‹ Dictionnaire d'ascétisme (volume 5)Chapitre 101 sur 370 · IIE · texte numérisé non relu

IIE

DES liNDlLGCNCESi

ClIE

nuic\ est plus majestueux que la crok, où a été immolée la plus noble victime qui ait jamais réjoui le cœur de l'Eternel 1 Quelle prérogative bni/ante pour la croix que d'être à jamais imbibée au sang de cet Agneau, qui, par son ininiolalion, mérita de recevoir sans mesure, et la vertu et la divinité, et la sagesse et la force, et l'honneur et la gloire, et les bénédictions et les adorations de toutes les créatures {Apoc. v, 12) IQuel triomphe pour elle d'avoir soumis le mondé, d'avoir confondu lasiigosse des sages, subjugué la fierté des empereurs et donné la victoire aux rois I La baroarie et la politesse, les nations savantes et les hordes grossières, les villes superstitieuses et les cités impies, sont toutes venues former le trophée de la croix de Jésus (Cyril., Ca/. xni,40) : trophée admirable ! où viennent se réunir encore l'idolâtrie renversée, les hérésies expirantes, les schismes anéantis, Ivs passions se brisant en foule contre elle, ot l'impie frémissant d'impuissance è ses ))ieds I Au-dessus de leurs débris et de toutes leurs fureurs , la croix s'élève avec autant de dignité que de grâce ; sans s'émouvoir des ruines et des secousses, elle plane $ur les cités du monde ; elle décore leurs plus somptueux édiûces; et dans l'orgueil de leur science, de leur opulence et de leur pouvoir, c*est cependant à la croix que le courage et le génie, aue le mérite et les talents vont demander leur récompense la plus brillante et la distinction qu'ils ambitionnent le plus. Cest ainsi que la croix, forgant les hommages des plus superbes dédains, atteste à tous ks siècles qu'elle traverse avec majesté, que celui qui, le premier en fit sa gloire, en a su rr.'ndre le triomphe aussi immortel aue luim^me ; triooiphe mille fois plus glorieux encore, lorsqu'au milieu des airs, dans les mains du Fils de l'homme, plus éblouissante ((ue le soleil, plus brillante que les pierreries et les diamants, effaçant les pompes les l'Ius magnifiques des plus grands rois, elle jettera par son éclat répouvante et l'effroi dans le cœur des insensés qui l'auront méprisée ou méconnue ( Chrys. de Cruce) ! Et uouSf enorgueillis de sa gloire» à sa vue tressaillant d'allégresse, faisant retentir de DOS acclamations l'immensité des airs, nous •dorerous^ ce Seigneur et ce Roi qui y fut attaché pour notre salut; nous adorerons Dieu le Père qui l'envoya parmi nous ; et ^ous rendrons d'aussi solennels hommages à iTspril-Sainlqui les unit l(Cyril.,Ca^xIIl, ^1). Venons donc tous, enfants de l'Eglise, vendus rendre hommage à la croix, nous tous •i'ii avons été rachetés par le sang précieux d'un Maître pleiu d'innocence ; méditons uns cesse sur la croix, gage de son amour ; ouvrons notre cœur, écoutons le langage de •a croix : c'est pour nous qu'a voulu souffrir ■ -lui qui ne devait pas connaître la plus leurre dnuleur ; c'est pour nous qu'il a reçu Vit d affronts humiliants, celui r]ui était ^•wé au-dessus des plus hauts dominateurs; tWi pour nous qu'il a été accablé d'insultes «viières, celui dont la sagesse, la grAce et la mérité embellissaient les paroles ; c'est pour

nous que fut déchirée par des verges cruelles cette chair virginale et sacrée ; c'est pour nous sauver, c'est pour nous rendre neureux que ce Dieu, si riche en miséricordes, a été cloué et immolé sur la croix. Mêlons à ces pensées nos gémissements et nos sou-

Î)irs ; revenons pleurer sans cesse au pied de a croix : revenons souvent la mouiller de nos larmes. (Ephr,)

A l'exemple du Cyrénéen , soulevons la croix malgré nos répugnances; suivons Jésus, en la portant avec lui dans la voie des douleurs; ses entretiens et ses regards rempliront notre âme de consolations délicieuses. A l'exemple de la Véronique , sortons de nos demeures, avançons-nous avec courage au-devant du divin Rédempteur, tout meurtri de sa croix ; offrons-lui queUiue légère réparation de tant de mépris et cl'insultes; et nous aurons le bonheur de contempler sans fin ses traits adorables. A l'exemple de la plus affligée et de la plus généreuse des mères, ne craignons pas de monter avec lui au Calvaire; ne craignons pas de l'accompagner jusqu'au pied de la croix ; et nous entendrons de sa bouche des paroles pleines d'amour et de dilection. A l'exemple des filles dlsraêl, gémissons et versons des larmes ;et si Jésus les fait couler plus abondamment encore, il reviendra soudain nous consoler de sa présence, et nous réjouir des plus aimables prévenances de sa bonté. A l'exemple de Joseph d'Arimathie, emparons-nous de son corps, descendons-le de la croix, essuyons ses plaies sacrées, et chaque jour de notre vie, nous aurons le bonheur de recevoir sa chair divine, et de nous délecter de l'adorable breuvage de son sang. A l'exemple de Nicodème , employons nos richesses à couvrir de parfums le corps de Jésus ; et tous les dons de la grAce, tou3 les trésors de la

Sloire seront sans mesure offerts aux désirs e notre Ame, et toutes les délices de l'Eternité deviendront notre héritage (Gr/y. Naz.).

Tels sont les avantages qui naissent en foule de Teiercice fréquent du Chemin de la Croix^ et les sentiments que cette dévotion fait germei dans les cœurs. On peut invoquer là-dessus le témoignage de l'expérience. Depuis le petit nombre d'années que celte dévotion a commencé à faire en France des progrès rapides, on n'a pas lardé à en connaître et à en apprécier les bienfaits. Plusieurs fidèles ont assuré qu'ils n'avaient pas de moyens plus efficaces pour briser les efforts des passions les plus violentes, ou pour se garantir de dangers imminents. Des directeurs habiles et expérimentés ont reconnu que c'était le meilleur préservatif contre les rechutes de l'âme.

Voici ce que disait à ce sujet, il y a cinc[ cents ans, un docteur dont la vertu était aussi éminente que le savoir était profond : 11 fut révélé è un saint personnage, dit-il,

2ue celui qui s'exercerait à la dévotion du rhemin de la Croix, en méditant sur la Passion, y trouverait une préparation efficace pour sortir de Tétai du péché ; la confiance de résister aux tentations les plus

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DICTIONNAIUE

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opiniâtres, la fermelé dans la praliaue des bonnes œuvres, une augmentation des grâces divines , l'assistance continuelle de Dieu, la perfection de ses vertus et la sanctifica-tion de son flme ; une espérance fondëe d'obtenir les secours célestes , et la confiance d^ètre fortifié par Jésus-Christ, à sa dernière heure, contre les horreurs de la mort.

Le bienheureux Léonard de Port-Maurice avait observé que la dévotion au Chemin de la CroiXj fidèlement pratiquée dans les campagnes, produisait parmi les peuples des elt'ets sensibles et des avantages multipliés. On ne tardait pas à remarquer dans ces paroisses un changement frappant : les jours consacrés au Seigneurétaient beaucoup mieux et plus généralement sanctifiés; les églises étaient plus fréquentées, et les instructions écoulées avec plus de recueillement et d'inliVôl. On recherchait les sacrements avec plus d*ardeur, et Ton s'en approchait avec plus de piété; la jeunesse s'éloignait insensiblement des réunions et des fêles ; elle oubliait les jours et les lieux de rassemblements lointains, si pernicieux à sa candeur et à son innocence ; les pieuses associations s'accroissaient ; une émulation sainte remplaçait Tavidité pour le luxe; on courait avec ardeur aux bonnes œuvres. Plus d'oisiveté ni de dissipation ; les haines afi'atblies et extirpées, les dissensions et les inimitiés calmées avaient banni de ces paroisses les querelles et les procès ; la concorde, la joie, rharmonie, régnaient dans ces paisibles contrées. L'on était parvenu à en éloigner presque entièrement l'odieuse servilu<ie du pécné mortel.

a Un curé, distingué par son mérite, disait le bienheureux mort en 1751 , écrivait

Jfu'ayant, plusieurs fois, suivi le Chemin de u Croix avec ses paroissiens, pour obtenir la pluie pendant de longues et désolantes sécheresses, ils avaient toujours été exaucés. U assurait que plusieurs de ses cour frères avaient été favorisés de la même grâce, en recourant au même moyen. Ohl combien cette dévotion est excellente 1 ajoutaient d'autres pasteurs des âmes, que leurs évÔQues avaient engagés à établir cette dévotion aans leurs paroisses et à la pratiquer solennellement, suivis de leurs peuf»les; combien cette dévotion est excelente ! quels biens ne procure-t-elle pas ! que de gémissements ! que de larmes ! quels admirables fruits de pénitence et de conversion n*en recueillons-nous pas I »

a 0 resi)e3tables prélals 1 s'écriait le saint missionnaire, voulez-vous bannir du milieu de vos peuples les vices qui les dominent, établissez le saint exercice du Chemin de la Croix ^ et vous verrez bientôt l'heureux succès de votre zèle. Vénérables évoques I dignes curés I et vous tous, ministres de Jésus-Christ 1 permettez-moi de me jeter à vos pieds, en vous suppliant de ne rien négliger pour établir le Chemin sacré de la Croix. Je vous conjure, dans les entrailles de Jesus-Christ, a'ouvrir aux fidèles un trésor, où ils trouveront fe principe de leur con-

version , d'abondants moyens de persévérance, d'immenses richesses pour acquitter leurs dettes et celles des âmes du purgatoire, enfin une source intarissable de grâces, de mérites et de bénédictions célestes. »

§ IIL — Erection et Exercice du Chemii!

DE Croix.

Voici ce que dit le B. Léonard de Port- Maurice.

Les exercices du Via Crucis ne formèrent pas d'abord un corps de prières et de cérémonies, telles Qu'on les connaît aujourd'hui. Chaque fidèle, uans l'origine, suivait ce chemin sacré, unic^uement guidé par les affections oui s'élevaient de son cœur; dans la suite, tes Pères de la terre. sainte tracèrent quelques règles pour méditer à chaque station.

Ces religieux ont toujours porté à cetle dévotion le plus puissant intérêt: dans les pays de l'Europe où ils établissaient le Via C/uciSf ils choisissaient des positions assez favorables ou des églises assez vastes, pour donner à chaque station sa chapelle particulière. Cette chapelle était ornée de sculptures, de bas-reliefs, ou au moins de tableaux d'une grande dimension. Mais aujourd'hui l'on se contente en bien des églises de quel-

3ues gravures d'une exécution si mesquine, 'un modèle si exigu, qu'on peut regarder le but des Souverains Pontifes comme è pu près manqué, pour ne rien dire de plus. Comment les fidèles méditeront -ils plus facilement sur la Passion auprès de ces représentations invisibles? Que, dans quelques communautés pauvres, dans quelques oratoires privés, des personnes pieuses s'en servent, le local semble l'excuser : leur habitude d'oraison peut les justifier. Mais dans les églises paroissiales, où afflue un grand concours de peuple, où l'on désire ajjpeler et former indistinctement tous les fidèles , même les plus simples, à la méditation des souffrances de Jésus-Christ, ne devrait-on pas offrir à leurs regards des objets plus capables de les fixer? On sait qu'à l'égard du plus grand nombre, il faut frapper virement les sens pour émouvoir puissamment le coBur.

Plusieurs curés, lorsqu'ils ont voulu établir le Chemin de la Croix, ont annoncé leur projet dès longtemps à l'avance ; ils excitaient les désirs de leurs paroissiens par tous les motifs que leur suggéraient leur zèle et leur dévotion à la croix, sûrs que des cœurs bien préparés en apprécieraient mieux et en accueilleraient plus avidemeiit tous les avantages. Ce zèle, digne d'éloges, ue saurait être assez pro^)osé pour exetn.ltî- Il serait donc bien digne d'un pasteur, selon le cœur de Dieu, de rendre l'établissement du Via Crucis aussi solennel et aussi imposant que le permettront les localités. Puisque les Souverains Pontifes n'ont pas dédaigné de régler eux-mêmes renserablc des cérémonies, l'ordre des processons, d'indiquer les sujets des tableaux, de ix)ur-

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DES INDULGENCES

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roir ï la décence des stations et des chapelles, de recommander le recueillement et la iDodesiie aux fidèles (1), les curés répon* (Iraient à une sollicitude aussi attentive, en veillant scrupuleusement à ce que ces intentions fussent exécutées ; les lieux les plus favorables, soit à rétablissement des chapelles, soit au placement des tableaux, seraient choisis d'avance ; des personnes douées d*une voix assez juste, pour conduire et soutenir le chant des hymnes et dos cantiques, seraient réunies avec soin ; on formerait à une marche grave et recueillie les vingt-huit enfants ou jeunes gensqui, revêtus d'aubes, s*il était possible, seraient chargés de porter les quatorze croix et les quatorze tableaux ; une grande croix, chargée de tous les instruments de la Passion, serait conCée à l'un des fidèles, le plus digne par sa piété, et s'il se peut, par son rang, d un honneur que plusieurs évoques, en Italie, se réservent a eux-mêmes : quelques-uns des hommes mûrs, les plus capables de se faire respecter, veilleraient au maintien du bon ordre et de la tranquillité, contre les empressements de la foule ; enfin le curé fixerait pour cette cérémonie Tun des jours où se réunissent la presque totalité des paroissiens. Il est impossible que le Fia Crucis ne produise pas dans tous les cœurs des impressions profondes.

ÉReCTlOM DO CHEIII!« DE LA CROIX.

On lit dans le Manuel de Cambrai :

Au jour déterminé pour cette cérémonie^ on dispose près du maître-autel^ du calé de /TpUre, tes quatorze tableaux des Stations et lf$ croix, plus une grande croix portant les insignes de la Passion^ ou du moins une croix processionnelle.

Le prêtre^ nommément délégué pour fair la cérémonie^ se revêt du rochet^ aune étole tt dune chape violette^ et se rend de la «atristie à Vauttl^ précédé du porte-ciroix et de ses deux acolytes portant des flambeaux allumés, des chantres, du clergé et de deux assistants, dont l'un porte le bénitier et l'autre Cencensoir, Arrivés devant la première marche de Coutel^ ils font tous ensemble ta génuflexion; puis, ils vont en bon ordre prendre place sur des sièges disposés dans te chœur, près de (d balustrade, pour entendre l'instruction ^ui se fait ordinairement en cette circonstance tt à ce moment.

L'instruction finie, rofficiant, accompagné d: ses assistants, va au pied de l autel, ou il tntonne V hymne Veni, Creator, qui est chantée en entier^ avec le verset et les oraisons qut suivent :

t. Ëmitte Spiritum tuum et creabuntur.

^. El renovabis faciem tcrrœ.

OREMUS

Deus, qui corda fidelium Sancli Spiritus iflusiratioue docuisti , da nobis in eodem ^pirilu recta sapere, et de ejus semjier consulatione gaudere.

0) Edit. du card. PicO; art. 3 et 5.

Défende, quœsumus, Domine, boata Maria semper Virgine intercedenle, istam ab omiii adversitate familiam, et toto corde titn prostratam, ab hoslium propitius tuere clementer insidiis.

Actiones nostras, quœsumus. Domine, aspirando prœveni, etaujuvando prosequere» ut cuncla noslra oratio et opcratio a te semper incipiat, et per te cœpla ûniatur. Per Dominum, etc. i). Amen.

L'officiant monte en ce moment à rautel, se place du côté de l'Epitre, et procède aux bénédictions des tableaux et aes croix. Commençant par celle des tableaux, il dit :

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