‹ Dictionnaire d'ascétisme (volume 4)Chapitre 143 sur 209 · POD · texte numérisé non relu

POD

soLB, de la fabrication du Papier (Fov. ces tuots); telle est aussi l'histoire de ces mélanges incendiaires qui, en usage chez les Orientaux dès les temps les plus reculés, ne reçurent qu'en Europe les modifications et les perfectionnements divers qui devaient donnernaissance à notre poudre à canon.

« Le nnphte, Thuile de naphte et quelques autres combustibles de la môme nature sont, en Asie, des produits naturels très-abondants ; il est donc tout simple aue les Orientaui aient eu de bonne heure Vidée de s'en servir comme agents offensifs. Mélangés avec des substances résineuses, du goudron, des huiles, et différents corps gras combuâlibles, ils servaient è préparer divers mélanges intlammables que les Chinois, les Indiens et les Mongols ont consacrés depuis les temps les plus reculés aux usages cle la guerre. Ces mélanges combustibles avaient la propriété d'adhérer aux objets contre lesquels on les projetait, et constituaient ainsi un moyen assez dangereux d'attaque. Si l'on considère, d'ailleurs, que la sécheresse et la chaleur du climat de l'Asie rendaient ces agents de guerre plus efficaces et plus désastreux, on comprendra que les compositions de ce genre soient bientôt devenues d'un usage général chez les Chinois» les Indiens et les Mongols. Cependant, il faut le dire, on a beaucoup exagéré le degré de perfection auxquels les feux .de guerre seraient parvenus chez, les Chinois. Le P. Amyot (1), le savant Abel Rémusat (2), ont voulu établir que tous les emplois actuels de la poudre avaient été connus dans le céleste empire, et que dès le x* siècle on y faisait usage de canons. MM. Reinaud et Favé ont parfaitement prouvé que toutes les connaissances pyrotechniques des Chinois se réduisaient à l'emploi du pétard et de la fusée, dont ils tiraient parti dans les feux d'artitice, et que leurs moyensde guerre se bornaient aux mélanges combustibles. Le P. Amyot nous a laissé une longue description des diverses machines qui servaient à jeter les compositions incendiaires. Les fliches de feu^ les nids d'abeilltf le tonnerre de la terre ^ le feu dévorant, la ruche d'abeille, le tuyau de feu, etc., étaient autant d'instruments ou deqgins divers destinés à lancer des flammes contre l'ennemi.

« Personne n'ignore, d'un autre côté, que chez les Indiens les feux d'artitice étaient connus depuis un temps immémorial et faisaient partie de t^outes les r^ouissances publiques. On a trouvé , dans des contrées très-reculées des Indes , où les Européens n'avaient jamais pénétré, des espèces de fusées volantes que les naturels employaient à la guerre. L'usage , chez les Indiens , de mélanges analogues, remonte d'ailleurs aux temps les plus reculés. Un commentaire des

(1) MémfÂfiê concernant let ecwKte et les arts des Chinais, i. Vill. p. 35 t.

(3) lUkUiani diplomatiques des princes chrétiens a9€c Us roii de Perse. {Menottes de P Académie des luscripiioBS, t. YU, p. 416.)

Vedas ou livres sacrés des Indoui attribue l'invention des armes h feu à un artiste nommé Visvacarma, le Vulcain des Indiens qui fabriqua, disent les livres sacrés Jes traits employés dans la guerre des bons et des mauvais génies. Le code des Geotoui défend l'usage des armes à feu ; or les lois rassemblées dans cette compilation datent de la plus haute antiquité et se perdent même dans la nuit des temps. Ce n'est qa'aa •VII* siècle que les mélanges incendiaires, depuis si longtemps eq usage chez les Orientaux, furent introduits en Europe. Callinique, architecte syrien , avait appris ï connaître en Asie la composition et le mode d'emploi de ces substances. C'est ) lai que les Grecs du Bas-Empire durent la connaissance de ces composés, qui furent désignés depuis ce moment sous le nom ie feu grégeois, et qui devaient exercer une influence si puissante sur les destinées de Ymm d'Orient.

« Callinique se trouvait en Syrie lorsque, en 674 , pendant la cinquième année da règne de Constantin Pogonat , les Arabes, sous la conduite du calife Mouraïa , mm\ mettre le siège devant Constantinople. Callinique, passant secrètement dans le parti des Grecs, se rendit dans la capitale de l'empire, et vint faire connaître à Constantia les propriétés et le mode d'emploi des compositions incendiaires dont il se dit l'ioveateur. Grâce à ce secours inattendu, l'empereur put repousser l'invasion des Sarrasins, qui , pendant cinq années consécutives , revinrent avec des forces nouvelles et des flottes considérables, mais furent chaque fois contraints de lever le siège.

« Depuis le ix* siècle jusqu'à la prise de Constantinople par les Croisés en i20i , les Byzantins durent au feu grégeois de nombreuses victoires navales qui retardèrent la chute de l'empire d'Orient. Aussi les empereurs apportaient-ils la plus sévère attention à réserver pour leurs seuls États la possession de cet agent précieux. Ils ne couGaleot sa préparation ({u'à un seul ingénieur qui lie devait jamais sortir de Constanliûoi)le, et, selon M. Lalanne, cette fabrication eiait exclusivement réservée à la famille et aai descendants de Callinique. La préparation du feu grégeois fut mise au rang des.secreti d'Etat par Constantin Porphyrogéuèie qui déclara infâme et indigne du nom de cbi'éiien celui qui violerait cet ordre. .

« Tu dois par-dessus toute chose, dit « l'empereur à son fils , dans son traité <!<: .« V Administration de VempirOy porter les sciirt « et ton attention sur le feu liquide qui ^^ « lance au moyen de tubes; et si on ose te « «demander, comme on Ta fait souvcat^ « nous-mème , tu dois repousser et rej^^trr « cette prière, en répondant que ce feu a ^ « montré et révélé par un ange au grsn^i « et saint premier empereur chretieu Coii^ «c tantin (1). Par ce message et par XM'^

(1) Cependant l'empereur se conU-edii p'o^ ^'^ lor»4tte, dans on aotie passage de son lis^^^- 'if

iW

POU

DES INTENnœiS.

rou

laos

■ iHi-mAme, il loi fut enjoioU selon le témoic gnage «oÂentîqae de nos pères et de jpos t aacélreSf de ne ^iréparer ce feu qne pour tles seuls chrétiens, d<os la seule ville « impériale , eC jamais ailleurs ; de ne le t Uansmettre et de ne renseigner iamais

■ i aucune antre nation quelle qu'elle fût. < Alors le grand empereur, pour se précau-

t tionaer contre ses successeurs , fit graver « sur If sainte table de l'élise de Dieu des f imprécation^ jcontre celui qui oserait le ff ^mmaniquer à un peuple étranger. D 1 prescrivit que le traître fût regardé comme « indigne du nom de chrétien , de toute i charge et de .tout honneur ; que s*il avait «aqelqoe dignité, il en fût dépouillé. Il

< aéclara anatbème dans les siècles des « siècles, il déclara infime , n'importe quel « qailfût, empereur, patriarche , prince ou

< sujet , celui oui aurait essajé de violer 4 uae telle loi. Il ordonna en outre à tous « les hommes ajant la crainte et Tanvour de • Oieo, de traiter le prévaricateur comme « uo ennemi public, de le condamner et de t le livrer h un supplice veugeur. 'Pourtant « one fois il arriva (le crime se glissant ton- «jours partout) que Tun de nos grands, ' ^>gné par d'immenses présents , commu- «nîqna ce £ea à un étranger; mais |>ieu ' ne put supporter de voir un pareil forfait ' impuni , et un jour que le coupable était « près d^entrer dans la sainte église du Sei- « é^ieur , une flamme descendue du ciel « l'enveloppa et le dévora. Tous les esprits

< furent saisis de terreur, et nui n*osa désor- « ofiaîs, qnel que fût sou ran^ , projeter on « lureil crime, et encore moins le mettre à

< exécution. »

« On observa ces injonctions sévères et le «ecret de la préparation (lu feu grégeois resta fidèlement gardé. Quand les princes 'i'Occident obtinrent de Obnstantinople le secours du feu grégeois, au lieu de leur communiqaer les recettes de sa préparation» on leur envoyait les navires tout appareillés d** ci^.prodoit.

« Quelle était la composition du feu Rrégwîs ? Soos quelle forme, par quels artifices larticuliers fut-il emplové à la guerre ? Le jeu grégeois était formé par la réunion de Husieurs substances grasses ou résineuses ii'uoe combustibilité excessiife ; le iiaphte, ^e goudron, le soufre, la résine, Thuile, les fisses, les sucs desséchés de certaines Aanles et les métaux réduits en poudre îï^ent ses ingr61ients ordinaires. Selon de ^ouTeiies recherches, publiées en 18&9, par tfif. Aeioaod et Favé , dans le Journal asiaiqu£ , le salpetm o*en faisait pas encore partie. Ce n'est que plus tard que Ton apprit retirer ee sel- des terres ou il se forme katurellement et que Ton eut l'idée de l'a- >uter aux matières primitives. Voici Tune es recettes citées par MM. Reinaud et a ré d*oa manuscrit arabe de la bibi iothèque

iirte à Calliaiqpa noTeotioo do feo grégeois. D ' * si le jvfenieni de L«beaa i|ai apiietle ce I gnutd eomeur de fakUi.

DicnoHs. nis Irve^tioiis. IL

de Leyde qui remonte à Tan 1225 de Jésus- Christ, intitulé: Traité det ruses, d«f guerres^ de la prise des villes et de la défense des défilés^ f après les instructions d'Alexandre fils de Philippe (1). «r Feu gui brâle sqr Teau : Tu prendras de la résine ajnsi que de la paille et de la poix noire et (u les feras cuire ensemble ; quand le mélange sera fondu, tu jr verseras du jiaphte blanc ; ensuite tu le répandras dans de l'eau quelle qu'elle soit. Si tu veux que la flamme soit bien pure , if faut ajouter du soufre et de la colophane. »

c II serait inutile de citer d'autres formules. Les recettes pour la préparation des compositions incendiaires chez les Grecs se résument toujours dans un mélange de soufre et de diverses substances de nature grasse ou résineuse , dont les proportions varient de mille manières. Quel était le mode d'emploi de ces compositions combustibles, pour les usages de la guerre? Le feu grégeois fut surtout employé chez les Grecs du Bas-Empire ponr la guerre de siège et pour les combats maritimes. Dans les sièges on lançait le feu grégeois avec des batistes, des mangonneaux ou des arbalètes contre les travaux de défense , les tours en bois, etc., que l'on voulait incendier. Dans les batailles navales , on disposait des brûlots remplis de cette matière enflammée , qoi , poussés par un ? ent favorable, allaient consumer les vaisseaux ennemis. On disposait aussi sur la proue des navires de grands tubes de cuivre ou d'airain à Taide desquels on lançait le fea grég<H)is dans l'inténeur des vaisseaux ; en outre, les soldats embarqués à leur bord étaient armés de lufres à main qui servaient au même usage. Quelquefois on renfermait le mélange dans des fioles de verre ou dans des pots de terre vernissée , qne l'on jetait à la main après en avoir allumé la mèche. C'est ce que montrent clairement les textes origiuaux sur lesquels M« Lalanne a appelé l'attention dans son beau mémoire sur le fea grégeois. Yoici quelques passages de ces textes curieux.

« L'empereur Léon le Philosophe, gui écrivit vers Tan 900 son livre des Institutions militaires , donne en ces termes les détails précis sur l'emploi du feu grégeois dans les combats maritimes.

« Nous tenons , tant des anciens que des « modernes , divers expédients pour dé- « truire les vaisseaux ennemis ou nuire aux « équipages. Tels sont ces feux préparés « dans des tubc^s, d'où ils partent avec un « bruit de tonnerre et unefurnée enflammée « qui va brûler les vaisseaux sur lesquels

« on les envoie

« Vous mettrez sur le devant de la

« proue un tube couve^ d'airain pour « lancer des feux sur les ennemis; auc dessus vous ferez une petite plate-forme « de charpente entourée d'un parapet et de « madriers. On y placera des soldats pour

(I) Journal atîatique, 1819, d* f 6.

lote

POU

DICnONMAmE

roc

« coroballre de là et lancer des traits. On « élève dans les grandes dromones (1) des « cbAtefltlx de bois sur le milieu du pont. « Les soldats qu'on y met jettent dans les CI Taisseaux ennemis de grosses pierres , ou « des masses de fer pointues, par la chute « desquelles ils brisent le navire ou écrasent « ceux qui se trouvent dessous; ou bien ils

«jettent des feux pour les brûler Il faut

« préparer surtout des vases pleins de ma- « tières enflammées , qui , en se brisant par « leur chute, doivent mettre le feu au vais- « seau. On se servira aussi de petits tubes à « main , que les soldats portent derrière les « boucliers et que nous faisons fabriquer « nous-même : ils renferment un feu pré- « paré qu*on lance au visage des ennemis... « On jette aussi avec un mangonneau de la « poix liquide et brûlante, ou quelque autre « matière préparée.

« ... Il y a plusieurs autres moyens qui « ont été donnés par les anciens , sans « compter ceux qu'on peut imaginer et « qu'il serait trop long de rapporter ici. II y « en' a même tels qu il est a propos de ne « pas divulguer de peur que les ennemis « venant à Tes connaître , ne prennent des « précautions pour s'en garantir, et ne -s'en « servent eux*mêmes contre nous (2). w

« Marcus , auteur grec dont la personnalité est fort incertaine, mais qui, seloq HH. Reinaud et Favé, a écrit dans la première moitié du xiir siècle , fait connaître dans son Livre de$ feux pour brûler les ennemis (Liber igniiun ad comburendos hosUs) , les moyens employés par les Grecs du Bas* Empite pour incendier les vaisseaux.

« Prenez, dit Marcus, de la sandaraque « pure une livre, du sel ammoniac dissous, « même quantité; faites de tout cela une « pâte que vous chaufferez dans un vase de « terre verni «t luté soigneusement. Vous « continuerez à chauffer jusqu'à ce que la « matière ait acquis la consistance du « beurre ; ee qu'il est facile de voir en « introduisant par l'ouverture du vase une « baguette de bois à laquelle la matière « s'attache. Après cela vous y ajouterez « quatre livres de poix liquide. On évite, à « cause du danger, de faire cette préparation « dans l'intérieur d'une maison, si 1 on veut « opérer sur mer , on prendra une outre , «une peau de chèvre, dans laquelle on « mettra deux livres de la composition que « nous venons de décrire, dans le cas où « l'ennemi est à proximité ; on en mettra « davantage si l'ennemi est à une pins «I grande distance. On attache ensuite cette « outre à une broche en fer , dont toute la u partie inférieure est elle-même enduite « d'une matière huileuse; enfin on place « sous cette outre une planche de bois pro- • portionnée à l'épaisseur de la broche et « 00 y met le feu sur le rivage. L'huile s'al-

(!) Navires de course,

(2) Institutions militaires de femvereur Léon le phtloiophe. Traduction de Joly de Mauzeroy, 1778, I. Il, p. i37.

« lume , découle sur la planche , et Pafppa- « reil marchant sur les eaux , met eu com* « bustion tout ce qu'il rencontre (1). i

« Ainsi ces brûlots n'avaient pas de mouvement propre , ils devaient être dirigés par des nageurs ou poussés par le vent; la droche qui portait les ingrédients inflammables servait ensuite è Qxer , par sa poiDle , le feu contre les flancs du raîsseau. Il est certain , comme le remarquent MH. Reioaud et Favé , que cette disposition était trèshabilement calculée pour le but qu'elle devait atteindre. Une substance enflammée, suspendue au-dessus de la surface de l'eau, protégée par son élévation contre Tatteiole des vagues et qu'un vent léger, suffisait à pousser vers les navires , était sans contre* dit un moyen d'incendie des plus redoutables , surtout quand on en faisait usage pour la première fois et avant que l'enDemi eût appris à se prémunir contre les atta<{ue$ de ce genre. « Aujourd'hui, » disent HM. Reinaud et Favé, « l'on possède des « moyens d'incendie qui agissent \ de « grandes distances, et Ton n'en connaît peut* ff être pas d'aussi efficaces à des dislanees « rapprochées. »

« On voit par eeqiii précède , que chez les Grecs du Bas*Empire le feu grégeois fut employé surtout dans les combats sar mer et dans les sièges; dans les combats sur terre , il ne reçut que de rares applications; mais son usage dans la guerre maritime devait avoir reçu des développements bien étendus, puisque, suivant une chronique anonyme citée par M. Lalanne , le nombre des navires armés de feu grégois s'élen jusqu'à deux mille , dans une expédition entreprise sous Romain le jeune contrôlas Sarrasins de I'IIb de Crète. Pour bien comprendre d'ailleurs ses effets , il ne faut pas perdre de vue qu'à cette époque les navires ne pouvaient s'attaquer que de près, et que les combattants en venaient tout de suite à l'abordage. »

« Le feu grégeois introduit chez tes Araba an xiii* siide. — Son emploi durant les croisades. — Ses véritables effets. — Après la prise de Constantinople par les croisés eo 120ih, la connaissance du leu grégeois se ré-

emdit chez les Arabes. Faut-il penser, avec . Lalanne, que les infidèles en durent la communication à quelque Grec fugitif, oo peut-être même à l'empereur détrôoé Alexis III, qui, retiré en 1210 à la cour do sultan d'Iconium, eu obtint une armée eo^^ les princes grecs de Nicée, et aun»-^' po ^^ cette manière chercher à payer jiu sultan son hospitalité? Il est, selonnous, plus probable que les Arabes empruntèrent aux Chinois l'art des compositions incendiaires. Eneff^'U au vu* siècle, certains rapports avaient conh raencé de s'établir entre les Arabes et les Chinois, et ce dernier peuple avait enfoy^» au premier siècle de l'hégire, une ambassade à la Mecque. Au viif et au »• siècle de no-

(1) Traduction de M. Hoéfer {Bistotre Jelsàimie, t. !•')*

fW

MS INWNTMMS.

por

lOOC

UeèrA. lesArtbesetlesPersanseulreleDaieDt avee les Cliinois des relalioos suivies ; ces npports furenl repris au milieu du xin' aie* ele, après la conquête de la Chine par les M oognis. Ce fut donc sans doute par cette dernière TOîe que ies Sarrasins, qui aTaienl tant souffert des mélanges incendiaires, ap' firirent à leur tour h les manier è leur profit. Quai qn*il en soit, dès les premières années da uiT siècle, nous voyons les Arabes en fXMsession du feu grégeois.

€ Les mélanges incendiaires subirentà cette époque un perfectionnement des plus im« portants dans leur composition. C'est de ce moment, ea effet, quedaterintroduclioodu salpêtre dans les substances destinées à pro* ▼oqaer et à propager l'incendie. Le salpêtre est dans phisîeurs contrées de l'Asie, nais principalement en Chine, un produit naturel. Il 7 prend naissance spontanément, aux dépens des éléments de l'air. Formé à la suriaee du sol, sur les lieux élevés, il est dissous par les eaux pluriales qui l'entraînent le long des pentes, dans le fond des vallélss; h il pmètredans l'intérieurdu sol; plus tard, fmr Teffet de la capillarité, cette dissolution, reaontaut peu à peu à la surface, y produit des efflorescences salines ; il suffit de recueillir ces terres pour en retirer le salpêtre par on simple lessivage à l'eau. Cette opération, prali<|oée de temps immémorial en Chine, ibamit le salpêtre dans un certain état de pureté.

« Ainsiv dès • les temps ies plus reculés, les CfaÎDois eurent connaissance de ce sel ; ils obsenrèrent, par conséquent, la propriété dont il jouit de fuser sur les charbons incandescents, c'est-à-dire de les fiiire brûler avec un très-vif éclat et d'activer la cornbttstion avec une grande éncigie. Il est ^kioc tout simple que les Chinois aient eu de bonne heure l'idée d'aîouter le salpêtre à leurs mélanges combustibles. Cependant il e«t impossible, selon MM. Reinaua et Favé, de fixer avec exactitude à quelle époque les Arabes empruntèrent aux Chinois l'emploi fia salpêtre et h quelle épooue les Chinois eox-mèmes avaient appris a s'en servir* Il est seulement parfaitement établi qu'avant ranoée i22S, date du manuscrit arabe de la iMbiiothèque de Leyde, que nous avons cité plus haut, les compositions salpêtrées étaient encore ignorées. Mais tous les manuscrits a rvbes postérieurs à cette date renferment I A description d'un grand nombre de recettes daiBS lesquelles le salpêtre entre comme tt^eot essentiel. D'après les formules rapf portées dans ces traités, le feu grégeois employé' chez les Sarrasins était formé de la inécxiiion de diverses substances grasses ou résineuses, auxquelles venaient s'ajouter 1^ salpêtre et le soufre. D'autres renfermaient lement du soufre, du charbon et du saine dans toutes les proportions imaginaiji^9. On trouve même indiqué parmi ces ri^^tfviers le mélange de 13 1;3 de charbon, 1 2 lf2 de soufre et 75 de salpêtre, qui forme poudre à canon.

m Marcos donne les recettes suivantes pour

préparer les feux qu'il appelle/ma;o<ilafifs(l) : « Huile de pétrole, une livre; moelle de « coima fenêla^ six livres : soufre, une livre ; « graisse de bélier, une livre; huile de « térébenthine, quantité indéterminée. »

« Les feux volants, dit encore Harcus peu- « vent être iaits de deux manières : 1* on « prend une partie de colophane, autant de « soufre et deux parties de salpêtre ; on dis- « sont ce mélapge pulvérisé dans de l'huile « de lin ou de lamium ; on place ensuile cette « composition dauMin roseau ou dans un bâ- « ton creux, et l'on y met le feu. Aussitôt jl « s'euToIe vers le but et incendie tout. 2* m On prend une livre de soufre pur, deux « livres de charbon de vigne on de saule, « six lirres de salpêtre ; ou broie ces subs- « tances avec beaucoup de soin dans un « mortier de marbre. On met ensuite la « quantité que l'on voudra de cette poudre « dans un fourreau destiné à voler dans « l'air ou à éclater. »

« Les Grecs du Bas-Empire avaient surtout appliqué le feu grégeois à la guerre maritime ; les Sarrasins n'en firent guère usage gue dans les combats sur terre. Hais ils perfectionnèrent beaucoup ce genre d'application, et ce n^est pas sans étonnement qu'on lit dans l'outrage de MM. Reinaud et Favé la longue énumération des instruments, des machines, des engins de toutes sortes qui constituaient Tarsenal du feu gr^eois. Che> les Arabes, les mélanges incendiaires étaient devenus l'un des principaux moyens d'attaque ; on avait étendu leur emploi à toutes les armes, à tous les instruments de guerre. Les Sarrasins attachaient le feu erégeois à leurs lances, i leurs boucliers ; ils le lançaient avecdes flèches et avecdes machines. Le nombre de ces machines était d'ailleurs trèsconsidérable et leur mécanisme très-varié. On employait les arbalètes à iour qui lançaient à l'ennemi le mélange enflammé ; les tnachines à fronde destinées à jeter divers projectiles remplis de feu grégeois, tels que des pots de terre, des marmites de fer et même des tonneaux. Il y avait encore les lances à feu et les flèches d feu dont les formes et les dispositions variaient beaucoup ; les massues à asperger , espèces de torches armées à leur pointe de feu grégeois brtflant, dont on couvrait son ennemi en brisant sur lui la massue ; on employait encore des tubes à nuUn qui lançaient en avant un jet de matières enflammées à la manière des fusées. En un mot, selon MM. Reinaud et Favé, chez les,Arabes, « le feu, considéré comme moyen « de blesser directement son ennemi, était c devenu l'agent principal d'attaque, et ils s'en

(1) Les feux volanu dont parle liarcas éuileot d«s espèces de fasérs tres-^analogaes aai nôtres. Oit ii*en îAsili poiai usage comme airme de goerre ; on s*eo servait sealemeot dans les feux ^artifice. Oo verra plos kûn cependant qœ c^est p>r 1 observaiioa de teors elleis qae Ton a été coodmt plas tard à imaginer les premières armes à feu destinées à iaacer des projectilas. >

POU

DlCTIONNAtRE

roc

« serYaietit peut-dtre de cent manières diffé-

« rentes (1).«

< Un autre moyen qu'ont employé les Arabes poor tirer parti des composés jncen>diaires* «t jeter le désordre et la terreur dans les armées, consistait à lancer contre )es bataillons ennemis des cavaliers montés sur des cberaui enveloppés de flammes. On nous permettra de citer un passage de Tou- Trage de 9IH. Reinand et Faré «ui explique les moyens "employés chez les Arabes pour ce genre d*attaque.

« L'invasion des Tartft?es donna lieu, disent KM. Reioaud ei Favé, ohez les musulmans dte TEgypte et de la Syrie, à remploi d'un autre moyen qui joua un rôle important, et dont les traités arabes d'art militaire parlent assez au long. On sait

Sue, dès ia plus haute atitiquité, les In^ iens firent usage de substances ou de compositions incendiaires pour faire peur aux éléphants, qui composaient jadis dans rinde une partie principale des armées.

Ces animaux effrayés répandaient le désordre autour d'eux, et quelquefois il n'en fallait pas davantage pour décider du sort d'une grande bataille. Ce moyen était si bien connu, que, lorscru'après les conquêtes d'Alexandre les éléphants figurèrent dans les armées occidentales, on l'employa chez les Romains. Les musulmans d*Egypte et de Syrie, vivement pressés par les armées de Hoiilagou, eurent recours à des moyens analogues pour effrayer les chevaux de l'armée ennemiei et même pour brûler les cavaliers. Des artificiers armés de massues à asperger étaient chargés de répandre la terreur et le trouble par le bruit qu'occasionnait la combustion, et par la menace de répandre une matière brûlante sur le cheval et le cavalier; quelquefois les guerriers portaient sous l'aisselle des flacons de verre remplis de matières incendiaires qu'on lançait sur l'ennemi. Le bout du verre était enduit de soufre. Au moment voulu, on mettait le feu au soufre; le flacon en tombant se brisait, et le cheval avec son cavalier étaient enveloppés de flammes.

En même temps, on imagina des vêtemetlts imperméables pour garantir les chevaux consacrés k ce service. »

« On lit le passage suivant dans le manuscrit arabe de Saint-Pétersbourg :

« Manière d'effrayer la cavalerie ennemie ei de la faire fuir. -^Ce procédé estde l'invention d'Alexandre. « Tu revêtiras un bornons de poil, et tu y disposeras des clochettes avec du napbte. Voici comment. Tu prendras un cordon auquel tu attacheras des boutons faits d'étoupe ; ce bornons sera imbibé d'huile grasse, depuis la tête jusqu'en bas. Au-dessus de la tête, tu placeras un bonnet de fer garni d'un khesmanal de feutre rouge, que tu arroseras de napbte. Tu prendras à la main une massue à asperger, remplie de colophane en

{i) Ihi feu gréyeoiê et deê feux éê pierre^ p. Si.

« pondre, de sésame, de carthame, de tout c et de diverses espèces de graines à huile. « Au feutre rouge arrosé de naphte et placé « sur ta tête on ajoutera des fusées..... Le « cheval eera revêtu d'une manière analo- « gue: ose couverture de poil lui eaveiop- « pera la oroupe, le poitrail, le cou et le « reste du corps jusqu'au jarret. Il sera « aussi chargé de fusées. Tu prendras une « lance -garnie des deux côtés de feuln « rouge et de plusieurs fusées. L*é(rier sen « garni de quelque chose [vropre à prodaire « un cliquetis, ou de grosses sonoetles. « Le cavalier en s'avançant mettra tout eo « mouvement. Tu marcheras accom|Mgné « de deux hommes à pied, vêtus de noir, et « portant des masses k asperger, telles qael- « les ont été décrites. Partout où tu te pré- « senteras, l'ennemi prendra la fuite. Ki « cavaliers ainsi équipés feraient fuiruoe M troupe nombreuse. »

« BIM. Reînaud ot {\avé donnent, d'après le même manuscrit, d'autres détails sur ce procédé de guerre :

« Manière de ecuiwrir le cheutU et le coMtifr. « —On prend du feutre et Ton y applique um « préparation proteotrice ; puis ce feutre « sert de doublure (ou de revêtement eité* « rieur) à la chemise (ou cotte)* et aui con- « vertures (ou caparaçons). Cette préparation « se compose de vioaigre de vm, d'arple m rouge, de talc dissous, de éolle de pois- « son et de sandaraque.'On a soin de iMen m mouiller la chemise, qui est de gros drap, « avant d'y fixer les sonnettes ; on mouille M aussi ia doublure qui est appliquée sur le « drap : cette doublure n'est pas autre chose « que le feutre qui a reçu la préparation « protectrice. Ce procédé est très-propre à «'effnayer Tennemi, surtout lorsqu'il est eom ployé pendant la nuit; car il donne ooe « apparence formidable au groupe qui est « ainsi revêtu; en effet, l'ennemi ne se doute « pas de ce qui est caché sous ce déguise c ment qui offre, pour ainsi dire, un objet K d'une seule pièce. C'est une ressource pré- « cieuse pour ouiconque veut recourir à ce « stratagème. Mais, d'abord, il est indispeoc sable de familiariser son cheval avec uo « équipement si étrange ; aulremeot, le « cheval s'effaroucherait et renverserait sofl « cavalier. Voici le moyen qu'on emploie: « on bouche les oreilles du cheval avecda « coton; on tient prêtes les fusées..., avec « les sonnettes, les massues et les lances; ^ « fait détoner un petit madfaa sur le di^vil; ■M on fait fuser les fusées..., ensuite oad^ « bouche les oreilles du cheval, l'une apréi « l'autre. Cet essai se fait dans un lieu isole, « pour qu'on ne soit vu de personne. Mèoe « quand l'essai est termine, on ne rerétin « les chevaux du caparaçon que dausufi « lieu h part, et loin de tout ^ard. £taJ)t € ainsi habitués, si l'on Tout s'araocer ai « combat, les chevaux savent où on les roèoer « et s'animent à l'attaque. S'ils sont pousses « contre un corps d'armée, quel qu il s^ « ils le rompent. Mais il faut que, devaaten: € quecavalier,unhommeaiarcbeàpied«aMiiu

MU

DBS INVENTIONS.

POU

tf'one massue k asperger. Ce fut le moyea )• plus efficace qa*on emplojra pour repousser Hoalagra. Les rois doivent entretenir iIads leurs arsenaui ce qui est nécessaire (•our en assurer l'effet, surtout contre les ennemis de la religion; si quelques-uns oui négligé ce moyen, c'est qu'ils n'en ont pas connu la puissance. Quand le cavalier 5*8Tance vers rennemi, les troupes doivent fflarcber derrière lui : c'est une raison pour qu'il évite de revenir sur ses pas; autrement le désordre se mettrait dans les raogs, et il s'ensuivrait une défaite. Qu'il in;)rche sans crainte; personne n'osera l'opposer à lui» ni avec l'épée, ni avec la bnce. >

• Il est dit, à la fin du passage, ajoutent lit. Reinaud et Favé, que lorsque l'artikier s'avance vers Tennemi, toute l'armée doit se mettre en mouvement après lui.

Celait pour profiter du désordre qui ne Mait pas à se mettre dans les troupes eanemies. Une autre chose que l'auteur iratie ne dit pas, et à laquelle il fallait reiller, c'est que les matières incendiaires

C' devaient jeter la terreur chez l'ennemi aient être assez bien ménagées pour faon eût le temps de produire l'effet voulu ivant qu'elles fussent consumées. Pour ^ia, on mesurait la distance que l'artiflrier avait à franchir; et si l'on avait des nisons de croire que l'ennemi épargnerait ine pflrlie du chemin, on tenait compte de B différence. En pareil cas, la tactique de rennemi consistait à déjouer les calculs. Ed conséquence, il fallait que le général |Qi raachmait cette espèce de surprise nu le plus grand mystère dans l'opération. /est ce que fait entendre l'écrivain arabe, luaml il dit que, même après que les cheaai étaient suffisamment dressés, on ne levait les revêtir du caparaçon chargé d'arifices que dans un lieu dérobé à tous les eganls.

< Voici un exemple sensible de ce qui se ^tiquait à cet égard. On était alors dans innée 699 de l'hégire ( 1321 de Jésus- Ms[). L'armée du sultan d'Egypte en vint ^imains, aux environs d'Emèse en Syrie, îec Tarniéede 6azan,khan des Mongols de ^rse. Suivant l'historien arabe Makrizi,au moment où l'action allai t commencer, Gazan rdonna à ses troupes de rester immobiles, Idene bouger que lorsqu'il en donnerait 'signal. Toute coup cinq cents mamelouks Syptiens, choisis parmi les artificiers, sor- 'nt des rangs de I armée, leur iiaphte ali^ét et s'élancent de toute la vitesse de ^urs chevaux ; mais, au bout d'un certain ^ps, comme les Mongols étaient restés à fur place, le naphte s'éteint, et les artifije» voient leurs espérances déçues. C'est lors que Gazan commande la charge (1). » Uuefut point cependant contre leurs ^ms que les Arabes firent surtout usage i<^u grégeois. Lart des feux de guerre

^) Dn feu grég€Qî$. {Journal aiUiitftte , ir 10,

avait depuis trop longlem|>i pris racine dans l'Asie pour que les Orientaux n'eussent point appris de bonne heure à st pré-' serrer de leur atteinte. Le feu grégeois fut principalement dirigé contre les chrétiens dont les croisades amenaient les incessantes irruptions sur le sol des infidèles. On connaît par les réélis des historiens de ces guerres, l'épouvante que ces moyens de combat semaient dans les rangs des croisés. Il est facile de comprendre en effet la surprise et la terreur profonde que devaient éprouver les Occidentaux, habitués aux luttes loyales de leur pays, où la fer n'avait que le fer à combattre, et qui tout d'un coup se trouvaient en face d'une attaque si étrange et si imprévue. Quel que soit le courase du soldat, il n'aime pas è braver les périls dont il ne connaît pas bien la nature ; les dangers qui s'environnent d'un caractère surnaturel ou' mystérieui glacent les plus intrépides cœurs. Or, remploi de ces feox h la guerre avait quelque chose de magique en apparence qui devait trè^- vivement agir sur leur imagination. Qu'(» se représente un chevalier chrétien enfermé dans son armure et qui tout d'un coup voit arriver sur lui, au galof) de son cheval, un musulman armé du feu grégeois. Avee la /«née à f$u le Sarrasin dirige la flamme ardente contre le visage de son ennemi ; avec la massue à asperger il couvre sa cuirasse du mélange enflammé»

et le guerrier tremblant , éperdu k cette apparition magique» croit avec horreur sa sentir consume sous son armure brûlante.

« Joinville, dans sa précieuse Chronique ^ nous a laissé de curieux témoignages de l'impression produite par les feux des Sarrasins sur l'armée de saint Louis qui vint porter la guerre sur les bords du Nil en 1248. On nous permettra de reproduire une partie des récits de ce chroniqueur naïf , historien et acteur de ces guerres lointaines.

« Dng soir advint , dit Joinville ^ que les « Turcs amenèrent ung engin qu'ilz appe- « loient la perriere, nng terrible engin r ma<- « faire : et le misdrent vis a via des ehaz « chaleilz (1) que Messire Gaultier de Curel « et moy guettions de nuyct, par lequel en- « gin il nous gettoient le feu grégeois à « planté, qui estoit la plus orrible chose que « oncques jamés je veisse. Quant le bon cne- « valier messire Gaultier won compagnon « vit ce feu, il s'escrie et nous dit : Seigneur « nous sommes perdus a jamais sans nu « remède. Car s'ilz brusient nos chez cliu-

(4 ) Les ehaz ehateiU doot parla iciaville étalent probablement des toars de bois daas lesqaeUeH se renfermaieni duraot la ouU les soldats qai devaieal déTeodre des travaux eomoieBCés. Les Français tuviiUaieDt à se frajer en passage sar nos dès braocbes orientales du Nil. Ils STaiisnt constroit noe digiie poar travener le fleuve ; à dioite et à yaocbt de cette digne ils avalent placé ces chas chaietis qua In iDosaliuani sVfforçaient dlncendier pendaut U nuit , pour ampèeber le passage de rariuëe eane* mie.

HCTIOKNAIRE

MQ

lOi*

« teilz 9 nous sommes ars el .brûlez ; et si « nous laissons nos gardes « nous soov- * « mes ashontez* Pourquoy je conclu que « nul n'est qui de ce péril nous peust « deffendre, si ce n'est Dieu notre beooist «créateur. Si ¥ous conseille à tous, que, « toutes et quantes foiz qu'ilz nous gette- « ront 1 e feu grégeois» que chacun de nous « se gette sur les coudes , et à genoulz : et « crioos merc> à nostre Seigneur» en qui est .« toute puissance. Et tantoust que les Turcs .« getterent le premier coup du feu» nous c nous mismes a coudez et a genoulz , ainsi

< que le preudoms nous avoit enseigné. Et Ci cheut le feu de cette première foiz entre « nos deux chaz cbateilz» en une place qui « estoit derant, laquelle avoient faicle nos « gens pour estoupper le ileuve. Et incontia nent lut estaint le feu par ung homme c|ue « nous avions propre a ce faire. La manière

,«du feu gregems estoit telle» qu'il venoit « bien devant aussi gros que ung tonneau , « et de longueur la queue en ouroit bien « comme d'une demye canne, de quatre pans. X II foisait tel bruit à venir, qu il sembioit « que ce fust fouldre qui cbeust du cieU et « me sembioit d'un grant dragon voilant par « l'air ; et gettoil si grant clarté» qu'il faisoit « aussi cler dedans nostre ost comme le jour, « tant y avoit grant flamme de feu. Trois « foiz cette nuyctée nous getterent le dit feu « gregeoU avec la dicte perriere et quatre foiz « avec l'arbaleste a tour. Et toutes les foiz « que nostre bon roy saint Lo^s oyoit qu'ils

. ¥ nous geitoient ainsi ce feu, il se Kettoit a « terre» et teudoit ses mams la face levée au « ciel et crioit à haulle voix à nostre Sei- « gneur et disoit en pleurant à grans larmes : « ieau sire Dieu Jé$u8^Christ^ garde moy et « tout ma gent y et croy moy que ses bonnes « prières et oraisons nous eurent bon mes- « tièr« Et davantage, a chacune foiz que le « feu .nous estoit eheu devant , il nous en- « voyoit ung de ses chambellans , pour sa- « voir en quel point nous estions, et si le « feu BOUS avoit grevez. L'une des foiz que a les Turcs getterent le feu , il cheut de « cousté le cnaz chateil que les gens de «monseigneur de Corcenay çardoient» et « ferit en la rive du fleuve, qui estoit la de- « vant : et s'en venoit droit a eulz, tout arc dant. Et tanloust veez cy venir courant « vers moy un chevalier de celle compagnie « qui s'en venoit criant : Aydez-nous, sire,, « ou nous sommes tous ars. Car veez y cy t( comme une grant haie de feu grégeois, que <c les Sarrasins nous ont traict, qui vient

< droit è nostre chastel. Tantoust courismes «la, dont bésoinç leur fust. Car ainsi que « disoit le chevalier, ainsi estoit-il, et es- « taignismes le feu a sraut ahan et malaise. « Car de Taulre part les Sarrazins nous ti- « roi3nt a travers le fleuve trect et pilotz « d>nt nous étions tous plains (1). »

« Le feu grégeois, dont il est question dans ce curieux passage, était lancé par diflTéren-

. (i) iolnville , UUloirc du roff iaint Loffs, ICtiS, p. 5?».

tes machines, teHes que les arbuUtesàtùw, les flèches à tnanganneaUf etc. , dont MM. Rej! naud et Favé nous ont restitué avec beaucoup de bonheur les descriptions et les figures. Joinville parle plus loin du feu gr^eo» lancé directement à la main par des soldats ou des vilains.

« Devant nous avoit deux héraaiz du Roj, dont l'un avoit nom GuilleaumedeBron,el

« l'autre Jehan de Gaymaches , auiquelz « Tares qui estoient entre le ru et le Ôeuve, « comme i*ay^ dit , amenèrent tout plaio de « rillains a pié , gens du pais , qui leur get- « toient bonnes mottes de terre , et de gros- « ses pierres à tour de braz. Et au daroier, « ils amenèrent ung autre villain Tare, qui « leurgecta trois foiz le feu grégeois, el à « l'une des foiz il print à la robe de Guil- « leaume de Bron et Testaignit tantost , dool « besoing lui fust. Car s'il se fust allumé, il « fust tout i)ruslé (1).

« Vous dirav tout premier de lai»-

« taille du conte d Anjou , qui fust le pr^ « mier assailly, parce qu'il leur estoit le plus « prouche du cousté de devers Babiioae.El « vindrent a lui en façon de jeu d*esche(z. « Car leurs gens a pié venoient couraot sus « a leur gens , et les brusloient de feu gre- « geois, qu'ils gectoientavecquesiostruoiepls « qu'ilz avoient propices... tellemeal qu'ilz « déconflrent la bataille du conte d'Âojou « lequel estoit a pié entre ses chevaliers a « moult grant malaise. £t quant la nouvelle « en vint au Roy, et qu'on lui eut dit le « meschief ou estoit son frère , le bon Roj « n^eut en lui aucune tempérance de soy « arrester, ne d'attendre nully; mais sou- « dain ferit des espérons, et se boute paroi; « la bataille Tespée au poing , jusques au « meillieu ou estoit son frère, et très aspre- « ment frappoit sur ces Turcs, et au lieu ou « il voit le plus de presse. Et la endura-l-u « maints coups, et lui emplirent les Sarra- « zins la culiiere de son cheval de feu gre- « geois (2)... De l'autre bataille estoit maistre « et capit/^iue le preudoms et hardy messir^ « Guy Mal voisin, lequel fust fort bléciéea « son corps. Et voiaus les Sarrazins la granl « conduite et hardiesse qu'il avoit et doo- « noit en sa bataille, ils lui tiroienl le feu « grégeois sans fin , tellement que une m « fust, que a grant peine le lui peurenl er « taiudre ses gens; mais nonobstant ce, « tint-il fort et ferme , sans estre vaincu ae> « Sarrazins (3J. »

« Comme tous les chrétiens dont il f^ gea les périls , Joinville avait conçu une grande épouvante des effets du feu grege^* et cette impression est clairement recooM»'

(1) Joinville, Histoire du m entra lofSi P- ^ (i) Joinville, iWrf., p. 54. .

(5) Pluiiîeurs nuires hîsioriens ont parlé ntt^ Uil de ces projectiles ioeendiaires dont le< ij^ bes lirèreni un si grand parti dans toote la «v^ des croisades; mais nous nous soiDOies bonK a nr peler les récii» de Joinville, dont la lidéliK coii"« chroi'iguetir est assez établie.

Page 1