‹ Dictionnaire d'ascétisme (volume 3)Chapitre 88 sur 186 · SP · texte numérisé non relu

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oies qui se rencontrent dans la roie de la perfection.

Saint Thomas (2-2, q. 47, a. 7) nous enseigne comment procède l*esprit, pour se livrer à Tespérance. La lumière de la foi Texcite à Tamoar de ta béatitude et des choses qui7C0nduisent;delàrésuUeledésireienfin r^spérance. Quand le désir est efficace, il trouve un appui danstaconnaissance delà fin, en tant qu'elle est possible pour lui, par les moyens que Dieu a mis à sa disposition.

Alors ce désir commande uu autre sentiment, ou bien il est lui-même le sentiment Kr lequel on se propose de surmonter avec ide ae Dieu tous les obstacles et toutes les difficultés. C'est en ce sentiment que con^ stste l'espérance. Si elle se manifeste au milieu des circonstances les plus difficiles, si elle supporte toutes les adversités, à cause de la vie éternelle; si elle est pleine de confiance et de sécurité, et cela en tout temps, avec empressement, promptitude, joie et constance; ou du moins si l'esprit y est constamment disposé, l'espérance devient héroïque et se révèle par la sublimité des bonnes <Buvre5, comme I enseigne Laurœa. (m Sent.t d. 92, a. 10.) De là Tespérance héroïque peut consister: 1* Dans la manière parfaite d^espéreVf alors qu*on place uniquement son espoir et son amour en D'eu, comme notre fin, et dans les biens créés, en tant qu'il sont nécessaires ou très-utiles pour arrivera cette fin. Dans toute nécessite et dans tout péril, on recourt à Jui sans hé.sitation et sans retard ; c*est par lui et à cause de lui au'on espère et qu on obtient les choses lés plus difficiles, comme il est arrivé à sainte Thérèse, dans la réforme de son ordre. ^ 9" Dans une rigoureuse pénitence, un parfait renoncement aux choses temporelles, une grande ^léfiance de soi^mènve; dans les obstacles que Von éprouve pour la gloire de Dieu et lé salut des Ames, et dans la joie avec laquelle on supporte les adversités que Ton a è souffrir peur Jésus-Christ et pour la justice, comme saint Ignace, etc. — 3* Dans l'entrée en religion, surtout quand il faut pour cela surmonter de la part du monde de nombreui obstacles, ce qui est arrivé h saint Louis de Goozague. — V Enfin dans la ioie gue fait ressentir la nouvelle et la méditation d'une mort prochaine, comme

Sur saint Philippe de Néri. (Vov. BcNolt V, De $erv^ Dei beaiif.f L m, C) 23.) Les actes qui ont la |»ropriélé d'augmenter en nous respérànce surnaturelle et infuse, sont : 1* d'avoir on toute circonstance une confiance véritable et filiale dans la bonté, la toute-puissance et la fidélité de Dieu, de demander et d'attendre de Dieu seul tout secours, tout conseil, toute force et toute grAce, de lui dédier toutes nos actions, et de lui adresser d'humbles actions de grAcest 2* d*avoir confiance , non dans l'homme, ni dans les créatures, mais avant tout en Dieu; 3" de penser combien d^hommos le Seigneur a d^jà sauvés, combien nar ses miracles il en a déjà fait parvenir h la foi, à la pénitence et à la sainteté, combien dans sa

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miséricorde il en a préservé dos plus gra>ids maux, du néché duc l'enfer; et^ sjl se présente quelque grand mal, nuelque grave danger, de recourir d*abord à Dieu et aux saints par la prière, et ensuite aux remèdes humains ; V de croire fermement que nous et toutes les créatures, nous ne pouvons rien, que toute notre capacité vient de Dieu, et par conséquent de recourir h lui daos toutes nos actions avec une ferme confinnce.

Cfimme le principal acte de Tespérance théologique est FaUenie^l le désir de léierneUe béaiiiude^ nous devons sans cesse aspirer à l'obtenir, aussitôt qu*il plaira ^ Dieu, et être toujours prêts à abandonner do grand cœur tous les biens présents et mémo la vie, afin de parvenir h raccoroplissement de ce vœu ;

1* C'était là le sentiment habituel de David, môme alors que les portes du para^ dis étaient encore fermées. Comme le cerf soupire après leseaux^ s*écriait-il dans Ta!» deur de son désir, de même mon âme sou-pire après votu^ à mon Dieu ! Mon àme est toute brûlante pour vous^ pour le Dieu fort et vivant* Quand viendrai-je^ et (/uand parat^ trai-ie devani la face de mon Dieu ? (Ps. xli, 2, 3.) Ji n^est donc pas étonnant combien devaient être ardentes les aspirations des saints du Nouveau Tii^stament vers le cieU dont les portes leur étaient ouvertes. Jésus- Christ disant t Yoici ^e je eiens et ma ré*compense est avec mot ; voici que je viens. Saint Jean s*empresse de lui répondre : Vtnez^ Seigneur Jésus. Sahnt Paul disait aux Romains (viu, 23) : Nous gémissons en nous-^ mêmes f dans l'attente de la rédemption dt notre corps et de Fadoption divine. Je désirs d'être dégagé des liens du corps et d'être avec Jésus-Christ. [Phil, i, 23.) Dans cette confiance que nous avons^ nous aimons mieux sortir de ce corps pour aller habiter avec le Seigneur. (II Cor. v. S.)

2" Les Pères et les autres saints brûlaient du même désir. « Seigneur, s*écriait saint Augustin, puissé-je mourir, afin de vous voir 1 Je ne veux plus vivre, je veux mou-* rir. Je désire d'être dégagé des liens du corfis et d'être avec Jésus-Christ. Je désire de mourir, afin de voir Jésus-Christ. Je refuse de vivre, afin de vivre avec Jésus- (.hrisl. » (Solitoq.^ c. 1.) « Si jamais je t'oublie, Jérusalem, disait saint Bernard* quo ma main droite soit vouée à l'oubli I... Quand briserez-vous mon enveloppe. Seigneur Jésus t Quand m'entourerez- vous do joie, afin que na gloire vous célèbre et que je ne sois plus accablé de tristesse ?...;. Quand viendra le temps oili nous pourrons nous plonger au sein des joies étemelles dans la source même de la Divinité? »

(Serm. 2 De divers.)

3"" La raison en est bien simple. D'abord cette aspiration à l'éternelle béatitude nous excite puissamment à progresser dans la perfection chrétienne; ensuite celui qni fDMqUa de force pour désirer sa fin dornwra, qui est la possession de Dieu par sa vision et son amour, semble par cela mèoie

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manquer de force daos la foi, Tespérance et la charité » par conséquent dans la substance du christianisme; donc nous devons être souvent animés de ce désir. EnfiUi cehii qui veut efficacement la fini doit vouloir aussi les moyens d'arriver à cette fin ; or le moyen d'arriver h la béatitude, c'est la mort : donc» loin de la fuir, nous devons même souhaiter la mort , la mort dans le Seigneur. Il est permis, il est môme saint de désirer la mort, surtout quand ce désir est inspiré par l'amour le plus pur et par la volonté de s'unir parfaitement avec Dieu. Rodriguez l'enseigne et le prouve. (L. i, Exerc. per^ fecl.f tr. 8, c. 19, 20, 21.) Bien plus, dans tous les états, c'est non^seulement une affaire de perfection, mais même une obligation d'aspirer à la vision de Dieu ; et bien des exemples ont montré qu'on encourt un châtiment, en négligeant ces aspirations salutaires. (Aussi sainte Brigitte raconte ainsi une révélation qui lui avait été faite par la sainte Vierge sur un certain ermite mort tout récemment : « Sache que l'Ame de cet homme serait entrée dans le ciel, tout aussitôt après sa sortie du corps, si elle avait eu, au moment de la mort, le parfait désir de parvenir à la présence et à la vision de Dieu. C'est pourquoi elle est maintenant retenue dans ce purgatoire du désir, où l'on n'éprouve d*aatre peine que le seul désir d'arriver auprès de Dieu. » (L. iv AeveLyC. 127.) Sainte Gertrude et sainte Mecthilde, dans Blosius (Monit. spir.^ c. 13), iiennent lé même langage, ainsi qne le Vénérable Bèdo, dans quelques révélations Su'il raconte (I. v Utst. Angl., c. 13), et enys le Chartreux {Dial. ae jud, par$.^ c. 31). Bellarmin admet ce purgatoire du désir (L ii De purgat.^ c. 7), et bien que Huarez trouve matière à de graves difficultés sur le mode et le lieu de ce purgatoire (d. M De pœnit.f f. 1), h moins qu on ne I*entende d'une manière symbolique, il reconnaît toutefois la vérité de cette doctrine, que l'âmo, tiède dans le désir de voir Dieu, soit punie en ressentant ce même désir après la mort, sans pouvoir le satisfaire ; de sorte que les autres châtiments ne sc- Taient rien en comparaison de celui*ci, et en réalité seraient beaucoup moins rigoureux. Quoique l'espérance de notre éternelle béatituae soit certaine par elle-même, ap- .I>uyée qu'elle est sur le motif de la bonté, •Se la toute-puissance et de la fidélité de Dieu, elle est néanmoins incertaine par rap- ' port à nous, puisque personne n'est certain .de posséder la grâce, ni d'y persévérer. Aussi n'exciut-elle pas toute crainte, et ne peut-on atteindre en cette vie cet élat de

• perfection où Ton ne ressente aucune crainte des châtiments éternels, aucun désir de l'éternelle récompense, comme le veulent

• les quiétistes. Mais bien que l'espérance ne soit arcompagriée ni de cette crainte mondaine, par laquelle on craint,commo un mal, de perdre les biens temporels, et Vxm est disposé, pour les conserver, même à viéléria toi de Dieu ; ni de cette crainte servilement

êervile, par laquelle on craint plus le châtiment que la faute, et l'on n'a que peu d'horreur pour celle-ci; cependant avec l'espérance se trouve cette crainte, eervUe quant à la substance, par laquelle on a horreur de la faute, et l'on s'en abstient par la crainte des châtiments ; et aussi cette crainte filiale, par laquelle on craint d'offenser Dieu, par horreur de l'offense elle-mêmet cette aernière crainte est un don du Saint- Esprit et une condition requise pour l'espérance héroïque.

Celui donc qui cherche à s'avancer dans la perfection chrétienne, tout en s'exerçant à respérance doit aussi s'appliquer à la crainte de Dieu. Ainsi l'enseignent :

1** L'£criture sainte i La crainte du Seigneur est le commencement de la iagesse, {Prov. i, 7.) Sur gui jelterai-je la yeux, sinon sur le pauvre gui a le cœur brise et gui écoute mes paroles avec tremblement? {isa. lxvi, 2.) Opérez votre salut avec crainte et tremble^ ment. (Phil. ii, 12.)

2* Les saints Pères : « Le roi du ciel, le Créateur de l'univers, qui ne veut avoir aucun temple terrestre, daigne recevoir tians son temple l'homme humble et paisible, qui écoute sa parole avec tremblement. Le Seigneur jette sur lui ses regards (S. Jérôme, in Is., L c.) «Il est rare, dit saint Augustin, et même il est sans exemple que quelqu'un veuille devenir chrétien, sans être saisi de quelque crainte de Dieu. » [De catechiz. rudtb., c. 5.) « J'ai reconnu avec vérité qu*il n'est rien de plus efficace pour mériter ou recouvrer la grâce, que d être en tout temps devant Dieu anime de sentiments de crainte, et non d'orgueilleuse présomption. Heureux l'homme gui est touiours tremblant. »(S. Bbrnard, serm. Si, in Vant.)

3" La raison. D'abord, rien n'est plus efficace pour conserver la grâce que cette crainte et cette défiance de nous-mêmes, jointe à l'espérance et à la confiance en Dieu, puisque, comme le remarquent saint Bernard et saint Ambroise, d'illustres saints ont été entraînés à de graves chutes par trop de présomption et par défaut de crainte et de circonspection. D'ailleurs c'est de la crainte de Dieu que naît la force : par elle celui qui craint place tout son espoir en Dieu gui est un ferme appui pour ceux gui le craignent {ps. xxiv, 14); et, certes, nous en avons une preuve éclatante dans le courage et la force des saints martyrs.

Le Chrétien généreux et qui aspire aux grandes choses doit donc s'exciter surtout a l'espérance : il doit espérer même cour tre toute espérance, se rappelant qu'elle ne peut jamais être trop grande, et qu'il n'espérera jamais de Dieu autant que Dieu veut qu'on espère de lui. Si telle est son espérance, il accomplira des merveilles audessus des forces de la nature. Suivons le conseil de saint Jean Chrysostome :

« Chrétien, ne vous écartez pas de res|)6rance qui vous est proposée, ne perdez pas la gloire de la persévérance, ne vous livrez pas à l'esprit de révolte hâtez votre

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course, emprossez-yous d*ai(eindre le bat , que l'ennemi ne retarde pas votre course» que respérance même conduise auprès de Dieu celui gui s'empresse vers Itii. Suivez les plus rapides, atteignez les retardataires, dépassez les paresseux, imitez courageusement Ses forts, provoquez les autres afin qu'ils vous provoquent; car il atteint bientôt l'objet de ses désirs, celui qui suit les pius rapides et qui craint de se laisser de« vancerpar les plus lents. Comparez, si vous pouvez, les peines avec les mérites, les sueurs avec i€fs récompenses, 1a course avec !e royaume éternel. Et cependant il n'éprouve aucune peine, celui qui s*empresse avec l'aide de Dieu, et il ne ressent aucune fatiçue, celui qui la partage avec Jésus- Christ. » ( Nom. de fide^ $pe ei char.) Que l'espérance nous fasse donc concevoir le plus vif désir de la vie éternelle, afin d'être parfaitement unis à Dieu ; et alors, malgré les craintes que doit nous inspirer la connaissance de nous-mêmes, nous serons puissants en toute chose, par la connaissance de Dieu, qui est présont partout, qui p«u( et voit tout : de même gue de rien il a tout créé, de même il agira dans notre cœur, pourvu que nous reconnaissions que rien ne vient ue aous-oièmes et que tout vient de Dieu.

Maintenant il nous reste à donner qnel-

3ues avis aux directeurs sur la conduite es âmes dans la vertu d'espérance.. •

f. Le directeur doit veiller avec le plus grand soin à ce que l'espérance ne se reijroidisse pas dans le cœur de ses pénitents; car si cette vertu s'affaiblit en eux, il verra en même temos s'affaiblir toutes les autres vertus. L'espérance est pour l'Ame ce que les esprits vitaux sont pour le corps: elle donne à ses opérations Tactivité, la vivacité et l'énergie. Si les esprits vitaux s^aifaiblissent dans le corps, la force d'agir s'affaiblit aussi dans les facultés corporelles ; et si le corps est totalement privé des esprits vitaux, il n'est plus qu'une masse immobile et incapable de nulle action. De même, si dans un Chrétien la vertu d'espérance s*éteint entièrement, il devient incapable d aucune œuvre sainte ; et si cette vei tu ne meurt pas tout à fait, mais s'affaiblit ^ulement, la force, la vigueur pour le bien diminue en proportions En un mot, le Chrétien qui man<j[ue de l'espérance ne peut être un bon Chrétien ; et la perfection chrétienne ne peut se rencontrer en celui qui n'a qu'une espérance faible et imparfaite.

Cependant un directeur ne laissera pas de rencontrer des personnes adonnées à la vie spirituelle, dans lesquelles cette vertu de si haute importance n'a point de fondement^ parce qu'elles tombent facilement dans la défiance, dans l'abattement et comme dans une prostration de l'âme.

Aussi arrive-t-il que cet engourdissement de Tt^spérance amené le refroidissement de l'amour divin, la négligence dans l'exercice dos vertus^ la paresse et la lenteur dans la

pratique des bonnes œuvres. Mais ce qu*il importe le plus de remarquer à ce sujet, c'est que Ton ne s^impute point à péché, on ne se reproche nullement ces pensées île défiance ni cet engourdissement dans I<is affections ; et que souvent on prend pour de Thumilité cette basse pusillanimité, et pour une vertu cet abattement déplorable. Le plus grand mal consiste donc en ce que c^ sortes de.personnes ne prennent point leur mal pour un mal ; et ce qu'il y a de plus dangereux pour elles dans cette tentation, c\st qu'elles n'ont pas le moindre soupço^a que ce soit une tentation. «Si donc le direor teur a à conduire des Ames de cette sorte ( et il en trouvera souvent), il doit s'efforcer à relever leur cœur abattu, et à les réveiller de cet assoupissement qui les paralyse : car tant qu'elles demeureront en ce tnste état, elles ne pourront faire aucun progrès daua la voie de la perfection

IL Mais il laut examiner ici en quoi consistent ces sentiments de défiance et de désespoir, vices opposés à l'espérance, et quelle en est la source : car si le médecin spirituel connaît bien les qualités et les causes de ces deux maladies, il lui sera &cile d'y appliouer les remèdes convenables. Selon saint Thomas, « le désespoir n'a pas pour seul résultat la privation de l'espérance; mais il produit encore un certain éloignement de i'olyet désiré, en faisant croire à l'impossibilité de lobtenir. » ( 1-2, q. 44, art. 4. ) En outre, le même saint docteur expose ainsi l'origine de cet éloignement, de cette aversion pour Tobjet désiré, qui constitue principalement la malice du désespoir: « Le désespoir naît de la crainte de Dieu, ou deThorreurdu péché, en tant qu'on abuse de ces sentiments, bons en eux-mêmes, pour eu prendre occasion de se livrer au desespoir. » (/6îd., q.20, arL 1.) Quant h la défiance, qui ne renferme point un tel excès de malice, il faudra rappeler manque d*espérance, ou bien espérance languissante, froide et chancelante, née d'un excès insensé de la crainte de Dieu et de l'horreur du péché.. Il y a donc cette diffé* rence entre I Âme qui désespère de Dieu et l'Ame défiante, que la première s'éloigne entièrement de Dieu, sous prétexte qu'il lui est impossible d'obtenir sa grAce ; et que la seconde n'abandonne pas Dieu entièrement, ni d'une volonté pleine, mais cependant ne lui est point unie par l'espérance, ou ne s'attache à lui que par une espérance bien faible. Saint Thomas, comparant le déses^ poir avec Tinfidélité et la haine de Dieu, n'a pas craint de s'exprimer en ces termes : « Si l'on demande notre avis sur le déses^ noir comparativement aux péchés d'infidélité et de haine de Dieu, nous dirons que le désespoir est plus dangereux, parce que l'espérance nous retire du mal et nous l'ail rechercher le bien ; aussi, dès que Thomn^e perd l'espérance, il n'a plus de frein, tombe de vire en vice, et s éloigne des bonnet œuvres. » (2-2, q. 20, art. 3.) Avant ce grand docteur, sain^ Isidore avait dit:

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c Faire te acal , e'est donner la mort à l'a Jke ; mis dé^K^ftértff €fA\ desetfkdrt dans les eor^rs. » Lib. n Dr man. Amo, e. 1%. ) Qoant h la défiance, on ne peat en dire aolanU il ^^ ^™ ? ■i^'* tontefais, elle est aossi excessiTefnent dangereuse, paisqa'eUe proTient de la ménke sooree que le désesimr, e'est-^ire d'un excès abusif de crainte de IMeu et d'horreur pour le péché, bien que dans ta défiance cet abus soit moins paTe. Sî elle n*éloigne pas tout l bit de 5ieu, au moins elfe ne nous rapproche pas de lui par Tespérance, ou ne nous en rapproche que fort peu : de là Tient qu'elle a pour résoltat de nous rendre plus ne^igents dans la pratique du bîMt, et de nous àisposet à tomber dans le fiécbé. Il est donc facile de voir qu'il ne faut espérer aucun progrès é9n§ la vie spirituelle pour une âme, tant qu'elle n*aura pas rejeté ces sentiments d'abattement spirituel.

Mais puîsaue un excès de crainte engendre non-seulement le désespoir, mais encore la défiance et le découragement, le directeur doit nécamôrement faire en sorte que la crainte soit modérée par Tespérance dans le cœur da ses pénitents. La crainte est nécessaire : sans elle, Tâme est comme un na? ire qui TOgue à Toiles dép!ojées, mais sans lest, et qui Ta se précipiter contre les écueiis arec d'autant plus de Titesse, qu'il est plus léger. L'espérance est également nécessaire: l'âme sans espérance est un Taisseau sans rames et sans roiles, qui reste immobile au milieu de l'Océan, sans pouroir continuer sa route. Mais l'âme qui craint aTec Tespérance et qui espère aTec la crainte, est ce nsTire heureux qui, poussé par un Tent farorable et maintenu par le contre-poids du lest, s'a- Tance, arrire â bon port. Le directeur doit donc Tailler k ce que Fespérance soit toujours plus grande et rem|>orte toujours sur la crainte, selon le conseil de l'Apôtre, qui nous recommande d'abonder toujours en espérance, et de nous remplir de la force du Satnt-E^t, ul abumdeiis m tpe^ ei viriuiê Spirituê itmeii. (Êam. xt, 13.) C'est elle en euetqui doit imprimer le mouvement k nos œurres de piété et être Fâme des vertus. Si la crainte marche toujours arec l'espérance k sa suite, il n'jr aura plus le moindre danger de tomber dans la défiance, et encore bien moins dans le désespoir: en eSet, la crainte sera liuinble et courageuse tout à la fois, étant appujée sur i*espérance; et l'espérance sera renne et modesie tout k la fois, étant modérée par la crainte. C'est pourquoi, si un directeur trouve des âmes défiantes, il leur ordonnera de méditer souvent sur les motifs propres k eiciter l'espérance, et de se nourrir abondamment de ce sentiment salutaire dans leurs oraisons, puisque leur état de faiblesse a un extrême besoin de cette nourriture fortifiante. Hais il leur recommandera surtout, aussitôt qu'elles se sentiront aliattues par la crainte des peines étemelles ou par lliorreur de leurs ftutes, de fkira des actes d'espérance et de les répéter pittiiaurs ft^is, jusqu'k ce que leur esprit

sorte de cet abattement et repreane son stdenne vigueur.

in. Comme cette horreur excessiTe du péché ei cette crainte outrée peuTeot naître de dîTerses causer, à saroir. du souTenir des péchés passés, de la considéra tioe des baies présentes, ou de Pinçon slance de la TcCooté dans le bien et de la rechute dans le oui, cl enfin de Tappréhension des peines fn'ures. le directeur doit avoir pour tous ces cas des remèdes k appliquer aux âmes tourmenlêes par un excès de crainte.

Si la défiance naît de lliorreur que Tca éprouve pour les péchés de la fie passée* \m directeur fera remarqaer^aux pénitents que nos péchés, quelque énormes et nombreux qulb soient, sont cependant toujours moins grands que la miséricorde infinie de Dieu ; et que, par conséquent, ils n'ont aucune raison de désespérer, mais seulement de détester leurs péchés. Voici comme saint Basile s'exprime k ce sujet : € Puisque les fléchés ne sont |)oint infinis ni en énormîlé ni en nombre, et que les miséricordes de Dieu n'ont poiut de bornes, ni pour la grandeur ni pour le nombre, il est hors de doute qu*oa ue doit jamais se livrer au désespoir; mais il suffit de reconnaître la miséricorde de Dieu et de détester les péchés que Ton a commis. » (jS^ frrfr.,q. 13.) «Qu'est-ce que le péché, dit saint Jean Chrjsostome, en comparaison de la miséricorde de Dieu? Une toile d'araignée qui disparaît pour toujours au soufBe du vent. » (Hom. 2 m p$. l.; Et quand le directeur ajouterait, pour rassurer son réniteni, oue tout l'amas de ses grands crimes, plongé dans l'océan immense de la miséricorde divine, est comme une goutte de frl dans un océan de lait, il n'exagérerait point, il serait encore en dessons du vrai.

Hais si le pénitent qui éprouve une crainte excessive pour ses oéchés passés fonde cette crainte sur ses confessions précédentes et sur la pensée qu'il ne s'est pas bien confessé, le directeur examinera sur quel fondement cette crainte s'appuie. S'il n'en trouve aucun, il ordonnera k son pénitent de faire des actes de douloureuse contrition sur les péchés qu'il a commis; et, s'il a péché mille fois, de se repentir mille fois, mais de s'en tenir Ik désormais. Car n*étant pas tenu de faire une nouvelle confession, puisqu'il a lait une légitime accusation de ses péchés,

Ear des actes réitérés de contrition, il s'étalira de plus en plus en sécurité k l'égard du pardon de ces fautes, si, pour une cause inconnue, elles n'avaient pas encore été re* mises. C'est le conseil de saint Jean Cbrysostome : < Ne dites pas, je suis un blasphé* matj9ur; ne dites pas, je suis un persécuteur, un impudique: vous avez des exemples de tous ces crimes ; en quel port voulez-vous vous réfugier? Voulez-vous le chercher dans la Loi nouvelle, on dans l'ancienne? Bans rancienne, vous avez David ; dans la mou- % velle, vous avez Paul. Ne me présentez point d'excuses, n'alléguez point votre îâcneié. Vous avez péché? Repentez- vojus. Voua

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avez mille fois péchai? Reponlez-vous mille fois. » (Hom. â in ps. l.)

Si la défiance naît de la considération des fautes présentes et de rinconstance que rhomme éprouve à Tégard de ses bons propos, comme il arrive assez souvent aux personnes spirituelles, à qui la rechute fréquente dans les fautes qu'elles ne voudraient plus commettre, et le sentiment de passions encore vives inspirent de la déûance concernant leur avancement» le directeur doit exciter ces sortes de personnes à mettre dans le secours de Dieu une grande confiance, dans cette pensée au*uneentière victoire sur soi-même est 1 œuvre de la grâce et un don de Dieu, que la bonté divine ne refuse à aucun de ceux qui l'espèrent et la demandent. On doit les ranimer encore par Texemple de saint Pierre, qui, choisi pour J*apo$tolat entre tant de milners d'hommes, et élevé seul parmi les apôtres à la sublime dignité du souverain pontificat, est tombé cependant si honteusement, après la promesse plusieurs fois réitérée de ne pas tomber; et qui, nonobstant cette chule, est parvenu a une sainteté si éminente. « Si Pierre, dit saint Bernard, après une 'telle chute, est parvenu à une sainteté si sublime, qui désormais |X)urrait désespérer, avec la volonté de quitter le péché? » (Serm. 3 m $ol. Pétri et Pauli.)

Si enfin la défiance du pénitent a sa source dans une crainte excessive des peines de Tautre vie, le directeur doit lui rendre l'espérance par la considération des douleurs que le Fils de Dieu a souffertes pour nous, afin de nous délivrer des peines éternelles et de nous rendre éternellement heureux. Aussi écoutons ce que nous dit saint Paul : Rappelez^vous la pensée de celui qui a tant souffert de la pari des pécheurs^ afin que votre esprit ne tonwe point dans un abattement qui Vépuise. (Hebr. xii, 3.) Qu'on se rappelle encore cette belle parole de saint lean : Dieu a tellement aimé le monde^ quHl a donné son fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas^ mais obtienne la vie éternelle. (Joan. m, 16.) Et si pour relever un cœur abattu par une crainte outrée, ces promesses si claires ne sont pas sufiisanles, qu'on lui répète ces paroles du Sauveur, par lesquelles il témoigne qu'il est venu principalement dans le monde pour le salut des pécheurs : Je ne suis point venu appeler les justes f mais les pécheurs (Matth. ix, 13); et ces autres par lesquelles il nous assure qu'il laisse quatre-vingt-dix-neuf brebis pour aller à la recherche d'une seule qui s'est égarée, et la ramener au bercail. Ensuite il faudra lui ordonner de répéter souvent ces paroles de Job, qui sont si propres à rappeler à l'espérance un cœur abattu : Quand même vous me feriez mourir , f espérerai m vous^ et vous serez mon sauveur l Oui, Seigneur Jésus, vous m'avez donné tant de de gages du salut étemel, que, quand même vous seriez là prêt àfme frapper du glaive de /votre justice, j'espérerais cependant en ▼ous. Vous êtes mon Rédempteur; vous

êtes mon Sauveur. Qui craindrais-jet Pour*« quoi tremblerais-je?..

ESPRIT (Dons bt fruits du SAINT-1. — La grAce sanctifiante ou la charité nabituelle, ce don principal du Saint-Esprit, n'est jamais donnée seule. Elle est toujours accompagnée de plusieurs autres dons, c'està-dire, 1"* des vertus infuses ou surnaturelles, la foi, l'espérance, la charité et la vertu de pénitence , ainsi que de plusieurs autres qui découlent des vertus théologales ; 2* des sept dons du Saint-Esprit, de ^es douze fruits et des huit béatitudes: autant de faveurs dont l'Esprit-Saint est le principe, et qui croissent encore jusqu'à fiiire de nous des héros chrétiens, selon la dis-

f position et la préparation de nos Ames. (Vog. eroOt BÉATITUDES.)

Nos facultés intt^rieures ont été affaiblies et presque ruinées par le péché. Nous avions donc besoin d'être guéns et fortifiés. Le Saint-Esprit, par ses sept dons inséparables de la grAce sanctifiante, guérit la faiblesse de la volonté, rélorme les erreurs ou dissipe l'ignorance de l'entendemenl , et les rend par là capables de faire le bien. C'est à l'aide de ces grâces que les apôtres et les autres saints de tous les temps ont couru avec la vitesse du cerf^ et vole comme avec les ailes de la colombe, dans les voies de Dieu ; c*est par ces grAces que, s'élevant audessus de la terre et des choses de la terre, ils ont su prendre leur essor, et pénétrer en esprit jusque dans les cieux, pour y

f)rendre les affections, les sentiments et le angage des saints. De là vient que le prophète Isaïe nous les représente comme des esprits, et leur en donne le nom. Saint Paul appelle leurs opérations extérieures, ou le don de parler avec une haute sagesse^ ou celui d'enseigner avec science, etc.. L'Gcdésiastique représente ces mêmes grAces, comme des dons particuliers dont Dieu remplit l'Ame, et' des dispositions qui demeurent en elle sous le titre d'espru de sagesse ou d'entendement. Ce sont autant d'habitudes surnaturelles et permanentes qui disposant l'Ame, l'excitent à suivre les voies de la vertu, et à correspondre aux inspirations d*u Saint-Esprit; rendent la mémoire plus propre à retenir ses impressions; l'entendement et la volonté plus dociles à ses lumières et à ses bons mouvements.

Le premier de ces dons est le don d'isUet'ligence.

Le don d'intelligence, considéré connue don du Saint-Esprit, apprend à l'Ame à pénétrer les choses surnaturelles, non-sealament par la simple connaissance que nous en donne la foi, ou par l'étude et les recherches que nous en faisons, mais par l'expérience et le goût des choses divines que donne l'union habituelle avec Dieu.

L'état de stupidité où nous a réduits la corruption de notre nature, nous rend incapables, ou beaucoup moins capables, soit de concevoir les motifs de notre sainte foi, soit de comprendre la sagesse et de découvrir la sainteté des lois divines, soit enfin

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Je nous former une juste idée de nos devoirs; ce qui nous expose à beaucoup de tentations différentes; tels sont les doutes, les troubles» les incertitudes qui nous agitent sur les vérités révélées : tels sont encore Tamour des plaisirs sensuels et des biens de la terre, le dégoût et le mépris même des choses spirituelles. Le remède à ces maux et à Tappesantissement de notre esprit, qui on est la cause, c'est le don d*inlelligence qui, élevant notre Ame audessus des nuages de rignorance, lui fait saisir les grands motifs de foi, d'amour, de contiance et des autres vertus que nous présente notre sainte religion, et qui nous confirment dans la foi. L'Esprit-Saint nous en donne la certitude la plus lumineuse et la plus inébranlable; il nous fait voir clairement et il nous fait vivement sontir au fond de notreâmele pouvoir des vérités révélées; il fait naître dans notre esprit de saintes pensées qui enflamment nos cœurs et les remplissent de pieuses atïections etde saints <)ésirs. Vous m'avez découvert^ à mon Dieu ! les secrets et les profondeurs de votre sagesse^ disait lesaint roi. Saint Augustin, aprèssa conversion, ne pouvait se rassasier ae contempler la sublimité des conseils de Dieu dans le inystèrc de notre rédemption. David frappé ' de la grandeur de ce don d'intelligence diaait : Heureux, Seigneur, l'homme que vous daignez instruire, et à qui vous donnez la connaissance de votre loil »

2* Le don de sagesse^ comme don do l'Esprit-Saint, nous fait connaître les vérités surnaturelles, non par l'expérience et le sentiment, mais en nous élevant jusqu'à la connaissance ou des vérités divines les plus Inaccessibles à la raison humaine, ou des

f)lus sublimes mjslères qui les renferment. S'est ainsi que la sagesse de Dieu, sa miséricorde et ses autres attributs se découvrent dans le m;pstère de la Trinité, dans celui de l'Incarnation, etc. L'excellence de ce don est admirablement développée dans les livres sapientiaux. Elle éclaire, ait un auteur célèbre, elle déifie en quelque' sorte l'esprit humain, cette sagesse descendue du ciel.

S* La science donne les mêmes connaissances, mais par des voies moins élevées, c'est-à-dire, par des causes qui sont à la portée de notre raison, comme la création, .9 divine Providence, etc. Par ce don et le précédent, nous apprenons à mépriser les bagatelles de la terre, et nous nous formons les plus hautes idées des choses divines ; nous les contemplons avec délices, et nous nous perfectionnons dans la connaissance de Dieu; d*oÙ il arrive que nous croissons tous les jours en amour, et que nos cœurs s'unissent toujours à lui de plus en plus. < Elles portent avec elles, dit saint Bonaventure, un goût intérieur qui remplit l'Ame de suavité, et qui a fait dire au Psalmiste : Goûtez et voyez combien le Seigneur est doux,

k*" Le don dé conseil est la science expérimentale et le|goût des choses icélestes, tel qu on vii»nt de le représenter, considéré on

tant qu'il aide Tentendement à mettre les vérités saintes en pratique. Ce don nous fait éviter fa précipitation, la négligence, l'indiscrétion et autres dangers semblables; il nous montre ce que nous devons faire pour accomplir les volontés et les commandements du Seigneur, et pour remplir dignement le devoir delà prière, envisaçé dans tous sas détails, /e vous donnerai V intelligence^ dit le Seigneur ^ et ji6 vou$ enseignerai ta voie par où vous devez marcher. La vertu morale de prudence, soit acquise, soit infuse, dirige l'homme dans sa conduite; elle le guide dans la pratique des vertus ; elle est comme son œil. Il en f*s% ainsi du don du conseil par rapport aux vertus théologales et à tout ce qui tend à une fin surnaturelle. Montrez^ mot. Seigneur, vos voies et dirigez mes pas. Le conseil vous gardera et vous préservera de tout danger.

5*" La force comprend toutes sortes de vertus, étant prise nour la résolution ferme et constante de résister à toute mauvaise suggestion et de pratiquer toutes les vertus chrétiennes; car, il n'jr a point de vertu sans cette disposition. Hais elle est une vertu particulière, et on la met au nombre des vertus cardinales, si on la prend pour cette habitude morale de l'Ame qui nous enseigne à modérer nos craintes d une part, et do l'autre notre confiance, en réprimant ce qu'il j a de présomptueux et de téméraire dans notre courage. Elle rend l'homme capable d'entreprendre des choses difficiles, et do

f)orter uans la pratiquo et dans la carrière de a vertu le poids des difficultés avec une fermeté raisonnable, mAte et tranquille. Cette dernière disposition habituelle est la phis héroïque, comme l'a fait voir saint Thomas, C'est elle qui a inspiré les martyrs, quand, pour la cause de la vertu, ils ont souffert tes tourments et la mort avec une intrépidité réfléchie et toujours égale« La force, comme don du Saint-Esprit, porte l'homme à faire et à souffrir tout ce qu'il est capabfe de faire et d'endurer; ses œuvres parlent en effet d'un principe bien supérieur aux forces do la nature, l'impulsion du Saint-Esprit, auquel l'Ame qui est gratifiée de ce]don obéit toujours avec une égale fermeté; au lieu que les vertus morales, iippujées uniquement sur elles-mêmes, ne rendent dociles qu'à la raison. De là vient qu'il inspire à 1 Ame des entreprises, et lui fait remporter des victoires bien plus dignes d'admiration et de louange, que tout ce qui a jamais été inspiré par Ta nature.

c'est ainsi que le don de force a rendu les martyrs invincibles au milieu de tous les affronts, de tous les supplices, de toiites les persécutions, et leur a fait endurer la pauvreté, les maladies, les souffrances de toute espèce, avec un héroïsme inconnu, un courage surnaturel ; car, telle est la vertu de ce don, qu'il fortifie TAme contre les tentations de pusillanimité et lui fait mépriser tontes sortesdecraintes,depérilsetdemaux.

6"* La piété, considérée comme don du Saint-Esprit, ne doit pas être confondue

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avec cette inclination naturelle de tendresse etd*attachement qu*on éprouve pour ses parents » pour ses concitoyens , pçîur sa patrie; ni avec cette vertu morale j|ui nous rend fidèles à remplir tout ce que nous leur devons. C'est une disposition surnaturelle et infuse de Tâme , qui la rend docile aux salutaires impressions de l'Esprit-^aint» qui la remplit surtout du plus tendre respect envers Dieu, comme notre maître souverain» comme un père infiniment bon ; et» eu vue de Dieu, nous remplit d'attachement et de tendresse pour tous nos semblables, comme lui appartenant, et portant sur eux les traits divins de son image. Cette disposition» nous devons la cultiver et la perfectionner tous les jours» soit dans les affections du cœur» soit dans nos paroles et nos œuvres. Exercez - vous à lapiéiéf disait TApôtre à son disciple Timothee.

7* La eraifUe de DieUf comme don du Saint-Esprit 9 est la crainte de lui déplaire, pour Tamour que nous lui portons. Elle nous fait apprénender bien moins la punition de l'offense que l'offense même. Comme vertu» elle naît du divin amour» et c'est aussi le divin amour qui l'entretient. Comme don du Saint-Esprit» c'est une soumission [permanente et habituelle de l'Ame à Dieu, accompagnée du plus profond respect pour son infinie majesté ; de la crainte d'encourir sa disgrAce jusque dans les plus petites choses» et d'un ardent désir de faire toujours sa volonté avec les dispositions les plus parfaites. Une pro|)riété essentielle de ce cion, c'est de bannir les tentations de paresse» de négligence» de présomption» d'amour de soi-même. II est encore un aiguillon continuel à la pratique de toutes les vertus» et inspire la plus gronde vigilance contre les dangers et les occasions du péché.

Les quatre premiers dons qu'on vient d'expliquer guérissent» fortifient et élèvent l'entendement ; les autres perfectionnent la voloité et la forment à la pratique des vertus héroïques. Nous y trouvons un glaive et tout à la fois un bouclier spirituel ; des armes défensives et offensives contre nos ennemis et de puissants secours pour notre avancement dans la perfection» pour la vie contemplative et la vie active. Les vertus morales et les deux premières des vertus théologales peuvent habiter dans une Ame

aui a perdu la grâce sanctifiante, et prouire les fruits qui leur sont propres; mais les dons du Saint-Esprit ne peuvent exister sans cette grAce ; et, unis avec elle» ils élèvent la puissance de l'Ame à tout ce que la perfection chrétienne a de plus sublime; surtout dans Tordre des vertus théologales qui tiennent le premier rang par rapport au grand ouvrage de notre sanctification; rien» en effet, ne peut nous attacher à Dieu plus efficacement, ni lui rendre plus de gloire en nous. Ces sept dons sont. donc inférieurs aux vertus théologales» quoiqu'ils leur communiquent une grande activité ; et iU sont d'un ordre supérieur aux béatitu-

des, au-dessous desquelles il faut placer» dans rénumération des richesses et des ornements de l'Ame» les habitudes des vertus morales. Ils comprennent encore sous éul, beaucoup d'autres dons que saint Paul nV pas omis dans le détail où il entre, en écrivant aux fidèles de Corinthe.li en est ainsi (f es /Vttf^f du Saint-Esprit^ que le même ApOtre, et»; après lui, les écoles de théologie» féduisent au nombre de douze.

Les flruiis sont autant de perfections habituelles et permanentes, opérées par la présence de l'Esprit* Saint et par sa grAce sanctifiante ; periections dont les actes sont des effets de ses mouvements intérieurs oit de ses inspirations » et qui maintiennènl dans un ordre parfait toutes les puissances de l'Ame. Elles sont différentes des vertus qui portent le même nom et qui doivent tes précéder ; ce sont des habitudes du premier ordre, par lesquelles Dieu élève» facilite» perfectionne et couronne ces vertus» et. les porte au plus haut degré de mérite» en faisant avancer l'Ame aussi loin, pour ainsi dire, qu'elle peut aller» dans les voiqs spirituelles.Pour développer encore cette même vérité, ces fruits sont autant d'effets particuliers de la divine charité qui, avec leur secours, gouverne les affections du cœur» l'par Vinfiuence qu'elle a sur les actes qui lui sont propres, c'est-à-dire» sur les actes d'amour qui ont Dieu, le prochain et nousmême pour objet ; 2** par la Joie sainte qu'elle répand dans l'Ame, joie qui est pour elle un festin continuel, et une sorte de paradis anticipé ; 3" par la paix intérieure dont elle jouit» soit avec Dieu , soit avec le prochain» autant qu'il est en elle» soit avec elle-même ;

£aii que rien ne peut troubler au monde ; " et 5* par la patience et la longanimité dont TEsprit-Saint arme le Chrétien qui aime Dieu » malgré tous les maux qui lui viennent du dehors. C'est par ces impressions» en effet, de la présence de l'Esprit-Saint» qu'un Chrétien gouverne tous ses mouvements intérieurs et extérieurs. A l'c^gard du prochain , les biens qu'elle produit, sont : 6* la bienveillance ou la volonté de faire du bien à tous \T la bonté ou l'humanité, c'està-dire, l'exécution de cette bonne volonté; 8* la douceuTf qui lui fait endurer toutes sortes d'injures; 9* la fidélité ou la sincérité qui fait abhorrer toute tromperie et tout ce

3ui ressent la mauvaise foi. l'iUfin^ à l'aide e la charité» TAme sait se gouverner à l'dgard des choses qui sont au-dessous d'elle; lO** par ta modestie ^ qui règle et compose tous les mouvements du corps; 11'' par lu chastelé^qui met un frein à la concupiscence; 12^ par la tempérance^ qui retient les phisirs légitimes dans les justes bornes du devoir.

ESPRIT ( Discernement de l' ). — Voyez Discernement, Directeur.

ESPRIT (Mortification de l"). — Voyez Mortification, Etude.

ESPRIT ( Vol de l' ) — Espèce de ravissement que nous a retracé sainte Thérèse. Ce ravissement consiste, dit la sainte, « en

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ce que Tâme se sent aucîqucfois emportée |ter un mouvement si prompt, et qui lui donne au commencement tant de crainte,... que ceux à qui Dieu fait cette faveur ont besoin de beaucoup de courage, de foi et de résignation, pour s^abandonner entièrement }l sa sainte volonté. Car, croyez-vous au*une personne qui est dans une entière liberté d*esprit, puisse ne se point troubler de sentir ainsi enlever son âme, et quelquefois son corps avec elle, comme nous le lisons de quelques saints, sans savoir d*où ni cominent lui viennent ces transports. Que si vous me demandez si Ton peut résister à un mouvement si impétueux» je réponds que non , et que, si Ton s'y efforçait , ce serait i*ncore pis».

« Ce ravissement de Tesprit si impétueux est tel, (]u*il semble que véritablement il le sépare de son corps Il paraît à TAmo

Qu'elle est dans une région entiôfement ifférento de celle où nous sommes ; elle y voit une lumière incomparablement plus brillante que toutes celles d*ici-bas, et elle se trouve instruite en un instant de tant de choses merveilleuses, qu'elle n'aurait pu, avec tous ses efforts, en imaginer en plusieurs années la moindre partie. »

En pareille matière, il suffit d'entendre parler les saints. {Voy. le mot Extase.)

ESSENIENS. — Secte célèbre )3armi les Juifs, vers le temps de Jésus-Christ. L'historien Josèphe, parlant des différentes sectes du judaïsme, en compte trois principales : les pharisiens, les sadducéens et les esséniens, et il ajoute que ces derniers étaient originairement Juifs; ainsi, saint Epiphane s'est trompé, lorsqu'il les a mis au nombre des sectes samaritaines. Leur manière do vivre approchait beaucoup de celle des philosophes pythagoriciens.

Serrarius, après Philon, distingue deux sortes û'essénietiSy les uns qui vivaient en commun, et qu'on nommait practici (ouvriers); les autres, que l'on nommait theoretici^ ou contemplateurs, vivaient dans la solitude. Ces derniers ont encore été nommés thérapeutes^ et ils étaient en grand nombre en Egypte. Quelques auteurs ont pensé que les anachorètes et les cénobites lïhréliens avaient réglé leur vie sur le modèle de celle des esséniens; ce n'est qu'une conjecture; il n'y avait plus (ïesséniens lorsque les anachorètes ont commencé à paraître. Grotius prétend que les esséniens sont les mômes que les assidéens; cela n'est pas certain. Leur nom a pu venir du syriaque Hassan'^ continent ou patient. De tous les Juifs, les esséniens passaient pour être les plus vertueux; les païens même en ont parlé avec élo^e, en particulier Porphyre dans son Traité sur Vabstinencet 1. iv, % 11 et suiv.

Ils fuyaient les grandes villes et habitaient les bourgades. Ils s'occupaient à l'agriculture et aux métiers innocents, jamais au tralic ni à la navigation ; ils n'avaient point d*esclaves, mais se servaient les uns les autres. Ils méprisaient les richesses; n*amas*

saient ni trésors, ni grandes possessions, se contentaient du nécessaire, et s'étudiaient à vivre de peu. lis habitaient et mangeaient ensemhlei prenaient à un môme vestiaire leurs habits, qui étaient blancs; mettaient tout en commun , exerçaient lliospitalité, surtout envers ceux de leur secte; avaient ^rand soin des malades. La plupart renonçaient au mariage, craignaient l'infidélité et les dissensions des femmes, élevaient les enfants des autres, et les accoutumaient à leurs mœurs dès le bas âge. On éprouvait les postulants pendant trois années, et s'ils étaient admis, ils mettaient leurs biens en commun. (Philon, Josèpbb.)

Ils avaient un grand respect pour les vieillards, observaient la modestie dans leurs discours et dans leurs actions, évitaient la colère, le mensonge et les serments. Ils n'en faisaient qu'un seul en entrant dans l'ordre,

aui était d'obéir aux supérieurs, de ne se istinguer en rien; s'ils le devenaient, de ne rien enseigner que ce qu'ils auraient appris, de ne rien cacher à ceux de leur secte, et de ne rien révéler aux étrangers.

Ils méprisaient la logiaue et la physique comme des sciences inutiles à la vertu ; leur unique étude était la morale qu'ils apprenaient dans la loi ; ils s*assemblaient les jours de sabbat pour la lire, et les anciens l'expli-

auaient. A vaut le lever du soleil, ils évitaient e parler de choses profanes, ils employaient ce temps à la prière; ils allaient au travail jusque vers onze heures; ils se baignaient avec beaucoup de décence, sans se frotter d'huile, comme le faisaient les Grecs et les Romains. Ils prenaient leurs repas assis, en silence, ne mangeaient que du pain et un seul mets, priaient avant de se mettre à table et en sortant, retournaient au travai! jusqu'au soir. Leur sobriété en faisait vivre plusieurs jusqu'à cent ans. On chassait rigoureusement de l'ordre celui qui était convaincu de quelque grande faute, et on lui refusait même la nourriture; plusieurs périssaient de misère, mais souvent on les reprenait par pitié. Tel est le tableau que Philon et Josèphe ont tracé de la vie des esséniens. Il y en avait dans la Palestine un nombre de quatre mille tout au plus. Ils disparurent à la prise de Jérusalem et de la Judée par les Romains; il n'en est plus question depuis celte époque.

Au reste» c'étaient des Juifs très-superstitieux. Peu contents des purifications ordinaires, ils en avaient de particulières; ils n'allaient point sacrifier aux temples, mais ils y envoyaient leurs offrandes. Il y avait parmi eux des devins, qui prétendaient dé« couvrir Tavenir par l'étude des Livres saints, faits avec certaines préparations; ils voulaient môine y trouver la médecine, les pro- Eriélés des plantes et des métaux. Ils attriuaient tout au destin, rien au libre arbitre» méprisaient les tourments et la mort , ne voulaient obéir à aucun homme qu'à leurs anciens. (Jos., Antiq,^ I. xvni.) Ce mélange d'opinions sensées, de superstitions et d*erreurs, fait voir que, malgré l'austérité ue la

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loi morale des esséniehs» ils étaient fort audessous des prepiers Chrétiens. Cependant £u5èbe de Césarée et quelques autres ont prétendu que les esséniens d'£çypte, appelés thérapeutes, étaient des Chrétiens convertis par saint Marc. Scaiigeretd*autres soutiennent que les thérapeutes étaient Juifs et non Chrétiens. M. de Valois, dans ses notes sur £usèbe, juge que les thérapeutes étaient différents des esséniens. Ceux-ci n'existaient que dans la Paiesline; les thérapeutes étaient répandus dans TEgypte et ailleurs, {yoy. la •DissertcUion $ur le$ secte» des Juifs ; Bible d'Avignon, tome Xlll, page 218.)

Il n'est pas aisé de savoir quelle est l'origine de celte secte juive, et en quel temps elle a commencé. Sur ce sujet les savants ont hasardé différentes conjectures; mais elles ne sont pas plus solides les unes que les autres» Il imratt seulement probable que,

fendant les différentes calamités que les uifs essuyèrent de la fart dos rois de Syrie, {plusieurs, fiour s'y soustraire, se retirèrent dans des lieux écartés, s'accoutumèrent à y vivre, et embrassèrent un régime particulier. Nous en voyons un exemple dans ceux qui suivirent Matathias et ses enfants dans le désert, pendant la perséculiou d'Antio« chus. (/ Machab. ii, 29.)

Ils se persuadèrent que, pour servir Dieu, il n'était pas nécessaire de lui rendre leur pulle dans le temple de Jérusalem; que l'éloignement du tumulte, la méditation de la loi, une vie mortifiée, le détachement de toutes choses, étaient plus agréables à Dieu que des sacriûces et des cérémonies. En cela ils se trompaient déjè, puisque la loi de liloïse était encore dans toute sa force, et obligeait tous les Juifs, sans distinction, la liécessité seule pouvant en dispenser, lis anraient eu besoin de ia môme leçon que Jésus-Christ fit aux pharisiens [Mmh. xxii, 23) en parlant des œuvres de justice, de miséricorde, de iidélité, et du payement des moindres dîmes, quand il disait qu'il fallait fiiire les unes et ne pas omettre les autres. Parmi les opinions que les es:>éniens adoptèrent, il en est encore d'autres que l'on ne i)eut pas excuser, puisqu'elles sont formellement coutiaires aux textes des Livres saints.

On comprend que la vie austère et monastique des esséniens a dû déplaire aux proteslaits; aussi en ont-ils parlé avec beaucoup d'humeur. «Ces Juifs, disonl-ils, étaient une secte fanatique qui mêlait h la crovance juive la doctrine et les mœurs des pythagoriciens; ils avaient emprunté des Egyptiens le goût des mortifications et se flattaient de fiarvenir, par de vaines observances, k une plus haute perfection que le reste des hommes. » Mais si l'on fait attention à ce que dit saint Paul de la vie .des prophètes, qui se couvraient d*un vil manteau ou de la peau d'un animal, qui vivaient dans la pauvreté, dans les angoisses et dans les afflictions, qui étaient errants dans les déserts et sur les montagnes, qui habitaient dans les cavernes et dansios creux des rochers (ff^frr. ii,

37), on comprendra que les esséniens n'avaient pas besoiq de consulter Pythagore tA les Egyptiens pour faire cas des mortifications. L'exemple des prophètes devait leur être aussi connu qu'à saint Paul. II en était de même des thérapeutes d'Egypte. (Foyej( Th^bapectbs.)

Quelques incrédules dô notre siècle ont avancé fort sérieusement que Jésus-Christ était de la secte des esséniens, qu'il avait été élevé parmi eux, et qu'il n'a fait, dans TEvangile, que rectifier quelques articles de leur doctrine. L'un d'entre eux a fait un gros livre pour le prouver; on comprend bien comment il y a réussi. Hais le mépris que les savants ont fait de cet ouvrage n'a pas empêché d'autres imprudents de répéter le même paradoxe; à peiuA mérite-t-il une réfutation.

Jésus-Christ a enseigné aux hommes dea vérités et des pratiques dont les esséniens n'avaient aucune connaissance : la Trinité des personnes en Dieu, l'Incarnation, la rédemption générale de tout le genre numain, la vocation des gentils à la grAce et au salut étemel , la résurrection future des corps, que les esséniens n'admettaient pas; il n'y a dans l'Evangile aucun trait du destin ou de la prédestination rigide qu'ils soutenaient. Jamais ils n'ont eu la moindre idée des sacrements que Jésus -Christ a institués, ni de la charité générale pour tous les hommes, qu'il a commandée; il a blAmé Tobservalion superstitieuse du sabbat, par laguclle les esséniens se distinguaient.

(Maith. XII, S ; Luc. xiu, 15.) Le seul endroit où l'on peut supposer qu'il fait allusion à cette secte, est lorsqu'il dit qu'il y a des euntàques qui se sont privés du mariage

four le royaume des deux. (Matth. xix, 13 ; niDEAUX, Hist. des Juifs, I. xiii, §5, t. Il, p. 166; MosuEiM, Hist. ecclésiast., premier siècle, I" part., c.2, § 6; Hist. Christ.^ c. 2, $ 13; Bruckeb, Hist. crit. philos, f i. II, p. 759 ; t. VI. p. U8.)

ETAT SECULIER et REUGIEUX. — Voyez Vocation.

ETATS D'ORAISON.— Foyex Méditatiou.

ETUDE (De l']. —Les dispositions nécessaires à ceux qui s'adonnent h l'étude consistent dans un besoin particulier de mortification, de discrétion et de pureté d'inten-^ tion.

I. Ln Mortification. Elle est nécessaire pour réprimer cetie ardeur impétueuse qui accompagne ordinairement l'étude des sciences. Outre que c'est une occupation honorable et que le fruit qu'on en retire est fort attrayant, la curiosité de Tosprit produit bientôt l'empressement, et de \h il arrive que bien des gens qui font profession de vertu se portent h l'étude avec une application excessive, qu'ils sy plongent et s'y abîment, pour ainsi dire, et en sont aussi esclaves que les hommes les plus avares et les plus sensuels peuvent 1 être de leurs richesses et de leurs plaisirs. On ne saurait croire quels grands pr^udices apporte cette application démesurée. 1' Elle épuise la vi-

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f;ueur de l*esprit ; 2^ elle captive lo cœur et e rend incapable des Ibnciiotis de la vie spirituelle, parce que le propre de ce grand amour de l^^étude est d'ôter le goût de la présence de Dieu. Ce mauvais effet, qui est particulier à cette passion, lui est aussi commun avec toute autre affection désordonnée, n'étant |>as possible qu*on goûte Dieu quand on a de Tempressement [fowv quelque autre objet. Rien ne prouve mieux combien il importe aux personnes spiriluelles de ne s'affectionnera rien de créé. 11 est pourtant des goûts naturels et en quelque manière nécessaires» qu*on peut ayoir et qui peuvent subsister avec celui qu'on a pourDi«»u. Par exemple^on peut trouver du goût aux viandes sans être sensuel, pourvu qu*on ae s'attache pas au plaisir qu'on sent, qu'on en use sians excès, sans avidité, et uniquement pour le besoin. 11 en est de môme pour l'étude ; on peut lire un auteur avec pia'sir, goûter la naïveté de son style, le bon sens qui rè^ne dans ses pensées, son éloquence ; et ce plaisir n'est pas déréglé lorsqu'il se contient dans de justes bornes; mais lorsiqu'il produit un zèle ardent, et qu'on n'a paix ni trêve tant qu'on a l'auteur entre les mains, quand on passe les jours et les nuits même à le lire, qu'on est tenté d'abandonner les exercices de piété pour vaquer à cette Fecture, c'est un goût déréglé^ incompatible avec celui de Dieu, et c'est le troisième préjudice de la trop grande ardeur pour i'étttdfe. ce mal est plus commun gu'on ne pense ; bien des gens sages et spirituels iie s'en garantissent pas. Quelle pitié de voir tin homme d'une profession sainte devenir esclave de son étude, en parler et v penser sans cesse, ne pouvoir s'en arracher sans une grande peine, soupirer toujours après son cabinet après avoir été obligé de le quitter, y aller précipitamment quand il peut y retourner , se jeter sur ses livres et ses écrits, y plonger et y ensevelir pour ainsi dire tout son esprit et toutes ses affections I Comment accorder- une telle avidité avec le goût de la dévotfon et le saint exercice de 19 présence de Dieu 1 On dira peut-être que c'est pour Dieu qu'il étudie. Mais , outre qu'il n'étudierait pas avec moins de succès, s il le faisait tranquillement et sans perdre Ta paix intérieure, il aurait encore I avantage que les pensées de l'étude ne viendraient pas le troubler dans ses entretiens avec Dieu ; car il est à remarquer que les occupations ordinaires, qui sont du devoir, peuvent se présenter à l'esprit sans détourner de la prière, parce aue le cœur n'y étant point attaché, elles ne l'empêchent pas de s'occuper de Dieu; mais les pensées qui viennent du cœur et d'une trop grande attache, quoiqu'elles aient pour objet des choses saintes ou commandées, sont toiyours des distractions. Rien n'est donc plus nécessaire à ceux qui étudient que la mortiQcation, pour prévenir et arrêter les mouveiponts déréglés de cette ardeur impétueuse qui accompagne ordinairement l'étude.

U. La discrétion. Elle sert d'abord à modé-

rer leur travail pour ne pas ruiner leur santé par une application excessive. Faute de cette

E récaution, plusieurs, se laissant emporter leur avidité, se procurent de fllcheuses incommodités, et quelquefois pour acquérir des connaissances dont ils auraient pu se passer. La discrétion sert encore à mettre de l'ordre dans les études, à s'y appliquer avec méthode, acquérant les connaissances les unes après les autres, et n'entreprenant pas trop à la fois, comme font quelques-uns, qui, voulant d'abord trop savoir, n'acquièrent que des idée5 confuses et ne savent rien à force d'apprendre. Lorsqu'on étudie sans règle, qu'on ne cherche qu'à entasser connaissance sur connaissanee, sms se donner le loisir de digérer ce qu'on étudie et de le ranger dans sa tête, on oublie à mesure qu'on apprend. Le moyen de profiter .est d» ne point perdre de temps , d'entre{irendre peu à peu et de se défendre de i'empresse* ment. Il ne faut pas étouffer l'esprit a force de le contraindre et de l'assujettir à la règle ; mais il faut empêcher que le cœur ne ' s'empresse, parce que la précipitation em-^ pêche que les idées ne se gravent dans la mémoire. En troisième lieu, la discrétion est nécessaire pour faire le choix des matières qu'pn doit étudier ; il ne faut pas lire indifféremment tous les livres qui se présentent, mais seulement ceux dont la lecture» en cultivant l'esprit, ne porto aucun pr^udiceà l'avancement spirituel, imitant en cela les brebis «jui prennent dans un pâturage les herbes qui leur conviennent, sans toucher à celles qui pourraient leur être nuisibles. Les gens curieux ne cherchent qu'à savoir ; tout est bon pour eux pourvu qu'ils remplissent leur mémoire, et ils ne prennent pas garde q^ue les idées et les connaissances qu'on acquiert sont la nourriture de l'esprit, et qu'une mauvaise nourriture produit toujours des maladies. C'est ce qui a fait dire à saint Bernard çu'il y a un grand nombre de personnes qui sont passionnées pour la science, et qu'il y en a peu qui soient attentives à leur conscience : muUi quœrunê seienliam^ pauci conscientiam. C'est pour cola que l'homme vraiment spirituel ne veut savoir que ce qui peut contribuer à son salut et à la gloire de Dieu.

111. La pureté d'intention^ qui consiste à n'avoir que Dieu seul en vue. C'est à c{uoî les hommes spirituels mettent leur principale attention; ils rapportent leur travail et toutes leurs études a celte unique fin, qui est de connaître Dieu de plus en plus, et de so rendre utiles à son service. Ils défendent soigneusement l'entrée de leur cœur à tout sentiment de vanité, de curiosité et d'orgueil. Ce n'est point le désir d'apprendre, ni l'amour de la science qui leur rait supporter et leur adoucit les peines de rétu.de, c'est le seul amourde Dieu gui les anime et les intéresse ; tout le reste leur est indifférent, ils n'ont garde de tirer vanité de leurs connaissances, quand ils pensent à ce que disait saint Bonaventure, qu'une simple femme sans étude peut autant aimer Dieu

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que le plus grand docteur du monde. Puisque, poiir aller à Dieu il faut l'aimer, et au*oa n^est grand à ses yeux qu^autant qu*on I aime et qu oale sert, il ne faut souhaiter d'être savant que pour l'aimer et nour être en état de le servir. Hors de là il n y a dans la science que vanité et orgueil, que source d'aveuglement, et on éprouve ce que saint Paul a dit des savants aestilués de charité: que leur eeptii insensé s* est aveuglé j et que ceux qui se disaient sages sont devenus fous (Rom. 1, 21,22) « Ce que nous venons de dire convient à toutes sorèes de personnes, mais surtout aux ecclésiastiques etaui religieux, qui sont obligés plus que les autres 5 ne chercher que Dieu et à pratiauer rbumilité, qui seule peut guérir renflure que cause ordinairement la science.

EUCHARISTIE. -^ Un des i>lus utiles moyens de perfection, c'est le pieux usaçe de la sainte Eucharistie, comme nous le montre la méditation affective de cet au«

faste sacrement. Jésus-Christ s'est donné nous dans l'Eucharistie pour nous attirer et nous unir de plus en plus à lui. En effet, 1" rappelons-nous ces paroles : Ma chair est véritablement une nourriture et mon sang est véritablement un breuvage : celui qui mange ma chair et qui boit mon sang^ efemeure en moi et mot en lui {Joan. vi, 56); paroles admirables dans lesquelles Jésus- Christ exprime merveilleusement notre union intime et permanente avec lui.

« Notre Sauveur, dit le concile de Trente, a voulu que ce sacrement fût le symbole de ce corps unique^ dont lûi^m^ne est la téte^ à laqueÙe nous sommes unis comme les membres par le lien étroit de la foi, de Vespérance et de la charité. » (Sess. xiii, c. 2.) Et il ajoute avec raison que TEglise a prescrit au prêtre de mêler l'eau au vin dans l'oblution du calice, entre autres motifs, « parce oue l'eau désignant le peuple, dans V Apocalypse de saint Jean, cette pratique représentait l'union du peuple fidèle avec sa tête qui est Jésus-Christ. » (Sess. xxu, c. 7.| C'est aussi pour cela que la sainte Eucharistie est appelée jpar les Pères communion, c'est-àidire union commune, soit de celui qui communique avec Jésus-Christ, soit de ceux qui communiquent entre eux. N'est il pas prai que le calice de bénédictionf que nous bénissons f est la communion du sang de Jésus- Christ? afin, sans doute, que tous ne soient qu'un en Jésus-Christ et avec Jésus- Christ.

3* Les saints Pères peuvent nous en fournir des preuves nombreuses. < Quoique chacun des sacrements, dit saint Donys, unisse en une seule toutes les voies secrètes par lesquelles nous devenons, pour ainsi dire, nous-mêmes des dieux; quoique cotte connexion des divers éléments, qui nous unissent par les liens de la chanté divine, devienne pour nous la source de notre union et de notre société avec Dieu, cependant ces sacrements reçoivent leur perfection et toute leur efiicacité surtout des dons divins de l'Eucharistie, qui» de

leur nature, en élèvent les effets aux plus hauts degrés de perfection. » (De cœl. hier.) « Sous la figure du pain, dit saint Cyrille de Jérusalem, vous recevez le corps, et sous la figure du vin, vous recevez le snng, afin qu'après avoir reçu le corps et le sang de Jésus-Christ, vous soyez participant de son corps et de sou sang. ^ (Catech. 22.) « Ainsi celui qui reçoit le corps et le sang du Seigneur est tellement uni avec lui, que Jésus-Christ se trouve en lui et il se trouve en Jésus-Christ. » (Saint Ctaille d*Alexandrie, 1. iv in Joan., c. 17.) « Jésus-Christ voulant nous prouver son amour, dit saint Jean Chrysostome, s'est mêlé à nous par son corps, et l'a fait être un avec nous» afin de réunir le corps à la tête : c'est là la plus grande marque aaraour. » (Hom. 61, ad sap.) « L'opération spirituelle ou l'efficacité de ce sacrement, dit saint Bonaventure, consiste non à nous unir une première fois à Jésus-Christ, mais k resserrer davantage les liens qui déjà nous unissaient à lui par la grâce : il rend plus fervent celui qui s*en approche dignement, comme un charbon embrasé, et le rend plus fort, comme un aliment salutaire. » (L. m Centiloq., s. 50.J

3* Saint Thomas nous en donne la raison en disant : « Cela convient à la charité de Jésus-Christ, par laquelle il a pris pour notre salut le véritable corps de notre nature. Et comme c'est surtout le propre de l'amitié, que de vivre avec ses amis, il nous promet en récompense sa présence cornorclle,

Siuand il nous dit : Partout où sera te corps, es aigles s'y rassembleront. Cependant il ne nous a pas privés de sa préseuce corporelle, dans cette terre d'exil, mais il nous réunit à lui-même par ce sacrement, qui contient son corps et son sang véritables. Aussi nous dit- il : Celui qui mange ma chair et boit mon sang^ demeure en moi et moi en lui. Donc ce sacrement est surtout une marque de charité, et notre foi trouve son appui le plus ferme dans cette union familière de Jésus-Christ à nous. » (m p., q. 7S

La première et la plus universelle ma* nière dont Jésus-Christ s'unit à nous dans l'Eucharistie est la manière sacramentelle. Elle consiste en ce que, lorsque le prêtre a fait la consécration avec l'intention , sous la forme et de la manière requises, alor^, et jusqu'au moment où les espèces se modifient, Jésus-Christ existe et demeure sacramentellement présent sous ces espèces, et se trouve sacramentellement dans le lieu où elles sont conservées et dans celui qui les mange. Cette double présence peut s'appeler une sorte d'union sacramentelle. On le voit par les paroles de Jésns*Christ : Ceci est mon corps... ceci est mon sang; ces paroles n'auraient pas de vérité solide et durable, si elles n'avaient pas le sens élevé que nous venons, d'indiquer.

La formule de la consécration une fois prononcée, Jésus-Christ est présent tout entier sous les esf^èces eucharistiques.

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d'une manière infaillible et sans aucun délai , et il y demeure tant que subsistent les accidents du pain et du Yi*s auand même ils viendraient à tomber ans un bourbier ou un égoût , quand môme ils seraient mangés par un animal,

auand même un pécheur communiant inignement, un iuif ou un hérétique s'approcherait sacrilegemont pour recevoir les espèces sacrées. « Et cela ne fait rien perdre h la dignité du corps de Jésus-Christ, qui a voulu être crucifl'é par les pécheurs sans aucun pr^udice pour sa dignité. » dit saint Thomas (m p., q. 30, a. 3, ad. 3); il ajoute même, pour le cas où un rat viendrait à manger la sainte Eucharistie :< Il mange le corps de Jésus-Christ non sacramentellement, mais par accident. C'est ainsi que le manderait quelqu'un qui prendrait une - hostie consacrée, ne sachant pas qu'elle le fût. » 11 prend un sacrement, mais non d'une manière sacramentelle, avec la connaissance que c'est un sacrement. Ainsi^ à proprement parler, Jésus-Christ, dans l'Eucharistie, ne s*ttnit pas au pécheur, pas plus qu'à t'animai qui mangerait une hostie, avec la même spédal*ié qu'il s'unit au juste, ou même aux espèces, parce qu'ils ne sont pas pris avec l*intention qu'il s'unisse k eux d'une manière intime et amicale. C'est là ce qui fait surtout éclater la grandeur et llnfinité de l'amour de Dieu pour nous.

Le second mode par lequel Jésus-Christ a'unit encore aux justes, qui ne peuvent recevoir l'Eucharistie d'une manière sacra-

. mentelle, est la communion spirituelle. Or, on communie spirituellement, quand, par la foi de ce mystère, qui opère par la cnarilé, on est enflammé du désir de s'approcher de ia sainte table sacramentellement, s'il était possible et utile : cette communion spirituelle, le concile de Trente la recommande aux âmes, « qui, désirant manger ce fiain céleste avec la roi vive, qui opère par a charité, en ressentent le fruit et les heureux avantages. »(Sess. xiii, c. 8.) Pierre de Dlois, avec tous les ascètes, recommande vivement aussi cette communiou spirituelle {Ju$l. spir.f c. 8, n. 6); il exprime le désir qu'on la fasse au moins tous les jours et môme plusieurs fois par jour» Sainte Thérèse s'exprime en ces termes : « Mes sœurs, quand vous ne pouvez vous approcher de ia sainte communion, vous pouvez cependant communier d'une manière spirituelle.

C'est une pratique des plus utiles. C'est ainsi aue s imprime plus profondément en nous I amour du Seigneur; car toutes les fois que nous nous disposons à le recevoir, il

. nous accorde toujours quelques faveurs par des voies diverses, que nous ne pouvons comprendre. » (Via perf.^ c. 38.)

A propos de la communion spirituelle, nous remarquerons : 1* qu'à proprement parler, ni les ançes, ni les justes de l'ancienne Loi ne doivent être regardés comme ayant spirituellement participé à ce sacrement; car il n'avait pas été institué pour

eux et ils no pouvaient en désirer la réception sacramentelle; ils ne l'ont fait au'improprement, en désirant ce qui existe ans le sacrement, c'est-à-dire Jésus-Christ, ou en le souhaitant tel qu'il est dans l'Eucharistie , non pour eux-mêmes, mai^ pour leurs descendants; 2* que la communion spirituelle ne convient pas con plus proprement au pécheur, qui ne peut, en demeurant dans l'état de péché, désirer réellement la réception de cet auguste sacrement, et n'est pas alors capable de recevoir le fruit d'augmentation de la grâce, è moins

Îuo la contrition ne commence à lejuslifler; ' lefruit que le juste peut tirer de la communion spirituelle neprovienl qu'objectivement du sacrement , et subjectivement, il se produit seulement dans la mesure de l'œuvrede celui qui opère, ex opère operanliSf et non de l'œuvre opérée, em opère operatOf car la promesse de l'effet proprement sacramentel n'a pas été faite pour le vœu ni pour le désir, mais pour la réception réelle du sacrement; '4* pour la communion spirituelle proprement dite, il ne suffit pas du désir implicitement renfermé dans le vœu ou dans la résolution d'observer tous les commandements ; mais pour obtenir l'effet d'augmentation de la grâce par une nouvelle union, il faut un désir explicite.

Le troisième mode par lequel Jésus-Christ s'unit plus ou moins, selon la qualité de disposition, à ceux qui communient dignement, c'est le mode iocramenlet et epirituel. Au moment où il est reçu et tant que les espèces demeurent dans Testomac sans changer de nature, il est intimement présent, en corps, en sang, en Ame et en ciivinité. dans le corps et dans l'Ame de celui qui Je reçoit, animé des plus vifis sentiments d'amour. C'est en cela oue consiste l'union de Jésus-Christ avec l'homme. C'est ce gue prouve la vérité catholique de ce saint mystère , selon laquelle la chair et le sang de Jésus-Christ , et Jésus- Christ tout entier se communique véritablement et réellement à celui qui Je mange, et demeure physiquement en lui comme un aliment, tout le temps que cet aliment n^aurait point changé de nature, s*il n'était simplement que du pain. Comme tout ce mystère s'accomplit dans le but d'unir Jésus-Christ à l'homme, quaud celui qui le reçoit possède toutes les dispositions requises, il en résulte qu'il y a ici une certaine union plus grande que la seule union spirituelle, ou sacramentelle; ce que le P. Suarez explique ainsi : « Quand Jésus-Christ est reçu dignement, il s'unit réellement à celui qui le reçoit ; car il se trouve véritablement et proprement en lui, et s'identi&eavec lui d'une manière corporelle. D'où il résulte que tant que Jésus-Christ y est présent par la vertu sacramentelle , il excite celui qui l'a reçu à aimer et à chérir ce Dieu qu'il possèae corporellement présent. » ( D. 6t , sect. 3. ) C'est ce que prouvent ces paroles : Èfa chair est véritablement une noiirriture et mon sang est véritablement un

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D^ASCETiSME.

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breuvage Il demeure en moi et moi en

lui. Telle est aussi la doctrine des SS. Pères : « Nous devenons Porte-Christ {christi^ feri)^ dit saint Cyrille de Jérusalem, et celui qui communie devient concorporé et coMan^ guin du Christ. • Saint Hilaire (1. viii De Trinit.) et saint Cyrille d'Alexandrie (I. iv in Joan.) enseignent que Jésus-Christ est en nous non-seulement en volonté et en habitude, mais par la participation naturelle et par la propriété de Tunion parfaite. Et saint Jérôme (1 . m contra Pelag.) dit que piir ce painsupersubstantiel nous pouvons devenir dignes de Vincorporation{assumptione) du corps de Jésu^-Chnst. Saint Augustin dit de même (Ir. 26 in Joan.) que celui qui s'en approche dignement est incorporé à Jésus- Christ. Saint Jean Chrysostome aflirmo (hojn. 61 ad PopuL) que dans la force de son amour Jésus-Ùhrist par son corps se mêle à nous. EnQn la raison nous montre que si la nourriture corporelle ingérée dans l'estomac, même avant son changement de nature, est dite incorporée a nous-mêmes, il doit en être de même de notre nourriture vitale et supersubstanlielle. Si, par la consommation du mariage charnel, les deux époux ne font plus qu'une chair,et si le mariage est, selon rÀpôtre, le grand sacrement de (union de JésuS'Christ avec son Eglise^ comme étant la tigure de Tunion du Sauveur avec rame juste, Tunion n*est-elle pas beaucoup plus expresse et plus intime dans cet auguste mélange des corps, qui 8*opère par la réception de la Irès-sainte Eucharistie ?

Nous concluons de ce qui précède : i'^que la réception ou manducation sacramentelle n'est vraiment utile qu'autant qu'elle est aussi spirituelle, et elle n'est utilement spirituelle, qu'autant qu'elle est sacramentelle; car c'est dans celte double réception physique et morale que résulte l'union physicomorale sacramentelle; 2** que depuis le premier moment de la réception et tout le temps que durent les accidents, subsiste celte union spéciale» réelle, eucharistique, où Jésus-Christ possède et occupe en quelque sorte le corps et l'Ame de celui qui le. reçoit; 3* qu'il suflil que la langue, le gosier etVestomac reçoivent immédiatement la ftainte Eucharistie pour que tout le corps et toute l'Ame de celui qui la reçoit participent à l'union complète en Jésus-Christ. Aussi ce temps est-ii le plus précieux et le plus sacré : c'est celui où nous devons témoigner la plus vive dévotion h Jésus-Christ, présent tout entier, et lui présenter nos demandes. € Que le pasteur, dit saint Charles Borromée, instruise ses fidèles, au moment de la sainte communion, à remercier Dieu de tout leur cœur, et avec la plus vive piété, d'un si grand bienfait et de cette preuve si grande d"amour qu'il donne au peuple chrétien... Il devra leur recommander de ne pas quitter l'église aussitôt après avoir reçu la sainte communion, mais à prieraussi longtemps qu'il leur sera possible dans un lieu paisible et retiré..., qu'ils avaient l'eucharistie avec le plus profond res-

pect, qu'ils se puriQent avec le plus grand soin : qu'ils évitent de cracher aussitôt, et et qu'ils s'en abstiennent au moins r:endant un quart d'heure. » (P. h Act. MedioL) En effet, selon de Lugo(d. 10 De i^ticAar.), d'après le témoignage aes médecins, au bout d'un quart dlieure les espèces ont dt^jà change de nature. Enfin sainte Thérèse nous dit : « C'est dans ce moment précieux que notre Maître nous enseigne et nous instruit. Ecoutons sa voix , embrassons ses pieds . divins, puisqu'il daigne nous instruire.

Prions et supplions-le de ne pas s'éloigner de nous. Si vous devez lui adresser ces demandes, devant son image, n'y aurait-il pas de la folie à ce moment de laisser Jésus-Christ en personne, pour aller dr^poscr nos hommages et nos adorations aux pieds de son image. » (Fia perf.^ c. 3&.)

Le quatrième mode par lequel Jésus- Christ s'unit h celui qui communie dignement, c'est par Vaugmentation de la grâce sanctifiante. Voici ce qu'enseigne le concile de Florence : < L'effet de ce sacrement , dans l'âme de celui qui le reçoit dignement, est l'union de l'homme avec Jésus-Christ. El comme ()ar la grflee l'homme s'incorpore à Jésus-Christ et s'unit à ses membres, il en résulte que ce sacrement augmente la grâce en ceux qui le reçoivent dignement, et opère, quant h la vie spirituelle, le môme effet que la nourriture et la boisson matérielle produisent sur la vie corporelle , qu'elles soutiennent , augmentent , réparent et délectent. » (Décret fia.) Selon le concile de Trente, ce sncremeut est « comme la nourriture spirituelle des âmes : il les nourrit et les fortifie; il les fait vivre do la vie de celui qui a dit : Celui qui me mange vivra lui-même aussi pour moi. »

(Sess. XIII, cap. 3.) Or, cette vie de Tâmc consiste dans la grâce sanctifiante. Oulfo l'augmentation de la grâce sanctifiante (car. l'Eucharistie, comme sacrement des vivants, ne confère la grâce première que par acci- . dent selon le même concile [loc. cit.]), elle produit encore d'autres Krâces, et elle est < l'antidote qui nous délivre des fautes de chaque jour et qui nous préserve du péché mortel ; elle est le cage de notre gloire future et de notre félicite élernellc. » Elle donne encore la grâce nutritive : elle produit la douceur spirituelle, elle apaise la concupiscence , elle remet quelques peines temporelles et cause la résurrection des corps.

Remarquons à ce sujet : l"* que la sainte Eucharistie augmente, en même temps que la grâce habituelle, la charité et Jes autre» habitudes des vertus et des dons surnaturels, ce qui arrive dans toute justification, ou dans tout accroissement de justification ; 2"* qu'elle augmente aussi les grâces actuelles , les illuminations, les inspirations, le» pieuses affections de la volonté et les vertus qui en procèdent, en tant que chacun se dispose alors à entendre la parole de Dieu qui lui parle intérieurement, et à y obéir ; 3' qu'elle nous obtient ainsi la douceur et

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DicnoNNAmc

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la défotîon , aa moins substantielle, qui est propre à ce sacrement; V que la sainte Kûcharistîe effacé les péchés véniels et diminue la peine qu*i1s méritent, sinon par ouvre opérit [ex opère operaio)f ce qui est plus propre à TEucharistie comme sacrifice, au moins par la ferveur de la charité ; 6* qu'elle prévient les péchés mortels en augmentant nos forces et notre fervear, et en éludant les ruses du démon» et que, nonseulement pour lé temps de la communioAt mais encore pour Tavenir, elle nous acquiert la protection spéciale de Dieu, surtout si nous faisons fréquemment la com- ^nunion, tantôt spirituelle, tantôt sacramen- ^3lle; G"" qu'elle apaise ainsi la concupiscence

t les passions; 7* enfin, qu'elle nous prépare la voie de In persévérance, et par conséquent nous acquiert un droit spécial à la résurrection du corps avec TAme dans la vie éternelle.

Le cinquième mode d*union consiste en ce que, môme après la corruption des espèces, Jésus-Christ demeure uni à l'Ame qui Ta dignement reçu, non-seulement par la grAce et par la charité, mais encore personnellement par son hypostase et sa divinité. Ainsi, de môme que dans toute justification, le Saint-Esprit est présent dans TAme du juste, non-seulement par la grAce, mais encore personnellement , non - seulement simplement par la substance, mais encore d'une manière toute spéciale, par laquelle il affecte le juste et demcuni en lui; d*où résulte dans TAme un effet spécial, qui est de la rendre sainte, juste, agréable a Dieu, fille adoptive de Dieu et héritière de la vie éternelle. Do même Jésus-Christ, môme après la corruption des espèces, demeure personnellement, c'est-à-dire selon son hypostase, d'une manière toute spéciale, par la vertu de la sainte Eucharistie, avec accroissement de la grAce et de l'union avec Dieu. Telle est la doctrine de Régnera, de Lessius, de Corneille de La Pierre, etc. On le prouve ;

f. Par le texte déjà plusieurs fois cité : Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang^ demeure en moi et moi en lui. Ces paroles ne désignent pas, l"* l'union purement sacramentelle, c'est-à-dire, la présence réelle de Jésus-Christ sous les espèces, parce que c'est l'union transitoire et purement matérielle nar laquelle ni la créature ne demeure amicalement en Jésus-Christ, ni Jésus-Christ dans la créature; 2* ni l'union puremenlspirituelle par la communion spirituelle, parce qu'elle n'est pas la manducation sacramentelle et réelle dont parie le teite cité; 3^ ni l'union sacramentelle et spirituelle à la fois, parce que cette union ne aure que iusqu*à la corruption des espèces ; 4* ni runion par la grAce, parce qu'elle n*est pas tellement personnelle que Jésus-Christ ait pu dire : et moi je demeure en lui. Ces paroles désignent donc runion ou présence personnelle dont nous avons parié, par laquelle Jésus-Christ demeure d*une manière spéciale, quant à sa personne^ par la verlu d'une communion faite dignement. C'est ce que démontrent

f)lus clairement encore les parole.1 qu'ajoute e Seigneur : Comme mon Pire qm est vivant m*a envoyé^ et que je vis four mun Père^ de même celui qui me mange vivra lui-même aussi pour moi. Il ne dit pas : vivra pour la chair ^ mais pour moi^ pour le Fils de Dieu, auquel, en le mangeent, il s'unit par la chair : et il reçoit en lui Jésus^^hrist, afin de pouvoir dire au'il demeure en lui.

II. Nous le montrons aussi par les SS. Pères, qui, outre l'union affective, l'union morale et par la grAce» reconnaissent encore une autre union. « Comment donc ce pain est-il vivant, dit saint Ambroise? C'est (mrce que le môme Jésus-Christ notre Seigneor est Dieu et homme tout ensemble^ et tout en ne recevant que sa chair, vous participez

Î>ar cet aliment à sa substance atYîae. » L. yi De sacram., c. 1.) « Ce sacremeni est encore appelé participation, dit saint JietB Damascène, parce qu'il nous rend participants de la divinité de Jésus. 11 s'appelle aussi justement communion, parce que par lui nous avons commerce avec Jésus-Christ et nous recevons en môme temps sa chair et sa divinité; et ainsi nous communiquons entre nous et nous sommes unis par un lien commun.» (L. iv De fide^ c. 1^.) Mais sans le sacrement et sans les espèces, cette union ne se fait pas dans la chair, elle se fait donc dans la divinité. Donc quand ce pain est appelé vivant selon la divinité, il suiBt qu'après la corruption des espèces il subsiste selon cette divinité, pour nous vivifier ; donc pour que ces paroles de Jésus-Christ soient vraies, je demeure en celui qui me mange avec amour, il faut et il suffit qu'il demeure non-seulement selon sa seule charité, mais personnellement, selon sa divinité.

III. Par la raison. Tout les théologiens sont d'avis qu'après la corruption des es-

Îèces, subsiste encore l'union spéciale de ésus-Christ j^ar l'accroissement de la grAce, ce oui nécessite l'union ou présence personnelle de Jésus-Christ dont nous parlons.

C'est ce qui fbit dire à Corneille La Pierre : « De môme que la nourriture, après le travail de la digestion, dépose toute sa vertu nutritive dans le chyle qui demeure; de môme les espèces de l'Eucharistie, après avoir été digérées, laissent en quelque sorte leur verlu nutritive pour la vie éternelle, dans la divinité du Christ, qui demeure avec la KrAce. » {In Joan. c. vi, 57.)

On a prétendu, l^* que les Pères et les théologiens ne reconnaissent d'autre effet de la sainte Eucharistie que l'union mysti-

3ue par la grAce, et non l'union personnelle ont nous venons de parler. A cela nous répondons que loin deVexclure, ils la sup-^ posent môme, quand ils parlent de l'envoi du Saint-Esprit. Si vous recherchez avec subtilité la nature de cette union , nous dirons qu'elle peut ôtre une union plutôt spirituelle que corporelle, et non simplement réelle, maisd'une manière éq;iivaiente, comme tous doivent l'expliquer de l'union simultanée du Saint-Esprit et de la grAce. On prétend 2* Que cette union et cette perma-

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nencepar la dWinité avec la grAcc'est commune à toute la sainte Trinité, ou au moins spécialeauSaint-Esprilsoul.— La permanence de Jésus-Christ, répondrons-nous» dans la vertu de la sainte Eucharistie, doit, il est vrai, être attribuée à Jésus-Christ d'une iranière spéciale, mais non au point de Vattribuer h la sainte Trinité tout entière. De môme , en effet , qu*on attribue spécia-^ lement au Saint-Esprit une mission {missio) invisible, bien qu'elle soit commune à toute la sainte Trinité, parce qu'elle produit une augmentation spéciale de charité, qui correspond à Tamour propre au Saint-Esprit, de même, plus spécialement, il faut attribuer à Jésus-Christ la permanence avec accroissement de grftce et d'union avec Dieu, par la vertu de la sainte Eucharistie, parce que c'est surtout Jésus-Christ fout entier qui produit cet effet sous un signe visible, et qui excite le communiant k se disposer à l'augmentation'de la grAce et i la conservation de cette union avec Dieu. On objecte 3* que cet effet est commun à tous les sacrements, parce que tous produisent ou augmentent la çrAee et communiquent par conséquent la divinité.

— Nous répondons i cette onjection, qu'il y a cette différence que dans l'Eucharistie on reçoit en outre une grAce spéciale sacramentelle pour exercer les pratiques de piété, pour entretenir une union plus grande avec Dieu et pour nourrir la charité et la vie spirituelle. Le sixième mode par lequel Jésus-Christ s'unit à nous d'une manière permanente dans TEucharistie est, non^seulement par la communication de sa divinité, de son hypostaseoude sa personne, mais aussi parla communication de son Ame sacrée, en ce sens qu'après la corruption des espèces, et la disparition du corps et du sang, il demeure encore, par une communication, plus spéciale que par sa seule divinité, très-intimement uni à certaines Ames parfaites, et qui se sont, parleurs bonnes dispositions, rendues dignes de ce privilège. Ainsi l'enseignent le cardinal C\entueços(yitaab$condita) et le cardinal Belluga (Jiiatc. prœliminar. cit. libri). l'En effet, ce mode n'enveloppe aucune contradiction. Cette union spéciale avec les seules Ames parfaites, qui se sont élevées à ce degré de perfection qu'on Jïomme transformatiofiy n'empèchepasi existence des effets de l'union suffisamment vérifiée pour les autres justes. Ainsi celui qui s'approche de la sainte table avec une dévotion actuelle, éprouve l'effet spécial do ce sacrement, c'est-à-dire, cette spirituelle douceur dont est privé le juste qui communie seras cette dévotion actuelle. Et d'ailleurs, datas ce sacrement, qui est le sacrement do la charité par excellence, selon que nous demeurons plus ou moins unis avec Jésus- Christ par la charité, il demeure lui-même plus ou moins unis avec nous. 2" Cet £ffet tout spécial d'union par l'Ame de Jésus- Christ ne dépasse pas les limites de sa généreuse promesse : Il demeure en moi et moi en /«it, qui est l'union permanente, personnelle et illimitée, issue d'un amour in-

fini ; il n'y a donc rien en cela qui puisse exclure le mode d'union exposé plus haut, par l'extension de celte promesse. D'ailleurs il ne dépasse pas les limites de rin3titution de ce saint sacrement, en ce sens qu'on y trouve en^réalité l'Ame de Jésus-Christ reçue par la divinité, et recevant causalement TAme du juste qui communie, tout le temps que le sacrement demeure en lui. En outre, ce n'est pas la durée du sacrement, ni du corps et du sang,;'par la vertu des paroles sacrées, qui nous a été promise, mais seulement l'union avec Jésus-Christ. Donc cette promesse peut bien être étendue jusqu'à ce point, où Jésus-Christ, après la disparition des espèces, demeure, par son Ame et sa divinité, dans l'Ame parfaite et qui s'est bien préparée. 3" Sans cette union spéciale par l'Ame de Jésus-Christ, la promesse du Seigneur et l'institution de la sainte Eucharistie ne s'accomplirait pas avec toute l'extension qu'elle comporte. En effet, bien que les mots : et moi en lui soient vérifiés d'une manière suffisamment absolue par la personne de Jésus-Christ, cependant il est douteux que la vérification soit complète, si l'Ame de Jésus-Christ demeure toujours unie au Verbe. En effet, si les mots : Jl demeure en mot, se vérifient autant que possible par la divinité du Christ et l'humanité qui lui est communiquée dans la sainte Eucharistie, dans les Ames parfaites qui souhaitent avec ardeur de contenir ainsi Jésus-Christ, pourquoi ces mots : et moi en /ûf, ne seraient-ils pas effectivement vérifiés par l'amour suprême de Jésus-Christ pour elles, quand il laisse son Ame demeurer en nous, puisque d'ailleurs rAmejde JésussChrist nous pas de plus ardent désir que de rencontrer de telles Ames, afin de se communiquer à elles par tous les moyens conformes à ses excellentes dispositions.

Puisque donc ce mode d*union n'enveloppe aucune contradiction, puisqu'il est surtout en rapport avec l'institution et la promi sso de Jésus-Christ sur la sainte Eucharistie, et sur l'effet qu'elle produit en ceux qui réunissent toutes les dispositions nécessaires; puisqu'il est convenable à l'amour de Jésus-Christ qui aime ceux qui le chérissent; puisqu'il ne contient, dans sa singularité, rien de contraire à la foi. Régnera conclut (Prax. th.myst,^ t. i, p. SM, n' 403) que rien n'est plus conforme a la raison que cette union, bien qu'elle n'ait Heu que pour très-peu de personnes. Mais ce qui est beaucoup plus rare et qui ne parait pas généralement appuyé sur des témoignages assez authentiques, c'est ce que nous trouvons rapporté dans la Myst. civ, (p. m, 1. vu et viii)» c'est-à-dire que la bienheureuse vierge Marie a sans cesse possédé dans son cœur son Fils sous ce sacrement, depuis la première communion qu'elle à faite jusqu'au moment de sa mort, les espèces ayant été miraculeusement conservées d'une communion à Tautre. Quelques Ames auraient été aussi favorisées de ce privilège, et auraient pendant des années conservé intacte dans leur

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