‹ Dictionnaire d'ascétisme (volume 4)Chapitre 146 sur 209 · IMI · texte numérisé non relu

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DES INTENTIONS

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« les iMJinlMrdes de jeter dos booles de fer « avec du feu pour effrayer et disperser les

« cbefanx des Français Les bombardes

« menaient si grande rameur et tremble* « meut» qo*il semblait que Dieu tonnât ■ avec grande tuerie de gens et déconfiture « de cheTaux. » Selon Villani, le désordre lies Français arriva surtout par suite de rembarras des corps morts laissés par les Génois ; toute la campagne était jonchée de chevaux et de gens renversés, tuâ et blessés par les bombardes et les flèches.

< Le revers éprouvé par les troupes françaises k la journée de Crécy fut attribué à reaif>loi des bouches k feu, et ce fait» qui produisit une grande sensation, eut pour résoltat delaire adopter Tartillerie par toutes les grandes nations militaires de l'Europe. Jusqfue-là, en effet, le canon n*avait encore agi que contre les édifices et les murailles des Tilles ; son emploi contre les hommes avaîl rencontré, dans l'Occident, les plus rives répugnances. Pour les guerriers dtt oiojeu âge, c'était une félonie que d eaiplojer à la guerre ces armes perfides qui permettaient au premier vilain de tuer BO brave chevalier, qui donnaient aux ti* mides et aux lâches le moyen d'attaouer à couvert et à distance les plus intrépides combattants. Au xh' siècle, le second concile de Latran, dont les décisions faisaient loi pour toute la chrétienté, avait défendu l'usage de toutes les machines de guerre diriges coutre les hommes, comme irop mfwririireê et ééplaUmU à Dieu. Christine de Pisan, qui a composé sous Charles VI un Traité de l'art de la gpuerre, parle du feu grégeois et des compositions analogues usitées de son temps, comme d'un moyen dé* lojal et indigne d'un chrétien. Enfin il suf-* Ût de dter à ce sujet le serment exigé au moyen âge des artilleurs allemands qui devaient jurer « de ne point tirer le canon de « nuit ; de ne point cacher de feux claudes- « tins...., et surtout de ne construire aucuns « gloties empoisonnés ni autres sortes « d'invention, et de ne s'en servir jamais « pour la ruine et la destruction des hom* « mes, estimant ces actions injustes autant « qu'indignes d'un homme de cœur et d'un m Téritable soldat (1). »

« Les Anglais, qui à toutes les époques ODI marché hardiment et sans scrupule vars tout ce qui peut contribuer à servir lears desseins, furent les premiers à fouler aox. pieds l'opinion de leur temps. L'exemp*e une fois donné, les autres nations n'héritèrent plus k entrer dans cette voie et-ne tardèrent pas à élever leurs ressources militaires k la hauteur de celles de leurs voisins. Aussi Toit-on, après la bataille de Crécy, Tusage des armes à feu se généraliser en -France et se ré^wndre bientôt dans toute l'Europe. A dater de cette époque, Froishari ne manque plus de faire Téoumération Jes pièces d'artillerie qui marchent à la mile des armées. C'est ainsi qu'il mentionne

il) SiemeQOW it, Grand art de CarU UnCt p^ t91>.

l'usage des armes à feu devant Calais en 1347, k l'attaque de Romoranlin ; en 13S6 et en 1368, k la défense de Saint-Valéry ; en 1359, contre les murailles de Mons et le château de la Roche-sur-Yon. Enfin de 137B k 1378, on trouve l'emploi du canon cité contre un grand nombre de villes et de châteaux. I/esprit d'indépendance des communes se développant de plus en plus dans les provinces françaises, les villages et les bourgs ne manquèrent pas de s*emparer k leur tour de ce puissant moyen de défense contre les envahissements et les attaques delà féodalité. Chaque ville libre voulut avoir k sa solde son maUre d'ariiUerie et $e$ artiUer$* Dès Tannée 1348, Brive-la-Gaillarde était défendue par cinq canons, et dans les années 1349 et 1352 la ville d'Agen en avait placé k ses principales portes et dans ses quartiers les plus exposés (1). Aussi les bouches k feu qui k la bataille de Crécy se comptaient par unités, augmentent bientôt en nombre d'une manière prodigieuse. A l'assaut de Saiot-Malo en 1376, les Anglais avaient « bien quatre cents canons postés « autour de la place (2), » ce qui ne les empêcha pas d'être repoussés par Clisson et Duguesclin. Sous Charles Vf, en 1411, on compte k l'armée du duc d'Orléans quaire rnUUf kmi cemous que cauleumrmu (3). Enfin l'armée des Suisses, qui remporta en 1476 sur Charles le Téméraire la sanglante victoire de Moral, avait dans ses rangs, selon le rédt de Philippe de Commines, dix mille couleuvrine (4) ; seulement il est bien entendu qu'ici les armes k feu ont été réduites k de petites dimensions, et sont devenues des armes k main comme nos fusils. Vers l'année 1370 la marine adoptant l'usage de l'artillerie, les navires de guerre et de commerce commencèrent k disposer des ca« nous k leur bord.

« On voit, d*après l'ensemble des faits qui viennent d'être rapportés, ce qu'il faut penser de l'opinion des historiens q[ui ont prétendu nier l'emploi de la poudre dans les armées d'Europe au xiv* sitele. Cette opinion a prévalu assez longtemps, appuyée sur des interprétations vicieuses de quelques textes historiques. On sait, pour ne citer q[u'un exemple, que l'existence de rartillene en France en 1339 a été prouvée par le fameux extrait eité par DuCange,du registre de la chambre des comptes qui porte: Payé à Henri de Fumeehon pour achat de poudre et autres objets nécessaires aux canons employés

devoiU Puy-Guillem Or, l'historien Temue-

1er veut que dans ce document on lise poutre au lieu de poudre. D'un autre côté, le P. Lobineau, dans son Histoire de BretagnCf fait des efforts d'esprit inimaginables pour prouver que les canons dont il est question

(1) Lacabane, Bibliothèque de VEeole des châties. 2* Si-rip, I- !•', p. 46.

(2) Ff oissart, Hiêioire et chronique, Lyoa, 1559 » vol. I•^ p. 459 ei 458, el %oL II. p. Î7.

(5) Javéual des tJrsios , HiUoire de Ckmie9 fl. p. il5.

(I) Mémoires^ livre v, ckap. 3.

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dans la romanee faite en 1S89 en Thonneur de Duguesclin n'étaient que des espèces de ciarineUes. N'en 'déplaise à ces éradits chroniqueursyr le sénéchal de Toulouse* Pierre de ta Pallu, qui assiégeait Puy-Guillera en 1G99, affrontait autre chose qwi des poutres, et le varliant Duguesclin ne bravait pas des clarrneHes.

« Pendant que la France multipliait ses bouches à féu, rAllemagne apportait un

Jierfectionnement capital è leur fabrication, usque-là les canons avaient été fabriqués au moyen de pièces de fer reliées entre elles par des liens circulaires , comme le sont les douves de nos tonneaux ; les arts métallurgiques ayant fait de grands progrès en Allemagne, on trouva dans ce pays Part d*obte« nir des bouches à feu par la fusion d'un aU liaçe métallique d'une dureté considérable» qui permettait k la pièce de résister aisé« ment à l'action du tir.

« yiifatit s'en rapporter aux textes cités par H. le colonel Toriei (1), l'auteur de ce per^ fectionnement remarquable de Tartillerio ne serait autre que Berthold Schwartz, le même auquel la tradition attribuei la découverte des effets explosifs de la poudre. En admettant cette identité , qui parait diilicilement contestable d'après des textes nouveaux récemment découverts , et commentés avec beaucoup de bonheur par M. Lacabane (2) , Berthold Schwartz reprendrait dans Tbistoire de nos découvertes la place qu'il avait perdue, et les événements de sa tie, longtemps contestés, pourraient être acceptés par la critique. Berthold Schwartz était ua cordelier de Fribourg. Les écrivains allemands sont loin de s'accorder sur la date de son invention qu'ils placent en 1320, 1330, 1350, 1378 et 1380. Il est cependant bien établi qu'il se rendit à Venise en 1378 , et qu'il y fit connaître le nouveau perfectionnement qu'il avait apporté h la fabrication des bouches à feu. Ses canons furent essayés, et les Vénitiens eu firent usage au siège de Chiozza en 1380. Cependant les magistrats de Venise, fidèles aux vieilles habitudes des républi*^ ques italiennes, récompensèrent mal l'inveu'^ teur. Le siège termine, pour se dispenser de payer & Berthold Schwartz la récompense promise, on le fit jeter en prison, et du fond ^ de son cachot il revendiqua inutilement l'honneur et le prix de ses services. Une croyance populaire menace tous les auteurs d'inventions funestes à l'humanité du destin de périr eux-mêmes victimes de leurs pernicieuses découvertes: Berthold Schwartz aurait fourni une frappante confirmation de cette pensée, s'il est vrai, comme l'ont écrit les Fribourgeois, que l'empereur Venceslas, pour punir cet homme de sa terrible invention, l'ait fait attacher à un baril de poudre auquel on mit le feu.

« L'artillerie; ainsi perfectionnée en Italie et en Allemagne , fit bientôt en France de

(1) Spectaumr mUiimre^ i5 sepCembie iSSl, p- (i) Locn eti., p. 46.

nouveaux progrès , dans le détail desquels il serait hors de propos de nous engager. C'est à cette circonstance que l'armée dé Charles VIII dut ses triomphes si rapiiies dans la campagne de Naples. Enfin le rftJe de l'artillerie et de la poudre à canon ayaat

I iris tous les jours plus d'iroportonce dans es armées, François I" établi t dans le royaume un grand nombre de fonderies , de poudreries et d'arsenaux. C'est sous le règne de ce prince que fut rendue l'ordonnance qui institue et règle pour la première fois l'administration des poudres et salpêtres. »

^Perfectionnements apportés dans les îoKpt modemea à la composition de /a potidrcd canon. — Essais pyroteehniaues de IH^é et di ChevedUer. — Poudre à mloraie de potasH, expérimentée parBerthoUet en 1788.— Nous ne suivrons pas plus loin cett6 histoire rapide dos. emplois de la poudre à canon; la revue des perfectionnements successifs qui ont amené l'artillerie européenne au degré éminent oik nous la voyons de nos jours ap-

Ï^artient spécialement h l'histoire militaire, ci nous devons nous en tenir à envisagar sous le rapport scieolifique les DQodifications apportées à la composition des poudres de guerre, A ce point de vue, notre tâche est à peu près terminée. Depuis deux siècles, eu effet, la fabrication et l'emploi de i agent qui nous occupe n'ont fait que des progrès presque insensibles» et pour arriver jusqu'à noire époque, nous n'avons à signaler que quelques essais curieux f mais restés sans applications. C'est dans ce|ta catégorie qu'il faut ranger les essais entrepris sous LouisXV, parDupré, pour retrouver le feu grégeois; eeux que fit à la fin du dernier siècle le célèbre chimiste Berthoilet, dans le but de modifier la composition de la poudre ; enfin, les eiçériences pyrotechniques de Chevallier, exécutées sous l'empire.

« Dupré , né aux environs de Grenoble , était orfèvre à Paris. £n essayaût de fabriquer de faux diamants, il découvrit, dit-oo, par hasard, une liqueur inflammable d'uoe activité prodigieuse. Chalvët, qui rapporte ce fait dans sa BUfliothèque du Dauphini, assure que cette liqueur consumait tout ce qu'elle touchait, qu'elle brûlait dans l'eau, et reproduisait eu un mot tous les effets anciennement attribués au feu grégeois. Dupré fit instruire Louis XV de sa découverte^ et, d'après ses ordres, il exécuta queleues expériences à Versailles, sur le canal, et dans la cour de l'Arsenal à Paris. Celait en 1755. on était engagé contre les Anglais dans cette guerre désastreuse qui devait amener It ruine de notre puissance navale. Dupré fut envoyé dans divers ports de mer pour essayer contre les vaisseaux l'action de sa ligueur incendiaire.Les effets que l'on produisit (ureot si terribles, que les marins eux-uiémes eu forent épouvantés. Cependant Louis XV, cédant à un noble sentiment d'humanité, crut devoir renoncer, malgré les pressantes oéoessités de la guerre, aux avantages que lui promettait cette invention. Il défendit i Du pré de publier sa découverte, et» pourassu-

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