DES SAINTS
1" Dans la contemplation séraphique de conformité peuvent se produire avec utilité,
Bar une inspiration toute particulière de >ieu, des affections extraordinaires de /'omour divin, en vertu desquelles on peut souhaiter d'aller en enfer, et se réjouir des tourments des damnés, môme de ses parents, parce qu'ainsi s'accotnpiit la volontedivjne. Co fait est prouvé, !• par l'Ecriture sainte. Moïse nous en donne un exemple, quand il dit : Pardonnez-leur cette faute, ou, si vous ne le faites pas, effacez-moi de votre livre que vous avez écrit. (Exod. xxxii, 31 et 32.) Saint Paul disait aussi : Teusse désiré moi-même de devenir anathème à l égard de Jésus-Christ pour le salut de mes frères. {Rom. ix, 3.) Telles furent ces afl'ections de charité héroïque, qui faisaient préférer l'amour du prochain pour Dieu en quelque sorte aux tourments de l'enfer. Le saint vieillard Eléazar s'écriait quil aimait mieux descendre dans l'enfer [li Macc. vi, 23), plutôt que de feindre de renoncer à sa foi. En efl^et. comme dit Louis Du Pont fexhort. 9, § 2), la charité souffrirait mille enfers, pour empêcher touCO faute contre Dieu ou pour expier les fautes déjà commises.
2* Par les SS. Pères. — Saint Jean Chrysostome s'écrie (hom. 16, in Rom.) : « Pourquoi, illustre apôtre , demandez-vous d'être anathème, et recherchez-vous cet abandon sans retour TC'esl, répondez-vous, parceauej'aima Dieu de la plus vive ardeur. » Tous les autres Pères attribuent ces sentiments de Moïse et de saint Paul à ta véhémence de leur charité. « Si je voyais, dit saint Anselme (m Similit., c. 191), d'un côté la honte ciu péché, de l'autre Ihonrcur de l'enfer, et que je fusso forcé de faire un choix, je préférerais être englouti dans l'enfer, plutôt que de m'absndonner au péché I J'aimerais mieux entrer dans l'enfer, pur et innocent de tout péché, qtie de pénétrer dans le royaume des cieux avec la tache du péché ; car il n'y a que les méchants qui puissent être tourmentés dans l'enfer, et nue les bons qui puissent jouir do l'éternelle béatitude. »
3' Parla raison.— Selon saint Thomas (i p., q. W, a. 6), on peut et on doit préférer le mal do la punition, pour éviter celui de la faute. Car le mal de la faute est réellement
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DASCET1SJIIJ&
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im mal, ouisquMI répugne à Dieu par luiinème et a la droite raison; au contraire, le Lual de la punition n*esl pas un mat réel,
fuisqu*il n'est pas par lui-môme contraire la droite raison , mais seulement une incommodité pour l'homme. Donc la peine de l'enfer doit ôtre préférée à la faute du péché, dans le cas où l'on serait forcé d'opter entre les deux; et, par conséquent, il y aurait plus de perfection à choisir la peine de Tcufer, dans le cas où, sans être obligé à ce choix de nécessité de précepte, on reconnaîtrait qu'on agirait ainsi selon le bon plaisir de Dieu. D'ailleurs tout homme, pour posséder la contrition parfaite, est rigoureusement obligé d'avoir pour le péché mortel une aversion si eflicace, qu'il préfère au moins virtuellement souffrir les peines éternelles, plutôt que.de pécher; donc l'Ame parfaite peut aussi, non-seulement virtuellement, mais d'une manière expresse, formuler ce désir, non en vue d'éviter le péché, mais même pour se conformer au bon plaisir de Dieu, agissant ainsi d'une manière plus parfaite qu'elle n'est tenue.
On peut objecter: 1** que celte supposition est impossible. Dieu ne pouvant précipiter dans 1 enfer une Ame innocente, parce que ce serait une cruauté, une injustice et une cause de désespoir. Ce sentiment no peut donc être inspiré de Dieu. — Cette hypothèse, il est vrai, est impossible absolument, relativement aux caractères de l'enfer présont, de sorte qu'absolument parlant, on ne doit préférer l'enfer ni pour éviter le péché, ni pour mieux accomplir la volonté de Dieu. Néanmoins, on peut, par hypothèse, considérer l'enfer comme un lieu de tourments, abstraction faite de Tidée du [ éché, qui en est inséparable d'une manière absolue. En ce sens, on peut le préférer ^t l'accepter, dans l'intention de plaire à Dieu et de lui témoigner son amour. Dans ce cas, ce sentiment, loin d'être inutile, servirait à faire apprécier la gravité de la faute, à inspirer la haine du péché, et à faire preuve d'une charité héroïque envers Dieu.
On objecte , 2* que le sentiment de joie, relativement aux torturesdes damnés, môme des parents, n'est pas en harmonie avec le précepte d'aimer son prochain comme soimême, parce qu'il n est pas permis de se réjouir de sa propre damnation. — Ce sentiment, répondrons-nous, n'est autre qu'un sentiment de conformité à la volonté de Dieu et aux effets de la justice divine ; nous devons d'ailleurs nous réjouir de la gloire qui résulte pour Dieu deTaccomplissemont de sa justice. C'est en ce sens que les bienheureux dans le ciel se réjouissent des f)eines des damnés, quand même ils seraient eurs parents.
On dit, 3" que le désir de souffrir, pour le salut du prochain, tes peines âe l'enfer et la privation de la béatitude, est contraire h la charité bien ordonnée, par laquelle on doit, en matière spirituelle, s'aimer plus que son prochain,— Ce désir n'est encore que conditionnel, et fondé sur la considération
des peines seuACS de l'enfer. Et de. même
3u'on peut les souhaiter ^r un sentiment 'amour parfait, afin de mieux se soumettre au bon vouloir de Dieu, de môme on peut encore le faire en vue de l'amour du prochain pour Dieu. Rien en cela ne trouble Tordre de la charité ; car, selon saint Thomas (2-2., q. 26, a. 4), « il n'est seulement défendu que de commettre !e péché, pour en préserver le prochain. » ( Voy. Béatiti^dk. ) Ces sortes d'affections extraordinaires no sont pas utiles aux âmes imf>arfai(es. lin effet, les textes de I Ecriture que nous avons cités à propos de Moïse, de saint Paul et du vieillard Eléazâr, ne sont applicables qu'à des personnages, comme eux, d'une extrême perfeition. C'est aussi l'opinion des SS. Pères. « Autant nous sommes loin de lardent amour de Paul, autant nous devons repousser, même de nos nensées, do pareils sentiments. » ( S. Jean Chrtsostome, hom. 16 ad Rom. } « Dans notre froideur et nolie indigence, nous ignorons les richesses de ces Ames; aussi lorsque nous lisons que l'un a d(*mandé d'être ana^thème pour sesfières,
Sue l'autre a consenti d'être effacé du livre e Dieu, nous atténuons le sens dû ces paroles. » (RupERT, 1. IV, c. 30 in Exod*) lUchard de Saint-Victor ( L. de grad. violent, charit.) n'admet cette affection' que dans le degré suprênie de la charité violente et pres« que en déire. Saint Bonaventure, saint Anselme, Alvarez et Nieremberg sont du même avis. Saint Thomas nous en donne la raison {Quodlib. 1, a. 9). Suivant la plu-
Eart des théologiens, l'amour de Dieu, la aine du péché et les autres affections semblables, pour être suffisamment parfaites, doivent être au-dessus dé tout, seulement d'une manière appréciative. Aussi n'est-il pas nécessaire, et même serait-il très-nuisible aux âmes imparfaites, que cette condition, par^dessus toutes choses^ soit exprimée d'iine manière formelle, relativement aux peines les plus graves, et surtout aux tourments de l'enfer. 11 suffit que cette cordition soit formulée d'une manière implicite et générale. D'ailleurs, descendre & cet égard dans les applications particulières, ce serait, sans besoin, se jeter dans des embarras inextricables, et ouvrir ample carrière aux sjrupules. Car les choses les plus pénibles étant celles qui impressionnent le plus la partie sensitive, une personne imparfaite pourra difficilement reconnaître si la répugnance qu'elle éprouve h les sui)portcr provient de la partie supérieure, ou seulement do la partie inférieure. Enfin ce serait s'exposer sans nécessité au danger des plus graves tentations, que de vouloir, lorijqu'nn n'est pas encore parlait dans l'abnégation de soi-ipême, lutter sans cause urgente contre les plus grands périls, comme s'ils étaient nrOchains et pressants. Donc ces sortes d'aflections ne sont pas requises des àmcs imparfidiles, et souvent leur seraient nuisibles. On objecte ici : 1' Tout pénitent, en s'approchant du sacre:nent de pénitence, doit ressentir une vive douleur de ses fautes, au
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point do préférer tout souffrir plutôt que de pécher. Or, il doit lui ôlre utile d'énuiuérer les châtiments les plus graves et de les préf<^rcr eiplicitemenl au péché; car, de celte manière, il obtiendra lui-même et il donnera h son confesseur la certitude que son repentir est sincère. Rép, Comme il est moralement impossible de parcourir explicitement toutes les sortes de peines, et que d'ailleurs ce serait s'exposer à de graves inconvénients, ainsi que nous l'avons vu, il suflit de former ce sentiment d'une manière implicite et générale; c'est assez pour acquérir la certitude morale ou conjecturale d'une douleur suffisante.
2" Mais, si ce sentiment, dira-t-on, n'était pas explicitement formulé, la résolution de ne plus pécher ne serait pas assez efHcace. Rép .11 n est pas nécessaire d'avoir un ferme propos fondé sur une douleur si vive, qu'on s'engage à résister victorieusement à toutes les tentations imaginables qui pourraient survenir; car une telle douleur et un tel propos seraient à peine réalisables en cette yie. Pour qu'il soit parfait et efficace, il suffit d'agir d'une manière effective, ou de se proposer d'agir à l'occasion, conformément aux intentions de la divine Providence.
8* Mais, direz-vous, il peut se présenter des circonstances où une personne imparfaite soit tentée d'une manière si violente, qu'elle se voie forcée d'opter entre le péché et les plus horribles tourments ; elle doit au moins, dans ce cas, se proposer explicitement de souffrir ces faornbles tourments et mêmerenfer, plutôt que de pécher. Rép. Dans ces cas extraordinaires, il n'est ni nécessaire, ni utile pour tous, de prendre une détermination immédiate; il vaut mieux laisser sans réponse ces pensées importunes, et s'en remettre à la divine Providence, qui ne permettra pas que notre faiblesse soit exposée à de telles tentations, ou nous aidera de son secours, avec lequel nous sommes sûrs de les mépriser. 11 suffit donc pour rinstant d'une résolution générale, à attendre, pour prendre une détermination particulière, que l'occasion s'en présente. Quant auxcas impossibles, la meilleure réponse sera de n'en faire aucune, ou de se dire que le péché est pireetplusdétestablequelessupplices de l'enfer. (Yoy. GBRSON,tr. Sîn Magnificat.)
Si l'flme est bien éprouvée et parfaite dans l'abnégation de soi-même et dans la résolution de tout endurer, de tout souffrir
iH)ur l'amour de Dieu et pour le salut des (mes, il lui est permis cie se livrer è ces affections extraordinaires, quand elle y est excitée, soit dans la contemplation, soit dans tout autre état.
11 faut aussi permettre à cette ftme les affections extraordinaires de crainte filiale qui peuvent se présenter à elle. Il arrive en effet parfois, surtout au temps de l'épreuve et de l'aridité, au milieu des nuages et des ténèbres dont l'homme se trouve intérieurement enveloppé , que les flmes parfaites soient en proie à de vifs sentiments de crainte, comme ceux qui se rencontrent si
souvent exprimés dans les Pèaume$ et surtout dans le livre de Job. Qu'il nous suffise d'en citer un : Qui me pourra procurer cette grâce, que vou$ me cachiez dam le tombeauj et que vous me mettiez à couvert ^ jusqu'à ce que votre fureur soit passée? {Job xiy, 13).
Quelque parfaites que soient ces âmes, on ne doit leur permettre de se livrer à ces affections extraordinaires que comme en passant et autant qu'elles y sont excitées par une impulsion spéciale du Saint-Esprit. Car, par cela même qu'elles sont extraordinaires, elles doivent être provoquées par une impulsion extraordinaire. On le voit par la condamnntion de celte proposition de Fénelon, qu'il rétracta dans la suite et par laquelle il suppose qu'un pareil renoncement peut ê:re habituel : « L'homme peut arriver à un état habituel d'amour divin, qui est la charité pure et sans mélange d'aucun motif d'intérêt personnel.
La crainte des châtiments et le désir des récompenses n'est plus po'ur rien dans cet état. On n'aime plus Dieu en vue du mérite, ni de la perfection, ni du bonheur qu'on trouve dans son amour (Propos. !")..«. Le directeur alors peut permettre à cette Ame d'acquiescer simplement (c'est-à-dire sans condition) à la ruine de ses propres intérêts et à la juste condamnation qu'il croit portée par Dieu contre lui. (Prop. 14.}»
Dans ces sortes d'affections extraordinaires, même à l'égard des Ames parfaites, il faut veiller avec soin à ce qu'elles soient toujours, malgré leur forme exasérée, en rapport avec la vraie théologie. Aussi , le P. Régnera (Th. myst.^ t. II, p. 135, n" 326) n'approuve^t-ii pas entièrement cette affeotion, ordinairement attribuée à saint Augustin, quoique sans aucune preuve certaine: « Si Augustin était Dieu, et que Dieu fût Augustin, Augustin aimerait mieux cesser d'être Dieu, pour que Dieu fût Au^^nstin. > C'est là une insignifiante exagération.
Les imparfaits ne doivent ni mépriser ces affections extraordinaires des personnes parfaites, ni tenter de les imiter, si ce n'est d'une manière proportionnée à leurs forces, car elles ne leur sont pas toujours utiles; toutefois, elles peuvent servir comme d'un aiguillon pour avancer de plus en plus dans la vertu, si ces Ames n'osent pas désirer le malheur, la mort et les peines de l'enfer, pour Tamour de Dieu et du prochain, elles doivent au moins se préparer à cet amour plus ou moins parfait, en supportant les adversités qui leur arrivent , en redoutant les peines et en espérant les récompenses éternelles.
Tous néanmoins, quelque imparfaits qu'ils soient, doivent s'exercer àaimerDieu de tout leur cœur et par-dessus tout. Et, bien qu'il ne soit pas nécessaire de descendre à des applications particulières, pour aimer Dieu pardessus tout et pour lui-même d'une affection appréciative, il faut cependant que cette affection soit assez efficace pour exciure, d'après la disposition actuelle de l'Ame, tout autre amour contraire à celui-ci. C'est en cela que consiste cette condition de par-
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D'ASCETISME.
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dessus toutes choses^ nécessaire à Tamour
Earfait de Dieu et à la coutrition pdrfaite. eite condition doit encore se trouver dans la contrition imparfaite, quel qu'en soit le motif» pour qu'elle soit accompagnée d'une résolution ferme et cfQcace, sans laquelle cette contrition ne suflUrait pas pour la justiOi^tion dans le sacrement de pénitence.
EnHUi il est certains cas où les parfaits et les imparfaits sont tenus de prendre, quand même il s'agirait des choses les plus pénibles, la détermination de les souffrir plutôt ![ue de commettre un péché. Ainsi, quand la oi est persécutée par des tyrans, quand on est menacé des plus cruels supplices si l'on se refuse à commettre un péché d'impureté, quand on est horriblement tourmenté par un ennemi dans sa personne, dans ses biens, dans sa fortune et daiis sa réputation ; quand on se trouve exposé à certains dangers attachés à sa. profession, comme un soldat aux lois iniques du duel, un marchand aux gains illicites, dans ces sortes de circonstances^ l'esprit doit être particulièrement prémuni; car il serait à craindre que la généralité des déterminations, même avec une attenti(»n sérieuse, n'eût pas assez d'efScacité.
IV. Le quatrième degré de la contemplation séraphique est la nudité contemplative^ qui consiste dans un détachement, une purification si complète de l'appétit sensitif et de toute affection pour les créatures, qu'on n'a plusd*amour, de vœux, d'aspirations et de désirs que pour Dieu seul. Quiconque ne renonce pas à tout ce qu*il poiside^ ne peut être mon disciple. (Luc. xiy, 33.) L'amour-propre et l'amour divin sont incompatibles; on ne peut voler dans le ciel en restant attaché à la terre, ni être remiiii en même temps des créatures et du Créateur. IVoy. sainte Thérèse, in m Mans, sui casteltif et saint Jean de la Croix, in A$c. mont.f I. I , c. 4 et 5.)
Voici comment le P. Alvarez de Paz caractérise cette nudité ( 1. 111 Vit. spir.^ I. y,p. i): « Ceux qui s'efforcent de commandera leurs passions conservent encore certaines affections terrestres dont ils n'ont pu entièrement se détacher. » Il en donne des exemples : Ainsi, ceux qui , sous prétexte de la gloire de Dieu, ne souffrent avec résignation aucune atteinte à leur réputation ; ceux qui ont pour d'autres personnes vertueuses un attachement si vif, qu'ils ne craignent pas de se faire remarquer par leur empressement à les exalter en toute occasion; ceux qui veulent trop abonder dans leur sens, et qui s'élèvent implacablement contre les défauts de leurs frères avec un zèle bon en lui-même, mais qui n'est pas selon la science divine. El il conclut ainsi : « Il faut se détacherde toutes ces affections, si l'on désire se préparer au repos et aux
{'ouissances de la contemplation et des déices intérieures. »
y. Le cinquième degré de la contemplation est la solitude affective, état dans lequel l'âme, habituée aux aelices spirituelles, ne ressent
as cette spéciale et douce présence de son ien-aimé, après laquelle elle aspire. L'Ëcriture sainte, le Psalmiste, les Prophètes, le livre des Cantiques, expriment freq[uemment cette affection de l'âme contemplative sur l'absence de son bien-aimé« 0 vous^ qui êtes le bien^aimé de mon àme^ apprenez-moi où voui menez paître votre troupeau^ où vous vous reposez a midi. {Cani. i, 6.) Hélas I fai cherché dans mon petit lit pendant plusieurs nuits celui qu'aime mon âme: je Faiiiherché et je ne Vai point trouvé. {Cant. iii,l.} Jevous conjure^ 6 filles de Jérusalem^ si vous veniez à rencontrer mon (ten-atm^, de lui dire que je languis d'amour. {Cant. t, 8.) « L'époux se cache quand on le cherche, ait saint Grégoire (1. y ifor.,c.4), afin que, ne le trouvant pas, on le chercne avec beaucoup plus d'ardeur encore ; et l'épouse qui le recherche est longtemps sans le trouver, afin d'en être plus digne parce délai, et de goûter plus vivement le bonheur de le trouver, quand elle obtiendra cette faveur. » Il nous exprime encore les mêmes sentiments (hom. 35 m Ev.), quand il nous montre Marie-Madeleine se tenant en pleurs à la porte du tombeau de Jésus. « Plus l'affeclion se lasse, dit saint Ambroise (in Ps. cxvni, serm. 11), plus l'amour s'accrott. L'attente enflamme les désirs d'un feu d'autant plus ardent, que se fait plus longtemps désirer la présence de l'objet aimé. » « Ce n'tst pas l'amour, c'est l'amant qui languit,» dit Gilbert, abbé (serm. 46). Sainte Thérèse, saini Jean de la Croix, saint Jean de Jésus-Marie, nous parlent souvent aussi de cette affection de solitude.
Le P. Godinez (Prax. th. myst. 1. vi, c, 6) rapporte quelques«>unes de ces affections fit de ces plaintes amoureuses de l'âme dans l'état de solitude. « O ma beauté, que j'ai tardé à vous connaître, et que je vous ai bientôt perdue 1 Je suis donc sans vous et sans moi; en vous perdant, je me suis perdu moimême, car en vous trouvant, je me trouve moi-même, et je me perds moi-même en vous perdant. O vous qui rassasiez l'âme pour toujours , où êtes-vous allée ! Beauté sans tache, où vous êtes vous cachée? Vérité sans erreur, où m'avez-vous délaissé 1 O doux bonheur de ma misérable vie, pourquoi vivre sans vous dans cette triste vie? O Toi de mon âme affligée, où êtes-vous, que faites- vous, pourquoi tardez- vous? Est-ce que la vue de mon isolement ne peut émouvoir votre bonté? Jusques h quand, mon Jésus, vivrai-je 5ans tous? Jésus de ma vie, qui peut supporter patiemment de se voir si longtemps éloigné de vous? » Cette affection venant à s'étendre, les sensations amoureuses se multiplient, au point que l'âme reste muette dans l'excès de sa tendresse et de son amour. Et de même que si beaucoup de personnes veulent sortir à la fois par la même porte, elles se gênent mutuellement au point que nulle d'enlre elles ne peut passer : de même tous ces tendres sentiments su pressent à la fois dans la volonté, au point qu'on no peut trouver moyen d'en exprimer un
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seul : l*Amo ost conimo saisie d*uno sorte do frissonnemonl plein de douceur et d*une sorte de langueur amoureuse. Si la force de celte oraison est tout intérieure et aue rien ne s*en communique aux sens , elle dure longtemps et a plus d^efTicacité; mais si l'âme se répand eii tendres entretiens et en plaintes amoureuses avec son bien-aimé, alors surviennent ordinairement les larmes, Tatteudrisseinent et les autres impressions des sens. Cet état, bien que rempli de délicieuses consolations* dure peu à cause de sa violence.
VI. Le sixième degré de la contemplation séraphiaue consiste dans les êoliloques affectifs ae l'âme, quand elle a trouvé son bien-aimé; et de môme que dans la solitude affective le soliloque était triste et lugubre, de môme il doit alors être agréiible et rempli d*une douce suavité. Mon bien-aimé est à moi et je iuis à lui : il se nourrit parmi les /t«|, avant aue le jour commence à paraître et que let omores se dissipent peu à peu. (Cant. II» 16 et 17.) J'ai trouvé celui qu*aime mon dme et je ns le laisserai ff oint aller. {Cant. m, 4.) Je suis à mon bien^imé^ et mon bien-aimé est à moi. (Cant. vi, 2.) Saint Bernard désigne ces soliloques et ces affections anagogiques qua.nd. il dit (serm. G7, iniJant.) : «.... L'amour ardent et enflammé, i'amour divin surtout, quand il ne peut plus se contenir en lui-même, ne s*arr6te pas h considérer en quels termes et dans quel ordre il exnrlmo ses sentiments impétueux, pourvu qu il les exprime, et que son ardeur n*en éprouve aucun refroidissement, £t souvent pour cela il n'a besoin ni de la pfirolo, ni de la voix, les soupirs seuls lui suifisent.» Saint Augustin dans ses Confessions abonde en affections de ce genre, comme aussi saint Anselme dans ses Soliloques et ses méiitations, sainte Thérèse (Exclamât, xvi), saint Jean de la Croix (m suo Cant.)j saint Jean de Jésus Marie {Th. myst. , append. , ep. 2), et la B. Catherine de Janua Un suo Dialog.).
Remarquons avec le P. Godinez [Prax. de th. mysi., 1. Vf, c.7], que la contemplation ()iffère complètement des sciences humaines. Celies-cî s*appuient sur dos premiers priucij)es dont on lire les conséquences. La con« templalion n'a aucun principe dont on puisse tirer des conséquences certaines; h ccrlain (i,egré de la conlemplation ne succède pas régulièrement un autre degré, de manière h obtenir. la certitude, en remplissant certaines conditions, de recevoir immédiatement de Dieu le don des larmes, de la dévotion, de la douceur spirituelle, etc. La contemplation dépend plutôt d événements contingents et inopinés que de conséquences nécessaires. Personne ne doit donc s imaginer que les élévations dont parfois Vùnae parfaite est favorisée dans la voie de la contemplation, par suite de ses bonnes dispositions, sont comme les degrés d'une éclielle mécanique, car nous sommes ici en matière de morale, et bien au-dessus des choses qui, se reproduisant très-souvent dans le même ordre, sont susceptibles d*êtrc subordonnées
à des règles conjecturales. D'ailleurs il s*agit d'une grâce gratuite, que Dieu ne doit h personne, quels que soient ses mérites; et enfin comme dit saint Jean (m, 8) : L'esprit souffle où il veut.
Dans les soliloques, Tâme est habituellement transportée d*ane tendresse et d'une suavité pleines de douceur ; aussi souffret-elle beaucoup de rehkhement dans les opérations des sens extérieurs : elle entend, elle voit, elle sent avec peine, elle est incapable de soutenir une conversation. En présence de son bien-aimé, elle est comme une glace d*où jaillissent de nombreux rayons de lumière, de douceur, de clarté, d'ardeur et autres grâces, qui l'excitent de nouveau à de tendres et amoureux colloques, tels que : « Mon Dieu, ma vie, ma joie, beauté des séraphins, comment une si aimable majesté peut-elle porter un si vif amour, h moi dont la perversité est si grande! Seigneur et Père de mon âme, que diront les anges s'ils vous voient jeter vos regards sur l'horrible fange que nous sommes? Bien-aimé de mon âme, n Otî)s-vous pas la sagesse du Père, qui ne peut^ii tromper ni se tromper? Comment donc peut-il se faire sans erreur que votre bonté ait tant d*amour pour mon iniquité? Faites que je vous aime, ù mon Oieul Puissé-
i'e mourir de suiie autant qu'il est en moi 1 ^uissé-je vous honorer, en souffrant toutes sortes d'ignominies! Je ne veux plus rien désormais que vous, ô mon Dieu. Tout le reste n'excite en moi que dégoût.-* Si ces sortes de colloques se font intérieurement , ils sont do longue durée et pleins ue douceur; mais s'ils se manifestent au dehors par des gémissements, des larmes, des sanglots et d'autres actes sensitifs, ils no tardent pas h cesser. »
Vil. Le septième degré de contemplation séraphique est le nuage spinluel^ qui caci*e toute créature aux yeux du contemplateur, afin qu'il voie mieux le Créateur. C'est unq sorte du lumière éclatante, ()uro, forte et sjilendide, qui nous liécu'uvre tellement le Créateur, qu'elle nous cache tonte créature. Ce degré résulte d'une prolondo rttentinn, d*une grande intensité et vivacité d*i foî, par laquelle l'âme possède Dieu intimement présent et uni à elle. De là s'élève dans la volonté une sorte de flamme ardente, qui s'empare tellement de l'alfeclion et Icntraîne tellement vers le Créateur, qu'elle no sait plus vouloir, désirer et souhaiter autre chose. Ainsi cette lumière éclairant Tâmo sur les choses divines, l'environne u'uno sorte de nuage d^obscuriié qui lui voile toutes les choses humaines.
Souvent dans la contem|:lation nous sontmes forcés de faire usage d'expressions métaphoriques, dont l'acception e^t empruntée aux objets matériels; comme par exemple ce terme de nuage. De môme en euet qu'une personne, dans un temps brumeux, ne voit que les objets les plus rapprochés ; do môme l'âme douée de cette grâce ne voit plus les créatures, se trouvant tout proche du Créateur et s'uniissanl intimement
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D*ASCETISnE.
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è lui. Cette contemplation de nuese ou U'obscurké ^ rapporte è Toraison de silence» «Tec cette seule différence que dans Tôraison 'de siience, c^est Tintelligenee qui est ^rtoùt obscurcie* tandis que c*est surloul Taffeetioo, dans la contemphiion séraphique.
VllL >I:« huitième degré âe la oontetDolatioaiféraphique «9t la tiberié d-etpritf alors qtté'DieUy par une sorte -de miracle, «t d'une manière absolumeilt indépendante des sens eitérieurs t»u intérieurs, répand dans Finièlli^ence une certoine apparence ou image apintuelle, oui refjfrésente tes ot^ets divinrs «t sumatiirefs, dont l'amour allume et embrase la Tolonté. Cette sorte d'oraison ou de contemplation 6'appelle liberté d'esprit,
Rrce tjue la partie supérieure, c'est-à-dire DteUigence et la volonté, y est libre et indépendante dés sens soit extérieurs, «oit mtérteur8;en effet, le principe, par le secours duqtiel elte comprend, n est pas acquis «u «Qoyea <ies sens, mais est inspiré et in^ •fm immédtatefnent par Dieu; déporte que 4*e!a|^rii j*ayH k Dieu, par «ne certaine intuition et par l'amour de la partie sopérieui^9 sans que la partie inférieure y nfyette le moindre obstade. <Maerroiit>e Veêprit du Seigneurf dit TApfttre, là se iroune amsêi la dAétié (7/ Cor. m, 17), c'est^-dire, dans toute Tacception du mot grec, une volonté :^pontanéa, «Doble, libre et clairemeïlt illuminée. Sugues de Saint-Victor parle ainsi 4e cette même liberté d*esprit (i. ii De imimioi, c. SO) : « Les sens et i'imi^ination n'ont rien à faire ici, et toute hi partie inférieure de l'âme se trouve dispensée de ses fonctions tud^ilueiles; mais la partie supérieure est introduite avec un bonheur ilélicieUï dans cette retraite d'intime quiétude» dans ce sanctuaire tfe profonde tranquillité. » Bien que la ttbefté d'esprit, au UMîtis comme propriété, en tant que fa partie supérieure est régie par la lumière -de la fol et le don d'intelligence, se rencoiUre dans toute espèce de contemplation; cepen- <iaiif« en tant qu'elle est spécialement dirigée par la .lumière ultérieure d*une grAce graiurte, par les images divinement et immédiartemeât infuses, elle constitue ce degré spéi^ial de contemplation de liberté d'esprit, doût il est .ici question, et qu'Alvarez de V&i désigne en ces termes (t. 111 De vil. 'Mpir^f 1. V, p. S) : « L'cs(^rit, dégagé des ciioses terrestres, s*élève librement, comme : l'oiseau dans les airs, partout où le pouase le souffle de Dieu. Tantôt il s*élance dans les \A\xs sublimes régions, tantôt il s'enfonce dans les plus basses, c'est-à'dire dans la connaissance de soi^ménte. finiin il est libre par son intuition même : car cette intuition ou bien eêi dégagée de /ouïe imaoe temibie^ c'est la liberté spirituelle spéciale; nubien elle se lait par te râoven même de ces images» et c*est la litierte d'esprit commune k toiafte i»ntem|)llition. i>
Ouand -on a reçu cette oraison de liberté i'esprit, d'après le P. Godinez (1. vi, c. 9), la partie supérieure ou l'intelligence et la
Dictions. d'Ascétisme. !•
volonté, avec la grflce infuse qu'elle reçoit^ s'élève à une telleTiaùteurd'oraison, qu elle est complètement à Tébri de toutes ces distractions, aridités, tentations» ima^s et autres impressions étrangères, qui allaquent d'ordinaire, pendant Toraison , lès personnes contemplatives, même les plus spirituelles. Et peu importe alors qu'on se livre è des occupations extérieures, qu'on* voie, qu'on écoute et qu*on parle par les sens extérieurs ; car, de même que les seiis extérieurs ne sont pour rien dans cette oraison» de même leuf exercice régulier ne lui fait aucun tort. Celui donc qui est en cet état d'oraison, semble avoir en quelque sorte deux natures. Quant à l'âme» il agit surnatureHement par le Ki<)<^*P6 infua» quant aux sens, il agit naturellement avec les principes acquis. La partie supérieure d'intelligence et de volonté comprend»
aime, ae r^puit et s^unît par les >affection$ les plus secrètes à son bien-aimé» sans quo les sens empêchent ou favorisent celte contemplation; la parlie inférieure des sens vit modestement au milieu dos hommes»
comme si elle n'avait dans l'âme aucun empêchement intérieur; et c'est en cela que consiste la liberté d'esprit, ftiveur que Dieu n'accorde ou'è très-peu d'âmes.
Le P. Godinez (c ÏO) remarque h ce propos que les personnes oontemplativeé, surtout celJea qui mènent une vie sédei|taire et fecueillie, doivent de temps Qn temps se permettre quelque récréation cor-
forelle, nonnète» licite et proportionnée leur état» comme de se promener dans un jardin ou dans la campagne ; de moditier en quelque chose, pour un jour» l'ordre habituel de leurs occupations; d'omettre quelques pénitences qui ne sont pas nécessaires ; d'admettre quelque recherche, dans la nourriture, quelque gaieté extraordinaire dans le rire et la c^nversalion» de chanter, déjouer de quelque instrument, mais tou- 'j<>urs avec modestie. Une occupation attentive, une conlention intérieure trop longtemps prolongée, fatigue le corps et ruine la santé. Il faut donc récréer le corps de temps en temps et entretenir sa santé, par quelques bornâtes divertissements» afluque rÂme réponde et se conforme avec plus de souplesse et de docilité aux in^irations de la grâce. Ce serait assurément uu scandale dans une communauté » que de voir une personne, passant pour spirituelle» se lever plus tard, se coucher plus tôt» et jouir de quelques douceurs et (triviléges particuliers [tour raison de santé; pour n élre pas obligé d'en venir là, il faut aonc -se livrer modérément à quelques récréations corporelles. Celte pratique est utile -à 4a conservation de la santé; elle soutient Thomme intérieur et favorise la charité et l'union fraielmelle ; et, bien que rejetée par des personnes d'une austérité exoessire, elle est admise et recommandée par tous les maîtres ainrilukcls les plus sages» les plus doux et les plus pfu* dents. {Voy. Ei;tra»él)b.) IX. Le neuvième degré de la contempla-
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tion sénphtqueesi\di€oniemplatiom obscure^ daas laquelle rame, ballottée par les Oots de pensées et d*affections coolraires, tout en étaot saisie de crainte» jusqu'à douter quel>}uerois de son propre salut, parrient cependant à fétat d oraison le plus éleré, sans qu'elle s^imaçine avoir fait le moindre progrès. « Il 7 a oans la vie contemplative, dit saint Grégoire (bom. 1^ m Exech.)^ une ri grande contention d*esprit lor^iu^ii s*élève vers leschosescélestes, qu*il dirige toutes ses facultés sur les objets spirituels, au*il s*efforce de s'élever au-dessus de tous les objets corporels, et qu*il se resserre pour se dilater. Parfois ses efforts sont heureux; il dissipe les ténèbres de son aveuglement; il entrevoit furtivement quelques légers rayons de la divine lumière; mais bientôt il revient avec accablement vers lui-même, et de cette lumière à laquelle il aspirait, il retourne en soupirant et en se lamentant aux ténèhres de son aveuglement. ■ Il explique cet état par la lutte de Jacob contre un ange pendant toute une nuit {Gen. xxxii}. « Lame qui s^efTorce de contempler Dieu soutient i*u Quelque sorte un combat où elle est laolôt vaincue, tantôt victorieuse. » Cette paralysie de la iambe dont fut frappé Jacob au contact de I ange, est la figure de cette paraljsie si désirable en fâme de tout amour pour le siècle, par suite de laquelle l'âme n a plus d*autre appui que le seul amour de Dieu.
Cette contemplation obscure diffère de la contemplation nébuleuse, en ce que, dans celle-ci, Tobscurité de Tesprit est accompagnée de la plus profonde quiétude, ou plutôt elle résulte d*uno exces.sive lumière que Dieu répand sur nous, pour nous détourner de toute considér«ition inquiète des autres choses. Au contraire, la contemplation obscure est accompagnée de la plus vive inqniétude,commeétantnneconnaissancedîreclede Dieu seul, par une foi très-obscare , connaissance qui ne lui dévoile rien qui ne soit pour elle un sujet de trouble. Comme cette coii* lemplalion est accompagnée d*un amour réel très-fervent, et par suite, d'une sorte d'union inconnue avec Dieu, on trouve le rc\)08 au sein môme de cette inquiétude, et la force au sein de cette faiblesse.
Selon le P. Godinez (loc ci7., c. 11), la présence et Tunion que l*âme a avec Dieu dans la contomplalion obscure, est aussi forte que laborieuse, aussi obscure qu'afQiclivc, et consiste dans une faim insatiable, une soif ardente de Dieu, qu'elle cherche, sans le trouver toutefois comme elle le voudrait; car bien qu'intimement uni h cetfo Ame, Dieu lui semble fort éloigné d'elle. La sensation spTilueUe* dans ce cas est trèsviolente, tout iiHbrieure, et accompagnée de plaintes qui n'en sont pas moins navrantes, pour n'être pas proférées par la bouche. L'âme gémit, pleure, souffre inté- Vieuremenl; souvent celte aUliction rejaillit sur le corps, qui est brisé, accablé, et en pruie h ' de cruelles douleurs, dont il ne trouve le remède que dans la seule consola-
tion intérieure. Toute rexcellenee de celte oraison consiste en deox pointa: d*abord un grand désir de plaire à Dieo, eosnile une grande crainte d'offenser Dieo. Cet deux sentiments n'obtenant pas, dans Tidée de l'âme, la satisfaction qn*ila poursaivent, la jettent daus des perplexités conlinuellet, car elle est toujours en la présenoa de IKea, qu'elle croit irrité contre elle et dni- la majesté l'épouvante, dont la graMeur l'écrase, dont la justice la confond. A la me de sa faiblesse, de sa misère, de son iofortune et de ses défauts, elle est saisie de honte, de confusion, d'ennui ; elle se croit abandonnée, elle est en proie 1 des tourments au-dessus de toute comparaison.
Malgré cela, elle trouve une sorte de joie dans ces tortures morales; elle éprouve un sentiment qui l'enOamme d amour; la présence de Dieu, bien qu'afiUctive, lui est aussi salutaire, et exalte en elle tontes les vertus morales aflUictives, telles que la résignation, l'humilité, la mortiCcation, la •nnslanee, la force : toutes ces vertus, elle les pratique au degré sublime dans cette contemplation obscure.
X. Le dixième degré de contempIetioB sérapbique est 1 amour nttmérami {rutmermu) ou la blessure ou langueur d'amour, qui consiste dans certains actes subtils, délicats et pénétrant avec une puissante impétuosité tout l'intérieur de l'âme; de sorte que la ferveur de la charité alluD&e dans rame un feu intense, qui la pénètre jnsqu*à la moelle et lui fait éprouver une sorte de violence, pleine de douceur il est vrai, mais qui produit sur elle une certaine contraction, une sorte de repli sur elle-même, analogue aux etfets d'une blessure corporelle sur les membres et tout le système nerveux. L*ftme, en se repliant ainsi sur elle-même, fait des découvertes d'autant plus précieuses et s'unit d'autant plus intimement avec son bienaimé, qu'elle semble ne plus trouver en elle que misère et néant. C'est ce sentiment du plus fervent amour qui faisait soupirer l'éi)0usedesCaiili9iie« {tul^): Je languis dfamêour^ ou selon les S;-ptante, j»îsuisbiesséed'amour. • Dépouillons nos membres, dit saint Ambioise. {inps. cxvii, 33, serm. 5, n. Il), pour les offrir tout nus h cette délicieuse blessure, h cette flèche choisie. Cette flèche, c'est Jésus- Christ, qui a dit: il m* a place comme une flèche choisie. {Isa. xux, SL) Il est avantageux pour nous d'être blessés par cette flèche : tous ne peuvent dire qu'ils 01 1 été frappés de blessures d'amour. » Saint Jérôme, saint Bnsile, saint Gié^^oire, tiennent le même langage. Richard de Saint- Victor assigne quatre degrés de charité parfaite {De grad. viol. charH,) : « Les uns sont blesses, les autres enchaînés, ceux-ci languissants, ceux-là défaillants, mais non d'amour. La charité blesse, la charité enchaîne, la charité fait languir, la charité amène la défaillance. Né vous sembK-t-il pas avoir le cœur percé, auand ce trait enflammé d'amour vous pcnèire jusqu'à la moelle et excite si vivement vos affections,
CON
d\vs:etisme.
Sue vous ne pouvez en comprimer ou en issimoler Tessor impétueux? L'âme alors brûle de désirs ; haletante, elle soupire et
Î;6mil profondément. Les gémissements et es soupirs, la pftleur et I amaigrissement du TisagOi voila les signes certains d*uno âme blessée. L'es[>rit n'est-il pas réellement eiHljplné, quand il lui est impossible de se fixefsur aucun autre objet T Quoi qu'il fasse, quoi qu'il djse, toujours ce sujet est présent à sa mémoire; il en est occupé même pendant son sommeil. Cet état ne le rend-il pas lan^çii&sant, puisqu'il exclut toute autre affection,puisqu'il ne|lui permet plus d'amourque Kur Dieu seul ? » ÉnQn il amène la défaittce, puisque l'flme désespère de tout remède, et comme sur le poiit de mourir, se prépare à quitter la vie. « Quoi qu'elle fasse, quoi qu'elle éprouve, rien ne peut rassasier I ardeur de ses désirs; sa soif est inextin-
{(utble; elle boit sans cesse, et elle ne peut a satisfaire; et même plus elle boit, plus sa soif est ardente.» — « L'âme, dit sainte Thérèse (c. S9 de sa Ft>), ne son^e pas à se plainare de cette blessure que lui cause l'absence du Seigneur. Elle est percée d'une Qèche dans la partie la plus vive de ses entrailles et de son cœur, mais elle ne sait au juste ni ce qu'elle éprouve, ni cequ'die voudrait; elle sait seulement qu'elle ne désire que Dieu, et elle regarde et veut conserver cette flèche, comme une herbe d'amour, afin de se haïr elle-même pour l'amour de Dieu, k ^ui elle ferait volontiers le sacriQce de sa vie. On ne peut apprécier ni décrire la manière dont Dieu s'approche de l'âme, ni cette peine si douloureuse dont il l'afflige, pour la corriger en semblant s'éloiçner d*elie. Cette peine est néanmoins pleine de douceur et préférable k toutes les délices de la terre. L^âme voudrait en quelque sorte toujours mourir de cette mort. » Sainte Thérèse donne pour preuve la vision qu'elle eut {)lus d'une fois d'un séraphin aui lai perçait profondément le cœur d une
.flèche d or et d'un trait enflammé, qu'il retirait ensuite en disparaissant, et la laissant tout enflammée d un ardent amour pour Dieu. SaintJean de la Croix parle aussi de cet amour vulnérant(m Flamm.viv. amor.^ cant. 2), ainsi que saint François de Sales {\. Yi De amor Dei.) Il n'est pas besoin d'établir aucune distinction entre la blessure, la langueur et les autres effets semblables de 1 amour, qui sont autant de degrés plus ou moins intenses de l'amour vulnéraiit.
Cette blessure d'amour, selon la remarque du P. Godinez, cause parfois de délicieuses défaillances d'esprit, où l'amour se mêle à la douleur, et dont les fruits sont les tendres soupirs, les expressions amoureu-
. ses, les affections brûlantes, les joies célestes^ la paix, l'union tranquille et une sorte de mode inexplicable d'amour. L'âme, rassasiée de délices et blessée d*aroour, est semblable à celui qui, fatigué des feux du midi,
. se réfugie sous l'ombrage d'un arbre ; elle
. ne soupire qu'après le repos ; elle aime, \o\ifi
et rend grâces; elle adore et bénit so*i bien-aimé ; et si cette affection vient à se communiquer au corps, elle produit les extases, les visions, les révélations, etc. C'est une source d'où jaillissent les ruisseaux de la charité fraternelle, par laquelle on désire de faire du bien au prochain en tant que créature de Dieu. De là s'élève le brûlant désir de. la conversion des gentils, du retour des hérétiques et des pécheurs, le tendre amour de ses ennemis et le zèle à secourir les âmes du purgatoire.
L'amour du prochain, amour actif par excellence, est un des plus précieux efl^ts de la contemplation. !• La sainte Ecriture loue d'autant plus les saints qu'ils se sont montrés plus remplis d'activité pour le bien du prochain: témoins Moïse, Elie, David, le Précurseur de Jésus-Christ, la sainte Vierge et les apôtres. 2- Ecoutons aussi les saints Pères: «La perfection de tous les membres de la céleste hiérarchie consiste pour chacun d'eux à se montrer le plus possible imitateur de. Dieu; et le meilleur moyen d'y arriver, selon l'Apôtre (/ Cor. III, 9), c'est de secourir ses semblables; car c'est ainsi qu'on montre en soi l'action divine. » (S. Denis, c. 3, cod. hier.) Saint Basile (in Contt. monast.^ c. 2), tout en exhortant à la vie contemplative, à moins que la vocation n'exige la vie active , ajoute néanmoins : « Si vous pouvez pratiquer l'une et l'autre, vous en retirerez des deux côtés le fruit du salut. » Saint J. Chrysostome (hom. 34, ad pop.) prouve par l'exemple de saint Paul combien il importe d'être utile non-seulement à soi-mûme, mais encore au prochain; car a jeûner, coucher sur la dure, pratiquer la virginité, vivre avec sobriété, toutes ces pratiques ne sont utiles qu'à ceux qui les remplissent ; mais nos œuvres pieuses envers le prochain, laumône, l'instruction et la chanté, nous sont utiles à nous-mêmes, et aussi au prochain, à qui elles se communiquent de notre part. » « On ne doit pas, dit saint Augustin (i Deeiv.tC. 19}, se livrer au repos, sans s'inquiéter du bien du prochain, ni chercher à lui être utile, sans aspirer à la divine contemplation. » « Le serviteur de Dieu , conclut saint Isidore (I. ii De Diiser., c. 29), h l'imitation du Christ, mène de front la vie contemplative et la vie active; toute ailre conduite ne serait pas droite. Et comme il aime Dieu par la contemplation, ainsi par la vie active il chérit le prochain. » Sainte Thérèse (in Futidat., c. 5), prouve jusqu'à Tévidence que, bien qu'on aoive s'efforcer de converser avec Dieu par la contemplation, quand l'obéissance ou la charité n'exige pas autre chose , toutefois alors ne se livrer qu*à la contemplation seule, serait de l'amour-prôpre ; car l'amour de Dieu ordonne de préférer l'actiou a1i repos. C'est dans laroour de Dieu et du prochain que consiste principalement la perfection chrétienne. {Matth. xxiii 38.) Donc Tamour de Dieu et la contemplation.doivent 'exciter à l'amour effectif du prochain, par les œuvres de
CON
DU.TiO.NNAlRE