PROGRÈS DE LA VIR MONASTIQUE
DANS LES SIX PREMIERS SIÈCLES DE l'ÉGLISB.
« Comme la Vie de saint Posthume, qui se trouve parmi celles des Pères du désert, est regardée par de savants critiques comme fausse et supposée, je ne m'arrête pas è ce que dit l'auteur de cette Vie, que saint Macaire avait le soin et la conduite de cinquante mille moines que saint Antoine lui avait laissés en mourant. Je veux même croire qu'il s'est glissé quelque erreur dans le texte de la préface que saint Jérôme a mise à la tête de la Règle de Saint-Pacôme qu'il a traduite, où il dit que les disciples de ce saint s'assemblaiénty tous les ans, à pareil nombre, pour célébrer les fêtes de la Passion, et de la Résurrection de Notre-Seigneur; et il se peut faire que Pallade ne se soit point trompé, lorsqu'il n'a mis que sept mille moines de cet ordre; Mais au moins faut-il avouer qu'après la mort de saint Antoine et de saint Pacûme, le nombre des moines et des solitaires était infini, puisque Rufin qui fit le voyage d'Orient en 373, c'est-è dire environ dix-sept ans après la mort de saint Antoine, nous assure, comme témoin oculaire, qu'il j avait presque autant de moines dans les déserts que d'habitants dans les villes ; que dans celle d'Oxi* rinquo il y avait plus de monastères que de maisons; qu'à toutes les heures du jour et de la nuit on y faisait retentir les louanges de Dieu, et qu'il avait appris de l'évêque de ce lieu qu'il y avait vingt mille vierges consacrées à Dieu et dix mille religieux ; il assure avoir encore vu le prêtre Sérapion, Père de plusieurs monastères et supérieur d'environ dix mille religieux ; mais il est bon de faire connaître quels étaient les illustres capitaines, qui conduisirent dans le désert et dans les villes tant de saintes colonies, après que la paix eut été rendue à l'Eglise. Nous avons déjà dit que saint Antoine établit les premiers monastères réglés et parfaits dans la basse Thébaïde ; saint Amon, sur le mont de Nitrie, et saint Pacôme, dans la haute Thébaïde. Le désert de Scété fut aussi fort célèbre par la multitude des saints qui y ont demeuré, et qui suivirent saint Macaire l'Egyptien comme leur chef. Saint Hilàrion, qui avait été, de même que saint Macaire, disciple de saint Antoine, se retira dans la Palestine, où ses miracles continuels et l'éclat de ses vertus firent qu'en peu de temps un grand nombre de personnes se rangea sous sa conduite. La Syrie a eu l'avantage d'être habitée par de saints religieux, sous la conduite d'Aonès, qui donnèrent aux habitants qui étaient idolâtres la connaissance du vrai Dieu. Elle a encore produit un illustre écrivain qui nous a appris les vies admirables de ces saints solitaires, et leurs principaux exercices, qu'il avait lui-même pratiqués dans un monastère dont il fut tiré malgré luî, pour monter sur le siège épiscopal de Tyr. C'est le savant Théodoret qui, quoique élevé è cette dignité, ne diminua rien de ces saintes pratiques. La montagne de Sinaï, si célèbre par la demeure de saint Jean Climaque et de saint Nil, fut aussi habitée par de saints moines, dès le iv* siècle; de même que la Perse, où plusieurs solitaires suivant les traces de sang des autres Chrétiens qui le répandaient généreusement pour la fui de Josus-Christ, couraient avec la mOme générosité au martyre. Saint Grégoire, apôtre
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d'Arménie, introduisit aussi la vie monastique dans ce pays-là. Enfin il n'y eut presque point de province en Orient où elle ne fût établie.
« Mais son plus grand accroissement fut lorsque saint Basile Peut introduite dans le Pont et la Cappadoce, vers l'an 363 ; qu'il l'eut réduite à un étal certain et uniforme; qu'il eut réuni les solitaires et les cénobites ensemble; qu'il lui eut donné sa dernière perfection vn obligeant ses religieux à s'y engager par des vœui solennels; et qu'il leur eut écrit des règles qui furent trouvées si saintes et si salutaires, comme n'étant qu'un abrégé de la morale de l'Ëvangile, que, dans la suite, la plus grande partie des disciples de saint Aqtoine, de saint Tacôme, de saint Macaire et des autres anciens Pères des déserts, s'y sont soumis, ce qui lui a fait donner le nom de patriarche des moines d'Orient;, car il y a plusieurs siècles que sa règle a prévalu sur toutes les autres en Orient; et quoique les maronites, les arméniens en partie, les jacobites, les coptes et les nestoriens se disent de l'ordre de Saint-Antoine, ils ne suivent néanmoins ni la règle que nous avons dans le Code des règles sous le nom de Saint-Antoine, ni aucune des anciennes règles des Pèr«s d'Orient, et ils n'ont seulement que certaines pratiques pour les monastères de chaque secte. Mais généralement tous les grecs, les nestoriens, les melchites, les géorgiens, (es raingreliens et la plus grande partie des arméniens suivent la règle de Saint-Basiie.
a La profession monastique ne fit pas de moindres progrès en Occident, où les troubles excités dans l'Eglise par la fureur des ariens la firent passer d'Orient; car saint Alhanasjp , évoque d'Alexandrie, s'étant retiré à Rome vers Tan 339 avec plusieurs prêtres et deux moines d'Egypte, il fit connaître aux personnes de piété la vie de saint Antoine qui demeurait alors dans son désert de la Tbébaïde, et il y eut plusieurs personnes qui voulurent embrasser une profession si sainte. L'on bâtit à cet effet des monastères à Âome, ce qui servit comme de modèle pour tout le reste de l'Italie. »
« Saint Benoit y parut h la fin du V siècle. Quelques-uns ont prétendu qu'il n'écrivit point sa règle dans le désert de Subiaco; d*a.iitres ont cru qu'elle ne fut publiée par l'abbé Simplicius que l'an 586, et que saint BiÂioU ne l'avait faite que pour 1^3 moines du mont Cassin. Mais depuis que dom Thierry Ruinart, religieux Bénédictjn i^ la congrégation de Saint-Maur, dans sa savante Dissertation sur la mission de saint Maur en France^ imprimée h Paris en 1702, depuis que dom Jean Mabillon, de la même congrégation dans les Annales de Vordre de Saint-Benoît, ont prouvé que saint Maur y avait été envoyé par saint Benoit, avec quatre de ses disciples, l'an 5^3, et qu'ils y apportèrent avec eux la Règle de ce saint patriarche des moines d'Occident, écrite de sa main, avec un poids cl un vase, pour mieux observer ce qu'elle prescrit de la quantité du pain et du vin dans le repas, il n'y a point de doute que saint Benoît ne l'eut publiée de son vivant, et que ce n'était pas pour le seul monastère du mont Cassin qu'il l'avait faite, quoique les preuves convaincantes de ces savants Bénédictins n'aient pas satisfait ceux qui avaient conibaltu celte mission et qu'ils n'aient regardé ces preuves convaincantes que comme des prc^jugés et des conjectures. Cette règle fut trouvée si sainte qu'elle fut universellement reçue eri Occident, ce qui fit donner à ce saint fondateur le nom de Patriarche des moines d'Occident. » (HÉLYOT.)
La France, avant môme l'établissement de sa monarchie, n'a pas été privée de la gloire d'avoir produit plusieurs communautés religieuses. Dès le iv* siècle, saint Martin qui s'était retiré dans la petite îleGallinaire, à la côlede Ligurie près d'Albengue, ayant appris le retour de saint Hilairo» évéqne de Poitiers, dans sa ville épiscopale après son exil, le vint trouver et bâtit auprès de cette ville le monastère de Ligugé. Ce saint, ayant été élevé dans la suite sur le siège épiscopal de Tours, bAlit un autre monastère à une lieue de cc^tle ville, qui, après sa mort, fut appelé Marmoutier, en latin, Majus monasterium^ à cause <]ii'il était plus grand et plus spacieux que celui qui fut construit dans la même ville, sur le tombeau de ce saint, et que tous les autres qu'il avait aussi fondés dans la province.
Saint Maxime» l'un de ses disciples, voulant vivre dans un lieu où il fût inconnu, se relira dans le monastère de l'Ile Barbe, .proche de Lyon. Quelques-uns prétendent que «î'j'st la première communauté de moines qui se soit formée dans les Gaules : certain auteur fait même remonter la fondation de celte abbaye vers le milieu du m* siècle,
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%to lai doDoam pour fondateur un seigneur dupajs, nommé Longin, qui Tan 2i0 enTiron» y assembla plusieurs solitaires, qui viraient séparément dans cette tle, où ils s'étaient retirés. Hais (eus les historiens n'en demeurent pas d'accord, et il est difficile de savoir si cette abbaje était déjà fondée avant que saint Martin vtnt en France.
Cassien, s'étant retiré à Marseille vers l'an h09, fonda deux monastères, l'un d'hommes et Tautre de ûlles. On dit qu'il eut sous lui jusqu'à cinq mille moines, et on le reconnatl pour le fondateur de la célèbre abbaye de Saint-Victor de Marseille. L'tle de Lérins, où| se retira saînt Honorât, l'aniktO, et où il eut un grand nombre de disciples, s'est rendue célèbre par ta sainteté des solitaires qui y demeuraient dans des cellules séparées et qui, par l*lBiustérité de leur vie, surpassaient ceux de la Thébaïde. Saint Honorât, dont elle porte fe nom, en fut tiré pour être évoque d'Arles. 11 eut pour successeur saint Hilaire , son disciple, et il en sortit un si grand nombre de religieux pour gouverner les églises de France, que l'on regarda depuis cette tie comme une pépinière d'évèques.
Nous ne parlons point de communautés établies par saint Césairo et par saint Aurélien,^ aussi évèques d'Arles, par saint Féréol, évêque dlJzès, et par saint Donat, évéque de Besançon, dont les règles se trouvent parmi celles qui ont été recueillies par saint Benoit, abbé d'Aniane. Nous parlerons en son lieu de saint Colomban qui , étant sorti d'Irlande avec douze compagnons dans le vu* siècle, fonda la fameuse abbaye de Luxeuil, dans le comté de Bourgogne, dont la communauté fut si nombreuse, qu'on y chantait jour et irait sans interruption les louanges de Dieu. Son ordre se répandit par toute la France, Le relAchcment y fut introduit en peu de temps ; mais l'ordre de Saint-Benott s'étendant de jour en jour, envoya de ses meilleurs sujets dans plusieurs monastères de Tordre de Saint-Golomban, pour y rétablirfia disciplineTégulière ; et dans quelques-uns dje ces monastères» les règles d» ces deux saints y furent observées conjointement.
Mais comme les choses vont en décadence , les Bénédictins abandonnèrent aussi Tobservance régulière, ce qui a éomé lieu à tant de congrégations qui sont sorties de cet ordre, et qui en forment de différents par la diversité de leurs habits et par la forme du gouvernement , sans s'éloigner néanmoins de leur tige, ayant ' toujours suivi la règle de Saint-Benott, que les fondateurs do ces congrégations ont fait observer pltis exactement, en y (joutant des constitutions particulières qui ont été approuvées fàt les Souverains Pontifes.
Le copcile de Saragosse , en Espagne, tenu l'an 380 , qui condamne la conduite «les clercs qui affectaient de porter des habits monastiques, est une preuve que, dans le «v* siècle, il y avait des religieux dans ce royaume, ce qui est encore conQrmé par la lettre qu'lmmérius, évoque de Tarragone, écrivit au Pape Sirtce, où il lui demande son avis sur l'ordination des moines ; ce qui fait croire au P. Mabillon qu'il y en avait dtéjà en Espagne, avant que saint Donat y eût* passé d'Afrique avec soixante-dix discîples, et qu'il eût fondé le monastère de Sirbite.
Saint Augustin, depuis archevêque de Cantorbéry, ayant été envoyé en Angleterre par le Pape saint Grégoire, l'an 596, pour y prêcher la foi, introduisit en même temps dans ce royaume l'état monastique, dont il faisait profession, étant religieux de l'ordro de Saint-Benoit. Cet état monastique y fit un si grand progrès et y était dans une si hante estime, qu'un protestant de nos jours dit avec admiration que, dans l'espace de deux cents ans, îl y a eu en ce royaume trente rois et reines qui ont préféré rhabtt monacal à leurs couronnes, et qui ont fondé de superbes abbayes où ils ont fini leurs jottfs, dans la retraite et dans la solitude. Il avoue que ta vie monastiquo y était aussi ancienne que le Christian ismo, et qu'ils y ont fait également des progrès. H reconnaît que^ pendant un très-long temps, les monastères étaient des séminaires de saints et d^ personne.'* savantes ; et que ces lumières de la chrétienté, Bède, Alcuin, Villibrod et plusieurs autres, en sont sortis. II déplore ce jour fatal oit tant de beaux monastères furent démolis,, dont il ne reste plus que les ruines, qui sont encore des monuments de la piété de leurs pères et de kurs ancêtres, et il ne regarde qu'avec horreur la profanation des temples qui étaient consacrés à Dieu, et qui sont maintenant changés en des écuries, où des chevaux sont attachés au même lieu où l'on offrait au-
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trefois le sacriQce adorable de nos autels. Enfin il regarde comme des exlravaganls et des gens passionnés ceux qui disenl que les ordres religieux sont sortis de Tabtme, peut parler le langage de plusieurs hérétiques. Jam dudum, (dit-il,) diem faialem obierunt mo^ nasieria noêira^ née prœter sem\ruto$ parieUs et deploranda rudera super sunt nobis avila pietatiê indicia.^.. Vidèmus^ heu: videmus augustissitna templa ei stupenda œlerno Dès dedicaia monumenia (quibuâ nikU hodie êpoliatius} jufr specio$o eruendœ superstition^ obtentu^ sordidissimo conspurcari vituperio^ extremamque manere intemecionemf ad altaria Chrisii stabulati equi^ martyrum effossa reliquiœ. Suni quidam xelatores adeo religion dè/iranies ui religio$o$ veterum ordines ex abyssi puteo prognatos aiuni : Ita libenter sibi indul^ gei prmcaneepta passio. C'est néanmoins un hérétique qui parle, et c'est ce qui doit remplir de confusion les autres hérétiques qui ne peuvent parler de la religion catholique et delà vie monastique» qu'en invectivant et faisant paraître la passion dont ils sont prévenus; Ita licenter sibi indulget prœconcepta passio.
La profession monastique fut aussi introduite dans l'Irlande par le ministère de saint Patrice qui est reconnu pour Tapôtre de ce royaume; et elle s'y multiplia %i prodigieusement que cette île fut appelée l'île des Saints, à cause du grand nombre et de i'éminente sainteté des religieux dont elle fut remplie. Enfin, il n'y eut presque point dt) royaume et de province qui ne reçût le même avantage, et l'on peut juger car le du grand progrès de l'ordre monastique.
Il y avait aussi un grand nombre de filles qui consacraient à Dieu kur virginité, Yoit par le, conseil de leurs parents, soit de leur propre mouvement. Elles menaient la *vitv ascétique, et on comptait pour rien la virginité, si elle n'était soutenue par une grande^ mortification, par le silence, la retraite, la pauvreté, le travail, les jeûnes, les veilles; ll^ oraisons continuelles. On ne tenait pas pour de véritables vierges, ceUes qui toulafëùt encore prendre part aux divertissements du siècle, même les plus innocents, ftit%' de grandes conversations, parler agréablement et montrer leur bel esprit ; enébfe moins celles qui voulaient faire les belles se pa^/^se parfumer, traîner de lon^s habits et marcher d'un air affecté. Saint Cyprien ne recommande presque autre chose àut vierges chrétiennes, que de renoncer aux vains ornements et à tout ce qui appartient à* labeauté. Il connaissait combien les filles sont attachées à ces bagatelles, et il en savait les pernicieuses conséquences. Dan3 ces premiers temps, les vierges consacrées à Dieu demeuraient la plupart chez leurs parents, ou vivaient en leur particulier, deux ou trois ensemble, ne sortant qne pour aller h l'église, où elles avaient leurs places séparées du reste des femmes. Si quelqu'une violait sa sainte résolution pour se marier, on la mettait en pénitence.
Les veuves, qui renonçaient aux secondes noces, vivaient à peu près comme les vierges, dans les jeûnes, dans les oraisons et les autres exercices de la vie ascétique; mais elles n'étaient pas si enfermées, parce qu'elles s'appliquaient aux œuvres extérieures, comme à v'siter et à soulager les malades et les prisonniers, [larticulièrement les martyrs et les confesseurs ; à nourrir les pauvres, è retirer et servir les étrangers, à enterrer les morts, et généralement à toutes les œuvres de charité. Toutes les femmes chrétiennes, veuves ou mariées, s'y employaient Ibrt, et ne sortaient guère que pources bonnes œuvres, ou pour aller à l'église. Les veuves, étant plus libres, s'y adonnaient entièrement; si elles étaient riches, elles faisaient de grandes aumônes; si elles étaient pauvres, ^Egliseles nourrissait. On choisissait pour diaconesses les veuves les plus âgées, c'est-à-dire de soixante ans. Cet âge fut réduit depuis à quarante ans ; mais c'étaient toujours les veuves les plus sages et les plus éprouvées par toutes sortes d'exercices de charité. On donnait aussi quelquefois cette charge èdes vierges, et alors on leur donnait aussi le nom do veuves. Les diaco nesses recevaient l'imposition des mains, étaient comptées entre le clergé, parce qu'elles exerçaient, à Pégard des femmes, une partie des fonctions des diacres. Leur charge était de visiier toutes les personnes de leur sexe que la pauvreté, la maladie ou quelque autro misère rendait dignes du soin de l'Église; elles instruisaient celles qui étaient catéchur roèûes, ou plutôt leur répétaient les instructions du catéchisme; elles les présentaient au baptême, leur aidaient 4 se déshabiller et h se revêtir, afin que les prêtres ne/tes vissent
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pas dans un état indécent ; elles conduisaient ensuite ces nouvelles oaptisées pendant quelque temps, pour les dresser à la Yie chrétienne. Dans Téglise» elles gardaient 1rs portes du côté des femmes, et avaient soin que chacune fAt placée en son rang, et observât le silence et la modestie. Les diaconesses rendaient compte de toutes leurs fonctions è Tévêque, et par son ordre aux prêtres ou aux diacres. Elles servaient principalement h les avertir des besmas des autres femmes, et à iaire, sous leur directioUi ce qu'ils ne pouvaient faire eux-mêmes avec autant de bienséance.
Les prélats usaient d'une grande patience et d'une grande discrétion pour gouverner toutes ces femmes, pour maintenir les diaconesses dans la sobriété et l'activité nécessaires è leurs XûOGlionsi mais difficiles k leur âge, pour empêcher qu'elles ne devinssent trop faciles ou trop crédules, ou qu'elles ne fussent inquiètes, curieuses, malicieuses, colères et sévères avec excès. Il fallait prendre garde que, sous prétexte de catéchisme, elles ne Ossent les savantes et les spirituelles; qu'elles ne parlassent indiscrètement des mystères, ou ne semassent des erreurs et des fables; qu'elles ne fussent parleuses et dissipées. II fallait encore bien de la charité pour guérir ou supporter les défauts des autres veuves et des autres femmes, comme la tristesse, la jalousie, l'envie, les médisances, les murmures contre les pasteurs même; enfin, tous les maux qui suivent ordinairement la faiblesse du sexe et de l'Age» surtout quand elle est jointe à la pauvreté, k la maladie, ou i quelques autres incommodités.
Dès la fin du in* siècle, c'est-à-dire vers le temps où florissait saint Antoine, on vit apparattl^ également des monastères de femmes.
Sainte Syndétique est généralement regardée comme la première fondatrice de ces monastères.
On croit cependant, qu'A peu près dans le même temps , saint Pacôme et saint Antoine établirent» chacun de leur côté, des monastères de vierges, dont ils confièrent la direction à leur sœur.
Saint Basile, peu après, en établit de nouveaux sous sa direction. l)'où il apparaît que ce fut vers ce temps que l'on reconnut dans TÉglise les avantages de la vie de communauté pour toutes les personnes qui voulaient arriver h la perfection
Depuis ce moment, les communautés de femmes se sont multipliées, en Orient et en Occident , dans la même proportion que celles d'hommes. Et, dans la suite, lorsque les ordres religieux se sont diversifiés en une multitude d'institut*, chaque fois qu'il surgissait un ordre nouveau, il amenait A sa suite, comme une conséquence naturelle, la création de monastères de filles qui suivaient la même règle. Il n'y a d'exception que pour certains instituts qui ne pouvaient avoir leurs parallèles dans l'autre sexe, comme les ordres militaires.
Aussi, ce que nous dirons, dans la suite de ce discours, des congrégations d'hommes sera également applicable, dans la généralité, aux congrégations de femmes quoiqu'on no les nomme pas.
Parmi les règles anciennes, qui furent faites pour les monastères de femmes, celle que le Père Thomassin admire le plus, est c^lle de Saint- Augustin» qu'il regarde comme un ehef-d^ŒUvre. Hais tous les saints Pères de cette époque se sont occupés, dans leurs écmts, de la direction des vierges vivant en communauté; ils ont la plupart fait des traités pour elles. Tous ces évoques s'occupaient avec une tendre sollicitude de cette portion si précieuse et si délicate de leur troupeau. Et rien n'approche du charme et de l'onction avec lesquels ils en font l'éloge.