JÉSDS-CHRIST MODÈLE DES CONTEMPLATIFS
Nous devons maintenant nous arrêter pour contempler avec attention la vie de Jésus- Christ dans le rapport qu'elle nous présente avec la vie contemplative, ou, si vous voulez trancher le mot qui n*a plus pour nous maintenant qu*un sens très^justeet fort relevé,
avec la vie mystique.
En effet, si la vie mystique est non*-seulementun genre de vie bon en soi, mais très-distingué, nous devons en trouver le modèle en Jésus-Christ, qui renferme en lui-môme tout ce qui est bon.
C'est une chose vraiment admirable que dans les trente-trois années de sa vie mortelle passées avec cette majestueuse simplicité que nous, lui connaissons et qu'on ne saurait assez méditer, Jésus-Christ apparaisse comme le modèle naturel et très-parfait de tous les genres de vie très-divers que les hommea sont appelés à pratiquer sur la terre. Il est un modèle des supérieurs et des inférieurs, des riches et des pauvres, des savants et des ignorants, do ceux qui mènent une vie active dans les exercices du corps et de ceux qui mènent une vie oi!i l'occupation de Tesprit fait les plus grands frais.
Cependant pour être vrai et rendre à Jésus-Christ, les honneurs qui lui sont dus, il faut reconnaître que sa vie tout entière a été avant tout une contemplation continuelle. N*étant sujet ni à l'ignorance, ni à la torpeur de Tesprit, ni aux attaches déréglées des créatures, sa sainte flme n'a pas cessé un seul instant d'être élevée au-dessus de ce monde, déjuger toutes les choses de ce monde dans les rapports qu'elles ont avec la gloire de son Père et avec la sanctification des âmes. Son humanité sainte, toujours unie au Verbe étemel, avait pour occupation principale, incessante même, d'oATirir à Dieu son Père des adorations parfaites, des actions de grâces pour les bienfaits qu'il répand sur toute créature, des amendes honorables pour les outrages sans nombre dont les créatures se rendent coupables envers Dieu. On peut bien affirmer que les travaux de sa vie, soit leâ occupations manuelles de sa vie cachée, soit les travaux plus relevés de sa vie publique, étaient tous réglés très- exactement selon la volonté de son Père. En soi, ils n'avaient pour lui ni plaisir ni (lé()laisir. C'étaient des actions sanctifiées par l'intention de procurer la gloire de Dieu le Père. 11 no voyait ce qui se passait dans les sens, il n'intervenait dans cette région sensible de la matière, à laquelle il touchait par son corpsf c'est-à-dire surtout par ses souffrances et ses privations, que pour spiritualiser tout parla considération du but où tendait tout son être, la rédemption du genre humain et la satisfaction due à la majesté lésée. Ainsi, il n y pas une seule de ses occcupations, si vulgaire en apparence, qui n'acquière un mérite sans bornes par l'hommage très-parfait dont elle était l'expression devant son Père. Toutes les circonstances connues de sa vie nous indiquent clairement qu'il en était ainsi. Une seule fois, pendant sa vie cachée, il DOQS est permis de le suivre à Jérusalem ; et nous le voyons occupé h montrer aux docteurs^ étonnés d'une telle science dans un enfant de douze ans, le vrai sens dos saintes Ecritures. Il les disposait à recevoir dans peu de temps le Messie qui était déjà sur l'horizon,' quoiqu'on ne le vil pas encore. Nous n'avions pas besoin de cotte preuve poiir être convaincus
$5 DISCOURS PRCLlMl.NAiRE. ^
qu*au milieu de la vie acUve de l'artisau, il vivait conliouellement de la vie de Tesprit, et que rifin ne pouvait être un obstacle à tenir son intention unie à celle de son Père.
Mous devons remarquer avec soin que ces trente ans de la vie cachée de Jésus-Christ sur trente- trois, lorsque le Messie était appelé à fonder de si grandes choses ; que ces trente ans de vie cachée et inconnue au monde sont un modèle accompli et de la vie solitaire des moines, et de la vie retirée des personnes qui dans ce monde, voulant arriver à une plus haute perfection , rompent avec le monde et no conservent que les liens que la nature elle-même veut qu*on respecte. On a beau crier que la société s'arrêterait tout court si elle n'était peuplée que de personnes de ce caractère, qui estiment si peu le côté agréable et riant de la vie ainsi que les relations sociales qui çnt de l'éclat et quelquefois de la grandeur. Il n'est pas à craindre que le grand nombre cesse d'aimer le luxe et l'éclat quand il est possible d'en faire parade et d'en jouir. Ce penchant est trop fort pour se perdre jamais ; il est même tellement excessif et déraisonnable qu'il ne faut pas craindre de lui donner de puissants contre-poids. Aussi voit-on que Jésus-Christ n'a fait aucun cas de ces petites considérations des philosophes politiques ^ui s'inquiètent des causes pouvant donner un aliment aux arts et à l'industrie, et qui tremblent de voir manquer cet appui nécessaire de la prospérité des nations. Esprits étroits qui se croient les plus profonds penseurs, ils ne comprennent guère combien il y a une philosophie plus haute dans ce simple mot de la Bible : Juttiiia élevât gentem , miseras aulem facit populos pecca^ ittm. Qu'on nous permette un exemple qui ne s'écarte pas de notre sujet. Au point'de vue de la politique mondaine , saint Louis n'aurait pas été très-adroit en s'astreignant trop minutieusement à une justice rigide^ on traiterait aujourd'hui ses actes de scrupules mal entendus qui accusent un esprit faible. Mais qu'on juge de l'honneur que fait aujourd'hui à^on règne cette équité sévère et cette simplicité de vie, toutes les fois qu'il croyait pouvoir mettre de côté les signes de la grandeur sans nuire à sa dignité. La noble simplicité qu'il a mise dans sa grandeur et la pratique si impartiale de justice envers ses voisins , font aujourd'hui plus d'honneur à la France, et lui sont moralement et même politiquement plus profitables que les victoires et les conquêtes de dix règnes.
Laissons donc les intérêts des arts, du luxe, du commerce , du brillant confortable do la société, que nous sommes loin d'excommunier ; laissons-les seulement se défendre eux-mêmes , ils ont de puissants avocats dans le cœur des hommes. Ils ne cesseront d'avoir trop d'empire, de fhire faire des bassesses , de grandes fautes et de grandes violences; acceptons ces choses conmme des maux nécessaires : ainsi pouvons-nous comprendre lo sens profond des paroles de Jésus-Christ, lorsqu'il semble lancer des anathèmes contre les riches. Ce ne sont point les hommes riches qu'il hait , mais les richesses , instrument de leur perte; il a même indirectement approuvé le bon usage des richesses en s*asseyant à la table bien senrie des riches. Il les voit, ces dangereuses richesses, comme un obstacle infranchissable que la passion leur met Sur le chemin du ciel et qui les empêche d'arriver au royaume de son Père; les hommes riches, il les aime, il est mort pour eux.
Aussi les richesses, d'après la doctrine de Jésus-Christ ^ ne sont bonnes que lorsqu'elles sont arrivées dans une maison en compagnie de la justice, qu*on les répand en bienfaits et qu'on sait en tenir son cœur détaché et son esprit libre d'orgueil. Voilà le problème presque impossible à résoudre que Jésus-Christ, la souveraine sagesse, tranche d'une ma-* nière qui semble une folie pour le monde ; il le tranche par le mépris et par le renoncement. C'est comme s'il disait : Mes enfants , je supporte de vous ¥(nr riches quand cela vous arrivera naturellement et justement; mais vous courez si grand danger dans celte position , que votre salut y devient presque impossible; prenez donc , je tous y invite , le parti le plus sûr : détestez les richesses. Soyez riches malgré vous si vous n'êtes point libre d'être pauvre effectivement, et alors vous serez pourvus d'esprit, vous me ressemblerez par le cœur. Mais que ceux qui le peuvent , qui s'en sentent le courage, vendent tout et donnent le produit aux pauvres , et partagent ma pauvreté effective, qui est la plus grande de toutes les richesses.
Voilh la théorie de la richesse et de la pauvreté d après l'Bvangile ; elle est un peu diffé*
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reute de celle de réconomiste du xix* siècle et de l'homme du monde , qui croit que sa grande fortune ajoute quelque chose à son mérite ; elle est aussi très-différente de celle du prolétaire peu chrétien de nos jours, qui maudit son sort parce qu'il n'arrive pas assez Tite à l'aisance. Mais c*est une doctrine chère aux amis de Jésus-Christ , qu'ils soient dans le clottre oudans| le monde, dans les salons d'or et de marbre ou sous le chaume. Où qu'ils se trouvent, ils ont du goût pour la croix de Jésus-Christ et pour sa sainte pauvreté , car leur cœur ne tient à rien de ce qui est de ce monde ; et on ne peut en douter , ces futurs citoyens du ciel sont aussi les meilleurs , les plus utiles citoyens de la patrie terrestre ; ceux qui rendent plus facile la tflche des gouvernements, qui se contentent le plus aisément de peu quand il faut, qui murmurent le moins contre leurs supérieurs même injustes, qui nourrissent la paix, qui sont empressés à apaiser les dissensions et h prier pour tous, pour le bien général , quand ils ne peuvent concourir d'une autre manière au bien de leurs frères.
Hais revenons à la vie simpie et sans apprêt de Jésus-ù'nnst , qui va droit à son but , sans toucher aux choses de ce monde , que pour la pure nécessité de l'accomplissement d'un devoir ; et cela parce que son esprit parfaitement juste ne pouvait jamais se laisser séduire par le faux éclat des choses périssables qu'il estimait à leur juste valeur, c'est-àdire comme n'étant faites que pour les besoins nécessaires du corps et ne devant jamais donner occasion de mettre un seul nuage entre l'&me et Dieu. Or, ce que Jésus-Christ a toujours fait y nous devons y aspirer sans jamais y atteindre » allourdis que nous sommes par le péché originel.
Comparons spécialement la vie cénobitique avec cette sainte et consolante vie de Jésus- Christ.
Toute la vie cénobitique repose sur les trois vœux d'obéissance, de chasteté et dt»
pauvreté.
Ces trois points bien observés et établis sur le terrain solide de looservaiion des préceptes généraux qui obligent tous les Chrétiens, contiennent l'expression de la |plus haute perfection à laquelle on puisse aspirer en ce monde, par cette raison, que ceux qui arrivent là sont totalement détachés de tout ici-bas pour être plus librement et plus intimement attachés à Dieu.
£h bieni la chose n'est ainsi que, parce qu'en suivant cette voie, on est parfaitement sur la trace de Jésus-Christ; on le voit marcher devant, et on le suit de plus près que les autres Chrétiens, qui sont ,tenus sur la terre par des liens très-légitimes, sans doute, comme sont ceux du mariage, du gouvernement, de ses affaires pour le bien de ses enfiints, du commandement sur ses inférieurs. Hais tous ces liens en vous impliquant dans les choses matérielles, remplissent l'âme en grande partie, l'étourdissent, et laissent beaucoup moins de iplace à Dieu ; aussi personne ne peut savoir ce que Dieu a de complaisance, de prédilections et souvent de douceur pour ceux qui quittent tout pour lui. Je dis donc que ceui-ci suivent de plus près Jésus-Christ; ils sont plus courageux, plus rapides que les ^autres à s'élancer à la suite de Jésus-Christ, à s'élever en pensée vers le ciel.
Sans doute Jésus-Christ n'a pas fait les trois vœux dont nous parlons. C'est le propre delà faiblesse de s'engager ainsi par des serments ; c'est un acte dedéfiance de soi-même, et la possibilité et quelquefois la réalité de l'infraction prouve que cette défiance n'est pas déplacée. Il est eertain qu'un serment solennel pique l'aroour-propre et fait craindre la violation comme un déshonneur à ses propres yeux. L'homme misérable et blessé par le péché originel a besoin de ce ressort pour le soutenir. Hais toutes ces idées répugnent dans Jésus-Christ. U sentait dans son propre fonds toute la force nécessaire pour pratiquer le bien dans la forme et dans la mesure la plus parfaite; ce bien il le concevait clairement, sa volonté l'y portait sans détours, à travers tous les obstacles les plus pénibles. Nous ne disons pas toutefois qu'il le faisait sans effroi pour les sens, on l'a vu au jardin des Oliyiers; mais, da moins, sans faiblesse de courage ou d'intention; elle se maintenait toujours à la hauteur du but sublime qu'il poursuivait.
. Ainsi s'il n'a pas fait les vœux, il les a mis admirablement en pratique. Il a pratiqué l'obéissance d'abord dans rinléiieur de la sainte famille. L'Ecriture nous le dit : U leur
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était soumis : erat subdittu illii. Ou peut se rappeler daus combien de circonstances il alléguait la volonté de son Père» non-seulement en parlant à ses apôtres, mais encore à sa 3ainte mère; pour les convaincre que ce qu'ils demandaient de lui, il ne devait pas le leur octroyer, il invoquait la volonté de son Père, à laquelle il devait perpétuellement se conformer. Peut-on trouver un plus beau modèle de la vertu d*obéissance; de cette renonciation» de cet abandon de la faculté de notre &me, qui, étant une des plus malades dans Thomme pécheur, a le plus besoin d'être contenue, humiliée et unie h Dieu, pour se guérir et se puriQer?
Quant à la chasteté, nous nous dispensons d^exposer les raisons qui devaient lui faire choisir rétat de virginité parfaite. Le caractère de son auguste personne commandait cet état de vie au point, qu'ila dû même s'étendre autour de lui; de plus il a voulu naître d'une mère vierge, et l'homme du monde qu'il' aimait le plus après sa sainte mère, et qui fut son remplaçant auprès d'elle au pied de la croix, fut un homme vierge: c'est sans doute la raison pour laquelle saint Jean a mérité non-seulement de reposer sur le cœur de Jésus pendant la cène, mais aussi d'avoir une plus profonde communication des secrets de Dieu. Ceci est manifeste, d'abord, par son £vangile, qui expose un ordre d'idées plus élevées que les autres Evangiles,. quoiqu'ils soient tous admirables ; ensuite dans VApocalypsef où, à travers les images gigantesques, on entrevoit des beautés ravissantes dont nulle poésie humaine, nulle littérature nationale n'a jamais donné d'exemple. C'est de cette époque seulement que la virginité commence à être connue comme une vertu qui a dgs privilèges. Hais il fallait la plénitude de grftces de la Loi nouvelle et l'exemple du Fils de Dieu incarné pour triompher à ce point du plus emporté des penchants du cœur, et soumettre à cette noble et pure vertu des légions d'étrcs humains, qui, en renonçant à être les membres d'une famille particulière deviennent éminemment et exclusivement les membres de la famille sociale.
Enfin, Jésus-Christ a pratiqué la pauvreté, et déjà nous avons vu ce qu'il pensait des riches ôt des richesses ; il plaignait ceux-là et anatbématisait celles-ci. Sur ce point je cède volontiers la parole à Fleury qui, dans la Vie de Jésui-ChriHf a si bien comparé les traits de l'Evangile. « Dans sa vie publique, ia vie éiaii plus pénible^ dit Fleurj, que quand il travaillait de ses mains, car il n'en avait plus le loisir, puisqu'il souffrait que des femmes le suivissent pour le servir de leurs mains,[et qu'il gardait quelque argent dont Judas était le dépositaire, tant il estimait peu l'argent. Du peu qu'il avait, il donnait l'aumône, mais il on manquait lorsqu'il fut obligé de faire trouver à saint Pierre, par miracle, de quoi payer le tribut des premiers-nés, qui n'était qu'un demi-sicle, environ 16 sous de notre monnaie.
« En effet, il vécut toujours dans une grande pauvreté; il dit lui-même qu'il n'avait pas où reposer sa tête, c'est-à-dire qu'il ne logeait que par emprunt chez ceux qui voulaient bien le retirer. A sa mort, on ne voit pas qu'il eût d'autre bien que ses habits. Il dit qu'il n*est pas venu pour éire servi, mais pour servir. Il voyageait à pied, et quand il monta sur un âne, pour entrer à Jérusalem, on voit bien que ce fût une action extraordinaire. »
Il faisait imiter sa pauvreté à ses disciples, les envoyant sans argent et sans aucune provision; même lorsqu'ils étaient avec lui, la faim les réduisait quelquefois à prendre ce qu'ils trouvaient dans la campagne, comme les épis qu'ils arrachèrent le jour du sabbat
Assurément, voilà, bien la pauvreté et le mépris des biens pratiqués dans tuute sa sévérité. Aucun monastère n'a donné exemple d'un abandon* plus absolu entre les mains de la Providence.
Un autre caractère de la vie ascétique est ûe pratiquer la mortificati^ et de se livrer à l'oraison. Ici encore tout se trouve dans le divin modèle.
C'est par des œuvres de pénitence qu'il inaugure sa vie publique; il s'y prépare par le baptême, la prière et le jeûne; il n'avait pas besoin de ces précautions, c'était, comme il le dit lui-même, poor accomplir toute justice et pour nous donner l'exemple. Quel jeûQ^ que le sien encore 1 II reste quarante jours et quarante nuits sans manger. Ce peul^ire un miracle : cependant il faut se garder de l'affirmer, puisque les anciens nous parlent d'autres exemples de pareils jeûnes. Du moins est-il certain que cette mortiOcaUt)n indique dans Notre-Seigneur combien grande était à ses yeux la puissance de la mor'iification et !•
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mérite de la répression des sens pour avancer dans les choses de Dieu ; et ce fait montre qu^il devait être habituellement très*mortiQé dans son corps et le tenir, comme nous l'avons déjà remarqué, très-détaché des objets qui flattent les sens, c'est-à-dire entièrement à la disposition de Tesprit et de la volonté de son Père.
Pendant ce jeûne et dans cette aCfreuse solitude, à quoi s'occupait Jésus-Chnst, sinon à prier? Mais qui oserait parler de son oraison? dit Fleurjr. Méditons humblement ce que r Ecriture nous en rapporte, entre autres cette admirable prière que nous voyons dans saint Jean, chap. xvii. 11 suffit de la lire pour sentir son âme élevée et se fondre d'amour en sentant le cœur brûlant de Jésus qui s'échappe dans ces expressions ravissantes. Je ne cite que deux versets :
Père ioint, je me sanctifie moi-même afin qu'ils soient sanctifiés dçms la vérité. Je prie^ nonseulement pour eux, mais aussi pour tous ceux qui doivent croire en moi par leur parole^ afin que tous soient tin, comme vous, mon Père, vous êtes en moi et moi en vous,[et queux aussi ils soient un en nous, et que le monde croie ainsi que vous m'avez envoyé.
Trouvez donc des paroles qui soient en même temps et plus douces et plus grandes : celle même manière simple el large se retrouve dans le Pater qu*il nous a donné comme prière quotidienne. £1 qui pourrail dire ce qui se passait en son flme dans ses prières solitaires, comme lorsqu'il s'élevait sur la montagne pour se soustraire au peuple, et surtout au jardin des Oliviers? Mais ces prières et ces communications entre l'Homme-Dieu et le Père éternel, nous devons les respecter comme des mystères où tout est beaucoup plus admirable que nous ne pouvons penser; d'ailleurs nous l'avons déjà vu, sa vie lout entière a ele une oraison conlinuelle. Il n'est donc pas nécessaire de faire violence au texte sacré et donner un^ interprélation forcée à la vie de Jésus-Christ pour y trouver le type le plus parfait de la vie contemplative et mortifiée, et en particulier le modèle le plus parfait de la pratique des trois vœux qui lont la base de l'ordre monacal, vœux qui sont l'expression complète des conseils évangéliques mis en actions; et chose admirable, cela est ainsi sans que Jésus-Christ cesse pour cela d'être le modèle de tout le monde; car il y a une telle harmonie et une telle simplicité dans cette vie, que tout y paraît naturel et facile.
Son extérieur, du reste, n'avait rien de singulier, rien qui le distinguât des autres Juifs , des simples particuliers et aes hommes du commun, comme il le dit lui-même, car il s'appelle le Fils de l'Homme. Sa vie était dure et laborieuse, mais sans aucune austérité particulière que celle que nous avons marquée.
Une pareille vie devait exciter l'enthousiasme et l'admiration de tous ceux qui l'avaient vue et qui l'avaient comprise ; elle devait avoir pour résultat de chercher à approcher de ce beau modèle aussi près que le permet notre faiblesse. C'est ce qui arriva, et nous le voyons non-seulement dans les apôtres, dont la vie et les pensées étaient devenues toutes célestes depuis qu'ils avaient compris à fond cette vie divine de leur maître , nous le voyons aussi dans les premiers Chrétiens.
LA VIE ASCETIQUE DEPUIS JËSUS-CHRIST
On peut dire dans sa réalité que cette vie des premiers Chrétiens, telle qu'elle apparaît dans les Actes des apôtres et dans les premiers monuments de l'histoire ecclésiastique, était la vie des geas de religioB dans les monastères les plus fervents, le célibat seul excepté. Et on peut affirmer encore que le plus grand prodige de l'ordre moral a été accoœ* pli alors, je veux dire celui d'une grande multitude de peuple qui s'accordent tous sans exception à mettre leurs biens en commun. Jamais la victoire sur l'esprit de cupidité n'avait été ni aussi complète ni aussi étendue. Ceci nous 4iidique jusqu*oii allait «lans ces premiers temps l'empire de l'esprit sur la chair, et l'habitude de l'esprit de eootemplatioo. Cette pratique était trop parfûte pour se prolonger beaucoup» et trop p.eu compatible avec la marcbe ordinaire des sociétés civiles, compliquées de toutes sortes Je passions et de toutes sortes de citoyens, pour avoir son application sur une grande échelle. 11 faudrait pour cela deux choses : et que tous les citoyens d'un même Etat
il DISCOURS PRELIMINAIRE H
fussent Chrétiens orthodoxes » et qu'ensuite la piété se maiultnt au niveku de celte première faveur; alors la terre deviendrait réellement un ciel anticipé» oiè on nouvel Eden , plus les douleurs physiques. Personne ne peut dire, toutefois, qu'un jour la terre ne sera pas témoin de quelque chose de semblable. Il ne faudrait pas juger de co qui peut être un jour par ce que nous voyons ; et il ne faut pas juger le christianisme épuisé parce que les peuples chrétiens de ce temps-ci sont bien dégénérés des mœurs chrétiennes des temps apostoliques. Qui sait si le temps d'épreuve, d*enfantement, de grands obstacles à vaincre, de fortes crises ne sera pas bientôt passé ? Mais ce qu'il y a de certain, c'est que dixhuit cents ans sont très-courts pour faire l'éducation du genre humain. Les persécutions ont duré trois siècles, ensuite sont venues les hérésies qui ont tenu l'Eglise constamment en action pour maintenir intacte la pureté dogmatique et donner un sens net et juste du texte sacré et des vérités traditionnelles. Ce travail est accompli. Voici maintenant l'ère de la crise purement intellectuelle et philosophique qui, depuis plus d'un siècle, tenant les esprits en suspens, fait demander à une multitude d'esprits timides et de peu de foi, si l'Evangile est le dernier mot du développement moral de l'humanité; si la raison seule, montant triomphalement tous les degrés dé ses découvertes dans les sciences et dans le vaste domaine de la nature, et forte de ses propres réûexions, de sa propre intuition dans le coup d'œil qu'elle jette de cette hauteur sur l'univers et sur les destinées de l'homme» ne pourra pas présenter une solution plus satisfaisante. Il est certain que cette question ressort par mille endroits de la littérature et de la science de notre temps. Hais il est vrai aussi que Dieu a ménagé les événements contemporains, depuis la fin du dernier siècle jusqu'à ce jour, en 1853, de manière b donner de cruels démentis et d'incomparables humiliations à ceux qui avaient engsgé leur honneur à voir réussir une combinaison sociale anticatholique. La déroute des dieux de l'Olympe devant le fier et victorieux Jupiter, tel que l'a dépeint Homère, ne donne pas une idée assez forte de la défaite complète des philosophes de nos jours devant l'irrésistible cours des idées chrétiennes, qui commencent à couler à pleins bords dans tous les esprits, et n'attendent plus que de passer dans les actes avec plus de franchise. Hais au moins on peut le constater, la victoire intellectuelle sur l'esprit philosophique, qui s'appelle ou philanthrope comme il y a soixante-^ dix ans, ou panthéiste et socialiste comme de nos jours, cette victoire intellectuelle du catholicisme est décisive. L'armée philosophique est en déroute générale sur tous les points, on ne sait plus où poursuivre les fuyards; ils ont disparu: on croirait qu'ils sont rentrés dans les entrailles de la terre, etquils n'ont pu sauver un seul de leurs drapeaux. Oui, ce serait une grande erreur de croire le christianisme épuisé. Une simple lecture de VApo^alypie laisse entrevoir, à la fin, à travers ses figures cependant si mystérieuses et si étonnantes, des siècles de prospérité morale. Us sont dépeints en peu de paroles, car l'histoire des temps de paix est courte, mais ces paroles sont significatives.—- Je demande pardon pour cette digression, qui ne s'écarte que très-peu de notre sujet c elle en fait même partie ; ces réflexions nous feront mieux comprendre comment la vie monastique a pris naissance à côté de la vie commune. Car la vie ascétique et contemplative est la vie parfaite; et ce genre de vie sera toujours protégé dans l'Eglise. Elle sera toujours assez féconda pour enfanter des flmes toutes spirituelles et dominant les vanités du siècle. Quand les mœurs communes des Chrétiens dégénérées se furent tout à fait corrompues, les âmes d'élite dont nous parions ont dû prendre le parti, ne pouvant rendre le monde semblable à elles, de le laisser aller de son côté et de marcher du leur, par un chemin plus caché, k la suite de Jésus-Christ portant sa croix. Les unes ont pratiqué cette vie pure et méditative dans le monde, mais comme n'usant pas du monde ainsi que parle saint Paul ; les autres ne se croyant pas en sûreté, ou ayant plus de facilité de se retirer, l'ont fait courageusement, et sont allées peupler les déserts (déserts pour le monde, mais vraie terre promise depuis qu'ils furent peuplés par les anges de la terre), attirant les regards complaisants du eiel.
Il s'est élevé use controversée laquelle plusieurs savants eut pris part* C'était de savoir si les thérapeutes, dont l'origine est essénienue, n'ont pas é4é des Juife convertis au christianisme. S'il en était ainsi, nous devrions lus considérer comme les oremiers
DiCTIOXN. I>*ASCÉTIS.VE. I. 2
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ci)nlcmi>lalife (ie l'ère cbrélieniie menant une vie distinguée de la vie commune. Nous n'entrerons pas dans celle controverse, Seuleraeni, nous avouons qu'il nous paraît que le sentiment le mieux établi est celui qu'ont soutenu le Père de Montfaucon et le PèreHélyot, savoir que réellement les thérapeutes étaient convertis au christianisme, et que c'est vraisemblablement avec ces âmes si bien prédisposées que saint Harc a réussi à fonder une Eglise si florissante à Alexandrie^ dans laquelle apparaissent, dès ce temps, des Chrétiens menant la vie ascétique.
« On demeurera aisément d'accord, dit le Père Hélyot, qu'il y a eu une succession de moines depuis les thérapeutes jusqu'à saint Antoine, si en quittant toute prévention, Ton veut reconnaître pour disciples des thérapeutes les ascètes, qui se renfermaient aussi dans des solitudes où ils gardaient la continence et mortifiaient leur corps par des abstinences el des jeûnes extraordinaires, portant continuellement le cilice, dormant sur la terre, lisant r£crilure sainte, et priant sans cesse; et on doit les comprendre dans l'état monastique, puisque, comme remarque le cardinal Bellarmin, les Grecs ont donné plusieurs noms à ceux qui l'ont embrassé : de thérapeutes^ pour les raisons que nous avons déjà dites; d'ascites^ c'est-à-dire athlètes ou exercilants, parce que le devoir d'un moine est un exercice continuel; et c'est le nom dont se sert saint Basile, appelant Ascétiques son traité de l'institution des moines. On les nomma aussi suppliants, parce que leur principale occupation était la prière et l'oraison. Saint Chrysostome et quelques autres les ont appelés philosophes. Enfin le nom le plus commun et que les Latins ont retenu est celui de moine qui signifie proprement solitaire ou ermite que saint Augustin prétend devoir aussi appartenir aux cénobites, comme en effet il leur est resté. On a encore ajouté à tous ces noms celui de religieuXf qu*on donne indifféremment à tous ceux qui se consacrent à Dieu par la solennité des vœux. Quelques-uns disent qu'avant Salvien de Marseille, qui vivait dans le v* siècle» il n'était pas en usage. Il paraît néanmoins, par un des canons du quatrième concile de Carihage et par la traduction de la Règle de saint Basile par Ruffin, que, dans le iv* siècle, Ton donnait déjà ce nom aux personnes qui se consacraient à Dieu. »
. ft Saiot Palémon, avec qui saint Pacôme se relira vers l'anSith, était un anachorète fort flgé, et néanmoins instruit par d'autres dans les pratiques de la vie solitaire. Nous trouvons au m* siècle saint Denis, Pape, qui, d'anachorète qu'il était, ayant été fait prélre de l'Eglise romaine, fut élu l'an 259 pour la gouverner. Si nous remontons au ir siècle, nous trouvons saint Télesphpre, qui, ayant été aussi anachorète, fut élevé au souverain pontifical l'an 128. L'hérétique Harcion, selon ce que nous apprend saint Epiphane, se sépara de l'Eglise vers le milieu de ce siècle, après avoir fait profession de Ui vie monastique. Enfin, dans le i" siècle, nous trouvons, comme on vient de le dire, les thérapeutes, que le P. Papebroch ne veut pas néanmoins reconnaître pour moines; mais il ne fait pas difficulté de reconnaître pour tels les autres disciples de6 apôtres dont parle ^bilon> qui, selon cet auteur Juif, étaient répandus chez les Grecs et les barbares : .A.lios uer» (dit ce savant Jésuite) quo$ in aliis regionibus inier Grœcos .et Barbaros indicat PhUOf aliorum quoque apostolorum vel apostolicorum virorum fuisse diseipulosj nequaquam ambigo, et veros omnino monachos (licei hoc nomen necdum usurparetur) id est solitarios agnosco. Et l'on peut croire aisément que, pendant les persécutions, il y à eu des commu- )iaulés qui, à la vérité n'étaient pas si nombreuses qu'elles l'ont été, lorsque l'Eglise fut en paix ; en effet l'Angleterre et l'Irlande possédaient des monastères môme sous la persécution . »
> « Au reste, les noms de thérapeutes, d'ascètes, de moines, de solitaires et d'ermites ayant été donnés indifféremment à tous ceux qui ont fait profession de la vie monastique, on doit reconnaître une succession de moines sans interruption depuis saint Marc jusqu'à saint Antoine;' presque tous les historiens, et M. de Tillemont môme demeurent d'accord qu'il y a toujours eu des ascètes dans l'Eglise. On doit reconnaître leurs laures pour de véritables monastères, quand bien même ils n'auraient été que de huit ou de dix religieux au plus, puisque l'essentiel de la vie cénobilique n'est pas de demeurer quatre ou einq cents ensemble, mais seulement plusieurs, et que le nombre de boit ou dix, et même un moindre nombre, est suffisant pour cela. Car il n'y a personne qui dise que les Capu-
15 DISCOURS PREUMINAIRE. U
cins soient des solitaires^ et leur qualité de mendiaots u'empéche pas qu'ils ne soiml Téritablement cénobites. » '
« J'avoue, continue le P. Hélyot, que^ quoique ces monastères des trois prMMf^ siècles Tussent de véritables monastères, ils n'étaient pas néanmoins aussi parfaits qn^ils l'ont été au temps de saint Antoine, et encore davantage au temps de saint Basile, (fui a donné la dernière perfection à l'état monastique : c'est pourquoi on peut les appeler de simples monastères pour les distinguer de ceux-ci; et je crois que le P. Papebroch voudM bien me passer cette 'distinction de simples monastères et de parfaits, puisque, nonobstant qu'il dise que les disciples des apôtres, dont nous venons de parler, fussent de véritables moines, il ne laisse pas de dire .aussi qu'ils étaient de simpiàs moines, qu'il comparé aux ermites de ce temps-ci, pour les distiliguer de ceux du iv® siècle, engagés par des votox; et comme il se voit à présent des communautés considérables d'ermites de dix, de vingts de trente, et même dé plus grand nombre, qui sont de véritables communautés, on peiït les comparer à celles des premiers sièclesy'^oii l'on vivait sans doute avec plus de subordination que dans la plupart de celles-ci qui sont néanmoins gouvernées par un supé- ' rieur. »
« Dans ce granJ nombre de solitaires qui ont peuplé les déserts, il s'est formé deux espèces de moines, dont ceux qui ont vécu en commun ont été appelés eénobiteSf et ceux qui se sont retirés dans une solitude plus étroite, après avoir vécu longtemps en communauté, et y avoir appris h vaincre leurs passions, retinrent le nom d'anachoriies. »
11 y avait aussi les rhémobotes ou sarabaïtes, dépeints par saint Jérôme et Gassien (SJ, moines voyageurs qui n'étaient pas toujours dignes de leur profession.
Gassien les préfère aux cénobites , comme étant plus avancés dans la perfection, el saint Jérôme {k) a d*abord cru que cet état était le comble de la perfection monastique.
Mais ce Père changea ensuite d'avis. L'expérience l'a mieux éclairé, et lui a fait voir que la vie cénobitique, ou en commun, était celle qu'on devait suivre le plus sûrement^ comme la moins exposée aux tentations.
« Saint Basile, qui en a fait l'éloge, en a fiiit connaître les avantages. II dit que Dieu ayant voulu que nous eussions besoin les uns des autres, nous devons, par cette considération, nous unir tous les uns aux autres ; que les avantages que nous possédons sont Inutiles dans une vie absolument solitaire ; qu'elle ne se propose qu'un seul but qui est la commodité de celui qui l'embrassé, ce qui est visiblement contraire à la charité que l'Apôtre a si parfaitement accomplie, et qui consiste à ne chercher point ce qui nous est avantageux en particulier, mais ce qui est avantageux h plusieurs pour être sauvés ; que les solitaires ne reconnaissent pas facilement leurs défauts, n'ayant personne qui les reprenne et les corrige, et qu'on leur peut attribuer ces paroles du Sage : Malheur à edui qui est seul I parce qMQ lorsqu'il tombe, il n'a personne pour le relever; qu'un grand péril qui est à craindre dans la vie solitaire est celui de la complaisance, dont il est très-difficile de se garantir dans cet état ; car un solitaire n'ayant personne qui puisse juger de ses actions, s'imaginera être arrivé au comble de la perfection; mais qu'au contraire, la vie cénobitique a cet avantage que la correction y étant faite, même par un en* nemi, est souvent une occasion à ceux qui jugent sainement des choses, de désirer le re-^ mède de leurs maux; qu'elle est une carrière où l'on s'applique aux combats spirituels^ un chemin facile pour s'avancer dans la piété, un continuel exercice, une perpétuelle méditation des commandements de Dieu ; et enfin que ce genre de vie est conforme à celui des premiers chrétiens qui étaient tous unis ensemble, et qui n'avaient rien qui ne fût commun entre eux. »
Du reste, en relevant le mérite de la vie cénobitique, il faut bien se garder de condamne** la rie érémitique ou solitaire, qui a donné de grands saints à l'Eglise
Il y avait autrefois des reclus qui étaient enfermés très-étroitement. Le concile in Trulto Teur ordonna de n'embrasser ce genre de vie qu'après avoir commencé, dans le monastère, à vivre séparés comme des anachorètes, et après avoir persévéré dans cet état pendant
(3) Gàs8., coll. 18.
(4) Epiit. ad Eust.
il DlCTIONNAmE DASCETISME. 48
trois ans, outre une année d'épreuve qu'ils devaient faire encore hors du monastère, après quoi ils pouvaient être enfermés; mais il ne leur était pas permis de sortir du lieu do leur réclusion, à moins que ce ne fût pour quelque cause qui regard&t le bien public, ou qu'il n'y eût péril de mort pour eux. Alors ils en pouvaient sortir avec la bénédiction del'évèque; et si quelques-uns de ces reclus en sortaient autrement, le même concile ordonna qu'ils seraient enfermés, malgré eux, dans le même lieu, et qu'on leur imposerait des jeûnes et des mortifications. Le concile do Francfort n'en voulut point souffrir, h moins que les évêques et les abbés ne les renfermassent eux-mêmes, i»
« Il n'y a pas lieu de douter que saint Antoine n'ait établi de véritables monastères parfaits et réglés, où l'on vivait en commun; puisque, comme dit saint Athanase, les monastères qu'il établit étaient remplis de solitaires qui passaient leur vie h chanter, à étudier, h jeûner, à prier, à se réjouir, dans l'espérance des biens à venir; à travailler, pour pouvoir donner Taumône, conservant entre eux l'union et la charité, mangeant aussi en commun, comme nous le pouvons juger par la complaisance de saint Antoine qui, aimant h manger seul, ne laissait pas souvent de manger avec ses frères, lorsqu'ils Ten priaient, afin de pouvoir, avec plus de liberté, leur tenir des discours utiles. »