‹ Dictionnaire d'ascétisme (volume 3)Chapitre 97 sur 186 · EX · texte numérisé non relu

EX

et son co»jr. Elle pria Notre-Seigneur de ne point permettre que les stigmates devinssent visibles sur son cofps, et alors les rayons cessèrent d'avoir la couleur rouge de sang« et prirent la couleur de pure lumière, et lui causèrent une vive douleur dans le cœur» les mains et les (»ieds. Du temps deSixtelV, il j eut une défense de regarder comme véritables ces stigmates ; mais la défense n'était que suspensive, car,depuis, plusieurs auteurs les reconnurent comme authentiques. Tous ces détails se trouvent amplement dans Benott XIV.

Voici comment Barthélémy de Pise décrit toutes les circonstances des stigmates de saint François: « Il n^ a que la puissance de Dieu, dit-il, qui puisse opérer un pareil prodige; ceci ne peut être opéré ni par la Dature, ni par Tart» ni par suite d*une forto et vive imagination. Il s'était formé, dans lés pieds et les mains de saint François, di'S clous forniés ou de ses nerfs ou de sa cliair. Ces clous avaient des têtes solides, grosses. Ils étaient allongés, dépassaient de beaucoup Tepaisseur des pieds et des mains, et se recourbaient: on pouvait placer un doigt près du clou dans la chair, comme l'atteste saint Bonaventure.

« La plaie du cœur était tellement creusée et déchirait $i largement les chairs, aue la décomposition des parties et la mort uevaient s'ensuivre, s'il n*y eût eu une puissance surnaturelle dans Tacte. Au surplus, on ne pourrait expliquer le fait par la force Imaginative, autrement il faudrait supposer que la sainte Vierge aurait eu les stigmates, car personne n'a été plus vivement frappé des plaies de Notre-Seigneur et n'en a conçu

fil us de douleur; si la seule nature pouvait es produire, nous les aurions vus dans la divine Hère de Dieu. »

Il est à remarquer que si l'on voyait dans les extatiques une sueur de sang ou des larmes de sanç tombant des yeux, ce signe ne constaterait point un miracle par luiinéme. Dom Calinet a cité plusieurs exemples de ce fait qui sout jugés des phénomines naturels; d'ailleurs, la sueur do Notre-Seigneur au jardin des Olives est elle-même jugée comme un effet selon la nature, comme un résultat d'une immense douleur. D'où Benoit XIV conclut qu'il faut rejeter cette note comme indiquant le surnaturel.

Outre les signes négatifs que nous avons déjà indiqués, voici les marques auxquelles on reconnaît que l'extase vient de Dieu et qu'elle est surnaturelle :

La première consiste en ce que les sens extérieurs étant suspendus dans leurs fonctions, l'esprit et le cœur continuent h être actifs au moins par intervalles assez longs et que ces puissances puissent se livrer à des actes de contemplation parfaits ; autrement il y aurait absence ou folie et non extase. G est ce que l'on peut conclure de la définition de l'extase, donnée par saint Augustin, et des observations de sainte Thérèseï qui dit que bien loin que l'esprit soit

alors anéanti et incapable, au contraire, il est plus apte qu'à Tordinaire, plus vif et plus ardent à saisir les choses de Dieu.

D'où l'on conclut que les extatiques peuvent se souvenir de ce qu'ils ont appris ou pensé pendant le ravissement. Sur quoi il faut observer, d'après l'illustre sainte d'Avila, que si Dieu révèle pendant le ravissement des choses qui lui aient été communiquées par des images et des paroles ordinaires, l'extatique pourra les reproduire et les raconter; que si, au contraire, les communications ont été purement intellectuelles, alors il ne s'en souvient que vaguement et il ne lui est pas possible de les raconter. Voici la comparaison de la sainte : « SI on était tout d'un coup transporté au milieu du palais d'un grand roi et qu'on fût spectateur do toutes les richesses qu'on y a étalées, de tous les objets et de la splendeur du décor qui brille de tous les côtés; mais

3ue l'on n eût qu'un instant pour parcourir es yeux ce magniflque spectacle, l'on aurait, il est vrai, une idée générale et confuse des obiets, mais on ne pourrait les dépeindre. G est ce qui arrive à celui que Dieu favorise d'une vue intellectuelle dans les choses supérieures.» Geci peut aussi se conclure de ce que dit saint Paul.

Seconde marque d'extase divine : L'extatique sent dans son Ame et son corps une forte agitation, une forte commotion qui ressemble h du désordre; mais dans cet état, il ne dit que des choses éditiantes et îustes, qui soient capables de porter les spectateurs à l'amour de Dieu. Puisque l'extase provient d'un grand élan du cœur vers Dieu, d'une vive admiration de sa majesté et des choses célestes, les paroles oui sui^ vent doivent se sentir de cette noLle ori* gine.

On ne peut nier que les extatiques i\e parlent, puisçiue même on voit des person-» nés endormies faire la conversation. Le P. Géparius, confesseur de sainte Madeleine de Pazzi, Ta vue faire bien des choses édi- Gantes pendant ses extases, et, en particulier, elle proférait des paroles admirables sur la divinité. Plusieurs religieuses qui étaient témoins, écrivirent ses discours, et on lui montra le papier qui les contenait; mais la sainte se mit à verser des larmes en pensant qu'elle avait été obligée de révéler les dons de Dieu.

Troisième niarc|uo : L'extase divine est ardemment affective. 11 ne suffit pas pour qu'il y ait extase divine, qu'elle soit accompagnée des actes intérieurs do l'intelligence et de la volonté ; il faut encore que ces actes soient ardemment affectueux; autrement ce serait une extase plutôt philosophiquo que mystique. G'est dans ce sens que Isaïe nous dit : Est-ce que mes paroles ne sont pas comme du feu y dit te Seigneur f et comme un marteau qui brise la pierre. Et saint François dessales aioute ces paroles : « Si l'extase a plus d'éclat que de boulé, plus de lumière que de chaleur, elle est plutôt spéculative qu'affective, et niôiac elle est dou-

fil

ÈXT

DICTiONiNAilŒ

EXÏ

teuse 11 faui donc craindre alors qu*elle ne vienne pas de Dieu ou qu'elle n'enfle plus qu'elle n'édlGe;» ci^ ce saint prélat ceconnaît que quelquefois Dieu peut faire des communications surnaturelles, mémo à ceux qui n'oot pas la charité; quoique le fait soit rare et n'indique qu'une extase impur* faite, comme celle de Nabucbodonosor, rapportée dans Daniel. «Il est même constant que plus une extase est afl^ctive, plus la preuve de la divine origine est certaioe, quoiqu'on toute extase on doive reconnaître le caractère intellectuel et le caractère af-feclif. »

D*o(l Ton conclut que l'extase doit tirée son origine de la charité divine ; et dans les causes de canonisation on n'admet jamais les extases comme divines, si elles q'apparaissent point comme une surabondance» comme un trop plein, pour ainsi dire, de la charité qui inonde le cc^ur, et alors on les regarde Éomme des témoignages du caractère de l'héroïsme de la ctiarUé et de l'oraison, et cela sans cercle vicieux^

Quelquefois Fextase divine peut avoir pour but de reprendre et de corriger 1a tiédeur et certains défiiuts. Il est possible alors qu'elle ne soit pas accompag^née de charité; mais on reconnaît ensuite son caractère surnaturel par les fruits de bonnes œuvres et de ferveur qui suivent; ou bien» s'il y a une menace de faite, on voit si l'événement comminatoire s*acoomplil > comme on le voit dans les Dialogues de saint Grégoire.

Quatrième marque : t'extase arrive le plus souvent dans les exercices de piété. Le plus souvent elles sont survenues pendant Voraison, la sainte messe, après la communion, après l'audition des sermons sur Dieu, sur sa gloire. Deirio cite une servante de Dieu qui eut souvent des ravissements immédiatement après la sainte como^union» et comme, revenue à elle-même» elle voyait qu'on s'en était aperçu», elle se hAtait de se fetirer dans sa chambre.

Cinquième marque : Vextase a coutume d'être courte, comme le remarquent le oardii.al Bona» Thomas de Jésus et sainte Thér rèse.

Sixième marque : Bile entraîne après soi une vie sainte. L'extase sera parfaite et ne devra exciter aucune inquiétude» si elle correspond h une vie sainte» selon le mot de Notre-Seigneur : Vou$ le$ connaUre:^^ par leurs fhiits. C'est ce que remarque saint François de Sales, dans son Traité de Va^ mour de Dieu^ c. 7, et sainte Thérèse dans sa Vie, c^ 20, où ces deux illustres saints» qui avaient tant de titres pour faire autorité dans cette matière, nous parlent dé celte nécessité d'une vie sainte pour connaître les vraies extases, avec l'accent de la piété et do la sainteté.

Concluons cet article, en disant que quoique nous ne devions pas désirer le^eitàses pour nous-mêmes, cependant il ne faut pas uîs mépriser dans les autres» parce qu'elles dOlacUo.ii rame des choses terrestres , et

ruDissent étroitement à Dieuv «Bien plus^ comme le remarque Richard de Saint-Vie^ tor » quand nous nous sentons éloignés d'éprouver de tels effets de l'amour, que devons-nous penser» sinon que notre amour est faible et Iftcbe. Cm*» qui que vous soyeii^ si vous aimiez parfaitement» il est vraisemblable que l'excès de votre amour» l'ardeuic de voire désir vous raviraient en extase. » Quoi qi^'il en soit, nous devons faire nos efforts pour avoir tout l'amour qui accouH pagne d'ordinaire les eitases, quand même nous serions privés des Caiveurs visibles et sensibles (}ue d'aulres éprouvent : car cet amour ardent et pur suffi) ^ toute perfection ; et ici nous nous rappelons Tobservan lion de saint François de Saies : « Bien des saints sont aujourd'hui au ciel qui n'éprouvèrent de toute leur vie aueune extase nfr ravissements. Combien de saints et de^.

saintes qui n'eurent d'autres privilèges dans leurs oraisons que la piété et la Terveur. Biais tous les saints» au contraire» ont eu 1^ un haut degré la pratique de se vaincre et de se surmonter soi-même ; ce qv^i est la^érl* table extase. « C'est ce qu'entendait FApôtre, lorsqu'il disait : La chariié de Jésuê* Christ nous presse^ car si un seul est mor^ pour touSf donc tous son$ morts : et le Ckrisè est mort pour lotit» afin que ceurn qui viveni^^^ ne vivent plus pour eux^nêmes^ mais pour celui qui est mort et est ressuscité pour eux. De là saint François de Sales dit : « lésusr Christ est tout pour moi et Je suis tout à lui. Je vivrai et je mourrai sur son cœur» et ni la mort ni la vie ne me sépareront do lui.... C'est ainsi qu'il faut entendre l*extasf> du divin amour» ajoute le saint : c'eslqua nous ne suivons pius les impressions çleia terre, ni les goûts de la nature; mats que nous nous laissons conduire par les inspi-s rations et les instincts du divin amour. »

Abcanes de l'état extatique. — Arcanoi, des extases et des ravissements. — I. On doit rarement employer à l'égard des extatiques les épreuves violentes, comme de leur oomn primer les pieds, de leur tordre les mains» de les piquer jusqu'au sang, d'étilouir leurs yeux à l'aide d'un flamt>eau atluQié : car do telles épreuves ne peuvent être pour ceux qui les souffrent que la source de cruelles et trop longues douleurs. Si l'on soupçonne quelque feinte ou un simple évanouissement dans telle ou telle personne spirituelle» il suffira de n'y avoir aucun égard» de n'y faire aucune attenlioQ» de n'y opposer que le mépris.

2. n ne répugne pa3j physiquement parlant, que quelqu'uo meure dans l'extase^ parce qu'elle peut pro^iutre sur le corps ui^ âymptome qui cause la mort. Cependaoti^ moralement parlant,^ un tel effet ne peut ve^^ nir de Téstase, à moins que Dieu ne le per-* mette pour dViutres raisons; et l'on conçoiti^ en effet, que les dons de Dieu ne doivent poini être la source d^aussi fftcbeux résuU fats.

3. Lorsque l'on fait subir aux extatiques une viojeute com(>ressiou » .ils reyieunen^

FâM

D\%SCETISIiC.

Page 1