‹ Dictionnaire d'ascétisme (volume 5)Chapitre 11 sur 370 · III. ^ ApplicaUon de la parabole · texte numérisé non relu

III. ^ ApplicaUon de la parabole

f Hon Sauveur, je n'attendrai pas à vous aimer que j'aie reçu la grâce et Tindulgence. L'attente de vos bontés m'attendrit le cœur. Tout le monde est étonné de cette admirable facilité avec laquelle vous vous laissez approcher d'une pécheresse. Elle touche vos pieds sacrés : elle pleure dessus aussi longtemps qu'il lui plaît ; elle les oint de ses parfums; elle les essuie de ses cheveux; elle les baise tant qu'elle veut: Elle n'a cessée aites-vous, de baiser mes pieds; le pharisien en murmure, et toute la compagnie en est surprise. Mais personne n'en est plus surpris qu'elle. Votre bonté, vos facilités, lui percefil le cœur : elle fond «n larmes : elle n'a pas la force de prononcer une parole : sos larmes, ses cheveux épars, ses parfums répandus, ses humbles et tendres baisers, parlent assez : plus son amour est vif, plus ses regrets sont amers; car qui ne sait que plus on vous aime, plus on regrette de vous avoir offensé? Si Tindulgence augmente Tamour, elle atigmente par conséquent la douleur. Ne parlons plus & cette sainte pécheresse de^ rigueurs et du martyre de la pénitence, son amour et sa douleur lui font tout sentir : elle souffre plus dans le cœur que les plus austères pénitents.

IV. — > L'amour péntlent comprend toutea les poinei aaUsbcloires.

« Donnez-moi, mon Sauveur, comme à cette sainte pécheresse, un cœur pénétré d'amour à la vue dé votre indulgence : je ramasserai avec elle, en un instant, toute l'action de la l>énitence, la confusion, la confiance, la réparation du mal, celle du scandale. Pénitents des premiers siècles, vous fondiez en larmes à l'entrée de l'église; notre pécheresse fond en larmes aux pieds de Jésus : vous baisiez les [neds des fidèles, elle baise ceux du Sauveur; et ce sont les pieds que les pénitents cherchent encore dans ceux de leurs frères. P<^niteDts des siècles passés, vous quittiez toutes les marques de la vanité ; voilà notre pérberesse qui répand tous ses parfums. Vous paraissiez les cheveux épars, négligés, couverts de cendre et de poussière; notre pécheresse n'estime les siens qu'à cause qu'elle en «issuie les pieds du Sauveur, et les lui consacre. Heureuse l'indulgence, si elle produit tout son effet, elle augmentera l'amour de Dieu ; ca> celui à qui on remet plus, doit plus aimer: SI elle augmente Tamour de Dieu, elle augmente la douleur de l'avoir offensé. Ahl que cette douleur est douce, puisque c'est l'amour qui l'excite; mais cependant qu'elle est vive, qu'elle est pénétrante, qu^elle est déchirante et perçante, si Tamourqui la fait naître est véritable] Mou Sauveur, que je coure donc à l'indulgence : mon extrême misère a be* soin de la plus grande ; mais que j'y coure comme à un mo.) en d'augmenter en mon »£ur votre saint amour, et par mon amour , la douleur d'avoir péché contre le ciel et «mire vous.

Autres exemples de V indulgence du Sauveur.

H* Co^sméRATiOR. — Le paralyUque.

• Je vois ce paralytique que quatre hommes portent à peine sur son grabat; ils ne savaient par où aborder Jésus qu'un grand peuple environnait. On ne pouvait entrer dans

la roaiscm où il s'était retiré : on découvre le toîl, el on descend ce pautre impotent, avec des cordes, aui pieds de lésus : ei Jé$ui vo^anê leur (oi, dit au paralytique (1) : Ifon fiU^ pfffitx eonfiance: vo$ péchés vous soni remis. Il ne lui impose point de piénilencei conleiA •le la foi avec laquelle il se &it |iorler k ses pieds.

in* CoHSioiiuTiOR, — Li fennie «AnKère.

• Jésus uVsl pas moins indulgent envers la femme adultère. « Pemme, personne ra « vousa condamnée? — Personne, Seigneur. — Je ne vous condamnerai pas non pl(is:allezi « et ne péchez plus (S), n II venait de la délivrer du aernicr supplice (car on allait la lapider); combien fut^elle touchée de cette grâce? Sa pénitence fut faite en un moment. Li douceur de Jésus-Christ lui inspira plus de confusion et de douleur que n'auraient fait les plus rigoureuses corrections, les plus longs jeûnes et les plus insupportables austérités. On ne passe point d*une si grande frayeur h une si graacfe pait sans Uùe extréfce

reconnaissance.

TV* Consid^rahon. ^ Saint rierrck

« Mais que dirons-nous de saint Pierre après qu^'ir eut renié Trois MsTMsus^ ié retournant de son câté^ le regarda (3). Quelle force dans ce regard t combien renJbrmaitHl de dont reproches! combien était-il puissant pour émouvoir son faible et infidèle disci|)ler Pierre aussi se ressouvint de la prédiction de Jésus^ etj se retirant^ it pleura amèrement, Nou^ voyons ici deux effets de sa pénitence : le premier est de se retirer de la maison qui lui avait été une occasion de péché ; il ne dit ptos comne auparavant à notre Seigneur : Pourifuoi dites-vous que je ne puis pas vous suivre? J^ exposerai ma vie pour vous (k)% Il confesse sa iaiblesse en se retirant de l'occasion du mal. Cest par oi!l il faut commencer, et c'est lo premier effet de la pénitence ; et le second, c*est que^ s*étant retiré^il pleura amiremeni. Admirons la douceur de Jésus après sa résurrection ; il reproche à Pierre, aussi bien qu*aui autres son incrédulité; mais il ne lui reproche plus ses reniements. C'était assez qu'it eùi pleuré, qu'il eût été attendri au seul regard de Jésus : ce bon Sauveur a oublié sa faute

V* CoRsiDiiiATioR. — Réflexiolif des saiola Pères wr tel ese«i|4et puAcédcaiik

« Je ne sais s'il est permis de penser que Jésus-Christ ait usé de quciqne réserve dans les rémissions qu'on vient de voir. Je ne puis croire que l'indulgence sortie de la propre bouche de ce grand pontife, de ce pontife tout-puissant, dont le sacerdoce est éCernei et in^ comparable, qui ne succède à personne, à qui personne ne succède; de ce pontife miséri^ cordieux et compatissant ; je ne puis croire, encore un coup, que son indulgence ail po n'avoir pas été très-parf^iite et sans aucune réserve de peine. Néanmoins te pontife tout^ puissant a pu faire ce qu*il a voulu; et, quoi qu'il en soit, je ne doute {>oint que ceux h q\n il a pardonné, sans leur imposer aucune peine, n'aient été dans la suite d'autant plu) rigoureux envers eux-mêmes pour mortifier leur corps et leur esprit, que le Sauvetrr les aura épargnés. Hais, de quelque manière qu'il faille entendre des indulgences dont l'effet a été si prompt, les saints Pères ne veulent pas qu'on les tire à conséquence; cat Jésus- Christ, aisent-ils, est le maître qui peut tout: les règles ordinaires auxquelles il a astreint ses ministres ne sont pas pour lui : il voit et met dans les coeurs des (fisposîtions me nul autre que lui, je ne dis pas, n'y peut mettre, mais n'y peut voir quand elles y sont. Ce qu<! nous apprennent ces exemples, c'est que Dieu peut tout d'un coup inspirer aur hommes la foi et la charité dans un si haut degré, qu'elle suffirait pour obtenir en un moment la totale rémission el de la coulpe et de la peine. Telle est l'indulgence de Jésus, que nul que lui ne peuldoDuer Ne laissons pas de recevoir celle qu'il donne par son Eglise, et servons-nous-en pour obtenir de Jésus-Christ, du moins un commencement de celte haute disposition de l'amour de Dieu, qui ferait en nous un parfait renouvellement.

Vl' GqiiiidAeaiiov. — ' L'indolgesco accordée m boa larroa. m T^e disons rien du bon larron : celui-là est à la croix avec Jésus-Cbrist^ et il selisfaiU quoiqu'on un moment, lorsqu'il dit au compagnon de son crime et de son suppKce, qui ne le fut pas de sa pénitence : « Vous ne craignez pes Dieu, quoique vous votts trouviet « condamné au même supplice? Encore pour nous, c'est avec justice, puisaue nous souf^ « frons la peine que nous avons méritée ; mais celui-ci n'a rien fait (5). » il (ut absous à l'instant par la bouche de Jésus-Christ, et le paradis lui fut promis dans le oiâme jour. Que Jésns pardoune aisément h ceux qui souOrent avec lui, et qui font un saerifioe iFolon* taire de leurs dmus, quoique forcés I

PatftMs, eic.

Sar rcieaiple do pwalj-Uqoe eide lafèinM adulUre.

« Qui ne serait touché de cette parole de TEvanirile : Jésus voyani leur foi (celle de eeiet qui descendirent le paralytique par le toit), il lui dit : Ait confiance, mon fihf les péchés $s soni remis {Oatih, i\, 9; Lue. v, 80). H pardonne au malade; mais il est expreseéneiit marqué que c'est à la considération, non-seuîement de sa foi, mais encore de ceHe des autres.

I) MaUh. IX, î; Marc. ii. 5; Lnc. v. t8. U) Joan. xhi, 37.

i)lo;in, VIII, 10, H. \s) Luc, xim, 40, iU

(3)Lac.sxii,ei, la

105 INTOODUCTION. fgn

< A quelque prix qiie c6 soit» fr mon Sauveur» je veut yous aborder pour obCeoir rotre in- (lolgence : si je ne puis entrer par la porte» je me ferai descendre psr le toit r je tenterai les voies les plus difiiciies, je ne vous aborderai pas seul, j'aurai avec moi des intercesseurs semblables à ceux qui descendirent ce paralytique aux pieds du Sauveur^ et dont la foi k loucha.

« Tous tes mfi(#, disait David» pnarani, au temps contetuAlty pour la rémfmion de tnùnpé^ €hé{PsaL XXXI, ^. irions donc les un» pour les autres; ee teraps convenable est le temps de rindnlgence et de la miséricorde, et c*est alors, plus que jamais» que les saints prieni ^K>ar les pécheurs. Ah I si je ne puis approcher moi^-môroe, je me ferai porter au Sauveur ptr mes frères et par les saints : peut-^tre qu'ayant égard à leur foi plutôt qu'à la mienne^ il me fera miséricorde.

« II faut s'attacher à la prière, au jeûne, aux aumônes, aux bonnes œuvres, et travailler sérieusement h fœuvre de son salut* 5 la durée permanente de sa conversion ; autrement on prend trop indifféremment la pénitence; on est de ces tièdes que Jésus-Christ vomit de sa bouche (1), et Tindulgence n*cst pas faite pour de tels états, selon le concile

<Jc Nicéc.

PaiàBES, etc.

On deinaHd«' k Dieu U ferveur ialérieure oit TEglfse veut nous porter par riadulgei;ce.

■ 0 Diea, 6tez de mon cœur cette nonchalance qui me fait prendre la pénitence indiffé^ remment : il faut avoir oublié s s péchés, ses ob'igations, son salut, vos jugements, vos miséricordes, vos grâces, pour fairer nonchalamment et avec mollesse et indifférence, une action aussi importante que eelle de la pénitence.

« Mon Sauveur, je tremble k cette terrible, menace de vomir les tièdes^ c'est^-à^lirc, ceux nui font lâchement votre œuvre. Mais quelle œ.uvre doit être faite moins lâchement que 1 œuvre de la pénitence, où il s'agit de réparer ses lâchetés et ses négligences passées?

f 0 mon IHeo Idans la pénitence il fiant vaincre safaiUesse et ses mauvaises habitudes : quelle action demande plus d'effort, plus de violence que celle-là ? N^est^ce pas ici l'occa* sicm où le royaume des cieux soutire violence, et doit être enlevé par force, afin que la rootubie de mal faire cède, comme dit saint Augustin, à la violence du repentir? Ui vioteniiœ pmniiendi cedtU eonsueiudo peccandi,

K Seigneur, pour éviter cette nonchalance, donnez-nous ce que votre Eglise, dans le con* die de Nicée, demandait aux pénitents : la crainte qui nous fait fuir les occasions du péché dans l'appréhension de notre faiblesse et de vos jugements ; les larmes qu'un tendre amour et une douleur pénétrante tirent des yeux ; une patience capab'e de tout porter, et des œuvres qui fessent voir une conversion véritable, sans quoi l'indulgence est une illu* Mon, et la conversion est imaginaire.

« 0 Seigneur, que l'indulgence roVxcite à aimer; qu*au lieu de me re^lâcber, elle mV uime; que je ne sois pas de ceux qui croient avoir tout fait, et s*ètre parfaitement conver* tis, pourvu Qu'ils entrent extérieurement dans Téglise, qu'ils fassent leurs stations, et qu'ils approcuent de la sainte table avec les autres, sans travailler sérieusement à la conversion de leur cœur. Délivrez-moi, Seigneur, de cette écorce trompeuse de dévotion : donnez-moi dans la pénitence une si srande ferveur, qu'elle me rende vraiment digne de I iadulgeoce; et faites que je profite tellement de Tindulgenee, qu'elle excite ma ferveur.

Vindulgence des siècles suivants^ et de l'Eglise â^à-préuM.

Vn* CofisnMcftAtro.'r. -« l.t dmetrlne fin eoaeifê dé Trente, daoi le décret rapporté d-dessoM. mflîil pour reDOuvêler,

diut la prttk|ue de II péaiieace et tf« riadulgence, raaciea esprit de PSglIse^

« Il ne s*agit pas ici de faire une histoire curieuse des indulgences, ui de marquer tous les degrés par lesquels on S'est relâché de l'ancienne rigueur des canons. Il n'est pas môme liesoin d'examiner si ces canons subsistent encore d'une certaine manière, et si rKglise y a quelque égard dans les indulgences, comme les docteurs le pensent communément, L&s indulgences plénières, opposées aux indulgences de sept ans, de quatorze ans, de vingt «ns, de vinj^t jours, de quarante jours, de soixante jours, de cent jours, et autres pareilles, ^»*ublent faire voir que les canons pénitentiaux ne sont pas entièrement oubliés, puisaue 'Eglise j regarde encore dans ces indulgences. Jtfais, en laissant ces questions à Vévxn^ , ^t pour ne méditer ici que ce qui sert à l'édification, le concile de Trente suffit pour nous bire voir que l'Eglise conserve le droit et l'intention d'exercer &es saintes rigueurs dans la l^^nitence; d'j donner dti pénitences convenables et proportionnie$; des pénitences qui iK>iis rendent conformes à Jésus-Christ crucifié, et satisfaisant pour nous à la justice de son père; des pénitences qui servent de fre\n à la licence, et qui soient non-seulement, P«r rapport fc nous, un remède des habitudes vicieuses, mais encore, par rapport à Dieu , une vengeance et un châtiment des péchés passés. Voilà l'abrégé et le précis des paroles do concHe de Trente, que nous avons rapportées de la session xir^ch. S et8« C'en est assez pour nous faire voir que Tintentioa de l'Eglise est toij^ours de conserver l'ancien droit qu'elle a d'exercer sévèrement sur les pénitents la justice que Diea s remise entre

[t) àpec. ni, l«. ^

131 INTRODUCTION. Ut

ses mains. Celle <Ioclrine Au concile contient en vertu toute Tàustérité des anciens canons: IVkiomn té des péchés que commettent les chrétiens n'est pas moins grande; leur ingrati*

craiiMlre que dans tes premiers siècles. L*Egiise appuie toutes ces raisons dans le concile de Trente, «tcc une force qui ne cède en rien à celle des Pères : la pénitence n*est an second ba|iléme qu'à ce prixv et, comme dit le concile, s*il u*est accompagné de grawUfltiun et de grande irataux^ ce ne sera point oe baptême laborieux qui nous ramène à notre pemière pureté et intégrité. Que si la vigueur de Tancien esprit du christianisme subsiste dans toute sa force» on a toujours le même besoin de la clémence et de Tindulgence de TEglise.

Que rindulgence nous doit porter à augmenter notre amourf non-seulev/ient envers Dieu, maii

encore envers le prochain^

If m* CoKSiDÙiiTioii. — * UftiBOQf $6 mesofe par ramonr de Dieu.

« II n*y a que deux préceptes oà se réduisent la loi et les prophètes : le premier e^t d'aimer Dieu de tout son cœur, et'le second, qui lui est semblable, d*aimer son prochain comme soi-même; le second est dérivé du premier, et c*est une des raisons pourquoi il est dit qu'il lui est semblable. Tout le monde est d'accord que plus on aime Dieu, plusoti aime le prochain. C'est donc assez d'avoir établi l'augmentatmn de l'amour divin dan^ l'indulgence, pour 7 établir en même temps celle de 1 amour fratomel. liais» pour nous rendre cette vérité plus claire» Jésus-Clirtst nous a proposé cette parabole.

LX* ComUBLktWH. — Parabole ds rot qui pardonna.

« Un rot avait fait compter ses serviteurs, et avait miséricordieusement relâché h Tun d'eut dix mille talents; mais, voyant que ce serviteur ingrat exerçait les dernières rigueurs envers un de ses compagnons, il lui parla en cetle sorte : Mauvais serviteur^ je vous ai remis toute votre dette f parce que vous m'en aviez prié: je n'ai rien exigé de vous^ et je me sm$ contenté de votre prière; ne fallait-il donc pas que vous eussiez pitié de votre consertitrur ^ comme f ai eupUié de vous? Si vous ne le faites^ mon indulgence n'aura en vous aucun effet; il faudra vous jeter pieds et poings liés entre Us mains des bourreaux^ gui exigeront de vous /a dette entière, sans en rien remettre (Matth. xyiii, 32, 93).

« Justice de mon Sauveur, je vous adore dans cette iiarole : c'est à nous tous» c*est h moi en particulier que vous l'adressez : Vous deviez avoir eu pitié de votre frèrcy eomsne foi eu pitié de vous; vous vous deviez sentir obligé à une compassion égale à celle que vous aviez éprouvée, et ne rien garder sur votre cœur de l'offense que vous aviez re^çue» comme, de mon c^té, je vous avais remis dans l'indulgence toute celle que vous m'aviez faite.

X' CoxsD&ATioii. — La boDié de Dieu eavert noua règle la ineaare de la oAire envers le prodiafn.

« Ne craignez points petit troupeau^ parce qu'il a plu à votre Père de vous éU}nntr son royaume : vendez tout ce que vous avez^ et donnez faumdne (Luc. xii, 32, 33). En mémoire de ia srande aumône que Dieu vous a faite en vous transportant des ténèbres à son admirable lumière, et en vous donnant son royaume par un effet si visible d'une dilection et d'une grâce si gratuite, faites l'aumône k vos frères : Vendez tout, et donnez l'aumône: vendez-vous vous-même au prochain, en vous faisant par la charité serviteur de tous : u'ajez rien à vous; possédez vos biens comme ne les (lossédant pas; ne croyez à vous véritablement que ce que vous aurez donné & ces omis qui vous recevront dans les tabernacles éternels, et ce que vous faites passera au ciel par leurs mains. Mettez votre cœur où vous avez votre trésor. Estimez- vous plus heureux de donner que de recevoir, selon la parole du Seigneur Jésus, dont saint Paul nous a ordonné de nous souvenir {Act. xx, 35).

iiSonqez à votre étemelle prédestination si pleine de miséricorde, et revitez-vous comme des élus de Dieu saints et bien-aimés, d'entrailles de compassion, de bénignité, d'humilité, de wodestie et de patience ; vous supportant les uns les autres, et pardonnant t'un à r autre tout ce qu'on aura contre son frère; comme Jésus-Chnst vous a donné, donnez de même [Col. m, 12, !3). Enfants de dilection et de grâce, aimez à faire plaisir : donnez, pardonnez, rendez à vos frères l'indulgence que Dieu vous accorde ; ne croyez perdus que les jours que vous passez sans donner, et regrettez jusqu'à l'innni , non-seulement d*avoir offensé un Dieu si bon, mais encore d'avoir contristé votre prochain dans lequel Dieu se tient offensé.

On rctoai wui les jeni de Dieu d'aimer plus que jamai» cl lui al la iirochaio après l'Uidiitgaiiea»

« Mon Dieu, faites-moi la grâce de parvenir k cetle ferveur que rotre Eglise attend de ses enfants dans la distributipn de ses indulgences.

« Mais , ô mon Dieu , mon Seigneur, qui ne vous louerait dans l'opération de rotre grâce? En même temps que tous attirez mon c<jnur à votre bonté infinie, vous m'ap-

prenez à répandre sur moa prochain le chaste et pur amour qui m'unit h vous : je ne nuis plus demeurer désuni d'avec aucun de mes frères, ni en froideur ou indiirér«nce avec

1C9 INTRODUCTION. f70

ks plus petits. Qae ne puis-je» à Texemple de saint Paul, me donner moi-même à mes frères, qui sont vos enfants et les membres de votre Fils 1 Et, en effet, comme disait le disciple bien-aimé : Si je n'aime pas mon frère^ que jevoisy comment aimerai-je Dieu^ quejene vois pas? (/ Joan, ly, 20.) Attendrissez mon cœur sur les maux et sur les besoins temporels et spirituels de mes fhères. Heureux progrès du saint amour, qui de nos frères s'élève a Dieu, et de Dieu se répand encore avec une nouvelle douceur sur nos frères ! t Mon Dieu, je veux entrer dans cet esprit, qui est Tesprit de votre Evangile : je porterai les rigueurs de la pénitence, autant que ma faiblesse le pourra permettre. Si vos ministres, qui sont mes pères, trouvent à propos d'épargner mon infirmité, je tâcherai d'augmenter mon amour et ma douleur au dedans. Je ne ménagerai rien d*un côté, que je ne tâche de récompenser de Tautre. On ne peut jamais me tenir trop de rigueur, car il ny eo a point que je ne mérite» mais, quelle que soit celle qu'on me tiendra, je n'aurai toujours que trop besoin d'indulgence. Ainsi je profilerai de toute celle de votre Eglise, et toujours pleindu desseind'y augmenter monamour, aidé par votre grâce, je tâcherai d'arriver è ce bienheureux renouvellement où vous voulez me conduire. L'indulgence ne me peut étrequetrès-salutaire,puisqu*elleestégalement propreàapaiser votrecolère et à exciter mon amour. Très-puissante et très-efficace par elle-même, elle ne peut manquer son effet quo par ma langueur. O Jésus 1 6 époux céleste, dans l'extrême besoin oil ie suis, j'accepte en esprit de foi, d'humilité et de componction les indulgences de votre Eglise, dans le dessein de m'uiiir à vous plus parfaitement, et, s'il se peut, de ne rien laisser entre vous^l moi, pas même le moindre reste, ou du péché, ou de la peine» qui me puisse séparer de vous un seul moment I Car, ô mon Dieu, mon refuge et mon appui, je veux être à vous : je vous consacre mon cœur pour vous aimer de toutes mes forces (Ij. »

A Tappui de cette vérité : Vindulgence ne dispense pas de lapénitence^ si bien démontrée déjà par Bossuet, nous pourrions citer sans exception tous les rituels, tous les catéchismes , tous les sermons , toutes les lettres pastorales. Pas un orateur sacré qui n'ait iusisté sur ce point dans ses prédications. N'ayant donc que l'embarras du cboii , nous nous bornons a reproduire les deux documents suivants'. L un est l'instruction célèbre de Massillon, qui embrasse la question sous toutes ses faces ; l'autre est la lettre pastorale de Mgr Sibour, archevêque de Paris. L'uniformité de doctrine est patente dans ces pages écrites au xvi* siècle et en 1851.

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