur. Aussi la Sacrée Congrégation, par un décret daté du mois de janvier 1587, a-t^lle rejeié le statut d'un évêque, par lequel il défendait d administrer la sainte Eucharistie, si ce n'était €|kcerlains jours seulement, à quelques persOTnes de certain état, de certain sexe. Et en effet, puisque ce sacrement est un pain quotidien, il est à croire qu'aujourd'hui encore il y a dans

r$glise, outre les prêtres, quelques personnes qui peuvent être admises a la communion plus d'une fois par semaine. El de même que, dans la primitive Eglise, les apôtres admfnistraieiit chaque jour ce sacrement à une foule de fidèles, de même il est h croire qu'il y a encore dans l'Eglise Quelques personnes, quoique en petit nombre, qui sont dignes de le recevoir aussi souvent.

4* Pour la communion quotidienne, il faut bien que la conscience rende à chacun le témoignage qu'il a pour cela les dispositions nécessaires; mais ce témoignage n*est pas suffisant: il faut encore le consentement du père spirituel et du supérieur. La raison en est que, agir sans le consentement du supérieur dans une chose auâsi grave , c'est s'exposer au danger imminent de ne suivre que son propre jugement, que sa volonté propre, et d'éprouver par là les pertes les plus déplorables. Aussi tous les auteurs ascétiques exigeiit-iis avec Vincent de Blois le consentement du père spirituel, et enseignent-ils que ce n'est pas déplaire à Dieu, mais lui plaire, que de remettre une communion par obéissance.

5* La marque d'une bonne disposition, delà vocation à la communion quoiidieiine, c*est une faim spirituelle, un désir ardent, inspiré par la charité, de se nourrir de ce pain céleste. En effet cette faim spirituelle ifest autre chose que le désir de s unir, de s'incorporer à Jésus-Christ de plus en plus par un saint et brûlant amour. Et chacun conçoit combien cette disposition est nécessaire. Ceux qui me mangent auront encore faim^ lisons-nous dans TÉcriture. (EcclL xxiv, 29. ) « Il n*y a, dit saint Grégoire, que ceux qui sont affamés et qui, s'exerçant à un jeûne parfait du péché, reçoivent les divers sacrements dans la plénitude de la vertu, il n'y a que ceux-là de rassasiés. » ( / Reg. ci.) Et saint Antoine ajoute : « Personne ne doit s'en approcher sans un ardent désir; or, comme il convient à un Chrétien de vivre de telle sorte gu'il mérite toiigours de recevoir la communion, il ne doit jamais être sans le désir de la recevoir toutes les fois qu'il le pourra convenablement et qu'il le jugera utile. » (m p. 5tim., t. XUI, c. 6.)

6* Pour permettre la communion quotidienne, il faut avoir égard h la perfection des vertus solides, particulièrement de rhumilité et de la mortification, et en outre, examiner si ce ne serait point un sujet de scandale pour les autres. On ne doit pas en effet violer la loi de la charité, et parfois il sera mieux de s'abstenir de la communion quotidienne, à l'exemple de sainte Thérèse, s'il y a lieu de craindre que les autres, moins disposés, ne prennent de là occasion de murmurer et de jeter le ridicule et le mépris sur leur frère plus parfait, ce qui, dans les communautés surtout, serait la source d'un grand désordre. Quant à ce qui concerne les gens du monde liés par le mariage, il faut également prendre garde que la communion quotidienne ne nuise au soin

COM

DASCETISME.

CON

il»

qu*ils doivent è leur famille, ou à Tobéissance qu'une femme doit à son mari.

7* C*est d'après les œuvres qu'il faut juger de l'humilité, de la mortification et des autres vertus, et ce n'est que d'après les œuvres que l'on doit permettre la communion quotidienne, selon qu'elle est plus ou moins fructueuse. Un décret du Pape Innocent XI, déjà cité, ordonne aux confesseurs et aux évéques deiaire attention aux fruits, aux vertus que la communion produit, afin que par elle les grâces et les vertus prennent un accroissement simultané. « Chacun doit examiner en soi-même, dit saint Thomas,

3uel fruit il retire de la réception fréquente e ce sacrement. » (L. v in M Cor., xi.) 8° Tous ceux qui aspirent*à la perfection chrétienne peuvent être admis à la communion une fois par semaine. C'est ainsi que pensent une loule de maîtres spirituels. « Je conseille, dit Gennade, de communier tous les dimanches, si toutefois l'flme est dégagée de l'aifection au péché.)» {De éecl. doj^m.,c.53.) Dans les communautés reli-

Î^ieuses, où l'on est tenu et où il est plus acile d'aspirer à la perfection, la communion de chaque semaine est établie comme un point de la règle approuvée par Cassien (Coll. 23, c. 21), ainsi que de celle de saint Pacôme. (C. 5.) Telle est aussi la doctrine de saint Bonaventure. (vu Proc reliqio$,^ c. 21.) Par là, en effet, on sauvegarde suffisamment et le respect dû au sacrement et le fruit que les flmes doivent en tirer, puisque, à raison des divers obstacles qui se présentent dans la vie humaine, il n'y a point ordinairement d'autre moyen de se préparer convenablement et de faire l'action de grâces.

9* Quant à ceux qui tendent moins à la perfection ou qui éprouvent de plus grands obstacles extérieurs, on doit leur conseiller de communier tous les quinze jours, ou chaque mois, ou encore aux principales ffttes do l'année. C'est ainsi que saint François de Sales conseille à une veuve de communier chaque mois, tout en l'exhortant à se confesser plus souvent. (L. m, ep. 18.) Avila admet plus difQcilement les gens mariés que les célibataires, elles jeunes gens que ceux qui sont d'un flge mûr, à la communion de tous les huit jours. (J?p. ad prœd>) Et il lui parait suffisant pour ceux qui commencent, de communier aux fêtes principales, c'est-à-dîre, dix ou douze fois par an ( L. ii, ep. 46. )

10* Il est plus louaLle de faire précéder, autant que possible, la communion de la confession sacramentelle, quelque fréquente que soit la communion, et oien que la conscience ne soit chargée d'aucun péché mortel. Tel parait être Tesprit de l'J^lise, telle est l'intention des Pères. Car si l'Eglise ordonne pour la communion la confession préalable, lorsqu'il y a péché grave, ne peuton pas conclure que cette confession est de conseil, lorsqu'il y a péché véniel? Bien plus, saint Bonaventure et saint Frangois de Sales, ainsi c|u'une foule d'autres maîtres de la vie spirituelle, conseillent de se con-

fesser plus souvent que l'on ne communie. « Si vous pouvez vous confesser chaque jour, dit le premier, vous faites bien; sinon, efforcez-vous de \ous confesser au moins tous les trois jours. « {Reg, nov.,c. 4.) Du reste on comprendra combien il est louable do se confesser avant de communier, si Ton considère quelle est la dignité de la sainte Eucharistie, quelle augmentation de grftce

Eroduit le sacrement de pénitence, et comien les actes do vertus que Ton produit en se confessant, Thumilité, la contrition, la charité, etc., sont propres à servir de préparation à la sainte communion.

11** Quant à ceux qui retombent encore facilement dans des péchés graves, il sera très-utile de leur conseiller cle se confesser et de communier de temps en temps, pourvu

Îu'il y ail quelaue espoir d'amendement, 'est ainsi que s exprime le Rituel romain, tout en ordonnant cependant de différer l'absolution, quand le pénitent ne veut pas renoncer au péché et changer de vie. La raison en est que la réception fréquente des sacrements de Pénitence et d*£ucharistie est un remède puissant qui guérit notre âme et la purifie; et que ceux qui les reçoivent souvent tombent plus rarement dans le

fléché mortel, à cause des secours parlicuiers qu'ils y trouvent, tandis que ceux qui s'en approchent rarement les reçoivent aussi rarement avec les dispositions requises. D'où Ton peut conclure que nonseulement on fera bien de conseiller aux pécheurs qui retombent facilement, de se confesser et de communier de temps en temps, mais même qu'on pourra leur donner pour pénitence de le faire plus souvent.

COMPONCTION. — Ce mot exprime une douleurqu'on adansl'âme pour avoir offensé Dieu : on doit éprouver ce sentiment quand on s'approche du tribunal de la pénitence* Dans la vie spirituelle, il a une signiGcatioq plus étendue; la componction se prend non-seulement pour la douleur qu'on a d'à* voir offensé Dieu , mais aussi pour un sentiment pieux de douleur» de tristesse, de dégoût, qui a différents motifs : comme lea misères île la vie, le danger où l'on est de se perdre dans le monde, l'aveuglement des mondains, et le désir de voir Dieu et de se reposer en lui sans crainte de le perdre, etc. On a un air humble et modeste quand on a la componction dans le cœur. Si ce sentiment devient habituel, il est un signe de prédestination. (Voy. confession, contbi-

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