‹ Dictionnaire d'ascétisme (volume 5)Chapitre 100 sur 370 · CRE · texte numérisé non relu

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DES INDULGENCES

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aue» lorsque ce séducteur vivait eucore, il liisoit : Je ressusciterai trois jours après ma mort ; faites donc garder le sé|»uicre ju$qu*au troisième jour, de crainte que ses disciples ne surviennent, n'enlèvent le corps, et ne disent au peuple : Il est ressuscité d^entre les morts; la seconde erreur serait ainsi plus dangereuse que la première. Vous avez une cohorte à vos ordres, leur dit Pilate ; allez, gardez-le comme vous Tentendez. Ils sV*rendirent en toute hâte, fermèrent avec soin le sépulcre , apposèrent leurs sceaux sur la pierre, et placèrent à l'entrée une forte ganle.

Voici des méditations des mêmes sujets sous une autre forme :

l>€ la marche de Jé$ut4^hriit pendant ta pauion,

€ Les premiers chrétiens , observe judicieusemeut Tabbé Binos, agirent comme si riiistoire ne devait jamais être écrite : ils divisèrent en deux partiels la longue chaîne de faits qui commence au pied de la montagne des Oliviers , se poursuit le lou^ du monl Sîon, revient se prolonger à travers Jérusalem, et remonte jusqu'au Golgotha ; ils af>pelèrent la première partie, Voie de ta Capiitilé^ et la deuxième. Voie de la Croix. Tous les événements, qui se passèrent dans Tune et l'autre de ces deux voies , furent marqués par des colonnes profondément enfoncées dans la terre, ou par des autels et des chapelles. Ces attestations muettes parlaient assez pour la vérité. La maison du gouverneur romain est le centre commun oh ces deux voies viennent aboutir (IJ.»

« La Voie de la Captivité est ainsi appelée, dit Adrichome , parce qu'elle renferme le long espace que parcourut Notre-Seigneur, lorsque, son heure étant venue de délivrer le genre humain, il se laissa enchaîner par les Juifs, qui le donnèrent en spectacle à presque toute la ville de Jérusalem. »

« Pendant trente ans, dit cet auteur , je n*ai pas laissé s*écouler un jour sans observer avec une attention minutieuse et sans nesurer avec une précision géométrique tous les lieux que j ai parcourus, et sur les-

Ïuels j*ai bien souvent répandu mes sueurs, e o ai rien é|>argné, ni études, ni veilles, ni travaux , ni dépenses pour mériter une conûauce entière ; et ce n'est qu'après être plusieurs fois revenu avec une patience opiuiâtre sur le théâtre de tant de douleurs, (pie Tai enQn réussi à obtenir un heureux résultai. J'y ai mis aussi une rigoureuse exactitude , atin que chaque chrétien puisse fncilement, parlout o(i il le voudra, imiter la Voie de la Captivité et la Voie Douloureuse^ h la ville ou à la campagne, dans l'enceinte de sa maison ou dans l'étendue de son jardin« soit en y ménageant beaucoup de circuits, soit en revenant souvent sur ses pas. il fiourrait même retracer ces deux voies, à Taide de 1 imagination seule, lorsqu'il serait à Tégiise, et méditer ainsi avec t>oaucoup

(1) Voyage, par Vllalie, en Vutc$lme^ 1. II.

d'affection ot de dévotion sur la Passion de Jésus-Christ. »

be la Voie de la Captivité.

Première station. — A l'extrémité du jardin di's Olives, vers le sud-est, on remarque la place où Jésus-Christ fut trahi par le baiser de Judas. Le traître y vint avec des armes pour empêcher toute défense; il y vint avec des torches et des flambeaux, quoique la lune brillât de toute sa clarté, parce qu'il savait bien que la grotte était profonde et obscure. Que de précautions ! que de combinaisons I que de moyens de succès froidement médités, et soigneusement préparés I Combien un cœur perfide est prévoyant qiiand il veut un c>ime I

On remarque tout près de Ih, la place où Jésus-Chiist se présenta à ses ennemis, et où il les renversa de ce seul mot : C'est moi. Dieu était alors caché sous la chair de l'homme, dit saint Augustin : Jésus-Christ, par l'éclat céleste de sa voix, par l'air de majesté divine répandu sur sa personne, renversant les gardes émus , montrait au genre humain combien il était différent des autres hommes, et nous apprenait qu*en se laissant arrêter, il ne cédait qu'à la ferme dé-* termination qu'il venait de prendre, d'obéir è la volonté de son Père.

Jésus-Christ n'était pas éloigné de la grotte de l'Agonie, lorsaue les satellites du grand prêtre portèrent les mains sur lui et l'attachèrent étroitement. L'endroit où il fut ainsi lié, a six ou sept pas de longueur et n'en a qu'un de largeur; il est fermé des deux côtés par un mur. Les soluals entraînèrent Jésus au bruit des armes , et en poussant de grands cris, lui firent repasser le torrent de Lédron, marchèrent pendant quelque temps au pied du mont Sion , passèrent au-devant du lieu des séances du conseil, et se dirigèrent vers la maison d'Anne ou Ananus^ancien pontife, et beau-père de Caïphe.

Deuxième station. — La maison d'Anne , renfermée dans l'enceinte des murailles, est située sur la pente du mont Sion. On y avait bâti une église , et l'on y voit une lampe constamment allumée.

Troisième station. — En sortant de chez Anne, on fit arriver Jésus-Christ, par des détours et des circuits, au palais de Caïphe, qui est hors des murs. La salle où le Sauveur fut interrogé et exposé à toutes sortes d'insultes, est assez bien conservée ; on y entre par un

J)etit guichet fort bas, fermé d'une porte de èr. Au-devant est la cour où saint Pierre renia trois fois son adorable maître; elle a vingt-cinq pas de longueur et huit de largeur ; h gauche, dans une petite église assez jolie, dédiée à saint Pierre , et sur un [>etit autel de trois pieds de hauteur, on laisse une lampe brûler continuellement. Le devant de cet autel est formé d'une partie de lajgrosse

tnerre queJosoph d'Arimathie avait fait rouer à l'entrée du sépulcre; elle a cinq pieds et demi de longueur, trois pieds deux pouces de largeur, et neuf pouces et demi d'é-

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DiCTIONNAlUE

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I>ais5eur, et, selou d'autres, deux pieds et demi.

Quatrième station. — Lo vendredi matin, on (if sortir Jésus du f)<ilais de Cnïplie. Le grand prôlre et tout le conseil des Juifs, non contents de le conlier à la garde d'une forte escorte, Tncc 'm;»a^nèrent eux-mêmes jusqu'au palais de Pihite; ils repassèrent au pied du mont Sion, entrèrent dans la ville parla |»orte Ster furlinie, ou du Fumier, et arrivèrent au prétoire, après avoir côloy/î le temple dans toute sa longueur. De ce palais qu'Hérode le Grand avait bâti dans la partie basse de la ville, à la racine du mont Moria, on découvre le vaste em))lacemeut du temple, donl il n'est séparé que par nie fietile rue. Ce n*est [»lus aujourd'hui qu'une ruine.

A l'entrée du prétoire, ouverte sur la grande rue qui traverse Jérusalem de l'est à Fouesl, est un escalier composé de onze marches en (lierre de tai lie. Ce ^ marches sont d'un côté engagées dans le mur du palais, et de l'autre reposent sur un mur d'appui, en forme de rampe. Le sol de la rue a été considérablement exhaussé par les ruines et les décombres depuis le temps où Pilale occupait le prétoire ; car cet escalier re«nplace celui qui y était anciennement, et qui avait vingt-nuit marches ; celui-ci a été transporté à Rome on entier, et y est vénéré sous le nom de la Scala santa,

Lors(]u'on est parvenu au haut de l'escalier, on entre dans une cour de dix-hutt à vingt pas en carré ; et sur la droite comme icent deux grandes et longues voûtes qui conduisent à la g-derie alors uppelée Xys(us.

Cinhuiime station. — Pilate renvoya h Hérode Jésus et ses accusateurs. Ilsavàncèient dans la grande rue vers l'occident, puis, tournant sur la droite, marchèrent vers le nord, par une petite ruelle, au fond de laquelle était le palais du tétrarque. De superbes ruines dotment encore une haute idée de cet éditlce. C'est dans une des salles de ce palais, et à Texlrémité opposée à la porte principale, que Jésus -Christ, après avoir été l'objet di^s mépris d'Uérode et de sa cour, fut revêtu d'une robe blanche assez brillante.

Sixième station. — Les accusateurs de Jésus-Christ, contraints de reprendre le chemin du prétoire, sortirent du palais d'Uérode, par une des portes de derrière ; ce qui allongea leur roule. Pilate ût alors crueilement déchirer Jésus avec des verges ou des lanières de cuir. On croit, d'après une anoienne tradition, que, pour subir cet humiliant supplice, Jésus -Christ descendit la Scala santa , traversa la rue , à peu près jusqu'à dix pas en arrière, et qu'il fut conduit dans une salle basse, de sept à huit pas eu carré. Cette salle, d<int la voûte est assez haute, est fort bien bâtie. On y avait construit une église, et Ion y voit encore des restes de chapelle et de colonnes avec des corniches de marbre.

Ce fut aussi dans une salle au rez-dechaussée du prétoire, qui est également bien

conservée, que les soldats jetèrent sur les épaules ensanglantées de Jésus une espèce de manteau de pourpre; qu'ils enfoncèrciit dans sa tète une couronne hérissée dY'pines; qu'ils placèrent dans ses mains un roseau fragile, en l'accablant des railleries les plus piquantes et des outrages les plus amers. Pendant qu'il recevait ces insultes, il était soutenu par un tronçon de colonne, que l'on conserve dans une chapelle de l'église du Saint-Sépulcre, connue, ainsi que la ooloone, sous le nom iïlmpropère^ c'est-à-dire dts AllVonts.

Le gouverneur des Romains , voyant Vhomme des douleurs couvert de ces ornements de sang, crut attendrir le peuple juif, en lui montraat sa victime dans un état si digne de pitié; il fit monter Jésus sur la galerie appelée par les Romains Xystus, et qui na plus d'autre nom que celui deTarcade de l'£'cce Homo^ parce qu'en le présentant aux regards des Juifs, Pilate ne prononça que ces deux mots latins; ils siguiiieni: Voilà VBomme,

Celte arcade spacieuse communique aa prétoire par sa partie supérieure. Elle est appuyée sur les deux côtés de la rue qui passe au-dessous, et qui monte au Calvaire, par des massifs de pilastres en [lierres do taille, enclavés dans les murs des maisous, à droite et à gauche ; ce qui a réduit ta rue, beaucoup'plus large autrefois, à quinze p eds de largeur comme l'arcade. Il parait que celle-ci faisait autrefois partie d'un portique beaucoup plus vaste qu'on avait construit sur la voie publique, pour servir de proruenadi% aux habitants de Jérusalem. Du temps d'Adrichome, on y lisait ces mots : Tolu. TOLLE. cRUCiFiG. : 16 tômps avait enlevé le reste.

Elle sert de support à une salerie haute, de la largeur de huit à dix pieds, fermant du côté de l'orient par un mur plein, à la réserve de quelaues petites fenêtres. Dans le mur opposé s ouvre une large fenêtre, qui plus tard fut divisée par une petite colonue de marbre; le cintre est tombé en ruines t^t il n en reste plus que les deux appuis latéraux en pierres de taille. Cette galerie, deuviron vingt pieds de haut , était autrefois couverte, mais aujourd'hui elle luena e ruine faute d'entretien. C'est de la Iai:'; fenôtre» entre les colonnes latérales, q^^i seules supportaient alors lo cintre, «d^ appui intermédiaire , que Pilale préseoii rriomme-Dieu.

Pilate, pour prononcer son jugement, îii conduire Jésus-Christ hors du prétoire îj lieu appelé Lithostrotos ou (iabbaltiA, t:iM* nonce sur laquelle on avait établi son iJ'bunal.

De la Voie de la Croix.

« Je sortis à midi, dit M. de Cliatea^briand, pour suivre la Voie douloureuse, m célèbre dans toutes les relations des i* '^ rins. Nous parcourûmes les stations y^^ c^u'au sommet du Calvaire. Où trouver ur'» 1 antiquité rien d'aussi touchant, rir^»!'^"*"'

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DES INDULGENCES

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merfeilloux que les dernières scènes de I Eran^le ? C est Thistoire la plus pathéti-

ue ; histoire qui non-seuieroent fait couler

es larmes par sa beauté, mais dont ]es conséquences y appliquées à Tunivers, ont change la face de U terre. »

«On peut, dit Quaresme, diviser cette voie en deux parties , depuis que la porte Judiciaire a été murée par les Turcs. Les ()èlunns, arrivés à cette porte, sont obligés lie se détourner un peu, pour aller retrouver en dehors les pas du Rédempteur. Ainsi la première partie serait dans Tenceinte de la ville, depuis le Litbostrotos à la porte Judiciaire, et la deuxième au dehors, delà porte Judiciaire au Calvaire. Toute cette rue est très-irrégulière. »

Des quatorze stations dont se compose la voie de la croix, dix sont mentionnées ou indiquées par les évangélistes ; les quatre autres sont garanties par une tradition immémoriale, très-respectable.

Première station. — Le Lilhostrotos , où Jésus-Christ fut condamné à mort, devait être une dépendance du prétoire; car il était entre rescalier du palais et Tarcade de VEcce Ù^mo » c*est-àHdire à peu près au-dessous de la galerie de communication. C'est une cour élevée et pavée de différentes sortes de pierres, à vingt-cinq pas à peu près de cet escalier. Du haut de ce tribunal , situé en plein air, Pilate montra Jésus-Christ à la multitude assemblée, en lui disant : Voilà votre roi. II se lava les mains, en leur présence, en prononçant ces autres paroies : Je suis innocent du sang de cet homme Juste ; c^est vous seuls qui en répondrez: il délivra Barabbas, et signa Tarrèt de mort, pendant que tout le peuple, animé par les pontifes , criait dans le délire : Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants (Joan. xix, 13; Matih. xxyii,26^; Marc, xv, 15; Lw:. xxiii, 2&j!

Quoique cette cour, connue aussi sous le nom de Gàbbatha^ forme une petite éminence, elle est néanmoins située dans la partie la plus basse de Jérusalem : le Calvaire è 1 ouest, Acra au midi, le mont Moria à Test, et Bézétha au nord, viennent y terminer leur pente par quatre rues qui se croisent ; en sorte que ce tribunal formait comme le centre de quatre amphithéâtres très-prolongés, au milieu desquels il s*élevait luimême en perspective.

Le jugement y fut prononcé vers l'heure de midi. Les pontifes étaient au pied et en face du tribunal ; tout le peuple était autour. Quel spéciale imposant 1 mais quelle injustice solennelle! Si le disciple ne doit pas être plus que le mattre, faut-il s*étouner que ceux qui portent son nom, soient universel* lement poursuivis des mêmes haines et des mômes clameurs, soient solennellement vie* iimes des mêmes craintes et des mêmes erreurs politiques 7

Deuxième station. — Les Juifs , aussitôt oprès la sentence, entraînèrent Jésus-Christ au delà du Lilhostrotos ; après l'avoir accablé de railleries piquantes, ils lui ôtèrent le manteau de pourpre, lui firent reprendre ses

PlCT10:i?(. 0E$ L^DULGKNCES,

vêtements, et le chargeront de la croix [Joan. XIX, 16 ; Marc.^ xv, 20). La couronne d*épines dut être alors retirée de dessus sa tête et replacée ensuite*

Troisième station, — Jésus, portant la croix sur ses épaules déchirées et couvertes de sang, s'avança vers le Calvaire {Joan. xix, 17), aux yeux de toute la ville , et passa sous Tarcade de VEcce Homo ; il arriva h un endroit appelé Courue,. où, selon la tradition, il succomba pour la première fois sous le poids de Tinstrument de son supplice. L'exécuteur romain pressait souvent la mar-» che du patient avec un bâton armé d'aiguillons. Une grosse colonne de neuf pieds de haut marquait autrefois cette place ; elle est aujourd'hui renversée.

Quatrième station. — Jésus-Christ , après s'être relevé, avait à peine fait quelques pas, qu'il rencontra la sainte Vierge,

« On me montra à gauche, dit M. de Cha* teaubriand, les ruines d'une église, consacrée autrefois à Notre-Dame-des-Douleurs. Ce fut dans cet endroit aue Marie, repoussée d'à-* bord par les garaes, rencontra son Fils chargé de la croix. Ce fait n'est point rapporte dans les £vangiles; mais il est cru généralement sur l'autorité de saint Boniface et de saint Anselme. Saint Boniface dit que la sainte Vierge ne put prononcer un seul mot : Nec verbum dicerepotuit. Saint Anselme assure que Jésus-Christ la salua par ces mots : Salve^ Mater; je vous salue, m^ Mère. Comme on retrouve Marie au pied do la croix ( Joan. xix, 25 ) , ce récit des Pères n'a rien que de probable. La foi ne s'oppose point à ces traditions; elles montrent à quel

I)oint la merveilleuse et sublime histoire de a Passion s'est gravée dans la mémoire des hommes. Dix-huit siècles écoulés, des persécutions sans fin, des révolutions éternelles n'ont pu effacer ou cacher la trace d'uno mère qui vient pleurer sur son fils. »

« Nous répéterons avec saint Ambroise, dit Benoit XIV, que la sainte Vierge fut en proie à la douleur la plus cruelle, quoiau*elle connût parfaitement la volonté du Père éternel. Son cœur était déchiré, mais son esprit se résignait à cette volonté sacrée ; et, lorsqu'elle arriva au pied de la croix, elle ne laissa paraître aucun indice d'un abattement indigne de la mère de l'Homme* Dieu. Et nous adresserons è tous les chrétiens les admirables paroles de l'évêaue de Castorie : Contemplez de plus en plus la grande Ame de Marie au milieu des plus amères douleurs; vous ne verrez en elle ni pâmoison ni faiblesse ; vous n'entendrez |K>int de cris et de sanglots : ell» est triste, et n'est point abattue ; l'amour maternel souffre, mais il soulTre avec dignité; les entrailles d'une mère sont déchirées, mais ses traits sont calmes et paisibles; son cœur virginal est douloureusement affecté des blessures d'un tiis qu'elle aime avec tendresse; mais son esprit, tranquille etsoumis, adore à la fois la jtislice 0% la miséricorde divine , dont les dccrcts , empreints d'uiic haute sagesse, avaient destiné les douleurs

ciif:

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de colui qu'elle porla dans son sein à racheter l'univers et à sanctifier les hommes. »

Cinquième station, — Au bout de la rue, on trouve une place où trois rues aboutissent. C'est celle où les Juifs, apercevant Simon de Cyrène, qui arrivait des campagnes voisines par la porte de Damas, le contraignirent de porter la croix à la suite do Jésus-Christ (lue. xxiii , 26). La tradition donne un grand poids à laccord dos quatre textes évangéliques, pour dire, avec une certaine assurance, que le Sauveur porta, sans interruption, sa croix jusqu'au Golgolha, d'abord seul, et ensuite aidé de Simon (JUatth. xxvii, 31 ; Marc, xv, 21 ; Luc. 3LXIII, 26; Joan. xix, 17).

Sixième station. — 11 y aurait, selon M. de Chateaubriand et d'autres écrivains recommandables, quelque différence- dans le gisement de cette station et des deux suivantes :

« Ici, dit-il, après la rencontre de Simon de Cyrène, le chemin qui se dirigeait est et ouest, fait un coude, et tourne vers le midi..., ensuite on tourne à droite, et Ton reprend la direction du couchant. A l'entrée de cette rue qui monte au Calvaire, le Christ rencontra les saintes feiumesqui pleuraient. A cent dix pas de là, on montre remplacement de la maison de la Véronique. Après avoir fait cent pas, on trouve la porte Judiciaire. De la p.orle Judiciaire au haut du Calvaire, il y a deux cents pas. »

Quelque imposante que soit cette autorité, il eùl été imprudent de faire un changement aussi notable dans une dévotion établie telle qu elle est depuis plusieurs siècles, qui est conforme à la description d'auteurs plus anciens et aussi exacts, et qui est munie de tant d'indulgences et de grâces pontiQcales. M. Druon ne fournit là-dessus aucune lumière, ni dans son plan si parfait de Jérusalem, ni dans ses notes si pleines de justesse et de science. Voici l'ordre qui a toujours été observé.

En rpiittant le carrefour où le Cyrénéen fut chargé de la croix, on tourne à gauche au midi, puis on remonte la grande rue, en se dirigeant vers l'ouest; et l'on se trouve entre la maison de la Véroni^ que, à gauche, et le lieu où cette pieuse femme essuya la face adorable de Jésus- Christ. Sa maison est petite et assez mal bAiie; on y entre par une porte basse et étroite, élevée sur trois marches de pierre.

Septième station. — Jésus-Christ s'avançant, arriva à la porte Judiciaire, où il tomba une deuxième fois. Cette porte, d'une haute antiquité, se voit encore avec quelques pans de muraille; elle est au pied du Calvaire. Les Turcs l'ont murée, à partir du bas jusqu'à la moitié de sa hauteur, parce qu'ils prétendent que les chrétiens passeront par là, lorsqu'ils reprendront Jérusalem. Les pèlerins, en attendant, passent à gauche, par une autre porte attenante et plus petite

Huitième station. — On continua la marche par un chemin diilicile et pierreux. L'on

Earvint à une pointe qui le divisait en deux ranches, et 1 on reprit à gauche le chemin du couchant. C'est à l'entrée de cette rue, qui monte droit au Calvaire, que le Christ, suivi d'un peuple immense, se retourna vers les femmes qui s'affligeaient de sa mort en versant des larmes, et qu'il leur dit : Filles de Jérusalem 1 ne pleurez pas sur moi, mais pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants; car voici des jours qui s'approchent où l'on dira : Heureuses les femmes stériles ! heureuses celles qui n'ont point conçu I heureuses celles qui n'ont point allaité 1 Les hommes diront alors aux montagnes : Tombez sur nous; et aux collines. Ecrasez-nous. Puisqu'on traite ainsi le bois vert, que réserve-t-on donc au bois sec ? [Luc. xiiii, 27, 28, 29.) On avait construit dans ce lieu une église, dont il n'existe plus aucune trace.

iVeuvtVmes^alton.— Poursuivant la roule, on parvint enRn à l'endroit où la pente du Calvaire est plus rapide. La marche devint plus pénible; et Jésus-Christ tomba pour la troisième fois. Les places des trois chutes ont été soigneusement remarquées et indiquées par deux colonnes et une entaille pratiquée daus la muraille.

Dixième station. — Remarque. Cette station se trouve aujourd'hui, ainsi aue les quatre dernières, enclavée dans l'église du Saint- Sépulcre, paice qu'on a donné à cette vaste basilique toute l'étendue nécessaire pour renfermer le Calvaire, le Saint-Sépulcre, le lieu de Tlnvention do la Croix et plusieurs autres lieux saints.

Le Calvaire ou Golgotha, auque] nul des Evangélistes ne donne le nom de montagne, est un petit monticule pierreux, au revers du mont Gion, et sépare du mont Sien par un vallon étroit et d'une médiocre profondeur, qui forme un petit ruisseau , en face et à quinze stades de la montagne des Oliviers: la pierre en est blanche et assez molle. 11 est censé faire partie de la montagne de Moria, où, selon la tradition, Melchisédech et Abraham offrirent leurs sacrifices à peu près deux mille ans avant Jésus-Christ : le premier, celui du pain et du vin ; et le second, celui de son fils Isaac.

Ce monticule, dépouillé de verdure, a quelques traits de ressemblance avec une tète chauve; et c'est de là, dit-on, qu'il emprunte ses noms de Golgotha et de Calvaire, qui, l'un et l'autre, signifient crâne. Il est peu probable qu'il les doive aux crânes des criminels suppliciés en ce lieu, puisaue la loi des Juifs ordonnait de dérobera la vue les restes des cadavres dans le jour même; ou à la tète d'Adam, que Seth, après le déluge, aurait enfouie sur cette montagne, puisque cette fable ne repose sur rien de solide. Il faut se borner à dire que c'était le lieu destiné aux exécutions criminelles. Son exposition élevée et très-rapprochée de la ville en avait déterminé le choix. En bcB de Jérusalem, on avait ménagé, pour la commodité du peuple, une grande place ou large chemin, assez fréquenté, selon l'Evan-

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g'Irt : Les passants blasphémaient : Prœtiréunies blasphemabanl (MaUh. xx vii,39 ; Marc, XT, 29).

Pour rendre le Calvaire propre à la construction d*une église, les chrétiens enlevèrenlt aven une immense quantité tie décombres et d*immoudice$, toute la terre qui était au-dessus.

On laissa intacte celle où Jésus*Christ fut attaché è la croix; le terrain n*eu fut uni qii*autant qu'il le fallait pour le paver en marbre; il est encore exhaussé aujourd'hui de vingt degrés au-dessus.du rez-de-chaussée de l'église, en sorte qu'il forme comme une chapelle haute. Le Saint-Sépulcre, oui était autrefois une voûte souterraine taillée dans le roc, s'élève maintenant au-dessus du sol, le rocher ayant été coupé tout autour : ce rocher très-saillant était adossé à la pente méridionale, un peu à Torienl du Calvaire, et l'entrée du Sépulcre s'ouvrait un peu i'ia-dcssus du vallon qui sépare le calvaire du mont Sion.

« Je me rendis à pied, dit M. de Chateaubriand, à Téglisequi renferme le tombeau de Jésus-Christ, à celte église, la plus vénérable de la terre, soit que l'on pense en philosophe ou en chrétien. Elleestiort irrégulière; car /'on s*est assujetti aux lieux qu*elle devait renfermer. Elle est è peu près faite en croix, ayant soixante-dix pas de largeur et cent vingt de longueur, saus y comprendre la descente de l'invention de fa croix. »

c L'église du Saint-Sépulcre, composée de plusieurs églises, bfltie sur un terrain inégal, éclairée par une multitude de lampes, est singulièrement mvstérieuse; il y règne une obscurité favorable à la piété et au recueillement de l'âme. Les prètr'es chrétiens dos dilférentes communions habitent les diffé* rentes parties de l'édiGce. Du haut des arcades, où ils s'élèvent comme des colombes, du fond des chapelles et des souterrains, ils font entendre leurs cantiques à toutes les heures du jour et de la nuit Vous ne savez d*où parlent ces concerts, vous respirez l'odeur de l'encens sans apercevoir la main qui le brûle; seulement vous voyez passer, 6*eDfoDcer derrière les colonnes, se perdre dans l'ombre du temple, le pontife qui va célébrer les plus redoutables mystères aux lieux mêmes où ils se sont accomplis. »

C'est dans l'enceinte de cette église qu*ont été renfermées les cinq dernières stations. A dix-huit pas de la place consacrée par la troisième ctiute de Jésus-Christ on trou- \e dans Téglise une chapelle de cinq pieds lie longueur sur trois ae largeur; elle a été élevée pour honorer la place où il fut dépouillé par les soldats , avant d'élre attaché h la croix. C'est là qu'après lui avoir présenté du vin , mêlé de myrrhe et de tiel, ils partagèrent ses vêtements; le sort décida de sa tunique {Matth. xxvii, 34 ; Marc, xv, 24; Luc, xxiii, 34 ; Joan, xix, 24) eu faveur de Tun d'entre eux; elle était sans couture, et probablement de laine ; on en avait revêtu Jésus après la tlagellation qui avait déchiré son cor[)S ; et lorsqu*on

Tôla, toutes les blessures durent se rouvrir avec des douleurs d'autant plus cruelles, que la forme de ce vêtement opposait plu2i de difliculté aux bourreaux. La couronne d'épine, ôtée de rechef, rouvrit pour la se^ conde fois les blessures de la têle.

XJn peu en avant et à l'opposite, est une autre petite chapelle voûtée, désignée par le nom de la prison de Notre-Seigneur ; sa longueur est de sept pieds, sa largeur de six. La tradition nous a transmis que Jésus^ Christ y fut détenu pendant qu'on creusait le trou de la croix. Ce lieu est fort obscur i on y descend par trois marches. Tout près, sur deux colonnes, repose un autel remarquable par deux enfoncements sur le pavés les deux pieds du Sauveur y furent, dit-on, g/^nés comme dans des ceps.

£n sortant de la chapelle du dépouillement, on renconire, à gauche, un grand escalier; et non loin, une très-petite chapelle de quatre pas de long, et de deux et demi de large, défendue par des barreaux en bois; deux colonnes y soutiennent un petit autel. On aperçoit au-dessous une colonne de marbre gris, parsemé de taches noires; elle a deux pieds de hauteur et un de diamètre. C'est la colonne de Vlmpropère qui a donpé son nom à la chapelle.

Onzième station, — A dix pas de la chapelle de l'Impropère, à douze pas do cellu du dépouillement, on arrive à un petit degré fort étroit, dont les marches sont de bois au commencement et de pierre à la fin { il y en a vingt en tout ; et l'on se déchausse ordinairement pour les monter; elles conduisent au Calvaire, Ce lieu, autrefois si ignominieux, ayant été sanctifié par le sang de Jésus-Christ, devint l'objet de la vénération des chrétiens. La cliapelle, séparée en deux parties par une arcade, est revêtue et pavée de marbre blanc. Jésus-Christ fut al-« taché à la croix dans la portion qui regarde le septentrion {Marc, xv, 25; Luc, xxiii, 33; Joan. XIX, 18). On a placé sur le pavé une espèce de .rosace de diverses couleurs, pour marquer le lieu que le Sauveur rougit de son sang, lorsque les clous percèrent ses pieds et ses mains. Il y a toujours là trentedeux lampes ardentes.

Douzième station. — La croix fut plantée dans la portion de la chapelle du Calvaire, que l'arcade de division laisse au midi UUarc. XV, 25; Luc. xxui, 33 ; Joan. xix, 18). Jésus-Christ, selon la tradition, avait la faca vers l'occident, et Jérusalem derrière lui. Les deux malfaiteurs furent crucifiés près de lui ; le bon larron au septentrion , à droite, et à quatre pieds et demi de distance ; le mauvais larron, à six pieds, à gauche, au midi. Les trois croix n'étaient point sur un alignement horizontal ; elles formaie.nt comme un triangle dont celle de Jésus-Christ était le sommet, en sorte qu'il pouvait apercevoir les deux larrons sans peine. Le der* nier de ces scélérats couronnant une vie cri* roinelle par une mort impie, outrageait le Seigneur de ses blasphèmes ; peu sensible aux reproches et à Tindignation du boa

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ses

larron» il se joignait à la populace, À la soldatesque et même aux princes des pr(^tres, aux scribes et aux anciens, qui ne rougissaient pas de proférer de concert des injures et des sarcasmes contre rUomme-Dieu, dont ils avouaient les miracles {Matlh. xxvii» 39 ; Marc. XV, 29 ; Lue. xxiii, 35).

Les événements qui se pressent dans cette station la rendent la plus remarquable de toutes : la barbarie de ces sanglantes insultes ; la longanimité des sept paroles divines; le soleil qui perd sa lumière ; le vinaigre qui étancne la soif; les jambes des larrons iirisées ; les os de Jésus intacts en vertu des oracles éternels ; la constance de la sainte Vierge ; le dévouement de saint Jean, y tixeiit tour à tour la douleur, Tattendrissement et Tadmiration des chrétiens. Mais bientôt le Rédempteur expire. Le voile déchiré ; la terre ébranlée ; les rochers brisés; les sépulcres ouverts ; le cœur divin largement percé par la lance romaine ; l'eau et Je sang jaillissant ensemble, et allant sanctifier la terre des bourreaux ; les Romains surpris; Rs Juifs épouvantés ; tous publient è la fois la puissance suprême de celui que Tenfer et la mort croyaient avoir vaincu : tandis que les disciples fidèles et les femmes pieuses, muets et ravis, contemplent de loin ceite scène de prodiges (itfallA. xxvii, 35 h 57 ; Marc, xv, 24 è 42; Luc. xxiii, 33 à 50; Joan. xix, 18 à 38). On a élevé une chapelle à la place qu^occupaient la sainte Viere^e et suint Jean.

Ou voit encore le trou de la croix. Il est creusé dans le roc, à la profrmdeur d*un pied et demi, sans y comprendre la terre qui devait se trouver au-dessus lorsqu'on le creusait. II a bien le diamètre de la tête d'un homme; ce qui pourrait servir à indiquer celui de la croix. Sa place se distingue sur le pavé du temple par un carré long de mosaïque en marbre, d'environ sept pieds. Une platine, d'abord en argent, ensuite en cuivre, avait été fixée sur la circonlérence du trou, avec celte inscription :

/itc, Deuêj rex noiter anle sœcuia, Ofteratui est salutcm in medio terrœ.

Ici, Dieu, noire roi de toute élernilé, A opéré noire salul au centre de la terre.

Le trou était revêtu intérieurement de laines d'or et d'argent. Ou a élevé un autel Srec, à la droite et à la gauche duquel sont eux autres autels. Deux petits piliers en marbre indiquent les croix des deux larrons.

Entre la croix de Jésus-Christ et celle du mauvais larron, on remarque, et toujours avec un nouvel étonnemeiit, le rocher qui se lendit au moment de la mort de THomme- Dieu : la fente , large d'environ un pied, est en zig-zag et avive arête, dans une dire( lion opposée à celle des veines de la pierre; elle descend à une profondeur inconnue, car on la retrouve dans la chapelle inférieure des tombeaux, à laauelfe ce rocher sert d'appui. On a, è dessein, laissé, dans la chnpelle haute,cetiu place découvertCi au milieu du pavé,

afin d*y rendre la fente visible aux fidèles, mais en la garnissant d'un treillage en lil de fer qui empêche d'v mettre le pied. Cinquante lampes ardentes y brûlent coutinuellement.

Treizième station. — A vingt pas du troa de la croix, et justement h rentrée de Tégiise, on voit la pierre de l'onction sur b-

Îiuelie le corps de Notre-Seigneur fut parumé de myrrhe et d'aloès, avant que d être mis dans le sépulcre. Quelques-uns disent qu'elle est du même rocher du mont Calvaire ; et les autres tiennent qu'elle fut apportée dans ce lieu par Joseph et Nicodème, et qu'elle tire sur le vert. Quoi qu'il en soit, à cause de l'indiscrétion de quelques pèlerins qui la rompaient. Ion a été contraint de la couvrir de marbre blanc ; elle est ornée dans son pourtour de petite.s pierres rapportées de marbre blanc et roux ; et comme elle n'est élevée de terre que d'environ six pouces, on Ta entourée d'un petit balustre de fer, de peur qu'on ne marchât dessus. Elle a huit pieds moins trois pouces de lonz, et deux pieds moins un pouce de large. Huit lampes brûlent continuellement au-dessus de cette pierre ; et Ton voit encore à chacune de ses extrémités trois gros cierges de plusieurs pieds de haut. '

Plus loin, sur Je devant d'un escalier, on aperçoit une pierre ronde de marbre blanc, qui indique la place où était assise la sainte Vierge pendant qu'on embaumait le coqis de son (ils. Cette mère auguste laissa s'ac-

Juitter de ce pieux devoir les deux Juifs islingués qui ne craignirent pas de s'ex()0ser et aux refus du gouverneur païen et à l'indignaiion des pontifes juifs. Joseph «l^Arimathie était arrivé en toute hftte au Calvaire, avec une toile toute neuve, pour envelopper le corps sacré ; et Nicodème avait apporté la composition d'aromates. Ils enlevèrent le corps de la croix, l'enveloppèrent de la toile, appelée Sindon par l'Evangile; et après l'avoir recouvert d'aromates, le rattachèrent fortement avec des bandelettes, selon l'usage des Juifs (Matih. xxvii, 57; Marc. XV, k3; Luc. xiliii, 50; Joan. xix, 38).

Quatorzième station. — Les deux princes juifs déposèrent le corps dans un sépulcre que Joseph d'Arimathie avait fait récemment creuser pour lui dans le roc, et qui n'avait encore servi è personne. Une pierre énorme, roulée à l'entrée, en ferma 1 ouverture en présence des femmes de Galilée, qui avaient assislé à Tembaumeiuent, et qui, ayant suivi le corps avec attention, avaient eu grand soin d'examiner où on le déposait (Matih. XX vil, 60; Marc, xv, 46; Luc. xxin, 5&;/oaii. XIX, 41). C'était aussi dans le jardin de Joseph d*Ârimathie, qui se trouvait à une certaine distance; car ce saint sépulcre e>t à cent pieds de la pierre de l'onction. 11 est placé justement au milieu du plus grand des trois dômes qui couvrent l'église; c'est comme un petit cabinet creusé et pratiqué dans une roche vive, à la pointe du ciseau.

Avantlesembellissements de sainte Hélène, le sépulcre, suivant la coutume des Juifs,

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DES INDILGENCES.

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élnit composé de ileui caveaux creusés riaus le même roc ; Tuii au devant servait de vestibule, et disparut par ordre de Constantin, pour faire place à un édifice plus riche; l'autre était intérieur, et existe encore. C'est celui dont- on parle. On a pratiqué.è l'orient une entrée très-basse, en forme de cintre, contre laquelle avait été appuyée la pierre ('norme qui fermait le sépulcre. Du temps de Bède, on voyait encore au dedans les traces des ferrements qui avaient servi à la sceller; mais à Texterieur, les murs étaient recouverts de marbrejusqu'au faite; et le fatte, garni de lames d'or, était surmonté d'une croix d'or.

La pierre de l'entrée avait été rompue, et formait deux morceaux, dont le plus petit, poli au ciseau, eu forme d'autel carré, était demeuré en avant du sépulcre. Le plus grand, également poli par la main de l'ouvrier, avait été déposé dans la partie orientale, et formait aussi un autel quadrangulaire qu'on avait recouvert de nappes et de lin- V^es (1) ; depuis il a été transporté dans la mai- M>n de Caïphe. Le rocher ou le sépulcre a été creusé, et la pierre qui en bouchait l'entrée, sont également parsemés de veines rouges et blanches (2|.

Le dedans du sépulcre est presque carré» avant cinq pieds onze pouces de long et cinq pieds dix pouces de large. La hauteur est de huit pieds un pouce. La surface intérieure est revêtue de marbre, et tondue d'une riche étoffe de soie, couleur d'azur» rhamarrée de larges 'fleurs. En creusant le f^yr^ on laissa une table solide de la même |)ierre qui contient la moitié du sépulcre, puisqu'elle a toute sa longueur et la moitié de sa largeur, c'est-à-dire cinq pieds onze l»ouces sur deux pieds quatre pouces et dnmi. Ce fut sur cette table que le corps de Noire-Seigneur fut mis, ayant la tête vers roccidentetlospiedsà l'orient. Elle est constamment jonchée do fleurs et inondée d'eau rose. Il y a continuellement quarante-quatre lampes qui brûlent dans ce saint lieu; elles sont de diverses formes et de diverses grandeurs, suspendues à des hauteurs inégales ; la plupart sont d'argent, richement bosselées,et quelques-unes sont en or. On a été obligé de l»ercer la voûte de trois trous pour en faire exhaler la fumée. Le dehors est garni de tables de marbre blanc, recouvertes d'une magnifique tenture de damas cramoisi, à raies d'or. Le P. Boniface , gardien de Jérusalem , «levena depuis évêque de Stagno, ôta, eu 1553, une vieille table de marbre qui couvrait le Saint-Sépulcre, et que les pèlerins avaient dégradée pouren avoir les morceaux ; fiuis il le lit richement couvrir et environner de tables de marbre blanc, pour qu'il ser%lt d'autel. Les religieux catholiques y ctMèbrent la messe.

« Les lecteurs chrétiens demanderont peutéirc^ dit un célèbre pèteriu, quels furent les st'Utiments que j*éprouvai en entrant

(t) jMiïit€,Deur,Ba»iL, n» 5;Cyril., Cat. xiv, 9. I -2} Àdaïun. apiiil Mabill.

dans ce sépulcre redoutable ; je ne puis réellement le dire : tant de choses se présentèrent è la fois à mon esprit, que je ne m'arrêtai à aucune idée particulière. Je restai près d'une demi-heure à genoux devant la petite chambre du Saint-Sépulcre, les regards attachés sur la pierre, sans pouvoir les en arracher. L'un des deux religieux qui m'y conduisaient demeurait prosterné auprès de moi, le front sur le marbre; l'autre, l'Evangile à la main, me lisait è la lueur des lampes, les passages relatifs au saint tombeau. Entre chaque verset, il récitait une pri(*re : »

(1) Domine^ Jesu Christe^ qui in hora dici vespertina^ de eruce dêpositus, in brachiis dulcissimœ Matris tuœ reclinatus fuisti^ horaque uUitnOj in hoc sacratissimo monumento^ corpus tuum exanime conlulisli^ etc.

« Tout ce que je puis assurer, c'est qu'à la vue de ce sépulcre triomphant, je ne sentis que ma faiblesse ; et quand mon guide s'écria avec saint Paul : Uoi est^ mors, Victoria tua? vbi esty mors, stimulus tuus? 0 mort i où est ta victoire 7 ô mort I où est ton aiguillon ? je prêtai l'oreille, comme si la mort allait répondre qu'elle était vaincue et enchaînée dans ce monument (2). »

On voit au Mont-Valérien près Paris, une chapelle dite du Saint-Sépulcre : cette imitation exacte de l'intérieur du tombeau de Jérusalem est un don fait par le roi régnant à l'église du Calvaire : elle a été construite sur le modèle du sépulcre de Jésus-Christ, avec une attention mmutieuse, sous les yiMix de monseigneur Forbin de Janson, et sous la direction de feu M. Prévôt, propriétaire du Panoranm de Jérusalem ; ils avaient ensemble visité les saints lieux avec l'œil de la science et de la piété (L).

L'église du Saint-Sépulcre renferme des religieux de sept nations différentes.

Les Latins ou Romains qui sont des Pères Cordeliers, autrement Pères de la Terre Sainte : ils possèdent le tombeau de Jésus- Christ, la chapelle où le Seigneur fut attaché h la croix, l'église souterraine de Tlnvention, la pierre de TOnction, et la chapelle dite de l'Apparition.

Les Grecs ont le chœur de l'église, où ils ofiicient.

Les Abyssins tiennent lachnpelle de Tlmpropère.

Les Cophtes, ou Chrétiens d'Egypte, ont un petit oratoire près du Saint-Sépulcre.

Les Arméniens conservent la cnapelle où les vêtements de l'Homme -Dieu furent joués et partagés.

Les Ne^toriens ou Jacobitcs, venus de la Chaldée ou de Syrie, sont maîtres d'une petite chapelle près du lieu où Jésus-Christ s'offrit aux yeux de la Madeleine, sous la forme d'un jardinier.

(1) c Seigneur Jésus, qui, ayant élc descendu de la croix, àt l*lieure du soir, :ivcz été reçu dans les bras de voire tendre Mère, et avez reposé volnt; corps prive de la vie, dans ce tombeau sacnS à U deniiérc heure, etc. •

(i) De Cliïitcaubiiaud.

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DlCTlONiNAIRE

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Los Géorgienssont en possession du trou oh la croii fut plantée, et de la prison de Notre-Seigneur.

Les protestants, dit un auteur de cette communion (1), ne sont point représentés au tombeau de Jésus-Christ.

Ilh P4RT1E. — néflexions sur la Croix.

Les souverains pontifes ont déclaré plus d*une fois que Textension des privilèges du Via Crucis était en leurs mains un moyen puissant et facile pour faire acquérir aux fldèlcs de TuniVers chrétien 1 habitude de méditer sur la Passion de Jésus-Christ, et pour les aider à recueillir les fruits abondants de vie et de salut que Tâme goûte dans ces méditations. Il n*.y a rien, disent-ils après saint Augustin, d'aussi propre à purifier îiotre cœur, et à Tentlammer de Tamour divin, que la méditation assidue faite au pied de la croix {BenoU XIY).

il semble, en effet, que, de toutes les pra* tiques qui peuvent nous faire atteindre ce but, la dévotion au Fta Crucis est la ))lus efticace; il semble aussi que c*est la moins difficile : les lectures, les prières, le chant des hymnes et des cantiques, la vue dos chapelles ou des tableaux, la présence des croix ou des instruments de la Passion ; le concours des fidèles réunis par les mômes sentiments, pour pleurer les mêmes douleurs; tout doit alors remuer Tâme puissamment et la disposer à la méditation de la croix, sans beaucoup d'efforts. C'est ce qu'éprouvent les chrétiens de Jérusalem : ils visitent le Chemin de la Croix tous les jours de la semaine sainte, et tous les vendredis de Tannée*; ils en parcourent les stations, pieds nus, pendant que les religieux Franciscains ou Pères de la Terre Sainte leur suggèrent quelques réflexions sur les souffrances do THomme-Dieu; les pèlerins les suivent : leur recueillement profond indique les sentiments qui remplissent leurs âmes : et à rhumililé de leurs adorations, è la componction de leurs gémissements, on voit qu'ils partagent les humiliatiojis et les douleurs de celui qui les racheta^ au prix d'un sang divin , versé au milieu des plus cruels supplices (2).

Tels sont les modèles que nous devons nous proposer avant de commencer les exercices du Chemin de la Croix. A la vérité, nous n'aurons pas, comme eux, le bonheur do baiser de nos lèvres les traces du Sauveur Jôsus; mais ne pourrions-nous pas, sans ce secours, nous représenter vivemont ses souffrances è chaque station? Faudrait-il donc des efforts bien prolongés à un chrétien pécheur, mais repentant, pour se rappeler que c*est à cause de lui que Jésus voulut épuiser, jusqu'à la lie, la coupe amère des opprobres et des tourments? Et pourrait -il refuser quelque abaissement à celui qui s'ost abaissé si fort? Aussi a-t-on vusouventdes évoques

(I) Lord Jollif, Leiires sur la Palestine, 18i0. (3) Qiiarcs. , Elucid, Terrœ sanctœ, iiv. iv, pori'gr. 6.

s*emparer eux-mêmes de la croix de passion, dont on se sert pour le Fia Cructs^ et la porter pieds nus pendant les stations. Plu* sieurs cardinaux, encore aujourd'hui, se glorifient do cacher quelquefois l'éclat de la pourpre romaine sous rombrage de l'arbre de la croix ; et le Souverain Pontife lui-même se plaît, à certaines fêtes solennelles, à rehausser la majesté de la tiare de la majesté de la croix (J).

Après de pareils exemples, serait-il néces* saire de dire qu'il faut s'avancer vers le Chemin de la Croix avec une humilité profonde, avec tous les épanchements de la re* connaissance la plus tendre et de l'amour le plus ardent? Quel est le ooeur qui ne serait pas ému en voyant le roi des cieux se traîner sur le chemin du plus ignominieux supplice, chargé du bois sur lequel il va expier toutes les fautes du genre humain? Quel cœur ne s'attendrirait pas en voyant la reine des anges, mère de I Homme-Dieu, arroser de ses larmes les traces du sang de son fils bien-aimé, et l'accompagner à la mort? Que si le chrétien s'attriste de demeurer encore froid et glacé à la vue de ces grandes douleurs, il ne tiendra qu'à lui de voir bientôt cette dureté de cœur disparaître et céder aux ardeurs d'un feu tout céleste. Quel moment favorable pour demander, quelle heureuse circonstance pour obtenir de la reine des cœurs une légère part aux affections de douleur et d'amour qui remplissaient son âme divine sur la voie douloureuse!

Favorisés de cette grâce, nous nous élancerons dans cette voie royale, sur les traces de l'innombrable foule dé saints qui nous y ont précédés ; et y avançant avec une pa* tience invincible, nous apercevrons bientôt, au bout de cette carrière de combats, Jésus auteur et consommateur de notre foi; nous l'y verrons, pour guider nos pas, renoncer aux joies que son Père lui offre, et choisir les douleurs, malgré la flétrissure de la croix (Hehr. xii, 1) , et nos regards découvrant celte gloire ineflable , ce triomphe éclatant dont Jésus, pour prix de ce choix (Philipp. Il, 9), jouit dans l'immensité de l'univers, un profond sentiment de conviction s'élèvera du fond de nos cœurs, et nous fera redire que ce mot de croix, si éiraoge et si insensé à ceux qui se perdent, est la sagesse et la force de Dieu même pour ceux qui se sauvent, c'est-à-dire pour nous ( I Cor. I, 18).

Non, il ne faut pas de longues études m de rares talents pour méditer sur les merveilles delà rédemption, lorsfiu'on se trouve engagé sur le Chemin de la Croix. L*Anie la plus simple, en élevant ses yeux vers Jésus,

(I) Le 5 mai I8i7, jour de ilnvenlion de la sainte croix, le Sainl-Pcre assista à une procession d*(me confrérie pariiculicre. Sa Sainlcté voulut porirr elle-même la croix qui est la bantitére de la ciuirn'* rie. Elle était accompagnée de d<*nx cardinaux et des prélats de sa maison. Sa S:iiiileié porta la croit jusqu'à réglise de SainlCIémcnt, et la reprit ensuit' avant d'entrer dans la basilique de Sahite-Croix-cniorusalcm. {.\mi delà IleligioHf n. I,35(>.)

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DES INDULGENCES

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el les ramenant sur elle-même, s*enfoncera bientôt dans les profondeurs de ce mystère. Cette âme, si elle est pécheresse, y trouvera les plus fermes motifs de confiance, de solides consolations et de vives lumières; si^ elle est juste, elle y puisera sans cesse une* force invincible, et y découvrira une gloire supérieure à toutes les gloires de la terre.

Lu croix est notre confiance, — Il est facile au pécheur de se convaincre que rien n'est plus efticace pour guérir les plaies de la conscience, que la méditation assidue de la croix (saint Bernard), Ecrasé sous le poids de ses fautes, qu'il lente un léger effort; Qu'il essaye de se traîner sur le Chemin de la rroix^ et déjà il éprouvera un léger allégement à son fardeau. Lorsqu'il est effrayé du nombre et de l'énormité de ses crimes, que la pensée de la croix puisse se frayer un accès dans son âme ; et déjà son âme s'ouvrira à respoir d'être délivrée. Que, tout livide des blessures empoisonnées dont l'a couvert le monstre infernal de l'abîme, il ait le temps d'apercevoir la croix, à l'instant il recouvrera une nouvelle vie, et il reparaîtra tressaillant de joie et brillant de jeunesse {Ps. xLii, k). Un pécheur, en abordant la croix, pourrait-il fermer son cœur à la con- Gance? Est-il donc un pécheur, auquel Die i mourant sur la croix refuserait le pardon? Vn ()écheur oserait-il, à la vue de la croix, s*écrier que son péché est trop grand pour Aire pardonné {Gen, iv, 13)? Quel est donc le péché que le sang divin découlant de la croix n'aurait pas la vertu d'effacer? Mais aussi qui pourra demeurer pécheur en demeurant au pied de la croix ? Une âme droite el généreuse ne concevra-t-elle pas du péché une horreur invincible, lorsqu'elle réfléchira sérieusement que, pour expier ses crimes, le Fils de Dieu a voulu mourir sur la croix, au milieu des tourments, et quels tourments? Celte pensée a de quoi effrayer l'imagination la plus froide.

Oui, le cœur le plus dur parviendra à s'araollir en touchant Tarbre de )a croix. 11 faudra bien qu'il se laisse émouvoir aux prodiges incompréhensibles de Tamour de son Dieu. En voyant Jésus succomber sous le fardeau de la croix, se relever néanmoins et se traîner jusqu'au sommet du Calvaire; en le voyant lixé sur la croix, le corps en lambeaux el couvert de sang, lorsqu'il pouvait si bien, comme autrefois, se dérober à la fureur des hommes, l'âme la plus rebelle sera Taincue, le pécheur le plus indocile sera confondu. Entraîné par son émotion, le cœur altendri et les yeux humides de larmes, il loujbera au piecf de la croix en s'écriant aussi : Il m'a aimé !.... et il m'a r.imé jusqu'à se livrer à la moit pour moi (1) 1... Est-ce donc ainsi que vous aimez, ô mon Dieu? Je

M) Chrîslns dilciil nos el Irailidll scincUpsiim pro Dobis olilalioiiein el hosliam Deo, in odorciii suavi-

l»l\ê(Eph. 5, 2). — Jésus Chrislus Princcps lie-

gum Icrrae dileiil nos el lavil nos a pccc;ilis noslrîs .n san^iinc siio, el fccil nos ft'gnuui ci saicrdolci iKx l^alri suo. (Àpoc. t, ^iel G.)

croyais trouver un juge irrité !.... El vous me prévenez de l'amour le plus cher !.... El vous me pardonnez de l'amour le plus tendre I Vous le savez, vous seul, ô Jésus 1

combien de fois le pécheur, en repassant ses jours anciens dans ramerturoe de son cœur ( Ps. Lxxvi, 6 ; Is. xxviii, 13 ), a été obligé, pour calmer ses agitations, d'accourir au pied de votre croix 1 Lorsqu'abusé par un moment d'erreur, il a eu le malheur de perdre en un instant vos grâces el vos dons; vous le savez , ce n'est qu'eu se réfugiant bien vite auprès de voire croix qu'il a apaisé le remords qui déchirait son âme : et il sait, ce pécheur, combien il fut étonné de vous retrouver à la croix, toujours bon, toujours doux, toujours riche eu miséricordes et en faveurs célestes ; il sait quelles larmes amè-

res et douces ont inondé son cœur Avec

quels tressaillements indéfinissables n'at-il pas alors promis d'éviter, jusqu'à la plus légère occasion du péché (1 Thés, v, 22)1 Ah I il sait bien que jamais il n'eût rencontré ailleurs un père aussi bon, un ami aussi plein d'amour (1).

(1) Là (dans un asile pieux consacré par rEglisc), ie perdais le souvenir de mes peines, je me réconciliais avec la vie et avec moi ; j'oubliais les injures que Ton m*avnit faites; je souffrais paliemmenl ce que Dieu perniei ; je déplorais mes erreurs cl celles de mes semblables; je n'avais plus d'ennemis; je semais que Dieu m'avail pardonné à moi-même ; il nrélail si doux de pardonner, d'avoir quelque sacrifice à offrir à celui qui s'élail liii-nièmc immolé pour moi ! Mais comment s'opéra celle révolu lion soudaine de mes pensées? Naguère encore je me sentais iravaîllé de mes passions, mécontent des autres, à charge h moi-même...; el loul à coup, mon deuil est ciiangé en joie, une lumière pure a dissipé l'épaisseur de mns ténèbres, el mes ennuis sont passés ! C'est la vue de la croix resplendissante qui a opéré en moi ce prodige. Je vopis devant elle les fidèles

Î^roslernés, le soleil allait finir sa carrière cl in'ofrail l'image de ma fin; un aiilre soleil se levait sur mon âme, un soleil qui ne se couche jamais ! Vous le dirai-je? un soir, suriour, que je priais daiis Qn monastère de Naples( celui des Céleslins), mon âme abattue el languissante se ranima aui accords d'iuie musique céleste et des canUqucs sacres. Une illusion ravissante fit cesser mes inquiétutles et me laissa dans un saisissement de suiprise et de bonheur, dont je ressens encore les profimdcs atlt'inles. Comme j'élevais mon cœur el mes yeux pour adorer celui dont la majesté remplissait la solitude du Temple, je vis, ou je crus voir chacune des épines, qui rormaieat une couronne saiiglanic sur le front de rilomme-Dicu, se chancer en une étoile, en un astre étincclant de clartés éblouissaiiies, dont je ne pus soutenir réclal. En même temps, il me sembla que j'entendais une voii d'amour et iîù miséricorde qui me parlait de pardon; qui me disait que toutes mes offenses élaieut mises en oubli ; que le fardeau énorme de mes péchés tombait de dessus mon ànie, allait s'abîmer, se perdre à jamais sous cette croiz au pied de laquelle je m'étais agenouille. (De Joux, Lettres iur rilatic, t. I, p. 81.)

Que vous dirai-je de ce symliole touchant du Rédempteur, dont nous baisons l'image à notre dernière heure, hnage de celui qui sut mourir, el qui nous apprit à remeure notre esprit entre les mains de notre Père ccleslc, afin que notre chair repose avec cs|>érancc dans le cercueil?

Le Crucifix , ce dernier confident de l'âme qui

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La croix est notre consolation. — Le pécheur, ainsi encouragé, n'hésitera plus h revenir fréquemment auprès de Tami, qui du haut de sa croix vient de rattacher pour toujours à son cœur ; et chaque fois il |)uisera dans ce cœur des consolations mille fois nlus douces encore et plus abondantes. Que! est l'homme qui n'a pas éprouvé de ces chagrins cruels qu*on s'efforce de renfermer au fond de rame ; de ces peines qu'on craint de laisser percer au dehors, parce qu'on craint do n'être compris de personne? De quels désirs alors on désire un ami qui sache s'insinuer dans les replis du cœur, qui recueille en silence la larme qui tombe, et qui nous montre ses 3'cux humides de pleurs ! un ami qui ait connu le délaissement ! un ami dont laf* fliction ait rendu le cœur sensible à l'aflliction des autres 1 Où est Tami comparable à Jésus sur la croix? Qui mieux que lui a connu le secret, a épuisé l'amertume des soutfrances? Qui plus que lui s'est vu dans le délaissement universel ? Il a attendu longtemps un ami qui vint partager ses maux et sa tristesse, et personne n'a paru ; il regardait sans cesse autour de lui pour découvrir un ami généreux et recevoir de sa bouche les consolations de l'amitié, si douces h la mort, et aucun ne s'est présenté (Ps^ Lxviii, 25 ). Mais lui, il nous attend toujours sur la croix, pour nous y consoler : il y étend les bras pour nous y recevoir ; toujours sa tête se penche vers nous, laissant tomber des ref^ards pleins d'amour pour appeler notre conliance ; toujours il nous y offre son cœur o'iverl, pour nous y réserver un délicieui asile; toujours il nous y montre ses pieds attachés })Our se prêter à nos empressements, v.i ne se dérober jamais à nos recherches ; il nous y livre son corps adorable et son sang divin, afin que nous y chérissions toujours le gage de notre pardon et le prii de notre rédem|)tion (S, Aug., de Yirg,), Il est sur la croix à nous attendre, dans ces moments où tout nous abandonne ( Is. xxx, 18 ) ; il nous

8*er.vole; ce no!)le cinhléme d*un Diea qui nous a nimcs au pcniit de soutîrir pour nous la plus ignominieuse el la plus cruelle morl, combien de fois, placé près du cœur du clirélien lidèle, il Ta soutenu dans la lenlalion! que de larmes de reconnaissance, de repentir el d*amour ont clé répandues sur le Crucifix! Avec quelle ineffaldc consolation, plus d'une fille éplurée, le retirant des doigts glacés de celle dont il'e reçut le jour, a presse de ses lèvres tremblantes ce gnge de regret, d^amour et de foi, tiède encore uu dernier soupir de sa mère expirante !

Ab ! qu*il vous accompagne sans cesse, ce signe l'onsolateur de votre Rédemption, 6 vous qui adorez Dieu! aimei à le suspenilre sur votre sein, comme un talisiiian sublime, ttont Taspect seul vous défendra k Pbeure de la séiiuciion, et jusqu^à ce que votre cœur ail cessé de battre; il passera alors de vos mains inanimées dans celle de vos enfants : cet béritage funèbre vous retracera à leur ménmire; les ' iileurs, qui, tant de fuis, aunmt coulé des yeux paternels sur le bois de la croix^ se méleront*aux larmes que vos lils et vos fdles doivent répandre à leur lour : rien ne pourra rompre ces invincibles liens ; Vos âmes dès lurs ne cesseiont de s*uinier et de s*enlendre jusqu^au jour bienheureux qui vou:> réunira (M., ibid. 1. 1,1. XV, p. \n).

Y attend, lorsque les amis les plus chors, lorsque les plus ardents protecteurs se déclarent contre nous ; il nous f attend, lorsque notre âme désolée ne voit autour d*ello que peines et que douleurs, que silence et que solitude; il nous y attend au milieu de ces pertes cruelles, dont le poids terrasse l'âme la plus magnanime. Avec quelle bonté il iious soutiendra alors sur le pied de la croix 1 Les larmes dont nous baignerons ce bois précieux seront pleines de suavité, parce que Jésus cruciQé les mêlera avec les siennes, et que de son sanç adorable il en adoucira l'amertume. Réfugiés au pied de cette croix, comme dans un port à Tabrides tourmentes, nous ne voudrons plus en sortir, pour ne pluâ nous exposer à de nouvelles tenanfr» tes (E).

La croix est notre lumière. — A mesure que le pécheur fixe plus attentivement Tin^ strument sacré du salut, il est surpris de la vive clarté qui se répand autour de lui : le monde perd tous ses charmes, et la religion déploie ses célestes attraits ; il ne voit plus dans la croix ni scandale ni folie ; il y admire la sagesse la plus relevée et la plus sublime prudence; et il n*hésite pas à répéter, avec une noble assurance* qu'il ne veut désor^ mais savoir autre chose que Jésus, et Jésus crucifié ; science infiniment supérieure è la science humaine, la plus haute él la plus persuasive ( / Cor, ii, * ).

11 est certain que la Sagesse éternelle, aui a distribué aux mortels les talents et tes dons de la nature, avec autant de variété que de profusion, n'a pas quitté leséjourde la gloire, pour les plonger dans Taveuglement et dans Terreur. Elle n*est pas descendue sur la terre pour faire ses délices de la contemplation muette de leurs égarements et de leurs systèmes. Elle a dû se proposer un motif digne d'elle. Comme les rois de la terre» elle aura voulu sans doute semer les bienfaits sur ses pas (Act. x, 38), et verser les grâces à pleines mains. Eh bien 1 si, dans les dons célestes, elle eût trouvé quelque chose de plus avantageux que la science de la croiXy et de plus excellent que Tart d*ai' mer les souiTrances, croit-on qu'elle eût balancé un seul instant à l'accorder aux hom* mes? non, sans doute. Mais le Fils de Dieu, en s*abaissant jusau*à l'humanité et toutes ses misères, a vouiu si bien nous convaincre qu'il n'y avait pas de science supérieure ^ celle de la croix, qu'il annonce sans détour que c'est le le signe seul auquel il reconnaîtra ses disciples {Matth. x, 38). Il ne leur offre, pour être heureux, que la croix, et la croix portée chaque jour à sa suite, sur le chemin qui mène au Calvaire (Luc. ix, 23)*

Qij'on médite sérieusement ces instruc* lions, et l'on pensera, pour peu qu'on ail le jugement droit, cju'elles doivent renfermer une science profonde et une sagesse merveilleuse ; qu'on prolonge la méditation, et l'on ne tardera pas k en acquérir la certitude.

Chacun de nous, en interrogeant les événements de sa vie, eu promenant ses regards

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sur l^s hororoes qui ronvironoent, et de là les prolongeant sur l'univers entier, n'y verra qu'un enchaînement perpétuel de mi* $ère$ et de peines. Ce n'est pas seulement Je disciple de la croit qui est en butte à mille maux, mais tout mortel doit s'y attendre, quels que soient d'ailleurs sa situation ou son Age, sa croyance ou sa conduite.

Partout où les hommes vivront ensemble, ropf>osition des iiUérôts, la diversité des esprits, la multiplicité des besoins, l'exigence des passions, l'enchaînement des calamités, j'âpreté des maladies, l'approche et les avantcoureurs delà mort, seront toujours, comme par le passé, une source féconde d'afflictions et de douleurs : nul ne peut se flatter de les défier toutes. Quelle admirable leçon reçoivent donc les hommes lorsau'ils apprennent le secret de retirer de ces inévitables souffrances un bonheur sans mesure comme sans Qn 1 nn bonheur dont les plus heureux mortels ne peuvent pas même concevoir une légère idée 1

Allez où vous voudrez^ leur dit la Croix, cherchez tout ce qui fait l'objet de vos désirs ; disposez^ arrangez tout à votre gré : vous ne trouverez jamais autre chose^ sinon qu'il faut touffrir^ ou de bon cœur ou malgré vous. Moulez dans les ranos supérieurs: descendez dans tes conditions les plus basses ; jetez les yeux au loin^ ramenez-les auprès de vous: partout la croix s'offrira à vos yeux. Ne vous flattez donc pas d'échapper à une destinée que nul homme na encore évitéct et ne croyez pas quil y ait pour vous d'autre voie sur fa terre que la voie royale de la croix. A la vérité^ il nesl pas dans la nature de l'homme de l'ai-mer; mais c'est précisément en cela que la tcience de la croix vous est utile^ puisque c'est de Jésus en croix que vous en recevrez la arâce et te courage (Imit. ii, 12). La vue de la croix de votre Dieu vous animera à por^

trr la vôtre. La vôtre I Eh! quelle est

bien plus légère que la sienne l Encore se joint'il à TOUS pouK en soulever lé poids. Ceit là son ioug ; il s'y attache avec vous pour vous le faire trouver et plus léger et plus doux (S. Aug.). Combien d'âmes avouent qu'elles trouvent ainsi leur croix délicieuse t La croix nous apprend encore que s'il a fallu, pour apaiser Dieu, un sacrifice aussi redoutable due celui de Tauguste victime qu'elle offre à nos regards, c'est dans l'intinie grièvelé de nos péchés qu'il faut aller en chercher la cause; que si le Juste par excellence a cru que la croix seule pouvait expier le péché, le pécheur, chargé a'une vie cou-

t^able, ne peut se refuser à une expiation )i<'n faible, alors même que la croix en serait l'instrument. Car quel est celui qui, mesurant d'une main ferme ses fautes avec ses Freines, trouvera celles-ci trop lourdes et trop accablantes ? Dans le moment où il souffre, sans doute il pourra, par un premier mouvement, s'écrier que ses souffrances sont cruelles ; mais jetons les yeux sur la croix, et ce que nous souffrons nous paraîtra bien peu de chose: quelles paroles dures ! quels traitements inhumains ! quels

supplices barbares vinrent y assaillir notre Maître! Celui qui eut la tête couronnée d'é-

fnnes, et la tête couverte d'un voile ; dont es oreilles furent rassasiées de blasphèmes, et la bouche, de fiel et de vinaigre; dont le visage fut souillé de crachats et de sang; celui qui laissa charger ses épaules d'une croix, et percer son cœur d'une lance, tordre ses membres et déchirer son corps, clouer ses pieds et clouer ses mains ; le Uoi des rois enfin, qui, des pieds h la tète, souf* frit do longues et cruelles douleurs (S. Grég., pape, Epist.)t nous criera, si nous nous plaignons de nos maux, que la croix n'est point un lit de délices; et la plainte viendra expirer sur nos lèvres.

C'est à la croix que nous devrons aussi le secret de perfectionner nos vertus. En effet, oii Jésus nous prêche-t-il d'une voix plus persuasive l'amour de nos frères? Est-ce au jour où il nous recommande de faire du bien h. nos ennemis {Luc. vi, 33, 35), ou bien dans ce moment où, expirant sur la croix, il donne à ceux qui l'outragent les té* moignages de l'amour le plus généreux? Où Jésus nous enseigne-t-il plus éloquemment à devenir fiatients et doux? Est-ce quand il nous dit: Conservez avec soin vos âmes dans la patience [Luc. xxi,19) : ou bien, lorsqu'il souffre avec mansuétude les tourments les plus barbares et les railleries les plus amères ? Dans quelle circonstance grave-t-il eu traits ineffaçables l'humilité dans le fond de nos cœurs? Est-ce en nous disant: Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur {Matth. xi, 29); ou en se présentant à nos yeux attendris, non comme un homme, mais comme l'opprobre de lespèce humaine, mais anéanti sous la forme du plus vil des esclaves? A quel moment inculque-t-il mieux l'obéissance d^ns nos cœurs ? n'est-ce pas lorsc^rie, semblable à l'agneau, qui ne pousse pas un bêlement, il obéit jusqu'à la mort, et suit ses bourreaux fa la croix? Oui, c'est sur la croix, nu, dépouillé, privé de tout, qu'il nous éclaire, plus parfaitement que jamais, sur la vanité des biens du monde et sur la folie qu'il v a d'y placer son bonheur. Oui, à la faveur ae la lumière divine qui rejaillit de la croix, l'Âme voit avec la plus vive clarté tout ce qui l'intéresse ; elle aperçoit distinctement les sentiers qu'elle doit suivre et les pièges qui la menacent. Souvent elle y acquiert la connaissance des choses surnaturelles avec une évidence si parfaite, que rien ne saurait l'affaiblir.Quana elle est avancée dans cette voie, la croix dont elle s'approche éclaire son intelligence d'une science sublime. Si, mille fois plus incertaine, après avoir reçu les conseils des hommes, qu'avant de les avoir réclamés, elle court à la croix, elle y admire, avec une reconnaissance muette de ravissement, l'abondance des lumières qui jaillissent autour d'elle; et la détermination qu'elle demande se trace rapidement en traits de feu. Aussi saint Augustin, dédaignant toute son érudition profane, s'enrichissait d*une science céleste et pleine d'unctiou auprès de la croix; saint Thomas

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e( saint Bonaventure, en demeurant à ses piciJs,devenaient plus savants qu*en étudiant tous les ouvrages des hommes; saint Jean de la Croix, saint Vincent Ferrler, saint Ignace, sainte Thérèse, y trouv/iient la solution à tous leurs doutes, la réponse à toutes leurs dillicultés, et les inspirations les plus puissantes pour se perfectionner darij la vertu, ou pour réussir dans les œuvres qu'ils projetaient pour la gloire de Dieu.

La Croix est notre force,— En méditant sur la croix, le cœur s^échaufTe, s'enflamme et s'embrase par degrés ; il y trouve sans cesse de nouveaux aliments à son admiration et à son amour; Thumble fidèle ne peut plus cacher le feu qni le brûle; obligé de donner un Hbre passage à ses ardeurs, sa langue révèle et sa bouche publie et les sentiments qu'il éprouve et les mystères qu*il découvre {Ps. ixxviii, k): dans la croix seule il rencontre une défense toujours prête, il puise une force toujours croissante, une vertu secrète et si puissante, qu'en s'y attachant invinciblement, il devient supérieur à toutes les puissances de Tenfer. Rien ne peut plus avoir prise sur son éme, ni les désirs des passions les plus fougueuses, ni les amorces séduisantes de la volupté; en présence de la croix , le péché a perdu son auJace, et la chair a perdu son attrait. (Oros., Ep. adRom.^ 1. V.) Aussi, pourquoi l'Eglise, avant d'ouvrir nos yeux h la lumière , imprime-l-elle déjà sur nos membres fragiles le signe de la croix, à plusieurs reprises? C'est qu'il n'y a point de rempart plus inexpugnable contrôles armées de l'enfer. Pourquoi, au moment oCi nous essayons des pas mal assurés dans le chemin de la vertu, vient-elle marquer notre front, notre bouche, notre poitrine, du signe de la croix? C'est qu'il n'y a point d'appui plus ferme dans les sentiers les plus glissants, de défense plus sûre contre les écueilsetles pièges qui menacent l'innocence. Pourquoi, dans toutes nos jetions, à la vue des plus redoutables dangers , veut-elle que notre première pensée, que notre premier mouvement, soit de figurer sur nous la croix de Jésus-Christ? C'est qu'elle nous crie, comme au premier des empereurs romains : Vous vaincrez par ce signe. Satan, à la vue de ce Çlaive oui le perça d'un coup mortel (Chrys. tH 3fai/A., h. 5V), frémit de rage : il fuit et nous laisse en repos. C'est avec la croix que les saints rendaient l'enfer impuissant et la nature obéissante; jamais ils n exercèrent le pouvoirdes miracles qu'en implorant la vertu de la croix. Forts de ce secours divin, ils éloignaient les maladies, ils enchaînaient les éléments, ils maîtrisaient les démons, ils étonnaient les bourreaux, ils calmaient les tourments, ils épouvantaient la mort; et ils contraignaient les intidèles à confesser la puissance,^ proclamer la supériorité du Dieu qui attachait h la croix une si haute vertu (C>Til., Cat. XIII, 40).

Celle vertu lui aurait-elle été enlevée aujourd'hui ? Ah I si la croix nous paraît frappée de stérilité, il ne fcuil en accuser que le dépéiisscminl de nuire foi. Notre rais ju, si

fort perfectionnée, appelle puérilité la dévotion a la croix; et petitesse d'esprit, la con« fiance d'une Ame sainte qui a recours à de pareilles armes. Qu'elle accuse donc de puérilité ces saints et savants personnages qui opposaient avec tant de succès le signe de la croix aux attaques du prince des ténèbres et des puissances de l'air: qu'elle regarde comme une petitesse d'esprit la noble assurance du çrand saint Âthanase, lorsqu'il défiait les plus fiers idolâtres de ne pas reconnaître la vertu de la croix au milieu des divinations et des oracles, dont le prestige s'évanouissait à l'instant; qu'elle appelle donc petitesse d'esprit l'énergique confiance de saint Cyrille, lorsqu'il pressait par ces mots les incrédules de son siècle : • Considérez les démons, et, si vous n'en croyez pas à mes paroles , crovez-en à leurs terreurs : voyez comme ils frémissent au nom de notre Christ qui a été crucifié {Cat. xiii, 3);» Qu'elle a|H pelle donc petitesse d'esprit la mâle intrépidité de saint Grégoire de Nazianze : « Armé de la croix, dit-il, je .ne crains plus rien, et je dis au démon : Fuis loin de moi, perfide, si lu ne veux pas que ie te renverse avec cette croix, devant laquelle tremble tout Ion empire (Crég., Carm. 22h » qu'elle appelle donc petitesse d'esprit la sainte hardiesse du vénérable Hilarion, lorsque, d'un signe de croix , il fixait sur un sable mobile Us vagues qui menaçaient. d'engloutir les montagnes; Qu'elle appelle donc petitesse d'esprit, le génie puissant de saint Grégoire le Thaumaturge, lorsqu'il déplaçait d'énormes rochers sans autre levier que la croix; que notre raison appelle petitesse d'esprit la magnanimité de saint Martin, lorsqu il n'opposait d'autre défense que la croix aux fureurs des païens et aux traits des Barbares; qu'elle appelle encore petitesse d'esprit le dévouement de saint François Xavier, lorsque, armé d'une simple croix , il repoussait dans les antres de leurs montagnes, les hordes de sauvages qui s'élançaient sur les chrétientés naissantes; que notre raison appelle puériles les Antoine et les Pacôme, qui, d'un signe de croix, dissipaient les spectres et les fantômes infernaux; qu'elle les appelle donc puérils, tous ces grands hommes, environné» des hommages de quinze siècles : saint Chrvsosiome, saint Basile, saint Augustin, saint Jérôme; quels noms! et quels hommes! Ce sont eux néanmoins qui nousdisent :En combattant contre les ennemis de la foi, voulezvous triompher promptement? armez- vous du glaive de la croix. Voulez-*vous voir se briser en un clin d'œil tous les emportements de la colère? couvrez-vous du bouclier de la croix.{Cyril., Cat. iv et xiii.) O vous! qui chérissez la plus aimable et la plus délicate des vertus, frémissez-vous d'une attaque aussi violente que soudaine? réfugiezvous sous le rempart de la croix. N'ayez rien de plus familier que le souvenirde la crois** marquez-en votre front, ornez-en vos lèvres, imprimez-la sur votre cœur, et ne rougi'^seï pouit des symboles honorables de votre salui; car ce sont eux qui vous donneut la vie, et

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qtii vous conservent Texislence {Chrys. in ifatih.f h. 6k), En rompant votre pain, enremplissant votre coupe, en vous livrant au som* lueil, en sortant de votre couche , en vous metfant en marche, en traversant les fleuves, CD ptircourant les mers , en séjournant dans les régions infidèles, munissez-vous du signe de la croix, et jamais vous n'aurez à redouter ni les terreurs de la nuit, ni les traits lancés en plein jour, ni l'activité cruelle de ce lion rugissant, qui, pour vous dévorer, guette sans cesse un instant do négligence ou de lassitude (Ephr.) Que le signe de Jésus-Christ enfin soit toujours dans vos cœurs et sur vos lôvres; que ces caractères distinctifs du chrétien vous fassent reconnaître au bain comme à table, dans les promenades ainsi que dans les voyages, au milieu de la joie aussi bien que dans la douleur. (Gaudent., ser, 8.) Ils joignaient Texemple au précepte. A cliacuD (le leurs pas, lorsqu'ils s'éloignaient df? leurs demeures, et lorsqu'ils y rentraient, lorsqu'ils passaient leurs vêtements, et lorsqu'ils rattachaient leurs chaussures, avant de I uriûcr leurs mains et de prendre leurs relias , au moment d'arranger leurs foyers et d'allumer leurs lampes ; en un mot , dans toutes leurs actions, dans tous leurs entretiens, ils commençaient par former sur eux le signe de la croix. Ils en couvraient leurs maisons, eo décoraient leurs murailles, en ornaient leurs portiques, regardant la croix comme la principale défense de leurs corps aussi bien que ae leurs âmes {Paulin), S'ils i^taient surpris par quelques moments de langueur, ils y recouraient avec plus d'empressement encore.

Lacroix de Jésus, notre Maître, s'écriaientils, était |:our nous un souverain remède. Lorsque notre vertu s'affaiblissait, nous ne nous laissions aller ni au trouble ni au découragement ; si nous ne retrouvions plus en nous aucun reste de vigueur, nous entrions sans obstacle dans le cœur de Notre Sauveur, si largement ouvert par le fer de la lance; nous nous abreuvions à longs traits du miel ({Ut en découlait (Bern. in Cant. '22); et à 1 instant nous goûtions combien le Seigneur est doux à ceux qui Taiment {Pi. xxxiii, 8); nous ressentions avec quelle bienveillance il exécute la volonté de ceux qui le craignent {PiaL GXLiv, 20); nous éprouvions les aimables témoignages de sa bonté envers (f'ux qui le recherchent d'un cœur pur P»aL Lxxu, 1); et, réfugiés dans la plaie de son cœur, à l'ombre de ses bras étendus sur la croix, nous y trouvions notre force, notre Mlut; nous y trouvions une protection assurée, et si puissante, que , bien loin d'avoir aucune appréhension de toutes les armées dcl'enfir, frémissant contre nous, leur fureur et leurs vaines attaques redoublaient notre espérance {P$al. xxvi, 6) (1).

(\) Entre les milliers d^exemplcs que riiistoire de ITj^tse nous roiimîl de la vertu de la croix, en voici Utils ou quatre qui se prcsenienl.

Hnranl Tépouvaiikible tremblement de terre de Tau ?.05, la mer avait franchi les côtes de la DaiiLJiic. bUc se prccipilait avec fureur dans riiilêricur

La Croix est noire aloire, — Si nous |.»arvenons à faire delà méditation de la croix l'hcbitude favorite de notre âme, la croix y fera

des terres. La ville d'Epidaure allait être englonlîe. Les habitanls effrayés accourent à la cellule de saint Uilarion, Ten arrachent, le transportent sur le théâtre de la dévastation, et fopposent à Hmpétuosilé des eaux. Le saint fait troi$ croix sur le sable, et étend les bras vers la mer : les flots s'arrêtent en mngis^nt, se gonflent, s'élèvent comiiie des montagnes, et redescendent paisiblement dans leurs abi-^ mes. (Godesc, il octobre.)

Saint Porphyre de Gaze« d*un signe de croix, rendit muette une femme manichéenne qui voulait débiter ses pernicieuses erreurs. Saint Nil avait été tourmenté par les plus cruelles tentations; il les surmonta toutes, en n'employant que le signe de la croix {Ide Theod, /if/., n» 3 ). L'on a encore aujourd'hui des exemples continuels de l'eflicacité de ce signe, contre les pensées qui fatiguent les âmes pures, surtout quand elles y ajoutent ces mots ; Gloire au Père; gloire au Fils; gloire au Saint-Esprit par la sainte Vierge; l'on en a vu, après cinq ou six jours de tidélité a celle prali((ue, recouvrer une iranquiliité pcnlue depuis plus de trente ans.

Saint Martin, qui, depuis longtemps, désirait aban^ donner le métier des armes, refusa, la veille d'une bataille, de prendre part à une distribution de largesses faites aui siddats ; il demanda à ne plus S(;rvir que sous les étendards de Jésus-Christ. On attribua cette demande à la crainte de la bataille qui allait su livrer, t Si l'on m'accuse de lâcheté, s'ccria-l-ii, je ni'ofl're à paraître, sans armes, sans bouclier, à la tôte de l'armée, et sans autre défense que celle du nom de Jésus-Christ et du signe de la croix , je me précipiterai au milieu des escadrons ennemis les plus épais. » L.es barbares demandèrent la pai.\, pendant U nuit; mais le saint prouva plus tard que ce n'était point une vaine bravade.

Il venait d'abattre un temple d'idoles, et il se metlait en devoir de renverser encore un vieux pin qui était au-devant. L«s païens n'jr consentirent qu'après lieaucoup de résistance, et à condition que saint Martin demeurerait au-dessous de l'arbre, à la place qu'ils lui choisiraient, et pendant qu'il» abattraient l'arbre eux-mêmes. Le saint évéque se laisse lier . et le voilà bientôt étendu du côte où l'arbre ébranle commençait déjà à s'incliner. Le dernier coup de hache se donne : le pin se précipite de tout son

tioidsavec un craqi emeiit hornble; saint Martin fuit e signe de la croix : un vent impétueux s'élève; l'arbre se redresse, et tombe avec Iracas en arrière, forçant tous les spectateurs de fuir avec rapidité, pour n'être pas victimes ile sa chute.

Vers l'an 630, une inondation de la Seine ravageait la ville de Rouen. Saint IVoinain, son évéque, eiait à la cour de Dagobert. 11 vole au secours de son troupeau. Il se met en prières, marche vers les vagues, la croix à la main. Le fleuve s'arréle, recule devant lui, et ne tarde pas à rentrer dans son lit ordinaire.

Saint François Xavier prêchait TEvangile dans le royaume de Travancor. Les Badages, peuple sauvage et voleur, y firent une incursion. Le saint prend un crucifix et va à leur rencontre, suivi d'une petite troupe de chrétiens. Il commande, de la part de Dieu, à ces barbares, et leur ordonne de rétrograder à l'instant. Les chefs et les soldats, remplis de terreur, se retirent aussitôt en désordre, et abandonnent pour toujours la contrée. (God, 3 décemb.)

Mahomet 11 avait pris Constantinople d'assaut le 26 mai 1453. Regardant comme très-facile la conquête de l'empire d'Occident, il se croyait déjà maître de toute la chrétienté; et dans Te^poir d'ar* l)orer bientôt le Croissant sur les nnirs de Vienne et de Rome, il s*avan^*a dans la Hongrie, à b têi4

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germer des senlimenls sublimes jusqu'à Théroïsme; nous découvrant tous ses titres de gloire, elle fera jaillir de nos cœurs ce cri d'admiration : A Dieu ne plaise que je me

florifie d'une autre gloire que de la croix de 6sus-Christ {Gai. vi, 14] î Elle renferifie une gloire bien supérieure a toute la gloire humaine : tous les mystères du Verbe incarné, sans doule, sont des mystères de gloire ; mais la crnix est la gloire des gloires (Ephr- et CyhlL); et la gloire de la croix est la gloire des chrétiens.

N avons-nous pas été rachetés d'un bien grand prix (1)? Ce prix c'est la croix. N'avons-tous pas été échangés contre une rançon magnihque ? Cette rançon c'est la croix : la croix toute couverte du sang du Fils de. Dieu. C'est la croix qui devient l'espérance et la joie des mortels ; c'est elle qui donne aux rois leur magnanimité, aux grands leur élévation, aux riches leurs vertus, aux savants leur sagesse, aux ignorants leur science , aux pauvres leurs richesses ; la croix olTre aux orphelins une mère tendre , aux enfants une garde Odèle, aux jeunes gons une puissante protectrice, aux hommes mûrs une invincible armure, aux vieillards une brillante couronne; c'est la croix qui a inspiré les pro|)hètes, c'est la croix qui a éclairé les

de son armée. Il mit le siège devant Belgrade, le 3 juin 1456. Le roi Ladislas prit la fiiile et laissa Vienne sans défense. Tout était perdu sans la résol^Uon du brave Huniade (Jean Corvin), Vaivode de Transylvanie et gouverneur de Hongrie. Il rassembla promptement des troupes, et pria saint Jean de Capistran de presser la marche des guerriers que ses prédications avaient enflammes.

Cependant les vaisseaux des Turcs couvraient le DanubtN Une construction nouvelle les rendait propres à la navigation du fleuve ; et ils étaient montés par de vieilles troupes habituées à vaincre. Huniade, sur des vaisseaux plus légers, repoussa les infidèles Jusqu'au delà d*unc petite ville située au confluent du Danube et de la Save. Les Turcs reviennent à la charge, résolus de reprendre la ville. Uepousscs avec de grandes pertes, ils ne reculaient point ; ils avançaient opiniâtrement, passant sur les corps de leurs propres soldats étendus à leurs pieds. Un acharnement aussi féroce leur rendait l'avantage; tout était désespéré; déjà les chrétiens prenaient la fuite. Saint Jean s*élance, la croix à la main, et criant : Victoire! Jésus! victoire! Les chrétiens élecirisés, fondant împ<*tueusement sur les infidèles, les précipitent en foule du haut des remparts, et en font un horrible carnage. En vain Mahomet veut rallier ses troupes ; elles fuient de tontes parts. Blessé luimême, il lève honteusement le siège, et laisse an pouvoir d*Huniade son artillerie et ses bagages ; et toute Parmée conressa que le succès de celle journée éUiit dû à la croix. (God., 25 octobre,)

i Si to maître que je sers est si puissant, disait sainte Thérèse, et si les démons sont sos esclaves, comme la foi m'en assure, quel mal peuvent-ils me faire, à moi, qui suis la servante de ce Maître Souverain? El quand j'aurais à combattre tout Penfcr ensemble, que pourrais je redouter de ses elfoits? Je prenais sur cela une croix en main, et il me semblait alors que Dieu fortifiait singulièrement mon courage, i

(1) Empli cnim eslis pretio magno (/ Cor. vi, iO). — Non corruplibilibus auro vel argento rcdemptt estis.... scd prctios«) sanguine A.!;ni ijnasi i;nniacu- Litj et incoutamiuali (/ Peir, i, 18, lOJ.

apôtres, c'est la croix qui a fortifié les martyrs, c'est la croix qui a enseijcné les docteurs, c'est la croix qui a embelli les vierges; c'est la croix qui est le fondement de l'Eglise et la défense de l'univers (fi'pAr.); mais c'est aussi la croix qui pulvérise le monde, ses honneurs ses fêtes.

qui p lésirs,

honneurs, ses désirs, ses biens, ses joies el

Soufflons sur la fumée qui couvre les honneurs de la terre, nous apercevrons leyr néant hideux. La gloire humaine, mise à nu , ne nous laissera voir que du vide. La nature se gloriGe de l'origine des aïeux, d^a l'illustration des amis, et Ta grâce nous présente la croix, toute brillante de la gloire du Verbe divin. Celui qui repose éternellement dans la m^esté du Très-Haut, celui qui règne sur les rois, et de qui relèvent tous l«s empires ; c'est à la croix qu'il veut devoir la gloire éclatante dont il jouit au haut dos cieux, les hommages qui courbent toute la terre à ses pieds, et la puissance dont il maîtrise les enrers (Philip, ii, 9) ; c'est de la croii qu'il veut recevoir son sceptre et sa couronne de gloire {Hebr. ii , 9} ; c'est avec la croix qu'il a arraché aux princes de lenfcr la sentence de notre condamnation ; c\'si sur le bois de la croix qu'il a invinciblement scellé cette sentence, et ce n'est qu*aprè« l'avoir plongée dans le sang découlant uc la croix, pour l'anéantir à jamais, qu'il a triomphé plus glorieusement des ces puissances infernales, et qu'il les a enchaînées et traînées à son char de victoire (1).

Le sang le plus illustre eût-il coulé dans nos veines, notre origine n'en était pas moins dégradée sous la fange de l'iniquité, lorsque le Fils de Dieu est monté sur la croix; et sans la croix ne serait-elle pas encore infec* tée de ce bourbier impur ? Notre Ame, cachée sous l'opulence et fe faste des potentats, n'en était pas moins défigurée par le crime : elle n'en était pas moins un oojet d'horreur aux yeux de Dieu, avant que )a croix fût rougie du sang de l'Agneau divin : sans la croix, qui aurait rappelé sur elle les regards de l'Eternel? Une prévarication funeste nous courbait à jamais sous la plus dure servitude, et la croix, en nous rendant la liberté des enfants de Dieu, nous ouvre une félicité sans bornes. Demandons aux livres sacrés quels sont les insignes glorieux auxquels nous reconnaîtrons fange de la paix, le prince du siècle futur, le fort par excellence : ils nous montreront la croix sur ses épaules royales. Interrogeons-les sur ce signe éclatant qui doit distinguer des autres peuples le peuple de l'acquisition, la nation sainte ; ils élèvent la croix au milieu des airs.Voulons-nousdécouvrirquelestco glaive

vainqueur dont s'est armé le S.ûgneur de^ seigneurs, pour terrasser le serpent infernal? la croix étincelle encore à nos regards. Quel

(1) (Christus) delens qaod adversus nos erat cliirographum decrelt qiioJ erat contra Hum nobis , et ipsutti tulit de luediu, afligens lUutI cnicî ; et e)k^pO' liaiis priiicipatus et potcstatcs, IradtiMi conflikuilcr, palatii iriuiiipliaiis illus in scmctipso (Co/oi«. ii| 14, lo).

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