‹ Dictionnaire d'ascétisme (volume 3)Chapitre 93 sur 186 · EX · texte numérisé non relu

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il 7 a cepenaanty h proprement parier, quel que différence entre ces mots. En effet, le jeu consiste proprement dans Taction, la plaisanterie dans les paroles ; le divertisse-ment se propose plutôt le plaisir que le gain. Nous ne parlons pas ici du jeu en général, c'est-à-dire comme un simple délassement de l'esprit ; car , dans ce sens, personne ne doute qu'il ne soit permis. En effeU de môme que le corps a besoin de repos, pour qu'il ne soit point accablé par l'excès du travail, de même notre esprit, pour ne pas être énervé par une méaitation continuelle. Nous ne voulons parler ici que du jeu par rapport à la justice, et qui en ce sens se déGnit : un contrat par lequel ceux qui jouent conviennent entre eux d'un prix certain , qui doit Qppartenir au vain-vueur. Il en est de trois sortes : l'un oi^ l'habileté seule l'emporte, l'autre, où le hasard décide, le troisième enfin, où le succès dépend à la fois de l'habileté et du hasard.

Cette convention^ qtiand elle est faite avec les conditions requises^ n'est nullement illicite* De môme que le possesseur d'une chose peut la donner absolument, de môme il peut la livrera de certaines conditions. D'ailleurs c'est une sorte de délassement. En outre, les conditions sont les mômes pour les deux parties. Donc celui qui perd est tenu de payer ; car une convention faite librement doit ôtre tenue.

Nous avons dit , quand elle est faite avec Us conditions requises. Ces conditions ont pour but :

1* de bannir du jeu toute chose honteuse ou déshonnôte, soit en action^ soit en paroles. Jl y a, disait Cicéron, quoique païen, deux sortes de plaisanteries ; /'tinc est grossière^ emportée^ criminelle et indécente ; rautre est pleine d'élégance et d^urbanité^ ingénieuse et amusante,

2f De prévenir dans le jeu toute occasion de pécher , ou de causer aux autres du scandale ou du dommage. Ainsi on péche* rait communément, et môme on pécherait mortellement, en se livrant tout au jeu, quand on sait qu'il nous entratne au blasphème , à des paroles déshonnôtes ou à d'autres péchés, ou quand on est dans l'impuissance de payer ses dettes et de nourrir sa famille. Il faut donc que la somme qu'on expose au jeu soit proportionnée à sa condition et à ses moyens ; qu'elle appartienne en propre au joueur, et qu'il soit mattre d'en disposer librement.

3* De ne pas jouer principalement pour le gain; car la lin prochaine du jeu doit ôtre Je délassement et l'amusement de l'esprit, atin de le rendre plus propre et plus disi'OS à remplir ses exercices spirituels. Aussi le Docteur angél'ique nous apprend que, selon toute probabilité^ c'est un péché véniel que de jouer Uniquement pour le gain i2-2, 77. a. 1); qu'il y a une certaine assesse dans ce sentiment ; il dit aussi : « Il suffit de peu d'amusement dans la vie,

comme de peu de sel dans tes aliments. » (Q. 168, a. fc.)

k' D'éloigner toute fraude et toute injustice : il faut donc qu'il règne entre tous les joueurs une sorte d égalité morale dans l'espoir du çain et le danger de la perte, te , eu ne aoit jamais léser en rien la jusice.

Bien que tout ceci soit plutôt du domaine de la théologie morale que de la théologie mystique, nous avons cru devoir en parler dans cet ouvrage, parce que rien n'est plus contraire à la perfection que l'excès dans le jeu; et cet excès n'est rien moins que rare, môme parmi les ecclésiastiques, qui doivent tendre à la perfection d'une manière spéciale*

EXAMEN DE CONSCIENCE. — Un des moyens principaux et des plus efficaces que nous ayons pour notre avancement spirituel est celui de l'examen de conscience; aussi les saints en recommandent-ils soigneusement la pratique. Saint Basile, un des plus anciens de ceux qui ont fait des règles pour l'état religieux, ordonne de faire cet examen toutes les nuits. Saint Augustin ordonne la môme chose dans sa règle.

Saint Antoine y formait et y exhortait les siens par son exemple; saint Bernard, saint Bonaventure» Cassien, et généralement tous les instituteurs d'ordres et les mattres de la vie spirituelle, veulent au'on s'y applique tous les jours. Saint Cnrysostome, sur ces paroles du Psalmisle : Excitez-vous à la componction dans vos lits {ps. iv), est d'avis qu'on fasse cet examen tous les soirs avant de se coucher, pour deux bonnes raisons : l"* afin que le lendemain on soit plus disposé à éviter les fautes commises le jour précédent; car si on les examine bien le soir, qu'on en conçoive un grand regret, et qu'on se propose fermement de s'en corriger, il est certain que cela servira de frein pour empocher d'y retomber le lendemain; 2* ce sera encore un sujet de retenue pendant tout lejour, que de devoir s'examiner le soir, parce que la connaissance qu'on a que ce jour-là môme il faudra rendre exactement compte de tout, fait qu'on est davantage sur ses gardes, et qu'on a plus d'attention sur soi. De môme , dit saint Chrysostome , qu'un grand seigneur qui a de l'ordre ne laisse passer aucun jour sans faire compter son maître-d'hûtel, de peur de lui donner lieu d'ôtre moins soigneux et de s'embrouiller dans ses comptes, de môme il est à propos que nous comptions tous les iours avec nous, pour aue la négligence et roubli ne mettent pas de désordre dans les nôtres. Saint Ephrem et saint Jean Climaque ajoutent à cela que, comme les marchands tiennent registre des pertes et des gains de chaque Jour, et que lorsqu'ils trouvent qu'ils ont fait quelque perte, ils tâchent aussitôt de la réparer, ainsi nous devons examiner chaque jour les gains et les pertes que nous faisons dans l'affaire de notre salut, afin que, remédiant aussitôt à nos i>ertes, nous em«,

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pochions par là qu'elles ne s'accumulent et

Ï|u*el1es ne viennent à consommer notre onds. Saint Dorothée remarque un autre profit considérable que Ton lire de Pexaroen ; c*est qu^en s*accoutumani à le bien faire tous les jours, et en se repentant tous les jours de ses fautes, on empêche que le vice ne prenne racine dans le cœur, et que les mauvaises habitudes ne s'y fortifient, (Perfect. chrél. de Rodrig.)

Il n'en est pas de même de ceux qui négligent de s'examiner, et les saints comparent la conscience de ces geis au champ et h la vigne dont parle le Sage quand il dit : J'ai passé par le champ du paresseux, par la vigne de rinsensé, et tout y était plein d'orties^ tout y était couvert aépineSy et la muraille sèche é:Q'J renversée. ( Prov. xxiv , 30,31.)

La conscience de ceux qui ne s'examinent point est une vigne qui devient en friche, et qui se remplit d'épines et de ronces, faute d'être labourée; car notre nature corrompue est une mauvaise terre qui ne produit autre chose d'elle-même ; et ainsi il faut toujours avoir la serpe à la main, toujours couper et arracher ♦ c'est ce qu'on fait par l'examen. C'est l'examen qui coupe le vice par le pied , *qui arrache les mauvaises inclinations, {\ès qu'elles commencent à pousser, et qui empêche que les mauvaises habitudes ne s'enracinent.

Mais l'importance et l'eflicacité de ce moyen ifa pas été seulement connue des saints , elle l'a été aussi de plusieurs philosophes païens qui n'étaient éclairés que de la lumière naturelle. Saint Jérôme et saint Thoipas rapportent qu'un des principaux avis que Pylhâgore avait coutume de donner è .ses disciples, était qu'ils employassent tous les jours quelque temps, le matin et le soir, h s'examiner sur ces trois demandes : Qu'aije fait? Comment l'ai-je fait? Et qu'ai-je manqué de faire ? Se réjouissant de ce qu'ils trouveraient avoir fait de bien , se repentant ae ce qu'ils trouveraient avoir fait de mal. Sénèque, Plutarque, Epictète et plusieurs autres recommandent la même chose. Saint lgnace,fondé sur la doctrine des saints, sur la lumière de la raison et sur l'autorité de l'expérience , a fait tant de cas de l'examen, qu'il dit, après saint Bonavenlure, que c'est un des meilleurs moyens et des plus utiles que nous puissions avoir en nous-mêmes pour notre avancement spirituel.

On se sert de deux sortes d'examen, l'un particulier, et l'autre général. Le particulier se fait sur une seule malière , pour cette raison il est appelé particulier. Le général se fait sur les fautes commises le long du jour , en pensées , paroles et actions; il s'appelle général, parce qu'il embrasse généralement toutes choses.

Pour ce qui concerne l'examen particulier, il y a deux choses à considérer! l'une sur quoi il doit se faire, et l'autre comment il doit se faire. A l'égard de la première, afin de bien counallre sur quoi il

doit se faire, il faut bien se graver dans l'esprit un avertissement que saint Ignace donne dans ses exercices spirituels , et qu'il a tiré de saint Bonaventure« « Le démon , dit-il, en use envers nous, comme un général d'armée envers une ville qu'il veut prendre. De même qu'un général s'attache d'abord à reconnaître l'endroit le plus faible d'une place pour y dresser ses batteries et y faire agir toutes ses troupes, narce qu'il sait que dès qu'il se sera emparé oe ce poste, il se rendra aisément maître de la ville ; de même le démon apporte tout le soin possible à reconnaître I endroit le plus fa'ble de notre Ame, pour nous attaquer ensuite par là, et nous réduire plus facilement sous sa puissance. » Servons-nous de cet avis pour nous tenir sur nos gardes , et nous précautionner contre notre ennemi. Regardons attentivement quel est l'endroit de notre âme )e plus faible et le plus dépourvu de vertu, l'endroit que notre penchant na« turel rend plus facile à attaquer, et qui est le plus ruiné par nos mauvaises habitudes; puis travaillons à y remédier et àbieaîe fortifier. Voilà ce que veulent principalement de nous les mattres de la vie spirituelle; que nous nous attachions à dompter nos inclinations déréglées, et à déraciner nos mauvaises habitudes ; et comme c'est là ce qui nous est le plus nécessaire , c'est aussi à quoi notre examen particulier doit principaiement s'appliquer.

Cassien donne deux raisons du besoin que nous avons de commencer ainsi pour combattre nos mauvaises habitudes. La 1'*,

3ue c'est de là que viennent nos plus grands angers et les occasions de nos chutes 1rs plus grièves ; il faut donc y pourvoir soigneusement avant tout. La 2* , c'est qu'après avoir vaincu une fois les ennemis tes plus redoutables, et cpux qui nous font une guerre plus rude, le reste devenu plus fai« ble par la défaite des autres sera ensuite facilement vaincu par notre âme, devenue plus forte et plus courageuse par sa première victoire. Il rapporte à ce sujet ce qui se pratiquait autrefois à Rome dans le combat des oêtes farouches, où ceux qui voulaient se signaler davantage et plaire à l'empereur s attachaient d'abord à la plus furieuse, parce que l'ayant tuée, ils venaient facilementà bout de toutes les autres. C'est, dit-il, ce que nous devons faire. Nous voyons par expérience que chacun a quelque vice principal , quelque passion dominante qui le maîtrise et le porte à faire bien des choses qu'il ne voudrait pas; de là vient que beaucoup de sens disent : Si je n'avais pas tel ou tel penchant ,'il me semble qu'il n'y aurait rien qui m'embarrassât et me fitdê la peine. Voilà justement ce qu*il faut que nous commencions à combattre et ce que nous devons choisir pour siûel de notre examen.

Dans la guerre que le roi de Svrie eut à soutenir contre le roi d'Israël , il ordonna h ses capitaines de ne combattre contre qui que ce lût , mais seulement contre le roi

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d'Israël , so promeltant que la mort du roi lui donneraTt une Tictoire facile sur toute l'armée , comme la chose arriva en effet; car Âchab ayant été tué d*un coup de flèche tiré au hasard ^ tout céda , et la guerre fut aussitôt terminée. Faisons de môme : domptons notre vice principal « et nous vaincrons facilement le reste; coupons la tète à ce Goliath, et tous les autres Philistins seront bientôt défaits et entièrement dissipés. Il n'y a pas de meilleure règle générale que celle-là, pour faire connaître a chacun sur quoi doit rouler principalement son examen. Mais ce qu*ii faut encore ajouter, c*est qu'il est bon d'en conférer avec son directeur , après lui avoir rendu un compte si eiact de Tétat de sa conscience, de ses inclinations, de ses passions, de ses attachements et de ses mauvaises habitudes , qu'on n'ait rien laissé è lui découvrir. De cette manière, les besoins de chacun étant bien connus , le directeur pourra facilement déterminer sur quoi le pénitent devra faire son examen. Une chose surtout qu'il faut bien observer , quand on rend compte de sa conscience, c est de dire sur quoi on fait son examen particulier, et le proflt qu'on en retire; car il est très-important que cet examen se fasse sur ce qu'il y a de plus essentiel dans chacun. De même qu'un médecin est très-avancé quand il a trouvé la véritable cause d'une maladie, parce qu'il j applique les remèdes les plus capables d'opérer; de môme , on aura gagné un grand point si on réussit h pénétrer la véritable source de nos inGrmités .spirituelles , parce qu'on aura découvert le véritable moyen de les guérir , en y appliquant le remède salutaire de l'examen, te qui fait que beaucoup ne profitent guère de celui qu ils emploient, c'est qu'ils ne l'appliquent pas ou il faudrait qu'il le fût. Si vous coupez la racine d'un arbre , il séchera et mourra bientôt; mais si vous n'en coupez que les branches, il poussera dans peu de nouveau bois , et deviendra plus grand qu'il n'é ait.

Quant à l'examen général, il doit toujours être inséparable de l'examen particulier; ei pour cet effet, la première chose à faire tous les matins en se levant, c'est d'offrir à Dieu toutes ses actions de la journée. Quoiqu'il ait été dit, eu parlant de l'exaooen particulier, que nous devons, à notre réveil, nous proposer de nous abstenir du vice dont nous avons particulièrement entrepris de nous corriger, et que c'est à quoi Goit s employer le premier temps de cet examen, cela ne doit avoir lieu qu'après avoir offert à Dieu toutes ses pensées, ses paroles et ses actions, en les rapportant toutes à sa gloire; et après avoir pris la résolution de ne point l'offenser et lui en avoir demandé la grâce. Il faut ensuite, deux fois le jour, le matin et li) soir, joindre l'examen général avec le particulier, comme il est d'usage chez les religieux. De môme que pour bien faire aller une horloge on en monte les contrepoids le matin et le soir, de môme, pour

donner un mouvement bien réglé à notre cœur, il faut nous servir, deux fois le jour, de l'examen particulier et de l'examen général, exigeant de nous à midi un compte exact de toutes les fautes dans lesquelles nous sommes tombés depuis notre réveil, tant de celles que nous avons commises en pensées, paroles et actions, que de celles qui regardent la matière de notre examen particulier. Ensuite, il faut nous exciter à concevoir une vive douleur des unes et des autres, et nous proposer de n'^ plus retomber le restant du jour ; et on doit observer la môme chose dans l'examen du soir.

Mais l'avertissement le plus essentiel à donner touchant la manière de faire l'examen général est celui dont on a déjà parlé au sujet de l'examen particulier, qui est que toute l'efficacité et toute la force, aussi bien de l'un que de l'autre, consistent dans une vi va douleur des fautes qu'on a commises, et dans la ferme résolulidu do s'en corriger. Le P. A vila, traitant de cet examen général : « Vous devez vous figurer, dit-il, qu'on vous a chargé de la conduite d'un jeune prince,

Ï)0ur avoir une continuelle attention sur lui, e former aux bonnes mœurs et le corriger des mauvaises inclinations qu'il peut avoir, et que chaque jour vous l'obligez à vous rendre compte de ses actions. Il est certain qu'en ce cas- là vous ne fonderiez pas la principale espérance de son amendement sur l'exactitude qu'il aurait à vous dire combien de fois il aurait failli ; mais que vous l'établiriez sur la connaissance que vous lâcheriez de lui faire avoir de ses fautes, sur la réprimande que vous lui en feriez, sur les avertissements que vous lui donneriez, et sur la promesse qu'il vous ferait de se corriger. » Vous devez tenir la môme conduite à l'égard de votre âme, puisque Dieu vous a donné la charge d'en avoir soin ; pour cela, ce n'est pas à rappeler dans votre mémoire le nombre de vos fautes que vous devez faire servir votre examen et faire consister votre amendement; c'est à avoir une extrême confusion de les avoir commises, à vous en repentir du fond du cœur, à vous en faire une sévère réprimande à vousmême, comme vous le feriez envers une autre personne dont on vous aurait confié l'éducation, et à former enfin une constante résolution de n'y tomber jamais.

Ce qui doit nous exciter encore particulièrement à mettre exactement toutes chs choses en pratique, c'est que l'examen général est une disposition très-propre et très-utile pour la confession, comme le portole titre que saint Ignace lui donne dans lo^ livre dus Exercices spirituels, où ilTintitulet Examen général de la conscience, tris-utilepour la guérison de l'âme et pour la confes-sion des péchés. La raison en est bien claire; car deux choses sont requises principalement pour la confession : l'examen de s^es péchés et le regret de les avoir commis; ek toutes deux se rencontrent dans l'examet» de la conscience; de sorte que si nous fa i-

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