XIV. Il est rare de trouver quèlqu^un qui
Krde le silenre quand on l'accuse; mais cci qui reste sans dire un mot quand on porte contre lui de faux témoignages, a l'a* mour d'un séraphin et souffre avec la omstance d'un maityr.
XV. Les ténèbres dans les flmes contemplatives sont habituellement le soir d'une excessive clarté.
XVI. Dans la contemplation, ce qui est infus offre plus de douceur; mais ce qui est acquis, avec la grâce de Dieu bien entendu» a beaucoup plus de valeur.
XVII. Celui qui s'est séparé de tous W hommes, veut-il cependant atteindre a la
fierfection la plus délicate, doit de nouveau aire société avec eux.
XVIII. Celui qui ce cherche que Dieu, sera conforme à Dieu en toutes choses.
XIX. La contemplation, pour laquelle on néglige ses obligations, est enclleHoaûmeplus voisine del'erreurquede la véritable oraison.
XX. Pour jouir d'une haute contemplation, il faut une vocation toute spéciale : si vous voulez vous y élever sans elle, vous retomberez bientôt à terre.
XXI. Beaucoup se perdent dans la voie do la contemplation, parce qu'ils ii*out pas uu bon maître de perfection.
XXII. C'est se tromper .que de croire la perfection accessible a tous les hommes ; c'est une pierre très-précieuse que bien peu peuvent posséder.
Arcanes DE la voie contemplative. — l.La contemplation est une grâce donnée gratuitement (gratis data)^ et ordinairement uno grftce infuse, telle qu'est le don d'opérer des miracles. Si les telles humaines nous sont utiles |»our vivre d une manière exactement conforme aux obligations de notre état, tout en aspirante une grande sainteté de mœurs, il n'eu est pas de même pour la contemplation; cette laveur, en effet, dépend beaucoup plus de la libéralité de Dieu que d'aucuue disposition humaine.
IL Voici la règle unique pour la conservation do la contemplation : cherchez un mattre bien versé en cette matière, qui vous rappellera qu'à la pureté de vie, de mœurs et d'intention, doit se joindre une exacte observation des devoirs de notre profession respective.
IIL La sainteté formelle consiste dans la grâce habituelle, cette forme sanctiQante, dont la première infusion se fait, soit par les sacrements, soit par un acte d'amour ou de contrition parfaite : elle s'accroît par les actes méritoires de toutes les vertus, que la contemplation exerce, pour la plupart, avec quelque perfection accidentelle, résultant de I efficacité des dons, ou de quelque grAce accordée gratuitement. C'est pourquoi, communément, l'homme le plus saint, n'est pas le plus contemplatif, mais le plus vertueux: si ceux qui ne possèdent pas le don de la contemplation sont plus vertueux, ils seront
CON
D*ASCET1SME
plus saints que les contemplatifs. Cependant ce serait une erreur de croire qu*on puisse atteindre le fatle de la contemplation» à moins de posséder de nombreuses vertus, de supporter mille peines et mille diiBcultéSi ei d*ôtre spécialement privilégié de Dieu.
IV. De même que rhomme se compose d*un corps et d*une Ame, de même l'acte de la contemplation résulte d'une foi vive et d'une charité ardente. Et de même que le tout est plus noble que les ftarlies qui le composent prises séparément, de même l'acte de la contemplation est plus noble que tout acte simple; et comme la contempla* tion se compose de la réunion de la foi et de la charité, elle est plus noble que la foi seule, ou que la charité seule. Bien plus, elle est plus noble que les vertus prises collectivement, si elles sont simples, en ce sens que, toutes choses égales, a l'efficacité dps dons et des grâces données gratuitement, elle ajoute une certaine manière d'opérer plus noble, et qu'elle rend souvent l'opération même plus parfaite quant à la substance.
y. Le mérite qui survient à l'acte phjsi-
auement vital et surnaturel, résulte, soit 'une grAce habituelle plus ou moins grande, soit d'une grAce actuelle par manière de secours élevant notre action, soit d'une liberté d'indifférence élevée parla grAce, soit d'une difficulté plus ou moins grande, qui est surmontée avec la grAce dans l'acte vertueux, soit d'une plus ou moins grande intensité de l'action, en dehors de toute extensité. Si donc l'acte de quelque vertu morale se produit, dans toutes ces circonstances, plus abondamment que l'acte de la contemplation, cet acte de vertu morale sera plus méritoire.
VL Les ravissements, les eitases et tout ce qui, en matière de sainteté, quant à la manifestation extérieure, dépasse notre pouvoir, et en ce sens manque de liberté, n'est sous ce rapport ni libre, ni méritoire. Si toutefoisilse trouve un acte intérieur, surnaturel et libre, pn*?enanf , dans la partie supérieure de l'Ame, d'un principe surnaturel, alors les actes internes libres seront méritoires, et uon pas les passions ou actions externes nécessaires. De sorte que, si Salomon a eu quelque mérite dans un de ses songes, ce mérite provient des actes internes, et non du songe extérieur, qui était un acte naturel et nécessaire
VIL La çrâce habituelle nous unit h Dieu d'une manière méritoire, comme i la fin dernière que nous mériterons et gue nous obtiendrons en temps opportun, si nous y persévérons. La charité nous unit à Dieu comme à son objet; elle nous dispose vers lui, en qualité de vertu théologique; et l'acte de cette charité, en tant que méritoire, 6 4 une disposition qui mérite la grAce habituelle, comme semence de notre gloire et de notre dernière fin. Mais la contemplation 5up;)0se pour fondement la grAce haliituelle
et son union avec cette grAce, et elle renferme' d'une manière intrinsèque la charité comme
Êartie composante ; de sorte qu'elle regarde ^ieu comme son objet, et qu'elle unit do plus l'Ame avec Dieu comme avec son prin-cipe. Ainsi donc, la contemplation associée avec la grAce et la charité unit l'Ame avec Dieu comme avec son premier principe, sa. fin dernière et son objet, les trois plus' grandes unions que le voyageur sur la terre peut avoir avec Dieu, tant qu'il demeure en. cette vie, éclaire par la lumière de la foi.
VIIL Quand Dieu substantiellement» nonseulement par son essence, par sa présence et par sa puissance, mais comme principe
Fiarticulier, prend place au milieu de la. umière de la foi et de la contemplation, dans le sanctuaire le plus secret de l'essence, même substantielle et vitale de FAme, et à. la façon dont il est dans le ciel, au milieu des splendeurs de sa gloire, alors, comme principe vital, surnaturel et divin, il communique une certaine vigueur et une sorte de vitalité, également d'une manière divine^ aux 'puissances do l'intelliçence et de la volonté, au point de leur faire produire les actes contemplatifs les plus sublimes. Qn dit alors que Dieu est dans l'Ame, par manière (Tinfusion {iUapius)^ non comme forme qui communique sa forme (forma, informans)^ mais comme principe subordonnant et élevant è lui-même Tame devenue è son tour coprincipe {comorincipium) élevé à un nouveau moue d'opérer surnaturel et vital; l'Ame imite alors jusq^uà un. certain point les bienheureux daus le ciel, ofl ils sont élevés de la même manière par. la lumière de la gloire, pour contempler clairement l'essence de Dieu {l^).
IX. Par l'union d'tn/Wton Dieu ne sano-^ tifie pas l'Ame, mais la suppose sanctifiée par la grAce habituelle, qui est forme for'mant [forma informans) et communiquant à* l'Ame la sainteté. Dieu n'est pas alors dans l'Ame comme forme formant^ mais comme cause efficiente élevant l'Ame.
X. Puisque Dieu, dans Funion d'in/a^ton, n'est pas forme formant, mais cause effi^ciente ; puisque l'Ame n'est pas cause matérielle, mais un coprincipe (concausa) efficient, élevé. Dieu ne fait nullement avec l'Ame un tout composé, mais il se la subordonne seulement ; et cette subordination sufQl è l'uniop d'écoulement ou d'infusion passive; ceitie subordination peut encore s'appeler tact subs-> tantiel ,cettedenomination ne désignant qu'u ne certaine coexistence intimede la substance divine en tant que principe élevant, avec la substance humaine comme principe élevé; de manière toutefois que Dieu et l'Ame ne for-
' ment pas un seul principe adéquat résultant do deux principes inadéquats; mais Dieu est le premier principe total, et l'Âme le principe ou la cause seconde totale, agissant avec les grAces qu'elle reçoit de Dieu : Diou et l'Ame ne forment donc pas un toul-
(Vôï) Ce langage fort obscur s'explique claircmoiit par Farcaiic X.
XI. La contempla lion scbolastique est la çoDD.iissance purement spéculative des vérités divines ; la contemiilalion mjsllquo est un acte com[)Osé d'une foi rive et d'une, charité ardente; Ifrscboliisltigue perfectionne l'intelligencG, I» mystique perfectionne l'iotelligence el la volonté.
Xfl. C'est une imprudence déconseiller indistinctement à tous la recherche el la pratique de la contemplalion; c«r c'est une
f;râce plutôt infuse qu'acquise, el cuinme BS grâces données grntuiiement ne sont pas infuses h tous, tous no peuvent se les procurer. Ensuite certaines personnes de la vie miite se conduisent avec si peu de sagesse, qu'après avoir atteint quelque degré de la eonictnpistion, elles se scnlenl prises d'un iléijoûl subit du leur vocation, préférant l'amour de la solitude h l'obligation de la «hnrilé fraternelle, rqctsnl la laborieuse Lia, c'ftsl'i-dire le commerce avec le prochain, pour I» bp.lle Bachel, c'est-&-dire l>our la contemplation. Ces personnes ignorent que la prière, les douceurs et la conlumnliition,qui portent préjudice aux devoirs (le I élal qu'ils ont embrassé, sont plutôt une illusion qu'une oraison vériliiblo.
Xin. Il arrive ordinairement que les caractères indociles, qui sont agités de passions lurribles et violentes, deviennent incapnbîes de ce qu'il y a de plus doux et de
Elus sublime dans la contemplation. Car icn qu'il puisse arriver que ces hommes, soient plus ssinis et plus amis de Dieu que hl plupart des esprits contemplatifs, s ils ont soin de m^'.'tificr et de comprimer ces passions , ceiteudanl on les voit d'ordiniiro, à cause do leur oiiiniâtrelé, de leur orgueil et do leur penchant b la colère, h cause du peu de mesure qu'ils mettent dans
Sreeque toutes leurs, actions et de l'iné^liié î.laurcwactère, devenir rarement cojiables de la conlemplntion inrnsc, qui leur fiTâil goAter avec pléniiudo cette suavité, cette puii, cette tranquillité, celte mansuétude et ces autres avantages incompatibles avec le liérégloment de leur osjirit ; i moins loulelois que leur mortification ne soiltellooicnt héroïque, qu'elle transfurme leur anciennq l'ifure enuno iialuf;^ Bouvelle. [Tîoj/. TaANS-
EOBU-tTIDlf.)
C.ON.TENSON (Vincent), né dans le dipcèso <lp Çoudora en 16U), Domiuicaif). en U&l, lUjQrLfa Creilau diocèse de Beau-vais on 167ih, se distingua dans, son ordre par ses taleots pour la tbéologie et pour la prédication. On I de lui une théologie intitulée : Theologia ir!FR(tf. et cordis, en 9 vol. iq-1?, où l'auteur a voulu corriger la sécheresite des scotasli* ques, et parler autant au cceur qu'à l'esprit.
CONTINENCE. —Votf, CÉLiB4T,.ViiiGiiiiié.
CONVERSION— Fou. PÉKrxKiicï.
CORNARO (£'laminio), célèbre sénateur vénitien, né 6 Venise le i février 1693, fil tes étwles chez les Jésuites. En 1730, il fut élu sénateur et se montra homme d'état aussi éclairé que dloyen vertueux. Nou
SAS. ro-
igion;
BSS; tOR [DKrnONNAlRE COR
composé dans cette union, mais l'&me est, moins picui que savant, il dirige^ s< éuliordonnée fcDieu. cherches vers des objets ulilei.è. la rali^,...,
ij écrivit riiistûire ues égtisfits v^iéniticnoes et des monastères. Ses dcniières productions furent des auvi-agesa«eélti^ues. Il mourut h Venise en i^^6,^ âgé de quatre-virjKl-ciiiq ans. Ses œuvres de piété sont: 1° Bagioïogium linlicum, 1773, Bassano , ^ vol. in-4'.
3° Esercifio de ptrfrzione el di chrUtiana zirlà, comporta âal Padrt Mfnnto Radriguez, nuocamenle accomodato ad oi/ni stato di perione.-Bassano, 1779, 3 vol. Benoît XIV adressa h Cornaro un bref honorable et Qat- Icur.
CORNELIS5EN(CDrneiUe)[VA|iDB](S3BBxL
Ïlus connu sous le nom de Comtillt de ta ierre, en latin Comeliiu a Lapide, né d Bockbolt, ou pays de Liège, en lo6(I, se CI lésuile, et se consacra à I élude des, langues anciennes, des belles-lettré», et surloui K celle de l'Ecriture sainte. Après avoir professé avec suçoÈs fi, I^ouvaId et à Roipe, it mourut dons cette dernière ville,.te 13 mars 1637, en odeur de sainteté. Nous.' avons de lui 10 vol. in-fol. de Commenlaires iur toute HEcrifurt lainte ; \i}vprs, 1€W.
CORRECTION FlUTERNEbLE. — Saiot Bernard dit qqe quand Dieu, nous chilio c'est une njarôue qu'il nons aime comme ses enfants-, et l'Ecrilure sainte, nous fournit partout des preuves de cette véi^é. Le Stiçntur chdde celui qu'il ainu, dif Iq âaRe, ri li met ton plaitir en lui eommfi un pire dam ton file. Le Êils do pieq, par la bouche de sainL Jean, dit qiissi qu'il r.epren^. el qu'il châtie ceux, qu'il aime; et t'ÀTÀtro nous enseigne ïa même chosp, ^usnd il.
dil : Le Sttgtuur chdtie cehti qu^il qÎuu, et il frappe de vergei tout (ci. tufantt qu'il rtçott; car quel cet le fiU çifi *» tait pat ctuUiépar ton pire? C'est pourquoi tious les sainls licnncut qu'une d|es, plu& . grandes grâces que Dieu lA&se ^ un^- io>o qui lomue dans le péché, c'est de i'amigpr aussitôt par les remords dp sa coi^^ieuce. Car c'*^t une marque que Dieu vqus aiiuu et que vous êtes du nombre des élus^ puisqu'il DO vous flbfuidonne pa« tout à fait, et 3u'au contraire il vous invite, el u>us appelle ans le temps que vous vous éloignez^ Je lui ; >aa'& quand le péché n'est suivi oi de reuiords ni do cbâlinionls, c'est, discnt-ils,. une raa.rque que Dieu est. exLrèmemcut iinri)^ et. un des plus grands cbAtimenis doui il punisse Ips pécheurs ca cette vie. Le Bièqie saini Bernard allè|{ue è ce sujet ces psfoJcsd'Ezéchicl : J'apaiserai mon-}itdi{faatian. contre tout ;jen'auraiptut, de jaloutte de pouitje mp reposerai etje.ne me mettrai plu* en coiere; el ces autres disaïe : Tai juri de ne me tneltre plut en eolire contre vous et de ne plut voufi reprendre. Hegarde)^.d4l-il , que Dieu n'est jamais plus en colère qu« lors-
3u'il n'y qst plus; si s» j&lousi^ vous, a ono abandonné, croy.ez que son amour vous a abandonné aussi ; vous serez indigne desoQ amour, s'il vous juge indigne da ses châtiments; car ses châtiments sont les grâces doat il fovoriee ceui qu'il aime. Or,
COR
DASCETISMË.
Qm
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de même qne les châtiments de Dieu sont UQO marque de son amour, en vers nous, de même, une marque de Tamour paternel des supérieurs envers les inlérieurs est de les reprendre de leurs fautes et de les avertir, afin qu'ils s'en- corrigent* U vaut mieux re; rendre ouvertement, dit le Sago^ que d*ajmec- sans le faire paraître. Bn etifet, la charité et Taffection que Ton a intérieurement pour V40US est trôs-bonne; mais elle n'est bonne que poqr celui qui vous aime, et elle vous est inutile s'il ne vous en donne quelqujo preuve. C'est ce que fait le supérieur lorsqu'il vous avertit charitablement . do C[uelque faute dont vous ne vous aperceviez pas, ou que vous ne regardiez pas comme une faute; c'est vous aimer dun amour, de père, qui ne désire que l'avantage de ses enfants, puisque, s'il n avait pour 1G0US de véritables sentiments de père , il ue.vous reprendrait pas de voSifàutes* C'est aiusi que quand un père trouve son fils en quelque faute, il le reprend et le chAtte parce que c'est son fil$, et parce qu'il l'aim.e comme son. fil4 et qu'il voudrait le voir pac:* faite Que si le m6mé homme surprend* quelque autre enfant dans la même faute il ne lui dit rien et ne s'en met point en peine, parce, que ce n'est pfis son fils. Que son père, dira-tril, y prenne garde et ait soin de le corriger ; car ce n'est pas k moi à me tourmenter, d'une chose qui ne me touche point* {^FtrheU ChréL «in Rodrigukz. }
Au reste, lorsque le supérieur vous reprend oe vos fautes» il ne voua Ait pas voir seulement qu'il vous aime- comme son fils , U vous, fait voir encore qu'il est persuadé de votre affection pour lui, et que vouSl êtes également persuadé de la si^ne et du zèle qu'il à poui* votre bien. Il vous témoigne même par là qjj*il a bonne opinion de votre vertu; parce que s'il ne croyait pas que vous eussiez assez d'humilité pour bien re?cevoir ses avis et sa correction, il. n'aurait carde de. vous rien diVe. An oontraire^ quand il n'en use pas si librement avec vous qu'il garde des mesures, etqu'il nevoMS avertit i^a:» de vos fiutea et de ce qu'oo-dit de vous , c'est ou. qu'il no vous aime pas comme son fils, ou qu'il ne croit pas que vous l'aimiez comme votre père, ou qu'il ne vous juge pas assez humble pour taire votre profit de ses avertissements et de ses répnmaudes; enfin c'est toujours faute d'amour ou d'estime. ^ pourra se faire cepeodant qu'il y aura, au dehors des apparences de l-un et de l'autre, mais il n'y aura rien d'effectif; ce ne. sera qu'une (^stiipe et une amitié feintes; car ces apparences extérieures d'estime, de bienveillance, de quoi vous serviront-elles, si ai^lbnd qna si^mauvaise opinion de vous, que môme on n'ose pas se hasarder à vous avertir, de vos défauts? C'est un procédé double^, que de témoigner au dehors d'aur tr.es sentiments que. ceux qu'on a au dedans ; et c'est ainsi qjue les gens du monde en usent entre eui, parce qu'ils n'osent pas se ifire librement les uns aux autres ce (pi'ils pensent ; il leur arrivera souvent de vous
louer et de vous flatter, pour vous marquer l'estime qu'ils font de vous. Cependant ib ont de tout autres sentiments dans le cœur. £fur« poro/fii, dit. le Prophète, iontplui dour t€$ qœ t huile; et Us portent en même ttmpê des coups d'épie. Leur bouche donne des bé* nééictiohs à ceux qu'ils maudissent dans leur cœur. Ils usent de tromperies dans leurs dis^ cours, et ils ont levenin des aspics sur les litres.
Nous devons être fort éloignés de tout cela- parmi nous; la charité dQnt nous faisons profession demande un procédé sincère et ouvert^ et ne souffre point ces déguisements. Qiipi ! j'aurai des défauts dont peut-être je ne'm*a.percevrai point, ou qui ne me sembleront point des oéftuts, et le supérieur qui les voit, et quv sait que mes fl*ères s'en scandî&lisent , ne m'en* avertira pasi ce serait n^avoir nulle charité. Si vous portiez votre manteau h l'envers, observe saint François 4e Borçia, ou qne vons eut* siez le visage: biirbouiTlé, n'est;!!! pas vrai qu'il y aurait dé la çharit^ k vpus en avertir et, que vous remercieriez celui qui vous Ib dirait ; qu'au contraire vous sauffez mau* vais gré a cefui qui le verrait, et qqi no vous enaverlir.ait-pasf
Nous devons à bien plus forte raison avoir les mêmes sentiments è Végard des fautes qui blessent la vertu. dans notre Ame, et qui scandalisent nos; frères;, et c'est un grand avantage pour nous qu'il y ait quel«qu'un qui' ailsoîn de nous en avertir avec charité, puisque l'amour que nous nous portons et* qui npus aveuule, f^it que nou^ ne npus apercevons pas ue nos fautes, ou que nous ne les çonhaissons pas pour ce qu'elles sont. Dg mèmQ que la tendresse qu'une mère a pour sôn^ Qts fjiif qu'eHe trouve beau et agréable en lui ce qui est laid et difforme , de môme la tendresse dongereuse que nous avons pour noi^s fait que nos défauts nous paraissent, de bonnes qualités, et que nous y donnons toujours dp belles couleurs ; c'est pourquoi les phitosophes disent très-bien qu'un homme n'est
Ks bon juge dans. ce qui le regarde: car si mour des autres pour nous les rend aveugles, combien plus l'amour que nous avons four nofis même nous doit-il rendre. suspects nous-mème dans notre propre cause. Un tiers qui n^est prévenu a'aucuhe passion pour ce qui. nous touche, s'aperçoit bieii mieux de nos fautes, et est bien plus capable d'en juger : outre que deui, comme on dil» voient toujours bien n^ieux qu'un.
Pluiarquo dit que nous devrions donner de l'argent pour avoir un ennemi, parce qu'il nj a que les ennemis qui disent les vérités; car des amis, il ne faut en attendre
3ue des flatteries et des louanges. Ils voua iront qu'il ne se peut rien ajouter à vos bonnes qualités, quoique peut*étre ils ne vous en trouvent aucune ; rien, n'est plus commun dans le monde que cette sorte, de langage. Ce qu'il y a encore de mal, c'est que notre vanité et notre faiblesse font que nous écoutons ces sortes de flatteries avec plaisir, et que même uous y ajoutons foi : au