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Heu que nous devrions en user comme le Prophète royal, qui disait: Le juste me reprendra par charité et me fera une correction sévère ; mais le parfum de rhuile du pécheur n'engraissera point ma tête. Saint Augustin dit que par le parfum de Thuile du pécheur il faut entendre la flatterie, et que le Prophète nous marque par là gu*il la déteste et qu'il aime mieux être repris charitablement et sévèrement par un homme de bien, que d*ètre comblé de louanges et de flatteries
far les méchants. Elles ne servent, dit ce ère, qu'à augmenter notre folie et notre er-r reur, suivant ces paroles d^lsaïe : Mon peuple^ ceux qui vous appellent bienheureux vous trompent: au contraire ^ ceux qui vous re-
Srennent séi)irement vous font un grand bien. uivant ces autres paroles du Sage : Les blessures que fait celui qui aime valent mieux que les caresses trompeuses de celui qui hait; et il vaut mieux être reoris par un homme sage que d'être séduit par la flatterie des fous. Ce qui nous fait de la douleur pour quelque temps est justement ce qui est cause de notre guérison; au lieu qu elle devient plus diflicile quand on flatte notre mal ; car alors nous nous flgurons qu*il n'j a rien à dire en nous, et nous ne songeons point à nous corriger.
Diogène disait que nous avions besoin ou d'un véritable ami qui nous avertit de nos fautes, ou d*un ennemi fâcheux qui nous les reprochÀt, afin que les avertissements do l'un ou les reproches de l'autre servissent à nous corriger. Le second moyen est assez en usage dans le monde, où il n'y a d'ordinaire que l'inimitié et la haine qui parlent sincèrement des fautes d'autrui, et où Ton n'entend la vérité que de la bouche de ses ennemis.
^ Une des choses qui marquent le plus l'orgueil de Thomme est la répugnance qu*on a à souffrir d'ôtre repris de ses fautes. Trouvera-t-on aisément quelqu'un, dit saint Augustin, qui veuille bien qu'on le reprenne, et où est ce sage de qui il est dit dans le neuvième chapitre des Proverbes : Reprenez le sage et il vous aimera? Il mérite sans doute le nom de sage, puisqu'il reconnaît comme il doit un aussi grand bienfait que celui de la correction ; mais où le retrouvera-t-on, et qui est-il, aûn que nous lui donnions dri IrmnngniT Nous sommes si enflés d*orgucil , dit saint tirégoire, et c'est un vice si enraciné en nous, que nous ne saurions souffrir qu'on nous avertisse de nos fautes, parce que nous nous figurons que ce qu'on nous dit nous rabaisse dans 1 opinion du monde, et nous rend meins estimables.
Comme nous sommes donc très-sensibles aux moindres choses qui . regardent notre honneur, nous prenons feu dès que nous croyons qu'on le blesse ; au lieu ge remercier ceux qui nous reprennent de no$ fautes, nous regardons leurs avertissements comme des persécutions et des injures. Il y a des
f;ens, en effet, qui, lorsqu'on prend soin de es avertir de leurs défauts , disent qu'on
les persécute et qu'on a de l'aversion pour eui. Et on en voit aussi quelques-uns, continue ce Père, qui s'accusent volontiers eux-mêmes de leurs fautes; mais s'il arrive qu'on les en reprenne, ils s*emportent aussitôt et les excusent, parce qu'ils ne peuvent souffrir qu'on les estime moins qu'ils ne croient devoir l'être.
Ceux-là ne sont pas véritablement humbles et ne parlent point de leurs fautes en esprit de vérité; car, s'ils l'étaient effective^ ment, et qu'ils crussent d'eux ce qu'ils en disent, ils ne seraient pas fâchés qu on leur dit les mômes choses, et ils ne prendraient pas tant de soin de s'excuser et de se défendre. La véritable humilité consiste à nous connaître et à nous mépriser nous-mêmes» et à être bien aises que les autres connaissent aussi nos fautes et nous méprisent. Et ces gens-ci, dit saint Grégoire, font voir clairement, que ce n'est pas afin d'être méprisés qu'ils disent du mal d'eux-mêmes, mais afin de passer pour humbles et pour justes, parce qu'il est écrit que le juste est le
Î}remier accusateur de lui-même. Vous vouez vous acquérir de l'estime et passer pour humbles, et vous dites du mal de vous-mômes, parce que vous croyez que c'est un moyen de parvenir h votre fin. Mais en même temps, comme vous ne croyez pas que le mal qu'un autre dit do vous puisse vous y aider, et qu'au contraire vous vous imaginez qu'il peut détruire la bonne opinion qu'on a de vous, vous ne sauriez souffrir dans la bouche d'autrui ce que vous dites vous-mêmes. Tout cela ne part que d'orgueil et de vanité ; et de là vient encore que souvent, quoique nous voyions que ce
Su'on nous dit est vrai, et qu on a raison e nous reprendre, nous ne laissons pas cependant de souffrir impatiemment la réprimande et d'en avoir du dépit.
Ainsi, nous ne devons plus dire : Repre* nez le sage et il vous aimera; car, où sont maintenant les sages qui veuillent être repris et qui sachent bon gré à ceux qui les avertissent de leurs fautes? Mais nous sommes réduits à dire ce que le même Salomon dit au même endroit : Gardez-vous de re^ prendre un moqueur ^ de crainte quHl ne vous haïsse. C'est la récompense que l'on a ordinairement dans le monde, des bons avis qu'on y donne ; car le méchant n'aime jKiint celui qui le reprend; et il n'a point de commerce avec les gens sages qui peuvent l'avertir de ses défauts; enfin, il y a déjà longtemps qu'on a dit que la vérité ne fait que des ennemis.
Les saints comparent ces sortes de gens à des fous et à des frénétiques qui ne peu* vent souffrir la présence du médecin et qui rejettent toutes sortes de remèdes, parce qu'ils en ressentent de la douleur et qu'ils ne se croient pas malades. Cette comparaison est tirée du Saint-Esprit, qui dit que celui qui hait les réprimanaes est un insensé. En effet, il ne manque pas seulement d'humilité, il manque aussi de jugement et de bons ; en un mot, c'est un fou et un fréué-
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tique, puisquMI rejette les remèdes salutaires qu'on lui donue, el qu'il se l'âciie contre le médecin qui veut le guérir.
L'orgueil et la folie dont nous venons de parler vont jusqu'à un tel eicès, et tout le monde le sait si bien, qu'A peine y a-t-il maintenant q^uelqu'un qui veuille avertir ses frères de leurs fautes, parce qu'il. n*y a personne qui soit bien aise de se faire haïr^ el d'acheter des inimitiés à prix d'argent y comme on dit. Mais les orgueilleux n'ont en cela que ce qu'ils méritent; car, que mérite un malade oui ne veut pas se laisser traiter, sinon qu on l'abandonne et qu'on le laisse mourir, et quelle autre chose peut mériter aussi un homme qui ne veut pas qu'on le reprenne, et qui reçoit mal les avertissements charitables qu*on lui donne? Celui qui hait la correction mourra, dit le Sage, et celui qui hait la discipline ne fait pas cas de son ame, 11 mérite, sans doute , qu'on ne l'avertisse etquon ne le reprenne ue lien: que s^s défauts augmentent tous les jours ; qu'ils viennent à la connaissanca de tout le monde et que tout le monde s'en iUlretienne, sans que personne ait la charité de lui en parler.
C'est ce qui arrive ordinairement à quiconque trouve mauvais qu'on le reprenne* Et quelle plus grande punition peut recevoir un homme de celte sorte, que d'être abandonné à son opiniâtreté et a son orgueil? Nous avons fris soin de Babylone, et elle n'est pas guérie : abandonnons-la; il ne veut pas protiter des remèdes qu'on lui donne, il faut le laisser. Quand on ne laboure plus une vigne, et qu'on ne la taille plus, c'est qu'on la laisse comme ne pouvant plus porter du raisin ; aus^i, quand on cesse défaire des réprimandes à une personne qui les recrût mal, c'est qu'on l'abandonne comme étant incapable de correction.
Saint François de Borgia, parlant des inconvénients qu'il y a k ne pas bien recevoir la correction, dit qu'il y en a deux consisidérables en l'un ou l'autre desquels il est infaillible de tomber. Car, ou 1 on cessera d'user de correction, parce que personne ne voudra se charger de donner des remèdes à des malades impatients et intraitables, et alors les défauts prendront racine partout où ils se rencontreront ; ou, si on ne laisse pas d'user de correction envers ceux qui en auront besoin, et qu'ils en sachent mauvais gré, toute la maison sera bientôt rem* f»)i6 de fiel et d'amertume par leur indociité, qui leur fera prendre pour une injure ce qu'ils devraient recevoir comme une
Eflee, et qui fera que, convertissant tous s iremèdes en poison, ils demeureront offensés et ulcérés de la même chose dont ils devraient se sentir éternellemeht obligés. Gela devrait, ce me semble, donner extrêmement è penser à tous ceux h qui on ne fait aucune réprimande; car ils devraient faire réflexion sur eux-mêmes et se dire : N'est-ce point parce que je suis un mauvais malade qu'on ne se donne plus le soin de me traiter ; n'est-ce point parce que j*ai mal
reçu ce qu'on m'a dit, que l'on ne prend plus la peine de me rien dire ? Le même saint nous recommande ensuite au même endroit cet esprit de douceur, de simplicité et de charité, qui régnait dans les commencements de notre institution, et qui faisait que la correction, bien loin d'être une occasion de scandale et d'amertume à ceux qu'on reprenait de leurs fautes, leur était un sujet d'ediGcation et de reconnaissance.
Un grave docteur, parlant de ceux qui ne veulent point qu'on les reprenne, les compare au démon, parce qu'ils sont incorrigibles comme lui; et il dit qu'une chose qui dislingue le pécheur d'avec le démon, aest que le pécheur est capable de correction tant qu il est en vie, au lieu que là démon en est éternellement incapable. Il rapporte encore à ce sujet ces paroles do l'Ecclésiastique : Celui qui hait la correction est la trace du pécheur, c'est-à-dire du démon qui est appelé flçurément le pécheur. Comme donc la trace du pied est sembable au pied, de même celui qui hait la correction est semblable au démon, parce qu'il se rend incorrigible comme lui, en fermant la porte à un des meilleurs moyens qu'il puisse avoir pour se corriger. Saint Basile ait que celui qui en use ainsi est d'un commerce très-pernicieux, parce que son exemple fait haïr la correction aux autres, et les détourne ainsi de leur entreprise, qui est de travailler sans cesse à l'amendement de leur vie. C'est pourquoi il ordonne que ces sortes d'esprits indociles soient séparés du reste de la communauté, de peur qu'ils communiquent leur maladie à leurs frères.
Un des meilleurs conseils qu'on puisse donner sur cette matière est celui que nous donne- Galien qui, ne s'étant pas contenté d'avoir écrit plusieurs aphorismes pour la guérison des maladies du corps, a composé aussi un livre de la connaissance et de lé guérison des maladies de l'Ame. 11 dit donc que celui qui veut se corriger et faire du
Erogrès dnns la vertu, doit chercher un omme sage qui l'avertisse de ses fautes, et que quand il en aura trouvé un, il faut qu'il le coiqure instamment de vouloir biefi l'avertir de tout ce qu'il remarquera de mauvais en lui, qu'il lui promette de lui en avoir obligation toute sa vie, comme de la plus grande marque d'amitié qu'il puisse recevoir de lui; et qu'il l'assure qu'autant que l'Ame est au-dessus du corps, autant cette obligation sera au-dessus de celle qu'il devrait lui avoir, s'il l'avait guéri de quelque grande maladie. Que si celui k qui vous vous serez adressé, ajoute-t-il, veut bien se charger du soin de vous avertir de vos fautes, et qu'il se passe ensuite quelques jours sans qu'il vous dise rien, allez vous plaindre à lui 'et con^jurez-le encore plus fortement que la première fois de se souvenir de ce qu'il vous a promis, et de vous avertir de vos fautes, dès que vous en aurez fait quelqu'une. S'il répond qu'il se souvient ae sa parole, mais qu'il n'y a pas eu occasion de la tenir, parce que vous ne
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TOUS. êtes rien laissé échapper en quoi vous ayez besoin d*avertîsseinent, ganifz-voiis bien de le croire et de vous imaginer qu*il ait manqué de matière ; mais croyez que son silence peut provenir de quelqu'une des tr«>is causes que nous allons dire : £a prenoier lieu, de négligence, et parce qu*il n'a fait nulle attention ni à vos défautsi, ni à ce qu'il vous avait promis, y avant peu de gens qiii Teuillent bien travailler de cette sorte à rendre les autres plus sages. En second lieu, parce que s'il a remarqué quel-
3ue faute en vous, il n*a pas eu Tassuraocc e vous le dire; ou que môme il n'a pas voulu se mettre au hasard de perdre par là votre amitié, sachant bien que tout ce qu'on
!|agne d'ordinaire à dire la vérité, c*est de se aire haïr; ou enfin, parce qu'il a vu qu'il vous est quelquefois arrivé de né recevoir pas en bonne part les avertissements qu*on vous a demies ; et qu'ainsi quelque chose que vous lui ayez pu dire, if ajoute plus de foi aux effets qu'aux paroles, et il ne peut se persuader qiie vous souliailiez tout do bon qu'il vous avertisse^ de vos défauts. Prenez garde, ajoule-t-il encore, que, quoique! vous semble quelquefois que les fautes dont on vous reprend ne sont pas si grandes qu'on vx)us le dit, il ne faut pas cependant les défendre, ni vous excuser. Premièrenoént, parce que d*ordinaire un autre voit mieux nos défauts que nous ne les voyons nous-mêmes, et qn ainsi il peut se faire qu'il juge mieux des vôtres que vous. En second lieu, parce que quand môme il se tromj)erait, ce qu'il vous dit peut, toi;yourâ servir à vous faire avoir un peu plus d-att^tion sur votre conduite, et à faire, que daos la suite vous évitiez avec soin de donner aucune occasion de rien soupçonner de vous (ie .semblable.
Voilà tout ce que dit Galien sur ce sujet ; et nou|5. avons besoin de mettre tout cela en pratique, si nous voulons trouver quelqu'un q^i. SQ ch^irge volontiers du soin de nous avertir de nos fautes; car ce n'est pas une ohpse aisée, et chacun peut en juger, non* seulement par le chagrin qup la correction peut lui donner qpand il la, reçoit, mais aussi par celui qirello lui donne, quand il (^st qt)ligé de la laire aux autres et que le supérieur le charge de les avertir de leurs défauts. C'est une des choses qui font môme le plus de peine h un supérieur, d'avoir af* faire è des religieux qui n'ont pas l'esprit assez humble et assez docile pour bien recevoir la. correction. Car comme d'un côté il est. obligé de la faire, et que de Tautre il craint qu'on ne la reçoive mal, il ne la fait ^ qu'eu tremblant, comme on ferait une opé- * ration difiicile et dangereuse, souvent môme il n^ sait s'il doit parler ou non. Quelquefois il lui semble qu'il doit la faire, mais en prenant bien son temps, en assaisonnant sa réprimande de quelque chose qui la rende moins anière; quelquefois il trouve dans ceux à oui il doit la faire, si peu de disposition à la bien recevoir, qu*il prend l<t parti iïc a^ rien leur d re, au hasard de
les voir demeurer dans leurs défauts. C'est qu'il craint que ses avis ne leur nuisent au heu de Ic-ur profiter, et qu!ils ne servjeni
2u'à. les aigrir davantage contre lui, et h lire que dans la suite ils s'acquittent encore moins bien de leur devoir. Le soleil amollit la cire et durcit la boue, et quand les plantes ont bien pris racine, l'eau, l'air et le soleil aident à les faire micuxpousser; mais quand elles ne sont pasi bien enracir nées, ces uiôines choses ne servent qu*à les pourrir ou à les sécher. C'est ainsi que la correction amollit le coeur de ceux qui sont véritablement humbles, par la connaisaance d'eux-mêmes, et en qui l'humilité a jeté de profondes racines; au lieu qu'en ceux dont Thumilité n'est pas bien enracinée di^ns la connaissance de leur bassesse et de leur néant, elle ne produit que la sécheresse et l'endorcissenîentde cœur. C'est pourquoi les supérieurs s'abstiennent souvent de reprendre ceux en qui ils voient eetle mauvaise disposition, parce que leur: mal ne fait qu'empirer par les remèdes; et convertissant les meilleures choses en. poijson, ils prennent pour aversion et pour acharnement ce qui est un effet de l'amitié qu'on leur porte, et du zèle qu'on a pour leur salut; et certainement ces sortes d'esprits méritent bien qu'on les abaudonne.
Si vous voulez donc qu*OQ ne vous abandonne pas comme uq malade incurable et comme un esprit incorrigible, il faut que vous receviez en bonne part ce qu'on vous dit. C'est une très-bonne chose qw^qd on est repris, dit le S^ge, de témoigner qu'on se repeut de sa faqte. iftais quand môme vous n'auriez pas fait la faute dont on tous avertit, ou qu*elle serait moindre ou. que les choses se seraient passées autrement qu'on no vous les dit, il ne faut pas laisser de montrer que vous en savez bon gré à celui qui vous a averti, et de lui dire que vous prendrez mieux garde à vou$ une autre fois, et qu*il vous a fait un très-sçnsible plaisir, parce que vous l'encouragerez par Ik a vous avertir une autre fois. Que si vous voulez commencer par vous excuser et vous défendre, tout ce que vous gagnerez, c'est qu'une autre fois, et peut-ôlre dans ouelque oc^sion ou VQus auriez eu grand, besoin. d'ayerr tissemont, il ne vous dira rien. La première chose que font certaines gens, quand on les reprend de quelque faute, c'est de l'excuser d'abord; et quand ils voient qu'ils no peuvent plus la défendre entièren^ent, ils cherchent des raisons et des couleurs noue la faire paraître moindre, et c'est la lé moyen de faire que jamais on ne les ayer* tisse de rien. Car quand on vojt qu'on ne peut jamais vouS; taire demeurer d'accord des fautes dont on vous avertit et que vous trouvez toujours des excuses à toutes choses, on prend la résolution de ne vous avertir jamais de rien. Ainsi, outre qu'en cela vous faites une chose de mauvaise, édiflcalion, tout ce que vous gagnez par vos justifications et par vos excuses, c'est d em*
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DASCETiaHE.
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pécher qu*on se veuille jamais charger de TOUS donner un avis utile*
On regarde même comme un^grand défiiul dan$ les supérieurs, de ne pas bien recevoir les avis et les conseils qu'on leur donne ; jusque-lè qu'on dit qu'un homme qui a des lumières bornées^ mais qui con* naît ses défiiutSy et qui écoule conseil» est plus propre au gouvernement qu'un autre qui a plus d'étendue d'esprit, mais qui est d'ailleurs rempli de lui'-mômo, et qui croit tellement savoir- toutes choses» qu'il trouve mauvais qu'on l'avertisse et qu'on lui donne conseil. L'Ëcriture sainte est pleine de passages x\m marquent la Vérité de ce que nous disons. N'avez-Vous point vu un homme qui se croit habile ? dit Salomon. La conduite d'un fou paratt très- bonne à ses yeux; mais un homme sage écoute conseil. Je suis la sagesse qui fais ma demeure -dads le conseil. Où il y « quantité de bons oohseils, on y trouve son salut. L'apôtre saint Jacfiues marque aus&i comme une des conditions de ta sagesse d'être traitablo et de se laisser persuader. La sagenequiviifU d'en haut, dit'^il» ai prefniiremeni pleine d9 mdeur; ensuite elle est amie de la paix modeste^ iraitable H aieée d porter au bien. Que si dans les supérieurs il est si louable d'écouter Tolontièrs les avis et les conseils qu'on leur donne, et si» au contraire» il est si blâmable en eui de ne pas le faire» à combien plus forte raison doit-on blftmer les inférieurs qui souffrent atec impatience que leurs supérieurs les reprennent ? Gela seul devrait nous obliger & recevoir fa ooirection avec docilité. Mais afin que nous nous y portions encore plus TOlomiers de nous-mêmes» il est bon de féire ici une remarque : c'est que quand on reçoit ht correction comme il faut, et que le supérieur en est persuadé» il se met beaucoup moins en peine des fautes dans lesquelles on tombe» parce qu'en voyant le mal» il voit aussi le remède. Mais quand lm ne la reçoit pas bien» il se trouve fort er?barrassé» parce qu'il voit la porte fermée fi^^ remède; et c'est lA une des plus grandes peiUés d'esprit que puissent avoir les su|»érieurs. C'est pourquoi il est bon de témoigner en particulier ft son supérieur qu'on a extrêmement envie d'être repris de ses ftiutes. Et pour cet effet» il fout le prier de veiller sur notre conduite avec des yeux de père» et -de nous reprendre librement de tous nos défauts» sans prendre garde si quelquefois on aura peut-être fait voir quelque impatience dans la correction et si on ne l'aura pas reçue avec toute la soumis* &îDn qu'ôVi cievait. Il ne suffit pas au reste ^e lui avoir fait une fois-celte prrère, comn>e par manière d'acquit; mais il faut la réitérer plusieurs fois avec instance; et soyez Certain que vous n'en sauriez trop faire pour IjB bien persuader et pour le porter à se bien acquitter h votre égard d'une commission si désagréable d'elle-même et si diiBcile. Ainsi, quoique en toute autre i>encontre nous devions être bien aises
qu'on nous croie pleins d'imiperfections» il iaut bien se garder ici de donner lieu au supérieur de nous croire assez immortiflés et assez indociles pour ne pas bien recevoir ses corrections ; car H faut même tflcher de le persuader du eontraire de [>eur qu'il ne veuille plus se donner la peine de nous reprendre» et que de cette sorte nous ne venions à être privés d'un des principaux moyens que nous ayons pour notre avancement spirituel.
Comme un malade qui a envie de guérir» dit saint Basile» se soumet de bon cœur aux ordres du médecin et quelque fl&cbeux q.ue soient les remèdes, il ne s'en prei d point è lui et ne le soupçonne d'aucune mauvaise intention : de même un homme qui a véritablement envie de se corriger» reçoit de bon cœur les avertissements qu*on lui donne» et ne se met point dans l'esprit que ce soit par chagrin et par aversion Qu'on trouve a redire a ce qu'il fait. Que si 1 intérêt de notre santé» lyoute le même saint» nous fait prendre de bon cœur des médecines très^mères ;.si pour cette raison nous souffrons que le médecin et le chirurgien emploient le fer et le feu sur nous comme il leur platt; si même nous les en remercions comme d'une grande grAce ; n'estil pas juste que pour notre salut et pour le bien de toute la religion, nous nous soumettions de' la même sorte à la corre<^ion» quelque fâcheuse qu'elle puisse être d'ellemême» et quelque repugnanee que nous puissions y avoir.
Saint Chrj^sostome» voulant nous porter It •bien recevoir la correction et h profiter des avertissements qu'on nous donne» allègue l'exemple de Moïse» qui» étant de lui-mêdore si sag[e et si éclairé, et d^ailleurs ayatft été choisi de Dieu pour être le cœiducteur de son peuple et TiBStrument de tant de mer-* veilles» ne laissa pas de bien recevoir Tavis de Jétfiro, son beau-père» qui lui conseilla de choisir des gens pour le soulager dans 1<% gouvernement du peuple et dans l'administration de la justice. Voue ne faitee pa$ bienp lui dit Jéthro» voyant qu'il niisait lui seul toutes choses; fl voue vous accable* de ira^ fkiil mal à propos. Ce que vous entreprenex est au^ssus de vos forces^ ei vous n'y amirie* suffire seul. Et le même Père remarque sur ce sujet que lloïse se garJa bien de faire eomme ouelques-uns» qui» lors même ij)uo le conseil qu'on leur donne leur parait bon» se lâchent contre celui qui le donne» comme étant indignés qu'un homme moins habile qu'eux se permette de les conseiller; miiis ^u'il le reçut avec soumission» et le mit aussitôt en pratique.
Saint Gyprien et saint Augustin proposent aussi l'exemple de saint Pierre» lorsque saint Paul le reprit de ce qu'il voulait assigettlr à ^a circoncision ceux d'entre les gentils qui se con vertissaien t à la foi . Remarquez, disen tiis»que saint Pierre ne pn^suma point de lui même et ne voulut point remporter» parce qu'il était le chef de rfigtiséet que son sentiment devait prévaloir è celui des autres. Ke-
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marquez qu'il ne méprisa poinl saint Paul, pour avoir été peu de temps auparavant le persécuteur de TE^Iisede Dieu, et qu'il ne fut point fAchéd'ètre repris par lui;mRisqu'il reut très-bien son conseil, et se rendit aussitôt la vérité et à la raison.
C'est encore un exemple digne de mémoire et de remarque que celui que donna le grand Th^odose, en recevant avec soumission et avec humilité la correction et les réprimandes de saint Ambroise, soit Jorsciue ce saint évAque l'eicommunia, et lui détendit l'entrée de l'éc^Nso, h cause du massacre qu*il avait fail faire de tout le peuple de Thessa- Ifinique, soit lorsqu*étant demeuré dans l'enceinte du chœur, après avoir fait son otTrande à Tautel, ce môme saint lui envoya dire de se retirer clans la nef, imrce qu'il n'appartenait qu'aux prêtres de demeurer dans le lieu où il était, et que la pourpre n'élevait pas les empereurs à la dignité du sacerdoce. L'hisloiro ecclésiastique rapporte au long ces deux exemples, et dit qu'on ne saurait décider h quoi on doit jilus de louanges, ou h la constance et à la fermeté du saint évoque, ou à Tobéissance et à Ttiumilité d*un si puissant empereur.
Nous lisons dans la Vie du même saint Ambroise, qu'il remerciait ceux qui Tavertissaîent de ses fautes, et qu'il recevait leurs avis comme une faveur signalée. Et Thistoire de Tordre deClleaux ait mention d'un religieux de Clairvaux, qui recevait la correction avectantde reconnaissance, quo, toutes les foia qu'on lu reprenait de quelque faute, il disait un Pater iios(er, pour celui qui l'avait repris. Il est marque aussi au même endroit, que celle coutume a toujours été pratiquée de()uis dans ce monastère, et qu'elle s'y observe comme une loi inviolable.
Saint Arsène élail dans une grande réputation desaintolé parmi les solitaires de son temps et il avait été auparavant en grande considéra lion à la cour de l'empereur Théodose qui l'avait fait gouverneur de ses enfants, Arc^dius et Honorius, qui furent aussi empereurs après la mort de leurpère.Comme il avait donc été nourri toute sa vie à la cour et que la sainteté ne délruil pas entièrement lout<*s les imperfections, il lui était resté quelques légers défauts, qui étaient des restes de ta manière libre dont il avait été élevé; entiD autres il avait celui de tenir ordinairement ses jambes croisées Tune sur l'autre, quand il était assis en conférence avec les autres solitaires. Cette |>osture leur semblait è tous indécente et immodeste, et ils eussent bien voulu l'en avertir ; mais pas un d*eux ne voulant s'en charger, pare qu'ils avaient de la répugnance à reprendre un homme de cette considération pour ur^e simple bagatelle, ils tinrent conseil à ce sujfit pour trouver quelque mo)[en pour le corriger de cette mauvaise habitude, et Tabbé Pasteur, qui était un homme très-saint et très-éclairé, leur proposa un moyen trèspropre et très- facile. « La première fois que n«ius nous assemblerons, leur dit-il, je me mettioi dans ja même posture qu'Arsèi.e :
vous m'en reprendrez publiquement; je me mettrai aussitôt dans une posture plus modeste, et ainsi il sera suffisamment averti* » Cet expédient fut approuvé de tous les Pères, de sorte que dès la première fois qu'ils s'assemblèrent pour la conférence spirituelle, l'abbé Pasteur ne manqua pas de se mettre dans la même posture que saint Arsène. Les Pères l'en ayant aussitôt repris, comme d'une chose qui blessait la bienséance et la modestie, il se remit au mime instant dans la situation oili il devait ,être; et saint Arsène prit si bien l*avis pour lui,
Si'aussitôt« sans faire semblant de rien, Il aissa peu à peu sa jambe, et que depuis , il ne lui arriva jamais de retomber dans la même faute.
Cet exemple nous fait voir deux choses ; et combien c'est un emploi fâcheux et difficile de reprendre les autres : et que cbaean doit prendre pour soi les réprimandes que l'on fait publiquement è son frère.
La neuvième règle du sommaire de nos constitutions , continue le P. Rodriguez, I orle que pour notre plus grande avancement spirituel , et surtout pour nous abaisser et nous humilier davantage, nous devons être bien aises que quelque faute, quelque imperfection dans laquelle nous soyons 'tombés, quoi que ce soit enfin que nous ayons fait et dont on ait eu connaissance hors de la confession, on le découvre à nos supérieurs. Il est à propos, pour bien établir ce que nous avons à dire sur cette matière, que tout le monde sache, que nonseulement toutes nos constitutions ont été approuvées et confirmées par le Saint-Siège, et que même Grégoire XIII, dans la bulle qui les approuve, a mis expressément cette clause : « ue notre propre mouvement ; » mais que la règle que nous venons de citer a été [larticulièrement approuvée par le Pane dans un jugement contradictoire, ce qui la rend encore plus authentique; et voici comment la chose arriva. Un prêtre qui avait été d<» notre com()agoie, et que l'on avait renvoyé comme un esprit brouillon et inquiet, fit imprimer une partie de la Somme du cardinal Tolet, et il y joignit un chapitre où il disait, aue dans un certain ordre pour lequel il avait d'ailleurs beaucoup de icspocl àcauso dos savants hommes qui en étaient, il y avait une règle qui obligeait tous les religieux, dès qu'ils savaient quoique faute de quelqu'un (le leurs frères, d'en aver:ir immédiatement 1(3 supérieur, sans en rien dire auparavant à celui qui avait rommis la faute; et il «joutait qu'il pouvait nailre de grands inconvénients de cette règle, cl qu^olle était entièrement contraire à l'Evangile. Le P. £verard Mercurien, qui était alors général de la compagnie, se plaignit de celte r'alomnie au Pape ; et le Pape ayant voulu voir le livre et la règle, et s'étanl informé de quelle manière elle était pratiquée dans la compagnie, déclara que non-seulement elle n'était )>oiut contraire à TEvangile, mais que, bien loin de pouvoir être justement blûuiée, elle était véiilablemeiit rrmplie de la pei Teclion évan-
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gélique; et il ordonna que Tendroil du livre où il en était parlé si injùrieusement serait défendu, comme il le fut ensuite par le cardinal Sirlet, en vertu du pouvoir que lui en donnait sa charge dlnquisileur senéral.
Quoique celte règle soit par la suffisamment justifiée y on doit encore observer que les. novices la voient prat'quer ; ce qui suffit pour supposer qu*en f isant onsiute leurs vœux» ils renoncent tacitement au droit qu'ils pourraient avoir contre cette règle , quoiqu'ils ne disent
Eas en termes formels qu'ils y renoncent, 'est ainsi qu'un Chartreux qui fait profession, et qui sait que dans Tordre où il s'engaçe on garde une perpétuelle abstinence, qu on ne rompt jamais pour quelque cause
Sue ce soit» renonce en s'y engageant au roit naturel qu'il a de conserver sa vie en mangeant de la viande, quoique cependant il iry renonce point en termes formels, et quoique ce droit soit préférable à celui de conserver sa réputation. C'est encore de la même sorte que celui qui prend les ordres sacrés, renonce au droit de pouvoir se morier, et demeure étroitement obligea garder la chasteté toute sa vie, quoique cependant il ne fasse expressément aucun vœu de chasteté. De plus, saint François de Borgia étant général , et étant consulté sur cette matière parquelquescongrégationsprovincialesd'Espagne, leur répondit que ceux qui rentraient dans la comi)agnie étaient censés avoir renoncé au droit qu'ils pouvaient avoir contre cette règle; et il est certain que parla leneurde nos bulles et de nos privilèges , le général de notre compagnie a pouvoir de déclarer le sens véritable de nos constitutions. Pour conclusion^cette règle avant encore après celaétédiscutée dans la sixième congrégation générale, les choses j furent décidées delà même manière ; et la congrégation générale de notre compagnie, comme il est marqué en cet endroit, a autorité du Saînt-Siége de décider sur les doutes qui peuvent naître touchant les règles de notre institut. Il fut dit aussi dans celte sixième congrégation, que ces paroles de la rèçle, « par qui que ce soit qui ait pu en avoir connaissance hors de la confession, » ne doivent s'entendre que des fautes qu'on pourrait avoir remarquées, et non pas de celles qu'on pourrait avoir dites soi-même en secret à quelqu'un en lui demandant ses conseils et ses lumières.
Toutes les difficultés qu'il pourraity avoir . dans cette matière demeurent par là entièrement aplanies , et par là tous les sujets de plaintes cessent ; car c'est une maxime de droit très-constante , qu'il n'y a point de lésion quand on agit avec connaissance et de son bon gré. On vous a informé de cette règle lorsqu'on vous a reçu , et vous avez dit que vous vouliez bien vous y soumettre : si vous êtes iftché ensuite qu'on découvre vos fautes au supérieur , ne vous en prenez
})oiot à la règle qui l'ordonne, ni a votre rère qui y obéit ; mais prenez vous-en à vous seul qui devriez être maintenant plus confirmé dans l'esprit de mortiflcation et
d'humilité que vous ne l'étiez au commencement, et qui cependant l'êlcls bien moi us, puisque vous n'êtes plus dans la même dis position où vous étiez alors. C'est de là que vient toute la peine que celte règle fait li quelques-uns : ainsi notre saint instituteur, connaissant bien que l'orgueil et l'immortification étaient les seules choses qui pourraient la rendre fâcheuse , nous marqt.e que l'esprit d'humilité et le désir d'une plus grande perfection doivent en être les fondements. Si nous avions donc cet esprit et re désir, nous serions bien aises que l'on sût ces fautes, afin qu*on nous en estimât moins : à combien plus forte raison devons-nous être ravis qu'on les sache , afin qu'on nous en reprenne et qu'on nous en corrige. O lui qui n*a pas assez d'humilité pour vouloir bien que nos fautes soient sues à ce prix-lè| n'a guère l'esprit d'humilité et de mortification.
Il faut observer en troisième lieu, que, quoique notre frère ne trouve pas bon qu'on le corrige de ses défauts, on ne doit pas laisser cependant d'en avertir les supérieurs, et de faire son devoir, quoiqu'il ne fasse pas le sien. Saint Augustin parianl de ceux qui ne reçoivent pas bien la correction , dit qu'ils sont semblables aux frénétiques qui ne veulent point entendre parler de médecine ni de médecins. « Mais que faut-il faire, ajoute-t-il , à ces esprits indociles? Faut-il pour cela les abandonner , et ne prendra plus aucun soin de leur guérison ? Nullement , continue-t-il ; car ni un frénétique ne veut point qu'on le lie , ni celui qui est dans la létharsie ne veut point qu'on le réveille ; cependant la charité ne laisse pas de persister toujours à lier l'un et à réveiller l'autre, et à les aimer tous deux. On les offense en cela lous deux , mais on les aime tous deux aussi : on leur fait à tous deux de la peine et du dépit, tant qu'ils sont malades ; mais sitôt qu'ils sont guéris , ils voient qu'on leur a fait p'aisir, et ils vous en savent bon gré. Nous devons es[»érer qu'il en sera de même de notre frère : car quoiqu'il soit maintenant fflché qu'on le reprenne, il viendra un temps où, faisant réflexion sur lui , et considérant les choses dans la vue de Dieu, il reconnaîtra sa faute, et se sentira obligé de la grâce qu'on lui aura faite. Si les hommes, dit ce même Père, ne laissent pas de prendre beaucoup de peine, et de s'exposer même quelquefois à de grands hasards , pour guérir des bêtes qui iront point d'entendement, et dont ils n'espèrent aucune reconnaissance, à combien plus forte raison devons-nous travailler à guérir et corriger noire frère, afin qu'il ne périsse pas éternellement ? Il a de la raison , et il pourra, se faire qu'il sentira quelque jour le prix de la çrâce que vous lui aurez faile : car celui qui reprend un homme, dit le Sage, sera mieux ensuite dans son esprit , que celui qui le trompe par des flatteries. » Saint Basile appliquée ce sujet ces paroles de saint Paul aux Corinthiens :De qui est-ce quejereçoii delà joie j
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