‹ Dictionnaire d'ascétisme (volume 3)Chapitre 62 sur 186 · SOS · texte numérisé non relu

SOS

2t percevoir intérieurement les choses divines. Entourez vos oreilles d'une haie d'épi-nés, dit le Sage, ei n'écoutez pas les mauvaises langues. {Eccli. xxviii, 28.) « Que celui qui veutéviter les distractions demeure solitaire, dit Tabbé Cyzin. {In pra$. spir. vit. PP.^ L X, c. 187.) Que celui qui veut contenir sa langue terme ses oreilles. » Hugues de Saint-Victor (I. ii De claus. antm., c. 20) exhorte les religieux & s^abstenir d*écouter les rumeurs mondaines. « Bien des religieux, dit-il, aiment à s*entrctenir des rois, h raconter les exploits des guerriers, h défendre tel ou tel parti , à prendre fait et cause pour hii ; enfin ils s'occupent de choses qui leur sont tout à fait étrangères. Ils ne doivent pas s'occuper des luttes entre les princes de la terre, mais des combats contre le démon. Que ce soit le, mon trèscher frère, votre seule occupation, et méprisez tous les bruits du dehors. » {Voy. Re-

CUEILLB.VBNT PASSIF.)

De la CONTBMPLATIOn SÉRAPHIQUB. — La

contemplation séraphiaue ou affective est celle qui, parmi les deux actes d'intellisence et de volonté dont elle se compose, brille surtout par celui de ces deux actes qui est le plus affectueux, le plus ardent et le plus brûlant de charité.

La contemplation séraphique est donc la perfection de la volonté et de la charité, ainsi que de toutes les vertus morales qui sont comme les servantes de la charité, et qui résident dans la volonté. Aussi, quand la contemplation séraphique s'élève au degré sublime, toutes les vertus qui sont dans la volonté s'élèvent et se pefeclionnent en même temps. C'est donc une erreur de croire que la charité puisse devenir parfaite, sans un accroissement parallèle de perfection et d'intensité pour les vertus morales. Bien plus, la contemplation séraphique ajoute une nouvelle excellence à la charité théologale. D'abonl elle enflamme l'amour divin d'une ardeur nouvelle et beaucoup plus vive. Elle fait ensuite rejaillir sur lui un nouvel éclat, et le transforme en une 8orte de Qamme chaleureuse, éclatante et splondide, qui lui fait apparaître Ins choses divines sous un nouveau jour. EnGn elle la rend semblable à de la cire amollie, sur laquelle se gravent les modes variés et merveilleux de l'amour. L'âme alors parle avec Dieu dans cette langue amoureuse par laquelle les séraphins ont coutume de lui exprimer toute leur ardeur. Elle s'entretient avec lui, en paroles de feu, do ces mystères d'amour dont Dieu ne donne rintelligonco

3u'à ceux qui l'aiment. Et plus s'étend ce ivin incendie d'amour, plus s'éteint le désir des choses terrestres; plus Pâme s'attache au Créateur, plus elle se détache des créatures. Elle n'éprouve plus que dégoût pour les plaisirs du corps; la douceur des jouissances de la terre lui semble pleine d'amertume; elle méprise les honneurs; elle dédaigne toutes les choses d'ici-bas ; elle ne trouve de . consolation que dans la pensée de la mort et do la vue de Dieu,

dont elle jouira sûrement pendant touls l'éternité.

Il ne faut pas se faire illusion au point de se croire arrivé à la sublime contemplation séraphique, tant qu'on néglige la pratique des vertus morales. Nous le déraootrons :

l** Par l'Ecriture sainte. — Notre Sauveur, préchant la perfection évangélique sous le nom des béatitudes, et désignant aussi par là la isontemplation, recommandait surtout l'exercice des vertus morales évangéliques. La contemplation séraphique doit donc être accompagnée d'une pratique sérieuse de la vertu. Car ceux-là seuls sont appelés bienheureux, qui souffrent volontairement l'humilité et Ja pauvreté, qui sont doux, qui pleurent, qui ont faim et soif de la justice, qui exercent la miséricorde, qui ont le cœur pur, qui sont pacifiques et qui souffrent avec courage. Et quand l'AffAtre {Gai. v) énumèreles fruits que produit l'Esprit-Samt dans une âme parfaite et contemplative, il cite presque toutes vertus morales et pratiques, telles que la charité, la joie, la

[>aix, la patience, la bienveillance, la bonté, a longanimité, la douceur, la foi, la modestie, la continence et la chasteté. Aussi dans les procès de canonisation a-t-on soin de rigoureusement examiner si les serviteurs de Dieu ont pratiqué les vertus morales. (Benoît XIV, ton.. Lui.)

2" Par les SS. Pères. — « La pratique des vertus (cardinales) nous conduit à la contemplation de Dieu seul. » (Saint Augustui inPs. Lxxxiii.) Paroles oui peuvent s'enten* dre, non-seulement de la contemplation de la patrie, mais encore de la voie. Saint Basile {in Reg. fusio. c. 7) regarde la vie solitaire comme npoins propre à cette sublime contemplation; carie solitaire court risque « do se croire arrivé à une complète perfection Il en résulte que tenant assidûment

comprimée et pour ainsi dire enfermée cette disposition naturelle qu'il a pour la vertu, il n'a plus l'intelligence de ce qui lui manque , ni la connaissance des progrès qu'il lui reste à faire dans la vertu. » Saint Climaque (Scal., gr. 27) dit aussi : « Il est dangereux de nager avec ses habits ; do même l'esprit enclin au vice no peut avoir l'intelligence des mystères divins et des secrets de la théologie. » Selon Cassien (collât, ix, c. 1) : « De même que la structure de toutes les vertus tend à la perfection de l'oraison, de même, si celles-ci ne sont pas réunies par ce lion sublime, elles no pourront avoir ni durée, ni solidité. »

3* Parla raison.— La perfection chrétienne s'atteint et s'exerce par Ja contemplation, surtout par la contemplation séraphique; or cette contemplation est principalement excitée par la charité, qui est le lien de la perfection, et cette charité doit être nonseulement affective, mais encore effective. Donc, de même que la charité affective s'exerce surtout dans la contemplation séraphique, de mémo la < harité effective doit s'exercer par les actes des vertus morales.

CON

D^ASCETISME.

La contemplation sérapbique se divise en différents degrés.

I. Le premier est la contemplation de feu^ que saint Bonaventure décrit ainsi (Jr. de VII gr. cofUempL^ çr.l) : « C*esl le feu ardent de la chaleur divine, ou cette ferveur dV inour échappée du foyer de la Jérusalem céleste. Quanci Tâme contemplative ou active se livre tout entière à Toraison en présence de Dieu, elle ressent tout à coup la chaleur de ce feu, qui Tenvironne d'une splendeur radieuse, qui Tembrase, qui allume en elle des mouvements et des affections pleines d'ardeur. Elle reconnaît la présence ae Dieu el elle s'en épouvante. Dieu augmente l'ardeur du feu dont elle est embrasée, et nourrit les affections que ce feu a fait naître, afm d'accroître l'intensité de Tincendie, en lui fournissant sans cesse de nouveaux aliments. » Cette description, comme aussi la contemplation de feu elle-même, est fondée sur l'Ecriture sainte. Ses lampes étaient des lampes de feu^ ou, selon le texte hébreu, des charbons ardents, (Cant. viii, 6.) Ne sentionsnous pas notre cœur embrasé? {Luc. xxiy, 32.) Saint Denys (De cal. hier,, c. 15) expose la nature et les propriétés du feu, pour en conclure que ce symbole est à juste titre employé par les saintes Ecritures et par les théologiens, leurs interprètes, pour désigner la nature de Dieu et des anges, des séraphins surtout, et les propriétés du divin amour dont ils brûlent pour Dieu, pour eux-mômes et pour les autres.

Le P. Godinez {Prax. th. myst.^ I. vi, c. 2) explique parfaitement la contemplation de feu par la similitude du feu et par ses effets. De même, en effet, que le feu élémentaire se compose, pour ainsi dire, de différentes particules, dont les unes, douées d'intensité, de densité et de puissance calorifique, pénètrent les parties intérieures du bois, et les autres , subtiles, agiles et éclatantes , s'en Toot en flammes; de môme le feu de la contemplation a certains actes uniiifs avec Dieu, doués de beaucoup d*intensité et de chaleur, et tendant à pénétrer vers l'intérieur de l'&me avec de vifs mouvements affectueux et une réunion complète de toutes les puissances vitales. Et de même que plus le feu pénètre un charbon ardent, plus il se tourne en cendre légère, qui le recouvre et le fait durer plus longtemps; ainsi plus co feu du divin amour pénètre intérieurement dans l'âme, plus il se recouvre de la cendre de notre [Topre connaissance, et mieux ce feu de la charité se conserve par l'humilité. Si l'on jette sur des charbons embrasés quelques grains d*encens, ils s'élèvent tout à coup en une fumée abondante et d'une odeur suave; ainsi quand Tâme brûle des affections ardentes de Tamour divin, ce feu de l'amour exhale les délicieux parfums des vertus morales : alors l'âme aime, adore; elle aime et s'humilie; elle aime et se résigne, et aspire à obéir; elle aime et souhaite les souffrances; elle aime et déplore ses péchés

[ )assés : et cet amour enfante les ravissements, es extases et les autres effets merveilleux

de la sublime contemplation. Enfin ce/ amour excite à la pratique des vertus mondes (jui sont le plus en rapport avec la condition de chacun. Cette rontemplalion toujours excellente toujours réclame l'accomplissement des obligations que l'on est tenu do remplir. IL Le second degré de la contemplation sérapbique est la contemplation de flamme^ qu'on peut ainsi définir, d'après saint Denys (L. de cal, hier,^ c. 15) : C'est une contemplation dans laquelle le feu de l'amour divin est « sensible, éclatant, illuminatif^ brillant de splendeurs cachées , élevant vers le ciel, pénétrant profondément, sublime : il ne peut être négligé : il brille naturellement et proprement, en consumant, comme une flamme vengeresse. » Cette contemplation de flamme est indi(]uée par l'Ecriture sainte : Pendant ma méditation, un feu s^est enflammé dans mon caur, (Ps, xxxviii, k.) Mon caur s'est enflam^ mé, [Ps. Lxxii, 21.) Le livre dçs Cantiques, en parlant de l'amour divin, ne dit pas seulement (viii, 6) : 5e5 flambeaux sont des flambeaux de feu, il ajoute encore et de flamme, ou, selon la version des Septantt, ses ailes sont des ailes de feu et de flamme,^. La charité est excellente, dit saint Ambroise L. de Isaac, c. 8), quand sur des ailes do eu elle vole dans le cœur des saints, et brûle tout ce gu'il y reste de matériel et de terrestre : son leu éprouve tout ce qu'ils ont de pur et de sincère, et améliore tout ce

au'il touche... Prenons donc ces ailes, qui iriffent, comme la flamme, vers les régions supérieures. Que chacun dépouille l'enveloppe souillée de son flme, et que le feu la purifie comme l'or du limon qui la recouvre. » Nous pouvons, avec Louis Du Pont (1. x in Cant., exhort. 10, § 3), définir en peu de mots la contemplation de flamme, « une contemplation dans laquelle l'amour divin détache des choses de la terre, fait agir en toute circonstance pour la gloire de Dieu, et ne recherche e t ne goûte que les choses du ciel. »

Le P. Godinez explique encore la contemplation de flamme par ses effets, au moyen de la comparaison du feu et de la flamme. (L. VIII, c. 3.) De même que le fea élémentaire se compose de certaines parties subti<> les, brillantes, ténues et transparentes, qui se transforment en une flamme étincelante et splendide et s'élèvent avec une rapidité naturelle vers les eieux, de même les actes de Tamour contemplatif de flamme sont des actes vitaux, subtiles el agiles, qui enlèvent avec anxiété vers son Dieu le cœur de l'amant, en lui inspirant le désir de le voir et d'être délivré des liens du corps, pour s'unir avec lui d'une manière plus intime. Ces affections se transforment parfois en une secrète anxiété qui afflige tendrement le cœur et tourmenie délicieusement TAme, parce qu'elle ne peut être délivrée du corps aussitôt qu'elle le souhaite, pour s'unir plus vivement à son bien-aimé, qui lui est inti« moment présent dans la partie intellectuelle

riar la simple connaissance d'une foi vive et umincuse. «Cette connaissance excite dans

ce PC

COIf

Bit

In volonté uno sorte de flamme amoureuse, et embrase tout Tintérieur de Pâme des Tîves flammes do Tamour. Cette flamme se minifosto quelquefois par des effets extérieurs, comme cette bit ssure du cœur que res'sentait sainte Tbérèse, comme ce craquement d*os (ju'éprouvait saint Philippe de Néri ; toutefois ces efl'ets, dans la haute contemplation et union avec Dieu, ne se font plus sentir h la partie supérieure de Tâme, qui n'est plus animée que de sentiments de retenue, de modestie, do circonspection, d*humilité, et d*attontion vigilante sur nos propres misères et nos faiblesses.

De tous les eO'ets de la contemplation do feu et de flamme, le principal et le plus important, celui qui accompagne et suit Tune et l'autre, c'est l'humilité. (Voy. le mot Hu-

UÎUTÈ.)

m. Le troisième degré de la contemplation séraphique est la contemnlalion de conformité et de r^5t(/na<ton, dans laquelle Tâme, fdisnnt abnégation de tout jugement et de tonle volonté personnelle, conforme avec fldélité et résignation tous ses désirs et toutes ses déterminations au bon vouloir de Dieu. Saint Paul nous en donne un exemple, lorsqu'au moment de sa conversion il fut élevé tout h coup, par un privilège spécial, h la plus haute contemplation {Act, ix, 8) : Saul se leva de terre^ et ouvrant les yeux, il ne voyait rien. Et il disait : Seigneur^ que voulez vous yue je fasse? « Heureux aveuglement! s'écrie saint Bernard ( serm. 1 De conv. S, Pauli)^ que celui qui frappe pour uTie conversion salutaire des yeux qui ne voyaient autrefois que pour commettre le péché.... Qu'il est rare de rencontrer une forme aussi parfaite d'obéissance, au point de faire abnégation com()lète de sa propre volonté, d'abdiquer jusqu'à la propriété de so 1 cœur, et de rechercher sans cesse non ce qu'on désire, mais coque Dieu veut I »

Voici comment le P. Godinez {Prax. th.

myst., 1. VI, c. h) explique la contemplation de résignation par ses etTots : « De mémo que l'arliste, après avoir soigneusement préparé et puriflé le verre par le fou, après l'avoir débarrassé de tout mélange de terre formant opacité, lui donne h son gré la figure d'une vierge, d'un martyr ou d'un autre saint confesseur ; do mémo Dieu, quand il trouve la volonté suffisamment amollie, pure, tendre, sans aucun désir, sans aucune affection pour les choses transitoires, pure dans l'intention, nue dans l'abnégation et solide* ment fondée sur l'humanité, lui communique tout à coup une sorte de subtilité angél'.que pour comprendre et de flamme séraphique pour aimer; alors s'élèvent dans l'âme, embrasée de co feu divin, de vifs désirs d'être martyrisée pour son bien-aimé et do redoubler de pénitences et de morlilications ; elle n'a plus que du mépris pour les choses humaines, elle ne goûte que celles de Dieu, elle s'efforce avec une parfaite docilité d'accomplir la volonté do son bien-aimé. Aussi met-elle tous ses soins, toute son attention, à rechercher co qui {»eut lui plaire. Les

tourments lui sont doux, si c'est la volonté de Dieu qu'elle soit tourmentée; les opprobres lui semblent des honneurs; elle re^rde comme précieux des haillons déchirés: les jeûnes, les cilices, les flagellations ne sont à ses yeux qu'une trop légère pénitence. Si Dieu lui faisait connaître que sa volonté sera qu'elle aille en enfer, elle se rendrait en enfer de préférence au ciel. £tsi par simple intuition elle aperçoit les tourments des damnés, mémo de ses parents et de siis amis, loin de sVn attrister, elle s'en réjouit, parce que la volonté divine s'accomplit en tous. » Toutefois, ce dernier sentiment, pour ne pas dégénérer en exagération, a besoin d'être contenu par des règles spéciales que nous allons exposer. {Voy. Quiêtismb, Maximes

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