DEY
fausses dévotions celles qui, sous de belles apparences» manquent de fondement solide et sont vides de vertus.
On distingue trois sortes de fausses dé- ▼olions : les premières pèchent par trop d'élévation , les secondes par bizarrerie» et les troisièmes par trop de subtilité.
Letrop srand amour des voies sublimes par lesquelles Dieu conduit quelques ftmes choisies est ordinairement la cause des dévotions fausses par trop d'élévation. Le désir de se distinguer fait qu*on se jette dans ces sortes de voies » de son propre mouvement» comme s*il appartenait à Thomme de s'ap* proprier des dons que Dieu ne veut dispenser que rarement 9 et à qui il lui plaît. Ce Qu'on appelle dans la vie mystique état aînaction» est à plusieurs une occasion de tomber dans le piège. Ils savent que le Saint- Esprit» pour achever de puriûer les flmes» a coutume de suspendre leurs facultés intellectuelles » de les priver pour un temps de certains effets de la grâce» sensibles et moins parfaits» et de les réduire à une espèce d'impuissance d*agir è leur manière ordinaire, pour opérer lui-même en elles d'une manière très-occulte et très-subtile» mais cependant très-eflicace et qui avance beaucoup l'ouvrage de leur perfection. Certains directeurs » tlë leur côté» trouvant de grands avantages dans cette voie, et croj'ant pouvoir y mettre les ftmes qui sont sous leur conduite » leur ordonnent de cesser leur travail et leurs efforts; et leur répètent sans cesse qu'il faut se tenir en repos pour laisser agir le Seigneur» qu'il faut s'interdire toute ré- Qexion et toute attention sur soi-même»
qu'il faut être vertueux sans le savoir et »imer Dieu sans s'apercevoir qu'on l'aime ; ce gui est manisfestement une fausse élévation.
C'est sans doute une maxime reçue qu'il faut laisser faire le Seigneur» pourvu qu'on l'applique au temps auquel Dieu veut agir et où c'est à lui à faire. Mais si l'homme s'avise de demeurer dans l'inaction lorsque Dieu veut qu'il l'aide de son industrie » le démon ne manquera pas de lui remplir la tête des idées magnifiques d'une fausse élévation, et de le porter à la vanité. Une preuve que souvent la suspension des puissances et la suppression des actes ne viennent pas de Dieu» c'est qu'on voit des directeurs qui les prescrivent è plusieurs personnes quoiqu'il soit certain que Dieu en doive être I auteur» et que ce soit une conduite extraordinaire qui ne regarde que peu de gens. Une autre espèce d^ fausse élévation est de dédaigner les notions communes, de penser d'une manière extraordinaire» de parler d'un style affecté et de ne point se contenter du langage qui convient a la simplicité évangélique. Une personne de ce caractère» parlant de saint Alexis, au lieu de s'exprimer en des termes simples et ordinaires sur les vertus héroïques de ce
grand saint, en disant qu'il a demeuré caché ans la maison de son père, pour pratiquer le mépris du monde et pour ne rien accor-
der aux sentiments de la nature, dira nue ce saint a perdu son être propre dans l'Etre divin, et ne trouvera de dévotion que dans dépareilles expressions» ce qui ne vient pas d'une véritable élévation d'esprit seroblablo à celle qu'on a remarquée en saint Denis et en d'autres grandes ftmes» mais plutôt d'un faux goût qui suppose un fonds vide de Dieu , comme il est aisé de s'en convaincre par l'expérience. Car ces sortes de personnes» après s'être soutenues pendant quelque temps, font enfin voir par leur conduite qu'elles manquent de vertu solide.
Les fausses dévotions» qui se distinguent ar leur bizarrerie» sont celles qui engagent . des pratiques contraires à l'esprit de l'Eglise et au sentiment commun des saints. Par exemple, il y a de la bizarrerie et même de l'extravaçance à dire presque toujours à Dieu, dans les entretiens qu'on a avec lui , qu'il se relire de nous; qu'il se tienne dans sa grandeur^ et qu'il nous laisse dans notre bassesse. Il est vrai que saint Pierre a dit quelque chose d'approchant dans un transport d'amour et d'humilité : Eloignex-vous de mot, Seigneur^ parce que je suis un pé^ cheur. {Luc. v» 8.) Mais fonder sur ces expressions et d'autres semblables une manière ordinaire de prier» comme font certaines personnes » c est aller contre l'esprit de l'Eglise» qui» dans toutes ses prières» demande h Dieu qu'il s'approche et qu'il daigne venir h nous. Et en effet» dit saint Augustin : « Qu'est-ce qu'invoquer le Sei« gneur, si ce n'est l'appeler à nous et le prier de venir en nous? »
Les dévotions» qui pèchent par trop de subtilité» sont celles qui ont pour fondement des points de théolo^e difficiles è comprendre, et dont è peine les savants peuvent se former une idée nette, ou qui consistent en des conceptions abstraites » fort éloignées des idées communes» et qui ne proposent à l'esprit que des objets infiniment relevés. S'il y a de la tendresse dans ces sortes de dévolions, il est dangereux que ce ne soit une tendresse ff>rcée. On ne voit )as comment l'esprit humain peut être Vappé par des objets subtils et presque imperceptibles, jusqu'à se répandre en sentiments naïfs et sans artifices, à la vue de ces objets. Nous savons bien que les saints ont eu des notions très-distinctes de Jésus- Christ et des différents étals par lesquels il a passé; et qu'à la vue de sou amour, de sa pauvreté» de son humilité, de son calice plein d'amertumes, de sa flagellation, de son couronnement d'épines et de sa croix, ils ont été pénétrés d'une tendresse singulière, parce que ce sont là de vrais Objets de dévotion capables de toucher sensiblement, sans art et sans étude; mais nous n'en savons aucun qui ait choisi pour sujet de ses méditations des matières abstraites et métaphysiaues, ou qui ait fait des élans d*amour à la vue de certains objels subtils et relevés qui ne se laissent pas aisément concevoir à tout le monde. 11 esl vrai que uuL'Iaues ftmes distinguées ont pénétré dans