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mentioaner enfin ane circonstance plus grare. les couleurs simples , les teintes isolet^ du sfiecire sont jusqu'ici les seules que l'iiD ail po fixer; les teintes composées * c'est Mire toutes celles qui appartiennent aui objets éclairés par la lumière ordinaire. De s'impriment jamais sur le chlorure d'argent. Les objets blancs • par exemple , au lieu de laisser sur la plaque une couleur correspondante, s'y impriment en noir.
Ainsi le fait découvert par M. Becquerel est i*iio de justifier toutes les espérances que ri»n a pu conceroir à ce sujet. Il démontre seuinnent, contrairement à tout ce que l'on afait pensé jusqu'ici* que le problème de la re, rodoction photogénée des couleurs pourra t<emr un jour une solutiou satisfaisante, t( qae les personnes qui s'adonneront à ce geore de recherches ne trouveront plus, cooime aoirefois , dans les principes de la .vi^-Qce, la condamnation anticipée de leurs lenlalires. Quelque limitée qu'elle soit dans ses conséquences actuelles, cette observation ii'en conserve pas moins une importance df^itale. On peut espérer , en effet , que des itcfaercbes nien dirigées feront découvrir <i')atres agents chimiques jouissant des pro- K'^tés du chlorure d'argent el répondant niie.i que cette substance aux exigences de i'^'^iication pratique. On pourra donc un y'itfmdre avec la lumière. La lumière est, (ic l'Hb les agents naturels , celui dont Téfuie «t encore aujourd'hui la moins avancée; ei depuis quelques années on a vu se suc- '^.er, dans cet ordre de phénomènes, des '..•^.oureites si inattendues, au'à ce sujet«il ^)( bien difUcile de ne pas s abandonner à q iniques espérances.
Applications de la photogruphie aux seiet^
f'i phjfsiques et naiurelUê. — On connaît
L'^inieuaut l'histoire et les plus récents pro-
efes de la photographie. Si nous avons cru
••tioir nous étendre sur cette série d'opéra-
Uiins délicates, si nous les avons décrites
^rcc quelques détails, c'est, on le compren-
ura aisément, parc^' qu'il y a dans cettedé-
fourerte autre chose qu'un procédé ingé*
1 ttui, qu'un agent mécanique de plus mis à
u dt>(iOsitioo des arts du dessin. La science
* déjà tiré de la photographie de grands ser-
^- cs; elle peut en attendre de plus grands
^ core. Tel est le principal titre des arts
'ioio^phiques à notre attention, et c'est
" i^jrtée scieotifiquede l'invention deNiepce
t. Da^uerre qu'il nous reste à établir: la
^ be sera Cacile.
Ine ùes parties importantes de la physi- V^j làphoioméirie^ qui traite de la comparai<M)n de l'intensité des diverses lumières, a emprunté aux procédés photographiques les plus précieuses ressources d'expérimenfalioo. Avant la découverte du daguerréoijpe, les physiciens né pouvaient détermi* ueravec nisueur l'intensité comparéede deux lources luaiineuses, que lorsque celles-ci brillaient simultanément. Les moyens de totsare perdaient la plus grande partie de >^r valeur, quand les deux lumières n'é- U:J6Qt pas fisibles à la fois. C'est ainsi que
l'intensité relative de la lumière solaire et de la lumière des étoiles ou de la lune n'e* vait pu jusque-là être fixée avec exactitude. L*em|>loi des moyens photographiques a
f terrais de procéder avec une rigueur absoue à cette détermination délicate. Une plaque daguerrienne étant exposée à l'influence cnimique de l'image formée au foyer d'une lentille par un objet lumineux, le degré d'al* tération subie par la couche sensible sert de mesure à l'intensité de la lumière émise. On a pu comparer ainsi avec une entière précision les rayons éblouissants du soleil et les rayons trois cent mille fois plus faibles de la lune. MM. Fizeau et Foucault ont eu recours aux mêmes moyens pour étudier comparativement les principales sources lumineuses naturelles ou artificielles en usage dans l'industrie, dans les arts et dans l'économie domestique. Les procédés empruntés à la photographie ont été employés pour enregistrer d'une manière continue les indications de quelques instruments météorologiques, tels que le baromètre et l'aiguille aiùjantée. Auiourd'hui, grâce à cet admirable artifice, dans quelques observatoires de l'Europe, les instruments de météorologie enregistrent eux-mêmes leurs propres observations. L'aiguille indicatrice de l'instrument vient se peindre sur la surface d'un cylindre tournant sur son axe d'un mou- Tement uniforme et exécutant une révolution dans l'espace de ringt-^uatre heures. Le cylindre; étant préparé comme un papier photographique, conserve dans une sorte de traînée continue la trace de l'indicateur et présente ainsi une courbe dont chaque ordonnée indique l'état de l'instrument à l'heure marquée par l'abscisse correspondante.
Dans l'observatoire de Greenwich, en Angleterre, des instruments fondés sur ce principe sont mis en usage depuis quelques années : le gou vernementa honoré d'une récom pense de 500 livres sterling le docteur Brooke, auteur de cette belle application des procédés photographiques. Cette méthode d'observation a fait renoncer à la surveillance de jour et de nuit à laquelle on était soumis depuis si longtemps pour relever l'indication des instruments météorologiques ; elle a permis, de plus, de réduire de quatre à deux le nombre des surveillants de l'observatoire magnétique. C'est surtout, en effet, pour enregistrer les observations magnétiques, c'est-à-dire l'inclinaison et la déclinaison de l'aiguille aimantée, que l'appareil de M. Brooke est en usage à Greenwich. Voici, en quelques mots, le principe de sa disposition. L'extrémitéde l'aiguilleaimantée porte un miroir, et l'on fait réfléchir k ce miroir la lumière d'une petite lampe. Lorsque ce miroir se meut, par suite des mouvements divers que subit l'aiguille aimantée dans les différentes variations qu'il s'agit de noter, la lumière de la lampe réfléchie dans ce miroir décrit sur l'écran, où on la reçoit, un arc d'autant plus grand que cet écran est plus éloigné. Or, cet écran, .placé dans un
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lieu obscur, porteun papier photographique. Od obtient donc aiosi, sur une suriace impressionnable, la trace du mouvement angulaire accompli dans un certain intervalle }ïar Taiguille aimantée. Maintenant, si Técran, formé par le papier sensible, est Gxé à un cylindre tournant horizontalement sur son axe une fois en vingt-quatre heures, la marche du point lumineux réfléchi sera indiquée par Tespace influencé sur le papier* 11 n'v a donc plus qu'à rendre permanente, à Taide des procédés ordinaires, l'impression laissée sur la surface sensible; les papiers ainsi obtenus conservent et représentent l'indication des différents mouvements de l'aiguille magnétique pendant le cours de vinst-quatre heures. On a réussi à Greenvricn a employer des moyens semblables pour enregistrer les indications barométriques. Mais on n'a pu parvenir encore à les appliquer à 1 observation de ta marche du thermomètre.
Plusieurs physiciens ont cru reconnaître que la lumière solaire émise deux ou trois heures avant midi diffère, par quelques caractères, de celle qui est émise aux périodes correspondantes après le passage au méridien. 11 était donc utile de chercher à apprécier les caractères propres à la lumière solaire aux différentes heures du jour.
M. Herschell , M. Edmond Becquerel et
auelques autres physiciens , ont construit i vers instruments nommés actinographes ^ aui permettent d'arriver & ce résultat. Le egrô d'altération d'une couche de bromure d'argent sert de mesure à l'intensité d'action chimique de la lumière émanant du soleil à chaque période de la journée. L*étude de l 'action chimique de la lumière est devenue dans ces dernières années l'objet des recherches et des travaux assidus de nos physiciens. M. Edmond Becquerel en France, M. Herschell en Angleterre, M. Moser en Allemagne , M. Draper en Amérique , ont ouvert dans cette direction une voie toute nouvelle et qui doit aboutir un jour aux découvertes les plus intéressantes sur la nature de l'agent lumineux, sur ses effets physiques et chimiques, sur sa constitution intime ; questions qui se rattachent aux parties les plus élevées et les plus délicates delà physique des corps. Les plaques du daguerréotype, et les papiers sensibles préparés avec les composés chimiquement impressionnables, ont été les moyens et les instruments naturels de ces importantes recherches, qui méritent d'être encouragées et secondées de toutes manières.
Tels sont les services que la photographie a déjà rendus aux sciences physiques ; les applications de cette découverte àVhistoire naturelle sont plus variées et plus générales. La possibilité d'obtenir dans quelques instants des dessins parfaits d*auimaux , de plantes et d'organes isolés, donne aux naturalistes voyageurs la faculté d'accroître indéaniment les richesses de leurs collections d'éludés. Les procédés daguerriens constituent donc uae des ressources les plus
efficaces offertes à l'avancement des sciences naturelles. L'étude si intéressante, mais si peu avancée encore des races humaines, trouvera surtout dans l'usage de la photographie la source de remarquables progrès. L'imperfection de l'anthropologie tient surtout à l'absence d'un musée des types authentiques. On conçoit dès lors l'utililé que présenterait pour cette science une collection de ce genre exécutée dans les conditioDs si parfaites de l'art photographique. Les portraits daguerriens des Botocudes, ou naturels de l'Amérique du Sud , apportés en France en 18U par M. Thiesson , et les études de types africains recueillis par le même artiste dans un voyage postérieur, ont montré tout ce que l'anthropologie comparée peut attendre de l'emploi des procédés daguerriens. MM. Donné et Foucault ont réalisé une antre application de la photographie à l'histoire naturelle, qui est aussi curieuse (ju'utiie. Ils ont daguerréotype l'image amplifiée des objets microscofiiques, et rendu ainsi permanentes les images éphémères formées par la lentille de l'instrument. L'image que donnent au microscope solaire les globules du sang, par exemple, est reçue sur une plaque iodurée, et y laisse sou empreinte qu'il ne reste plus qu'à rendre fixe parles moyens ordinaires. Les épreuves que l'on obtient ainsi ont servi de modèle aux dessins de l'Atlas microscopique de M. Donné.
Esl*il nécessaire d'ajouter que les opérations photographiques peuvent se combiner non moins utilement avec les travaux de la cosmographie, de l'archéoloçie , de l'architecture ? Pour copier les militons et millions d'hiéroglyphes qui couvrent , même à l'extérieur ^ les grands monuments de Thêbesj de Memphisj de Kamak , a dit M. Arago dans son rapport h la Chamhre des députés, il faudrait des vingtaines d'années et des légions de dessinateurs, Avtc le daguerréotype , u/t seul homme pourrait mener à bonne pn cet immense travail. Munissez llnstitut d'Egyptt de deux ou trois appareils de M. Daguerrt, etf sur plusieurs des grandes planches de l'ouvrage célèbre^ fruit de notre tmmortelle expédition^ de vastes étendues d'hiéroglyphes réeti iront remplacer des hiéroalyphes fictifs ou i^ pure invention , et les dessins surpasseront partout en fidélité^ en couleur locale , les ouvres des plus habiles peintres ; et les images photographiques 9 étant soumises dans leur formation aux règles de la géométrie , permettront^ à Vaide d'un petit nombre de donnéeSf de remonter aux dimensions exactes dfi parties les plus élevées^ les p/ta inaceessibits des édifices.
Auxiliaire de la physique , de la chimie. de l'histoire naturelle , de la cosmographie et de l'archéologie , la photographie a donc trouvé dans les sciences plusieurs applications utiles. Cependant les services qu'elle leur a rendus jusqu'à ce moment sont probablement peu de chose relativement à ce qu'elle leur promet encore ; elle est aui inains des savants depuis si peu d'aiiDée>. , qu'il est difficile aujourd'hui de prévoir ti
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INES mTENnONS.
defiieraTeceertitade le parti que Ton poarra en tirer dans i*af eoir. Ko effet , oomaie l'a dit if. Arago : « Qaand les obsenrateurs appliqueot an Doo?el instrument à l'étude de la Datore , ce qu'ils en ont espéré est toujours peu de chose relativement à la succession de découvertes dont cet instrnflBent devient l'origine. •
U pkoiographie au point de tme des arts. — Les services que la photographie peut ooos rendre ne sont pas limités au domaine des sciences; elle peut trouver dans la sphère dtrs arts quelques emplois d'un autre ordre, et nous devons examiner jusqu'à quel point et dans quelle mesure elle peut devenir utile cofome mojen d'étude dans les arts de la peinture et du dessin. La question de la vileur artistique des productions daguer* Tiennes est encore très-diversement résolue ; il règne è ce sujet des opinions fort opposées. Quelques personnes, considérant i'mimitable perfection de détails que présentent Ses dessins photographiques, sont disposées à placer haraimenl les creatioos de Daguerre au rang des plus belles productions des arts. D'autres contestent d'une manière absolue 4 inérite de tous les dessins obtenus par ces Kvcédés, d*où la main de l'homme est ban-- >«. Il existe enfiu une troisième opinion, ^iprès laquelle, tout en rejetant la valeur ^ti productioDs daguerriennes comme œuvre vtmique, OQ pense néanmoins que l'étude iices copies si parfaites de la nature est nsceptible de rendre d'utiles services eux études des dessinateurs et des peintres. Telles sont les opinions assez tranchées qai divisent les artistes sur la valeur des épreuves photographiques. Au point de vue d*^ la métaphysique des arts, en ce qui oon* cirne la pratique de la peinture et du dessin. Celte question a son importance, et comme nous ne l'avons trouvée nulle part discutée arec le soin qu'elle mérite, nous croyons L^cessaire de la soumettre ici à un rapide eum^n. Nous allons donc rechercher si les Koiuciions daguerriennes présentent quelque valeur au point de vue des arts, et si la ;totographie est en mesure de rendre à l'éijde de la peinture et du dessin quelques ^«^viees dignes d*ètre notés.
Pour procéder avec méthode à l'examen 'i' cette question, il est nécessaire de mon* i'er d'ationJ, par une analyse critique impar- ' ^e, les défauts que présentent les épreuves '>u jerriennes au point de vue des arts. Con- ^"erées dans leur valeur absolue comme *^,H d'art, les images photographiques présentent certaines imperfections Caciles à si- •^ier. En premier lieu, les tons de la nature } sont altérés presque constamment. Si l'on a dous les jeux une épreuve photographi- 'ij*i et son modèle, on reconnaîtra sans i-<riue que les tons de la copie et ceux de I iii^el reproduit sont loin de correspondre ifiite eux. Tel l«)U vigoureux sur le modèle e>t peu sensible sur Tépreuve photographi- *HAe, et au contraire, une nuance lumineuse' aune faible valeur dans la nature se trouve accusée sur la plaque daguerrienne avec
un éclat tout k fait exagéré. Aussi la plupart des demi-teintes sont-elles en général forcées ; il résulte de là que l'épreuve daguerrienne est habituellement très-dure. On rencotitre quelquefois, il est vrai, certaines épreuves dans lesquelles les rapports naturels des teintes sont conservés avec la plus exquise harmonie; mais ces cas sont des plus rares : ils sont le fait de la réunion de quelques circonstances fortuites ciu'il est impossible de provoquer et de reproduireà volonté. Le regrettable effet dont nous parlons est dû, sans doute, à ce que les différentes couleurs des objets extérieurs ont une action propre et variable sur les substances chimiques qui recouvrent la plaque, action qu'il est aussi impossible de prévoir que de diriger. Personne n'ignore, par exemple, les difiicultés que présente la couleur verte pour la reproduction photographique (1).
Les amateurs font quelquefois reproduire parle daguerréotvpe des tableaux peints à rhuile. 11 est facile de reconnaître que ces copies n'ont de valeur et de vérité que lorsque les tous du modèle sont peu nombreux et très-voisins les uns des autres. Une pein* ture de tons uniformes et sobres donne sur la plaque une image d'une, ressemblance parfaite dans les tons ; mais si elle est riche de couleurs variées et papillotantes, l'épreuve daguerrienne qu'elle fournit est d'une fausseté criante. Faites reproduire par le daguerréotype, d'une part un tableau du style sobre et tranquille de M. Ingres; et d'autre part une toile animée de l'éclat et du brillant coloris de Delacroix, et vous pourrez vous convaincre de la vérité de cette observation. £n second lieu, dans les dessins de Daguerre, la perspective linéaire et la perspective aérienne sont très-sensiblement faussées. L'altération de la perspective linéaire est la conséquence presque inévitable de l'appareil optique qui forme les images. Les objets placés à des distances inégales ont, en effet, des foyers lumineux distincts les uns des autres» et, quelle que soit la perfection de l'objectift il est impossible qu'il fasse converger en un même point les rayons lumineux émanant d'objets fort éloignés entre eux. Tout le monde a remarqué, par exem-
Ide, que dans un portrait photographique, si es mains se trouvent placées sur un plan sensiblement antérieur au plan du visage, elles viennent toujours d'une dimension
(1) c La différeoce entre nos seosalioDS pour ks couleurs et leur reproduction par le daguerréotvpe est si iDanjuée, dit M. Hubert, qu*un jour, eu voauol inlrodoire un ton clair dans une composition, et ayant jeté à cet eifet un foulard d*un jaune très-tendre et très-pi^le, loin d*avoir un ton clair pour le jaune, j*eus un ton irés-foncé. Je pourrais citer aussi an paysage où les fleurs ifun tilas foncé étaient devenues blancties dans l*épreuve , ainsi qu'une partie des feuilles vertes; mais je crois inutile d'insister davantage. Il faut donc, quant à présent, adopter riiistruiucnt tel qu*il est, quoique ses résultau dillereni, dans certains cas, de ce qui se manifeste à noire vue, et ticber de racheter par des équivalents cette fausse reproduction de nos sensations. > (Le Iki^ pterréotype^ par %n amaieur^ pag. S2.)
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tout k fait eiagérée. L'altération de la pers^ pective aérienne est aussi la conséquence
Eresque forcée du procédé photographique, a substance qui reçoit IMmpression de la lumière est relativement plus sensible que notre œil môme; il en résulte que les aspects lointains, les objets situés à Textrémilé de l*borizon, sont reproduits avec plus de netteté qu'ils n'en présentent à nos yeut, contrairement aux effets habituels de la perspective aérienne. Un autre vice du daguerréotype réside dans son défaut absolu de composition. Le daguerréotype ne corn-* pose pas» il donne une copie, un fac simiU de la nature. Cette copie est admirable d'exactitude jusque dans les derniers détails, mais c'est précisément là qu'est l'écueil. Une œuvre d'art vit tout entière par la composition. Le travail du peintre consiste surtout h atténuer un grand nombre d'effets secondai^ res qui nuiraient à l'effet général, et è mettre en relief certaines parties qui doivent dominer l'ensemble. Quind un artiste exécute un portrait, il n'a garde de reproduire, avec un soin minutieux tous les plis des vête-« ments, tous les dessins de la draperie, tourtes les enjolivures du fond; il éteint tous ces détails inutiles pour concentrer l'intérôt ftur les traits du visage; à cette idée capitale il sacriQe toutes les autres, volontairement et en connaissance de cause. Ne demandez pas au daguerréotype aucun de ces artifices salutaires qui sont l'indispensable condition de l'art. Il est inexorable et presque brutal dans sa vérité. 11 accorde une importance égale aux grandes ma.<:ses et aux plus imperceptibles accidents. S'il prend une vue du Pont-Neuf, il vous donnera le plus minutieux inventaire de tout ce qui est visible à la surfiice du Pont-Neuf; vous pourrez y reconnaître toutes les pierres , tous les pavés^ et jusquesaux écornures des pavés. Dans un portrait il se plaira aux arabesques inGnies des draperies et des fonds, il donnera une valeur égale au point lumineux de l'œil et aux boutons d'un gilet. Mais, du moment où tout a de l'importance dans un tableau, rien n'a plus d'importance, et c'est ainsi que s'évanouit tout l'inlérôt de la composition pittoresque, car l'intérêt, dans une œuvre d'art , naît seulenïerit de l'unité de la pensée. Il serait puéril d'insister sur cette considération qui est l'évidence même. Il faut seulement faire remarquer que ce défaut, de composition qui saute aux yeux dans les dessins du daguerréotype, a pour résultat de donner une représentation fausse de la nature. Lorsque nous recevons, en effet, l'impression d'une vue quelconque, celle d'un passage par exemple, tous les détails do la vuQ extérieure viennent sans aucun doute s'imprimer au fond de notre œil ; cependant il est certain que ces mille sensations particulières ne sont aucunement perçues, et qu'elles.sont pour notre âme comme si elles n'existaient pàs; il est certain que nous ressentons, non pas l'impression isolée des divers aspects du paysage, mais seulement l'effet général qui résulte de leur en-
semble. Or, le daguerréotype reproduit impitoyablement les plus inutiles détails de h scène extérieure : il est donc vrai qu'il donne une traduction inexacte des sensations qu'excite en nous Taspect de la ualure. Mais i'entends à ce propos se récrier quelques lecteurs : Eh quoil dira-t^on, (a copie mathématique d'un objet peut-elle donner di cet objet une représentation inexacte? L'identité est-elle un uiensongel Je monte sur la coltine de Meudon un miroir à la matn, et arriti là^ je dispose le miroir en face des perspectitet oui m' environnent. N'ai-je pas ainsi l'imaffe ta plus parfaite du paysage qui se diroùle à mes pieds? Quel peintre, quel artiste vivant pourra s'élever jamais à la perfection d'un^ telle copie? Or, que fait le daguerréotype? H fixe pour toujours cette image fugitive; de ce miroir fidèle, il en faitiun fidèle tableau. Que venez-vous donc nous parler de représentation fausse e( d'inexacte reproduction!
Cet argijment ne nous surprend guèrf,, car nous T'avons entendu répéter sur tous les tons. Cependant il n'est pas sans réplique. Evidemment toute la question se réduite savoir si l'art réside ou non dans la stricte imitation de la nature. Or, l'erreur si commune et si répandue qui consiste à voir la perfection de la peinture dans la perfection de l'imitation matérielle, ne peut provenir que d'une confusion manifeste entre le bot et le moyen de l'art. Qu'est-ce, en effet, que la nature? Les réalités extérieures qui nous environnent sont-elles les mêmes pour nous tous ? Ne changent-elles pas pour des individus différents et même pour chaque individu, selon les dispositions qui peuvent affecter son Ame? Plaçons deux nommes en présence d'un grand spectacle naturel, en face d'un beau site, devant la tète d'un homme de génie : assurément tous les éléments de cette scène viendront identiquement affecter leurs yeux ; cependant chacun d'eux les verra d'une manière différente; bien des effets de cet ensemble échapperont à l'un des spectateurs , que l'autre pourra saisir, et certaines particularités inaperçues de tous deux. leur deviendront immédiatement sensibles » si Ton appelle spécialement leur attention sur elles. Admettons maintenant que l'un de ces deux hommes soit peintre ; comment pourra-t-il communiquer à son compagnon l'impression que ce spectacle lui l'ait ressentir; par quel mo/en pourra-t-il la traduire avec son pinceau? Certes, s'il se borne à tracer de cette vue un calqiie mécaniquement exact , une copie mattiématique, il n'aura pas gagné grand'chose, car son compagnon aura toujours sous les yeux ce môme spectacle dont il est impuissant & démêler la beauté. Pour exprimer rimpression qu'il a reçue, il faut donc que le peintre exé<:ute une traductiun plus comprénensible de l'original, qu'il exagère certains effets, qu'il en atténue, qu'il en supprime d'autres; il faut qu'il Iran»* forme pour rendre saisissabie, qu'il altère le texte pour le rendre lisible; il faut qu'i mente, en un mot» et ce n'est que par ce »&-