‹ Dictionnaire d'ascétisme (volume 3)Chapitre 60 sur 186 · CONFORMITÉ A LA VOLONTÉ DE DIEU · texte numérisé non relu

CONFORMITÉ A LA VOLONTÉ DE DIEU

— Un des principaux moyens de perfection chrétienne donnés par Jésus -Christ, c'est l'entière conformité à la volonté divine. C*est une doctrine que non-seulement il nous a enseignée par ces paroles de Torai-

son dominicale : Que votre rolontt^ soii faite sur la terre comme dans le ciel, m/iis qu'il nous a aussi confirmée par son propre exemple, puisqu'il dit lui-même : Je suis descendu du ciel non pour faire ma volonté^ mats celle de celui qui m'a envoyé. (Joan. vi.j C'est pourquoi, dans son oraison au jardin des Olives, étant sur le point de donner le dernier accomplissement à l'œuvre de notre sa-* lut, quoiqu il eût horreur de la mort en tant qu'homme, et que pour faire voir qu'il I était véritablement, il dit : Mon Pire, s'il est possible, faites que ce calice passe loin de moi [Matth. xxvi), sa volonté demeura toujours parfaitement conforme à celle de son Père, et il ajouta aussitôt : Toutefois, qu'il soit fait non comme je veux, mais comme vous voulez. (Malth. xxvi.)

Pour bien traiter cette matière et établir la pratique de celte conformité, il faut supposer deux principes sur lesquels roule toute cette doctrine. Le premier est que notre avancement et notre perfection consistent en la conformité à la volonté de Dieu, et que plus celte conformité sera grande, plus notre perfection le sera aussi. Ce principe est tres-clair et très-aisé à comprendre, parce qu'il n'y a pas de doute que la perfection consiste essentiellement dans la charité et l'amour de Dieu, et que plus ou aimera Dieu, plus par conséquent on sera parfait.

L'Evangile est plein de cette doctrine, ainsi que les Epures de saint Paul et les livres des Saints. Vamour de Dieu est leplus

?frand et le premier commandement de . tous Mqtth. xxii); la charité est le lien de la perfectién {Coloss.) ; la charité V emporte »ur tout le reste, {i Cor. xiii.) Or, comme ce qu'il y a de plus élevé et de plus parfait dans les vertus, est d'aimer Dieu, de môme ce qu'il y a de plus exquis, de plus sublime et de plus pur dans cet amour, est de se conformer entièrement à la volonté divine, et de n'avoir en tout d'autre volonté que celle de Dieu ; car l'amitié, dit saint Jérôme après l'orateur romain, n'est véritablement ferme et solide que quand nous ne savons vouloir et ne vouloir pas que ce que notre ami veut et ne veut pas ; et ainsi, plus on sera conforme à la volonté de Dieu, plus on sera parfait. Outre cela, il est constant qu'il n'y a rien de meilleur et de plus parfait que la volonté de Dieu, par conséquent on ne deviendra plus parfait qu'autant qu'on s'unira davantage à cette volonté, suivant cette parole de Cicé» ron : « Si Dieu est ce qu'il y a de plus parfait, il est certain que plus une chose lui ressemblera, plus elle sera parfaite. »

Le second principe est qu'il ne peut rien arriver dans le monde sans Tordre et la volonté de Dieu, ce qu'il faut entendre au péché près, dont il ne peut être ni la cause, ni l'auteur; car s'il est contraire à la nature du feu de refroidir, à celle de la glace d'échauffer et à la lumière d'obscurcir, il répugne bien plus à la bonté infinie de Dieu d'aimer le mal et d'en dire la cause Vos yeux sont purs, Seigneur, dit le prophète Habaeue ; vous ne pouvez voir le mal ni regarder

Viniquité. {Hàbac. i, 13.) De môme que dans le monde on dit de quelqu'un qa ou n'aime pas, qu'on ne saurait le regarder» de même le propbète dit que Dieu ne saurait Toir l'iniquité, pour eiprimer toute Tborreur qu*il en a. Vous fCélti pa» un Dieu à qui L iniquité ioU agréable^ dit tePsalmîste;roiij avez aimé la justice et vous avez hai IHni* quité. \Ps. y et iliv.) Enfin l'Ecriture parle dans une infinité d'endroits de la haine que Dieu porte au péché; ainsi il n'en tieut étro ni la cause, ni l'auteur. Mais hors le péché, tout le reste, les souffrances, les afllictions, les peines, tout arrive par Tordre et la volonté de Dieu. Ce principe est incontestable, et ce que les païens ont supposé tou* chant la fortune, n est qu'une chimère. La fortune n'est rien; ce n'est point elle qui donne les biens qu'on appelle conununémenl les biens de fortune, mais Dieu seul, comme nous le dit le Saint-Esprit par la bouche du Sage : Que les biens et les maux^ la vie et la mort y les biens et les richesses nous viennent également de Dieu. {Eceli. \i, ih.)

Quoique toutes ces choses arrivent par l'intermédiaire des causes secondes, il est certain cependant que rien ne se fait dans l'univers que |>ar Vordro et la volonté du souverain mailre qui le gouverne. lUen ne 86 fait par hasard à l'égard de Dieu; il a arrêté tout lui-même de toute éternité ; il a compté les cheveux de votre tête, et aucun ne tombera sans son ordre. Mais pourquoi ne parler que des hommes, comme si la Providence ne s'étendait pas sur tout le reste? Deux passereaux^ dit Jésus-Christ, ne se donnent-ils pas pour une obole? Cependant aucun d'eux ne tombera à terre sans lapermission devotre Pire céleste. (Matth. x, S^.) Il ne se remue pas même une feuille d'arbre sans sa volonté, et c'est par cette môme volonté que se régissent les choses auxquelles le hasard semble avoir le plus de part. On tire au sort^ dit le Sage, maîs c'est Dieu qui règle le sort. {Prov. XVI.) Il ne faut pas croire qu'il y ait dans cela du hasard; ce qui paraît avoir été déterminé le plus par le sort est un effet de l'ordre immuable de la Providence qui ajuste tout à ses fins. Le sort tomba sur Matliius, dit saint Luc; ce fut par une disposition

Ï)articulière de cette même Providence qui 'avait destiné de toute éternité à l'apostolat^ et qui voulait se servir de celle voie.

La seule lumière naturelle a suffi pour faire parvenir quelques philosophes à h connaissance de cette vérité, et à leur faire dire que, quoique ayant eu égard aux causes secondes, plusieurs choses arrivassent par hasard , cependant, eu é^ard h la cause première, elles n'arrivaient que par ordre dfe la Provideuce. C'est, disent-ils, comme si un maître ayant envoyé quelque part son serviteur pour affaire, en envoyait un second

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dessein prémédité. De même pour ce qui semble arriver ici-bas fortuitement : è.i*égBrd des hommes qui voient arriver les chose» crmire leur attente et sans j avoir songé» c'est un effet du hasard ; mais à l'égard de Dieu, c est la suite nécessaire et rexécution de l'ordre éternel de sa providence qui Ta voulu ainsi |K)ur des raisons secrètes et cachées qui ne sont connues que de lui seul. Ce que nous devons conclure de ces deux

Srincipcs, c'est que toutes choses venant de ieu, et que notre perfection consistant à nous conformer à 'sa volonté, il faut les recevoir toutes comme venant de lui et nous conformer ent.èrement h ce qu'il veut. Ne

f)renez rien comme arrivé par hasard, ou par a conduite et la malice des hommes; car c'est là ce qui a coutume de faire le plus de peine ; ne vous imaginez pas qu'âne chose vous est arrivée parce que quelqu'un s'en est mêlé, et que sans telle circonstance elle se serait tournée autrement. Ce n'est pas là ce qu'il faut examiner; mais de quelque manière qu'elles nous arrivent, recevez-les toutes comme venant de Dieu, puisque c'est lui, en effet, qui vous les envoie par ces moyens. — Un des anciens Pères du désort disaitordinairement qu'un homme ne pouvait avoir de véritable repos et de vraie satisfiiction dans la vie, s'il ne s'imaginait bien que dans le monde il n'y avait rien que Dieu et lui. Saint Dorothée rapporte que ces anciens itères s'étaient tellement habitués à prendre toutes choses comme venant de la main de Dieu, de quelque nature qd'elles fussent et de quelque manière qu'eues leur vinssent» que |-ar ce moyen ils se maintenaient dans une profonde tranquillité d'esprit, et menaient toujours une vie céleste.

Cette conformité offre* les plus grands avantages. 1** Elle produit la véritable résignation, ou plutôt elle est elle-même cette résignation parfaite et entière dont les saints et les maîtres de la vie spirituelle font tant de cas, qu'ils disent que c'est la racine et le principe de la paix et de la tranquillité de l'ftme ; car, par cette résignation, l'homme se remet entre les mains de Dieu, afin d'y être comme un peu d'argile entre les mains d'un potier; c'est-à-dire afin que la divine Providence dispose de lui comme elle voudra, ne désirant plus dès lors être à lui-même, ni vivre et ne plus rien faire pour lui; mais voulant faire toutes choses pour Dieu seul, et dans la seule vue do son service et de sa gloire. La conformité à la volonté divine fait le même effet ; car par elle l'homme s'abandonne tellement à cette volonté, qu'il no sait ni désirer, ni chercher autre chose que d'en voir l'accomplissement en lui, nonseulement en tout ce qu'il fait, mais aussi en tout ce qui lui arrive du dehors, et nonseulement dans la prospérité et les consola-

pour autre chose, sans que l'un eût aucune . tions, mais aussi dans l'adversité et les connaissance de l'envoi de l'autre, mais avec souffrances. Cette soumission est si agréable intention pourtant qu'ils se rencontrassent à Dieu que, pour cela, il appelle David un tous deux dans le même lieu : leur rencon- homme selon son cœur. J'ai trouvé^ dit*il» tre, à leur égard, serait véritablement for-* un homme selon mon cœur^ qui fera toutes tuite; mais à i*égard du maître ce serait un mes volontés. (/ Reg.) En effet, David étail^

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D'ASCETISME.

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•niimis aux ordres de îa Providence, qu il était toujours disposé à recevoir également toutes choses de la main de Dieu, comme une cire reçoit telle figure qu'on y veut imprimer; aussi, il s'écrie en plusieurs endroits : Mon cœur est disposé^ 6 mon Dieu! mon caur est disposé, (Ps, lvi.)

2* Celui oui aura une pleine et parfaite conformité a la volonté do Dieu, aura acquis une parfaite mortification de ses passions et de ses mauvais penchants. On sait combien celte mortification est nécesssaire à un Chrétien, et combien elle' est recommandée par l'Ecriture et par les saints. Or, pour parvenir à une entière conformité, cette mortiticûtion doit être absolument supposée, parce que la conformité esi considérée comme la fin, et la mortification comme le moyen pour l'obtenir ; et la fin, comme on sait, est dIus parfaite et plus élevée que le moyen. Que la mortification soit un moyen nécessaire pour acquérir une véritable conformité, rien n'est plus clair; car il est certain que notre propre volonté et lé dérèglement de nos désirs sont autant d'obstacles en nous è cette conformité ; par conséquent, plus on renoncera à soi-même et ron mortifiera sa volonté et ses désirs plus on s'unira et on se conformera à la volonté divine. Pour joindre une pièce de bois rude et mal polie avec une autre bien travaillée, il faut la rabotter et la polir, sans cela on ne pourra bien les rassembler. Voilà ce que fait en nous la mortification: elle retranche, elle polit ce qui pourrait empêcher notre union avec Dieu, afin que nous puissions ensuite nous joindre plus étroitement à lui en nous conformant entièrement h sa divine volonté. Ainsi, plus on se mortifiera, plus Bussi on s'unira à Dieu, et quand on se sera mortifié entièrement sur lout« on par*viendra alors à une entière union et è une conformité absolue à la volonté de Dieu en toutes choses.

3* Cette résignation, et cette conformité entière est le plus grand et le plus agréable sacrifice de soi*méme qu'on jouisse offrir à Dieu. Dans les autres sacrifices, on n*oîC'c que quelque chose de soi, mais dans celui-ci, un s*offre soi-même. Dans les autres saciiiices et les autres mortifications, on ne se mortifie que sur quelque chose de narlicu- Jier; dans la tempérance, par exemple, riiuinililé, la modestie et la patience, le Chrétien n'offre à Dieu qu'une partie de lui-même; mais ici, il s'otfr« tout entier en holocauste, afin que la majesté uiviibe fasse de lui tout ce qu'elle voudra, comme elle voudra et quand elle voudra^ sans excepter quoi que ce soit, ii sans se réserver rien pour lui-même. Ainsi , autant il jr a de ditférenco entre Jliomme et ce qui appartient h Thomme, eiUre le tout et la partie, autant il y en a entre ce sacrifice et tout ce qu'il y a d'autres sacrifices et d'autres mortifications. — Au reste. Dieu fait tant de cas de cet holocauste de notre cœur, que c'est là précisément ce qu'il demande de nous. Donnez-moi^ Uit'it, votre cœur, mon fils, (Prot\ xxni.)

DiCTIOXir P*ASGÉT1S^, I,

De même que l'oiseau royal ne se ropali que de cœurs; de même ce que Dieu estime le plus est Le coeur, et si vous ne lui don« nez le vôtre , vous ne pouvez lui faire ailleurs aucun présent qui le cot;tenLe. Après tout, ce n*est pas nous demander beaucoup; car si pour nous satisfaire pleinement, nou.s« cendre et poussière, il ne suQlt pas de tout ce que Dieu a créé ; et si pour remplir notre pauvre cœur il ne faut pas moins que Dieu, comment pouvoir contenter Dieu m ne lui donnant qu'une partie de notre cœur« et en réservant l'autre pour nous ? C'est s'abuser que de le prétendre; notre cœur ne peut être ainsi partagé : Car le lit est si étroit f dit Isaie^ qu'il faut que l'un ou Vautre tombe^ et la couverture si courte quelle ne saurait tes couvrir tous deux. {Isa. xzviii). Le cœur de Thomme est un lit étroit, il nV peut tenir que Dieu seul, c'est pour cek que l'Épouse l'appelle un petit lit. J*ai cker^ chef dit-elle, tous les jours dans mon petii lit celui que j'aime de toute mon âme. {tant, 111 )£lle avait tellement rétréci le lit de son cœur, qu'il n'y avait de place que pour son époux; et celui qui voudra, au coiitraire* élargir son cœur pour y faire place è un autre, en chassera Dieu aussitôt. C'est de ce passage que le Seigneur se plaint par Isaie, quand il dit : Vous ni avez découvert pour recevoir V adultère pria de moi. Vous avez élargi votre lit , et vous avez contracté alliance avec d'autres. {Isa. lv:i, 8.) Si nous avions. mille cœurs, nous devrions le;» offrir tous à Dieu, et croire encore que r.h serait peu en comparaison de ce (]i>c nous lui dovon*,

k" Celui qui aura une parfute conformité à la volonté divine, aura fiui>si une charité parfaite, et plus il augmentera dans celte conformité, plus aussi il augmenlera dar^s la charité et Tamour de Dieu, et par consé*quent dans la perfection qui consiste dans ces deux choses ; car l'amour de Dieu ne consiste pas dans les paroles, mais dans les actions. La preuve de lamour, dit saint Grégoire, est dans les œuvres, et plus les œuvres nous coûtent et sont dilliciles, plus elles marquent d'amour. Aussi saint Jean voulant expliquer l'excès d'amour de Dieu nour le monde dit : Dieu a tdlcment aime le monde, qu'il a donné son Fils uniqucj, ( Joan, II. j El Jésus Christ, pariant luiniôme de Tamour au'il portait h son Pèrei Afin, dit-il, que le monde connaisse que j'aime mon Père, et que je fais ce qu'il m'a commandé^ levez vous^ allons-mous en. {^Joan. XIV.) Où allait-il ? souffrir la mort sur une croix, et c'est en accomplissant un ordre si rigoureux qu'il a vramicnt témoigi é au monJe qu*il aimait son Père- Ainsi l'amour se témoigne par les actions, et plus les actions sont grandes et pénibles plus ou fait paraître d'amour. Or la conformité è la volonté de Dieu est le {)lus grand sacrifica que nous puissions lui faire de nOi»s-même8| parce qu'elle suppose une mortificatioo parfaite de nos sens, et une résignation absolue par la'iuelle ûjus nous offrons à Dieu

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et nous nous remettons entre ses mains |)Our faire de nous ce qu'il lui plaira. II n*y a donc pas de meilleure preuve d*amour que celte conformité, puisque par elle on lui donne et on lui offre tout ce qu'on a et ce qu'on pourrait jamais avoir ou désirer; et qu'on lui donnerait plus si on pouvait Tavoir. &" Celui qui sera parvenu à cette pleine conformité a la volonté de Dieu, prenant toutes choses comme envoyées par la. Providence, et se conformant à tout ce que Dieu veut, aura acquis la suprême félicité des serviteurs de Dieu sur la terre, puis- Gu*il possédera pleinement cette paix profonde et cette joie intérieure dans laquelle consiste la vérîlable béatitude. de cette vie. Car ce qui fait^ dit l'Apôtre, le royaume de DieUf c'esl-h-dire le bonheur des Saints dans le monde, ce tCest ni le boire et le manger, mais lajuslicey la paix et la joie dans le Saint-Esprit. Voilà le royaume du ciel sur la terre, voilà notre paradis de délices, ici-bas, et •c'est avec raison qu'on l'appelle béatitude , puisque par là nous devenons en quelque sorte semblables aux bienheureux. Comme il 4i'yA pas de changement ni de vicissitude dans le ciel, et que les bienheureux sont toujours dans le mèuie état, et y jouissent conlinuel- Jement de Dieu, aussi* dans le monde, ceux

2ui sont parvenus à cette conformité et à tablir tout leur contentement en celui de Dieu, ne s'inquiètent et ne se troublent nullement de rinslabilité des choses et des divers accidents de la vie. Leur volonté est si -soumise à celle de Dieu, que la connaissance qu'il ont que tout vient de lui, et que c'est sa volonté oui s'accomplit dans tout ce qui leur arrive de fâcheux, fait que préférant la sienne à la leur , leurs souffrances et leurs peines se changent en joie, et leur amertume en douceur et consolation. Aussi, rien ne peut les troubler; et comme il n'y a que les déplaisirs, les traverses, les douleurs et les affronts qui en sont capables, eux les recevant comme une faveur singulière de la main de Dieu qui les leur envoie, il ne reste plus rien qui puisse en auelque manière altérer la paix et la tranquillité de leur Âme

CONFORMITÉ (oraison de). — Voy. con-

CONFRÉRIE. — Société de plusieurs personnes pieuses établie dans quelques églises pour honorer particulièrement un mystère •ou un saint et pour pratiquer les mêmes «xercices de piété et de charité. Il y a des confréries du saint Sacrement, de la sainte Viergrt , de la Croix ou de la passion , des Agonisants. Plusieurs sont établies par des bulles de Papes qui leur accordent des indulgences ; toutes ont pour bat d*exciter les Udèles aux bonnes œuvres, de cimenter entre eux lap.iix et la fraternité et de leur faciliter les plus saintes pratiques de la piété et de Ja perfection chrétienne.

CONGRÉGATION DE PIÉTÉ, -r- Ce sont ém associations pieuses, infiniment utiles

rir m^MWâgor ies fidèles dans les voies de rirta tl de U perfection , par les avis

qu'on y reçoit, par Jes exemples qui s*y donnent; par la surveillance charitable qu*6n peut exercer les uns sur les autres, par la communauté de prières toujours plus puissantes auj)rès de Dieu. Par cela même qu'elles sont faites en commun, nos prières onl en effet bien plus d'efScacité, selon cette parole : Si deux ou trois se rassenMent en mon nom , je serai au milieu d'eux,

CONNAISSANCE DE SOI-MÊME. -Il est peu de vertu plus utile et plus importanit que la connaissance de soi-même.

I* Elle est la source de l'humilité et le principal moyen pour l'acquérir. Ou a perdu une drachme, dit saint Jérôme, et c'est dans la boue et l'ordure qu'on la retrouvé. C'est dans la corruption de nos péchés et de notre misère qu'on retrouve la précieuse vertu de rhumilité. Pour procéder avec ordre, considérons l'homme aans son état naturel. Ayez toujours présent à l'esprit, dit saint Bernard, ce que vous avez été, ce que vous êtes et ce que vous serez. Qu'avezvous été? Une semence impure. Qu'êtcsvous? Un vase plein d'immondices? Que serez-vous ? La pftture des vers. Quel plus grand sujet de méditaiion , aussi le pape Innocent s'écrie avec raison : O misérable et honteuse condition de la nature humaine! Voyez les plantes et les herbes, elles produisent des fleurs et des fruits, et le corps humain n'engendre que pourriture. C'est cette considération qui fait dire à Job \fat dit à la pourriture : Vous êtes mon père ; et aux vers : Vous êtes ma mère et ma sœur. {Job XVII. J En effet, Thomme est-il autre chose qu'une source de corruption? De quoi donc pouvons nous tirer vanité? De quoi peut s'enorgueillir la poussière et la cendre? Ce ne sera pas de ces choses, car nous n'y trouvons que des sujets de nous humilier et de nous mépriser nous-mêmes. Le souvenir des inûrmités et des misères de l'homme est un bon gardien de l'humilité dit saint Grégoire, cest sous ces misères que cette plante se conserve en bon état. (Perfect. Chrét. de Kodrigvez.) Mais allons plus en avant encore. Regardez ce que vous étiez avant votre création, votis verrez que vous n'étiez rien, que vous ne pouviez de vous-même vous tirer de l'abtme du néant , mais que c'est Dieu par sa bonté qui vous en a tiré en vous donnant l'être dont vous jouissez. Nous ne sommes donc rien de nous-mêmes, et nous ne devons pas nous estimer plus que les choses qui ne sont pas , c'est à Dieu seul qu'il faut attribuer ce que nous avons de plus qu'elles. Si quelqu'un^ dit saint Paul , s'imagine être quelque chose^ quoiqu'il ne soit rien en effets il se trompe lui-même. (Galat.yi.) Voua de quoi nous enrichir d'humilité toute notre vie.

Mais de plus, c'est qu'après avoir reçu Têtre, nous ne subsistons pas de nous-mêmes. Ce n'est pas comme une maison que Tarchitecte abandonne après Tavoir bâtie, et qui se soutient d'elle-même sans aucun besoin de lui. Nous avons autant besoin dé Dieu après la création et à chaque instaçl

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ITÂSCETISME.

de notre vie pour ne pas perdre notre existence, que nous en avons eu pour l'acquérir, -quand nous n'étions rien. Il nous soudent sans cesse de sa main puissante , pour nous «mpècber de tomber dans le néant dont-it nous a tirés $ c*est poiM*quoi le Prophète royal lui dit : Vous m'avez formée Seigneur; ei $»ous avez étendu votre main sur mot. ( Ps. •cxxxvHi.) C'est cette main qui me soutient, me conserve et m'empêche de retomber dans ie néant d'où je suis sorti. Nous dépendons tellement de Dieu , que s'il venait à nous manquer et h retirer sa main un seul moment, nous manquerions nous-mêmes aussitôt^ nous cesserions d'être, comme k lumière cesse quand le soleil se cache, et nous •retournerions ^dans notre premier néant. Toutes 4es nations ^ dit Isaïe, sont devant lui, -comme si elles n étaient pas ^ et elles sont comme rien à ses yeux. {Isa. xl , 17.) Allons encore plus avant, approfondissons et creusons dans la connaissance de nous-mêmes. Y a-t-il quelque ckose au delà du néant? Oui; il y aie péché que vous avez ajouté. Et <l\xé\ abîme plus profond! 11 est plus grand que le néant, parce qu'il est pire que lui, et qu'il vaudrait mieux ne pas exister que de pécher. // aurait mieux valu pour lui

Îru't/ ne fût pas né, dit Jésus^Christ, en parant de Judas qui voulait le trahir. Il n'j arien de si abject et de si méprisable aux yeux de Dieu, dans toute l'étendue de l'être ei du néant, que l'-homme coupable de péché mortel , banni du Ciel , déclaré ennemi ée Dieu, et condamné aux peines éternelles de l'enfer. Ce qu'il y a encore de plus fort en cela, c*est que mal^é l'espérance que nous devons avoir en Dieu pour le pardon de nos fautes, nous n'avons pourtant aucune certitude qu'il nous les ait remises. Vhomme^ dit le sage, ne sait s'il est digne (F amour ou dehaine. [Eccle. ix. ) Ma conscience ne me reproche rien ^ dit l'Apôtre, iftot^ je ne suis pas justifié pour cela^ (i Cor. iv, k.) Si, par malheur, je ne le suis pd€ , à quoi bon avcdr embrassé k vie religieuse , et converti des flmes à Dieu? Quand je parlerais te langage des hommes et des anges ^ si je n'ai pas la cho" rite 9 je suis comme une trompetie ou une cymbale retentissante ; quand j'aurais le don de prophétie et que je pénétrerais dans les secrets de toutes les sciences, que j'aurais mssez de foi pour transporter toutes les montagnes , si je n'ai pas la charité je ne suis rien ; quanaje donnerais tout mon bien pour la nourriture des pauvres , et que je livrerais mon corps pour être brûlé, tout cela ne me servira arten, si je n'ai pas la charité (/ Cor. XIII, 1, 2, 3)^ Malheur donc à vous» si vous n'avez pas la charité, si vous n'êtes pas dans la grAce de Dieu, car, sans cela , vous n'êtes rien, et moins que rien. C'est un grand moyen |H)ur demeurer toujours dans Thumilité, et avoir peu d'opinion de soi., de ne pas savoir SI on est en état de grâce ou non. Nous savons certainement que nous avons offensé ]>ieu , mais nous ne savons pas s'il nous a (ordonné. Qui osera marcher tête levée? Qui ne se confondra et ne s'abaissera pas

jusqu'au centre de la terre, dans une incertitude si étrange ? C'est ce qui a fait dire à saint Grégoire , que Dieu a voulu que nous ne fussions pas assurés de sa grâce, aQn que nou« eussions toujours une ^râce assurée, qui est celle de l'humilité.

Si, outre cela, nous nous arrêtons à considérer tes malheurs et les préjudices causés par le péché originel, que de sujets de nous humilier et de nous mépriser, en songeant combien la nature a été corrompue en nous par le péché 1 De même qu'une pierre est attirée en bas par sa propre pesanteur, de même par le péché originel nous sommes portés à tout ce qui regarde notre chair, notre vanité et notre intérêt. Noua avons un sentiment très-vif pour les choses de (a terre, et très-peu de goût pour celles du ciel; ce qui devrait x)t)éir en nous y commande, et ce qui devrait y commander, obéit. Nous sommes si malheureux* qu'étant nés pour le ciel, nous avons des inclinations de bêtes, et des cœurs inclinés vers la terre. Le cœur de l'homme est trom^ peur et plein de détours, dit Jérémie; qut powrra le connaître? (Jer. xyii.) C^est celte muraille d*Ezéchiel : plus on y ereusera* plus on découvrira aabominations. Mais si nous jetons la vue sur nos défauts qui sont notre propre fonds , que de motifs d^ nous confondre n'y verrons-nous pas?

Quelle est l'intempérance de notre langue « et avec quelle négligence ne gardons^nous pa« notre cœurl Comme nous sommes ineon^ants dans nos boimes résoluiiona et amateurs de notre intérêt et de nos aises) Comme nous sommes ardents à faire ce qui nous plaît, et remplis d'amour propirel Comme nous sommes attachés h notre vo-r lonté et à nos sentiments ; violents dans nos passions, fermes dans nos mauvaise»

habitudes, et faciles à nous laisser ailer à nos mauvais penchants. Saint Grégoire écrivant sur ces paroles de Job : Vous mon» trez votre pouvoir contre une feuille que le vent emporte (Job xiii), dit avec raison que rhomma est semblable Aune feuille d'arbres car de noême qu'une feuille remue au moindre vent, de même l'homme se laisse agiter facilement par les vents des passions et dea tentations. Tantôt il se laisse emporjter à la colère, et tantôt il s'abandonxue è une vaine joie ; tantôt l'avarice et l'ambition le tourmentent, tantôt le plai«ir et la sensua^ lité t'entraînent; tantôt l'orgueil l'élève, et tantôt la crainte ou le trouble, l'abat. Aussi le prophète Isaïe dit-i4-avcc raison : que noue sommes tous tombés comme des feuilles^ ejtqug nos iniquités sont le vent qui noujs emporte, {Isa.. Lxiv.) Le moindre vent des tentations nous renverse et nous emporte ; nous n'a^ vous aucune fermeté dans la vertu et n()$ bonnes résolutions; nous avons donc epi cela bien sujet de nous humilier at de nous confondre. Non<-seulpment nos péchjés et nos défauts nous en donnent snjel, n^if même nos bonnes actions, si nous exa^î**; nous de près de combien de &ates et d'iM^' perfections elles sont souyant j^Q^léas^ sui*

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vant les paroles du même prophète : Nous gommes tous devenus comme aes gens immon'^ deSf et toutes nos bonnes œuvres sont comme un linge souillé de sang corrompu {Isa. lxiv.) ^ La connaissance de soi-même est le jhemin le plus sûr pour arriver à la connaissance et h Tamour de Dieu. La raison qu*en donne saint Bernard est que cette science étant bien aussi sublime que les autres, elle nous mène aussi plus directement h Dieu. Saint Bonavcnture dit que c'est ce que le Sauveur du monJe nous a fait entendre par la guérison de Taveuglené ; il lui donna, on lui frottant les yeui d*un peu de boue, la vue du corps pour se voir lui-môme, et celle de Tâme pour connaître Dieu et Tadorer. C*est ainsi, ditil , qu'étant nés aveugles et dans Tigno* rance de Dieu et do nous-mêmes, le Seigneur nous éclaire en nous frottant les yeux du limon dont nous sommes nés, afin que nous commencions d*abord à nous connaître, et que nous adorions ensuite avec une foi vive celui dont nous avons reçu la lumière. C'est aussi ce que l'Eglise nous enseigne dans la cérémonie des cendres en nous disant : Souvenez-^ous, homme^ que vous êtes poussière^ et que vous retournerez en pous» stère, (Gen. m.) Elle nous remet devant les yeux ce que nous sommes, ajin que par la connaissance de nous-mêmes* nous venions ifi reconnaître Dieu, à nous repentir de nos fautes et à en faire pénitence. La connaissance de nous-mêmes est donc un moyen de i)arvenir à celle de Dieu; et plus nous considérerons la bassesse de notre origine, plus nous connaîtrons la grandeur de Dieu, suivant cet adage que rien ne fait mieux connaître les chosqs opposées qu'en les ra|)urochant Tune de l'autre. Or, Thomme est rextrêmo bassesse et Dieu l'extrême grandeur ; c'est pourquoi, plus l'homme se connaît et sait que de lui-même il n'est que misère et péché, plus il connaît quelle est la bonté et la miséricorde de Dieu d'aimer une chose au^si abjecte que l'homme. Par cette considération, l'âme s'enôamme encore de plus en plus dans l'amour de Dieu, ne cessant de le remercier pour tant de bi'ïnfuits répandus sur une misérable créature, et do s'étonner que, les hommes ayant tant de peine 5 se souflrir muluellement. Dieu, non-seulement ait la bonté de les .soutTrir, mais de dire que, ses délices sont dytre avec fes enfants des hommes [Prov. viii). (-'est ainsi que pour parvenir à une plus grande connaissance et à un plus grand amour de Dieu, les saints s'appliquaient à la connaissance d'eux-mêmes ; c'est pour cela que saint Augustin avait coutume de dire : « Mon Dieu, failes que je me connaisse et que je vous connaisse. » Saint François Xavier s'écriait jour et nuit : « Qui étes-Yous, ô mon Dieu! et qui suis-je?» C'est pjr-làque tant de saints sont arrivés h une si haute connaissance de Dieu. Cette voie est donc infaillible : car plus vous vous anéantirez dans la connaissance de vousmêmes, plus vous vous élèverez dans celle

de Dieu ; et plus vous vous élèverez dans celle de Dieu, plus vous profiterez dans celle de vous-mêmes, parce gue la lumière du ciel pénètre dans les replis les plus se^ crets du cœur, et nous fait trouver des sujets de confusion dans les choses qui paraissent les mellleores aux yeux du monde. De même, dit saint Bonaventure, que quand les rayons du soleil entrent dans une cbamibre on y découvre mille atomes qu'on n'y voyait pa» auparavant ; de même lorsque notre cœur est irap|)édes rayons de la grAcet l'Ame y aperçoit iusqu'aux moindres ini'perfectioiis dans les choses qui semblent parfaites è ceux qui ne sont pas frappés d'une lumière si vive.

3*" De tout ce qu'on vient de dire, con«* cluons combien il importe de se bien con« naître. Thaïes, l'un des sages de la Grèce interrogé quelle était la connaissance la plus difficile à acquérir, répondit que c'était celle de soi-mêmi', comme ayant pour obstacle l'amour-propre. De là, cet axiome si célèbre parmi les anciens : Connaissez-vous vous'^ même. Puis celte autre d'un philosophe : « De«r mourez avec vous, » Mais laissons de cêté ces enseignements païens pour en venir à ceux des philosophes chrétiens, les meilleurs maîtres en celte matière. Saint Augustin et saint Bernard disent : la plus sublime et la plus utile des connaissances est celle de s oi-même. « Les hommes, dit saint Augustin, l'ont beaucoup de cas des sciences qui leur apprennent la disposition du ciel et de la terre et leur donne la connaissance du mouvement tiiis cieux, da cours des planètes, de leurs influences et de leurs vertus, mais la science la plus utile et la plus élevée est celle de soi-même. » « Les autres sciences, dit saint Paul, nous enflent et nous détruisent, mais celle-ci nous abaisse et nous édifle. » Aussi les maîtres de la vie spi* rituelle n )us recommandent cet exercice pendant l'oraison, et blAmentceux qui passant légèrement sur les défauts qui leur font le plus de peine h regarder, perdent du temps sur une méditation pieuse où ils éprouvent de la douceur. « Si vous voyiez ce que vous êtes, dit saint Bernard, parlant au nom de Dieu, vous vous déplairiez et vous me pla> riez; mais, comiiie vous ne vous voyez pas, vous vous plaisez cl vous me déplaisez. Un temps viendra que vous ne plairez ni h vous ni à moi. Vous ne me plairez pas, parce que vous avez péché; vous ne vous pluirez pas» parce que vous aurez causé votre [.erto éternelle. ^ — Saint Grégoire traitant le même sujet dit qu'il y en a qui croient ère saints (lès qu'ils commencent h servir Dieu, et à faire quelques actes de venu : ils s'atlacli,ent tellement a regarder le bien qu'ils font, qu'ils perdent de vue leurs péchés et ne voient pas même narfois ceux qu'ils commettent. Les véritables gens de bien font le contraire, car remplis de vertus et de bo mes œuvres, ils regardent ce qu'il y a de mauvais en eux ei ont toujours les yeux sur leurs imperfections et leurs délauls. Daj)rès cela, il arrive que tous s'humiliant à la vue de leurs délauts, conservent eu eux leurs vertus, tandis

4or

CON

D'ASCETISME.

CON

que les antres se glorifiant de leurs bonnes actions» les perdent par leur orgueil et se perdent eux-mômes. Ainsi les uns 80 servent si bien de ce qu'ils ont de mauvais qu'ils en tirent du profit, et les autres tournent à leur dommage le bien qu'ils o.t. ft Lorsque le démon, dit le môme saint, veut vous inspirer de la vanité pour vos bonnes actions, opposez- lui le souvenir de vos péchés. » CVst ce que faisait l'apôtre, qui, craignant que la grandeur de ses révélations et des merveilles que Dieu av it opérées par lui ne lui donnftt trop de v.inité, se souvenait d'avoir été un blasphémateur et d'avoir persécuté et outrage les serviteurs de Jésus-Chiist. Jene suispag digne d'être appelé apôtre^ disait il, puisque f ai persécuté i^Eglise de Dieu, il Cor. xv.) Contre de telles attaques, il n y a pas de meilleur moyen que de se rappeler ses péchés passés.

Saint Jérôme écrivant sur ces narotes de l'ange Gabriel au prOi>lièt6 Daniel : Fils de rhomme, écoutez ce que je veux vous dire [Dor niel Tin), dit (jue les anciens prophètes semb aient déjà être devenus des anges par la sublimité de leurs révélations continuelles. De peur qu'ils n'oubliassent leur condition en su Cfoyant d'une nature tout angélique; Tance leur rappelait par ordre de Dieu la fragiîi'.é et la misère cle leur orisine, en les appelant fils de l'homme^ afin qu en considérant ce qu'ils étaient, ils s'humiliassent danis la connaissance de leur nature. Dans l'histoire ecclésiastique et l'histoire profane, nous avons beaucoup d'exemples semblables, où plusieurs saints et autres grands personnages se servaient d'un tel moyen pour se préserver de la vanité; ils gardaient auprès d'eux quelqu'un pour les avertir de temps en temps qu'ils étaient hommes.

CONSEILS EVANGËLIQUëS, ou Maxihes DE PERFECTION. — Jésus-Chrlst Ics distiugue évidemment d'avec les préceptes. Un jeune homme lui demandait ce qu'il faut faire pour obtenir la vie éternelle, Jésus lui répondit : Gardez les commandements. — Je les a observés dis ma jeunesse^ répondit ce prosélyte, que me manque t-il encore? Si vous vou^ lez être parfait^ répliqua le Sauveur, allez vendre ce que vous possédez^ donnez-le aux pauvres , vous aurez un trésor dans le ciel , alors venez et suivez-moi. (Mallh. xix, 16; àtarc. X, 17 ; Luc. xviii, 18.) Selon ces paroles, ce que Jésus-Christ lui proposait n'était pas m^cessaire pour obtenir la vie éternelle, mais pour pratiquer la perfection et pour être adu)is au ministère apostolique.

Plusieurs censeurs de l'Evangile ont dit que la distinction entre les préceptes et les conseils e&t une snbtilitô inventée par les théologiens pour pallier l'absurdité de la morale chrétienne. Il est clair que ce reproche est très-mal fondé. La loi ou le précepte se borne à défendre ce qui est crime, à commander ^e qui est devoir; les conseils doivent aller plus loin pour la sûreté même de la loi; quiconque veut s'en tenir à ce qui

est étroitement commandé, ne tardera pas de violer la loi.

D'autres ont été scandalisés du terme de conseils; il ne convient pas à Dieu, disent* ils de conseiller, mais d'ordonner. Cette observation n'est pas plus juste que la précédente. Dieu législateur sage et non, ne morsure point l'étendue de ses lois sur celle de son souverain domaine, mais sur la faiblesse de l'homme; après avoir commandé en rigueur, sous ralternative d'une récompense ou d'une peine éternelle, ce qui est absolument nécessaire au bon ordre de l'univers et au maintien de la société, il peut montrer è l'homme un plus haut degré de vertu, lui promettre des grâces pour y atteindre, lui proposer une plus grande récompense. C'est ce qu'a fait Jésus-Christ. En général, on ne peut donner 2k l'homme une trop haute idée de la perfection h laquelle il peut s'élever avec le secours de la grâce divine. Dès gu'ii est pénétré de la noblesse de son origine » de la grandeur de sa destinée, des pertes qu'il a faites, des moyens qu'il'a de les réparer, du prix que Dieu réserve à la vertu, i) n'est rien dont il ne soit capable, l'exemple des saints en est la preuve.

Au reste, la prévention des incrédules contre les conseils évangéliques leur vient des protestants; ceux-ci n'en ont pas parlé d'une manière plus sensée. Ils ont dit que Jésus-Christ avait prescrit à tous ses disciples une seulo et même règle de vie et lUi mœurs; mais que plusieurs chrétiens, soit par le goût d'une vie austère, soit pour imiter certains philosophes , prétendaient que le Sauveur avait établi une double règle de sainteté et de vertu : l'une ordinaire et commune, l'autre extraordinaire et plus sublime; la première, pour les personnes engagées dans le monde; la seconde, pour ceux* qui, vivaiit dans la retraite, n'aspiraient qu'au bonheur du ciel; qu'ils distinguèrent conséquemment, dans la morale chrétiennct les préceptes obligatoires pour tous les hommes, et les conseils qui regardaient les Chrétiens plus parfaits. Cette erreur, dit Moslieim, vint plutôt d'imprudence que de mauvaise volonté; mais elle nelaissa pasd'en produire d'autres dans tous les siècles de l'Eglise, et de multiplier les maux sous lesquels l'Evangile a souvent gémi. Mais nous demandons aux protestants si Jésus-Christ imposait un précepte à tous les Chrétiens, lorsqu'il disait : Quiconque d'entre vous ne renonce pas à tout ce qu*tl possède^ ne peut pas être mon disciple. [Luc. xiv, 33.) Heureux les pauvres^ ceux qui ont faim^ ceux qui pleurent : donnez à quiconque vous demande^ et s*il vous enlève ce qui vous appaf:lienl^ ne le répétez pas. [Luc. VI, 20, 30.) Si quelqu'un veut venir après mot, qu'il renonce à lui-même^ qu'il porte sa croix tous lesjours^ et quil me suive. (Luc, IX, 23.) Il y a des eunuques qui ont renoncé au mariage pour le royaume des deux; que celui qui peut le comprendre le comprenne {liiat th. XIX, 12.) Les commentateurs, même protestants, ont été forcés de reconnaître dans ce passage un conseil et non

CON

DlCTIONNAmË

COH

fin précepte. Voyez la Synopse sur cet en** droit.

Saint Paul a dit {ICor. vu, W) : Une veuve êera plus heureuse si elle demeure dans cet état y selon mon conseil : or 9 je pense oue fai aussi VEsprit de Dieu. En exhortant tes Co-* rinlbiens h des aumônes, il leur dit : Je ne

vous fais pas un commandement mais je

vous donne un conseil^ parce que cela voîm est ulileé (II Cor. viii, 8, 10.) Et aux Galates (v, 2^] : Ceux qui sont à Jésus-Christ ont crucifié leur chair avec ses vices et ses eorrup-* lions. Si les Chrétiens du 11* siècle se sont trompés en distinguant les conseils d*avec les préceptes, c'est Jésus-Christ et saint Paul qui les ont induits en erreur. Pour estimer et pour pratiquer des austérités^ des morliQcaiions, des abstinences, et le renoncement aux commodités de la vie, ils n'ont pas eu besoin de consulter l'exemple des philosophes^ le goût des Orientaux» ni les mœurs des esséniens et des thérapeutes; il leur a suffi de lire l'Evangile.

Voici comment le docteur Angélique expose la doctrine des conseils évangéliques. Cette exposition est ou ne peut plus claire et plus juste.

Il y a cette différence entre le conseil et le préce[)te, que le précepte emporte la néccs-» site, et le conseil repose sur te choix de celui à qui il est proposé : c'est pourquoi dans la lo] nouvelle qui est une loi de liberté, on a convenablement surajouté les conseils aux préceptes ; mais on ne l'a point fait dans Ja loi aDcienne qui est une loi de servitude. Il faut donc comprendre que les préceptes de la nouvelle loi sont donnés pour oraon- [ner les choses oui sont nécessaires pouF obtenir la fin de réternelle béatitude, dans laquelle la loi nouvelle introduit immédiatement. Mais les conseils ont pour objet les choses parlesquelles l'hommeobtient mieux et plus sûrement la fin susdite. L'homme eist

t)lacé entre les biens de ce monde et les )iens spirituels, dans lesquels consiste l'éternelle béatitude» de manière à ce qu'il s'approche d'autant plus de Tune de ces sor* \m9 de biens qu'il s'éloigne plus de l'autre» et vice versa. Celui donc qui s'attache tota-' lement aux choses de ce monde, qui y trouve Sa fin, les considérant comme les raisons et les régulateurs de ses actions; celui-là est iout à fait frustré des biens spirituels : et ce genre de désordre est combattu par les préceptes. Mais que l'homme se dépouille totalement de ce qui est de ce momie, cola n'est point nécessaire pour atteindre la fin de Phomme : car il peut atteindre l'élernelle béatitudn en usant des choses de ce monde, pourvu qu'il n'y place pas sa fin, mais il y parviendra plus sûrement et plus vite en se dépouillant totalement des biens de ce monde i c'est dans ce but que sont donnés les conseils évangéliques. Or les biens de ce monde qui servent à l'usage de la vie se divisent en trois classes : II y a les richesses des biens extérieurs qui se rapportent à la uuneupiscence des yeux ; et les délices de la chair qui le rapportent à la coflCUpiKeuce

de tent

la chair; et les honneurs qui se rapport t à l'orgueil de la vie, comoro il paraît par l'apôtre saint Jean, chap. n. Fotfler aui pieds ces trois sortes de biens autant qufe eela est possible, voilà l'objet des conseils évangéliques. C'est dans ces trois points que se résument tous les instituts religîeui qui se destinent à la pratique de la perfee^ tion : car les richesses sont méprisées par. la pauvreté; les délices de la chair par la chasteté perpétuelle; et l'orgueil de la vie |)ar la servitude de l'obéissance.

Ces choses simplement observées appartiennent aux conseils absolument proposés r mais l'observance de chacun d'eux dans un cas particulier appartient au conseil évffngélique dans un sens restreint {secundum quid) t par exemple lorsque quelqu'un fait une aumône à un pauvre auquel il n'est pas obligé de donner, il suit le conseil dans cetle action spéciale. De môme lorsque pendant on temps déterminé il s'abstient des plaisirs permis de la chair pour vaquer à l'oraison, il suit le conseil pendant ce temps. De môme lorsque quelqu'un ne suit pas la volonté dans un cas particulier, ce qui cependant est supposé très-permis, par exemple, lors-

au'il fait du bien à un ennemi ou qu'il ne oit point ce bienfait, ou s'il n'exige point de satisfaction d'une offense pour laquelle il pourrait en exiger, il accomplit un coih seil dans ces circonstances. C'est ainsi que tous les conseils pratiqués dans les cas particuliers se rapportent à ces trois conseils généraux et parfaits aue nous avons vus. »

Les conseils évangéliques sont la raison de l'existence des ordres religieux, dos SO" litaires, des contemplatifs, des ouvrages mystiques et de tout ce oui touche à la vie ascétique, puisque sans les conseils évangéliques tout retomberait dans la vie com* mune. {Voy. Moines.)

Les conseils évangéliques sont la gloire de la religion, ce beau idéal de la perfection morale. Nos anciens apologistes nous attestent que la mortification, Ta chasteté, le désintéressement des premiers Chrétiens* aussi bien que leur douceur, leur charité et leur patience ont causé de l'admiration aux païens, et ont produit une infinité de conversions. Dans les siècles suivants, les mômes vertus, pratiquées par les solitaireSf ont fort adouci la férocité des barbares; et si les missionnaires qui ont converti les peuples du Nord n'avaient pas pratiqué les conseils évangéliques, ils n'auraient pas attiré peut-ôlre un seul prosélyte.

CONTEMPLATION, sa définition, ses propriétés, sa division, les règles pour s'y préparer et s'y bien conduire. — r« A l'union obscure de 1 abandon succède ordinairement une autre union de l'âme avec Dieu, union pleine de suavité et qui se fait par la contemplation. (Voy. Abandon.) La contemplation mystique est une élévation de Pâme vers Dieu et vers les choses divines, par une simple intuition admirative et toute brûlante d un suave et ardent amour pour les choses di* vinef.

CON

D*ASGETiSME.

CON

Nous pArlons ici de la contemplation divine, Ihéologique, mystique et affective, qui illumine Tintelligeuce et enflamme Taffection d*une manière spéciale, sublime et en quelque sorte surhumaine, non par le rai* sonnement, mais autant qu'il est possible ici-bas, par Pintuition des mystères de Dieu, intuition qui excite à Tamour divin. C*est ce qui a fait donner par les mystiques à la contemplation le nom de théologie mystique. Il ne s*agil donc pas ici de la contemplation purement philosophique» par laquelle les philosophes peuvent aussi contempler Dieu par les lumières de la nature, ainsi que le tirent ou purent le faire ces philosophes dont parle saint Paul (Rom, i, 2). Il ne s*agit pas non plus de la contemplation théoTogique purement spéculative, par laquelle le théologien, aidé de la lumière de la foi, contemple Dieu; cardans le philosophe camme dans le théologien, cette contemplation est vaine, si elle procède de la curiosité et ne tend pas vers Tamour.

La contemplation a été diversement définie pai; diliérenls mystiques. Saint Augustin, ou plutôt quelaue autre docteur postérieur à Boèce, la aéflnit ainsi (£.. de spir. et anim.t c. 32) : « La contemplation est TadmiraliQU délicieuse de Téclalanle vérité. «Saint Bernard (L. de schol. claustr.y c. 1), dit : « La contemplation est une certaine élévation de Tâme attentive vers Dieu, foutant les joies de Télernelle douceur. » I dit encore {L. de comid, c. 2) : « La contemplation peut se déBnir une intuition véritable et certaine de Pâme sur chaque chose, ou bien la possession non douteuse du vrai. » Richard de Saint- Victor (L. i De contempl.^ c. 4) en donne une double définition : la première est de lui-même : « La contemplation est une libre perspicacité de l'esprit, en suspens dans la considération et 1 admiration au spectacle de la sagesse. » La seconde est de Hugues de Saint-Victor : « La contemplation est une intuition perspicace et libre de Tesprit se livrante la considération des choses. » Saint Bonaventure, Gerson et Harpius la définissent de la môme manière que Ricliard de Saint- Victor. Selon saint Thomas (2-2, q. 180, a 3, ad. 1), « la contemplaUon se rapporte à la simple intuition de la vérité. » 1) ajoute

iad 3) « qu'elle se termine en affection. » l'est ce que prouve saint Bonaventure d'après la définition de Richard, en .disant : « On voit par là que Richard ne regarde pas la contemplation précisément comme un acte.de l'intelligence, mais comme renfermant encore une affection pleine de dou^ ceux. Le mot sagesse (saptenlia) vient de êapor (goût), comme le dit saint Bernard, jl^ l'objet principal et premier de la sagesse est Dieu lui-môme; aussi, la vérité, en tant qu'elle excite la volonté à ce suave amour (ïelle-méme et constitue ainsi l'acte

(45!) Igitur ipectacula sapientiœ iicut cognitio vert et amor^ tive iapor^ boni. (S. Bern.) Speclaculasapieniimf mot-à-mot, phénomène de la sagesse; il

véritable de sagesse, consiste dans la contemplation de Dieu, non faite d'une ma-» nière ordinaire, mais accompagnée d'amour et d'une certaine douceur expérimentale.

L'acte môme proprement dit de la sagesse* consiste donc dans la connaissance du vrai et l'amour ou le goût (sapor) du bien (151^. » Enfin, Benoît XIV (deBeatif, et canon. ^ L iir, c. 26) décrit ainsi la contemplation : « C'est une simple intuition intellectuelle avec un^ amour suave des choses divines et des véri* tés révélées, procédant de Dieu« qui applique d'une manière spéciale l'intellect à l'intuition et la volonté è rinteliigence de ces vérités révélées, et qui concourt è ces actes par les dons du Saint-Esprit, c'est-à-dire par l'intelligence et lasasesse, en éclairant l'in* tellect et en enfkimmant la volonté.

Toutes ces définitions de la contemplation, bien qu'elles ne soient pas toutes essentielles et spécifiques, coïncident cependant avec la nôtre en tant qu'^elles s'efforcent de la décrire par ses propriétés. En effet cette admiration pleine de douceur de récla^ tante vérité^ cette élévation de Vàme attentive vers Dieu , et y goûtant les joies éternelles , celte véritable et certaine intuition de Ves^ prit 9 cette intuition perspicace de l'esprit^ en suspens dans le spectacle de Téternelle sagesse, enfin cette intuition simple de la véritéf se terminant en affection et accompo" gnée d'un délicieux amour divin^ ne sont autre chose qu'une certaine élévation de l'esprit en Dieu, par une intuition simple et à la fois ardemment affectueuse : dans les actes de contemplation, en effet, l'admiration, la suspension, le goût, la libre diffusion, etc. , sont au moins virtuellement contenus, ou du moins en résultent. Ensuite rien ne convient mieux à la contemplation» que de l'appeler une élévation de l âme en Dieuy définition qui convient à toute prière» et surtout è la prière mentale. La contemplation est une élévation de l'âme par sim- Î}le intuition; c'est en cela qu'elle diffère de a méditation, qui procède par le raisonnement et qui émeut la volonté. Enfin cette intuition est ardemment affectueuse^ ou excitant la volonté aux affections les plus ardentes ; c'est ce qui distingue la contemplation mystique, de la contemplation philosophique et de la pure spéculation théologique. « Il faut remarquer, dit Albert le Grand ( De adhœr. Deo^ cap. 1 )» la différence qui existe entre la contemplation des fidèles catholiques, et celle des philosophes païens. La contemplation des pnilosoplies se fait en vue du perfectionnement de la contempla* tion ; aussi réside-t-elle dans l'intelligence, et a-t-elle pour fin la connaissance intellectuelle. Mais la contemplation des catholiques, est la contempUtion de Dieu môme: aussi n'a-t-elle pas pour fin dernière la connaissaifce, et ne réside-t-elle pas dans l'intelligence; mais elle s'élève à l'affection par

faut prendre ici phénomènes non dans son acception vulgaire» mais dans le sens philosophique

CON

COM

An

f amour. Cest pourquoi les saints dans leur eontemplation, oui famour de Dieu pour objet principal. »

. Cette contemplation mystique telle que nous Pavons détinie, existe réellement:

l*L*Ecriture sainte nous Venseigne; Goûtez et voyez combien le Seigneur e»t doux. ( P*. mTiii, 9). Soyfz dans un saint repos et con* sidérez que c*est moi^ qui suis Dieu, ( Ps. XLT, 11 ). Bienheureux ceux qui ont te cœur pur^ parce quUls verront Dieu. ( Matth, v, 8 ). Ces passages nous montrent qu'un cœur i)jr, délivré de toute inquiétude, peut s*éleyer^ par une intuition simple et aiïective. ju^qu'à voir et goûter Dieu, ce délicieux époux de rame, qui Texalte et la réjouit. â" Outre les saints Pères que nous avons déjà cités dans la déQnition, Hugues de snint-Victor {c. 2 De cœl. hier,^ I. m ) distingue trois sortes d'yeux; Tceil de la chair, par lequel on voit le monde et les choses du monde; Tœil de la raison, par lequel on voit rame et les choses de TAme ; et l'œil de la contemplation , par lec^uel on voit Dieu et les choses divines, ou bien ce qui est en soi et au-dessus de soi. Snint Bonaventure adopte cette distinction ( Tr. de itiner. œter. , iii 3 ilin. , d.7) , et ajoute: « C'est de cet œil de la contemplatio:i que parle l'époux, en disant : Vous avez blessé mon ccBur^ ma sœur^ mon épouse^ par un de vos yeux (Cant, IV, 9) ; c'est-à-dire, par votre intelligence simpliQée, vous avez pénétré toutes choses, vous êtes parvenu jusgu'à mon cœur. »

Saint Bernard ( 1. 1 De aign, amor.^ c. 8) remarque dans l'Ame deux yeux, qui sont Tamour et la raison, palpitant sans cesse du désir de voir Dieu, et il ajoute : « Lorsque Tun agit sans l'autre. Dieu ne bénit pas ses odorts; mais lorsqu'ils se prêtent un mutuel sncours, leur action eU très-puissante, parce qu'ils ne ftnt pins qu'un seul et môme œil. » D'après saint Thomas (1-2, q. 69, a. 2): « Même en celte vie, on- peut en quelque sorte voir Dieu, au moyen de l'œil purifié par le don de TinteHigence. » Et en expliquant (h'ct. 7) ce passage de saint Denis {L. de div. nom, , c. (^, p. 1 ) : Le mouvement circulaire de rame n'est autre chose que le retour de rame revenant des objets extérieurs vers elle même ; il consiste dans l'uniforme évolution des puissances intellectuelles sur elles-mêmes; Saint Thomas dit : « Remarquez mio saint Denys place en premier lieu, dans lemouvemcntcircuraire de TAmo, le retour de l'Am^ quittant les objets extérieurs pour revenir à elle-même; et qu'il affirme en second lieu que l'évolution uniff^rme des puissances intellectuelles de l'Ame est nécessaire, afin que tout raisonnement venant à cesser, Tœil de TAme se fixe Uniquement dans la contemplation de la Simple vérité. 3* La raison nous montre que le. jugement de simple intuition peut exister sans le secours du raisonnement, non- Seulement en Dieu et dans les anges, mais aussi dans l'homme» qui par Tintclligence des premiers principes, donne son assentiment à leur vérité sans le becours du rai-

sonnement, et qui par la foi adhère aux Tentés révélées, toujours sans le secours du raisonnement. Or ces vérités peuvent exciter la volonté aux affections les plus ardentes, et c'est en cela que consiste précisémenC la contemplation.

ir Louis Du Pont distingue guatre propriétés principales de la contemplation (tu Duce spir.^ tr. 3, c. 3, I 2). 1* L'élévation de I esprit au-dessus de lui-même; 3* la suspension de ce même esprit dans les choses qu'il contemnle; 3* l'admiration ; 4* la douceur spirituelle. En eflTet, cette extraordinaire intuition simple des choses divines élève Thomme au-dessus de lui-même; ensuite elle tient l'esprit en suspens par ce mode nouveau et plus élevé ae contempler le» choses, ou encore par le charme qu*il trouve dans la vision de choses nouvelles; Tâme alors ne s'occupe exclusivement que de la connaissance et de l'amour de Dieu. Aussi se prend-elle pour lui d'une vive admiration, ce qui est la suite ordinaire do la nouveauté ; enfin l'Ame y ressent une spirituelle douceur, oui surpasse tout sentiment, et que produit I intuition des choses divines.

III* La contemplation se divise généralement en ordinaire et extraordinaire. Toutes, deux sont, ou chérubiqnes^ c'est-k-dire intellectives, ou séraphiques^ c'est-è-dire affectires. La contemplation chérubique se subdivise en différentes espèces, telles que la contemplation m^rstlque de la Sainte Trinité, de l'Incarnation, de l'Eucharistie et des attributs divins , les entretiens symboliques intérieurs, le silence, etc., sorte de contemplation où la partie intellectuelle aie plus de part. La contemplation séraphique se divise on contemplation embrasée {tgnea), vuiniranit (ru/neranf) , etc., auxquelles a plus de partie |)artie affective ou la ferveur de 1 amourdivin.

Le cardinal Lourac (opusc. 4 et 7 Z)e orat,) et d'autres mystiques divisent plus communément la contemplation en acquise et infuse^ ou en active et passive^ ou en produite par l'effort humain et produite par la gréce^ ou iiti naturelle et surnaturelle: mais comme ces termes sont équivoques, nous avons cru devoir préférer la division précédente, que nous avons donnée d'après le 1*. Beguera. {Théol. myst.,i. I,p. 788)

La contemplation ordinaire est donc une élévation de I Ame en Dieu, par simple intuition : élévation ardemment affectueuse, et qui ne surpasse pas les lois de la divine Providence dans l'ordre surnaturel.

1" La contemplation ordinaire peut être dite acquise^ en tant que l'homme peut s'y préparer d'une manière dispositive et à la fin l'obtenir, non cependant par les forces dû la seule nature, ni comme une chose tout à fait due, pouvant être acquise sans une grAce nouvelle, ou que l'on puisse mé^ riter, sinon d'un mérite de convenance. De même, 2* on peut aussi l'appeler acitvf, mais elle lest seulement d'une manière dispositive. 3' On peut encore, dans ce mêjne si^nf^^ dire qu'elle est produite par nos propres effortff en supposant toutefois que nos tffui is

CON

b'ASlETISME.

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et nos disposilions sont du«, non aux forces lie notre nature, mais principalement aux furctîS de la grâco. k" On peut bien moins exactement appeler ]a contemplation ordi* naire naturelle d*une manière absolue, si ce n*esl dans un sens comparatif, en ce sens qu*elle est moins surnaturelle que la contemplation extraordinaire; car la contemplation môme ordinaire est iritrjnsèt|ueuient surnaturelle et infuse.

On ne peut contester iVxistence de cette contemplation ordinaire, cpie l'âme peut acquérir, selon les lois de la divine Provid. ace dans Tordre surnaturel, en ce sens que rhomme, par la grâce de Dieu, peut s'y préparer d'une manière disposiiive et l'obtenir, non toutefois par les forces de la seule nature, ni comme une chose tout à fait due ; car sans une grâce nouvelle on ne la peut méiiter autrement que d'un mérite de conrenonce. « Nous avançons quelquefois dans la vertu, dit Richard de daini -Victor (De contemp. 1. v, c. 2), par suite de nos efforts; mais en disant que cet avancement est le résultat de nos eiiorts, il ne faut pas toutefois s'imaginer que nous puissions rien sans le secours de la grâce; car nous ne serions capables môme d'aucun effort sans la grâce. » On prouve Texistcnce de la contemplation ordinaire ainsi définie : 1" Par les textes déjà cités de TËcriture-Sainte : Goûtez et voyez combien le Seigneur est doux^ etc. Tous, en général, sont invités à la contemplation ; tous ^ont appelés h se préparer au repos en Dieu, par un amour pur et une grande pureté de cœur. 11 faut par conséquent admettre une contemfilation ordinaire pouvant s'acquérir de la manière que nous avons indiquée.

D'ailleurs les béatitudes sont dans l'Evangile proposées à tous en général, e!, selon la providence ordinaire, sont accessibles h tous. Donc nous pouvons tous a.cquérir cette béatitude, au moyen de laquelle chacun se dis* ftose par la pureté du cœur à voir Dieu |)ar la contemplation ordiiiaire. 2° On le prouve par les SS. Pères et par les Mystiques. Saint Denys (c. 1 De myst. theol,) exhorte son Timothée h se disposer au plus sublime exercice des visions mystiaues^ c^stâ-dire, à la contemplation, en s abstenant, autant que possible, de tout acte des sens ou de rinteliigence. y Tandis que par notre effort, dit saint Grégoire (in I. Reg ), nous sommes en suspens dans la méditation des choses divines, cet état do contempiation devient pour nous comme l'éclat d*nn nou-^ veau jour. Et en effet nous y voyons comme certains rayons d'une lumière toute spirituelle, nous en attirons d'autres au fond de notre âme, et bientôt nous nous élevons de notre humble humanité jusque dans les régions les plus sublimes. » L*aulcur de Vif/ulle claustrale (c. 2, k) tient le même langage. Hugues de Sainl-Victor dit aussi (Honi. 1, m Eccli,) : « Ce que cherche la méditation, la contemplation le trouve, p Et ailleurs (I. m De animale. hS et k9) : « Jusqu'à ce que par la méditation nous nous élevions à la c(»nl('mi;lalion. » — « Autant

de fois Joseph se jette au cou de Benjamin, dit Richard de Saint-Victor (I. de prœp. ad contempl., c. 87), autant de fois la méditation se change en contemplation. » Ce passase régulier et ordinaire de la méditation à la contem{ilation est constaté par saint Jean de la Croix et sainte Thérèse. Cette dernière ensei'^ne que l'esprit par la méditation tire comme par des canaux Jiabilement pratiqués, ou comme d'un puits, avec beaucoup de peine, Teau de la grâcei divine, qu'elle obtient du ciel par la contemplation, avea beaucoup plus d'abondance et presque sans fatigue. Selon saint François de Sales, « Ia méditation csl la mère de l'amour, la contemplation en est la fille. » (L. vi De amor^ Dei, c. «3j. Selon Louis du Pont (§ 10, Introd^ ad suas médit.), a on ne parvient d'ordinaire à la contemplation que par un fréquent exercice de la méditation et du raisonnement. » 3*" Saint Thomas en donne la raison (in 3, d. 3V, q. 1, a. 1). La méditation procède du concours du raisonnement humain ou théologique, et par consécjuenl* est le fait de l'iiomme; la contemplation s'obtient par le don de l'intelligence, de la sagesse et de la science, el, parconséquent, est au-dessus des forces de l'homme; donc comme la foi, aussi bien (jne le don d'intelligence, de sagesse et de science, est donnée à tous d'àprès les lois ordinaires de la Providence, pourservir à leur avancement spirituel, on peut, selon les lois ordinaires de la Provi* dence, arriver non-seuleuient à la méditation, mais encorcà la contemplation ordinaire. En outre, saint Bonaventure enseigne (in ni et vu Itin. œter.y d. ij, « que le mouvement et la recherche de la méditation resteraient imparfaits et moins utiles, sans le terme et le repos de la contemplation; caria méditation doit avoir son terme et sa fin dans la contemplation, celle-ci étant un degré plus parfait. » Donc, selon les lois ordinaires de la Providence, la contemplation vient après Id méditation, comme le terme du voyage, la fin après le moyeri, et cela autant qu'il est possible en cette vie, à moins de vouloir accuser la Providence de manquer de sagesse dans le mode régulier de ses 0|>éralions.

La contemplation extraordinaire est uneélévation de l'âme en Dieu, par une inluilioit simple ardemment affectueuse, en vertu d'un privilège, et au-dessus des lois ordinaires de la Providence divine dans l'ordre surnaturel.

Voici comment Louis du Pont explique fa contemplation extraordinaire (S 11, tntrod.) i « Il est une autre voie extraordinaire, qui embrasse les autres modes extraordinaires d'oraison, p.lus surnaturels et spéciaux, el que nous appelons oraison de quiétude ou de silence, accompagnée de suspensions, d'extases^ de ravissements ; cet état donne ane vue extraordinaire des vérités cachées, on en découvre quclauefois seulement la lumière intellectuelle. Il est encore signalé par dos révélations, par des enlretiens intérieurs, et par un très- grand nombre

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d'autres privilèges , par lesquels Dieu se cominunjqu3 aux âmes» et dont la véritable rè^le ne peut être prescrite ; car celte règle n'est autre chose que l'impulsion et la direction du Maître suprême, qui n'instruit et ne favorise ainsi que ceux qu'il veut et comment il le veut. » Cette contemplation extraordinaire peut-être appelée avec les aulrus mystiques : 1* Infuse, non en ce sens que la contemplation ordinaire ne se« rait pas également infuse; mais parce que la contemplation extraordinaire ne peut s'acquérir d'une manière disposilive; 2* pasxive dans le même sens; 3"" produite par la grâce, non comme si la contemplation ordinaire n'était pas aussi produite par la grâce; mais parce que la contemplation extraordinaire est toujours accompagnée de quelqu'une des grâces données gratuitement; 4* on peut encore l'appeler en ce sens surnaturelle, surtout d'une manière comparative, en tant que la contemplation ordinaire est en quelque sorte moins surnaturelle que lextraordlnaire.

La contemplation extraordinaire existe réellement, et nous devons Tadmellre : !• L*£crilure sainte en fait mention : Le seigneur Dieu envoya un sommeil à Adam (Gen. II, 21.) Les Pères aftirment communément que ce fut un sommeil extati(|ue. Mangez, mes amis, et buvez : enivrons -no us, mes Oien-aimés (Cant. v, 1.) Richard de Saint- Victor (j. IV De contempl. c. 16) applique ces paroles aux transports de l'esprit causés

f»ar la contemplation extraordinaire. Tout e livre du Cantique des cantiques nous propose le degré suprême de la contemplation, au témoignage do Hugues de Saint-Victor (Hom. 1, in eccles). Je répandrai mon esprit sur toute chair, dit le prophète Joël (ii» 28), et vos fils prophétiseront, ils auront des songes, et vos jeunes hommes verront des visions. Ces paroles eurent leur accomplissement. Les exemples en sont nombreux ; car c'est ainsi que Dieu en agit avec ses patriarches et ses prophètes, et beaucoup plus parfaitement encore avec ses apôlres, le lOtir de la Pentecôte (Act. ii, 16), oh ils s élevèrent de la contemplation ordinaire à la contemplation extraordinaire. Celle faveur n*a jamais manqué à l'Eglise, comme le témoignent les Actes des saints et les motifs de leur canonisation; 2"* les saints Pères en fo'it foi. Saint Denys, en parlant de Hiérothée (c. 2 De div. nom., p. 2), atteste qu'il fut instruit partie par les apôtres, partie par l'étude des saintes Ecritures. « Il puisa la science à une autre inspiration plus divine encore, en recevant passivement en lui {patiendo) Tinspiralion divine, et dans cette espèce de passivité intérieure (compassionej, s'il est permis de s'exprimer ainsi, il fut instruit dans cette foi et cette union mystique qui ne peut-être enseignée.» Saint Bernard (1. v De cons., c. ult.) assigne comme le plus haut degré de contemplation l'admiration de la majesté divine, admiration qui élève facilement le cœur aux choses célestesi si elle le trouve bien puriCé, « et

gui parfois transporte celui qui admire par Jes extases et des ravissements. » Saint Bonaventure {in Jtin. mentis, c. 7) donne pour exemple de cette contemplation extraordinaire saint François, quand il fut, dans le transport de la contemplation, transformé en crucifié, et placé comme modèle de la contemplation parfaite. Saint Laurent Justinien^ saint Jean de la Croix parlent de cette espèce de contemplation. Sainte Thérèse {Vit., c. 18-20) la désigne sous le nom de quatrième eau tombée du ciel. Enfin tous les mystiques sont d'accord sur ce point, lors* qu'ils traitent des ravissements, des visions et des autres caractères qu'accompagnent la contemplation extraordinaire; 3" nous en empruntons encore la raison è saint Thomas (2-2, q. h5, a. 5), qui enseigne qu'il y a une contemplation non commune à tous les justes, dont la cause est la grâce gratuite (gratis data) de la sagesse, qm perfectionne le don de la sagesse elle-mfime; cette contemplation n'est pas nécessaire au salut, ni même è lai perfection, et le Saint-Esprit en fait part a qui il veut : c'est précisément la conlem|)lation extraordinaire, et elle peut aussi procéder des autres grâces données gratuitement.

Ces considérations nous montrent combien la contemplation divine est un bien précieux. En effet, si contempler et aimer Dieu par une intuition simple et une ardente àffeclion est le plus grand bonheur qu'on puisse avoir en cette vie; si c'est le fruit le plus glorieux des vertus, des dons ou des grâces, ou plutôt du Saint-Esprit fécondant, soit par lui-même, soit par ses dons, l'esprit et le cœur de Tâme sainte, quel bien est plus honorable, et plus utile et plus délectable, quel avantage lui peut être comparé? La contemplation, c'est cette, belle Rachel, pour laquelle Jacob voulut servir pendant quatorze ans. {Gen. xxix. ) Elle est ce bien dont Dieu dit à Moïse (Gen, xxxiii,i9): Je vous montrerai tout bien. Elle est cette meilleure part dont parlait Jésus {Luc, x, 42 ): Marie a choisi la meilleure part, et elle ne lui sera point enlevée. Ecoutons à ce sujet Richard de Saint- Victor (I. i De contempl. , cl): « Quelle est cette meilleure part que Marie a choisie, sinon de se reposer et de voir combien le Seigneur est doux ?.... Elle comprenait en l'écoutant, et elle voyait en la comprenant, cette souveraine sagesse de Dieu, cachée dans la chair, qu'elle ne pouvait voir des yeux du corps ; et en se tenant ainsi assise auprès de Jésus pour l'écouter, elle se livrait h la conlem{)lation de la vérité su-

f>rême. Voilé la part qui ne sera janjais enevée aux élus et aux parfaits. Voilà l'oceupalion qui n'aura jamais de fin. Car la contemplation de la vérité commence en cetts^ vie, mais se continue glorieusement dans Téternité bienheureuse. O grâce singulière, grâce que nous devons rechercher avec une préférence toute spéciale 1 C'est par elle que nous devenons saints dans celte vie et bienheureux dans l'éternité. » — « Il n'y a, dit Cassieu, qu'une seule vision ou contempla-

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DASGETISME.

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tiOD de Dieu. Elle est fuslement eslim^ée supérieure à tous les mérites de la iustification et de la vertu (collât. 23, c. 3); » si» selon la remarque d'un auteur, elle unit rame è Dieu par Tamour parfait, il faul donc avec ardeur nous disposer à la conteni} lation, et, par le secours de la grâce divine, éloigner tous les obstacles et surmonter les plus pénibles épreuves, afin de n*en pas devenir indignes. Combattons donc, résistons aui nombreuses afflictions de ce désart de la vie, si nous ne voulons pas ê(re exclus de cette manne et de cette terre promise. Travaillons des Jours et des années pour cette belle Racnel. PuriQons auparavant notre âme par des larmes avec Marie, afin de pouvoir trouver là meilleure part aux piedfs du Seigneur. Gravissons péniblement la montagne, afin de pouvoir, avec Moïse, contempler Dieu, ou, avec les disciples, apprendre du Christ les movensd*ôire bien- Iieureux en ce monde et en Vautre ; ou enfin, avec les apôtres favoris, goûter la gloire de ia transfiguration de Jésus-Christ, li est né* cessaire, dit saint Grégoire (1. xviii Mor.^ c. 28), que Tesprit contemplatif meure d'abord au monde, et que le monde soit mort à lui; alors il entre et se cache dans la contemplation des choses éternelles. » Et ailleurs (hom. H, inExech.): « La douceur de la vie contemplative est souverainement aimable. » Saint Thomas ajoute que la douceur de la contemplation surpasse tout plaisir terrestre, et il en donne celte raison (2-2, q. 180, art. 7) : a Puisque la vie contemplative consiste principalement dans la contemplation de Dieu, vers lequel la charité nous porte, il en résulte, dans la vie contemplative, un plaisir provenant nonseulement de cette môme contemplation, mais encore de l'amour divin lui-même. Et ce plaisir surpasse tout plaisir humain. Car la jouissance spirituelle est préférable ë la jouissance charnelle, comme nous Tavons montré en parlant des passions, et l'amour divin surpasse tout amour.» (S. Thomas, 2-2, q. 180, art. 7.)

Puis donc que la contemplation est un bien si précieux, il est saint et utile pour tous d'y aspirer avec un esprit prudent. !• La sainte Ecriture nous fournil de nombreux exemples de ces sortes d'aspirations. Mon cœur vous a parlé; mes yeux vous ont cher' ché ; je chercherai , Seigneur ^ votre visage {Ps, XXVI, 8). Répandez votre lumière et votre vérité. Ce sont elles qui m'ont conduit et qui m*ont amené jusqu^à votre montagne sainte et votre tabernacle (Ps. xlu, 3). Qui me donnera des ailes comme à la colombe, afin que je puisse m' envoler et me reposer? ( Ps. LIT, 7). O vous qui éies le bien-aimé de mon àmCf apprenez^moi où vous menez paître votre iroupeaUf où vous vous reposez à midi^ de peur que je ne m'égare, an suivant les troupeaux de vos compagnons (Cant. if 6). Venez à mot, vous tous qui êtes dans la peine et r accablement, et je vous soulagerai».... et vous trouverez le repos pour vos âmes (Matth. iii 28 }• 5t quelquun entend ^na voix et m'o^

vre la porte, f entrerai chez lui et je souperai avec lui {Apoc, m, 20 ]« Dans ces passases» tous les hommes sont invités à l'intuitioOr au repos, au soulagement et au festin de la contemplation divine: donc il est saint et utile d y aspirer avec prudence. 2* On le prouve aussi par les SS. Pères et les mystiques. Saint Grégoire (hom. 17, in Ezech..]f h propos de ces paroles : Entrant intérieur rement dans le vestibule par Vouverture de la fenêtre, remarque « que non^seulement le» membres les plus éminents de la sainte Eglise reçoivent la grAce de la contemplation, mais encore que ce don est le partage de ceux qui, tout en se faisant remarcjuer par l'élévation et l'ardeur de leurs désirs, n en remplissent pas moins les fonctions les plus obscures; car, si le Dieu tout-puissant ne répandait pas la lumière de la contempla'^ tion sur ceux qui semblent voués au mépris^ il n*y aurait pas besoin de fenêtres dana le vestibule dont parlait le Prophète. »

Puisque la contemplation est proposée aui fidèles de toute condition, tous doivent donc y aspirer sagement. L'auteur de VEchelle claustrale (c 3), parlant de l^âme médita' tive, enseigne comment on doit désirer la conlemphition. «Que fera^-t-elle? Elle est tourmentée du désir de la posséder, mais elle ne sait comment y parvenir; et plus elle la cherche, plus elle soupire après elle. Elle a recours à la méditation, et n*éprouve

3ue de la douleur; car elle ne ressent pas la ouceur, que la méditation montre bien comme la compagne des cœurs purs, mai»

qu'elle ne procure pas. » Richard de Saint- Victor (\. y De contempL, c. 6) enseigne 3ue le désir de la contemplation procède *un saint désir, a Le premier transport de Tesprit , dii-il, naît de Tanxiété du désir et de la grandeur de la dévotion. » 3* Aux autorités se joint la raison. Il est en effet utile, il est saint, il est même nécessaire pour tous les hommes d'aspirer à la perfection chrétienne : or , la contemplation est le meilleur moyen d'arriver à la perfection, comme étant la prière la plus parfaite. Donc il est saint et utile d'^ aspirer; car elle est la seule chose nécessaire et la meilleure part» [Luc. X, 42.) D'ailleurs, toute la perfection chrétienne consiste essentiellement dans la charité. Donc, puisque rien n'augmente plus la charité que la contemplation, il con* vient d*y aspirer. Enfin, il est saint et utile pour tous d'aspirer à la contemplation de la patrie, comme aussi è la méditation de plus en plus parfaite. Donc il faut aspirer aussi à la contemplation de la voie qui mène à la patrie éternelle, vers laquelle tend la médi* tation, à laquelle elle nous dispose, et sans laquelle elle est imparfaite.

Vy Toutefois , bien qu'il soit saint pour tousd'aspirer è la contemplation, ilfauts atta* cher à le faire avec prudence, et pour éviter toute erreur à cet égard, on observera soi-^ ^neusement les règles suivantes.

L 11 est bon et utile de prier Dieu pour en obtenir la contemplation. On le prouve : 1** par tous les textes sacrés eités plus haut^

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DICÏiO.NNAÎRE

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et a'mqucis nous ajoiilons coui-çi: eesl pourquoi*]" oi tlésiré rintelligence ei elle m'a été donnée J'ai invoqué le Seianeur eff esprit de saqe^ae est venu en moi (Sâp. viù 7). Je Vai nimée^ Je l'ai recherchée dis ma jeunesse (viii, 2). S% Quelqu'un de vous a besoin de la sagesse, au il la demande à Dleu^ qui donne à tJDus en abondance (Jac. i, 5). 2* Sa ml Thomas lyous en donne la raison (2-2, q. 83, a. 6) : «Il est permis de demander ce qu'il est permis de désirer. » Or, il est permis de désirer la contemplation. Il est donc aussi permis de la demander dans nos prières, comme la véritable sagesse et le don le plus précieux. C*cst co oui fait dire à Tauleur de YEchelU claustrale (c. ii) : « Il est rare et c'est presque un miracle d'obtenir la contemplati m sans le secours de la prière. »

II. Bien gue le désir et la demande de la contemplation soient,en tout lemp5, utiles 2i tous les hommes, il ne faut pas y insister, en Tue de Tobtenir immédiatement, mais j)rier seulement pour l'obtenir plus tard, quand on y sera suffisamment disposé. Salomoi aima it rechercha dès sa jeunesse la sagesse de la contemplation {Sap. viri, 2). Il a été dit à tous les bonmies : Soyez parfaits comme voire Pire céleste est parfait (Matth. v, M). Ce ne sont donc pas seulement les parfaits, les (régressants et les commençants qui doivent saintement la désirer et la demander comme le meilleur moyen de pcr l'eciion, mais encore les pécheurs. D'ailleurs, en règle générale, la sagesse de la contemplation ne se trouve pas sur la terre de ceux qui vivent dans les délices {Job xxyiii, 13.). Elle n'habitera pas dans le corps soumis au péché {Sap. 1, k). Il n'y a que ceux qui ont le cœur pur oui peuvent voir Dieu par la con* templation ^Matth. v, 8). Donc, il ne faut pas demander inconsidérément à Dieu de nous accorJer la contemplation, avant d*y être suffisamment disposés.

III. Do même que nous pouvons désirer et demander la contemplation, de même aussi nous pouvons mériter du moins la contemplation ordinaire, non d'un mérite de con lignite {de condigno)^ mais d'un mérite de convenance {de congruo). !•* En effet, la contemplation même ordinaire est une grâce supérieure à la grâce qui produit les autres actes méritoires qui peuvent préparer è la contemplaiion; d*a ileurs, elle n'est pas \x\\ moyen absolument nécessaire pour agir d*une manière juste et parfaite; enHn, Dieu ne nous a nullement promis de nous accor^ dor la co'itemplalion, si nous faisons telle ou telle chose: donc, nous ne pouvons Tobtenir par mérite de condignité. 2" le mérite de convenance est, il est vrai, surpassé par la récompense et il n'engendre pas une obligation de justice, bien qu*il ait, avec la récompense, certaine convenance et certaine proportion, à cause de la grandeur et de la dignité du Rémunérateur. Donc, de même que chacun peut mériter la grâce habituelle première de mérite de convenance, de même, il peut également mériter la grâce de la contemplation. « Je; ne vous demande pus, Sei <

Sneur, dit rautciir de l'Echelle claustrale, ans les œuvres de saint Bernard, je ne vous demande pas cette grâce au nom de mes mérites, mais par votre miséricorde; ie suis indigne et pécheur, ie lavoue, mais les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. »

IV. L'aspiration h la contemplation doit toujours commencer par la vocation divine et l*" par la vocation donnée è tous en général. Tenez-vous en repos et voyez^ etc. Venez à moi vous tous^ etc. Si queiquun entend ma voiXf etc. (Ftrf. sup,). Tous doivent donc se disposer è recevoir un jour la contemplation, quand il plaira è Dieu de la leur accorder; 2* par une vocation réitérée et plus spéciale, a&n que ceux qui ont déjb bien commencé, fassent, en se disposant ainsi, des progrès de plus en plus grands ; 3" par une vocation nouvelle et toute spéciale, afin que ceux qui ont beaucoup avancé, se perfectionnent, pour obtenir prochainement la contemplation, selon ces paroles [Cant. n, 10) : Levez» vouSf mon amte^ ma co tombe ^ ma beauté, hâtez-vous et venez. Apoc. iv, ^ : El la pre^ miire vnix quefentenais,.... disait : montez jusyuUci. Si pour toute bonne œuvre est requise la vocation etrinspirationdivine,èplus forte raison le sera-t-elle pour la contemplation divine. C'estainsi que pour la perfection chrétienne, il y a d aboni une vocation générale adressée h tous : Soyez parfaits, etc. Il y a ensuite une vocation Siieciale pour la perfection spéciale : Si vous voulez être parfaits, allez, vendez ce que vous avez «••• et suivez-moi {Matth. xix, 21.).

V. La contemplation extraordinaire avec ses faveurs, ses ravissements et ses visions, etc., ne doit être désirée ni demandée à Dieu pour elle-même, si ce n*est par accident et dans des cas bien rares, quand Dieu nous y pousse par une impulsion extraordinaire. 1* En effet, les grâces gratuites ne sanctifient pas par elles-mêmes, et sans elles, on neut recevoir toute la sainteté dans sa perrection; elles peuvent donner lieu, même dans les parfaits, s'ils ne sont extrêmement humbles, è des défauts de vaine gloire, de curiosité et d*illusion. Aussi TËcriltire sainte ne nous apprend pas que les prophètes et les apôtres aient été comblés de ces faveurs en les demandant, mais elle suppose qu'ils les reçurent sans s'y attendre. 2* Les grâces gratuites peuvent, d*aprùs la volonté de Dieu, être utiles pour l'exercice de la charité envers Dieu et envers le prochain, en ce sens, qu'on peut, par les visions, les rêvé lations, etc., être excité à un nlus ardei t amour de Dieu, h un plus vif désir de faire du bien au {trochain. Aussi Moïse fit-il cette prière [Exod. xxxiii, 13) : Montrez-moi votre visage, montrez-moi votre gloire. Et Samuel celle-ci (/ Reg. iii, 9) : Parlez , Seigneur, parce que votre serviteur vous écoute. Les apôtres et les autres saints ne faisaient communément aucun exercice de la grâce des guérisons et des miracles, sans se livrer au« paravaut à la prière* La grâce do la coutcm-

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D'ASCETISME.

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plalion peut donc être désirée et demandée par acctdent.

VI. La contemplalion, soit ordinaire, soit extraordinaire, ne doit être désirée et demandée conformément aux règles indiquées jusquMci, que sous la condition tacite ou expresse, de l'utilité, pour celui qui demande à obtenir cette faveur. £n effet, la contemplation extraordinaire n*est que rarement utile et ne doit pas être demandée sans une spéciale inspiration divine; la contemplation ordinaire souvent aussi n*est pas utile, soit par défaut de disposition du sujet, soit pour des fins connues è la divine Providence; et d'ailleurs, ce nest pas une ^râce nécessaire è la perfection, à laquelle il faut toujours aspirer par degrés.

Les es|)rits méditatifs ne veulent tenir aucun compte de la contemplation et la rejettent comme un mode d'oraison qui n*est ni nécessaire, ni facile, ni convenable. Il font les objections suivantes : l"* Il est dit au livre des Proverbes (xxv, 27) : Celui qui scrute la majesté sera écrasé par la gloire ; Eccli. III, 22 : Ne recherchez rien de trop élevé; Luc. xiv, 10: Lorsgue vous serez invite^ allez vous asseoir à la aerniêre place. Donc, il ne faut p^is aspirer «^ la contemplation.— Tout cela, lépondrons-nous, prouve seulement qu*on ne doit pas y aspirer sans les précautions et les règles que nous avons prescrites, c'cbl-à-dire [»ar curiosité, pour ne pas être écrasé par la gloire divine, ou sans y être manifestement appelé de Dieu ; sans celte vocation, en effet, il faut s'asseoir }) la dernière place de la prière vocale et de l*oraison mentale. 2*" C'est, en quelque sorte, tenter Dieu, disent-ils encore, de se placer ainsi dans le silence de la méditation, pour que Dieu parle à l'homme, tandis que I homme peut, par la méditation, parler luiinêa)e h Dieu. — Nous convenons qu'il y aurait vraiment témérité à se présenter pour entendre la voix de Dieu, sans marque aucune et sans espoir que Dieu veuille nous parler dans le silence; mais si les signes ^sont Irappants d'évidence et si l'âme est bien disposée, ce serait cette fois une grossière témérité de vouloir interrompre, par noire humble langage, les paroles du souverain Koi. — On objecte : 3^ que la voie cont(Mnplative est exposée h de nombreux dangers, elle inspire facilement la vaine gloire; elle excite I avidité des délices spirituelles; elle est peu propre aux exercices de la vie active, de 1 obéissance et de l'oflice divin ; elle porto i dédaigner les âmes non contemplatives ; elle fait mépriser la voie de la méditation comme l'alpliabet des commei>çants. A cetto objection, nous répondons que ces dangers et ces défauts proviennent uniquement de l'abus de la contemplation, mais non de son usaçe juste et légitime, et ne se manifestent que dans le cas où une ânie mal purifiée, toute couverte encore de souillures, sans Yocation divine, mais de sa propre autorité, est venue s'mlroduire dans la contempla- . tion; car, tout au conlraire, la contemplation nous f a t pensLT à Dieu plus souvent et

nous excite h l'amour divin, h l'humilité ei aux autres vertus. — i** Puisque la contemplation, njoutp-t-on, requiert préalftblemenl la perfection de l'âme, qu'est-il besoin de la contemplation ? — La contemplation exige, il est vrai, une certa'ne perfection, mais n'empêche nullement Tâme de croître do plus en plus en perfection. — 5- Au moins, direz-vous, il est inutile de donner une doctrine de la contemplation, car Dieu seul et non l'homme, peut l'enseigner ; die est le produit do l'expérience et non celui de l'art. Knfin, il n'y a que les contemplatifs, instruits de Dieu, qui puissent tout au plus l'enseigner d'après leur propre expérience; aussi les principaux ascètes n'en disent rien dans leurs écr'ts. — A cette objection, nous disons que, si l'expérience propre est rcqui. e pour la théologie mystique, celle-ci ne doit pas être abandonnée à fa seule expérience. Et si quelques-uns des principaux ascètes se sont al>stenus d'exposer la doctiine de la contemplation, s'occupant uniquement de suivre et d observer toutes les prescriptions de la règle commune, afin de pouvoir s'élever, avec la grâce de Dieu, jusqu'à la con* templation, ils ont néanmoins reconnu qu'il fallait du'mander à d'autres la direction de ces âmes [irivilégiées, dont pari, nt un grand nombre d'auteurs.

Malgré toute la sainteté du désir de la contemplation, il est cependant inutile, trèsdangereux, et môme erroné de rechercher la pratique de la contemplation pour toujours et avec exclusion (le la méditation; c'est la méditation qui doit avec la prudence de l'esprit, disposer à la contemplation et y suppléer. —On le prouve, !• par l'Ëcrituro sainte, où la méditation est si souvent recommandée il tous les hommes eu général. C'est donc à tort qu'on voudrait délaisser et mépriser la méditation pour la contem-> plaiion, comme trop imparfaite et plus embarrassante qu'utile. 2* Par les saints Pères, qui tous recommandent la méditation. « La vie contemplative, dit saint Thomas (3, d, 35, q. 1, quœstiun. 2), consiste principalement dans l'opération de l'intelligence, et c'est ce qui l'a précisément fait appeler coîîtemplation. Le contemplatif fait néanmoins usage des investigations de la raison, pour arrivera la vision contemplative. Donc la. recherche de la raison, ou la méditation dispose à la contemplalion, et c'est à tort qu on voudrait la rejeter. » Saint Bonaventure demande (in ii itin. œler. d. 6) « do quelle manière notre esprit s'efforce, dans le chemin de la studieuse méditation, de pénétrer dans le sanctuaire intérieur et dans la demeure élernelle du Seigneur Jésus ;» après avoir montré que c'est par la méditation, laquelle détache l'esprit des choses temporelles, il conclut : • Enfin la méditation h force de s'exercer et de se perfectionner, se change en contemplalion. »

Ecoutons aussi Gerson {Tr. de médit. ^ cons. 7) : « Quand je pense que sans l'exercice de la méditation, personne, à moins d'un miracle luul spécial de Dieu, ne j^eut

se diriger vers la perfection de la contem> plnlîon, ou y parvenir; que personne ne \ye\ii atteindre le point \b plas élevé de la religion chrétienne, ni raôme s'y disposer; je ne puis recommander avec trop de z^lc J'eiercice de la sainte méditation. » Et Louis de Blois {Spec. Spir.y c. llj remarque que toutes les personnes spirituelles ne sont pas admises à la contemplation^ et que les personnes les plus élevées en contemplation, sont pdrfois obligées de revenir à la méditation. Saint Jean de la Croix» de l'autorité duquel certains voulaient abuser, requiert expressément dans les commençants Tusage de la méditation comme une disposition à la contemniation. (Opusc. de p$alm. amor., cant. m, 3j; il enseigne encore {in Ascens. ad mont,^ I. ii, c. 15) que les progressants doivent, en raison des différentes dis[U>sitions de leur esprit, se livrer tanidt à la méditation» tantôt à la contemplation. Il conseille même aux parfaits (c. 32) de faire parfois usage de la méditation. Enfin sainte Thérèse (in Fia pcr/., c. 16) fait opposition à ses filles, qui ne voulaient s'appliquer qu'à la seule contemplation; elle leur disait qu'il valait mieux se livrer k la méditation, qui était utile è tous, même 4uand on manquait de vertus» tandis que la contemplation exigeait de grandes vertus et de nombreuses dispositions. Et elle continue : « Restez donc toute votre vie dans votre oraison mentale, ie vous promets avec certitude ce bien de la contemplation, à vous et à toutes les personnes qui le désirent; je vous parle a*après ma propre expérience et sans crainte de me tromper.

Pendant vingt ans j*ai fait de vains efforts pour obtenir ce précieux don; sans cetle condition préalable, vous ne parviendrez jamais à la véritable contemplation, p 3^ En voici la raison : l*" La méditation est plus naturelle è Thomme qui raisonne que la contemplation par intuition simple; celle-ci convient mieux aux anges, et il serait présomptueux de la rechercher de son propre choix. 2'' La voie de la méditation seule est sufQsante pour le commencement, l'accroissement et la un de la perfection, et Dieu ne nous a fait aucune promesse de la contemplation; il est donc téméraire à l'homme de l'attendre pour se déterminer. 3** On courrait autrement le risque de tomber dans les «rreurs deMolinos.

Nous avons dit que la méditation doit, Avec la prudence de l'esprit, disposer à la contemplation et y suppléer.

On pourra se servir à cet effet des règles suivantes :

L La méditation ne doit pas précéder la contemfdation comme cause; car éiant d'un ordre inférieur, tandis que la contemplation est un don de Dieu tout h fait gratuit, la méditation ne peut par elle-même influer •ur la contemplation. Néanmoins la méditation doit précéder la contemplation comme disposition; car le don précieux de la cuntepplation ne s'accorde qu'aux âmes canvc- •ablMient préfiarées par la méditatioiK

DlCTIONiNAlRË CON i%i

C'est ce que Hugues de Saint-Victor d(^* montre {Fiom, 1, in ecc.) par l'exemple du feu qu'on allume avec du bois vert.

II. La méditation peut en quelque manière et doit suppléer la contemplation»

quand» pour une épreuve ou pour toute autre tin connue de Dieu seul» une personne se trouve nour quelaue temps privée des faveurs de la contemplation dont elle jouis-* sait. Car souvent les Ames contemplatives et bien disposées sont éprouvées par de< aridités toiles qu^elles peuvent à peine prier, loin de pouvoir jouir du repos de la contemplation. Elles doivent alors se fortifier, autant que possible, par l'exercice des vertus, la lecture spirituelle, la prière vocale et mentale. « L'esprit ainsi éprouvé, dit Richard de Saint-Victor, (i. v De couiempL^ c. 17} doit réveiller en lui les douceurs spirituelles par la méditation du cœur. » Saint Laurent Justinien (De Diecr. prof. y c. 18) ajoute : «11 faut demeunr dans cetle jouissance amoureuse» c'est-àdire dans la contemplation, tant que dure l'affection divine : si elle vient à cesser ou à s'attiédir» il faut la ranimer par le secours de la méditation. »

III. La disposition résultant de la méditation ne peut se régler sur un certain espace de temps, pour préparer suffisamment l'Ame au passage à la contemplation. Car une médi* tation courte peut être plus profitable» comme une longue peut Têlre moins» en raison de la ferveur, ou de la tiédeur, ou de la nécessité plus ou moins grande de la purgation. D'ailleurs, la contemplation est un don gratuit, que Dieu ne uoit à personne, quelque bien disposé qu'on soit, et qu'il accorde ordinairement nour des fins connues de lui seul tôt ou tara, un jour ou jamais. Aussi Gazée reprend-il Cassien (Collât. 12, 15) qui assigne l'espace de six mois comme sumsant pour obtenir la perfection de la chasteté, fixant en quelque sorte à Dieu une époque déterminée.

« C'est une pratique suspecte, dit Louis du Pont, que de suivre pendant tant d'années ou tant de mois certains exercices» en vue d'obtenir telle ou telie faveur do Dieu» et d'attendre tel ou tel degré de vertu. »

Il ne faut donc pas écouter ceux qui pré» tendent que pour s'élever à la contemplation il suffit de se livrer à la méditation pendant deux années, pendant quatre ou six mois* On lit dans le prologue de la théologie mystique, dans les œuvres de saint Bonaventure, qu'il suffit de s'exercer un mois ou deux à la méditation, pour s'élever à la contemplation unitive. Cette proposition suffit pour démontrer que cette theolo* gie mystique est faussement attribuée à saint Bonaventure, d'autant plus que» dans tous ses autres ouvrages^ on ne voit rien

3ui se rapi>orte è cette doctrine. Et le car* inal Bona observe avec raison (in Via comp.f c. 10 ) que sainte Thérèse pendant vingt* deux ans et son confesseur Bahbazar Alvarez pendant seize ans» ont langui dimn

GOM

DASCETISME.

CON

les peines de la méJitation» avant d'être élevés h la contemplation.

IV. Il faut s*en rapporter complètement à Dieu, non-seulement quant au temps et à la manière d'obtenir la contemplation, mais encore auant à la substance même de la contemplation. Nous devons mettre notre sollicitude à nous y disposer par la méditation, afin de ne pas apporter obstacle à un si grand bien. £n effet, la contemplation, même en supposant que la méditation nous ail bien disposés à la recevoir, doit être humblement demandée comme une grAce nouvelle» mais ne peut être obtenue et acquise comme une grâce qui nous est due. « Ni la lecture spirituelle, ni la méditation ne peut nous en faire connaître la douceur, si elle ne nous est pas donnée d'en haut. )» ( Auct. ScaL claustr.^ c. 13. )

Sainte Thérèse ( Vil., o. 22) dit avoir vu avec déplaisir certains traités de Toraison enseigner que l'Ame, quoiqu'elle ne pût par elle-même s'élever jusqu'à la contemplation, •comme œuvre surnaturelle, pouvait cependant s'aider à y parvenir, en détachant Tesf rit de toute chose créée , et en s'élevant humblement, après de nombreuses années passées dans la voie purgative et illuminative. Celte doctrine dit-elle, pèche par défaut d'huinilité,;eB enseignant à l'homme qu'il peut s'élever lui-même, avant d'être élevé de Dieu, -en lui faisant croire à tort qu'il peut en jquelque sorte s'égaler aux anges, et par ses propres efforts mériter un si grand bien. »

y. Pour que la méditation puisse disposer à la contemplation, elle doit être plutôta/^eciivequ'intellective, c'est-à-dire enflammée par des aspirations jaculatoires, ou actes anago^ yiques: elle doit être en quelque sorte continuelle, même jour et nuit. C'est ainsi, en effet, que le feu de l'amour divin dessèche le cœur comme le foin, en fait jaillir des éiincelles et l'enflamme^ afln d'exciter par le feu descendu du ciel un nouvel incendie. « La voie la plus courte vers Dieu, dit le cardinal Bona ( in Via comp.^ c. 5 ), vers le sommet de la théologie mystique, vers l'union intime avec le Verbe, consiste dans les mouyements anagogiques et dans l'exercice des aspirations. L'âme, en effet^ commence k fiaire un retour sur ses sentiments intérieurs, retour qui s'opère au moyen des aspirations actives, en même temps que la partie inférieure et l'esprit de l'iiomme s*élèvent à Dieu par ces mouvements anago-

Îiqwt; bientôt les affections du cœur s'enamment, et la partie raisonnable de l'Ame, se dégageant du lien des passions et des faux prestiges du monde, dirige son resard intérieur sur les célestes régions qu elle veut . parcourir^ et ainsi passe à l'état le plus sublime de la divine contemplation. »

VLGeUemédltalion doit être non-seulement affective, mais aussi efficace^ et se proposer la destruction du péché et des restes du péché, la compression et l'extirpation, autant que possible, des passions, le développement des ve;ftus et surtout de 1 humilité. Sans celte disposition, c'est en vain qu'on attend la ijr^ce le

la contemplation. « Il faut d'abord, dit saint Grégoire ( I. vi; M or , c. 17 ), purifier l'esprit de tout amour de la gloire temporelle et de tout plaisir de la concupiscence charnelle; et alors seulement on doit l'élever vers la montagne de la copteroplation.

Ainsi lorsaue le peuple reçoit la loi il lui est interclit d'approcher de la montagne ; quand la faiblesse de son esprit le retient encore attaché aux choses de la terre, ce serait à lui une folle présomption de vouloir contempler les choses sublimes. »

Lorsque 1 Ame a été suffisamment disposée par la méditation, et conformément aux règles que nous venons d'exposer, lorsqu elle est appelée à la contemplation par une inspiration spéciale de Dieu, alors il est saint et utile pour elle de s'y livrer humblement, et de laisser momentanément la méditation. 1* L'Ecriture sainte nous l'indique on nous invitant à la contem[ lation (Voir les textes cités plus haut ). 2^ C'est aussi la doctrine des saints Pères. Saint Denys ( Theol, myst.y c. 1 ) enseigne à Timothee gu'il doit, délaissant toute ctiose créée, 8>fforctr d'arriver au rayon des ténèbres divines f gui est supérieur à toute essence. L'auteur de V Echelle claustrale ( c. 10) dit en parlant de la contemplation : « Dieu veut que nous le priions, et qu'à son arrivée, quand il frappe à notre porte , nous lui ouvrions le sanctuaire de notre volonté et nous la conformions à la sienne. » Richard de Saint-Victor ( De prop. ai contempL, c. 8*3, S^; \.i De cont.f c. 2} ditiiussi : « l'arche d'alliance est construite et dorée sous la direction de Dieu, quand l'intelligence humaine est élevée à la contemplation de la grAce par l'inspiration et la révélation divine. )»S^ Selon saint Thomas (2-2, q. 180, a. 4), « la contemplation nous est promise comme la fin de toutes les actions et la perfection des joies éternelles : cette contemplation sera parfaite dans la rie future, alors aue nous verrons Dieu face à face; et par elle les parfaits jouiront de la béatitude. Mais maintenant la contemplation de la vérité divine est en rapport avec notre faiblesse; elle se fait d'une manière imparfaite, comme dans un miroir et sous le voile du mystère : elle est pour nous une indication de la béatitude qui commence ici-bas pour continuer dans l'éternité. » Nous devons donc nous disposer à la recevoir. D'ailleurs la méditation cherche laborieusement la vérité à l'aide du raisonnement quand elle ne peut l'obtenir par l'intuition simple. Donc si Dieu nous l'offre par cette intuition, c'est inutilement quo nous la recherchons par la méditation. Enfin dans la voie de la méditation, nous devons marcher en aspirant à la contenp ation ; il est donc contraire h la raison de rester attaché à la méditation , alors que l'époux se présente à nous par la contemplation.

Mais pour ne pas quitter prématurément la voie de la méditation, il nous faut observer les règles suivantes :

L Le caractère fondamental du passage régulier de la méditation à la conlemplutioa

CON

biCTlONNAIUE

CON

consiste dans vue spéciale vocation el inspiration de Dieu. Celte vocaiioii est une condition indispensable, et en l*absence de laquelle, c'est à tort nu'un veut aspirer à la contemplation. On aoit se contenter alors de l'oraison Tocalo ou mentale. Mais si Ton possède cette condition de la vocation divine il Y aurait témérité à se refuser à la contemplation. Ainsi renseignent Louis de Blois, Alvarez et Jean de Jésus Marie.

La plus grande difficulté est de savoir reconnaître si rame est appelée de Dieu à la contemplation, et doit s'y livrer avec uiks humble contiance; ou bien, si elle n'y est pas appelée el doit s'en éloigner avec mo« deslie. On peut le reconnaître à trois signes cerlainfi et évidents^ indiqués par saint Iran de la Croix (Ascens. ad mont, I. ii, c. 13 et l^J : 1* le premier signe, c'est qu aid lame suffisamment disposée à la contemplation ne peut plus se livrer à la méditation. Quand ce signe est seul, il est trompeur et ne suflit pas pour discerner si Ton est appelé de Dieu è \iï contemplation. Car l'impuissance h méditer peut naitre de la tiédeur, ou de Id négjigeuco à remplir ses devoirs de piété, ce qui arrive souvent. 2* H est donc nécessaire à ce premier signe d'en ajouter un second, c'est lorsque TÂme qui ne peut ni méditer ni raisonner sur les choses divines let surnaturelles, montre en même tcm[)s beaucoup d'éioignement pour la dissipation et fK)ur te goût des choses terrestres. 3° Knfin, le troisif^me et le principal signe, sans lequel les deux autres ne peuvent rien quant à la nécessité de se livrer à la contemplation, c'est quand Tâme s'applique à loraison avec des aspirations affectueuses vers Dieu. Ce sont ces aspirations que le môme saint appelle attention ou connaissance affectueuse dans la paix et la quié^ iude fl52}.

IL Quand on a la certitude de cette vocation spéciale, il faut s'y conformer et y coopérer par la voie de la contemplation comme à une grâce toute spéciale. Ln etfet la voie de l'oraison étant par elle-même beaucoup plus parfaite par la contemplation ^ue par la méditation, et Dieu voulant par i;lle élever l'esprit, ce serait non de Tuujnilité, mais de la pusillanimité et de la paresse que de résister à la vocation divine : on perdrait ainsi de précieux avantages, et il pourrait on résulter de grands inconvénients. Aussi saint Jean de la Croix ( in Prœm. ascens. ad mont. Carm)^ se plant M que certains confesseurs et pères spirituels, par leur inexpérience de cette voie, sont ordinairement plutôt nuisibles qu'utiles aux âmes contemplatives. »

IIL Pour connaître cette vocation spéciale si nécessaire à la contemplation il tant le discernement des esprits. ( ¥oir ce mot. ) Nous donnons en passant cette règle emprunter d'Alvarez. {\. v De contemp. p. 2, c. 13). Une Ame |)eut se livrer h ce genre d'oraison

quand elle y a été autorisée par un maître spirituel qui a nu a'^quérir une connaissance suflisante de ses progrès dans la vertu et dans la méditation : lorsqu'elle y est (»ortée par des inspirations intérieures et par une cerlniue satisfaction de l'esprit; lors» qu'entin fatiguée d'ariditédans la médîlati m, elle fait plus de progrès dans ce regard d'attention amoureuse vers Dieu, se montre plus forie à fouler au pied le monde, h se mépriser elle-même et à pratiquer toutes les vertus.

IV. Si l'Âme n'a pas été puriGée par la mortiliralion intérieure et extérieure, si elle n*a pas proiilé des épreuves que Dieu lui a envoyées, si elle n'a pas expié ses péchés, délruil tous tes restes du péché, subjugué ses passions, cesié de coramettre aucune faute délibérée, et fait des progiès dans la vertu et surtout dans Pliumililé, on ne peut, à moins de circonstances rares et extraordinaires, supposer que Tinspiraliou divine la porte à la contemplation.

V. La con:e:nplalion, même accompagnée de la vocation et des dispositiotib requises, peut encore être ou seulement imparfaite et comme ébauchée, ou parfaite; elle peut être aussi ordUuiire ou' extraordinaire. Ea effet, la contemplation, en général, ne ditfère pas .logiquement, mais seulemei.t moralement de la méviiialion, c'est-à-dire en tant qu'elle lui est supérieure d'une manière notable et permanente. Aussi, la méditation peut souvent participer en quelque chose de la contemplation imparfaite, el dans la contemplation môme parfaile su trouve mêlée quelque médilation : souvent même elles doiventalterner l'une avec l'autre.

On peut voir aux articles molinosishb et QuiÉTiSMB Texposition et la réfutation de quel]ues erreurs opposées à celte doctrioe ue la contemplation.

Le meilleur moyen d'aspirer à la contemplation, c'est d'aspirer avec ferveur à la perfection. Celui qui en toute eirconslaoce s'applique à agir parfrnteuient, s'efforcera d'aimer Dieu sans mesure et par-dessus tout; et jKiur Taimer ainsi, il le priera de l'éclairer et de l'enOammer toujours de plus en plus. A cet etfet, il se livrera avec zèle i la fH'ière vocale et instrumentale, aux aspirations vers Dieu, et à sa continuelle présence. 11 s'y portera non par un sentiment de stérile curiosité, mais par un amour eftî* caco, et avec le secours de la grâce divine. Aussi, pratiquant toutes sortes de mortifications, il évitera avec soin les fautes môme les plus légères, du moins celles qui sont délibérées; il déracinera en lui les vices, il repoussera les distractions, méprisera toute chose créée, no désirera pas avec trop d'avidité môme les célestes délices, mais Fe résignera tout entier et avec humilité nu bon plaisir divin. Voilà la meilleure disfx)sition à la contemplation ; et Dieu la lui

Je pas

accordera, ou s'il ne juge r>as à propos lui donner celle faveur, il n'en avancera

(152) Voir Oraison afffxtivk , Or4iso?( de recucillkhent actif et passif où ces rccles et m ODservaltQiis reçutvtiii tuut leur diivcluMPtineul.

D'ASCETISME.

COM

moins dans la i>erfection. Car la perfection ne consiste pas dans le don de la coDtemplation» et Dieu peut la lui refuser» tout en suppléant à son absence par le don de son amour plus sûrement défendu par rtiuroililé. Kii effet^saint Grégoire remarque (l.vi Alor., c. 17) que la contemplation est utile à beaucoup de personnes, mais non à toutes; qu'il est préférable pour d'autres que Timpétuosité de l'amour soit assurée par le poids de l'humilité, comme par une ancre que la charité jette sur Je rivage de Tamour divin. « Dans 1 humilité, la mortification, l'abnégAtion et les autres vertus, dit sainte Thérèse (m Via perf., c. 17), il y a toujours beaucoup de sécurité; il n'y a rien à craindre, aucun danger à courir de ne pas arriver ^ la perfection; soyez donc, autant que les âmes les plus élevées dans la contemplation, toujours en parfaite sécurité, faisant tout ce qui dépend de vous pour arriver à la contemplation, et faites-le avec toute la perfection possible ; et si Dieu refuse de vous accorder cette faveur tôt je ne pense pas qu'il le fasse, si votre abnégation et votre humilité sont véritables), croyez que cette ioie vous est réservée dans le ciel, oix vous la goûterez un jour avec plus d'abondance et de délices. »

La contemplation, soit ordinaire, soit extraordinaire, se divise en chérubique ou intellective, et en séraphique ou affective. Dans la contemplation cnérubique coexistent deux actes partiels d'intelligence et de volonté; mais c'est l'acte intellectuel qui surtout y prédomine.

Ces aeux termes de chérubique et de sera" jfhigue sont empruntés aux deux premiers ebœurs de la hiérarchie des esprits célestes. Les séraphins sont ceux en qui l'ardeur de l'amour éclate plus c|ue la lumière de la scieoce» bien qu'ils jouissent de ces deux perfections. Les chérubins, dont le nom signifie plénitude de science, sont ceux en

3ui la lumière intellectuelle brille avec plus 'éclat que l'ardeur de Tamour, bien qu'ils possèdent l'une et l'autre à un très-haut dcKré. De même, dans la contemplation»

qui consiste dans une foi vive et une ardente charité, l'un ou l'autre de ces actes se manifeste avec plus de splendeur, et celui où prédomine la lumière inlellectuelle de la foi vive s'appelle contemplation chérubique ou Inlellecttvo; et celui où surtout se uianifesieî'ardeur brûlante de la charité se nomme contemplation séraphique ou aflective.

De la contemplation cuérubiqle. — La contemplation chérubique a pour fondement nécessaire la foi, ou une grande habitude h comprendre les choses divines et révélées, auxquelles la théologie, t)ar ses explications, peut apporter quelque lumière. A ces explications, la contemplation, par les trois dons du Saint-Esprit, savoir par ceux d'intelligence, de sagesse et de science,

(155) Ce passage assez difficile d^Hugucs de Salut- Victor est ainsi exprimé en latin :Cum cœperit mens^ etc...; in tantum in hoc mentis excessu pax ilta quœ

DiCTioîf^. d'Ascétisme. I,

aioute une nouvelle lumière intellectuelle, claire et chaleureuse, qui, unie à la lumière de la foi, élève et exalte souverainement l'intelligence, de manière à lui faire connaître Tes vérités divines révélées, d'une nouvelle manière» arec une lumière nouvelle et avec une nouvelle vivacité qui en agrandit le cercle à ses yeux. Cette lumière de la contemplation est claire, certaine, forte, pacifique, délicieuse et pure; elle est le principe des connaissances qui améliorent la vie et les mœurs: elle est pratique et éclaire l'intelligence, de manière à échauffer, amollir, fondre et récréer en môme temps la volonté, è pénétrer l'âme de tendresse et à rectifier l'intention, afin ciue dans tous ses désirs, dans toutes ses paroles et ses actions elle ne cherche que Dieu seul. Et de même que si dans une chambre ténébreuse où quelque malade est tristement étendu, vient à pénétrer quelque chaud rayon du soleil de midi, la chambre est subitement éclairée, l'air purifié et le malade transporté de joie; de même dans l'âme contemplative, l'ignorance est éclairée {tar cette lumière de la contemplation, ses affections sont purifiées, son intention rectifiée, son cœur pacifié, son entendement illuminé, et les choses divines et humaines, qu'elle n*avait jusqu'alors ni connues ni comprises, lui apparaissent sous un journouveau et d'une manière excellente et plus parfaite. C'est ainsi que le P. Go* dinéz décrit la contemplation chérubique. (Pr. thn mysi. , 1. y, c. 1.) Hugues de Saint- Victor la présente à peu près sous le même point de vue (I. ii De antm., c. 20) : « Lorsque l'esprit, par la pure intelligence, commence a s'élever au-dessus de lui-même, à pénétrer tout entier dans les splendeurs de cette lumière incorporelle, à goûter quelque douceur intime des choses qu'il contemple intérieurement, à en former son intelligence et à en créer sa sagesse, il arrive, dans ce transport d'esprit, à un tel degré de ce(te paix supérieure aux sens, qu'il se fait comme un silence dans le ciel (153). Les sens et l'imagination n'ont rien à faire ici, et toute la partie inférieure de l'âme se trouve dis« pensée de ses propres fonctions. »— « Si les mystères de notre foi que nous avons a^tpris par la révélation, .dit Richard (I. iv De con-lempL)f ou qui nous ont été enseignés par les théologiens, deviennent Tobjet habituel de notre eontemplation, alors, il arrive (si Dieu nous accorde celte faveur) que notre esprit se transporte d admiration pour ces mystères, qu'il s'en nourrit, s'en humilie, et s'enflamme du désir le plus ardent pour les choses divines. » Les écrits de sainte Thérèse et de saint Jean de la Croix nous fournissent l'exemple de saints qui ont excellé dans cette contemplation.

La contemplation chérubique peut avoir pour objet le mystère dO la sainte Trinité, celui de rincarnuliou , celui de TEucharis-

exsuperat omnent $ensum^ invenitur atque obiinctur, ut fiut silentiti/n it^r^o,

CON

DIGIIONNAIRË

COIM

lie, elc. Nous allons successivement examiner ces différents genres do contemplation. !• La contemplation de la tris-sainte Trinité est fondée sur la foi, qui nous enseigne qu*en Dieu, un dans son essence, se trouvent trois personnes réellement distinctes, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Le Père n*est pas engendré; il est le principe produisant par une génération féconde son Fils unique, consubstantiol au Père, et égal à lui en toutes choses. Le Père et le Fils, quoique étant deux personnes réellement distinctes , sont un seul et môme principe d'où procède le Saint-Esprit , qu ils produisent par une seule et même volonté, un seul et même acte. Le Saint-Esprit, bien qu'il n'engendre pas comme le Père , est néanmoins bon, sage et saint comme le Père et le Fils, leur est consubstantiol en tout, et ne forme avec eux qu'un seul et môme Dieu. La théologie prouve toutes ces assertions et explique en quelque sorte l'unité de l'essence dans les trois personnes par la coexistence de trois facultés d'intelligence, de volonté et de mémoire dans une seule Ame; elle jette ainsi quelque clarté sur les obscurités de la foi. Mai^, dans les âmes contemplatives, tandis qu'elles voient le mystère de la sainte Trinité sous l'ombre de la foi, à la lueur du flambeau de la théologie, il leur survieni parfois sur ce mystère une lumière éclatante, chaleureuse, splendide, pacilique et délicieuse, qui leur fait apparaître ce mystère suprôme avec une éblouissante clarté. Elles y contemplent, comme dans un divin miroir, de nombreuses vérités nouvelles, de nombreux secrets et mystères divins, dé nombreuses perfections ; et celte intuition simple transporte l'Ame d'admiration, la réjouit, l'enûamme, la change intérieurement, l'élève et la perfectionne. Sainte Thérèse l'atteste par son propre exemple ( Vit., c. 39) , et le P. Godinez (1. y, c. 3} rapporte avoir connu quelques théologiens qui avaient parfois reçu la faveur insigne de cette sublime contemplation ; ils disaient que la lumière qu'ils trouvaient dans les livres sur ce mystère n'était qu'obscurité, en comparaison de cette lumière éclatante et chaleureuse de la contemplation , (jui éclaire l'intelligence d'une manière sublime et échauffe délicieusement la volonté.

Quand nous disons ici que la théologie, soit dogmatique, soit scolastique, peut être de quelque utilité pour la contemplation, nous ne prétendons pas qu'elle y soit indispensable; car en beaucoup d'Ames contemplatives gui n'ont aucune notion de la théologie, la lumière de la contemplation supplée abondamment au défaut de connaissances Ihéologiques. Nous voulons dire seulement que ceux qui ont éludié la théologie fieuvcnt ntileinent s'en servir pour éclairer eui* foi, et se disposer ainsi à la contemplation.

2* La contemplation du mystère deVIncarnatioriy V est fondée sur la foi, qui nous enseigne que le Fils de Dieu s*est incarné dans

le sein de la bienheureuse Vierge Marie, réunissant dans sa personne divine, par une union hvpostatique, la nature divine et la nature numaine ; de sorte qu'en Jâios- Christ notre Seigneur, bien qu il y ait deux natures complètes, il n'y a cependant ni deux personnes, ni deux Fils de Dieu. Cette môme foi nous enseigne que les actions de Jésus-Christ ont été théandriques, c'est-àdire d'un Dieu homme, qui a souffert comme homme, est ressuscité comme Dieu. 3* La théologie conGrme ces vérités, les explique et les éclaire en quelque sorte par divers exemples. ~ 3** A ces deux fondements se joint la méditation affective et continue d'un si grand mystère. — h"" Ces vérités étant crues par la foi et appréciées par une méditation vivement affective, Dieu parfois allume et développe dans l'intelligenGe la lumière ardente de la contemplation, dont l'effet se communique h la volonté; cette lumière fait apparaître ces vérités sous un point de vue nouveau, admirable et déleotable, et produit dans l'Ame une connaissance si vive, si rapide, si perçante, si claire et si délicate, que cet Homme-Dieu attire et retient à lui le cœur de l'homme et l'enflamme par cette contemplation d'un tendre et suave amour; l'Ame alors déborde d'affections, elle désire, elle brûle, elle aime, elle se tait, elle écoule, elle sentd'unô manière divine. Alors la foi est vivifiéet l'espérance se ranime, la charité s'enflamme, toutes les vertus morales reçoivent un nouvel éclat. On contemple Jésus-Christ, tantôt dans son enfance, tantôt dans sa prédication , tantôt dans les souffrances de sa passion , pour exciter en soi les affections des vertus morales, e'esl-Mire de componction, de patience, d'humilité, d'obéissance, de douleur, de crainte, de confusion, par la considération et l'imitation de l'enfance, de la vie« de la passion et de la mort du Sauveur.

11 est utile aux Ames contemplatives de s'efforcer de connaître Dieu par la contemplation, de s'appliauer à la contemplation de l'humanité du Ohrist. On le prouve : 1* par l'Ecriture sainte, qui nous propose à tous, sans exception pour les contemplatifis, la considération de Jésus-Christ comme homme. Celui-ci est mon fils frtm-atm^, éeou» tex'le. {Luc. ii, 35.) La vie étemelle consiste à vous connattrCf vous^ qui êtes le siut Dieu véritable, et à connaître Jésus-Christ que vous avez envoyé, (Joan. xvii , 3.) 2° Par les saints Pères. Saint Denys (c. 2 De div. nom.) contemple à la fois Jésus comme Dieu et comme homme, et il rapporte avoir appris celte contemplation du divin Uiérothée, qui était inspiré de Dieu. Jésus, dit-il, est ta manifestation de toute théologie. Cession (coll. I, c. 15), parmi différentes vérités qu'il pro[)Ose comme matière de contempla* tion, place au premier rang le mystère de rincarnalion. Richard de Saint-Viclor (l.i De cont,, c. 3, et I. iv, c. 22), pense que non-seulement Dieu, mais toutes les vérités révélées peuvent servir indistinctement de

CON

D'ASCETISME.

CON

malière à la médi talion et à la contemplation» qui sont deux sortes de prière, seule^ ment différentes quant à la manière; et au c. 18, ii présente les mystères de la sainte Trinité et de Tlncarnation comme la matière du degré le plus parfait de la contemplation. Saint Augustin, à propos de ces paroles (Joan. XIV, 6) : Je suii la «ote, la vérité et lavie^ s'exprime ainsi (serm. 55, De verbis Do'mini) : « II est devenu la voie en se faisant homme. C'est en passant parThumanité que vous parvenez à Dieu; c'est par lui, c est vers lui que vous marchez. Ne cherchez pas d'autre moyen que lui-môme

Cour arriver à lui.... Il vaut mieux aller en oitant dans la voie que de marcher à grands pas hors de la voie. » Saint Bernard (serm. 3 De ascens.) enseigne que Jésus-Christ est venu pour éclairer notre intelligence à tous, afin que nous pensions toujours et sans cesse^ par la méditation et la contemplation, aux merveilles qu'il a faites. Saint Bonaventure {in Stim, amor.y p. ir, c. 3) dit aussi : « Quiconque veut entrer dans le repos et la douceur de la contemplation autrement que par l'ouverture du côté de Jésus-Christ, doit se regarder comme un voleur de nuit.» Alvarez Pelage s'exprime en ces termes, dans sa réfutation des Béguards {in Planct. Eccl.^ I. ii) : « Ces hérétiques, en prétendant que ce serait déchoir des hauteurs de la contemplation, que d'arrêter sa pensée sur la chair ou sur la passion de Jésus-Christ, sont inspirés par un esprit de folie et d'orgueil diabolique; car, en considérant le corps de Jésus-Christ, on voit Dieu par la foi, et on contemple sa di- ▼inité, qui est intimement unie à la chair de Jésus-Christ.... Quel sujet plus noble et

{Ans pur de contemplation que Dieu soufrant dans sa chair, et que cet auguste sacrement, institué principalement en mémoire de ce divin mystère?... Rien rj*altire et n'enctialne l'homme à Dieu comme la contemplation de Dieu fait homme. » 3** Le troisième motif est tiré de saint Thomas ( 3-3, q. 180, a. 4), qui établit que, « bien que la Divinité soit le premier objet de ootre contemplation , néanmoins nous sommes, par l'amour divin, conduits en quelque sorte par la main dans la contemplation de Dieu, selon ces paroles del'Apô- Ire {Rom. i, S^} : Ce au'il y a d'invisible en Dieu est devenu visible par la connaissance que ses créatures nous en donnent. C'est pourquoi la contemplation des effets divins est une seconde matière de contemplation, en tant qu'elle conduit Thomme à la connaissance de Dieu. » Or, de tous les effets divine, le plus divin est sans contredit Tlncaroation ; donc, elle doit ôtre, bien que secondairement, l'objet de la contemplation. EnOn, selon le même docteur {QuodL VIII, art. 30), l'humanité de Jésus-Çhristest la porte delà contemplation, non-seulement

f>our les hommes mortels, mais encore pour es anges et les bienheureux dans le ciel. « Le .premier objet de la contemplation des isaintS; dit-il, est Dieu lui-même ; il est pour

eux le moyen de toute connaissance et la règle de toute opération. Ils contemplent donc d'abord la divinité de Jésus-Christ avant de contempler son humanité. Néanmoins, ils trouvent un égal plaisir :lans chacune de ces contemplations; C*est ce qui a fait dire à saint Jean (x, 9) : Les bienheu^ reux entreront pour contempler (a divinité de Jésus^Christf et ils sortiront pour con^ templer son humanité, et partout ils trouveront des pàturagesy c'est-à-dire joie et bonheur. » Donc les Ames contemplatives qui sont dans la voie, c'est-à-dire plus imparfaites encore que celles qui sont dans la patrie, doivent s'élever à la contemplation |)ar l'humanité de Jésus-Christ.

La contemplationi de l'humanité de Jésus - Christ est encore utile pour exciter en nous l'amour de Dieu et les autres affections de vertu propres à la contemplation. C'est ce que prouvent, l"" les textes sacrés rapportés ci-dessus ; ^ les saints Pères et les mystiques dans les [)assaçcs cités plus haut. Joignons-y celui-ci de saint Bonaven-^ ture (c. 50 Medtt. Christs vit,) : «r Vous avez vu comment il y a trois genres de contemplation : celle de l'humanité de Jésus-Christ, celle de la céleste cour et eelle de la majesté divine. Vous devez savoir que dans chacune de ces contemplations coexistent deux transports d'esprit, un transport intellectuel et un transport affectif, »etc.

Réfutons ici quelquesobjections proposées sur ce sujet, l*" La contemplation , dit-on , consiste dans l'intuition simple de Dieu comme Dieu. Donc l'humanité de Jésus- Christ n'y a aucun rapport , et se rattache seulement à la méditation qui dispose à la contemplation. — jR^p. La contemplation de Dieu comme Dieu est la contemplation première et principale, mais elle n'exclut pas un objet secondaire de contemplation , qui est l'humanité de Jésus-Christ. — 3' Saint Bonaventure a dit ( Médit, vit. Christ, c. 50) : a La contemplation de l'humanité de Jésus- Christ est pour les commençants et les imparfaits. » £l il conclut (c. 51) : « Cette contemplation est plutôt une méditation qu'une contemplation véritable. » Saint Bernard le prouve (serm. 63 m Can^), en disant que l'âme parfaite peut seule pénétrer dans le sanctuaire du Verbe, par la sublime contemplation , tandis que les imparfaits ne doivent pénétrer que dans les blessures du Christ, par la méditation , pour s'y purifler. — Rép. Saint Bopaventure veut seulement dire que la considération de Thumanité du Christ dans la méditation convient également aux parfaits et aux imparfaits; tandis que la contemf)lation ne convient seulement qu'aux parfaits. C'est aussi en ce sens qu'on doit expliquer les paroles de saint Bernard. —3- La contemplation parfaite détache de tout objet sensible , parce que, selon l'Apôtre, n'ayant potn^ de voile qui nous couvre le visage et contemplant la gloire du Seigneur^ nous sommes transformés en lamémo image (II Cor. ni, 18). D'aiHeurs saint Denys {ci De myst. th. ) exhorte ainsi Timo-

DICTIO.NXAIRE

lljé€ : c Laissez de cùlé les sens , les actes de fesprit « Coul ce qui tombe sous les sens, tont ce qui est aperçu riar l'esprit, » etc. T^uuler et saint Jean de la Croix tiennent 2e même langage. Donc rbamanité de Jésus- Christ 9 comme objet sensible , ne peut être matière de contemplation* — Rép. Les choses sensibles peuvent aussi senrir de matière à la contemplation. Dans le passage cité , saint Paul oppose la manière dont les spôtres ont vu Jésus-Cbrist en lui-même , et dont tous les hommes penrent le roir par la foi , à la manière figurée dont Moïse Ta ru , et enseigne que nous apercerons en lui coînme dans un miroir la gloire de la Dirinité. Quant à saint Denjs et aux autres mystiques , ils sont loin d'exclure de la contemplation rbumanité de Jésus -Christ, comme on voudrait le prétendre. Concluon.s donc que l'humanité de Jésus-Christ nonseulement ne peut être un obstacle à la contemplation , même la plus sublime » mais encore est un des moyens les plus efficaces

E>ur 7 arriver. Jésus-Christ , en effet , s'est it homme risible , aQn d'élever l'homme à la connaissance du Dieu invisible. 11 est la porte par laquelle on parvient à l'intelligence de Dieu t par laquelle on arrive è Dieu par la profonde contemplation. Aussi les saints qui ont été le plus comblés des faveurs de la contemplation sont aussi ceux qui ont le pluâ aimé la sainte humanité du Christ. Je fi'at point fait profession de savoir autre chose parmi votis que Jésus^Christ , et Jésus Christ crucifié. ( / Cor. ii , 2. ) Je porte sur mon corps les stigmates de mon Seigneur» ( Gai. VI , 17. ) Je ris , ce n'est plus moi qui vis , c'est Jésus-Christ qui vit en moi. ( GaL II, 20. )Qui ne sait le rang de saint François d'Assise parmi les personnes contemplatives? Pour juger avec quel vif amour pour Jésus crucifié il se livrait à sa contemplation sublime , jetez les yeux sur les stigmates qu*il porte au côté , aux mains et aux |)icds. saint Antoine de Padoue n'était pas non plus un des moins favorisés sous le rap|>ort de la contemplation. Voulez-vous savoir do quelle ardeur pour Jésus-Christ son cœur était embrasé ? Considérez TEnfant divin qu'il serre dans ses bras. Parmi les saintes contemplatives , les plus éminentes sonl : Sainte Catherine de Sienne ,qu)y par la couronne d'épines dont elle entourait sa tête , montre assez combien elle chérissait son époux crucifié; sainte Brigitte, qui char[iie jour recevait la nourriture de la doctrine céleste de la bouche môme de son Seif^neur crucilié; sainte Thérèse, qui pleurait avec amertume les moments passés sans songer à Jésus. Toile est la voie royale qu'ont suivie les saints pour s'avancer dans la connaissance et dans l'amour de Dieu.

3* La contemplation du inystèredo laSam/e Eucharistie a pour fondement la foi par laquelle nous croyons (lu'après la prononciation des paroles de la consécration par un ministre légitime» la substance du nain et du y'xnsatranssubstantieQti le corps et le sang de Jésus-Christ y et qu'il ne reste plus que

les seules apparences du paia et da rio.Ce mystère de la sainte Eucoaristie est expliqué 9 confirmé et défendu par la théologie. Dieu lait luire parfois dans les âmes oneliimière de contemplation, qui leur mooire la manière dont le corps de Jésus-Christ existe sous les espèces sacramentelles, et le leur fait apparaître comme un roi sur son trône, qu un rideau voile aux regards ; on comme un brillant soleil dont quelaues nuages tempèrent momentanément Féelat ; comme la source du paradis , cachée soos le feuillage des espèces sacramentelles , et d'où émanent quatre fleuves de grâce , de miséricorde , de charité et de piété , pour arroser , réjouir et féconder rÉjglise , ainsi que les cœurs des fidèles qui riennent j boire. Une contemplation revêtue de ces caractères a parfois tant de force , qu*olle ra« vit Tâme dans une sorte de transport admiratify à la vue de ces découvertes du divin amour. L'Ame alors tressaille d*aiiégresse . et comme débordant par Tardeur enflammée de son amour , elle se fond en quelque sorte et se répand en affections de gratitude. Avec quelle facilité ne croit-on pas alors à ce qu'auparavant on révoquait pour ainsi dire en doute? Avec quelle certitude n*embrasse-t-on pas ce qu'on ne pouvait comprendre 7 Avec quelle crarté ne comprendt-onpas les vérités inaccessibles au raisonnement humain? La foi pousse dans l'âme des racines si profondes • qu'on est prêt à mille fois mourir pour la défense de chacune des vérités révélées. Et quand même tous les hommes et les anges s'élèveraient contre ce que l'on croit alors* rien au monde ne pourrait ébranler dans l'âme la fermeté avec la» quelle elle croit ces vérités. Dans cette perfection de l'intelligcnceja volonté n'est pas oisive» mais elle brûle d'amour» elle adore avec une crainte respectueuse. Cette majesté dont la grandeur l'effraie » elle l'adore » l'aime, la vénère et l'admire; elle lui ofl)^ ses hommages et sa reconnaissance» elle b célèbre avec la pureté la plus grande. L'âme alors s'humilie , et comme stupéfaite de la grandeur de ce don » par lequel Dieu se donne lui-même » incarné dans ce sacrement , en nourriture aux âmes » elle est toute hors d'elle-même, incapable de trou* ver un mot, un sentiment d'amour, un acte, par lequel elle puisse témoigner sa reconnaissance de cet insigne bienfait. Elle se tient donc dans un silence prudent , rendant tacitement à Dieu l'hommago qu'elle ne peut dignement lui exprimer de vive voix.

h^ La contemplation des attributs de Dieu a aussi pour fondement la foi, par laquelle , 1** nous croyons la toute-puissance, la justice, la miséricorde et les autres perfections de Dieu que la foi nous révèle ; 2*" nous les connaissons par les affections créées comme étant les qualités de la cause incréée. Ainsi la toute-puissance se révèle par la création du ciel et de la terre, des anges et des hommes, de toutes ces magnitiques créatures célestes et élémentaires, dont la contem^'ia-

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DASCETISME.

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lioQ nous transporte de l'admiration la plus Tive. La justice éclate dans la récompense éternelle des bons etTéternel châtiment des méchants, d*où résulte la crainte de la punition et Tespoir de la rémunération. La miséricorde se trouve en queloue sorte occupée à secourir toutes les misères de Thuroanité. La bonté se manifeste dans les mille moyens par lesquels Dieu se communique aux créatures. Toutes ces considérations» si elles sont ordinaires, sont du domaine de la méditation. Mais si elles élèvent et trans-

I sortent l'âme, elles produiront l'union, avec e détachement de la créature et lamour du Créateur; et si par elles l'âme parvient à un degré plus sublime dans la connaissance de la loi et la vivacité de l'amour, il pourra y avoir contemplation. Supposons, par exemple, la foi de l'immensité de Dieu, par laquelle Dieu est intimement présent en tout heu, comme cause universelle, conservant l'essence de chaque créature; les personnes contemplatives sont quelquefois favorisées d'une lumière si claire, si pure et si sublime, que dans la considération de cette immensité, elles trouvent Dieu présent en tout temps, en tout lieu, en toute personne et en toute action ; leur cœur est en môme temps si bien disposé, qu'à la moindre pensée, au moindre signe qui leur rappelle l'idée du Créateur, Tâme tressaille vers lui par des prières jaculatoires, des anxiétés, des transports d*amour, des soupirs el d'autres roou-

▼emonts internes ou externes Ainsi, à

Taspect d'une belle fleur, la pensée se porte aussitôt sur la beauté du bien-aimé, et toutes les créatures sont en quclaue sorte les degrés de l'échelle par laquelle on s'élève aux choses célestes. Ce mode d'oraison est fécond en délices, en tendresse, en dévotion, ainsi qu'en aspirations jaculatoires, en so'u> pirs et en larmes. Mais l'union intérieure rend les âmes complenlativcs extérieurement modestes, composées, silencieuses, sans affectation et sans hypocrisie , avec afocérité et vérité. L'âme puise dans cette oraisoi une grande force pour la pratique régulière des vertus morales , surtout de celles qui ont le plus de rapports avec les devoirs et les obligations de son état, et sans lesquelles la contemplation serait très-compromise. Caria personne plus vertueuse a plus Ile sainteté c^ue la personne plus contemplalire. Celle-ci doit donc ôiro aussi riche de vertus que d'exemf>les. (roy.GoDiNF.z,c. 6.) ^ Toutes les créatures qui brillent dans le ciel, qui ornent la terre que nous habitons, [meuvent devenir l'objet de la contemplation ; soit parce qu'elles montrent la toute-puissance de Dieu, qui par sa parole a tiré toutes choses du néant ; soit parce que leur ordre et leur syméiriefont éclater la souveraine sagesse de celui qui a présidé à leur arrangement ; soit parce que leur beauté nous sort en quelque sorte d'échelle pour nous élever è la connaissance de la Beauté inflnie ; soit encore parce qu'elles nous démontrent l'immense sagesse de cet Esprit li vaste, qui les connaît et les comprend.

maljgré leur quantité innombrable et leur variété ; soit enfin parce qu'elles rendent visible è nos regards la providence de leur suprême Créateur, oui les régit et les gouverne, et que nous élevant ainsi à l'intelligence des attributs de Dieu, elles Gxent notre esprit sur ces attributs et le remplissent d'un étonnoment mêlé de douceur.

Ecoutons Cassicn sur ce sujet (collât. 1, c. 15) : «La contemplation de Dieu peut se concevoir sous de nombreux points ue vue; car Dieu n'est pas connu par la seule admiration de sa substance incompréhensible ; il se manifeste encore par la grandeur de ses ouvrages, par la méditation de sa justice et du soin attentif avec lequel il veille journellement sur nous. Quand nous contemplons d'un cœur pur tout ce qu'il fait dans chaque génération, nous sommes frappés de crainte et d'admiration, à l'aspect do la puissance par laquelle il gouverne, modère et régit toutes choses, de Timmensité de sa science et de la pénétration de son regard, qui sonde jusqu'aux secrets les plus cachés des cœurs. Lorsque nous pensons avec frayeur que tous les grains de sable, tous les flots de la mer lui sont connus, malgré leur immensité; que toutes les gouttes de pluie, tous les jours et les heures des siècles écoulés, que le passé et l'avenir, rien n'échappe à sa science, nous restons immobiles d'étonnement.. .. Ces sortes de contemplations peuvent se multiplier à l'infini» selon ^a régularité de notre vie, la pureté de notrecœur et de notre entendement.»

Les œuvres surnaturelles de Dieu peuvent encore être l'objet de la contemplation divine : ainsi la grâce sanctiQante, les grâces actuelles, les sacrements, les bienfaits que nous recevons è toute heure, soit dans l'ordre de la nature, soit dans l'ordre de la grâce. « Lorsaue nous considérons sa clémence ineffable, dit encore Cassien (loe. cit.) , et les fautes innombrables que nous commettons à tout moment en sa présence, et qu'il supporte avec une infatigable longanimité ; lorsque nous réfléchissons à la vocation è laquelle il nous appelle, sans aucun mérite de notre part et par la seule grâce de sa miséricorde, et aux occasions de sa)ut qu'il nous présente ; lorsque nous sommes transportés d'admiration, en pensant et qu'il nous a fait naître pour verser sur nous ses grâces dès notre berceau, pour nous initier è la connaissance do sa loi , et que, triomphant lui-même en nous de notre ennemi , il ne nous demande que l'assentiment de notre volonté pour nous accorder en récompense l'éternelle béatitude; qu'enfin il s'est incarné pour notre salut el qu'il a étendu sur toutes les nations les merveilles de ses mystères ; nous faisons alors des œuvres surnaturelles do Dieu l'objet de notre contemplation.»

La contemplation peut encore avoir pour objet les saints , les anges et leur Reine : Dieu se propose lui-même à notre admiration dans les plus glorieuses de ses créaturcs, selon ces paroles du Koi-Prophèlo :

Dieu est admirable dans ses saints. Enfin, disons-le avec Richard de Saint-Victor (1. i , c. 3, et I. iv, c. 22,Z>f contempl,) : « Tout ce qui est matière de foi peut devenir par cela iDÔme matière de contemplation. » Car, comme le dit le Docteur angéiique : « c'est par là que l*homme est en quelque sorte conduit par la main à la connaissance de Dieu. » Ainsi saint Rernard conclut (m Sentent,) que les Ames saintes trouvent en toute chose matière à contemplation. « Ceux qui ne s*occupent que de Dieu seul, en considérant ce que Dieu est dans le monde, dans les anges, dans les saints, dans les réprouvés, reconnaissentdans la contemplation queDieu est le gouverneur et le maître du monde, le libérateur des hommes, les délices et la gloire des anges; qu'en lui-même il est le commencement et la Gn, qu*il est la terreur et l'effroi des réprouves ; enGn, qu'il est admirable dans ses créatures, aimable dans les hommes, désirable dans les anges, incom-

f^réhensible en lui-même, inexorable dans es réprouvés. »

5* La cinquième espèce de contemplation chérubique est YOraison de silence et de quiétude (F.Rbgubilleuent passif), par laquelle l'esprit est absorbé et plongé uans la vérité première et dans la bonté souveraine, avec une sorte de perception simple et attentive de l'objet , qui l'empêche de se porter ailleurs et de considérer toute autre vérité que celle gui l'occupe alors ; et par une contemplation toute spéciale, l'espritiouit de la vérité qu'il cherchait dans la méditation.

II ne s'agit pas ici de l'oraison de silence vocal , mais de l'oraison de silence mental ; car nous pouvons parler et garder le silence d'une manière mentale aussi bien que d'une manière vocale ; en effet, méditer, c'esl-idire, procéder par le raisonnement à chercher ainsi laborieusement Dieu, s'eiciter à son amour, et lui proposer pour ainsi dire ses doutes, comme un disciple à son maître, lui demander de nous instruire, graver sa doctrine dans nos cœurs par une opération laborieuse et discursive ^ est plutôt parler que garder le silence; le contempler, au contraire, c'est-à-dire, s'abstenir de toute opération intellectuelle produite par notre propre effort, être instruit de Dieu par simple intuition, et l'écouter en quelque sorte enseigner lui-même sa doctrine à notre âme par une grAce spéciale, l'Ame restant silencieuse et attentive à ses enseignements divins, sans aucune opération, aucun effort, mais lisant par intuition avec la plus profonde quiétude ce qu*il lui faut savoir, comme dans un livre aux caractères d*or, c'est plutôt garder le silence que parler. C'est ce qui arrive dans toute contemplation relative à la méditation. Mais dans la contemplation en général se distingue certain degré spécial, appelé contemplation ou oraison de silence, par rapport aux autres modes de contemplation. Parfois, souvent môme, le silence de la contemplation n'est pas tellement complet, que l'Ame se taise entièrement, pour n écouter que Dieu seul

qui lui parle intérieurement; ce silenee est interrompu par des prières, des louanges et des entretiens , qui se font' d'une manière sinon discursive, simple tout du moins ; de même il peut aussi survenir queU

3ue inquiétude, soit involontaire, soit prouite par une néglrgence volontaire , résultant des distractions extérieures des sens, ou intérieures de l'imagination ; quelquefois aussi le silence est absolu, l'Ame se tatt complètement, et n'écoute uniquement que Dieu qui lui parle; elle est en quelque sorte étonnée et comme stupéfaite, elle ne trouve plus aucune parole mentale, elle écoute avec des signes silencieux, comme un disciple obéissant, non plus un maître mortel, mais le souverain et le maître des natioi s qui descend du ciel pour l'instruire dans 1 endroit le plus retiré. C'est dans ce siknce que surviennent les révélations , les vi ions, les extases et les ravissements.

L'oraison de silence est désignée de différentes manières par les mystiques. On l'appelle, 1*" Oraison de quiétude ^ parée que l'Ame étant seule avec Dieu , on peut dire justement qu'elle s'y repose, sans qu'aucun mouvement vienne désormais la troubler et l'exciter à chercher quelque chose hors de Dieu. ^ Repos de rdme: c'est en effet un saint repos que de quitter toute autre occupation , pour rester fixée en Dieu seul. 3* Oraison dansVobscurité: on se trouve réellementdansrobscurité,quandrAmeest éblouie plus que n'est l'œil qui tente de soutenir l'éclat du soleil. 4" Sommet'/, mort et tonU^au de l'dme ; c'est en effet une sorte de sommeil, de mort et de tombeau de TAme, è cause de la privation inhérente à cet état de toute jouissance hors de Dieu.

II existe réellement en un certain sens, dans la contemplation divine, une certaine manière de prier qu'on nomme h juste titre oraison de silence et de quiétude. On le prouve, !• par TEcriture sainte. Il est digne de vous , ô mon Dieu , qu'on vous chante des hymnes et qu'on vous honore dans Sion parle silence, (Interp. de saint JéR6iiB« Ps, Lxiv, 1.) C'est-à-dire, selon Bollarmin, « il est convenable, ô mon Dieu , de rester d'abord dans une admiration silencieuse de votre grandeur; et c'est avec un cœur ainsi plongé dans le silence qu'on doit vous louer dans Sion. » Il est bon d'attendre en silence le salut que Dieu nous promet. {Thren, III , 26. ) /( s'assiéra , il se tiendra soli» taire, et il se taira , parce qu'il a mis ce joug «ur /lit. (/6(d., 28.) Le Seigneur vous tienr dra toujours dans le repos; il remplira votre âme de ses splendeurs, {Isa. lviii, li.) Le bien-aimé du Seigneur demeurera en lui avec confiance; il habitera tout le jour comme dans sa chambre nuptiale et il se reposera entre ses bras. (Deut, xxxiii, 12.) Apprenez de moi,..,, et vous trouverez le repos dans vos âmes. {Matth.w, 29.) D*aulres textes dédgnent sous d'autres noms cette oraison du silence. Elle est cette obscurité dont il est dit : Moise s'approcha de l'obscurité où Dieuétait. {Exod. XX, 2t.) Plus l'Ame en effet s'approche de

DÂSCETISME.

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Dieu par la contemplation , plus elle est obscurcie en voyant et silencieuse en écoutant. C'est ce repos dont parle le Rbi-Propbète (P«. iLY, 11) : TeneZ'Vouê dans le repos et voyez que je suis Dieu. Ce sommeil du livre àes Cantiques (ii, T) : Je vous en conjure.... ne troublez pas le sommeil démon bien-^imé, ne réveillez pas. — Je dors , mais mon cœur veille. (Cant. ii.) Saint Bernard (serm. 52 tn Cant.)^ Corneille de la Pierre, saint Grégoire, etc., appliquent ces paroles à l'oraison de quiétude. Elle est cette mort dont parle TApôtre.(Co/oM. III, 3.) Vous êtes morts^ et votre vie est cachée avec Jésus-Christ en Dieu. Ce tombeau dont il est parlé au livre de Job (m, 9â) : Ils se réjouiront vivement y lorsm'ils trouveront le tombeau. Saint Grégoire {1. V Jfor., c. 5) applique aussi ce passage à la contemplation. — ^ Par les saints Pères. Saint Denjs (1. ii Th. myst,, c. 1) reconnaît, au sommet de la vie mystique, une manière dont rame est instruite parla sainte Trinité, et qui consiste dans rooscurité éblouissante du silence qui nous révile les vérités secrètes. Il en donne ainsi la raison ( c. 3J : « Plus nous nous élevons vers les hauteurs sublimes , plus les paroles nous manquent pour rendre les impressions produites en nous par ce divin spectacle. Aussi, guand nous entrons alors dans cette obscurité qui surpasse notre esprit, nous ne pou vous plus nous livrer à l'oraison, nous ne trouvons plus que le silence et la privation de Tintelligence. » — « Quand le tumulte de la chair, quand la terre, l'eau et l'air, quand toutes les créatures ne parlent plus k l'flme , l'âme se tait alors , et s'élève au-dessus d'elle* même, uniquement attentive aux paroles de l'Auteur de la création.» (Saint Augustin, 1* Il Conf.f c. 10.) Saint Grégoire exhorte ainsi les esprits contemplatifs (I. xxx JUor.^ e. 11) : «Qu'ils réchercnent en eux-mêmes lin endroit secret , à l'abri de tout bruit du dehors, pour s'entretenir intérieurement et

silencieusement avec le Seigneur Le ciel

est appelé l'Eglise des élus; cette Eglise s'élève vers tes sublimités éternelles sur les ailes de la contemplation , et comprimant le tumulte de ses pensées, imposesilenceà tout ce 8ui pourrait en elle-mé^me la détourner de lieu.» Hugues de Saint-Victor dit aussi (I. ii De afitma, c. 20): « Quand l'esprit commence par la pure intelligence à s'élever au-dessus de lui-même, et à entrer tout entier dans la darté de la lumière incorporelle.... la partie la i)lus pure de l'âme pénètre dans le sanctuaire de la quiétude intérieure et jouit des douceurs mystérieuses d'une tranquillité profonde. » baint Bonaventure (Opusc. de ▼n grad. contempl.) caractérise en ces termes Toraison de quiétude : « Elle consiste dans un repos merveilleux de l'Ame tout entière et dans une suave tranquillité, réaoltant de cette délicieuse douceur que ré-

End en nous la fréquence d'oraisou.» Saint iUrent Justinien,ThauIer, filosius, Ger- 80n, saint Jean de la Croix, sainte Thérèse, admettent cette oraison de silence et de quiétude. 3** Par la raison : V C*est le pro-

pre des affections et des objnts , quand ils , dépassent la portée de notre intelligence, de ne pouvoir se rendre ni intérieurement , ni extérieurement par parole ; l'esprit demeure uniquement occupé à voir et à entendre, et s'efforce en silence de suppléer par des signes à ce qu'il ne peut exprimer par des paroles. Doncdanscertainescirconstances de la contemplation divine , lorsque Dieu

f^arle et se fait voir aux âmes saintes , celes-ci , uniquement attentives à voir et à entendre, restent plongées dans une sorte d'étonnement silencieux; d'autant plus que l'admiration , comme l'effet principal de fa contemplation, les transporte au point de les rendre incapables de parler. Cette circonstance se présente surtout quand la grandeur de l'objet, c'est-h-dire des choses divines , éblouit les yeux de l'esprit, embrase l'âme d'un si ardent amour, qu'il s'exprime mieux en silence que par des paroles. 2° Plus on connaît Dieu , et plus il semble au-dessus de toutes les paroles do la bouche et du cœur. Il ne suflît pas, en effet, d'affirmer les perfections de Dieu, si l'on ne nie les imperfections; il ne suffit pas non plus de nier qu'il ait aucune imperfection, si Ton n'enauirme les perfections ; d'ailleurs cette négation et cette affirmation elles-mêmes ne sont pas suffisantes, si elles ne se font d'une manière infinie. Or cela est aundessus des forces d'une créature misérable et finie , même dans la manière de connaître. II n'est donc pas de meilleur moyen pour l'âme, plongée dans une si grande obscurité, que de recourir au silence, où seule elle trouve le repos ; c'est en cela que consiste l'oraison de silence et de quiétude.

Louis Du Pont rapporte dans la Vie de Balthazar Alvarez (c. kX)^ que celui-ci ayant reçu du général de la Société l'ordre de rendra compte de la manière dont il faisait l'oraison fet c'était l'oraison de silence et de quiétude), fut obligé de réfuter les objections qu'on lui opposait, et qui étaient les suivantes: 1" Dans l'oraison de silence, l'âme ni ne médite, ni ne raisonne; on perd donc un temps qui serait plus utilement eomloyé dans la pratique de la vertu. -- Rép, Ce repos de 1 âme est la plus importante de toutes les actions; bien qu'alors cessent les opérations de l'intelliRence sur les mystères f)articuliers, rien n arrête l'action de la voonté dans la considération do Dieu, qu'elle contemple avec les yeux delà foi. De là résultent l'admiration, l'action de grâces, la joie des divines perfections, l'amour, la résignation et les autres sentiments que suggère l'inspiration du Saint-Esprit. — 2' Il semble que ce soit une erreur des pseudoilluminés, de négliger la méditation, pour attendre que Dieu nous parle dans l'oraison de silence, qu'il nous inspire et qu'il se révèle à nous : c'est en quelque sorte tenter Dieu. — Rép. L'oraison de silence ne se trouve jamais chez les commençants, à moins d'une spéciale inspiration divine, mais seulement chez ceux qui depui» longtemps s*exercent à la méditation. Si Dieu Tes n[v-

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pelle à ce genre d oraison, loin de désirer et d*alten(lre les révélations divines, ils s*apnliquent alors à reconnattre la présence Je Dieu et à s'exercer aur différents sentiments que nous avons indiqués: et, au lieu de tenter Dieu, ils ne font qu^obéir à sa voix qui les appelle. Au contraire, les pseudo-illuminés, sans vocation ni disposition, sans aucune réforme de conduite, sans aucun exercice des vertus solides, tentent, avec une orgueilleuse témérité, de se livrer à celte quiétude contemplative. — 3** Ou ne peut sûrement reconnaître si c'est Dieu qui nous appelle dans cette voie, et non un secret orgueil, ou un certain amour de la douceur spirituelle. — Rép. La vocation divine se reconnaît aux fruits de cette contemplation. Si le cœur brûle de Tamour divin ; s'il se conforme également à la volonté de Dieu, dans la pros|)érité comme dans Tinfortune; s'il s'efforce enfin d'imiter Jésus-Christ, le modèle de toute perfection, surtout dans le mépris de soi-même, dans l'abnégation de sa volonté propre et dans l'accomplissement des ordres divins, il ne peut plus exister aucun doute sur la réalité de la vocation. — 4** L'oraison de silence excite ceux qui la pratiquent à la vaine gloire, au mépris des autres et à la désobéissance envers les supérieurs qui prescrivent une autre voie; elle détourne aussi des œuvres de charité envers le prochain, et est très-nuisible à la santé du corps, si nécessaire pour remplir ses obligations. — Rép. De tels inconvénients proviennent, non de l'oraison de silence, mais de la faiblesse, du peu de dispositions et de l'imperfection de la personne qui, s'y livre; l'oraison de silence, au contraire, excite à l'humilité la plus profonde, à l'obéissance Ja plus exacte et aux œuvres de charité les plus parfaites, et çllo ne nuit nullement h la santé du corps, si Ton sait en user avec prudence et discrétion. — 5*" L'oraison de silence absorbe Thomme, au point de lui faire négliger toute dévotion envers les saints, les anciennes formules de prières, l'oOice canonique lui-môme, et les prières pour les besoins publics ou particuliers.— Rép. Rien, au contraire, n'enfla-mme cette dévotion comme l'oraison de silence; car elle dispose è ce repos oCï, sans riôn demander expressément, on demande et on obtient beaucoup plus en réalité, parce que Dieu connaît parfaitement les vœux et les désirs de l'âme en cet état, vœux que d'ailleurs elle lui a souvent exposés en dehors de cette oraison de silence. — 6" Cette manière de prier singularise ceux qui la pratiquent, et jette le trouble dans lus communautés. — Rép, 11 n'y a là aucune singularité, [larce que les personnes que Dieu n'appelle pas spécialement à ce genre d*oraison doivent se conformer aux pratiques communes, qui disposent à cet état et le font naître. D ailleurs, l'oraison de silence nejette aucun trouble dans les communautés, parce qu'elle est un privilège pour un petit nomlire d*âmes parfaites, que Dieu appelle à s'élever au-dessus des voies communes, qui ne

sont pas toujours d'une complète perfection* Dans cette oraison de silence et de quiétude, il n'y a pas pour l'âme suspension de tout acte d'amour et d'intelliçence. 1* Les textes sacrés que nous avons cités plus haut ne recommandent pas un silence de statue, mais le silence de Pâme, afln de mieux voir et entendre : Ecoute^ ma /t//e, H voie. (Pê. xLiv.) On ne promet pas un repos de pierre, mais celui d'un disciple, qui n'est pas parement passif, mais qui regoit avec empressement les enseignements de son divin maître, et qui y trouve une douce quiétude.

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poi. (MaUh. XI, 29.) L'âme n'entre pas dan$ ^obscurité pour ne plus rien voir absolument, mais pour connaître qu'elle contem* pie une lumière inaccessible. Elle ne s^en-t don pas tout entière, mais le cœur reste éveillé: elle ne meurt pas d'une mort qui exclut toute vie, mais elle se réjouit au fond de son tombeau, tant il est vrai que les actes d'intelligence et d'amour ne sont nullement suspendus. Saint Paul, dans son ravissement extatique, saint Jean, dans son Apo* calypse^ loin d'être paralysés dans ces facul* tés, eurent bien des choses à, connaître, k apprendre et à aimer. 2* Selon saint Denys (rA. mv$t.^ c. 1), celui qui., comme Bfoise, entre dans l'obscurité mystique de l'ignorance, « se rapproche davantage de DieUf qui lui est inconnu, })ar la cessation de toute connaissance; et, par cela même qu'il ne connaît rien, il élève son esprit à une con« naissance supérieure. » — « Le contemplateur, dit saint Augustin (I. xix De civ., c. 19), ne doit pas rester oisif, au point d*oublier dans cette quiétudo les intérêts du pro«

chain Dans cet état, on ne doit | as se

livrer à une oisive jouissance, mais rechercher et découvrir la vérité... L*ardeurà connaître la vérité n'est interdite à personne; elle est même le caractère du repos contemplatif, vraiment digne d'éloges. » — « Ce que nous savons de Dieu n'est réellement véritable, dit saint Grégoire (I. v Mor.^ c. 26), que lorsque nous éprouvons pleinement que nous ne pouvons rien savoir de lui. » Saint Bernard, expliquant le sommeil de l'Ame et les entreliens qu'elle a avec le Verbe divin, s'exprime ainsi (serm. 45 in Cani.) : • Le Verbe lui parle en la comblant de ses faveurs; l'âme lui répond par des sentiments d'admiration et d'actions de grâces. » 3* Toute oraison, surtout l'oraison mentale, et conséquemment toute contemplation, consiste dans un acte d'intelligence et de volonté : l'intelligence et la volonté subsistent donc dans l'oraison de silence et de quiétude. D'ailleurs la contemplation, en général, se définit une intuition simple de la vérité f jointe à une ardente affection de la volonté; elle consiste donc dans un acte d*intelligence et de volonté ; il en est donc ainsi de la contemplation de silence et de quiétude, qui serait autrement un repos vraiment oisif et un sommeil semblable au sommeil naturel. Les quiéli&tes, au contraire, exaltent avec exagération l'excellence de l'oraison de quié-

CON

D'ASCETISME

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